‹ Cours de style diplomatique (volume 2)Chapitre 19 sur 42 · V. M. , convaincue du danger qu'il y av^it à · texte numérisé non relu

V. M. , convaincue du danger qu'il y av^it à

( 349 ) se laisser entraîner par la marche précipitée des événemens, jugea qu'il était temps de se rapprocher du Cabinet anglais et de s^ouvrir à celui de Russie avec une noble franchise. V. M, vit avec plaisir le Marquis de Wellesley, alors Ministre des affaires étrangères , disposé à accueillir ses propositions, et pénétré à cette époque des dangers imminens que courait l'Europe. Quelque temps après elle conclut à Œrebro un traité de paix avec l'Angleterre , avantageux aux deux pays; et les relations d'amitié et de bon voisinage furent resserrées avec la Russie par un nouveau pacte, dont l'exécution doit mettre la Suède à l'abri de toutes les commotions de la politique continentale.

V. M. regardait l'ignorance où l'Empereur des Français laissait la Suède comme une volonté de l'entraîner despotiquement dans son système continental, dont elle se trouvait naturellement détachée par la prise de la Poméfanie. V. M. avait en outre un exemple frappant par le sort que subissait une Puissance dé l'Allemagne, amie de la Suède , qui , après avoir été très-longrtemps laissée dans l'incertitude si ses offres de contracter une alliance seraient acceptées , fut tout à coup cernée par des armées françaises et se vit contrainte de se livrer à la discrétion de l'Empereur.

J)epuis la réunion ^du pays d'Oldenbourg à

r&npîre Français, on sut avec certitude que^des différens, tant à cet égard que relativémaént au système contioaital, avaient eu lieu entre les Cours de France et de Russie, et que les préparatifs de guerre qui se faisaient des deux côtés pouvaient facilement conduire à des hostilités ouvertes. Cependant la France n'avait pas encore témoigné à Y. M. le moindre désir, ni fait aucune ouverture tendante à engager la Suède dans une guerre contre la Russie. Maintenant qne les rapports du royaume devaient être regardés comme rompus par l'occupation delà Poméranie, la proposition suivante fut faite, non pas officiellement, mais par une voie non moins sûre de la part de l'Empereur Napoléon.

Après avoir fait un long exposé des déviations , souvent reflétées de la Suède , d'une observation sévère des principes du système continental; déviations qui y disait^on , avaient à la fin forcé l'Empereur de faire entrer ses troupes en Poméranie , sans cependant Foccuper , S. M. exige :

a Qu'une nourelle déclaration de guerre se fasse contre l'Angleterre ; que toute communication avec des croiseurs anglais soit sévèrement défendue ; que les rivages du Sund soient pourvus de batteries, la flotte équipée, et le canon tiré contre les bâtimens anglais.

« Qu'en outre la Suède mette sur pierf une

skrmée de trente à quarante mille hommes pour attaquer la Russie au moment où les hostilités <x>mmenceront entre cette Puissance et l'Empire Français.

ce Pour dédommager la Suède , l'Empereur lui promet la restitution de la Finlande.

a S. M. I. s'oblige en outre d'acheter pour vingt millions de francs de denrées coloniales^ à côndition que le paiement ne s'effectuera qu'après que les marchandises auront été déchargées à Dantzick oùàLubeck

<c Finalement S. M. L permettra que la Suède puisse participera tous les droits et avantages dont jouissent les États de la Confédération du Rhin. »

V- M. fixa d'abord son attention sur la différence immense qui existait entre les sacrifices exigés et le dédommagement que le royaume pou* vait s'en promettre* Elle ne se dissimula point qu'un état de guerre active avec la Russie , dont la suite nécessaire serait des hostilités ouvertes avec la Grande-Bretagne , surpasserait les forces et les ressources de la Suède; que la présence d'une flotte anglaise dans la Baltique pourrait enchaîner pendant l'été les opérations suédoises, et que d'ailleurs il n'existait aucun grief contre la Russie depuis le traité avec elle; qu'en attendant nos côtes et nos ports seraient abandonnés à la vengeance de l'Angleterre; qu'une complète stagna-

tioQ du commerce et un cabotage interrompu occasioneraient une misère publique; que le besoin pressant où allait se trouver la Suède de se pourvoir de blé, exigeait impérieusement des rapports pacifiques tant avec la Russie qu'avec TAngleterre; que la fin subite de la guerre entre la France et la Russie laisserait infailliblement la Suède sans aucune augmentation de territoire, surtout si l'armée suédoise , par TefFet de la guerre avec l'Angleterre, était mise hors d'état de s'éloigner de ses parages; que d'ailleurs ces préparatifs et une année de guerre demanderaient une dépense de dou2e à quinze millions de rîxdalers. Une foule d'autres considérations déterminèrent V. M. à n'avoir égard qu'au bonheur de ses sujets et à la prospérité de son royaume , et pour cet effet V. M. ouvrit ses ports aux pavillons de toutes les nations^

Les tentatives de la France pour engagea la Suède dans une guerre ouverte contre l'Angleterre et la Russie, ne se bornèrent point a celles dont je viens de faire mention. Le Ministre d'Autriche à la Cour de V. M. reçut de l'Ambassadeur d'Autriche à Paris, M. le Prince de Schwarzenberg, un courrier avec la nouvelle d'une alliance conclue à Paris, le i4 mars passé, entre la France et cette Puissance. M. le Prince de Schwarzenberg chargea le Ministre de sa Cour à Stockholm

d'employer toute son influence en communi'quant cette nouvelle au ministère de Y. M. pour faire participer la Suède à la guerre contre la Russie. Y. M. répondit à cette proposition comme elle l'avait fait à la précédente, en déclarant qu'elle voulait conserver la tranquillité de son royaume et qu'elle acceptait la médiation de LL. 1VIM. les Empereurs d'Autriche et de Russie, pour tout ce qui avait rapport à l'invasion injuste de la Poméranie : qu^en outre V. M. of&ait^ si cela convenait à l'Empereur Napoléon, d'écrire à la Cour Impériale de Russie pour tâcher de prévenir l'effusion du sang jusqu'à ce que des Plénipotentiaires suédois, russes, français et autrichiens pussent se réunir, afin d'arranger les différends survenus.

Les événemens ayant prouvé que ces offres n'avaient pas été accueillies par l'Empereur des Français, V. M. dut regarder comme un devoir sacré de mettre son royaume en état de défense , et elle y employa une partie des ressources que ses fidèles États du royaume avaient mises à sa disposition, pour faire respecter et maintenir l'indépendance nationale.

La longue expérience des temps passés et la force des exemples du présent ont sanctionné les mesures de prudence que V. M. a prises pour la sûreté et l'intégrité de ses états.

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