‹ Cours de style diplomatique (volume 2)Chapitre 13 sur 42 · CHAPITRE VL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VL

Des Dépêches et Relations.

Après avoir parlé des différentes formes applicables aux écrits, au moyen desquels op négocie > nous arrivons à traiter des rapports que le ministre public est tenu de faire à son gouvernement , sur le cours des afiEures et sur la marche des négociations dont il est chargé.

A la dextérité, à la circonspection et à toutéis les qualités essentielles au négociateur, l'agent public doit joindre les talens qui le mettent à même d'instruire convenablement son gouvernement de tout ce qui pourrait avoir rapport aux affaires qu'il ttaite, a6n que celui-ci puisse , sur ses données, suivre le fil des négociations et les diriger selon l'intérêt de l'état, auquel il préside. A cette fin le ministre sera tenu d'envoyer en Cour des relations détaillées et suivies, nou-seulement des poinb substantiels d^une né^ gociation particulière dont il serait chargé , mails encore de toutes les occurences qui n'y auraient même qu'un rapport éloigné, et en général de toutes les affaires publiques qui parviendi*ont à sa connaissance. Il existe d'ailleurs tant de relations d'industrie et de commerce et tant de points com*

muDS d'intérêt entre les nations, que le ministre public résidant à une Cour étrangère trouvera dans sa position, en simple observateur'attentif et sans donner lieu aux soupçons d'intrigue ou d'espionnage, de quoi fournir ses rapports de détails intéressans et utiles. C'est là l'occupation principale à laquelle doit se vouer l'agent diplomatique en mission stationnaire et sans but de négociation particulière; et c'est ainsi qu'il évitera d'avoir recours dans ses dépêches à la narration de simples anecdotes de Cour insipides, et d'une espèce de chronique, souvent peu édifiante et indigne de l'attention de tout gouvernement sensé. — Souvent aussi il est des affaires particulières auxquelles les gouvernemens s'intéressent sans qu'elles soient de nature à être traitées diplomatiquement* Le ministre chargé du soin de les conduire s'appliquera à faire des rapports clairs et détaillés de sa gestion.

Quelques Cours ont adopté l'usage d'une double correspondance diplomatique, en séparant la correspondance générale et ordinaire de celle pour les négociations ou affaires particulières. Le ministre sépare alors en deux dépêches ce qu'il aurait été obligé de réunir dans une seule sans cet arrangement, auquel l'ordre des affaires ne peut que gagner.

Lorsque plusieurs ministres sont employés con-

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}ointement à une même mission, ils font les dépêches ordinaires en commun, et n'en rédigent séparément que pour les affaires dont ils sont chargés en commission particulière.

Comme il n'est pas de notre office de montrer ici ce que le ministre public doit dire dans ses dépêches, mais la manière dont il doit le dire^ nous avons dû nous astreindre à un petit nombre d'observations sur le contenu ordinaire de ces relations. Elles suffiront cependant à faire sentir quelle est la variété des objets sur lesquels roulent les rapports diplomatiques, et combien le style de ces compositions doit adopter de nuances. Pour donner quelque ordre et suite aux règles qu'il nous reste à ofirir pour cette partie de notre cours, nous les distribuerons sous quelques points principaux auxquels elles ont rapport, en les faisant précéder par quelques observations générales.

La forme épistolaire des dépêches et leur but de rapporter des événemens et des détails de négpciations, indiquent suffisamment quel doit être le caractère principal de leur style, c'est-à-dire qu'il sera nécessairement historique et narratif. Le ministre racontera simplement et naturellement tout ce qui s'offrira à lui pendant le cours de sa négociation, et soit qu'il fasse un rapport essentiellement historique, soit qu'il entre même en discussion, il évitera toute tournure recherchée

«;,,( de li^orique, se souvenaDt bien

e( '""^ i^[ point persuader, mais exposer net-

^ te aflài'^- ^'"^ '' *^ pénétrera de celte

i***^ ujeant l'ordre naturel des choses dont il

Aet p'"^ *^ style aura la grâce et l'à-

j^raWe. Il fera choix des expressions

'[y, claires et les plus propres à rendre ses

■jjSm et à retracCT les iaits tels qu'ils se sont pas*

. «) il aimera mieux avoir moins bien que

, ^^gf clairement dit. H pourra même, afin de ne

-^iit laisser entraîner sa plume à intervertir

l'ordre des choses qu'il doit traiter, dresser une

j^pmte note ou un aperçu des points auxquels se

j^ttachent les détails de son rapport.

contenu des dépêches diplomatiques est ou Dtif, ou narrai^ ou délibératif : c'est à ces ormes principales que se réduit tout ce que listre peut avoir à dire dans ses relations, te même qu'avant d'entamer sa négociation, orte à l'agent diplontatique d'étudier et de itre les p^'sonnes avec lesqu^es il aura à • ou à entrer en rapport quelconque; ainsi aussi , au coœmenceraentde sa mission ,^re ies relations à son gouvernement l'esquisse ableau des personnages de la Cour à laquelle iccréditê, du ministère existant et de toutes rsonoes en général qui concourent aux af- > Il ne suffirait pas qu'il eût observé scru"

puleuseitiexit et même jugé de tout sam prévention , s'il né parvenait à oommiiniquer clairement ses otbservations à son gouvernement, qu'il doit mettre en état de connaître le tearrain , afin d'y régler les démarches qu'il ordonnera. A cet effet , le . ministre doit se servir dans son tableau des termes les plus exacts , les plus caractéristiques , mais aussi les plus circonspects, tels que les requiert le style descriptif; il sera moins veii>edbi: que i^écisy et emploiera des pkrases coupées analogues à son sujet, plutôt que de sacrifier la clarté en allongeant les périodes. Il aura soin d'ailleurs que ses paroles expriment bien la même réserve, dont il ne déviera jamais dans les juge» meos qu'il serait appelé à porter sur le caractère des personnes ; il sera concis dans ses observations. '

Telles sont les règles du style que l'agent diplomatique doit suivre dans ses dépêches toutes les fois qu'il s'agit d'ofifrir la description ou des personnes ou des lieux, et de représenter les choses telles qu'elles sont, et non telles que l'ima* gination se plairait k les former.

a'' D'autre part le style narratif pi*endra place partout où la correspondance s^étendra sur des faits. Le Miuistre raconte- t-il la réception et les honneurs qu'on lui a faits, eu les entretiens qu'il a eus , €m telle autre occurrence de sa mission , son style sera de nature historique. Il joindra à l'exac-

titude des détails et à la précision qui a été recoiDinandée dans le paragraphe précédent, le plus grand soin pour donner de la suite à sa narration ; il s'étendra sur les faits sans être long, et, tout en s'appliquant à ne rien omettre, il évitera de fatiguer par des minuties ou par des redites. Il doit adopter un style rond, libre et aisé, lier ses phrases en les joignant naturellement et sans recherche sensible.

Il importe surtout que les entretiens sur affaires , les négociations de bouche , soient bien rendus. C'est ici qu'il faut employer toutes les couleurs de la diction pour reproduire les nuances de la parole. L'expression, toutefois fidèle, doit être tour à tour vive et fraîche, réfléchie et profonde, en un mot telle qu'étaient les paroles qu'elle doit rendre. S'il est essentiel que le rapporteur n'omette et n'ajoute rien, il n'importe pas moins qu'il ne dénature point les discours par la narration et qu'il n'empêche pas de juger du sens des paroles en renversant les expressions. Il doit donc avoir fait une étude toute particulière de cette partie du style de ses dépêches, et ne pas. croire avoir satisfait à son devoir, si en rendant les paroles d'un entretien il n'est parvenu à en rendre le vrai sens.

3"" J'ai nommé en troisième lieu le texte délii^érati/ des dépêches diplomatiques. J'entends sous

cette dénomination la partie du rapport d'un agent diplomatique , par laquelle il rend compte de sa négociation, expose l'état des affaires, demande des ordres particuliers de son gouvernement , lui fait des représentations sur des doutes ou observations survenues; et en un mot, dans laquelle il traite de consultations ou délibérations. Il serait tout aussi difficile de fixer des règles pour les variations de style admises dans cette partie essentielle du corps des dépêches, que de faire rénumération des objets mêmes auxquels on aurait à les appliquer. Nous nous bornerons à observer qu'en style délibératif avant tout il convient de tout dire afin de fout soumettre à la réflexion. Ici la recherche de concision serait non-seulement déplacée, mais elle pourrait même nuire à l'exposition. On doit s'attacher à retourner et à reprendre son sujet de tous les côtés jusqu'à ne laisser aucun doute et aucune obscurité : on doit pour cela même éviter avec le plus grand soin toute expression louche et ambiguë, et rejeter toute phrase qui nécessiterait une interprétation ultérieure. Les argumens perdent leur force lorsque les termes dans lesquels on les offre ne sont pas concluans, et jamais on ne sera par-^ venu à épuiser son sujet si on ne Ta exposé par des expressions claires et analogues.

J^e ministre aura soin cependant de ne point

( a66 ) fatiguer l'attention par des loâgueurs , et d'éviter toutes les observations et réflexions superflues , ou qui ne seraient point en rapport nécessaire avec son but. Lorsqu'il se verra dans le cas de donner son opinion sur les affaires et sur les mesures à prendre^ il fera un choix prudent d'expressions , afin de ne point paraître vouloir faire des représentations qui pourraient déplaire* ou prétendre éclairer le gouvernement ^ dont il attend les ordres. Enfin il redoublera de prudence et de soin pour la tournure de ses phrases lorsqu'il sera obligé de faire à sa Cour quelque communication désagréable; il modérera les choses par les paroles^ toutefois sans les dénaturer? et témoignera la peine qu'il ressent de se voir l'oi^ane transmetteur d'aussi fâcheuses nouvelles. Quant à la forme des dépêches, elle est entièrement la même que celle de toute autre lettre. On se sert de l'allocution et de la courtoisie finale ordinaire en la modifiant suivant que l'exige la qualité des personnes auxquelles elles sont adressées ou le style de chancellerie de la mission , s'il y en avait un qui fut particulièrement introduit. Lorsqu'on a quelque nouvelle ou quelque réflexion à ajouter après la conclusion de la dépêche , on en feit un post^scriptum , qu'on se contente souvent de signer sans répétition de courtoisie.

La relation générale faite par un ministre à la fin dé sa mission, et dans laquelle sont récapitulés tous les points principaux de la négociation, s'appelle un rapport. Les formes et les règles du style y sont les mêmes que dans toute aiitre dépêche , dont le rapport général ne diffère que par sa teneur. •

C'est dans V Histoire de kt Diplotnatie française ^ par Flassan , qu'on trouvera le meilleur choix de modèles de dépêches. Nous en avons extrait ci* dessous quelques-uns des plus recommandables.

Dépêche des Atnbassadeuf's extraordinaires Batapes à Paris, aux États- Généraux,

A. Paris, le 6 juin 1798 (Tan i*' de la liberté baiave.)

LIBERTE, ÉGALITÉ, VEATERNITÉ.

Hauts et PuissAjys Seigiteurs,

Après être arrivés ici mercredi matin (3 de ce mois), et en avoir prévenu le Comité de Salut Public , nous fûmes invités le soir à une conférence. Nous y remîmes nos lettres de créance ; sur tjuoi il fut résolu d'en donner le lendemain lecture à la Convention, et d*y fixer l'heure que nous pourrions être introduits comme Ambassa-

deurs extraordinaires ; de plus que l'échange solennel des ratifications se ferait le lendemain en pleine assemblée du Comité de Salut Public. Cet échange a aussi eu lieu jeudi, et nous aurions envoyé actuellement la ratification, si ce n'eût été que le Comité, voyant celle de W. HH. PP. écrite sur vélin et poui^ue du grand sceau dans une boîte d'argent , ne «tous eût priés de différer l'envoi d'un jour ou deux , voulant aussi à présent remettre la ratification firançaise écrite également sur vélin et pourvue d'une boîte semblable. Nous avons déféré à cette demande , mais nous avons jugé cependant devoir envoyer un courrier à W. HH. PP. , avec la nouvelle que l'échange a eu lieu jeudi au soir, et que nous en garderons sous nous les pièces originales, jusqu'à ce que le gouvernement les ait remplacées par d'autres écrites sur vélin et en tout de la même teneur. Alors nous expédierons sur-le-champ notre secrétaire à La Haye avec ces Chartres importantes.

Hier y à deux heures , nous avons été solennellement introduits dans l'assemblée de la Convention nationale par le Comité de Salut Public en corps , et conduits au milieu de la salle sur un tapis avec deux fauteuils , et ce au milieu d'une acclamation et d'applaudissemens universels, tant des membres de la Convention qui était ce jour-là extrêmement nombreuse , que de toutes les tri-

bunes, toutes également remplies de n^onde. Après avoir pria place et être restés découverts , attendu que le Président ne se couvrait point, Sieyes, comme organe du Comité de Salut Public pour ce qui regarde les affaires étrangères , fit lecture' de la ratification de V V. HH. PP. , qui , lecture faite, fut couverte d'un applaudissement général. Ensuite le premier des soussignés prononça le discours dont nous avons l'honneur de joindre ici copie , qui fut écouté avec beaucoup d'applaudissement , et qui 9 suivant les désirs de la Convention , sera imprimé dans toutes les langues avec la réponse du Président , envoyé à tous les départemens, aux armées et aux Cours étrangères. Il fut décrété en même temps que les Ambassadeurs recevraient l'accolade fraternelle du Président ; ce qui fut exécuté sur-le-champ , au milieu d'un applaudissement continuel et de Facclamation : Fwent les deux Républiques! Un autre membre de la Convention proposa qu'en signe de la bonne harmonie entre les deux Répiibliques et de l'alliance conclue, le pavillon de W. HH. PP. flotterait aussi dans la salle de la Convention , de même que celui des États-Unis de l'Amérique. Cette proposition fut reçue avec grande acclamation ; mais attendu que pareille motion faite à l'égard de l'Amérique a été préalablement examinée au Comité de Salut Public , il a

,( ^7^ ) été décrété de tenir aussi présentement la même route, quoique d'ailleurs il ne fut pas difficile de conclure, d'après les différens avis , combien la proposition était généralement goûtée. Demain nous serons régalés par le gouvernement à un banquet civique , auquel il n'assistera personne que des Ministres de républiques. Hier, nous avons rendu une visite d'étiquette aii Président de la Convention nationale , et à celui du Comité de Salut Public; et nous avons £ût notifier officiellement l'arrivée des Ambassadeurs extraordinaires de VV. HH. PP. aux Ministres étrangers.

Dans les conférences que nous avons déjà eues avec le Comité , nous avons d'abord pensé à exécuter l'ordre qui nous avait été donné pour faire reconnaître les Ministres Mejrer et Blaua^. Nous avons la satisfaction que plusieurs membres nous aient témoigné que cela n'était plus sujet à aucune difficulté ; sur quoi nous, avons remis hier au soir la note cirj ointe, ainsi qu'il a aussi été £ïit par les Ministres , avec envoi de leurs nouvelles lettres de créance. Il a été dit de bouche à notre secrétaire, que nous y recevrions réponse par écrit encore aujourd'hui ; réponse que nous, présumons devoir être tout'-à-fait satisfaisante, vu que déjà, avant la remise de la note, le comité nous a prié d'inviter lesdits Ministres Blauw 0t Mejrer au banquet. Après le vœu de salut et

fraternité , nous nous signons les Ambassadeurs de VV. HH, PP. près la République française.

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