‹ Cours de style diplomatique (volume 2)Chapitre 16 sur 42 · II · texte numérisé non relu

II

ultiraate. Adieu, puisse -je vous revoir soiis de meilleurs auspices !

L'Empereur me quitta sans vouloir plus m'entendre. En sortant de chez l'Empereur , je ne vis plus personne dans l'autre pièce , pas. même les officiers du service. Je ne sais ce qui avait donné lieu à cette circonstance extraordinaire , si c'était un ordre ou bien la discrétion spontannée des fonctionnaires, parce que l'Empereur avait souvent élevé la voix d'une telle force, qu'il était impossible de ne point l'entendre dans la pièce voisine.

' J'eus ensuite une conférence avec le Duc de Cadore, au sortir de laquelle je partis pour Paris. Cet entretien ne fut qu'une répétition de ce qui s'était passé chez l'Empereur, pour que ma dépêche à V. M. et celle du Ministre au Baron Alquier s'accordassent autant que possible. Tout étant dit sur le fond, je témoignai cependant au Duc de Cadore , combien j'étais sensible à la forme dure et violente que l'Empereur avait mise dans ses demandes. Le Ministre fit valoir de son mieux la satisfaction que j'avais eue (me disait-il ) d'adoucir la vivacité de l'Empereur, surtout vers la fin, et fit beaucoup ressortir les passages qui exprimaient quelque intérêt ou qui donnaient quelques espérances pour l'avenir. Il me donna un passe-port de courrier tout préparé d'avance.

Il me promit de n'envoyer son courrier de Fontainebleau que vers le même temps où j'expédierais le mien de Paris, c'est-à-dire dans la soirée d'aujourd'hui, pour que celui-ci pût prendre un peu l'avance. Il m'assura que M. Alquier aurait deux jours pour préparer son office, outre les cinq qui formaient le terme de prescription. Il s'attacha beaucoup au fait, qu'il me pria de bien foire valoir, que l'élection de IW le Prince Royal, loin d'avoir provoqué la démarche de l'Empereur, l'avait retardée de quelques mois , et avait par là préparé à la Suède un délai doublement important à cause de la saison. Il ajouta même, que la résolution de l'Empereur de faire sa démarche pendant que le Prince était même censé en voyage , avait en partie pour but l'attention de ne point le dépopulariser innocemment...

Exposé de ce qui s'est passé dans l'audience que le Prince Régent de Napks accorde aux Envoyés d'Autriche , de Russie et de Prusse.

Février 1821.

Dans la journée du courant, les Envoyés de Russie et de Prusse, avec le Chargé d'affaires d'Autriche, ont obtenu de S. A. R. l'audience

( 3a4 ) qu'ils lui avaient demandée. Par ordre du Prince je tn'y suis trouvé présent, et voici ce qui s'y est

passé:

Ces agens étrangers ont présenté les instructions que chacun d'eux avait reçues de sa Cour , et contenant des résolutions prises dans le congrès de Laibach relativement au royaume des

Deux-Siciles.

Ils y ont ajouté la déclaration que l'armée autrichienne en Italie avait reçu l'ordre de se mettre en marche, et qu'elle s'avançait ou pour occuper le royaume amicalement, ou pour y pénétrer par

la force.

Ils ont ajouté, qu'en cas de guerre, les Russes marcheraient derrière les Autrichiens, si ceux-ci étaient repoussés.

On a supposé le cas où le parlement voudrait consulter le vœu de la nation ; ils ont fait observer que cela n'arrêterait pas les troupes qui devaient toujours marcher soit comme amies soit comme ennemies. Finalement ils ont conclu en disant que les Puissances alliées se confiaient à la prudence, et aux talens de S. A. R. pour ramener la nation à l'ordre des choses désiré.

Le Prince Régent a répondu qu'il remerciait les Puissances alliées de l'estime qu'elles voulaient bien lui porter, maià qu'il ne pouvait voir avec indifférence qu'elles le destinassent à être l'instru-

ment destructif de notre système constitutionnel. Que constamment fidèle aux sérmens qu'il a prétés, et décidé à ne point se séparer de la nation, il lui ferait tout connaître sans réserve , afin qu'elle pût décider elle-même de ses intérêts; qu'il ne se dissimulait pas toutes les graves conséquences , qui pouvaient dériver de l'état actuel deç choses; mais qu'il suivrait le sort de la nation, plutôt que de tergiverser dans la route entreprise et de varier dans ses résolutions. Que comme fils,, comme père et comme chef de là nation il avait trois devoirs à remplir ; mais que s'il déviait de la ligne de conduite qu'il était décidé' à suivre , il perdrait non-seulement tout droit à l'estime de la nation, mais même à* celle des Puissances étrangères.

Ces diplomates ont répondu qu'il était bien douloureux que dans le cas actuel le pouvoir exécutif se montrât passif, et qu'il n'eût pas la force suffisante pour se mettre au niveau des circonstances. S. A. R. a répliqué que, quand même elle aurait toute la puissance qu'ils supposaient nécessaire, elle ne l'emploirait jamais contre la nation, mais plutôt en sa faveur et pour soa soutien.

Le Régent a terïniné en déclarant qu'il ne pou-^ vait manquer à ses sermens, ni changer sa résolution de faire tout connaître loyalement à la

nation, afin quelle pût apprécier ses véritables intentions ;

Qu'enfin il se tiendrait toujours uni à elle, d'autant plus que depuis sept mois que le changement politique avait eu lieu (et les étrangers eux-mêmes doivent lui rendre cette justice ), elle avait agi avec la plus grande modération et le plus grand respect envers la famille royale.

Le Duc DE Gallo.

Dépêche du Duc de fFellington à M. Carming.

Paris, 11 septembre i8a3.

J'eus hier une longue discussion avec M. de Villèle sur les relations de son gouvernement avec l'Espagne-

Il paraît que depuis long-temps, depuis, je crois, la crainte de la fièvre jaune en Espagne, le gouvernement français a réuni des troupes dans les départemens méridionaux. Il n'a pas cependant sur la frontière plus d'hommes qu'il ne lui en faut pour remplir les fonctions du cordon sanitaire, par suite de la fièvre qui désole les provinces limitrophes d'Espagne, ou pour observer un pays devenu le siège d'une guerre civile, ou

enfin pour protéger les frontières de France de toute insulte de la part des différens partis qui sont aux prises sur les frontières.

M. de Villèle me dit, que la réunion du congrès dans ce moment n'était pas une circonstance indifférente à l'état des affaires en Espagne ou à la situatioii respective des deux pays. Il n'y a pas de doute qu'en Espagne comme ailleurs on attendait avec impatience le résultat des délibérations du congrès , relativement aux affaires d'Espagne, et que si le congrès se séparait sans en venir à une décision , le mal ne ferait que s'accroître , et les deux pays seraient peut-être enfin obligés d'en venir à se faire la guerre.

M. de Villèle souhaitait que le congrès prît en considération la position actuelle du gouvernement français relativement à l'Espagne , et l'hypothèse dans laquelle il pourrait être entraîné à la guerre , et que les quatre puissances alliées déclarassent quelle conduite chacune suivrait au cas où quelque événement rendrait la guerre nécessaire. Je répondis à M. de Villèle qu'il nous était tout-à-fait impossible dé déclarer d'avance le système de conduite que nous pourrions être amenés à suivre dans quelques cas hypothétiques.

Je désire recevoir les instructions de S. M. au sujet de la conduite que je dois suivre et des argumens dont je dois me servir au cas où le gouver-

nement français ferait au congrès la demande que M. de Villèle m'a faite à moi-^méme sur une déclaration des alliés.

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