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ARTICLE TROISIÈME

Des lettres en billeu

Les billets étant affranchis de toutes les formalités d'usage dans les lettres en cérémonie, on ne peut donner des règles fixes pour un genre d'écrits dont le caractère distinctif est de ne pas être soiunis aux règles.

Dans ces écrits les titres sont très-courts. On débute sans aucune introduction , en plaçant le vocatif dans la même ligne. On les finit sur les conclusions ordinaires et même sans courtoisie , en signant son nom immédiatement sous le corps de lettre.

Ces billets entre souverains témoignent ordinairement Tamitié et la confiance. Mais il y a des' circonstances dans lesquelles on veut t^'jmoigner parla sa grandeur ou son indignation. Les pre-

n^iers sont des hiïïets yàmiliers y les seconds des billets sérieux. L'kitention doit donc déterminer le ton de leur style.

L'aisance doit caractériser les billets /amiliers , mais cette aisance doit être noble.

L'obligeance du ton doit montrer qu'on ne néglige le cérémonial que pour laisser parler Taimtié et ('affection. C'est la nature qui reprend ses droits. L'expression du sentiment doit être surtout plus marquée à la fin du billet. Comme ce genre de correspondance suppose des liaisons très-étroites , les princes et les princesses n'écrivent ordinairement des lettres en billet qu'à leurs proches pareps.

Dan$ les billets sérieux on se bprne k un siqfr ple exposé an son ^uj^t ; le style est coupé ; 1^ périodes sont courtes et presses ; les e^^prei^ioi^ doivent être énergiques et marquées sans orgueil 9 d'une négligence proportionnée à la gr^uuleur ou 4u pfiécpntentement qu'on veut fair« 3eptir. Un souverain ne peut , sans se compromettra , sortir d^ la décence que lui prescrit sa dignité.

EXEMPLES

Réponse de t Impératrice de Russie au Prince

Guillaume de fFurtemberg.

Mon bon cher frère Guillaume, j'ai reçu votre lettre par notre bon Alexandre. J'y ai vu le Heo que vods venez de former , et je vais vous répottdre d'après les sentimens de mon cœur. J'aurais désiré {>our votre bonheur, pour celui de votre femme, ^ue votre union n'eût jamais exâté^ parce qu*elle vous expose , sinon yo\j& et votre femme , du moins vos enfans , à des désagrérneâs ; car j selon les lois , et je tous avoue , cher GuUiaume , que je les trouve justes, une iftésallianee prive votre postérité de l'état de prince et des avantages y annexés. Mais enfiaa , la chose étant faite , la jeune personne étant honnête , faisant votre bonheur , acquiert un titre i mes yeux : je vous promets, cher Gmltaume, de faire pour elle ce que je puis. Je m'engage , si elle a le malheur de vous survivre , de lui laisser >^otre pension. Je vous promets encore que, lorsque vous le désirerez., j'écrirai à notre frère le duc régnant , pour que cette union ne nuise pas à l 'intimité qui doit régner entre vous. Enfin , cher Guillaume , dites- moi quels sont vos pro*-

( 7o) jets ; ne ferez-vous pas venir votre femme à Copenhague y il paraît que c'est ce qu'il y aurait de plus décent, et, en ce cas, je supplierai l'empereur de s'intéresser à celte cour , afin qu'elle y jouisse des égards nécessaires. Voilà, cher Guillaume , ce que mon amitié pour vous m'engage à faire; mais de même je vous donne le conseil de ne pas quitter le service; dans ce moment, ce serait une fausse démarche , du moins pour les premières années. Je vous envoie, cher Guillaume, un mot de lettre pour votre femme : qu'elle vous rende parfaitement heureux , et qu'elle recon-' naisse ainsi les sacrifices que vous lui faites. Tai remis votre lettre à mon cher empereur, qui m'a promis d'avoir la grâce de vous protéger. Adieu, cher Guillaume , mes vœux et mes sentimens sont pour vous, et tant que je vivrai , je serai à tout jamais,

Votre tendre amie et sœur,

Marie.

Ce a8 septembre 1800 (▼. st.).

Biliel de l'Impératrice de Russie à la princesse de fFurtemberg y née Donnersfeld.

I/épouse de mon frèrç sera toujours un titre sacré pour moi, si surtout, comme j'en suis persua-

( V ) dée, tous vos soins sont employés à faire son bonheur. Persuadez-vous donc , madame , de l'intérêt que par-là vous inspirez à] une sœur qui est tendrement attachée à ses frères , et soyez sûre que je serai toujours charmée de vous obliger.

Marie.

Billet de Louis XVy roi de France , au Dauphin.

Daté du camp.

Je pars pour l'Alsace, mon cher fils. C^est un voyage auquel je ne m'étais pas attendu. Le bien de mes peuples m'y porte beaucoup plus que ma gloire personnelle. Je suis leur roi pour les défendre. Priez le ciel qu'il bénisse mes vues. Il éprouve ma constance en déconcertant mon premier projet. Apprenez de là qu'il est un maître au-dessus des rois. C'est de lui seul que j'attends la continuation des heureux succès qu'il a jusqu'à présent accordés à mes armes. Ne me faites point de nouvelles instances pour me joindre, La moindre partie de moi-même sera exposée tant que je serai seul et que vous serez en sûreté. Adieu , mon cher fils , redoublez vos vœux au Seigneur, pour qu'il inspire des sentimens de paix et de justice à mes ennemis, et qu'il me conduise au but que je me suis proposé, de faire la félicité d'un

( -7^ ) peuple dont je ressens plus les maux que luimême. La reine vous en dira davantage. Je vous embrasse.

Lettre de Napoléon Bonaparte à S. A. R. le Prince

régent d^ Angleterre.

Altesse Royale, en butte aux Êictions qui divisent mon pays , et à l'inimitié des plus grandes puissances de l'Europe , j'ai terminé ma carrière politique , et je viens, comme Thémistocle, m^asseoir sur le foy^ du peuple britannique. Je .me mets sous la protection de ses lois, que je réchme de y. A. R. , comme le plus puissant , le plus constant et le plus généreux de mes ennemis.

Napoléon.

Quoique les billets adressés par des souverains

à des particuliers, soit étrangers, soit du pays

même , ne fassent pas strictement partie de notre

' sujet, je n'ai cependant pas jugé inutile d'^n

donner ici quelques exemples.

Lettre du Roi des Deux-Sicûes au Eeld - Maréchal^ Lieutenant j Baron de Blanchi.

Général , parmi les grands moyens que la divine Providence a disposés pour me ramener au

( 73 ) sein de mes très-chers sujets, il en est un que je mets au premier rang : c'est que mon auguste neveu , l'empereur d'Autriche , vous ait donné le commandement de l'armée qui est entrée dans mon royaume. Je conserverai éternellement , et je transmettrai à ma chère famille les sentimens de reconnaissance et d'admiration pour les talens militaires et la sagesse, grâces au:&quels les troupes sous vos ordres se sont distinguées par leur bravoure et leur discipline.

Outre la grande croix de l'ordre de Saint-Ferdinand et du Mérite, je vous confère le titre de duc de Gaza^Lanza , lieu où les armées ennemies ont rempli les conditions de la capitulation que vous leur aviez dictées. Je joins à ce titre une possession territoriale franche de toutes charges et de toutes impositions, et produisant un revenu annuel de 9,000 ducats, valeur du royaume. Jusqu'à ce que cette possession soit déterminée , la rente de ces 9,000 ducats vous sera payée à compter du jour de ladite capitulation. I-^e diplôme vous sera expédié dans les formes ordiïiaires.

Que le ciel, mon général, vous comble de joie, suivant vos mérites et mon plus vif désir.

Je suis votre très-affectionné ,.

Ferdinand.

Lettre de l'Empereur de Russie adressée au Duc

de ff^ellington.

Mylord , j'ai été informé qu'un attentat à menacé vos jours : le ciel n'a pas voulu qu'il fut. accompli, et je m'en réjouis sincèrement. Votre gloire militaire , réunie à votre noble caractère et à vos vues élevées, vous avait associé si intimement au maintien du bonheur général ^ qu'il ne peut que souffrir de chaque événement qui tendrait à vous en détacher. J'éprouve un véritable plaisir à vous rendre ce témoignage qui est indépendant des titres que vous avez obtenus à ma considération personnelle. Une circonstance que la générosité de vos sentiraens ne manquera pas d'apprécier , c'est que, avec l'autorité dont la confiance des alliés vous a investie, vous avez exercé, et vous continuerez d'exercer une salutaire influence dans le pays et le lieu même où la méchanceté a dirigé ses efforts impuissans contre vous.

Recevez, Mylord, les nouvelles assurances de ma haute estime.

Alexandre.

Lettre de V Empereur de Bussie à la Princesse

Barclay de Tolly.

J'ai appris, Madame, avec le plus vif regret, la perte douloureuse que vous avez faite. L'atta- <:hement que j'ai toujours eu pour le maréchal , et l'estime qu'il m'a inspirée de tous les temps par son mérite éminent et par les qualités distinguées de son cœur, vous sont garans de la part que je prends à la douleur que vous cause un si triste événement. L'état perd en lui un de ses plus zélés serviteurs , l'armée un chef qui lui a donné constamment l'exemple de la bravoure la plus brillante, et moi un compagnon d'armes dont le dévouement et la loyauté m'ont toujours été chers. Un pareil malheur est au - dessus de toutes les consolations humaines. Ainsi je ne m'étendrai pas sur le chagrin et les regrets dont je suis si vivement pénétré. Si dans une aussi triste conjoncture, j'étois assez heureux. Madame, pour pouvoir vous donner, à vous ou à votre famille , une preuve de mon intérêt et de ma bienveillance, je me ferois un vrai plaisir de vous l'offrir. Recevez -en l'assurance avec celle de ma sincère estime.

Alexandre,

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