VIII
Rapport du Duc de Gallo au Prince Régent du royaume de Napïes^ sur les résolutions prises par le Congrès de Laibach^
AlT£SS£ RoTALEy
Honoré du choix de S. M. pour Faccbmpagner dans les communications difficiles deLaibach, et autorisé par V. À. R. et par le parlement à quitter mon poste pour cette commission extraordinaire, je me fais un devoir de rendre compte à V. A. R. des circonstances et du résultat de ma mission. Du moment que je me chargeai de la remplir, la première difficulté que je rencontrai vint de la part du Chargé d'affaires d^ Autriche qui refusa de viser mes passe-ports pour Laibach en me déclarant qu'il avait ordre de n'en accorder aucun aux Ministres politiques de notre nation ; mais cette difficulté fut vaincue du moment que S. M. , qui se trouvait encore dans la rade des Baies , eut daigné faire connaître au Chargé d'affaires que je faisais , ainsi que les personnes qui m'accompagnaient, partie de sa suite.
Ainsi, je rejoignis Je Roi à Florence le a/| dé-
cembre; S. M. en parfit le 28, en m'ordonnant dé la suivre dans les vingt*quatre heures ; ce que j'exécutai sur-le-champ.
Ce ne fut cependant qu'après une nouvelle demande adressée par M. le Marquis de RufFo, Secrétaire d'état de la maison de S. M. au Ministre autrichien près la Cour de Florence , à l'effet d'obtenir de nouveaux passe-ports pour moi et pour mes compagnons de voyage comme faisant partie de la suite de S. M.
J'arrivai à Mantoue le 5 janvier ; là , il me fut signifié par le Délégué de cette province qu'il ne pouvait me laisser continuer mon voyage sans des ordres spéciaux du cabinet de Vienne, à qui il se réservait d'envoyer un exprès pour les demander. Dans ces circonstances , je requis la faculté d'expédier un courrier à S. M. pour l'informer de cette difficulté, et un autre à V. A. R. ; mais le Délégué me répondit qu'il ne pouvait satisfaire qu'à ma première demande, et à la charge de faire accompagner mon courrier d'un agent de police*
' ^fà restai à Mantoue dans cette position jusqu'au 8 janvier, jour où M. le Délégué m'écrivit qu'ayant reçu les ordres pour que je pusse continuer librement mon voyage, ainsi que les personnes de ma suite, il m'envoyait les passe-ports nécessaires.
Je partis sur-le-champ pour rejoindre le Roi à Laibach; raais arrivé à Udine, le Délégua impérial de cette ville me remit une lettre de S. M. dans laquelle elle me faisait connaître qu'ayant reçu avis qu'elle ne pouvait amener à Laibach que Iqs individus attachés à son service personnel , il était nécessaire que moi et les personnes de ma suite nous nous rendissions à Gorice pour y attendre ses ordres.
J'obéis, et étant arrivé le 1 1 à Gorice, je crus de mon devoir d'expédier au Roi un courrier pour lui soumettre les observations que je jugeais convenables dans^ cette circonstance imprévue, et d'en adresser un autre à V.,A. R., pour l'informer de ce nouveau retard. Mais le commandant de la ville me communiqua verbalement qu'il ne pouvait m'accorder cette permission , ses ordres portant qu'aucun des individus venus avec moi ne devait s'éloigner de Gorice*
Toutefois profitant d'une occasion extraordinaire, j'çus l'honneur de représenter respectueusement à S. M. la position désagréable dans laquelle je me trouvais, et je lui. fis observa que, réduit à l'impossibilité de rendre aucun service à S^ M. et aux intérêts de la nation^ ma présence en Allemagne serait inutile , et je la suppliai de me permettre de retourner à Naples.
lié i4?S. M. daigna me répondre que, dans sa
lettre précédente, elle m'avait fait connaître ses intentions royales. Je ne cessai pas pour cela de renouveler mes instances auprès du commandant , à l'effet d'obtenir la permission d'expédier un courrier, et il m'autorisa à en envoyer un seulement à Laibacb. Enfin, le 29 janvier, il m'arriva un ordre du Roi , qui m'enjoignait de me rendre sur-le-cbamp à Laibacb , mais seul et sans aucune personne de ma suite.
J'arrivai à Laibacb le 3o au soir, et je fus accueilli par S. M. avec sa bonté accoutumée. Elle me fit part que dans le congrès toutes les Puissances délibérantes avaient déjà pris, à l'unanimité, les décisions relatives à, l'état politique du royauftie de Naples , lesquelles devaient être expédiées le soir même aux Ministres desdites Puissances et communiquées à V. A. R. Le Roi ajouta qu'il y avait joint une lettre particulière pour V. A. R. , et que les décisions susdites ayant été déjà adoptées par les Puissances délibérantes, S. M. n'avait pu, malgré tous ses efforts, obtenir qu'il y fut apporté le moindre cbangement; enfin qu'il n'avait pu engager les Puisssances alliées à admettre mon intervention dans ces délibérations parce que notre gouvernement n'était pas encore reconnu; mais qu'il avait pu obtenir qu'avant d'expédier à Naples les courriers des Puissances alliées, on me donnât lecture des instructions
adressées à leurs Ministres respectifs , afin que je pusse attester h Y. A.R. et à la nation le concours unanime des Puissances délibérantes dans les décisions irrévocables qu'elles faisaient communiquer à leurs Ministres.
Dans cet état de choses, j'exposai respectueusement au Roi les considérations qui , au premier moment, se présentèrent à mon esprit, et S. M. me répondit qu'aucune d'elles ne hii avait échappé , mais que les circonstances impérieuses avaient rendu impossible tout changement aux décisions déjà arrêtées.
Le même soir , je fus invité par M. le Prince de Mettemich à une conférence à laquelle assistèrent tous les Ministres ultramontains et italiens 'présens à Laibach.
On me dit que le but de cette conférence était seulement de me donner connaissance des instructions que l'on envoyait à Naples relativement aux décisions des Souverains alliés , non pour les discuter, attendu qu'elles étaient immuables, mais pour que je pusse faire connaître à V. A. R. l'unanimité avec laquelle elles avaient été prises et leur irrévocabilité.
Après la lecture de ces instructions , je priai le congrès de vouloir bien m'en donner une copie, mais on me répondit que la chose était impossible, et de plus inutile, les Ministres étant char-
gés , comme ils l'ont fait réellement , d*en remettre une copie à V. A. R.
Alors la seule réponse précise que je fis après cette lecture, était conçue en ces termes:
« Que s'il m'avait été permis d'entrer en discussion sur les principes et sur les faits contenus dans les papiers qui m^avaient été lus , j'aurais eu beaucoup d'observations à soumettre à cette assemblée; mais puisque cela ne m'était pas accordé, et qu'il n'était question que d'enteiidre des résolutions déjà irrévocablement adoptées, il ne me restait.qu'à demander les instructions de S. M. »
£n effet, le lendemain matin je m'empressai d'en informer S. M. , qui m'ordonna de partir surle-champ pour Naples, à l'effet de rapporter à V. A. R- et à la nation tout ce que j'avais entendu et spécialement l'unanimité des Puissances délibérantes, dans les mesures énoncées par les instructions, me chargeant et me recommandant avec chaleur d'employer tous les moyens de persuasion pour éviter les malheurs incalculables de la guerre. Je pris alors congé du Roi; je partis le même jour de Laibach, où je ne m'étais arrêté qu'environ vingt-quatre heures.
A l'égard des Puissances intervenues dans les décisions du congrès de Laibach, mon devoir est de déclarer à Y. A. R. que, sans aucun doute, l'Autriche^ la Prusse et la Russie doivent être
considérées comme celles qui ont unanimement adopté la mesure d'agir hostilement contre Tordre des choses existant à Naples. liCS Plénipotentiaires français au congrès ne se sont pas engagés au nom de la France, à prendre aucune part active ou hostile dans l'exécution des mesures en cas de guerre ; et en effet la lettre de S. M. T.-C. k notre monarque , et les déclarations remises ici à V. A.R. par le Chargé d'affaires de France, doivent nous rassurer pleinement à cet égard. S. M. Britannique, non-seulementn'a point cûi^couru aux principes et aux mesures hostiles des trois Puissances susdites, mais elle a encore déclaré sa neutralité parfaite dans ce qui regarde le royaume de Naples. Elle n'a voulu ni -intervenir comme partie délibérante au congrès de Laibach , ni nommer des Ministres plénipotentiaires adhùc^ mais elle a seulement ordonné à ses Ministres déjà accrédités près S. M, l'Empereur d'Autriche, d'assister{à ces conférences comme simples témoins des résolutions qui s'y prendraient. Les autres Ministres des Puissances italiennes n'ontpoint pris part jusqu!ici à ces délibérations. Voilà pourquoi , dans la conférence spéciale demandée à V. A. R. , et obtenue par les Ministres chargés de lui manifester les résolutions du congrès de Laibach, ne sont intervenus que les Ministres de Russie, de Prusse et d'Autriche, que ni le Ministre d'Angleterre, ni
celui de France, n'ont pas cru devoir prendre paît.
Je me suis fait un devoir d'informer V. A. R. de tous les faits que j'ai l'honneur de lui exposer dans ce rapport ; ils ont été contenus dans lés dépêches que j'ai adressées à la secrétairerie royale , par la voie de la po^te.
Le Duc DE G ALLO.
Naples , le i5 février 1821.
Rapport Jait au Roi de Suède par son Ministre détat et des affaires étrangères ^ en date de Stockholm y le 7 janner i8i3. Publié par ordre du Roi.
Sire,
Je viens remplir aujourd'hui lesordres que V. M. m'a donnés de lui faire un rapport sur les relations politiques de la Suède avec la France, depuis plus de deux ans.
Rien n'honore plus une nation que là publicité que le gouvernement donne à ses actes diplomatiques , et rien n'est plus propre à consolider l'accord du Monarque avec son peuple que cette communication franche des secrets de la politique. Tout patriote trouvera dans le compte que
V. M. m'a ordonné de lui rendre , une nouvelle preuve de l'estime de son Souverain pour ses lumières , et son amour pour la patrie. La nation verra dans les pièces qui sont annexées à cet exposé y et dont y. M. a voulu qu'elle eût connaissance, la marche qu'a suivie le gouvernement pendant la sanglante tragédie qui continue de dévaster l'Europe.
Les rapports de la Suède avec la Grande-Bretagne n*avaient pas encore , à la fin du mois de novembre 1810, pris un caractère d'hostilité ouverte. Le commerce de la Suède , quoique limité dans son activité , surtout par ia paix de Paris , n'était cependant pas entièrement interrompu, grâce à la modération du cabinet anglais.
Les manifestations de malveillance de la part de la France, qui, dans le cours de 1810, menacèrent souvent de devenir des prétentions sérieuses, parurent d'abord se borner au maintien sévère des principes du système continental dans la Poméranie ; mais elles se dirigèrent ensuite ouvertement contre la Suède, et l'on porta l'exigence jusqu'à vouloir exclure les Américains de nos ports. Y. M. réussit nonobstant à en détourner les suites par sa modération et par sa persévérance.
Il était néanmoins à présumer que cette situation heureuse en offrant à la Suède les moyens de
( 337 ) réparer ses forces épuisées par une guerre destructive, ne pourrait pas continuer ainsi. L'Empereur Napoléon avait établi, pour l'Europe subjuguée, la règle péreroptoire , qu'il ne reconnaissait pour amis que les ennemis de la Grande-Bretagne; que la neutralité , autrefois le boulevard des états faibles dans la lutte des plus puissans, cessait maintenant d'avoir un sens sérieux ; et que toutes les combinaisons de la politique, tout sentiment de dignité devait disparaître de vaut la toute- puissance des , armes et d'une volonté indomptable.
Au commencement de novembre i8io,et peu de jours avant la séparation desÉtats du royaume, une dépêche de M. le Baron de Lagerbielke arriva de Paris. Elle contenait les détails d'une conversation qu'il avait eue avec S. M. l'Empereur des Français, et dont le résultat était que V. M. aurait à choisir entre l'interruption de ses rapports avec la France et une déclaration de guerre formelle contre l'Angleterre. Le Ministre de France à Stockholm, M. le Baron Alquier, présenta une note dans le même sens, et exigea une réponse catégorique dans l'espace de cinq jours, menaçant de quitter la Suéde, si le gouvernement n'obtempérait pas à la volonté de. son maître.
Lorsque V. M., dans un moment aussi urgent, fixa ses regards sur la position extérieure et intérieure du royaume, elle n'y trouva point de