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généraux d'après lesquels S. M. était disposée à traiter; je m'efforçai en suivant plus ou moins tous les points de mes instructions, de mettre M. de La Croix , si son rapport est fidèle , en état de rendre compte au Directoire de ce que j'avais dit, de manière à lui ôter tout moyen de mal interpréter les intentions de S. M., à éloigner toute possibilité de chicane, et à l'amener à répondre clairement et distinctement s'il voulait consentir à entamer la négociation sur le principe du status ante hélium^ ou sur un autre qui n'en différerait que par la forme et non par la substance. Je me flatte qu'en l'essayant je ne suis pas compromis, que je n'ai découvert de mes instructions que ce qui était convenable, et que dans cette conversation rien ne m'est échappé qui puisse nuire par la suite au progrès de la négociation. ^- Je croîs avoir rendu compte à V. S. de cette conférence presque mots pour mots ; et j'ai pris un soin particulier de le faire correctement et en détail, afin que vous puissiez juger de ce que j'ai dît, et que vous soyez instruit assez parfaitement de ce qu'a dit M. de La Croix, pour que vous puissiez vous en servir comme d'un témoignage authentique. Il faut cependant se rappeler, comme je l'ai observé au commencement de cette dépêche, qu'il a parlé d'après lui-même, à la vérité comme Ministre, mais non sous l'instruction im-
( ^91 ) médiate du Directoire; et cette observation jus^ tifiera un peu la singularité de quelques-unes de ses propositions.
J'avoue, Mylord, que d'après la politesse et son empressement apparent à entrer en discussion, l'impression qui m'est restée en le quittant a été que la négociation irait en avant, malgré tant de difficultés, dont quelques-unes presque si insur« montables, que connaissant, comme je la connais, l'opinion du Directoire , je voyais peu d'espérance qu'elle se terminât heureusement; mais je ne m'attendais pas que le Directoire se conduirait tout de suite de manière à démontrer une incli* nation évidente y et même une détermination à rompre sur les premières propositions : aussi ne fus^je pas peu surpris de recevoir dimanche à trois heures après midi la lettre ci-jointe (A) de M. de La Croixt II me Fenvoya par le premier secrétaire de son département, M. Gitaudet, qui me communiqua l'original de l'arrêté du Direc* toire, dont cette lettre, sauf les changanens de forme, est une copie littérale. — Après l'avoir lue, je demandai à M. Giraudet s'il était instruit de son contenu ; et une conversation s'engagea à ce sujet. Je lui dis que les deux demandes étaient ai inattendues, que je ne pouvais y répondre sur-le« champ; que, quant à la première, il étoit tout-à^ fait contre l'usage de signer les mémoires annexés
( î^9^ ) à une note signée , et que j'avais de la peine à me croire autorisé à me départir de ce qui me paraissait une règle invariable; que, quanta la seconde demande, faite d'une manière si inouïe et si péremptoire, je dirais sans hésiter qu'il n'était pas possible d'y satisfaire. M. Giraudet m'en témoigna beaucoup de regret, et dit que cela étant il craignait que nos principes de négociation ne pussent jamais s'accorder. — Je lui témoignai le même regret; nous continuâmes à causer quelque temps sans qu'il se passât rien de digne de remarque. Je lui dis que je lui enverrais ma réponse le lendemain.
£a réfléchissant plus mûrement sur la deùiaiide de signer les deux mémoires, je me convainquis que je ne m'engagerais à rien , en y consentant ; que c'était uniquement céder à un peu d'humeur et que ma complaisance ne servirait qu'à mettre le Directoire encore plus dans son tort. — Quant à la demande étrange de V ultimatum , je vis clairement ce que j'avais à dire , et j'espère que ma réponse ci -jointe, sous la lettre B, et que j'envoyai hier à midi à M. de La Croix, sera trouvée conforme , aussi strictement qu'il était possible , à mes instructions.
Hier au soir, à neuf heures et demie, M. Giraudet m'apporta la note C , à laquelle je répondis aussitôt par la note D; elles n'ont pas besoin
de commentaires. Comme j'entends quitter Paris demain et voyager en toute diligence, il sera bientôt en mon pouvoir de vous rendre compte de ce qu'il me reste à dire relativement à la cIÔti ture subite, quoique peut-être non imprévue, de ma mission. Je n'abuserai donc pas davantage de votre patience.
J'ai l'honneur d'êrre, etc.,
.MaI/M£SBI]RG.
p. s. J'ai pensé qu'il serait convenable que le Ministre de S. M. à Vienne, reçût de bonne heure la nouvelle de la rupture de la négociation; je lui ai en conséquence dépêché un courrier avec une copie de plusieurs pièces qui ont eu lieu entre M. de La Croix et moi, depuis notre conférence, ainsi qu'un compte succinct de ce qui s'est passé. Le courrier est parti aujourd'hui à trois heures de l'après-midi,
Fragmens de Dépêches de V Ambassadeur de France j Bàrillon , près la Cour de la Grande* flretagne.
Du i4 novembre 1679.
Conformément aux ordres que V. M^ m'a don-^ nés , je suis rentré en commerce avec les gens du parlement que j'ai cm devoir être utiles à son ser^ vice... J ai pris en même temps fort grand soin de ménager Fesprit de Mylord HoUes , et je crois l'avoir maintenu dans des sentimçns favorables, aux intérêts de V. M. C'est l'homme d'Angleterre pour qui toutes les cabales ont le plus dé considération. 11 est généralement respecté de tous les partis, mais principalement des presby-^ tériens. Rien ne m'a tant servi auprès de lui que l'offre que je lui ai faite de la part de V. M. d'une boite de portrait en diamans. Il a témoigné beaucoup de reconnaissance pour cette marque de l'estime que V. M. fait de lui ; mais il n'a point accepté le présent, et je l'ai encore entre les mains. Je l'ai pressé plusieurs fois de la prendre , il s'en est toujours défendu , et m'a dit qu'il servirait V. M. avec moins de scrupule et plus utilement , s'ils ne l'acceptait pas ; et qu'il ne
pouvait s'y résoudre sans la permission du Roi de laGrande'-Bretagae , étant présentement de son conseil... Personne n'a été plus utile à V, M. que Mylord HoUcs. Quoiqu'il n'aille pas souvent au parlement, il est consulté par beaucoup de gens, et ses avis sont d'un grand poids.*. Il voudrait que la nation ne s'emportât pas contre la France, et croit que ce serait une grande imprudence que de donner quelque sujet de mécontentement à un Prince si puissant, et qui peut si aisément nuire. Je vois quelquefois cç Mylord, mais pour ne pas rendre suspectes des visites trop fréquen^^ tes, nous avQus commerce ensemble par le sieur JBeber ; c'est un homme qui a un grand crédit sur l'esprit de Mylord HoUes, et qui è$t fort consir déré parmi les presbytériens. Il m'a été fort utile en beaucoup d'occasions, et c'est par lui que j'ai été averti à temps de ce qui se passe dam» les différentes cabales : j'ai eu par la même personne une étroite liaison avec le sieur Lidleston, qui est un des plus considérables de la Chambre basse et dont les avis ont toujours été le plus suivis. J'ai conservé aussi une correspondance particulière avec le sieur Poucle. Il a été mis au conseil lorsqu'on y mit des gens opj^és à la Cour. Il s'est ménagé depuis ce temps-là ; en sorte qu'il peut toujours être utile quand le parlement s'assemblera. Cest un homme propre à remplir les pre-
( *96 ) mières charges de FAngleterre : il est très-éloquent et très-habile. Notre premier commerce est venu par le moyen de .Montaigu ; mais je l'ai entretenu depuis cela de mon chef ei fort secrètement.
Le sieur Harbord est encore de ceux de qui je me suis servi , et qui a beaucoup agi dans l'affaire du grand trésorier et du licenciement des troupes; mais il me serait impossible de l'eipployer présentement. C'est un homme qui a assez de crédit parmi les gens des provinces ; il serait plus. propre si on voulait attaquer un ministre qu'il ne le sera pour parler dans un parlement contre une alliance que la Cour voudrait faire » et qu'on voudrait empêcher.
Ces quatre personnes ont touché ce qui leur avait été promis, quand le licenciement des troupes serait fait , et que M. le grand trésorier serait hors des affaires.
J'envoie un mémoire à part , par lequel V. M. verra ce qui a été donné pour cela, et pour quelques antres dépenses faites. par ses ordres.
Sidney m'a été d'une grande utilité dans bien des occasions* C'est un homme qui a été dans les premières guerrefftet qui naturellement est ennemi de la Cour. On l'a soupçonné depuis quelque temps de s'être laissé gagner par Mylord Sunderland; mais il me parait toujours dans les
( ^97 ) mêmes sentimens , et n'avoir point changé de maximes. Il a beaucoup de crédit parmi les iudépendans, et est ami intime de ceux qui sont le plus opposés à la Cour dans le parlement. Il a été élu pour celui-ci. Je ne lui ai donné que ce que V. M. m'a permis. Il aurait bien voulu avoir davantage; et si on lui faisait quelque gratification nouvelle j il serait aisé de l'engager entièrement. Cependant il est dans des dispositions fort favorables pour ce que V. M. peut désirer, et ne voudrait pas que l'Angleterre et les États-Généraux fissent une ligue. Il est fort mal avec son frère qui est en Hollande , et se mpque de ce que la Cour s'en sert comme d'un négociateur. Je crois que c'est un homme qui servait fort utile si les affaires d'Angleterre se portaient à l'extrémité.-
Depuis le temps qu'on a parlé d'une alliance avec les États-Généraux et l'Angleterre , j'ai pris beaucoup de soin d'entretenir les défiances que quelques gens des plus considérables du parlement ont contre le Prince d'Orange : ils appréhendent que son union avec la Cour né rende le gouvernement plus ferme et plus' autorisé ; mais à* dire la vérité comme elle me paraît , je ne crois pas qu'il fut possible d'empêcher que le parlement n'approuvât une ligue qui serait faite avec les Etats-Généraux pour garantir la paix. Tout ce
( ^98) qui pourrait se pratiquer dans la suite (si cela arrivait), ce serait d'empêcher le parlement de donner des sommes considérables; ainsi je ne crois pas devoir proposer à V. M. de faire présentement de nouvelles dépenses , dont le succès serait fort douteux II sera toujours temps de faire des gratifications , et d'en promettre à ceux dont on voudra se servir, lorsqu'on verra qne le parlement doit s'assembler.
Si V. M. croit que je doive encore presser Mylord Holles d'accepter la boîte de diamans, je pourrais, par le moyen de madame Holles, la faire accepter; et je ne présume pas qu'il fût si difficile qu'il l'a été. J'attendrai aussi les ordres dé V. M. pour offrir quelque chose aux autres dont j'ai fait mention , et je ne me servirai de la permission qu'elle me donnera qu'en des occasions que je croirai essentielles pour son service-
Je dois rendre compte à V. M. de ce qui regarde Montaigu séparément des autres, étant engagé, comme il l'est, dans les intérêts de V. M. par des considérations particulières. J'ai eu assez de peine à me défendre depuis six mois des instances qu'il m'a faites pour le paiement de la somme qui lui a été promise pour la perte de M. le Grand-Tr'ésorier. Il prétend que la condition est accomplie de sa part. J'ai toujours essayé de lui faire comprendre qu'étant pleinement assuré de ce qui lui
( ^99 } a été promis, il ûe devait pas s'inquiéter que le paiement se fît un peu plus tôt ou un peu plus tard. Il ne se rend point à mes raisons. Les deux voyages que le sieur Falaiseau a faits inutilement le feraient résoudre d'aller lui-même solliciter le paiement de la somme qu'il prétend, s'il avait pu quitter l'Angleterre dans un temps où les affaires sont dans un si grand mouvement , et auxquelles il a une très-grande part.
V. M. se souviendra, s'il lui plaît, que Montaigu me parla au mois de janvier passé pour essayer de faire en sotte qu'elle voulût favoriser la prétention de Montmouth. C'était le principal motif de son voyage en France, quand il fut arrêté à Douvres. Montaigu connut bien dans la suite, par la retenue avec laquelle je lui parlai sur cette affaire, que V. M. n'était pas disposée à soutenir un dessein si injuste, et qui paraissait alors fort chimérique. Nous n'avons pas laissé d'avoir un grand commerce ensemble, et de conserver beaucoup de liaisons pour les autres affaires. Il m'a souvent parlé de mettre Mylord Schafbery dans les intérêts de V. M., et prétend que ce ne serait pas une chose impossible si on voulait y employer une somme considérable. Je ne sais si Y. M. jugera utile à son service d'y travailler présentement. Ce serait un moyen fort propre pour susciter de nouveaux embarras au Roi d'Angleterre; et My-
^ 3oo )
lord Schafbery serait encore plus hardi s'il se sentait appuyé secrètement de V. M. Mais il serait difficile de le détourner des engagemens qu'il à contre M. le Duc d'Yorck, et Tempécher de travailler pour l'élévation du Duc de Montmouth, ou pour celle du Prince d'Orange; car ses desseins sont assez difficiles à pénétrer, et peut-être a-t-il pour but principal de travailler à l'établissement d'une république, dont il essayait d'être le chef.
Si V. M. me permet de dire ce que je pense qui doit se faire présentement à l'égard de Montaigu, je crois qu'elle me commandera de lui donner encore des assurances positives du paiement de ce qui lui a été promis, et qu'elle marquera un temps certain dans lequel ce paiement sera réellement fait. Si après cela V. M. veut, par son moyen et par le moyen de madame Hervey, sa sœur, gagner des membres du parlement , je puis répondre qu'on ne peut trouver deux personnes plus propres à traverser tous les desseins de la Cour. C'est par une intrigue de madame Hervey que j'ai fait fait conserver à Bruxelles un nommé Bulstrode, que Louvois me manda en ce temps-là être utile au service de V. M. Ma principale application a été avec tous ceux dont j'ai fait présentement mention, de leur ôter le soupçon que V. M. veuille faire un traité avec le Roi d'Angle-
terre. J'ai néanmoins observé de ne point donner sur cela des paroles positives, principalement à Mylord HoUes : je lui ai seulement dit, en général, que V. M. ne prendrait jamais d'engagement avec S. M. Britannique qui puisse être préjudiciable à la liberté et aux privilèges des Anglais. Je ne dirai rien à V. M. sur le sujet du Duc de Buckingham, parce qu'il n'est pas ici présentement, et que V.M. connaît par elle-même de quel usage il peut être pour son service. Je ne doute pas qu'il n'ait été mal satisfait du refus que je fis cet été de lui donner les vingt mille écus dont il croyait pouvoir disposer. J'aime mieux lui laisser croire que je faisais cette épargne de mon chef, que de lui faire connaître que j'en avais l'ordre. Comme je le vis dans le dessein d'aller en France, et que je ne doute pas qu'il n'y ait été, je crois que lorsqu'il paraîtra ici je le trouverai disposé à servir V. M. quand les occasions s'en présenteront Il ne me paraît pas qu'il ait un grand crédit dans le parlement, mais il pourrait être plus utile à l'égard du peuple, et dans les temps de trouble. Ce ne sont pas les esprits réglés qui font les coups les plus considérables.
Du 5 décembre 1680.
J'envoie k V. M., dans un mémoire à part, les noms des membres du parlement que j'ai engagés dans ses intérêts. Le fondement de tous engage* mens, est que le parlement n'entrera point dans Talliance faite avec l'Espagne, ni dans celles qui se pourraient proposer avec les États-Généraux, ou avec l'Empereur et d'autres princes de l'Empire, et ne donnera point d'argent à S. M. Britannique pour les soutenir. La plus^ grande partie de ces liaisons n'a pu se faire par moi-même ; il se trouverait peu de personnes qui voulussent traiter directement avec moi, ni avoir un commerce par lequel elles exposeraient leur fortune et leur vie. Je me suis servi de Montaigu et de madame Hervey, sa sœur, du sieur Herbert, du sieur Algernon de Sidney et du sieur Beber, de tous lesquels j'ai reçu de grands secours dans l'affaire du Comte de Danby- Les intérêts dé ceux avec qui j'ai commerce sont fort différens et fort opposés. Montaigu voudrait rentrer à la Cour, et avoir, s'il était possible, une grande charge; il serait bien aise auparavant d'aller comme Ambassadeur extraordinaire en France pour quelque temps. Il s'est déclaré ouvertement contre le Duc d'Yorck, et est entré avec Montmouth dans une
confidence intime. Il s'est Ité aussi avec Mylord Russel et Mylord Schafbery. Quoique Môntaigu soit dans les intérêts dé V. M. depuis long-temps, et que la somme dont il attend je paiement soit seule suffisante pour l'empêcher de faire aucune démarche contraire ^ il aurait bien voulu que je fusse entré plus avant dans Taffaire du Duc de Montmouth; et la retenue qu'il m'a vu avoir sur cela lui fait quelquefois soupçonner que S. M. soutient le Duc d'Yorck et qu'elle veut le proté* ger à l'avenir. Je le rassure en lui disant que la résolution de soutenir une prétention telle qu'est celle du Duc de Montmouth ne se prend pas légèrement; qu'il lui doit suffire que le Prince d'Orange soit son plus grand ennemi, qu'il l'est aussi de la France; que V. M- se déterminera selon qu'elle le trouvera plus à propos, quand la couronne d'Angleterre sera disputée entre plusieurs prétendans; mais que cependant elle né doit point se mêler dans les affaires du dedans de l'Angleterre, si ce n'est pour empêcher qu'il ne se fasse rien à l'égard du dehors qui soit opposé à ses intérêts; que pour ce qui regarde le Duc d'Yorck, sa conduite passée dispense Y. M,, de tout ce qu'elle aurait fait s'il avait persisté dans les premiers engagemens qu'il avait pris ; que présentement V. M. a trop de prudence pour se charger' de protéger un Prince contre lequel toute l'Angleterre paraît
unie; qu'à l'égard du Roi de la Grande-Bretagne, tout ce qui s'est fait depuis quelques années détournerait V. M. de le soutenir pour augmenter son autorité et gouverner plusabsolument, quand même le véritable intérêt de V. M. ne se trouverait pas à maintenir le gouvernement d'Angleterre dans la forme qu'il est établi. Tout ce que j'ai dit ne persuade pas Montaigu ; mais l'argent que je lui ai payé par Tordre de V. M. le rassure fort. Je crois qu'il serait nécessaire de lui faire un second paiement de 5o,ooo francs^ car l'excuse des lettres de change qui ne viennent pas assez vite n'est pas suffisante; et dans les conjonctures présentes il peut m'étre d'une grande utilité pour les affaires de V. M. Madame Hervey, sa sœur, est aussi savante que lui dans toutes les intrigues. C'est une femme d'un esprit hardi et entreprenant, et qui a des liaisons et des commerces avec un grand nombre de gens de la Cour et du Parlement; c'est par elle que j'ai engagé le sieur Hainden et le sieur Harbord, qui sont deux des plus considérâbles membres du parlement.
Le sieur Algernon Sidney est un homme de grandes vues et de desseins fort élevés^ qui tendent tous à l'établissement d'une république : il est dans le parti des indépendans et des autres sectaires, et ce parti -là fut le maître dans les désordres passés : ils ne sont pas fort puissans
préseutement dans le parlement , mais ils le sont fort dans Londres , et c'est par Tintrigue du sieur Algernon Sidney que l'un des deux échevins nommé Bethel a été élu.
Le Duc de Buckijugham est aussi dans ce parti , et croit même être à sa tête. Il y est en effet , quant à l'apparence ; mais dans le fond c'est le docteur Hoes, qui est comme le patriarche des sectaires^ et le sieur Pen est le chef des trembleurs. Ce dernier est un homme de beaucoup d'esprit , fils d\in vice-amiral d'Angleterre, et est fort riche : il est assurément à la tête d'un fort grand parti, quoiqu'il ne paraisse pas dans les assemblées publiques dont ils sont exclus...
Le service que je puis tirer de Sîdney ne parait pas ; car son commerce est avec des gens obscurs et cachés; mais il est intime ami du sieur Jonnes, qui est l'homme le plus savant dans les lois de l'Angleterre. Il sera Chancelier, si le parti opposé à la Cour est supérieur, et que le Comte de Schafbery se contenté de quelque autre place.
Harbord est le même que j'engageai dans l'affaire du grand trésorier. Il est ami de M ontaigu ; mais ils n'ont pas les mêmes liaisons avec le Duc de Montmouth. Au contraire, celui-ci a paru être dans les intérêts du Prince d'Orange. J'ai engagé par lui beaucoup de gens fort accrédités dans lé II. 20
( 3^ ) parlement et dans Londres; c'est un homme actif et vigilant , par qui j'ai de fort bons atis , et qui a fort envie de faire sa fortune au moyen de la France. Montaigu ne sait qu'une partie des liai* son^ que nous avons... Il y a d'autn^s gens dont je tire quelques services...
Le sieur Du Gros , Résident du Duc de Holstein , me donne aussi de fort bons avis. Il est fort ami de My lord Cavendish, et a du pouvoir sur son esprit. U a fait l'écrit que j'envoie à V. M.; je l'ai Élit traduire en anglais pour en distribuer des coptes. Ces sortes de libelles sont d'une grande utUtté. dans ce pays-ci. C'est ce même Du Cros qui fit , cet été , les remarques sur l'alliance avec l'Espagne, dont les Ministres furent fort fâchés, et auraient fort souhaité en découvrir
l'auteur^
J*ai gagné un commis de Mylord Sunderland, nommé Le Vln^ qui me donne quelquefois de bons avis. Je conserve toujours un bon commerce avec le. Duc de Buckingham. Il a été assez malade ; il se porte mieux à présent. Si les affîiires s'aigrissent , comme il pourra bien arriver , il aura beaucoup de crédit dans Londres, et fera plus de bien qu'on ne l'imagine. U a été à la chambre haute ujoe fois. Il est ennemi du Duc de Montmou th , e¥ par là il est en quelque £^on pour le Duo d'Yorck. Mon principal soin et ma première
appli^tioa ont été d'engager des gens accrédités dans le parlement « pour ecu pécher que {esalliaaces ne fussent approuvées, et qu'on ne. donnât da Vargent pour les soutenir. C'est Fintérét pré3ent de.V, M.; mais à l'égard de Favenir, je voi» que ce que y. M. a le plus à cœur , est d'empéçber qa'il ne se fasse uue réunion de l'Angleterre par *un raccpmn^odement de S. M* Britannique et de soii parlemept.
Y. M/ croit que l'élévation du Duc de Montmoutb y peut contribuer beaucoup; ainsi j'ai cherché les inoyens de le traverser et de reculer ses prétentions sans ni'exppser à être soupçonné de favoriser le Duc d'Yorck. Il fut averti, il y a dwx jours , par Herbert • qu'il . ét^it venu un courrier exprès du Prince d'Orange pour offrir ^ §. M^ Britannique sou secours , et tout ce qui est e^ son pouvoir, en cas que 1^ afi^ires se brouillent ici. C'çst ce qui a.fbudé le bruit quç les États^Généraux offraient d'entrer dans tous les intérêts de S. Jd- Britannique. Cela est assçz répaqdu daw 1^ parlement et produit . un mau» vai^effel pour oux. J'ai cru que je devais prendre ce temps-* là poiu* fortijSer eucore le Roi de la
Gra^derBretagne , eu cas qu'il soit capable de prendre upe boune résolution , et lui oter (e scrupule que V, H. soit refroidie de l'aider, s'il était en une trop étroite liaison avec le Prince
d*Oraiige. Pdtir cela, j'ai chargé Mylord Saint- Alban de lui dire qiie le désir sincère qu'a S. M. Britakinique ne sera point retardé par la considération des intérêts du Prince d'Orange, et que V. M. consentira que les mesures qui seront prises entre elle et S. M. Britannique ne soient point contraires aux intentions du Prince; en un mot que l'union de la maison royale d'An- ' gleterre ne sera point traversée par V. M. , et que s'il y a des expédiens qui puissent faire subsister S. M. Britannique , sans se soumettre entièrement à ses sujets , V. M* les facilitera de sa part autant qu'il sera en son pouvoii». J'ai bien chargé Mylord Saint- Alban ; il m'a dit quele Roi de la Grande-Bretagne avait reçu cette ouverture avec beaucoup de joie, et qu'il l'avait chargé de m'en remercier ; mais ce Prince ne s'est point encore ouvert sur la conclusion d'un traité , et par là il parait qu'il n'est pas encore déterminé à casser le parlement.
J'ai cru, Sire, que l'avance que j'ai faite à S. M, Britannique ne pouvait produire qu'un bon effet. V. M. m'a donné ordre de favoriser plutôt la prétention du Prince d'Orange que celle de Montmputh. Je ne le pourrais faire dans le parlement sans me discréditer entièrement , et perdre le fruit de toutes les liaisons que j'y ai faites; mais les intentions de V. M.
auraient lear effet, si le Prince d'Orange emportait la balance dans Tesprit de S. M. Br^twnique sur le Duc de Montmouth.
Après ce que V. M. m'a mandé, sur cehi , je ne me donne plus la liberté de penser que rélévation de Montipoath serait une occasion de trouble pour long-temps en Angleterre, entre deux familles qui prétendraient à la couronne. Je me renferme à ce que V; M. m'a prescrit, et je ne perd|*s^ point l'occasion de tcaverser les prétention^, du Due de Montiiiouth, quapd y^ pourrai le faire avec succès. Je reconnais que y. M. doit empêcher qu'il ne serve de prétexte à une réunion , et qu'il ne s'établisse en sa perr sonne, u^e royauté si. faible , que ce serait dans le fcxnd une république. C'est sur cela que je dirir gérai ma conduite. Cependant je croià qu'il est de la. prudence de ne rien faire paraître d'ui^ç tieU^ intçnjion^^ etc.
(3io)
Fragment d*une lettre du Baron de Breteuïl^ Ministre de France près la Cour d'Autriche ^ à M. de Fergennes , Ministre des ctffaires extérieures de France , en date du a4 rnars 1778.
J^ai dit à M. de Raunitz que j^avai^ ordre de lui lire une dépêche qui renfermait les déterminations auxquelles le Roi s'était fiité Iri^éTOCâble* mekit après les plus mûres réflexions de S. M. et de son conseil. M. le Prince de Raunitz plaça alors devant lui une feuille de papier et son crayon. Je Commençai la lecture de votre dépêche. Le Mînisti'é m^a écouté en grand silence jusqu'à la fin dô la phrase qui déclare que le Roi ne veut embrasser que le parti de la neutralité dans la guerre qui pourrait éclater en Allemagne. M. le Prince de Raunitz m'a prié de lui: relire ce passage intéressant. Je Tai repris à la phrase, il nous restç à désirer que la Cour de Vienne ait écoulé lavoioi^ de V amitié et de la justice y et j'ai continué jusqu'à la fin. des termes qui renferment la déclaration de la neutralité. M. le Prince de Raunitz, après celte seconde lecture, m'a prié de lui permettre d'écrire cette déclaration dans les termes qui l'expriment. Je la lui ai dictée mot à mot.
Quand le Ministre autrichien a eu fini d'écrire,, j'ai repris ma lecture au mot , elie est convaincue par l'examen le plus attentifs etc. Lorsque j'ai eu prononcé que le Roi ne peut reconnaître le casas Jœderis dans la conjoncture présente, M. de Kau<^ nitz , en prenant son crayon avec colère, a barré ce qu'il venait d'écrire , et m'a dit : Ce que je viens d'écrire est inutile; je ne puis entendre^ plus long-temps cette lecture, ni rendre compte à rimpératrice de ce qu'dle renferme, ni de ce. que je viens d'écrire. Je n'en ferai sûrement au<i!. cun usage , à moins que vous ne me donniei^ cette déclaration par écrit.
J'ai répondu que je n'avais point d'ordre de la donner par écrit. — En ce cas l'Impératrioe l'igno^ rera, a continué M. de Kaunitz avec fureur. -^ Ce n'est pas à moi, lui ai*je dit, à vous prescrire l'usage que vous devez faire de ce que j'ai l'hon* neur de vous dire au nom du Roi pour l'Impéra-* trice; mais comme je ne connais que vous à qui je doive tenir le langage qui m'est ordonne , vous trouverez bon que je continue ma lecture* Ce raisonnement a fait reprendre tranquillité à M. de Kaunitz, et il a consenti à m'écouter jusqu'w bout. Quand ma lecture a été achevée, le Ministre m'a dit avec beaucoup de flegme : Il faut voir, avant de parler sur tout cela , ce qu'aura produit sur votre ministère mon dernier cour-n
(3ia )
EÎer à M. de Mercy '. Tout ce que je désire seulement, c'est que la même déclaration que vous venez, de me faire n'ait pas été prononcée à FAmbassadeur de LL. MM, II. avant qu'il ait reçu les différens papiers que je lui ai adressés pour faire preuve de notre confiance dans l'amitié du Roi.. Je craindrais, a ajouté le Ministre, que si cette déclaration a été faite à M. de Mercy avant l'arrivée de ces papiers , il ne crût superflu de les remettre. ^^ J'ai dit que l'Ambassadeur, instruit que j'en avais eu communication entière, ne pourrait sûrement pas prendre sur lui de ne pas la faire au ministère du Roi; M. de Kaunitz, après un instant de silence , m'a dit : Il est inutile de faire des traités, si l'explication de leurs engagemens devient arbitraire. J'ai été de son avis; mais en lui articulant sèchement que cette réflexion sans doute n'était pas Êiite pour nous.. Enfin, a dît M. de Kaunitz , il est inutile de parler sur tout ceci avant le retour de mon courrier. Je crois au reste, a-t-il ajouté, qu'il vous conviendra autant qu'à moi, que nous ayons l'air, en atten^ dant, d'être ensemble comme à notre ordinaire. J'ai répondu que j'espérais que nous en auriom aussi le jeu de très-bonne foi, parce que cette
'Le Comte de Mercy- Arjgfente^ii était Ambassadeur de rimpératrice-Rèine près du Roi.
circonstance particulière ne pouvait rien changer au fond des sentimens ni des principes de nos ^maîtres.
J'ai quitté le cabinet du Ministre après cette expression de ma part, et j'ai passé dans son salon pour dîner avec lui, etc.
Extrait d'une dépêche au Roi de Suède de M. le Baron de Lagerhjelke ^ Ministre de Suède à Paris ^ en date du 16 octobre i8ao.
Malgré toutes les prévenances personnelles dont je venais d'être l'objet, il m'avait été facile de me préparer à une scène peu agréable. La nature de mes conférences avec le DucdeCadore, le départ précipité de M. Çzernicheff , la catastrophe dont laSuisse s'était vuemeiiacée pour affaires de commerce , les avantages remportés dans le Portugal, dont on voudrait sans doute profiter pour accabler les Anglais sur tous les points à la fois; toutes ces circonstances réunies m'avaient assez fait juger quel serait l'objet de l'audience ; mais j'avoue que je ne m'attendais pas à une explosion aussi violente. Jamais je n'avais vu l'Empereur en colère, et cette fois-ci il Tétait à un point qui surpasse toute imagination.
Je fus introduit un peu après neuf heures du matin. Je trouvai le Diic de Cadore avec l'Empereur , et la présence de ce tiers me fit d'abord juger que j'étais appelé pour entendre une déclaration officielle , mais que la discussion ne me serait point permise. Je n'en résolus pas moins de répondre à chaque oôcasîon où je pourrais placer un mot.
Il m'est impossible de rendre compte à V. M. de tout ce que l'Empereur a dit pendant cinq quarts d'heure au moins, parce que son agitation était si forte, son discours si coudé, ses répétitions si fréquentes, qu'il était trop difficile de tout classer dans la mébioire. Je débutai par la présentation- de la lettre de V. M. Savez vous, dit l'Empereur, quel est le sujet de cette lettre? Je l'exprimai en ajoutant un compliment. Sani» y répondre , l'Empereur continua : ( chaque reprise du discours de l'Empereur fera suffisamment connaître à V. M. lé genre des courtes réponses que je tâchai dé placer dans les intervalles.) Ah ça, M. le Baron, cessera-t-on enfin de croire en Suède que je ne suis qu'une dupe? Pense-t-on que je puisse m'accommoder de cet étàt^mixte ou métis ? — Oh ! point de séntimens : c'est par les effets qu'on fait ses preuves en politique. Voyous ces effets. Vous signâtes la paix avec moi au commencement de Tannée ; vous tous enga^àtes à
rompre toute <^mmunication avec l'Angleterre; vous gardâtes un Ministre à Londres , un agent anglais en Suède jusque fort avant dans Tété; vous n'interrompîtes la communication ostensible par Gothembourg qiie plus tard encore, et qu'en résulta-t-il ? que la correspondance est restée la même, ni plus ni moins active. — Bah! il n'est pas question d'une communication par-*ci par-là « elle est très-cSonsîdétable ; vous avez des bâtimens dans tous les ports de l'Angleterre. —Vraiment du sel ; prend*on du sel dans la Tamise ? Des bâtimens de commerce anglais assiègent Gothembourg. — La belle preuve qu'ils n'y entrent pas! on échange les marchandises en pleine mer ou près des côtes.
Vos petites îles serviront de magasins pendant l'hiver* Vos bâtimens transportent ouvertenient des denrées coloniales en Allemagne; j'en ai fait saisir une dixaine à Rostock. Est-il possible qu'on puisse affecter ainsi de se méprendre sur le premier principe du système continental? ■— A la bonne heure! Vous n'approuvez point cela dans votre note; ce n'est point d'elle que je me plains, c'est du fait; Je n*ai pas dormi une seule heure de la nuit à cause dé vos affaires; on pourrait me laisser reposer en pait , j'en ai besoin. Encore estelle Convenable , cette restitution des prisoiiniers anglais qui avaient si impudemment attenté à la
dignité du Roi et violé son, terri taire? Rendus sans aucune satisfaction ! n'est-ce pas , M. dé Gadore? (Le Ministre tout tremblant ne manqua pas de répondre a£Girmativemeut, comme à quelques autres questions semblables. ) Autre violation du droit territorial, la capture d'un corsaire français dans l'intérieur du port de Stralsund; mais on ne m'a rien rendu à moi; ce n'est que pour ses amis qu'on a ces petites attentions-là ! £h bien , restez avec les Anglais !
S'il faut en juger par le mal que vous m'avez fait cette année-ci, jamais vous né fûtes plus attii des Anglais que dans ce moment. — Oh, oh! c'est vous qui le dites ; c'est vous qui m'assurez que la Suède aime mieux rester avec moi : mais des preuves, vous dis-je, des preuves! — A la bonne heure! votre état, à l'issue d'une guerre malheureuse, réclamait des ménagemens. Eh bien! j'en ai eu à mes dépens comme une dupe. Vous m'avez enjôlé, vous, vous-même. Vous avez eu l'adresse de gagner la mauvaise saison , vous avez eu le temps de débrouiller vos intérêts avec l'Angleterre ; est-il juste, s'il en existe encore contre la foi des engagemens, que j'en supporte la peine? Vous avez eu le loisir de vous mettre en état de défense; vous avez encore l'hiver devant vous. Que risquez-vous donc? — Oui, le commerce d'expor-r tation, c'est le cheval de bataille; où est-il donc
ce pavillon neutre? Il n'y a plus de neutres; TAngleterre n'en reconnaît point, je ne peux pas plus en reconnaître. — Le sel, oui le sel! on trouve moyen d'avoir ce qui est nécessaire. Que fîtesvous lorsqu'en 1 80 1 vous étiez en brouillerie ouverte avec l'Angleterre? — Souffrir! croyez- vous que je ne souffre pas, moi? que la France, que Bordeaux, que la Hollande, que l'Allemagne, ne souffrent pas? Mais voilà précisément pourquoi il faut en finir. La paix maritime à tout prix ( ici l'Empereur s'anima terriblement). Oui, la Suède est "seule cause de la crise que j'éprouve ; la Suède m'a fait plus de mal que les cinq coalitions ensemble. Mais aujourd'hui, rendue à ses communications avec le reste de l'Europe, elle en profite pour faire le commerce de l'Angleterre. — Ah, monsieur, du temps, toujours du temps! j'en ai trop perdu. Il vous en fallait, dites- vous, pour entrer, sans trop de sacrifices, dans le nouveau système; il m'en fallait aussi, ajoutez- vous, pour faire du bien à la Suède. Eh bien , n'ai-je rien fait? Écoutez : Lorsque vous fîtes choix du Prince dé Ponte-Corvo, risquai-je rien en lui permettant d'accepter? N'ai-je pas été sur le point de me brouiller avec la Russie? N'y a-t-on pas cru, n'y croit-on pas peut-être encore, que vous de votre côté, les Saxons et les Polonais de l'autre, soutenus par moi, s'armeraient pour reconquérir leurs
provinces perdues? Les têtes ne sont -elles pas dans ce moment même fort électrisées en Pologne? Qu'aie je fait alors? J'ai laissé dire; j'ai laissa circuler des bruits qui pouvaient détacher la Russie de mon système;. ce a'est que maintenant que, plus en plus détrompé sur la politique suédoise, j'ai dû prendre un parti. Je ne vous le cacherai point; je vieQs de renvoyer M. Czernicheff en Russie ; je l'ai instruit de la déclaration que je vous fais aujourd'hui , j'engage fortement l'Empereur Alexandre de faire la même démarche de son côté. Choisissez! des coups de canon aux Anglais qui s'approchent de vos côtes, et la confiscation de leurs marchandises en Suède, ou la guerre avec la France ! Je ne puis vops faire grand mal ; j'occupe la Poniéraiiie et vous ne vous ep souciez pas trop; main je puis vous faire attaquer par les.Russes, par les Panoi3; je puis confisquer tous vos bâtimens sur le çontineiit, et je le ferai si dans 1 5 jours yous n'êtes pas en état de guerre avec l'Angleterre. — r- Oui , vous av^ raison ; il faut comptei* l'allée et le retour du courrier et qi^elque chose de plus. Ehbien, je vous ordonne vM. de Ca- (Jore, d'expédier un courrier sur-le-champ; je vous eng^e, M. le Baroq, d'en faire autant, Si 5 jours après la démarche officielle de M. Alquier, le Roi ne s'est point décidé pour l'état de guerre avec l'Angleterre, M. Alquier partira sur-leK^hamp
( 3«9 ) et la Suède aura la guerre avec la France et tous ses alliés. — Oui, c'est juste, je n'ai point positivement demandé Tétat de guerre avant ce moment; mais j'y suis maintenant forcé par tous les moyens imaginables. D'abord la Suède a prouvé qu'elle ne peut rester dans un état mixte avec l'Angleteire , sans faire le plus grand tort au continent; ensuite les choses ont pris un développement général qui exige une parfaite égalité de mesures, ou bien un état ouvert d'hostilités.
Voyez ce que toutes les autres puissances ont cru devoir faire. La Russie, plus forte que les autres, n'a obtenu la paix avec moi qu'à condition tJe déclarer sur-le-champ la guerre à l'Angleterre. L'Autriche, puissance du premier ordre si la France n'existait point, a franchement pris son parti. J'ai assez long-temps été la dupe de la Prusse comme la vôtre. Elle vient enfin de reconnaître par la catastrophe de la Hollande qu'il fallait se déterminer; elle a franchement adopté l'état de guerre. Le Danemarck l'a fait depuis longtemps ; mais à quel titre puis^je exiger de ce pays ce que je ne puis obtenir de la Suède? Eh! me dis-je souvent, qui sait si je serai toujours bien avec la Russie ? qui peut connaître le chapitre des événemens ? ne sera*t*-il pas un jour du plus grand intérêt pour moi d'avoir dans le Nord une puis-
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sauce amie, forte de ses propres moyens ainsi que de mon alliance? Mais cj^oit-on maintenant en Suède que je pourrais, en faveur du nouveau Prince Royal, relâcher quelque chose de mes principes invariables? Au contraire, la crise politique dans laquelle je me suis mis en faveur d'elle, me fournit un titre de plus.
Cependant la Suède a une grande obligation à la personne du Prince Royal, car sans ce choix ( nullement influencé par moi ) j'aurais, il y a deux mois, fait la démarche à laquelle je me vois aujourd'hui forcé. Je me repens maintenant de ce délai, qui, vu la saison, vous a été si profitable, non parce que je regrette ce qui peut vous arriver de bien, mais parce que vous m'avez maltraité. Depuis long-temps l'office qui devait vous être adressé se trouve préparé dans les bureaux de M. le Duc de Cadore (révérence affirmative du Ministre), mais je voulais atteindre l'arrivée du Prince Royal, qui est instruit de ma façon de penser.
Je ne Tai pas pu. Je vous l'ai dit, j'étais sur le point de me brouiller avec la Russie; je donnais^ à toute l'Europe la pensée que dans ce moment décisif mon système pouvait être susceptible de modifications. D'ailleurs de nouvelles plaintes sur la Suède m'arrivaient de toutes parts. — Ah, je sais ce que vous ayez à me dire, j'ai lu tout ce
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que vous avez écrit. £h bien, soit, il peut y avoir eu des exagérations dans les plaintes, mais assez de vérité reste. Je désire que vous eussiez eu une meilleure cause àdéfendre. — £h , non ! la position du Prince Royal ne deviendra pas si difficile ; tout vièùt d'iei ; il n'a point l'embarras de l'initiative.
Mais encore, a-t-on cru en Suède pouvoir, sans ressentiment de mon côté, servir la cause de l'Angleterre, parce que j'aime et que j'estime le Prince Royal? J'aime et j'estime aussue Roi de Hollande; il est mon frère, et je suis cependant encore brouillé avec lui ; j'ai fait faire la voix du sang pour écouter celle de l'intérêt général. Si vous étiez sur mes frontières, je serais à regret forcé d'en agir comme je viens de le faire avec la Suisse: j'ai &it marcher des troupes; le gouvernement a confisqué les marchandises anglaises. Enfin résumons-nous. Que la Suède fasse les choses comme elle l'entend; je sais que je suis hors d'état de la forcer. Qu'elle se mette franchement du côté de l'Angleterre contre moi et mes alliés, si c'est là son intérêt, ou qu'elle se réunisse avec moi contre l'Angleterre. Mais le temps du doute est passé. Les cinq jours expirés, M. Alquier part, et je vous donne vos passe-ports. Vous n'avez fait que dire ce que vous dei^ez dire; mais je ne puis alors que vous renvoyer. Guerre ouverte ou amitié constante; voilà mon dernier mot, ma déclaration