TROMPE UTÉRINE
La trompe utérine ou de Fallope, oviducte, est le canal qui relie l’ovaire à l’utérus.
Elle est située entre ces deux organes, continue avec l’utérus dont elle est un prolongement tubulaire, à peine attachée à l’ovaire par un mince ligament; le péritoine l’enveloppe complètement dans un des replis ou ailerons du ligament large, dont elle occupe la partie la plus élevée. Sa longueur moyenne est de 12 centimètres, assez souvent de 10 à 16, plus rarement entre 6 et 20 (Barkow, sur quarante sujets); si on la déroule, elle s’allonge de 2 à 4 centimètres; souvent la gauche est plus courte.
La trompe est dirigée en dehors. On admet que cette direction, à partir de l’utérus, est d'abord transversale, puis qu’elle se courbe en arrière, en bas et en dedans pour embrasser l’ovaire dans sa concavité. Mais c’est là ce qu’on voit sur les organes isolés et étendus. Sur le cadavre intact, on trouve ordinairement la trompe relâchée, pliée sur elle-même en branches ascendante et descendante très rapprochées, qui encadrent l’ovaire et le couvrent à peu près complètement; le pavillon attaché par sa frange en haut de l’ovaire est pendant sur la partie interne de celui-ci.
Conformation. — La trompe que Fallope a comparée à une trompette militaire est un tube de plus en plus évasé, figurant un cône très long, terminé en entonnoir; on lui distingue une portion interstitielle ou intra-utérine et une portion abdominale, elle-même subdivisée en isthme, ampoule et pavillon.
La partie interstitielle est engagée dans l’épaisseur de la paroi utérine, au niveau de l’angle supérieur; mais elle reste distincte de l’utérus, séparée de son tissu par une couche conjonctive qui permet de l’isoler; sa muqueuse et sa tunique mus-
culaire conservent leur individualité. Sa longueur est de 4 centimètre environ et son diamètre de 1 millimètre. Elle débouche dans la cavité du corps de la matrice par un orifice élargi en entonnoir, orifice utérin (ostium uterinum), qui atteint 2 millimètres à son point le plus large, de là, elle se dirige en haut et en dehors, légèrement courbée, et sort de l’utérus, entre le ligament rond et le ligament de l’ovaire, mais à un point plus élevé que ces deux cordons.
* C’est dans cette portion que se présente la grossesse interstitielle, qui se développe ordinairement en avant et en dehors.
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Fig. 97. — Trompe droite, étalée; vue par derrière.
U isthme est une partie rectiligne ou faiblement arquée, longue de 8 à 4 centimètres, épaisse de 2 à 8 millimètres. Elle est dure, inextensible, et donne la sensation du canal déférent dans le cordon ; sa cavité ponctiforme sur la coupe laisse passer une soie de sanglier.
L 'ampoule, nom que Henle a donné à ce segment par analogie avec la partie terminale du canal déférent, est tout à la fois curviligne dans son ensemble, qui décrit une courbe autour
de l’ovaire, et flexueuse dans ce trajet. Elle est longue de 6 à 7 centimètres et large de 7 à 8 millimètres; sa cavité elliptique sur la coupe mesure en moyenne 6 millimètres de diamètre et admet une sonde ordinaire ; la paroi est mince, peu résistante et très ëxtensible : c’est là que se développent ces kystes et ces abcès qui peuvent être aussi gros qu’une tête d’adulte.
Les flexuosités de l’ampoule sont constituées par des ondulations plus ou moins rapprochées, coupées de bosselures et de sillons. Elles sont encore bien plus marquées sur la trompe de
l’embryon ou du nouveau-né, qui paraît enroulée en limaçon ; la croissance de la puberté efface en partie ces sinuosités profondes. D’après Freund, il n’est pas rare que la trompe subissant un arrêt de développement garde le type fœtal, c’est-à-dire non seulement flexueux, mais spiralé et loculaire, avec des crêtes et des alvéoles intérieurs, comme dans l’ampoule déférentielle ou la vésicule séminale. Cet état est une condition aggravante soit pour la grossesse extra-utérine qui provoque rapidement la rupture de sa loge amincie, soit pour les salpingites dont la sécrétion stagne au fond des cellules et tend à s’enkyster. La trompe infantile coïncide habituellement avec un arrêt de développement général et en particulier des organes sexuels.
Le pavillon ( morsus dial)oli), entonnoir flottant, de 1 à 3 centimètres de long, termine l’ampoule et fait communiquer
Fig. 98. — La trompe fœtale, au septième mois.
la cavité séreuse du péritoine avec les cavités muqueuses de la trompe, de l’utérus, du vagin, et par celle-ci avec l’extérieur. Il est quelquefois festonné sur sa base, mais ordinairement il est frangé. La disposition de ces franges, dont on ne peut bien voir les formes élégantes et capricieuses qu’en les faisant flotter dans l’eau, est très- irrégulière ; au nombre de douze à quinze et longues de 1 à 3 centimètres, 'elles se rangent en cercle unique ou bien sur plusieurs cercles concentriques, comme une corolle à plusieurs rangs de pétales. On voit des formes lancéolées, laci-
Fig. 99. — Les franges du pavillon étalées dans l’eau.
niées, en ruban, simples ou ramifiées. Leur face externe est arrondie, leur face interne est creusée d’une ou plusieurs cannelures.
Le pavillon est attaché à l’extrémité externe de l’ovaire par un long et grêle filament de 2 à 5 centimètres de longueur, le ligament tubo-ov arien. Cette mince lanière, blanche, opaque, est doublée sur une de ses faces d’un prolongement de la
muqueuse tubaire, la frange ovarique , ramifiée ou non, et creusée d’un sillon. La frange n’atteint à peu près jamais l’ovaire et en reste éloignée de 5 à 10 millimètres ; elle peut manquer en totalité et des deux côtés sur des organes génitaux bien conformés du reste.
Au fond et au centre de l’entonnoir tubaire est Y orifice abdominal de la trompe, orifice étroit, de 1 à 2 millimètres de diamètre seulement, presque fermé par la convergence des plis, mais découpé en fentes par les sillons et assez dilatable. Ce détroit sépare deux parties larges, le pavillon et le commencement de l’ampoule.
Richard a signalé les pavillons accessoires ou surnuméraires, identiques au pavillon principal, mais plus petits et moins frangés. Sessiles ou pédiculés, ils communiquent avec l’oviducte immédiatement derrière le pavillon normal; on en a vu jusqu’au milieu de la trompe. Il n’y en a ordinairement qu’un, exceptionnellement deux et même trois. Une série de cent quatre-vingt-douze sujets examinés par deux observateurs en a fourni quinze cas.
Structure. — La trompe est formée de trois tuniques : une muqueuse, une musculeuse, une séreuse.
1° Muqueuse. — La muqueuse se distingue, dès l’oritice interne, de la muqueuse utérine lisse et rosée, par sa pâleur et par ses plis. Ces plis longitudinaux, qui sont des excroissances de la muqueuse et ne s’effacent point par la distension, existent sur toute la longueur du canal. A peine reconnaissables à l’œil nu, dans la portion interstitielle, ils sont plus prononcés dans l’isthme et disposés en rayures parallèles ; dans l’ampoule, ils sont saillants, en lames arborescentes et anastomosées; des plis secondaires émergent des sillons et s’unissent aux plis principaux, formant des surfaces réticulées. Il en résulte que le canal tubaire est une sorte de voie touffue, coupée de chemins collatéraux, d’impasses et de tunnels. Sur le pavillon, les plis et les sillons s’étalent à la face interne des franges. Henle suppose que ce système réticulé a pour but d’arrêter les spermatozoïdes, qui luttent déjà contre le péristaltisme et le
mouvement des cils, et de les forcer à séjourner dans les chambres de l’ampoule, où ils ont plus de chance de rencontrer l’ovule qu’à la surface de l’ovaire. On pourrait ajouter que la disposition en plis et cannelures multiplie les chances de contact entre les deux éléments; peut-être aussi, en mettant l’ovule en rapport plus étroit avec la paroi, lui permet-elle d’être mieux saisi par les cils vibratiles ou par la contraction péristaltique.
L’épithélium est cylindrique vibratile, au moins depuis la
Fig. 100. — Le pavillon et la tin de l’ampoule, fendus ; vue de la face interne.
puberté ; le mouvement des cils va du pavillon à l’utérus. Une sous-muqueuse conjonctive dense unit intimement la muqueuse au tissu musculaire sous-jacent. Il n’y a pas de glande, et pourtant la trompe sécrète un mucus abondant. Tous ces caractères de la muqueuse se prolongent jusqu’au bord des franges ; une ligne de séparation marque la limite entre l’endothélium péritonéal et l’épithélium cylindrique.
Il en est de même pour la frange ovarique ; un pont péritonéal sépare son épithélium de celui de la surface ovarienne.
2° Musculeuse. — La tunique musculaire, épaisse de 0mm2 à 3, est composée de deux couches : une couche interne circu-
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laire, assez forte, disposée sur la coupe eu anneaux concentriques: très faible vers le pavillon, elle va croissant du côté de l’utérus et reste distincte même dans la portion interstitielle ; — une couche externe, longitudinale, mal isolée, formée de faisceaux engagés entre les. anneaux de la couche circulaire; elle est mince, un peu mieux développée le long du bord supérieur de la trompe. Sur le pavillon elle s’étale, et par un de ses faisceaux (musculus attrahens tubœ) s’engage dans le ligament tubo-ovarien.
La tunique musculeuse est l’agent du mouvement péristaltique qui marche de l’ovaire à l’utérus, comme le mouvement des cils, et a pour but de conduire l’ovule dans la matrice.
Fig. 101. — Coupe de la trompe, grossie; les veines.injectées
3° Séreuse. — La tunique séreuse est le péritoine du ligament large. L’aileron supérieur de ce ligament forme un long et mince mésentère (méso-salpinx) qui enveloppe la trompe et lui donne une grande mobilité ; c’est pour cela qu’elle peut se
trouver fixée dans les positions vicieuses les plus diverses. Le bord inférieur où s’écartent les deux lames du méso est en quelque sorte le hile du canal. On y voit de nombreuses veines et une artère importante ; en outre, ce méso contient des fibres lisses qui appartiennent au feuillet musculaire du ligament large.
La disposition anatomique de l’ovaire et de la trompe semble avoir été prévue par la nature dans un but malthusien pour restreindre au minimum les chances de fécondation (Rouget). L’ovaire est libre derrière le ligament large ; la trompe est très mobile, et ne tient à l’ovaire que par un long et mince filament; le pavillon étalé ne couvre que le tiers de la surface ovigène. On ne sait même pas au juste comment se fait l’adaptation des deux organes à l’époque menstruelle. Il est bon d’observer que le ligament tubo-ovarien peut ne pas renfermer des fibres musculaires (Henle).que la frange ovarique manque parfois complètement, que très probablement le pavillon est toujours au contact de l’ovaire, mais fermé et inerte, et n’a qu’à s’ouvrir pour s’appliquer sur lui, comme les doigts d’une main qui repose fermée, puis ouverte sur un corps arrondi ; que le mésosalpinx est enroulé en poche péritonéale autour de la glande; enfin, que si le pavillon ne peut couvrir qu’une partie de l’ovaire, il est possible que les courants de la lymphe, dus aux cils vibratiles et aux mouvements péristaltiques, dirigent l’ovule vers la trompe béante.