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CHAPITRE III

Delà Correspondance des Ministres.

!Nous ne parlerons dans ce chapitre que de la correspondance que les ministres d'état entretiennent avec des souverains étrangers ou avec d'autres ministres, sur les affaires publiques et des lettres que les souverains écrivent aux minis-

très des puissances étrangères. Quant aux dépêches des ambassadeurs , adressées à leurs propres cours , sur les affaires qu'ils sont chargés de traiter, nous en parlerons dans la troisième partie de cet essai, particulièrement destinée aux fonctions des personnes diplomatiques.

. Les ministres n'écrivent à présent que rarement des lettres aux souverains étrangers. On ;négocie presque partout par mémoires , et les lettres sont réservées pour des cas extraordinaires. Quelquefois les généraux d'armées écrivent aux princes alliés des lettres de notification sur les victoires qu'ils ont remportées.

Le cérémonial de ces sortes de lettres est toujours très-respectueux. 11 n'y a aucun caractère, aucune qualité personnelle , qui puisse dispenser un ministre , tant qu'il est sujet d'un souverain , de marquer à un autre souverain ce degré de respect. Les ministres étrangers, même ceux d'une qualité illustre, observent les mêmes égards en écrivant aux républiques.

Les têtes couronnées écrivent encore plus rarement des lettres aux ministres étrangers; elles font répondre aux lettres, aussi bien qu'aux mémoires des ministres publics, par ce genre de mémoires dont nous parlerons dans la suite, et qu'on appelle décrets ou signatures. Aux ministres et .aux autres personnes distinguées, qui sont hors

(89) de leurs royaumes elles écrivent souvent des lettres de recommandation en faveur de leurs propres ministres. Elles répondent aussi aux lettres de compliment que les généraux d'armée ou d'autres personnes de distinction leur écrivent.

Les titres ordinaires que les rois donnent aux roinristres étrangers sont , au haut de la lettre : Mon Cousin ou Monsieur. Celui de mon cousin est à présent fort commun ; le roi de la Grande- Bretagne le donne à ses propres sujets. Dans le corps de la lettre ils mettent simplement Vous. Enfin ils écrivent le plus souvent leurs noms immédiatement sous le corps de la lettre et sans courtoisie.

Les républiques écrivent aux ministres plus fréquemment et en termes plus obligeans que les rois.

Dans la correspondance que les ministres entretiennent entre eux, le style doit être celui qui est en usage entre les personnes du grand monde.

Le titre d'Excellence est celui qui fait naître le plus de difficultés. Il appartient de droit aux ministres d'état et aux envoyée du premier rang. Mais pour les envoyés du second ordre , l'usage varie beaucoup.

EXKMPLKS.

Le Roi d'Angleterre à M, le Comte d'Estrad^^'

M. LE COMTE d'Estrades,

J'apprends que vous êtes en chemin pour votj:*^

ambassade de Hollande, et que ma lettre voi^^

trouvera à Calais. Comme j'ai beaucoup de chos^^

à vous communiquer, et que je dois prendre f^"

solution sur une affaire que le chancelier .m'a pf^^"

posée, je souhaite que vous fassiez ici un pet ^

détour à ma considération. Je m'assure que ^

Roi mon frère ne Je désapprouvera pas; et poi-^

faciliter votre voyage, j'ai donné ordre qu'on vo

envoyât le yacht de mon frère. En attendant, Jf

suis, M. le comte d'Estrades, votre affectiont^

ami.

Charles, R.

Lettre du Roi de Prusse au Duc de Richelieu.

Je sens, M. le Duc, que l'on ne vous a pas mi^ dans le poste où vous êtes pour négocier. Je sui^ cependant persuadé que le neveu du grand Car^ dinal Richelieu est fait pour signer des traités^

(91 ) comme pour gagner des batailles. Je m'adresse à voos par une suite de l'estime que vous inspirez ^ oeux qui ne vous connaissent pas même particulièrement. Il s'agit d'une bagatelle, Monsieur j ^^ faire la paix, si on le veut bien. J'ignore quelles ^<^iit vos instructions ; mais dans la supposition ^Vie le Roi votre maître , assuré de la rapidité de ^os progrès, vous aura mis en état dq travailler ^ la pacification de l'Allemagne, je vous adresse -^Vî. D. , en qui vous pouvez prendre une con- ^aûce entière. Quoique les événemens de cette ^npéenç me permettent pas d'espérer que votre ^oxxr conserve encore quelques dispositions favorables pour mes intérêts, je ne puis cependant me persuader qu'une liaison qui a duré seize années , n'ait pas laissé quelques traces dans les esprits. Peut-être je juge des autres par moimême. Quoi qu'il en soit enfin, je préfère confier mes intérêts aux soins de votre maître, plutôt qu'à tout autre.

Si vous n'avez, monsieur^ aucune instruction relative aux propositions que je vous fais, je vous prie d'en demander, et de m'informer de leur teneur. Celui qui a mérité des statues à Gênes, celui qui a conquis l'île de Minorque,. celui qui est sur le point de subjuguer la Basse- Saxe, ne peut rien faire de plus glorieux que de travailler à rendre la paix à l'Europe. Ce sera

sans doute le plus beau de vos laurieis. Trava ml-lez y, monsieur, avec cette activité qui vous fi^ i^ faire des progrès si rapides, et soyez persuat que personne ne vous en aura plus de recoi naissance , M. le Duc, que votre fidèle ami,

Frédéric.

Réponse du Maréchal Duc de Richelieu au Ri

de Prusse.

Quelque supériorité qu'ait V. M. en tout genre il y aurait peut-être beaucoup à gagner pour mo de négocier plutôt que de combattre vis-à-viî=^ d'un héros tel que V. M. Je crois que je servi — rais le Roi mon maître d'une façon qu'il préférerait à des victoires, si je pouvais contribue]^ au rétablissement d'une paix générale. Mais j'ai l'honneur de vous assurer, Sire, que je n'ai ni instruction , ni notion sur les moyens d'y parvenir.

Je vais envoyer un courier à ma cour pour rendre compte des ouvertures que V. M. veut bien me faire, et j'aurai l'honneur de lui rendre réponse de la manière dont je suis convenu avec M. D.

Je sens, comme je le dois, tout le prix des choses flatteuses que je reçois d'un Prince qui

(93) fait l'admiration de l'Europe, et qui, si j'ose le dire, fait en plus la mienne particulière.

Je voudrais pouvoir mériter ses bontés en le servant dans le grand ouvrage qu'il parait désirer* , et auquel il croit que je puis contribuer. Je voxidrais surtout pouvoir lui donner des preuves ^u profond respect avec lequel, etc., etc.

^^^tre du Duc de Marlborough à V Électeur

de Bavière,

Monsieur ,

Ayant communiqué à la Reine, ma souve- ^^îne, ce que V. A. Électorale m'a fait l'honneur ^^ rn'écrire par sa lettre du 21 du mois dernier, ^^ sujet des intentions du Roi Très-Chrétien , "■sposé à chercher les moyens d'établir la tranquillité de l'Europe par des conférences , où pourraient se trouver des députés de part et " filtre ; S. M. m'a ordonné de répondre à V. A. électorale, que c'est avec plaisir qu'elle apprend les inclinations du Roi à prêter les mains pour parvenir à une paix solide et durable avec »^xis les alliés. Cela étant le but qui a obligé S. M. ^^itannique à continuer cette guerre jusques à

présent, elle sera bien aise de la finir de concert avec ses alliés, à des conditions qui les puissent mettre à l'abri de toutes appréhensions d'être obligé à reprendre les armes après un court intervalle de temps, comme il est arrivé dernièrement. S. M. veut bien aussi que je déclare qu'elle est prête d'entrer avec tous ses alliés dans les mesures justes et nécessaires pour parvenir à une telle paix; car S. M. est résolue de n'entrer point dans cette négociation sans la participation de ses alliés : c'est pourquoi la voie des conférences proposées, sans des éclaircissemens plus particuliers de la part du Roi Très- Chrétien, ne lui semble pas propre à établir cette paix réellement solide et durable. Messieurs les États- Généraux sont de même sentiment; ainsi V. A, Électorale peut bien juger qu'il faudra penser à de plus propres à conduire a ce grand but, auquel S. M. prêtera volontiers les mains avec toute la sincérité qu'on en peut souhaiter, n'ayant rien tant à cœur que le soulagement de ses sujets, et le repos de l'Europe. Au reste, , V. A. Électorale me fera toujours justice , si elle est persuadée que j'ai l'honneur d'être avec respect , etc.

A La Haye , le 20 novembre 1706.

^ttre de M. le Comte de Vergennes à S. A, Monseigneur V Électeur de Mayence.

Versailles, le 27 juillet 1778.

1.1e désir du Roi de donner un témoignage par- ^^Cîulier de sa bienveillance aux États qui compo- ^^nt le cercle du Haut-Rhin, a déterminé S. M. à ^Cîcréditer auprès d'eux M. le Raron de Groschlag, ^n qualité de son ministre plénipotentiaire. Cette t>omination a été notifiée à V. A. E. comme Ï^rince-Évêque de Worms, dès le mois de septembre de l'année dernière, et vous étiez entièrement le maître, Monseigneur, de déterminer s'il vous convenait mieux que le baron de Groschlag vous remît en personne ses lettres de créance, ou qu'il vous les adressât , en les accompagnant d'une lettre de sa part. Il y a actuellement onze mois, que cette alternative a été proposée à V. A. E. ; mais elle n'a pas encore jugé à propos de s'expliquer, et elle a empêché par-là , de son chef et contre le devoir de sa qualité de directeur du cercle,* la légitimation du représentant de S. M. Si vous voulez bien , Monseigneur , faire un léger retour sur cette conduite, vous jugerez de vous-même combien elle blesse la

(96) dignité du Roi mon maître, et combien S. doit en être offensée. Je ne saurais vous muler, monseigneur, que si le Roi n'eût su5 que l'impulsion de son juste ressentiment, *^ aurait depuis long-temps employé les moyeE^^ les plus efficaces pour faire cesser un procécï aussi peu régulier que peu décent; mais S. M. n voulu jusqu'ici prendre conseil que des sentimens qui l'attachent au corps germanique. Elle se persuadait d'ailleurs qu'à force de réflexions , vous chercheriez de vous-même, Monseigneur, à revenir sur vos pas et à marquer au Roi les égards qui lui sont dus ; mais sa longanimité ne saurait durer plus long-temps, et S. M. rompt le silence en vous demandant. Monseigneur, une réponse -prompte et catégorique sur la réception et la dictature des lettres de créance de M. le baron de Groschlag. S. M. , en m'ordopnant de vous expliquer ses intentions , m'a chargé de déclarer en même temps à V. A. E. , qu'elle n'admettra plus ni obstacle ni retardement à la légitimation de son ministre, et qu'elle est invariablement résolue de maintenir sa nomination.

Réponse de Lord Mulgrave a son Excelle nce m. de Talejrrandy Ministre des relations exté- -rieureSj à C occasion de la lettre que l'Empereur JVapoléon avait écrite au roi d^ Angleterre y sous la date du ^i janvier i8o5.

Sa Majesté a reçu la lettre qui lui a été adressée par le chef du gouvernement français , datée du deuxième jour de ce mois«

Il n'y a aucun objet que Sa Majesté ait plus à cœur que de saisir la première occasion de procurer de nouveau à ses sujets les avantages d une paix fondée sur des bases qui ne soient pas incompatibles avec la sûreté permanente et les intérêts essentiels de ses états. Sa Majesté est persuadée que ce but ne peut être atteint que par des arrangemens qui puissent en même temps pourvoir à la sûreté et à la tranquillité à venir de l'Europe , et prévenir le renouvellement des dangers et des malheurs dans lesquels elle s'est trouvée

enveloppée. Conformément à ce principe , Sa Ma-

jesté sent qu'il lui est impossible de répondre plus particulièrement à l'ouverture qui lui a été faite, jusqu'à ce qu'elle ait eu le temps de communiquer avec les puissances du Continent , avec les-

(98) quelles elle se trouve engagée par des liaisons et des rapports confidentiels, et particulièrement avec l'Empereur de Russie, qui a donné les preuves les plus fortes de la sagesse et de réléyâtion des sentimens dont il est animé , ainsi que du vif intérêt qu'il prend à la sûreté et à Tindépendance de l'Europe.

' MnLGRAVE.

Le i4 janvier i8o5.

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