II
moyens pour prendre une décision Ubre. Les Puissances du continent ne suivaient alors que l'impulsion de la France, et la saison éloignait tout espoir d'être assisté par l'Angleterre, au cas que le royaume fut attaqué dans le com^ de Phi* ver. Le terme qui avait été fixé pour donner la réponse ne laissa pas le temps nécessaire pour s'assurer des dispositions des états limitrophes, et les ressources du royaume, tant en argent qu'en moyens de défense , étaient tellement bornées qu'on ne pouvait raisonnablement se flatter de garantir l'intégrité et la liberté de la Suède. S* A. R. M. le Prince Royal, pénétré de la nécessitédesauve^ TÉtat, tittaire ses affections et déclara solennellement que Y. M. ne devait avoir aucun égard ni à sa position particulière ni à ses rapports passés, et qu'il exécuterait avec fidélité et avec zèle ce qui lui serait enjoint par V. M. pour la gloire et le maintien de l'indépendance du royaume.
V. M. voulant conserver pour une époque plus opportune la ressource efficace renfermée dans la déclaration de S. A. R. le Prince Royal, regarda comme un devoir impérieux de céder, pour le moment, à Torage; se flattant que l'Empereur Napoléon ne voudrait pas tout d'un coup etposer les dernières ressources de la Suède, en exigeant rigoureusement d'elle des hostilités ouvertes contre la Grande-Bretagne.
Cependant à peine la déclaration de gtterre cotttre FAB^leterre fut -elle publiée, et le cam^ merce suédois abandonné à la discrétion du Ca^ binet britannique , que le Ministre de France commença à développer un plan , poiirsuiri sans interruption dans la suite, pour faire contracter à la Suède les mêmes obligations qui ont attiré tant de malheurs contre les états confédérés. On exigea d'abord un corps considérable de matelots pour équiper la flotte française à Brest, et consécutivement des troupes suédoises à la solde de la France; l'introduction en Suède du tarif de 5o pour cent sur les denrées coloniales; enfin l'établissement de douaniers français à Gothembourg. Toutes ces demandes ayant été rejetées soit par suite des lois du royaume, soit en raison des intérêts de la nation^ il en résulta que les dispositions du gouvernement français ^vers la Suède ne tai^dèrent pas à prendre rni caractère iK^stile.
Peu de temps après scmi arrivée, M. le Baron Alquier parla de la nécessité d'une allianc^^ plus intime entre la Suède et la France, et quoiqu'on lui répondît d'une manière polie, cette réponse Ui'eut aucun résultat. Il proposa ensuite une kU iiance entre la Suède, le Danemarck et le Grande Ihiché de Varsovie, sous la protection et la garantie de la FraaM:e : cette paropositiqn avait pour
objet de créer une confédération du Nord, semblable pour les obligations et pour le but, à celle qui a réuni les forces de rAllemagne sci>us la domination française. Mais Y. M« n'ayant pas jugé conforme à sa position ni à ses droits de répondre affirmativement, on renouvela bientôt après Fan* denne proposition pour une alliance particulière avec la France. Quoique M. le Baron Alquier n'eût annoncé que verbalement le désir de l'Empereur son maître à cet égard, il exigea cependant une réponse par écrit, et regarda la difficulté de l'obtenir comtne une marque de l'indifférence du gouvernement suédois pour le système français.
y. M. pouvait sans doute exiger aussi qu'on lui fît une communication plus ample, et surtout écrite, des véritables dispositions de l'Empereur Napoléon à l'égard de l'alliance projetée ; et quoiqu'il fût à craindre qu'une réponse par écrit, exigée sur une ouverture faite verbalement, n'eût d'autre but que d'être montrée à Saint-Pétersbourg pour prouver que la Suède était en tout dépendante de la France, Y. M. résolut pourtant de fermer les yeux sur toutes ces considérations , et s'attacha à ne négliger aucun moyen qui pourrait exciter l'intérêt de l'Empereur des Français pour la Suède. A cet effet une note fut remise au Ministre Alquier, dans laquelle Y. M. manifeste sa disposition d'établir des rapports plus intimes
avec la France, dans l'espérance que les conditions restaient compatibles avec la dignité et le véritable intérêt de son royaume.
M. le Baron Alquier déclara de suite que cette réponse était insignifiante « que du reste elle portait Je caractère d'une résolution déjà prise par V. M. de rester indépendante de la politique continentale; et lorsque, pour pouvoir répondre plus amplement, on lui demanda ce que l'Empereur exigeait de la Suède , et ce que ce pays pouvait se promettre en dédommagement des nouveaux sa<crifices qui pourraient être le résultat des prétentions de la France, ce Ministre se borna à la réponse remarquable, «que l'Empereur exigeait d'abord des faits conformes à son système, après quoi il était possible qu'il fût question de ce que S.M.I. voudrait bien faire en faveur de ht Suède.»,
Sur ces entrefaites la saison navigable arriva,^ et avec elle la capture des bâtimens suédois par les corsaires français. Le Ministre de V. M. à Paris demanda le redressement des torts faits au com^v merce suédois : des représentations furent adressées dans le lùême but au Ministre Alquier; ses réponses portèrent l'empreinte du rôle de dictar teur, qu'il s'était proposé de jouer en Suède.
V. M, , dont la ferme résolution était de remplir fidèlement les engagemens qu'elle avait contractés, veillait avec une attention non interrompue
à l'observation scrupuleuse des ordonnances publiées contre le commaroe anglais. Cependant les journaux français iasultaient périodiquement le gouv^nemept suédois, et étalaient avec emphase rimmensité du commerce de la Suède. La dimi-* ïu^tioja considérable du revenu des douanes dans le cours de Tannée 1 8 ii atteste l'exagération et la faussé de ces imputations.
Si le gouvernement anglais voyait d'un ceil tranquille la situation de la Suiède, et n'^ivisageait pas sa déclaratiop de guerre comme an motif sii£6saot pour traiter hostilement le commerce suédois; si cette tolérance facilitait; quelque débit des immenses dépôts de fer du royaume, et par conséquent éloignait les suites funestes de la g^prre , V. M. ne devait cependant pas s'attendre que ce serait sur ces mén^gemens de l'Angleterre que le gouvernement franç^s établirait son système d'accusation contre la Suéde; Y. M. ^vait au contraire le droit d'espérer que l'Empereur Napoléon verrait avec plaisir ce royaume traité avec ménageïTient par une Puissance qui avait tant de moyens de nuire à la Suède.
Toutefois les violences des corsaires français contre le pavil}oa suédois augmentèrent joumell^men}:; le Ministre de V. M. à Paris pri^enta dans les terpç^e^ ]m plus conven^^bles les pertes immens<es qui en résultaient pour la nation ; mais
loin d'obtenir la remise des vaisseaux capturés et une répression de ces abus pour l'avenir, les trii>unaux des prises donnèrent presque toujours' gain de cause aux capteurs : à la vérité, dans queU ques affaires le droit parut si évident aux tribu» naux que leurs sentences furent favorables aux Suédois ; mais le gouvernement français , qui s'était réservé le droit de valider ces décisions, n'en confirma jamais aucune en faveur de la Suède. Ainsi les corsaires, assurés de l'impunité, eurent le champ libre pour exercer leurs rapines. On ne se contenta point de condamner, comme bonne prise, les vaisseaux suédois, sous le prétexte qu'ils étaient pourvus de licences anglaises, ou qu^ils auraient dû l'être ; de capturer dans le Sund le^ petits bâtimens de cabotage, chargés de comestibles et de produits des manufactures du pays; d'arrêter ceux qui se trouvaient dans les ports allemands, où ils attendaient des cargaisons; mais encore on traita les matelots suédois comme des prisonniers de guerre; ils furent mis aux fers et ensuite envoyés dans les ports d'Anvers et de Toulon, pour y servir sur les flottes françaises.
Des démêlés désagréables et presque journa» liers eurent lieu, dans le cours de l'été 1 8 1 1 , entre la Régence de la Poméranie et le Vice-Consul de France. Pour garantir cette province de l'arrivée de troupes françaises, une force tnilitaire consi*
dérable y fut levée sur la demande expresse de TEmpereur Napoléon, et au grand détriment du pays; et la plus scrupuleuse surveillance y était observée à Fégard du commerce illicite demeurées coloniales. Malgré cette condescendance, il ne fut jamais possible de contenter les prétentions toujours croissantes du Vice -Consul français. Une rixe qui eut lieu à Stralsund entre l'équipage d'un corsaire français et quelques recrues de la Landsturm, et dans laquelle il resta prouvé que les Français avaient commencé par outrager et attaquer les soldats poméraniens , fut néanmoins regardée à Paris comme une infraction à la paix, et Ton exigea pour réparation que les soldats de V. M. fussent punis de mort.
M. le Baron Alquier présenta, au mois de juillet, une note officielle, dont le contenu et le style peu mesuré exigèrent une réponse qui lui rappelât le respect qu'il devait à la nation et les égards que se doivent réciproquement les Souverains. M. Alquier prit sur lui de déclarer qu'il ne pouvait plus traiter avec moi, «t demanda qu'un individu particulier fût nommé pour correspondre avec lui.
Dès -lors tous les rapports officiels avec M. Alquier cessèrent. Néanmoins le langage du Duc de Bassano parut devoir amener quelque changement dans la politique de la France envers la
Suède. V. M. crût avec satisfaction en voir une preuve dans le rappel du Ministre, rappel qui avait été formellement demandé ; mais à peine la saison avait-elle éloigné la flotte anglaise de la Baltique, que les corsaires français renouvelèrent leurs violences avec plus d'activité qu'auparavant, y. M. se vit alors dans la nécessité de donner ordre à la marine d'arrêter les pirates qui généraient notre commerce de port à port, et qui auraient fait des prises suédoises. Plusieurs corsaires fran* çais qui insultaient nos côtes furent chassés;' un, nommé le Mercure , fut pris.
V.M., affligée de voir ainsi maltraiter ses sujets et ruiner leur commerce au sein de la paix la plus solennelle^ ordonna qu'un courrier fût de suite envoyé à Paris avec un état bien détaillé de tous les dommages que le commerce suédois avait soufferts; et la demande d'une garantie pour l'avçnir contre les violences des corsaires fut renouvelée. Le bâtiment le Mercure et son équipage furent mis à la disposition du Chargé d'affaires de France à Stockholm.
Le Chargé d'affaires de V. M. à Paris exécuta ce qui lui avait été ordonné. Le Ministère de France donna l'espérance que les représentations de la Suède seraient écoutées, et que les griefs dont elle se plaignait seraient examinés avec une impartiale justice. Lorsque V. M. se livrait à l'espé-
rânce de voir enfin disparaître tous les motife d'éloignement entre les deux Cours, par une «plication loyale et généreuse du gouTemement français, V.M. apprit que déjà dès le commencement de Tautomne le Prince d'Eckmûhl , commandant les troupes françaises dans le nord de TAUemagne, avait annoncé qu'il ferait entrer ses troupes dans la Poméranie et File de Ruegen aussitôt que les glaces le lui permettraient Les instructions que le comnuindant suédois avait reçues garantissaient à V. M, que ses troupes dé-^ fendraient ses possessions allemandes contre toute agression étrangère. Malheureusement Tastùce prévalut sur le devoir, le courage des troupes suédoises fut paralysé par la faiblesse de leur chef, et la Poméranie fut envahie. lies événemens qui depuis lors ont eu lieu dans cette province ont été rendus publics, afin qu'on ne se méprit point sur la véritable nature <ie cette démarche extraordinaire et sur l'air amical que la France affectait pour détourner l'opinion qui devait résulter d'une entreprise aussi hasardée.
L'entrée des troupes fi^ançaises en Poméranie fut immédiatement suivie de l'arrestation des employés de V. M. dans cette province. Ils furent conduits dans les prisons d'Hambourg. Là on les menaça de la mort; on tâcha vainement de les obliger, par des promesses séductrices, à rompre
(347) Leurs sermans; les dernières ressources du pays furent épuisées par des contributions énormes; on força, par des coups de canon, les bàtimens de V. M. à rester dans les ports de la Poméranie, et on les arma de suite en course; les emplois publics de lia province furent occupés par des agens français; et finalement deux régimens suédois furent désarmés et envoyés en France comme prisonniers de guerre*
Pendant que ces hostilités s'exerçaient dans la Poçoéranie , on arrêtait les postes suédoises à Ham» bourg, et on y faisait des perquisitions secrètes pour découvrir les sommes que les Suédois y possédaient Le Chargé d'affaires de V. M. à Paris, privé de toute nouvelle de la Suède, eut bientôt, par la voie publique, la certitude de l'entrée des troupes françaises dans la Pôméranie. II présenta en conséquence une note au Duc de Bassano pour obtenir des éclaircissemens sur cette occupation. On lui demanda si c'était par ordre de sa Cour qu'il faisait cette représentation, et lorsqu'il eut déclaré que, dans une affaire si importante, il avait cru devoir prévenir les ordres du Roi son maître, le Duc de Bassano lui observa qu'il fallait les attendre avant qu'il pût s'expliquer sur l'objet principal.
Dans cet état de choses, le premier soin de V. M, devait être de s'assurer des dispositions
des Puissances dont l'influence était la plus inté* ressante pour la Suède , et de se préparer , par de nouvelles alliances, la plus grande sécurité pour l'avenir.
Le silence du Cabinet français continua , et tout annonça une rupture prochaine entre cette Puissance et la Russie. La saison s'approcha où les flottes anglaises visiteraient de nouveau la Baltique, et il y avait tout lieu d'attendre que le Ministère britannique , en récompense des menagemens accordés au commerce suédois , exigerait une conduite pacifique plus décidée de notre part. V. M. se voyait par conséquent à la fois exposée au ressentiment de l'Empereur Napoléon ou aux hostilités de la Grande-Bretagne, et aux agressions de la Cour de Russie. Le Danemarck avait déjà pris une attitude menaçante. •
L'état était livré aux destinées incertaines de
l'avenir; des traités faibles et déjà rompus étaient
la garantie .de son existence. Le nom glorieux
de S. A. R. le Prince Royal releva le courage
national , et les Suédois se rappelèrent qu'après
avoir défendu leur liberté sur leurs rivages,
ils avaient su les franchir pour poursuivre la
tyrannie. Ainsi l'amour de l'indépendance sauva
la patrie du précipice où l'on était prêt à l'ensevelir.