‹ Cours de style diplomatique (volume 2)Chapitre 20 sur 42 · II. a · texte numérisé non relu

II. a

On ft'était déjà adressé an Chargé d'affaires de France, M. de Gabre^ pour lui demander une et,^ plication sur U prise de la Poméranie. Il était invité à déclarer s'il résidait k Stockholm coiDHie agent d'une Puissance amie ou ennemie. Plusieurs m<NS ^'étaient écoulés sans répopse^ et des intrigues ténébreuses et peu conformes au droit des nations ayant eu lieu^ M. de Cabre a été renVoyé.

Dans un moment où toutes les Puissances qui entourent la Suède oilt porté leurs forces mili-' taires à un point jusqu'ici sans exemple, Y. M. a aussi été obligée de se soumettre à l'impérieuse nécessité du temps; et n'ayant en vue que la prospérité et le bonheur de la Suède, elle a préparé les moyens qui peuvent la mettre en état de compter essentiellement sur ses propres forces et sur celles des gouvernemens de ses amis. Si, pour atteindre à ce but, des sacrifices sont néces^ saires, les bons Suédois s'empresseront de seconder y« M. ; car ils furent toujours le ferme soutien des Monarques qui firent respecter Jenr liberté.

Une ancienne habitude a lo(ng-temps porté la Suède à considérer la France comme son alliée naturelle : cette opinion des temps passés ^ œs impressions reçues, agissaient d'une manière puissante sur l'esprit de V. M. fortifié par le penchant du Prince Royal pour son andeimie patrie ^ penchant toujours subordonné dans son cœur à ses devoirs

envers la Suède. Mai& lorsque la France a vôùiu interdire à la Suède, presque insulaire, le droit de parcourir les mers qui l'entourent et de sillonner les flots qui baignent ses rivages, le gouvernement a àà défendre les droits et les intérêts de la nation pour échapper à la situation des Puissances qui, par leur soumission à la France, se ' trouvent maintenant sans vaisseaux, sans commerce et sans finances. L'aHiance de la France, en exigeant d'abord la perte de l'indépendance, ocmduit par degrés à tous les sacrifices qui anéantissent la prospérité d'un État, Pour devenir son alité, il faut n'avoir aucune relation avec l'Angleterre, remplacer les revenus des douanes et les profits du commerce par des impéts toujours croissans, afin de soutenir les guerres dans les-quelles sa politique capricieuse l'a entraînée depuis huit ans. Si la Suède s'était soumise aux volontés de la France, on aurait vu les Suédois en Espagne comme on y voit des Allemands, des Italiens et des Polonais. On les aurait vus même eh Turquie, si TEnapereur Napoléon avait vaincu l'Emperenr Alexandre.

Si pofit assurer les destinées de la Suède , en lui procurant sûreté pour le présent et garantie pour l'avenir, V. M. est forcée de metti'e ses ar^ mées en mouvement, ce ne sera point dans Hntention de conquérir des provinces inutiles à la

prospérité de la presqu'île Scandinave. L^indé-* pendance de cette presqulle est l'objet constant des soins de Y. M., et aucun sacrifice ne doit coûter aux Suédois pour obtenir ce grand et imr portant résultat. Y; M. a repoussé le traité avilis* sant qu'on a voulu lui faire souscrire; elle s'est mise au-dessus d'une politique humble et versatile, et elle n'a pas craint d'en appeler au courage, à la loyauté, au patriotisme et à l'honneur national. Y. M. a bien jugé les Suédois, et sa récompense est dans la confiance absolue qu'ils ont mise dans sa sagesse.

Depuis long-temps le vaisseau de l'État, naviguant sur une mer orageuse et battu par la tempête, était près de faire naufrage; Y. M.^ en habile pilote f en saisit le gouvernail, et, secondé par son fils chéri , elle a eu le bonheur, malgré les écueils dont sa route a été semée, de l'amener au port. Je présente cette image pour éclairer à l'ave nir les personnes qui, toujours inquiètes sur leur sort futur, s'alarment à l'avis du moindre contretemps, et s'imaginent n'être lancées sur cette terre que pour y jouir paisiblement de toutes les commodités de la vie. Y. M. a promis la libepté aux Suédois; elle leur tiendra parole. La chaumière du pauvre comme le palais du riche jouiront de ce bienfait inappréciable. L'autorité arbitraire ne pourra jamais y pénétrer, et, de nuit comme de

(357 ) jour, la loi en garantira l'enceinte. Fiers de tous leurs droits, unis à leur Souverain, les Suédois marcheront à la rencontre de leurs ennemis, he souvenir de leurs illustres aïeux et la justice de leur cause seront la garantie de leurs succès. C'est avec le plus profond respect que je sais ,

Sire, de V. M., Le très-humble, très-obéissant et dévoué serviteur et sujet,

Laurent d'£NG£STjEto£M.

Stockholm, le 7 janvier i8iS.

Eoctraits des Mémoires du Chevalier de Terlon , pour rendre compte au Roi de ses négociations depuis Vannée 1 656jusgu'en 166 1 .

N, B, Les rapports généraux faits par les Ministres à la fia de leurs missions ne parvenant guère à être publiés, j'ai cru que les extraits suivans d'une relation détaillée et pu> blique faite par le Cbeyalier de Terlon au Roi de France sur ses missions dans les Cours du Nord, pourraient tenir lieu en quelque façon d'exemples de ce genre.

Sire ,

V. M. m'envoya témoigner au Roi de Suède, Tannée i656, là joie qu'elle avait de son hetireux mariage, et lui porter un présent, comme

une marque de son amitié et de la considération particulière qu'elle avait pour ce t^rince. Mais d'autant qu'il était déjà entré fort ayant dans la Pologne, et que je ne pouvais pas me rendre auprès de lui, sans m'exposer également aux partis de son armée, et à ceux de ses ennemis, qui occupaient les chemins, les passages et les bois ; je fus obligé de demeurer quelque temps à Hambourg, et ensuite à Stettin, capitale de la Poméranie et de faire quelque séjour sur la frontière de cette province, dans la baronie de Wildenbrugk, que la Reine de Suède, Christine Alexandre, avait déjà donnée au baron de Bidal , en paiement des grandes sommes qu'elle lui devait. Mais ne voulant pas apporter de retardement à mon voyage , et craignant que les diemins ne fussent libres de long-temps, j'en partis au mois de février de l'année suivante pour aller à Thorn , première ville de la Prusse royale du coté de la Pologne , où le Roi de Suède avait mis garnison, après l'avoir prise aussi bien que le reste de la province , à la réserve de Dantzig. Le Prince de Sulzbach qui revenait du siège de Pietricau, place située au milieu de la Pologne, où il avait laissé le Roi de Suède, arriva à Thorn en même temps que moi. Ce Pri»ce me donna l'escorte qu'il avait pour son passage , qui n'était que de vingt-quatre dragons et de dn-

<|uant^ maîtres 9 avec qui je fis six journées, et <lw$ la m&cdae de la septième je reaoû»trai deux cents chevaux que le âoi de Suède me faisait rhoQiieuF de m'en voyer pour faciliter la sûreté de n^n passage. Pendant notre chemin, des ca^ valiers de mon escorte prireni; quelques geotilsbommes polonais , qiû, efftay'és de la marche de l'année suédoi^^e^ s'étaient retirés les uns dans leurs cQaisons, et les autres dans les forêts^ et je donnai de l'argent à ces cavaliers pionr les remettre ^en liberté. Toutes les nuits nous étions obligés <ie camper , de nous retrancher et de faine bonne ^rde, à quoi les commandans de mon escorta agirent avec toute la vigilance possible, et toutes les précasutions nécessaires potir notre suTOté.

Je ane rendis sur la fin du saséme mois de fé* vrier mi siège de Pietricau avec le ^eur Silv^** kron, Envoyé de la Reine de Suède, Christine Alexandre , le sieur d'Obregenski , Envoyé de l'ËlecilaLir de Bcandenboiu*g , et testeur Paul, Envoyé <le rÉiecteur Palatin de H^delberg ^ qui m'avaient joint pour passer à là faveur de mon escorte. En «arrivant auqioartier général du Roi de Suède, je vis ce Brîuce qui revenait de donner ses ordres pour presser l'attaque de la place. Le l^idemain que je fmarniv^é^le Comte d'Avangour, Asifbassadeur de ¥. Jil., w^ présenta au Rai ^ Suède^ à

qui je fis ses complimens sur le sujet de mon voyage , et sur le présent que je lui portais, d'une riche et magnifique tenture de tapisserie, avec un service entier de vermeil doré. Je pris occasion dans mon discours, ayant su comme ce Prince 3e hasardait dans ce siège, de lui faire connaître que V, M. m'avait commandé de lui dire de se mieux conserver, et de ne pas exposer, comme il faisait, à tant de dangers sa personne royale, qui lui était tout-à- fiait chère. Ce Prince me témoigna par sa réponse , qu'il recevait les marques des soins et de l'amitié de V. M. avec une satisfection extraordinaire. Il eut même la bonté de me dire, qu'il était bien aise de me voir arrivé en sûreté, et qu'il avait beaucoup appréhendé pour moi dans la longueur de la marche que j'avais faite poiir le joindre, qui ne pouvait pas être sans danger dans un pays tout couvert de gens de guerre, de l'un et l'autre parti. ,.......!

Le comte d'Avaugour et moi, ayant quitté le Roi de Suède à Thom, nous prîmes le chemin de Rœnigsberg, pour voir de la part de V. M. l'Électeur de Brandenbourg,. où il nous ftit facile de connaître qu'il allait quitter le Roi de Suède pour s'attacher, comme il fit après, à ses ennemis. Nous lui fîmes les offres que nous avions ordre de lui faiire , en l'assurant de l'affection et de Tamitié de

y. M. pour la tenir dans les anciennes maximes , et qu'il ne se détachât pas d'avec le Roi de Suède. ]Nous assurâmes aussi les Ministres de cette A. E. , dont le baron de Scbwerin était le chef, de l'es- .time de Y. M. afin de mieux réussir dans le dessein qu'elle avait que cet Électeur ne quittât point le Roi de Suède que la paix de la Pologne, que V. M. * souhaitait avec tant de passion , ne fut faite ; mais cela ne fit pas l'effet que nous en avions espéré par la conduite du Comte de Stipenback , à qui le Comte d'Avaugour avait confié, comme à son ami et Ministre du Roi de Suède, ce que nous avions ordre de dire à cet Électeur de la part de V. M. Ce Ministre suédois n'eut pas plus tôt su la chose qu'il partit en poste d'Elbingen, où nous lavions rencontré , pour aller à Kœnigsberg , où , étant arrivé avant nous , il dit à cet Électeur qu'il avait reçu ordre du Roi son maître, par un exprès, de lui dire qu'il avait négocié en France pour ses intérêts, et qu'il avait porté V. M. à lui donner des marques effectives de son estime et de son amitié. Le Comte de Stipenback dit la même chose à ceux de son conseil^ ce qui affaiblit ce que nous avions. ordre de leur dire, pouvant juger que cette proposition était un effet des soins de la Suède,- et qu'elle ne venait pas directement de la France , quoiqu'elle n'en eut au cune. connaissance que par la bonté du Comte

d'Avaugour, qui de bonne foi crut pour le mieux pouvoir faire oette confidence au Ministre d^un Prince, pour qui Y. M. voulait conserver un ami aussi considérable que cet Électeur, et en user pour lui comme elle fait ordinairement pour ses amis et alliés. Cependant le Comte de Stipenbac^L se trouvant embarrassé de la demande que lui fit Tii^ecteur de Braodenbourg , qui était que le Roi son maître lui donnât deux mille hommes de pied et mille chevaux pour joindre à ses troupes , afin de pouvoir s'opposer aux ennemis qui pour^ raient venir tomber dans ses États, qui étaient à découvert depuis que le Roi de Suède avait quitté la Pologne pour aller liéfendre les siens que le Roi de Danemarck attaquait vigoureusement. Ce Ministre se voyant donc pressé sur la demande de ces trois mille hommes, dit à cet Électeur pour s'en défendre que le Roi , son makre , les lui donnerait volontiers ; mais que le Comte d'Àvau* goiir et moi l'en empêchions , le priant avjec ins* tance de ne le pas faiire. Ce qu'il disait sans doute pour ne point découvrir ie peu de ta[K>upes queie Roi de Suède avait dans la Prusse royale, et de cette façon il jeta adroitement la chose sur nous qui le pressions au contraire de donner ses troupes à cet Électeur, pour lui ôter le pr^exte de cbanger de parti , dans la crainte de se voir accablé par les ennemis de laSuède , qu'il s'était attirés en

entraot dans ses intérêts. Cette conduite fait que rÉlecteur de Brandenbourg ne peut être blâmé pour aToir ensuite changé de parti. Le Comte de Stipenback lui parlant d'une manière qui lui faisait bien connaître que le Koi, son maître, songeait à avoir toutes les places qu'il avait sur la mer Baltique, et lui ayant souvent proposé l'échange de Pilau , de Colberg et de Memel , il reconnut et prit soupçon par-là , que le Roi de Suède ne ménageait son amitié que pour avoir ses places.

Parlant de la Cour de cet Électeur, je dois dire à y. M. que le Prince de Radziwil nous témoigna en plusieurs rencontres bien de la civilité et beaucoup de respect pour Y. M. , ce que fit au^i le Comte de Waldeck , qui était des premiers de son conseil. Général de son armée, et en grande estime auprès de ce Prince, Ce Comte se mit mal dans l'esprit de son maîti^e pour avoir voulu avec trop de fermeté appuyer le parti suédois , autant parce qu'il le croyait de Tintérêt de cet Électeur que par l'inclination particulière qu'il atait pour le Roi de Suède, qui s'attirait facilement l'amitié de tout le monde par sa manière d'agir obligeante et généreuse. Mais cette A. E. étant poussée par <:eux qui n'étaient pas du sentiment du Comte de Waldeck, il tomba en disgrâce, et fut obligé de quitter le service de cet Électeur

qu il avait très-bien servi par ses négociations auprès du Roi de Suède , et dans le commandement des troupes qu'il avait jointes à ce Roi dans la guerre de Pologne , en ayant usé dans l'un et dans l'autre avec bien du zèle, de l'honneur et de la fidélité.

Après avoir tenu sur les fonts de baptême le Prince , fils de cet Électeur, au nom de V. M. , nous connûmes que la conduite des Ministres suédois faisait prendre un méchant chemin à l'Électeur de Brandenbourg 9 et des résolutions contraires aux intérêts de la Suède, en l'attachant tout-à-fait à ses ennemis. A quoi le Roi de Suède ne contribua nullement, ayant pour cela trop de prudence et trop de connaissance des affaires. Le Comte d'Avaugour et moi crûmes nous devoir retirer de la Cour de cet Électeur, où nous étions fort iniitiles , comme V. M. le jugera bien elle-même après ce que je viens de dire...

Nous arrivâmes, le Comte d'Avaugour et moi, à Lubeck, le i'] août 1657. Le Roi de Suède était à Kiel, qui n'est qu'à quatorze lieues de là; mais le Comte d'Avaugour étant tombé malade, je ne voulus point l'abandonner, et je fus auprès de lui jusqu'à sa mort, qui fut le 6 septembre. Après avoir fait ce que je devais poiir l'honneur du caractère et d'un Ministre qui avait si dignement servi V. M. tant d'années en Allemagne, dans fe

guerre et dans les négociations, je fis conduire son corps en France par le sieur Brisevalson , Aumônier, et par son valet-de-cbambre, qui le por* tèrent à madame sa sœur, comme elle l'avait souhaité.

Croyant après cela que le service de V. M. ne permettait pas de laisser vide le poste du Comte d'Ayaugour, et qu'il était nécessaire qu'il y eût un Ministre auprès d'un Prince tel qu'était le Roi de Suède, dans les grands et vastes desseins qu'il avait, je crus devoir partir de Lubeck pour aller à Kiel auprès de sa personne. Ce Prince m'avait témoigné quelque estime et beaucoup de bonté dans le voyage que j'eus l'honneur de faire avec lui en Pologne; il avait même souffert que je lui parlasse avec assez de liberté. Je m'imaginai qu'étant tout porté auprès de lui , je pourrais rendre quelque service à V. M. jusqu'à ce qu'elle en eût autrement ordonné, et qu'elle y eût envoyé un Ambassadeur plus capable que je ne suis pçur remplir dignement cette place.

Le Roi de Suède ayant su que j'étais à Kiel me fit la grâce de m'envoyer le sieur Hockes, son maître des cérémonies, pour me témoigner le déplaisir qu'il avait de la mort du Comte d'Avaugour, et en même temps sa joie de me savoir arrivé auprès de lui, espérant, comme il souhaitait, que j'y resterais avec le même emploi. Le

sieur Hockes me demanda de la part du Roi , son maître , en quelle qualité je voulais être reçu? Et pour cet effet il avait ordre de m'amener sest^rrosses, et de me dire expressément, qu'encore que je n'eusse pas de lettres de créance de V. M. pour occuper la place du Gomte d'Avaugour, n'ayant pas eu le temps de lenvoyer depuis sa mort, il me recevait de la manière et en telle qualité qu'il me plairait. Je lui répondis sur cette civilité 7 que j'étais fort obligé au Roi, son maître, que j'aurais l'honneur de l'en remercier moimême et de l'aller saluer, s'il me voulait bien ac* corder une audience , ce que je ferais sans cérémonies, puisque je n'y allais que comme ayant été Envoyé extraordinaire auprès de sa personne, avec pourtant cette différence, que quoique je n'eusse pas de nouvelles lettres de créance pour les affaires, que je Tasiurais que jusqu'si ce que V. M. eût rempli le poste par l'envoi d'un Ambassadeur^ comme le Roi de Suède désirait qu'il y en eût un auprès de lui , je lui rendrai^ compte de tout ce qu'il me confierait, et qu'il pourrait en attendant en user avec moi comme si f en avais le caractère. J'allai voir ensuite ce Prince, à qui je dis les mêmes choses^ qu'il approuva avec bien de la bonté, et en u^a avec autant de confiance que si j'en eusse eu Ia qualité* Après cela j'eus l'honneur de rendre compte à V. M. tous tes or-

dinaires de ce que je faisais et dé totit ce qui se passait auprès du Roi de Suède, aussi bien qu'à tous les Ministres que Y. M. avait dsins^ les autres Ck>iirs, afin d'entretenir les correspondances, et que son service ne fût pas interrompu, me servant pour cela de mes chiffres et de ceux du feu Comte d'Avâugonr, ayant pris les secrétaires et tous les domestiques qui l'avaient servi en son ambassade...

Nous fûmes quelque temps sans rien faire en notre négociation, par le peu de pouvoir des Commissaires suédois et par le peu d'inclination que le Boi de Danemarck avait pour la paix de* pitffi la journée de Funen. Les avantages qu'il pouvait tirer du secours des alliés lui en ôtaient l'envie, outre que son pays était si ruiné qu'il ne pouvait lui arriver guère pis ; et par la continuation de la guerre U pouvait se rétablir de ses pertes.

Je reçus dans ce temps-là une dépêche de V. M. qui m'ordonnait de confier au Roi de Suède qu'elle allait conclure la paix avec l'Espagne et qu^elle avait déclaré, que si l'Empereur et l'Électeur de BrandenbouTg ne retiraient leurs troupes de la Poméranie, qui y faisaient le siège de Stettin, qu'elle donnerait an Roi de' Suède le secours à quoi elle était obUgée suivant le traité de Munster, Stettin étant une place d'Allemagne. Sur cela j'en-

voyai le sieur Bîerman à Gothenbourg pour le faire savoir au ^.oi de Suède , et V. M., qui ne perd jamais d'occasion d'obliger ses amis et ses alliés, ,

en donna en qelle-ci une sensible marque par la (

lettre qi^'elle ordonna à feu S. £. d'écrire à l'Élec- i

teur de Brandenbourg et à quelques autres Élec* teurS) en laquelle ce sage, prudent, fidèle et trèséclairé Ministre, sur qui Y. M. se reposait alors des principales affaires de sdn État , lui faisait sa* voir que V. M. ne pouvait pas souffrir qu'on attaquât le Roi de Suède, qui était son allié, sans le secourir, comme elle eût fait si le siège de Stettîn eût continué après ce que Y. M. avait: dit et ce qu'elle avait fait écrire à l'Électeur de Brandenbourg, quoique le traité de Munster ne Vy obligeât pas, les alliés disant que le Roi.de Suède l'avait enfreint le premier, ayant fait attaquer la forteresse de Reinsbourg, qui est un fief de l'Allçmagne, comme Y. M. a pu voir ci-devant, et que ce n'était qu'à son exemple que ses ennemis avaient attaqué la Poméranie. Cependant le Grand- Amiral Wrangel, qu'on sait être un des plus grands hommes de ce siècle pour la guerre, la délivra en se jetant dans Stettin avec un puissant secours, et dès qu'il y fut entré , il fit une grande sortie avec du canon , dont il revînt plein de gloire par la défaite des ennemis, qu'il contraignit de lever le siégf , et d'abandonner même quelque artille-

( 369 ) rie. Le Général Wirtz , qui étiait: Gouverneur de la place, le seconda dignement en toutes choses, et ces deux généraux s'acquirent bien de l'honneur par cette action, l'un pour l'avoir bien défendue, l'autre pour l'avoir secourue à propos.

Je ne mantjuai pas de faire valoir aux Ministres suédois l'affection avec laquelle V. M. prenait les intérêts du Roi leur maître. Ensuite l'Électeur de Brandenbourg , qui était piqué de ce que le Roi de Suède avait fait envahir la Courlande et fait arrêter le Duc, et la Duchesse sa femme, qui était sa sœur, attaqua les États du Duc de Holstein, beaupère du:Roi de Suède, pour se venger de ce qu'on avait fait à son beau-frère; et son prétexte fut, que le Duc de Holstein avait un Ministre suédois auprès de lui et des troupes suédoises dans les places de Tonninghen et de Gottorp. Il prit cette dernière qu'il ne rendit que quand on fit la paix; et le Duc de Holstein éprouva que la guerre où il n'entrait et n'avait aucune part qu'en ce que la Reine de Suède était sa fille, causait la ruine de ses États. ^

Cependant j'étais à Copenhague avec les Ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande, et nous portions, autant qu'il nous était possible, le Roi de Danemarck à la paix ; peut-être en serions-nous venusà bout, sans la nouvelle qui vint de.Gothen^ bourg, que le Roi de Suède y était fort malade. II. a4

Elle alla sans doute jusqu'au Roi de Daoiemarck, et ce fut ce qui augmenta la répugnance qu'il y avait déjà.

Un jour que je donnais à diner aux Ambassadeurs d'Angleterre et de Hollande, où quelques Ministres danois étaient aussi, je reçus un billet du Prince de Sulzback', par lequel il me mandait que la Reine de Suède lui avait dépéché un exprès en toute diligence pour lui faire savoir que le Roi son époux était mort le la février à dix heures du soir. Il me marquait encore qu'il avait fait avancer deux régimens de cavalerie vers Copenhague, afin d'empêcher que personne y entrât qui put y divulguerla mort du Roi de Suède. Je ne témoignai point à la compagnie que j'avais chez moi ce que m'avait appris ce triste billet; mais quand nous fumes hors de table, je dis aux Ambassadeurs médiateurs que j'avais reçu des nouvelles que le Roi de Suède était fort mal , et qu'on le croyait en danger; qu'il me semblait qu'il était temps de pousser les affaires et de rétablir la tranquillité dans le Nord; que pour cet effet mon avis était de parler aux deux Rois pour tâcher de les porter à la paix, et prendre les mesures nécessaires, en cas que l'un ni l'autre, ou l'un des deux, ne la voulût pas. A quoi messieurs mes collègues répondirent que si j'eusse voulu porter des tempéramens aux conditions de

( 371 ) la paix 9 iis auraient, en siiivant l'ordre de leurs supérieurs, forcé les deux Rois à la faille. Je leur dis qu'alors je n'avais paâ ordre de leur parler comme ils faisaient, n'étant pas comme eux dans la force du traité, mais que présentement j'avais le pouvoir d'agir de concert avec eux , quoiqu'en effet je ne l'eusse point, ne croyant pas rien faire contre l'honneur d'une médiation, puisque je n'avais pour motif que la paix qui était déjà proposée, et pour qui l'Angleterre et la Hollande avaient un traité ensemble pour la faire ; mais la gloire de V. M. me porta à prendre ce parti ; sachant bien l'état des affaires , je crus ne devoir pas hasarder la couronne de' Suède après là mol*t de son Roi , et qu'il était de l'intérêt de V. M. de conserver les avantages que ce Prince s'était ac* quis, tout autant que l'honneur de la médiation le pouvait permettre, étant à craindï'e que la Hollande, dans la continuation de la guerre, n'aidât le Danemarck , comme elle aurait sans doute fait pour en tirer quelque utilité à l'égard de son commerce. La Suède, qui y donnait occasion pour l'avoir recommencée, eût été en grand danger de perdre tout, au moins les conquêtes qu'elle avait faites et qui lui étaient demeurées par le traité de Roschild, et nous avions souvent parlé dans nos conférences au sujet de ce que le Danemarck avait perdu pour avoir attaqué la Suède;

( 572 ) qu'il était juste aussi, puisqu'elle avait attaqué le Danemarck , qu'elle réparât , par là même raison, les pertes qu'il avait faites dans la première guerre. Je continuai donc de dire que s'ils jugeaient à propos d'achever la négociation, nous pouvions aller voir ensemble le Roi de Danemarck pour le supplier de se vouloir déclarer pour la paix, qu'après nouis irions à Elseneur faire aux Commissaires suédois les mêmes propositions, et qu'ensuite nous prendj^ions nos mesures pour faire réussir notre dessein.

Tous les Ambassadeurs furent dé mon avis et sur cette résolution nous fîmes demander audience au Roi de Danemarck , qui nous l'accorda pour le lendemain. Nous y fûmes tous ; je portai la parole étant à la tête de mes collègues, et j'exposai à ce Prince que prévoyant par la continuation de la guerre la ruine totale de ses États par le désordre que les troupes de ses ennemis et même celles de ses alliés y pourraient faire dans la suite , si l'on différait la paix ; que nous le supplions de nous donner une réponse positive touchant la déclaration que nous lui demandions pour ce sujet; et que si le Roi de Suède ne voulait pas y consentir, on se joindrait contre lui pour l'obliger à la faire.

Ce Prince nous dit, avec bien de la modération , qu'il avait nouvelle de la mort du Roi de

Suède , dont il nous dit tous les biens du monde , quoiqu'il eût été son ennemi capital, et qu'il l'eût réduit par une seconde guerre dans l'état où il se voyait; et sa générosité alla jusqu'à témoigner de la douleur de sa perte. Il nous dit ensuite qu'il ne jugeait pas à propos de se déclarer qu'après la Suède, puisqu'elle l'avait attaqué après une paix faite, signée et jurée. Je répondis au Roi de Dauemarck que nous l'étions venu trouver plu<^ tôt que le Boi de Suède qui était à Gothen*bourg malade et plutôt que ses Commissaires qui étaient à Elseneur , parce qu'étant à Copenhague nous l'avions jugé plus conveuablb , afin de ne point perdre de temps ; mais que d'abord qu'il aurait la bonté de nous dire ses sentimens, nous irions à Elseneur pour avoir la déclaration de la Suède.

Nous ne pûmes tirer que des paroles générales du Roi de Danemarck sur notre proposition : ce qui nous obligea d'aller le lendemain, MM. Sidney, de Singland , de Hubert et moi, à Elseneur, pour parlQr aux Commissaires suédois. Sitôt que nous fûmes arrivés , nous le leur fîmes savoir, €t ils se rendirent à l'heure même chez moi , où nous étions assemblés. La mort du Roi de Suède nous ayant été confiancée , nous crûnies devoir avant toutes choses faire nos condoléances aux Ministres suédois sur la mort de leur maître , ,

( 374 ) après quoi nous leur fîmes la même propositioti que nous avions faite au Roi de Donemarck. Dans la première et la seconde conférence notis ne pûmes les porter à ce que nous souhaitions, quoique ce que Ton leur proposait leur fût avantageux ; mais le Comte de Toot, qui se trouva à la troisième , les fit résoudre à ce qu'on voulait d'eux ; ce qu'ils n'auraient pas fait sans lui , car après la mort du Roi de Suède, ils n'osaient pas* faire une chose de cette nature sans avoir un ordre de la Régence et du Sénat ; et pour l'avoir, il eût fallu écrire à Stockholm ; et cette longueur pouvait mettre la Suède en méchant état, puisqu'après avoir fait déclarer les Médiateurs pour le Danemarck, il était à craindre que lesHoiïaU' dais n'entreprissent quelque chose dès le len^ demain avec leur flotte qui était dans le Sund, et qui n'attendait que le commandement pour agir... Après avoir fait connaître aux Commissaires suédois l'état de leurs affaires présentes , ils nous déclarèrent enfin que la Suède voulait la paix et çl4?nnait tout pouvoir aux Médiateurs pour la conclure^ dont nous eûmes bien de la joie. Avec cette déclaration nous retournâmes à Copenhague le lendemain, et le jour suivant nous fûmes voir te Graud-Maître de Danemarck, et le priâmes de nous obtenir une audience du Roi son tfiaîti^e, en lui disant que les Commissaires suédois s'étaient

déclarés pour la paix , et qu'ils s'en remettaient aux Médiateurs. Ce Prince nous l'accorda, et après lui avoir dit le sujet qui nous menait, nous le suppliâmes de vouloir nommer des Commissaires pour entrer en conférence avec ceux du Roi de Suède , afin de terminer la guerre par une paix de longue durée.

Le Roi de Danemarck nous répondit aussi fa* vorablement que nous le pouvions désirer , et nomma pour ses Commissaires le Grand-Maître Guestorf , et le sieur Pierre Reetz qui faisait alors la fonction de Grand'-Chancelier, et qui depuis l'a été en chef. Nous nous assemblâmes incessam* ment , et les Commissaires des deux Rois demeu-^ rèrent d'accord de tous les points qu'ils réglèrent et conclurent eux«mémes; mais comme les articles étaient en état d'être bientôt signés, il survint un incident qui en retarda l'effet ; et voici comme la chose arriva.

L'Amiral Ruy ter arrêta neuf vaisseaux de guerre suédois , des plus grands de leur flotte, qui par* taient du Sund pour aller à Stockholm. Cette action était contre la bonne foi d'un traité que les Ambassadeurs des Provinces -Unies avaient fait avec le Roi de Suède , qui ajustait les élucidations d'Elbing, qui faisaient tout Iwir différend,, et après une amnistie générale qui s'était donnée de part et d'autre de ce qui s^était passé. Cette

action était encore injurieuse à la France et à TAngleterre, par la médiation desquelles ce traité s'était fait , et par lequel les États -Généraux avaient été reçus Médiateurs, sans quoi le Roi de Suède n'y aurait janaais consenti, et sans la récan* ciliation qui se fit par mon entremise et celle des Ambassadeurs d'Angleterre, comme V. M. a vu ciTdevant.*Il est constant que les Ambassadeurs de Hollande , qui connaissaient parfaitement le Koi de Suède, n'auraient pas osé concevoir seulement la pensée de faire une. insulte de cette nature, si ce Prince eut été encore en vie, à moins de se retirer aussitôt à Copenhague , car il n'aurait pas hésité un moment de les faire arrêter et de les garder comme des ennemis jusqu'à ce qu'on lui eùtrendu ses vaisseaux , et qu'on lui eûtfaituneample réparation de cette injure. Il semblaitmêmeaux Suédois, et ce n'était pas sans raison , que les Ambassadeurs de Hollande n'avaient fait ce traité avec le Roi leur maître, que pour le mieux surprendre sur la bonne foi qui s'y doit trouver.

Les Ambassadeurs d'Angleterre regardèrent la détention des vaisseaux comme un attentat au traité, et comme un grand mépris pour les autres Médiateurs. Je reconnus que les Ministres hollandais se prévalaient de la flotte qu'ils avaient dans la mer Baltique, et qu'ils voulaient avec hauteur obliger la Suède à faire 4a paix ^ n'ayant plus à

craindre celle d'Angleterre , qui était partie avec Milord Montagu, pour aller servir le Roi son maître , dans son ïétablissement. D'ailleurs le traité fait à La Haye portait, que l'un des trois partis ne pourrait pas agir séparément : cela me fit croire qu'il était de mon devoir et de l'honneur de V. M. de m'opposer à l'entreprise de l'Amiral Ruyter. J'en parlai aux Ambassadeurs de Messieurs les États , à qui je représentai les suites qu'elle pouvait avoir, vu que la France et l'Angleterre s'étaient rendues garantes du traité. Je vis bien par leurs discours qu'ils n'avaient fait arrêter les vaisseaux suédois que pour les obliger de consentir à la paix , et qu'ils ne les rendraient qu'ar près qu'elle serait conclue. Je leur écrivis et les exhortai à relâcher ces vaisseaux , afin de pouvoir continuer nos conférences , ajoutant que s'ils ne le faisaient , je les déclarerais ennemis de Y. M. Les Ambassadeurs d'Angleterre leur parlèrent dans le même sens ; et quoique j'aie envoyé alors la copie de cette lettre à V. M. , je ne laisserai pas de la mettre ici. *

( Suit la teneur de lu lettre. ) .

Après avoir envoyé cette lettre par le sieur Bierman aux Ambassadeurs de Hollande/ je proposai à ceux d'Angleterre de nous aller mettre sur l'Amiral suédois qui était. arrêté par les Hollandais, et si le vent était bon pour sortir du lieu où

ils étaient, de faire lever Tancre , comme étant des vâi&seaux qui appartenaient à la France et â l'Angleterre, et qu'on avait arrêtés sur la foi de leur médiation. Le Milord Sidney et moi étions de ce sentiment; mais ce dessein fut changé, son collègue ne le jugeant pas à propos par la nécessité qu'il y avait de rompre avec Messieurs les États , en cas que l'Amiral Ruyter eût tiré sur nousy et par la raison que nous n'avions point de flotte dans le Sund pour opposer à la leur, celle d'Angleterre étant allée comme j'ai déjà dit.

Ainsi notre négociation demeura suspendue par cet accident, et les Ambassadeurs de Hollande voyant que je ne la voulais pas continuer qu'ils n'eussent relâché les vaisseaux suédois, à quoi j'étais fermement résolu, croyant qu'il y allait de la gloire de V. M. et de l'intérêt de la couronne de Suède, me vinrent voir plusieurs fois pour ajuster sous main cette affaire, qui pouvait devenir plus importante, non-seulement par l'éloignement de la paix , mais aussi par un engagement à la guerre, si •Messieurs les États eussent continué à témoigner si peu de considération pour la Suède. Je dois dire que le seul respect qu'ils eurent pour V. M. les obligea à faire ce que je souhaitais sur le sujet des vaisseaux arrêtés, et qu'ils n'auraient jamais relâchés s'ils n'eussent considéré que la seule Suède ' . . .

Âpres que j'eus pris congé de la Reine de Suède Christine- Alexandrie à Norkœpin, je commençai à m'éloigner de Stockholm, où j'avais laissé le sieur Ghassan pour rendre compte à V. M. des affaires. Je vins à, Copenhagite où, après avoir rendu mes respects au Roi, à la Reine de Danefparck, et à la maison royale, j'en partis, et y laissai le sieur Bîerman en la même qualité qu'était le sieur Ch^san à Stockholm, afin que pendant Eoon absence V. M. fût avertie de ce qui 3e passerait dans ces deux royaumes;

Je crois devoir dire à V. M. ce qui arriva en Danemarck touchant le changement de goMvernement çn faveur de la maison royiale. Après que la paix fut faite avec les Suédois, Je Roi de D^jiemarçk convoqua les États du royaume pour voir les moyens d'assurpr la couronne à l'avenir et la mettre en état de ne pas tombar dans les mêmes dangers où elle s'était trouvée. L'affaire ayaiit été mûrement examinée^ les États jugèrent que le seul remède, et le meilleur expédient pour sauver tous les membres du coirps, était de commencer par la tête, et que faisant réflexion aux grands soins et ^ l'applicatiQu que le chef avait eus pendant le siège çle Copenhague pour sa défense, et aux dangers <>ii il s'était exposé pour résister avec vigueur » à. ses ennemis, ils devaient lui offrir l'entière sou-* veraineté de tout le royaume, et de changer l'état

étectif 9 comme il était alors , en une souveraineté absolue aux Rois et héréditaire à ses successeurs, tant de l'un que de l'autre sexe.

Cette proposition fut reçue agréablement des premiers du royaume pour deux raisons, sans compter l'essentielle, fondée sur le zèle et l'affection que le Roi et la maison royale témoignèrent au peuple pendant cette guerre. La première étant que, le royaume ayant reçu en plusieurs rencontres beaucoup de bienfaits de la maison d'Oldenbourg, on ne pouvait pas faire un plus digne choix pour la souveraineté successive. La seconde et très-considérablé, c'est que par là on unissait au Danemarck la Norwège, le Holstein, et d^autres provinces dont ce prince était possesseur et héritier avant qu'il fût Souverain en Danemarck; et par cette union on redoublait les forces du royaume pour la sûreté et le bien de l'État. Cette proposition ayant été reçue, on ne différa point de dire au Roi de Danemarck la résolution qu'on avait prise. Ce Prince l'accepta avec beaucoup de satisfaction, et le jour suivant les Etats s'assemblèrent dans la grande salle du château, où le Sénateur TroUe présenta au Roi de Danemarck, de la part de la noblesse, le Hand- Jestning^ qui est un livre que l'on nomme ainsi, où sont toutes les lois contraires à la souveraineté qui s'allait établir, et annuler pour jamais l'élec-

tion« La cérémonie s'en fit publiquement, en cette manière. On édifia sur la place du château un théâtre tapissé de drap rouge, derrière lequel était en armes le régiment des gardes du Roi. Les bourgeois de la ville, qui faisaient douze belles compagnies, étaient en bataille devant, et à chaque côté était de la cavalerie et de l'infanterie de la garnison de la ville. Dans le château tout était disposé pour aller par ordre à ce théâtre, etc. . ,

Voilà, Sire, ce qui s'est passé dans le changement de la monarchie danoise , qui est tout-àrfait avantageux à la nation , et les États ne pouvaient mieux faire pour leur sûreté et pour leur conservation, que ce qu'ils firent en cette rencontre. Ceux qui connaissent la vertu et la grandeur d'âme du Roi de Danemarck, ne peuvent que louer et admirer cette conduite et la résolution qu'il prit de rendre le royaume de Daiiemarck à l'illustre et ancienne maison d'Oldenbourg.

Le Roi de Danemarck est d'une assez grande taille; quoiqu'un peu gros. Il a l'air fort libre, et fait toutes ses actions avec beaucoup de grâce. Toute sa personne est bien faite : il a infiniment d'esprit, de la conduite et de la prudence. Il possède les belles-lettres en toute leur étendue; il aime la justice; ila du cœur et de la fermeté, comme il l'a bi^n fait voir dans ses dernières

guerres; il a de la bonté et de la civilité pour tout le monde; il est libéral et tient inviolablement sa parole.

La Reine de Danemarck est de la maison de Brunswick et Lunebourg, qui est l'honneur de rAlIemagne par les grandes qualités et lé mérite des Princes de cette tige. Cette Princesse ne dégénère pas de ses illustres frères; elle en a toutes les vertus , de Tesprit , de la beauté et de la bonté ; et tous ceux qui sont à elle, ou attachés à ses intérêts, en reçoivent tous les jpurs des preuves indubitables. Son humeur généreuse lui attire plus de cœurs par la manière obligeante dont elle répalnd ses bienfaits, que par le prix de ce qu'elle donne. Elle a fait paraître son courage et sa résolution dans les dernières guerres, souffraût avec une extrême constance toutes les incommodités d'un si long siège comme le moindre de ses sujets. Elle passait les nuits comme les jours à cheval sur les remparts de Copenhague pour encourager les soldats et les bourgeois à bien foire. Enfin c'est une Princesse de qui les qualités et l'esprit répondent dignement aux charmes de sa personne.

Le Prince Royal n'est pas d'une taille si grande que le Roi son père, mais elle est aisée. Il sait parfaitement tout ce que doit savoir un grand Prince; il est extrêmement adrbit en tous les exer-

cices; il a de Fambition et du cœur et se fait aimer de tout le monde ; il est obligeant à tous ceux qui lui donnent occasion de recevoir l'effet de ses bons offices, et rend au Roi son père le même respect et la même soumission que le moindre de ses sujets. C'est un Prince de grande es^pérance, et qui fait croire qu'il ne fuira pas les occasions de la guerre. Il était nommé à la couronne avant le changement dont je viens de parler.

Le Prince George est encore jeune, mais beau et bien fait. Il a infiniment d'esprit, et qui marque par toutes ses actions qu'il sera un jour un grand Prince.

La Princesse Anne-Sophie, qui est l'aînée, a une vertu et un mérite extraordinaires, de l'esprit et de la prudence au-delà des personnes de son âge, une bonté et des manières si honnêtes et si obligeantes, qu'elle charme tout le monde.

La Princesse Frédérique-Amélie est d'une grande taille^ aussi belle qu'il â'en voit : sa beauté est toute charmante. Ses yeux, sa bouche et son teint, joints à un certain air nonchalant, la rendent infiniment aimable.

Pour la Princesse Wilhelmine-Ernestine, il se voit peu de si belles personnes. Son enjouement plein d'esprit et de bonté, son air brillant, et la grâce qu'elle a en tout ce qu'elle fait, la rendent les délices de la Cour de Danemarck.

I^ Princesse Ulrique-Éléonore, quoique toutà-fait jeune, fait voir lui esprit si vif, si présent et si sage, qu'elle ne dit rien qui ne soit juste, et elle fait espérer qu'elle sera très-aimable et trèsbien faite.

Tous ces Princes et Princesses parlent français comme s'ils étaient nés dans le Louvre. La Reine leur mère, qui est une grande et éclairée Princesse, n'a rien épargné pour leur donner une éducation digne de leur naissance...

Après avoir pris congé du Roi et de la Reine de Danemarck, je pris ma route par le Holstein, où je vis S. A. de Gottorp, qui me fit paraître beaucoup de joie de la paix que V. M. lui avait procurée par sa médiation. Je m'en allai de là à Hambourg, où je reçus beaucoup de civilités des bourgmestres et des messieurs de la ville. Je continuai mon voyage par le pays de Munster, où je vis l'Évêque de ce nom, avec qui je dînai, qui me témoigna beaucoup de respect et de considération pour V. M. Je. m'aperçus par la conversation que j'eus avec ce Prince, qu'il avait dessein de retirer des mains des États des Provinces-Unies des terres qu'il croyait dépendre de son Évêché, et dont ils étaient depuis long-temps en possession.

Je quittai ce Prélat le lendemain et pris ma route par Sedan , où je reçus mille honnêtetés dé M. le Maréchal de Fabert. Peu de jours après

j^arrivai heureusemeot à PafiSyOÙ j'eus ThoBneur de rendrje me^ trè9*lwinl»Ies respects à Y. M. qui eut la bonté de me dire qu'elle était satisfaite de mes services 9 et que j'en recevi^ais des marques par ses bienfaite. ,

Page 1