‹ Cours de style diplomatique (volume 2)Chapitre 8 sur 42 · C. d'Ohssow · texte numérisé non relu

C. d'Ohssow

Noies officielles échangées entre MM. C.-M. de Talleyrand et de Knobelsdorf ^ en 1806;

Le soussigné, Ministre des relations extérieures , est chargé, par ordre exprès de S. M. FEmpereur et Roi , de faire connaître à S. Exe. M. de Knobelsdorf , que de nouveaux renseignemens venus de Berlin , sous la date des premiers jours de septembre, onf appris que la garnison de cette ville en était sortie pour se rendre aux frontières; que tous les armemens paraissaient avoir redoublé d'activité, et que publiquement on les présentait, à Berlin même , comme dirigés contre la France. Les dispositions de la Cour de Berlin ont d'autant plus vivement surpris S. M., qu'elle était plus éloignée de les présager d'après là mission de M. de Knobelsdorf, et la lettre de S. M. le Roi de Prusse, dont il était porteur. S. M. l'Empereur et Roi a ordonné l'envoi de nouveaux renforts à son armée : la prudence lui commiandait de se

mettre e» mesure contre un projet cVagression aussi inattendu qu'il serait injuste. Maïs ce ne serait jamais que malgré lui et contre son vœu le plus cher qu'il se verrait forcé de réunir les forces de son Empire contre une puissance que la nature même a destinée à être l'amie de la France, puisqu'elle avait lié les deux états par une communauté d'intérêts avant qu'ils fussent unis par des traités: Il plaint l'inconsidératidn des agens qui ont concouru à faire adopter, comme utiles et comme nécessaires, les mesures prises par la Cour de Berlin. Mais ses sentimens pour S» M. le Roi de Prusse n'en ont été ni changés ni affaiblis , et ne le seront point aussi long-temps que S. M. ne sera point forcée à penser ^ que les arméniens de la Prusse sont le résultat d'un système d'agression combiné avec la Russie contre la France ; et lorsque l'intrigue qui paraît être agitée de tant de manières et sous tant de formes pour inspirer au cabinet de Berlin des préventions contre son meilleur et son plus fidèle allié, aura cessé lorsqu'on ne menacera plus par des préparatifs une nation que jusqu'à cette heure il n'a pas paru facile d'intimider, S. M. l'Empereur regardera ce moment Comme le plus heureux pour lui-même et pour S. M. le Roi de Prusse. Il sera le premier à contremânder les mouvemens de troupes qu'il a dû ordonner, à interrompre des arméniens ruL-

neux pour son trésor, et les relations entre les deux ^tats seront rétablies dans toute leur intimité. C'est sans doute une chose satisfaisante pour le cœur de S. M. de n'avoir donné, ni directement ni indirectement , lieu à la mésintelligence qui paraît prête à éclater entre les deux états , et de ne pouvoir jamais être responsable des résultats de cette singulière et étrange lutte , puisqu'elle n'a cessé de faire cons* tamment , par l'organe de son Envoyé extraordinaire et par l'organe dû soussigné, toutes les déclarations propres à déjouer les intrigues qui, malgré ses soins, ont prévalu à Berlin; mais c'est en même temps pour S. M. I. un grand sujet de réflexion et de douleur , que de songer que , lorsque l'alliance de la Prusse semblait devoir lui permettre de diminuer le nombre de ses troupes et de diriger toutes ses forces contre l'ennemi commun , qui est aussi celui du Continent, c'est contre son allié même qu'elle a des précautions à prendre. Les dernières nouvelles de Berlin diminuant beaucoup Tespbir que l'Empereur avait fondé sur la mission de M. de Knobelsdorf^ et sur la lettre de S. M. le Roi de Prusse, et sem* blant confirmer l'opinion de ceux qui pensent que l'armement de Prusse , sans aucune explication préalable, n'est que la conséquence e^ le premier développement d'un système combiné

avec les ennemis de la France; S. M. se voit obligée dé donner à ses préparatifs un caractère général, public et national. Toutefois elle a voulu que le soussigné déclarât que, même après la publicité des mesures extraordinaires ausiquelles S. M. a dû recourir, elle n'en est pas moins disposée à croire que l'armement de la Cour de Berlin n'est que FefFet d'un malentendu, produit lui-même par des rapports mensongers , et à se replacer, lorsque cet armement aura cessé, dans le même sjpstèkne de bonne intelligence etd*amitié qui unissait les deux états. Le soussigné , etc. ,

Ch. M. Talleyrand, Prince de Bénévent.

Le soussigné sentant combien il est. de la plus haute importance de répondre tout de suite à la note que S. Exe. le Prince de Bénévent, Ministre des relations extérieures , lui a fait l'honneur de lut adresser ce soir, se voit forcé de se borner à représenter les observations suivantes. Les moti& qui ont engagé le Roi, mon maître, à faire des armemens, ont été l'effet dWe trame des ennemis de la France et de la Prusse, qui, jaloux de l'intimité qui règne entre ces deux puissances, ont fait l'impossible' pour alarmer par de faqx rapports venus à la fois de tous côtés. Mais surtout ce qui prouve l'esprit de cette mesure, c'est que

S. M. ne Ta concertée avec qui que ce soit , et que la nouvelle en est venue plus tôt à Paris qu'à Vienne, Pétersbourg et Londres. Mais le Roi^ mon maître, a fait faire à Tenvoyé de S. M. l'Erapereur des Français, roi d'Italie, une communication amicale au sujet de ces mesures. Ce Ministre n'avait point encore donné de réponse sur cette communication. La relation des intéressans entretiens que S. M. L a daigné avoir avec le soussigné et le Marquis de Lucdiesini ne pouvait encore être arrivée k Berlin. D'après cet exposé, le soussigné ne peut que témoigner à S. £xc. le Ministre des relations extérieures le vœu le plus ardent que les actes publics restent encore suspendus jusqu'au retour du courrier dépêché de Berlin.

KirOB£LSDORF.

• N. S. Cette note , qui porte dans son style Tempreinte de k hâte avec laquelle elle estxonçae, n'a été ajoutée ici que pour ne point interrompre la série des pièces qui suivent.

Le soussigné a mis sous les yeiix de S. M. TEmpéreur et Roi la note que S. E. M. de Kno» belsdorf lui fit hier l'honneur de lui adresser. S. M. y a trouvé avec plaisir l'assurance que la Prusse n'était entré dans auctlD concert hostile contre la France ; que l'armement qu'elle a fait

( t57 ) n'avait eu pour cause qu'un malentendu ; que le départ de la garnison de Berlin , quoique effectué depuis la lettre écrite par S. M. le Roi de Prusse, ne devait être considéré que comme l'exécution d'un ordre antérieur, et que le mouvement imprimé aux troupes prussiennes cesserait aussitôt que l'on connaîtrait à Berlin ce que S. M, l'Empereur et Roi a bien voulu dire à MM. de Knobelsdorf et de Lucchesini, dans les audiences particulières qu'il leur a accordées. S. M. a ordonné en tîonséquence que les communications qui devaient être faites au sénat lundi prochain seraient différées, et qu'aucunes troupes, autres que'celles qui sont actuellement en marche vers le Rhin , ne seraient mises en mouvement jusqu'à ce que S. M. connaisse les déterminations et les mesures que la Cour de Berlin aura prises d'après le rapport que MM. de Knobelsdorf et de Lucchesini lui ont fait; et si ces déterminatioùs sont telles que l'armée française en Allemagne ne soit plus menacée , et que toutes choses soient remises entre la France et la Prusse sur le même pied qu'elles étaient il y a un mois , S. M. fera rétrograder immédiatement les troupes qui se rendent actuellement sur le Rhin. Il tarde à S. M. l'Empereur et Roi que ce singulier malentendu soit éclairci. Il lui tarde de pouvoir se livrer, sans aucun mélange d'incertitude et de doute, aux sentiraens dont il

( '58 ) a donné tant de preuves à la Cour de Berlin, et qui ont toujours été Ceux d'un fidèle .allié. Le soussigné, etc.

Ch, - M. TAIXErftAWD ,

Prince de Bénévent.

Lesoussigné , Ministre des relations extérieures, a exprimé à S. £. M. de Knobelsdorf , dans la note qu'il a eti l'honneur de, lui remettre le i3 septembre, les dispositions confiantes avec lesquelles S. M, l'Empereur a reçu les assurances données par M. de Knobelsdorf, que les mouvemens militaires de la Cour de Berlin n'étaient le résultat d'aucun concert hostile contre la France, mais uniquement l'effet d'un malentendu, et qu'ils cesseraient au moment où les premiers rapports de S. E. seraient parvenus à Berlin. Cependant les nouvelles qu'on en reçoit chaque jour portent tellement tous les caractères d'une gqerre iwiminente , que S* M, I. doit avoir quelque regret de l'engagement qu'elle a pris de, ne pas, encore appeler ses réserves, et de différer la notification constitutionnelle d'après laquelle toutes les forces de la nation seraient mises à sa disposition. Elle remplira cet engagement ; mais elle croirait contraire à la prudence et aux intérêts de ses peuples de ne point ordonner dans l'intérieur toutes les mesures et tous les mouvemens de troupes qui

( '59) peuvent avoir lieu sans notifications préalables. S. M. a en même temp^ chargé le soussigné d'exprimer de nouveau à S. £. M. de Knobelsdorf, qu'elle ne peut encore s'expliquer par quel oubli de ses intérêts la Prusse voudrait renoncer à ses rapports d'amitié avec la France. La guerre entre les deux états lui parait une véritable monstruosité politique; et, du moment où le cabinet de Berlin reviendra à des dispositions pacifiques et cessera de menacer les armées d'Allemagne, S. M. prend l'engagement de contremaiider toutes les mesures que la prudence lui commandait de prendre. Elle saisira avec plaisir, comme elle ne cesse de le faire dans toutes les circonstances, l'occasion de témoigner à S< M« le Roi de Prusse le prix qu'eUe attache à son amitié, à une union fondée sur la saine politique et sur des intérêts réciproques, et de lui prouver que ses sentimens

sont toujours les mêmes, et qu'aucune provocation n'a pu les altérer. Le soussigné se félicite de pouvoir donner à S. £. M. de Knobelsdorf une assurance aussi formelle des dispositions de S. M* , qui sont tellement étrangères à toute idée de guerre avec la Prusse, qu'elle a déjà commis une faute militaire très^ave eu retardant d'un mois ses préparatifs, et en consentant à laisser passer quioze jours encore sans appeler ses réserves et ses gardes nationales. Cette eonfiance que S. M.

aime à conservei*, prouve conxbien elle apprécie la parole que lui a donnée S. £» M. de Knobelsdorf , que la Prusse n'était entrée dans aucun concert avec les ennemis de la France, et que les assurances qu'elle a reçues, en mettant un terme au malentendu qui vient de s'élever, feraient ces* ser les armemens qui en ont été la suite. Le $ou5signé, etc.

Ch.-M. Talletrawjd, Prince de Bénévent.

Le soussigné, Envoyé extraordinaire et Ministre plénipotentiaire de S. M. le Roi de Prusse, a reçu hier la note qui lui a été adressée par S, E. M. le prince de Bénévent, Ministre des relations extérieures. Si dans cet office le soussigné a retrouvé avec une extrême satisfaction l'assurance précédemment consignée dans la note du 1 3 septembre, que S. M. l'Empereur et Roi remplirait rengagement qu'il a pris d'attendre le résultat des explications données au Marquis de Luccliesini et au général de Knobelsdorf, avant de prendre un parti sur les notifications copstitutionnelles qui mettraient toutes les forces de la nation française à la disposition du gouvernement, il a appris avec une peine infinie que S. M. ait eu quelque regret de cet engagement , et que , tout en le remplissant, elle croit nécessaire d'ordonner toutes

les mesures et tous les mouvemens de troupes qui peuvent avoir lieu sans déclaration préalable. Le soussigné s'empresse de réitérer h S. E. M. le Prince de Bénévent l'assiu'ance que S. M. le Roi de Prusse, loin d'avoir jamais eu l'idée de renoncer à ses rapports d'amitié avec la France, partage à cet égard tous les sentimens de S. M. I. et B. exprimés dans l'office auquel cette note sert de réponse ; que loin d'être entrée dans un concert avec les ennemis de la France, S. M. Prussienne a toujours cherché à calmer tous les ressentimens pour faciliter le rétablissement de la paix générale; enfin, que loin de menacer les armées françaises en Allemagne par ses armemens, ceux- ci n'ont eu lieu qu'à la suite d'avis reçus à Berlin, et qui étaient tellement alarmaus qu'il n'eût pas été possible de négliger des mesures de précaution commandées par la prudence pour le salut de l'état. Le soussigné se plaît à renouveler à S. E. M. le Prince de Bénévent l'assurance qu'en prenant ces mesures, S. M. le Roi de Prusse n'a pas renoncé un seul instant à l'espérance de voët se dissiper les nuages élevés entre elle et la France ; et le général Knobelsdorf est persuadé que tel sera lé résultat des explications qui ont eu lieu. En priant M, le Prince de Bénévent de faire parvenir à la connaissance de S. M.3 l'Empereur et Roi cette réponse à son offre, le soussigné a Thon- II. Il

( i6^ ) neur de renouveler à S. Exe. les assurances de sa haute considération.

Knobelsdorf.

Le soussigné, Ministre de 'S. M. Prussienne, par le même courrier porteur de la lettre à S. M. I., qu'il a eu l'honneur de transmettre aujourd'hui à S. Exe. M. le Prince de Bénévent, a reçu Tordre de s'acquitter^es communications suivantes. Leur but est de ne plus laisser en suspend la relation des deux Cours. Chacune d'elles est si éminemment intéressée à ne plus rester dans le doute sur les sentimens de l'autre, que le Roi s'est flatté de voir S. M. l'Empereur applaudir à sa franchise.

S. M. Prussienne a déposé dans la lettre susmentionnée sa pensée tout entière et l'ensemble des sujets de plainte qui d'un allié fidèle et loyal ont fait d'elle un voisin alarmé sur son existence et nécessairement armé pour la défense de ses intérêts les plus chers. Cette lecture aura rappelé à S. M. I. et R. ce que la Prusse fut depuis longtemps à la France. Le souvenir du passé pourrait-il n'être pas pour elle le gage de l'avenir ? et quel juge assez aveuglé pourrait croire que le Roi eût été neuf ans envers la France si conséquent et peut-être si partial, pour se placer volontairement avec elle dans un rapport différent, lui qui plus d'une fois a pu la perdre peut-être , et qui

ne connaît que trop aujourd'hui les progrès de sa puissance?

Mais si la France a dans ses souvenirs et dans la nature des choses le gage des sentimens de la Prusse, il n'en est pas de même de cette dernière : ses souvenirs sont faits pour l'alarmer. Elle a été inutilement neutre, amie, alliée même. Les bouleversemens qui l'entourent; l'accroissement gigantesque d'une puissance essentiellement militaire et conquérante, qui l'a blessée successivement dans ses plus grands intérêts, et qui la menace dans tous, la laissent sans garantie. Cet état de choses ne peut durer. Le Roi ne voit presque plus autour de lui que des troupes françaises ou des vassaux de la France prêts à marcher sur elle. Toutes les déclarations de. S. M. L annoncent que cette attitude ne changera point. Loin de là de nouvelles troupes s'ébranlent de l'intérieur de la France*. Déjà les journaux de la capitale se permettent contre la Prusse mi langage dont un Souverain tel que le Roi peut mépriser l'infamie, mais qui n'en prouve pas moins ou les intentions ou l'erreur du gouvernement qui le souffre. Le danger croît chaque jour. Il faut s'entendre d'abord, ou l'on ne s'entendrait plus.

Deux puissances qui s'estiment, et qui ne se craignent qu'autant qu elles le peuvent sans cesser de s'estimer elles-mêmes, n'ont pas besoin de dé-

tours pour s'expliquer. La France n'en sera pas moins forte pour être juste, et la Prusse n'a d'autre ambition que son indépendance et la sûreté de ses alliés. Dans la position actuelle des choses, elles risqueraient tout l'une et l'autre en prolongeant leur incertitude. Le soussigné a reçu l'ordre en conséquence de déclarer que le Roi attend de l'équité de S. M. I. ;

1® Que les troupes françaises, qu'aucun ti tire fondé n'appelle en Allemagne, repassent incessamment le Rhin, toutes sans exception^ en commençant leur marche du jour même où le Roi se promet la- réponse de l'Empereur, et en la poursuivant sans s'arrêter; car leur retraite instante et complète est, au point où en sont les choses, le seul gage de sûreté que le Roi puisse admettre.

a® Qu'il ne sera plus mis de la part de la France aucun obstacle quelconque à la formation de la ligue du Nord , qui embrassera sans aucune exception les étals nommés dans l'état fondamental de la confédération duJElhin.

3® Qu'il s'ouvrira sans délai une négociation pour fixer enfin d'une manière durable tous les intérêts qui sont encore en litige; et que, pour la Prusse, les bases préliminaires en seront la séparation deWesel de l'empire français, et la réoccupation des trois abbayes par les troupes prussiennes. Du moment où S. M. aura la certitude que cette

( '65 ) base est acceptée, elle reprendra l'attitude qu'elle n'a quittée qu'avec regret, et redeviendra pour la France ce voisin loyal et paisible qui tant d'années a vu sans jalousie la gloire d'un peuple brave, et désiré sa prospérité. Mais les dernières nouvelles de la marche des troupes françaises imposent au Roi l'obligation de connaître incessamment ses devoirs. Le soussigné est chargé d'insister avec instance sur une réponse prompte, qui dans tous les cas arrive au quartier général du Roi le 8 octobre, S. M. conservant toujours l'espoir qu'elle y sera assez tôt pour que la marche inattendue et rapide des événemens et la présence des troupes n'aient pas mis l'une ou l'autre partie dans l'obligation de pourvoir à sa sûreté.

Le soussigné a l'ordre surtout de déclarer de la manière la plus solennelle, que la paix est le vœu ^Dcère du Roi; qu'il ne demande que ce qui peut la rendre durable. Les motifs de ses alarmes, les titres qu'il avait à attendre de la France en autre rapport, sont développés dans la lettre du Roi à S. M.I. , et sont faits pour obtenir de ce monarque lederniergagedurabled'unnouvelordredechoses.

Le soussigné saisit cette occasion pour renouveler à S. E. M. le Prince de Bcnévent l'assurance de sa haute considération.

Knobelsdobf.

Paris, le i«' octobre 1 806..

Note du Ministre plénipotentiaire de la République^ française , près la République de Venise.

S^RENissiME Prince ^ Tr^is-Excellens Seigneurs^

Le Ministre de la République française a reçu successivement de la part de Votre Sérénité et de Vos Exe. deux offices datés des ai et a a de ce mois , et par lesquels elles veulent bien l'instruire c^ue le Sénat a jugé à propos de restreindre à ses premières limites la loi qui défend l'introduction des étrangers à Venise.

Il prend la liberté de leur observer que la position de l'armée française en Allemagne^ sa marche rapide contre un ennemi découragé qui fuyait devant elle, et mille autres circonstances qui en ont été le résultat, avaient déterminé les cbcfs de l'administration à choisir pour centre At leurs opérations une ville amie, dont la position et les principes leur semblaient devoir assurer les effets précieux qui leur sont confiés, et les bureaux de leur comptabilité. Cette résolution a nécessité une communication plus active avec le dehors. Beaucoup d'employés ont dû venir prendre des ordres, rendre des comptes, se pourvoir des moyens de transport sur les différens points de station. Ces

( '67 ) motifs, en multipliant les demandes du Ministre auprès de la commission chargée de la police des lagunes, devaient en même temps les justifier; et la conduite des Français qui ont paru à Venise avant et depuis cette époque ne devait pas faire craindre au sénat ce qu'il appelle des abus contre une loi de circonstance, qui, pour le commerce et l'avantage des Vénitiens eux-mêmes, ne devrait être que momentanée.

Mais puisque le peuple de Venise , guidé par la haine qu'on lui a inspirée contre les Français, çt qu'on cherche à exalter en le trompant tous les jours, murmure contre une exception en leur faveur, dont il tire lui-même des avantages réels, V. S. et W. EE. connaîtront sans doute que le système adopté par les chefs d'administration ne peut plus exister. En conséquence , ils prennent le parti de se retirer tous; et comme les rapports journaliers des ministres avec eux et les officiers de l'armée exigeraient de nouvelles demandes de sa part auxquelles on cesse déjà d'adhérer, il ira lui-même fixer sa résidence hors des lagunes pour pouvoir communiquer librement avec les nationaux.

En annonçant à V. S. et à V V. EE. cette résolution, le ministre leur répète toujours sincèrement les assurances de son respect.

Le S floréal an y.

Note confidentielle du Vicomte Castlereagh^ Ministre des ^affaires étrangères de la Grande^ Bretagne^ sur les affaires d^ Espagne ^ commu-niquee aux Cours d^ Autriche^ de France et de Russie^ en mai i8ao.

(Traduction.)

Comme on pouvait s'y attendre, les événe^ meus qui ont eu lieu en Espagne ont excité, en se développant, la plus vive inquiétude en Europe.

Le cabinet anglais , dans cette occasion comme dans toutes les autres, est toujours prêt à discuter avec ses alliés, et il s'expliquera sans réserve sur cette grande question d'un intérêt commun. Mais quant à la forme qu'il peut être prudent d'employer pour ces délibérations, il croit ne pouvoir trop tôt recommander le genre de discussion qui excitera le moins d'attention ou d'alarme, ou qui pourra le moins provoquer la jalousie de la nation ou du gouvernement espagnol.

Dans ce dessein , il lui parait convenable d'éviter soigneusement toute réunion des Souverains , et de s'abstenir, au moins dans l'état actuel

de la question, de charger une réunion ostensible de délibérer sur les affaires de l'Espagne; il croit qu'il vaut mieux se restreindre à ces communications confidentielles entre les cabinets, qui sont plus propres en elles-mêmes à rapprocher les idées et à faire adopter, autant que possible, des principes communs, que de hasarder une discussion dans une conférence ministérielle qui, d'après les pouvoirs nécessairement limitéi^ des individus qui la composent, doit être toujours plus propre à exécuter un projet déjà décidé qu'à former un système de politique dans des circonstances difficiles et délicates.

Il semble qu'il y a d'autant moins lieu à précipiter une démarche de cette nature dans^l'affaire dont il s'agit, que, d'après tous lesrenseignemens qui nous parviennent , il n'existe pas d'ordre de choses en Espagne sur lequel on puisse délibérer; il n'y a pas «icore de pouvoir établi avec lequel les puissances étrangères puissent communiquer.

L'autorité du Rcm , pour le moment au moins, parsdt détruite. On représente S. M., dans les dernières dépêches de Madrid , comme s'étant entièrement abandonnée aux événemens , comme accordant tout ce que demandent la junte provisoire et les clubs.

L'autorité du gouvernement provisoire ne pa-

rait pas s'étendre au delà des deux Gastilles et d'une partie de TAndalousie. Les autorités locales prévalent dans les différentes provinces, et l'on pense que toute démarche qui exposerait le Roi au soupçon de nourrir le projet d'opérer une contre-révolution par des moyens intérieurs, mettrait dans im très-» grand danger sa sûreté personnelle.

Cette affaire importante ayant été renvoyée au Duc de. Wellington , et celui-ci l'ayant prise en considération , son mémorandum accompagne cette minute, S. G. , d'après son expérience sur les affaires d'Espagne, n'hésite pas à dire que la nation espagnole est, de toutes les nations de l'Europe , celle qui souffrira le moins une intervention étrangère. Il rapporte les différentes circonstances dans lesquelles, pendant la dernière guerre , ce trait particulier du caractère national a rendu la nation aveugle aux considérations les plus pressantes du salut public. Il annonce le danger imminent que doit probablement faire courir au Roi le soupçon d'une intervention étrangère, et surtout d'une intervention de la part de la France ; il décrit les difficultés qui s'opposeraient à toute opération militaire en Espagne , entreprise dans le dessein d'obliger la nation , par la force , à se soumettre à un ordre de choses suggéré ou prescrit par le dehors^

Pour prouver l'exactitude de cette opinion. Sir Henri Wellesley a fait connaître Talarme produite à Madrid par la mission projetée de M. de Latour-du-Pin ; le tort que , d'après l'opinion de tous les ministres étrangers dans cette capitale , elle devait faire aux intérêts et à la sûreté du Roi ; les démarches que le Roi avait le projet de faire pour chercher à empêcher le ministre français de continuer son voyage , lorsqu'on reçut de Paris la nouvelle que l'on avait abandonné la mission t

Ainsi dans tous les cas, et jusqu'à ce que quelque autorité centrale s'établisse en Espagne, toute idée d'influence sur ses conseils paraît impraticable , et ne devoir conduire à d'autre résultat qu'à compromettre le Roi ou les alliés , ou peutêtre les uns et les autres.

L'état actuel de l'Espagne ajoute sans doute considérablement à l'agitation politique de l'Europe; mais il faut avouer cependant qu'il n'y a pas de partie de l'Europe d'une égale grandeur, où une telle révolution puisse arriver sans menacer aussi peu les autres états de ce danger direct et imminent qui a toujours été regardé , au moins en Angleterre , comme constituant seul cette circonstance qui justifie une intervention extérieure.

Si la circonstance n'est pas t^le qu'elle justifie

( '7^ ) une pareille intervention ; si nous ne sentons pas que nous ayons à présent le droit ou les moyens d'intervenir efficacement par la force ; si l'apparence de cette intervention doit plutôt irriter qu'intimider, et si nous avons prouvé, par l'expérience, qu'un gouvernement espagnol, qu'il soit composé du Roi ou des Cortès, est très-peu disposé à écouter les avis des états étrangers , n'estil pas prudent au moins de nous arrêter avant de prendre une attitude qui semblerait nous engager aux yeux de TEurope à une conduite décisive ? Avant de nous embarquer dans une telle affaire, n'est-il pas nécessaire au moins de savoir avec quelque précision, ce que réellement nous voulons faire? Ce système de politique modéré et circonspect, si convenable à l'occasion et à la position critique dans laquelle le Roi est person- •nellement placé, ne nous enchaînera en aucune manière, si jamais il faut agir.

Cependant les puissances alliées peuvent , comme états indépendans, exciter par l'intermédiaire de leurs légations respectives à Madrid, une crainte salutaire sur les conséquences qui pourraient résulter de toute violence faite à la personne ou à la famille duRoi^ou de toute mesure hostile dirigée contre les états portugais en Europe , que l'Angleterre s'est engagée par un traité spécial à protéger. Mais il faudrait agir

( -73) avec la plus grande circonspection en suggérant cet avis , et quoiqu'on doive présumer que les intentions et les vœux de toutes les puissances alliées sont essentiellement les mêmes , que les senti mens qu'elles pourraient manifester ne différeraient pas matériellement, il ne s'ensuit pas qu'elles dussent parler sous leur caractère commun par un organe commun ; ces deux expédiens seraient plutôt propres à offenser qu'à concilier ou à convaincre.

D'après les principes qui dominent, et d'après cette circonstance que tant d'états de l'Europe s'occupent maintenant de là tâche difficile de réformer leurs gouvernemens sur le principe représentatif, il ne peut y avoir de doute sur le danger général qui menace plus ou moins tous les gouvernemens existans; mais il serait aussi dangereux d avancer qu'il serait impossible de • réaliser l'idée de revoir, de limiter ou de régulariser ia marche de ces expériences par des forces ou des conseils étrangers, et nous ne devons pas encourager dans nos relations avec nos alliés Tillusion qui règne trop à ce sujet.

On ne peut nier quMl ne puisse résulter de ces expériences, des circonstances directement menaçantes pour le salut des autres états, et les alliés doivent par prudence être sur leurs gardes contre un pareil danger bien connu. Mais tel n'est pas

( «74 ) l'état des choses actuelles. Quelque terrible que soit Texemple que nous fournit l'Espagne , d'une armée en révolte et d'un monarque qui prête serment à une .constitution qui contient k peine, dans sa £orme, l'apparence d'une monarchie, il n'y a pas lieu de craindre que l'Europe soit promptement mise en danger par les armées espagnoles...

Dans cette alliance, comme dans toutes les autres affaires humaines , rien ne peut plus nuire à son utilité réelle, et même la détruire, que k tentative d'étendre ses devoirs et ses obligations au delà de la sphère que lui prescrivent l'idée première et ses principes reconnus; c'était une union formée pour la conquête et la délivrance d'une partie du continent européen du pouvoir militaire de la France; ayant vaincu ce conquérant, elle a pris sous sa protection l'état des choses, tel qu'il a été établi par la paix ; mais elle n'a jamais été destinée à devenir une union pour le gouvernement du monde, ou l'inspection des affaires intérieures des autres états...

On nous trouvera toujours à notre place, quand un danger réel menacera l'Europe ; mais l'Angleterre ne peut ni ne veut agir d'après des principes de précaution abstraits et spéculatifs. L'alliance qui existe n'avait pas ce but dans l'origine; elle n'a jamais été ainsi expliquée au parlement; et si fille eût été entendue de cette manière, il est car-

taio que le parlement ne lui aurait jamais donné sa sanction. Ce serait maintenant une violation de la foi, si les Ministres de la couronne admettaient une interprétation, ou s'ils se laissaient entraîner dans des mesures incompatibles avec les principes qu'ils ont avoués dans le temps, et qu'ils ont depuis constamment soutenus en Angleterre et dans les pays étrangers.

Note verbale du Chevalier de FontenajTy Chargé d'affaires de France à Naples.

Monsieur le Chevalier de Fontenay, Chargé d'affaires de S. M. T.-C, dans une audience particulière qui lui a été accordée le 9 février 1821 , par S. A. R. le Prince Régent, a déclaré verbalement au Prince que les Ministres plénipotentiaires du Roi son maître, à Laybach , lui avaient fait connaître qu'ils avaient adhéré aux instructions communes envoyées aux Ministres d'Autriche, de Prusse et de Russie, dans l'espérance de pouvoir éloigner les périls qui menaceqt la nation napolitaine.

M. le Chargé d'affaires a ajouté qu'il lui avait été prescrit d'unir ses démarches à celles des mêmes Ministres toutes les fois qu'elles tendraient à aplanir les voies de la conciliation en faveur

du Roi et du royaume de Naples, et d'épargner à ce pays les maux inévitables qu'entraîneraient ime guerre et une résistance inutiles.

Naples y le 9 février i8ai.

Note des Ministres des Puissances en guerre ai^ec la France y au cabinet danois.

Les soussignés , Ministres des puissances actuellement en guerre contre la France, auprès de S. M. Danoise, ayant la connaissance d'une note imprimée et adressée au commerce du Nord, portant la signature du nommé Grouvelle, se qualifiant Ministre plénipotentiaire de la soi-disant République française, enDauemarck, ont l'honneur d'en envoyer ci-joint un exemplaire à S. Exe. M. le Comte de Bernstorff , en le priant de vouloir bien leur faire savoir si cette pièce est authentique et autorisée, et si effectivement ledit Grouvelle est reconnu par S. M. Danoise en ce caractère, comme cet acte public paraît le faire présumer?

Fa gel , H AILES , Breuner , Golz , MUZQUIZ. Copenhague , le i3 décembre 1793.

Note du Comte de Bernstorff en réponse à la

précédente*

Ayant rendu compte au Roi, çion maître, de la note commune remise le 1 3 du mois par les Ministres des puissances en guerre avec la France, S. M. a ordonné d'y répondre qu'elle avait vu avec peine dans cette note la preuve d'une défiance à laquelle elle était sûre de ne pas avoir donné lieu ; que s'il était notoire que la Convention nationale avait nommé M. G rouvelle Ministre plénipotentiaire en Danemarck, il l'était également qu'il n'avait été ni reçu ni reconnu ici dans cette qualité, et la reconnaissance, qui, par sa nature, est un acte public, ne peut pas être dérobée à la connaissance générale. S. M. , toujours également fidèle à ses déclarations, ne peut, ne doit pas aussi être soupçonnée d'avoir pu vouloir y manquer.

Je dois aussi ajouter la remarque qu'il n'existe pas de vérité plus évidente et plus universelle ment reconnue qUe celle que personne ne peut être censé responsable des faits d'autrui, et moins que jamais quand il s'agit d'une démarche imprévue, ignorée, et à laquelle il était impossible de prendre la moindre part.

A.-P. DE BEm^STOKFr.

Du département des affaires étrangères , à Copenhague , le 1 8 décembre 1793.

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