‹ Cours de style diplomatiqueChapitre 24 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Des Mémoires en général.

Dans la diplomatie on donne le nom général de mémoire à des écrits qui ne contiennent que la simple exposition d'une afifaire, ou le récit d'un fait , et dans lesquels on n'observe ni la forme ni le cérémonial usités dans les lettres.

L'avantage que ces sortes d'écrits présentent, d'éviter toutes les constestations de rang et de cérémonial , les rendent très-propres aux affaires politiques et aux négociations. C'est aussi la forme à laquelle on a le plus fréquemment recours, soit dans les représentations et les demandes que les ministres étrangers font aux souverains auprès desquels ils négocient , soit dans les résolutioïis et réponses des souverains.

Les termes par lesquels on désigne les différentes espèces de mémoires n'ont pas une signification assez fixe. Cependant on nomme le plus sou-

^^ïxt les mémoires des ministres étrangers aux ^0\i^erains, auprès desquels ils sont employés, ^^^ïïiplement mémoires; ceux des souverains aux ^ï^înistres étrangers , décrets ou signatures ; ceux ^^s ministres aux autres ministres ou aux collèges , représentations j ceux d'un souverain à ses propres sujets, rescrits; ceux des ministres ou ^'autres sujets à leurs souverains respectifs, requêtes ou placets.

Quoiqu'il doive y avoir quelque différence dans la forme et le cérémonial de ces divers mémoires , ils ont cela de commun qu'ils ne sont point rédigés dans la forme et dans l'arrangement ordinaire d'une lettre.

Nous avons vu que le style d'une lettre est celui de la conversation. La personne qui écrit doit toujours parler d'elle - même dans la première et à l'autre dans la seconde; dans les mémoires au contrarie, qui ne sont que des récits, on emploie plus volontiers la troisième personne, soit en parlant de soi, soit en parlant de celui à qui on s'adresse.

Ainsi la différence essentielle entre les lettres et les mémoires se manifeste on deux points :

ï® Dans les mémoires on peut omettre les parties ordinaires des lettres, l'inscription, l'introduction, la conclusion, les vœux et la courtoisie. On se borne à l'exposition du sujet , qui fait le I. 8

corps des lettres ordinaires. C'est ]a forme la plus usitée dans les mémoires écrits au nom des souverains aux ministres. Mais dans ceux que les ministres écrivent aux souverains, il y a des cas où le respect exige une inscription courte et simple.

2^ On n'est point astreint dans les mémoires à parler de soi dans la première personne, comme dans les lettres. Il y a à la vérité des mémoires dans lesquels on parle de soi-même à la première personne et à l'autre dans la seconde, et qu'on appelle ordinairement : mémoires en forme de lettres; mais il y en a en même temps d'autres où l'on parle de soi et à l'autre à la troisième personne ; c'est la forme ordinaire des décrets, écrits au nom des souverains aux ministres étrangers; il y en a d'autres dans lesquels on parle de soimême en troisième personne et à l'autre dans la seconde; c'est la forme la plus commune aux mémoires des ministres étrangers aux souverains. Il y en a encore où Ton parle de soi tantôt en première, tantôt en troisième personne, et à l'autre toujours dans la seconde. Enfin, il y en a où l'on parle de soi toujours à la troisième et à l'autre tantôt dans la seconde, tantôt dans la troisième personne.

La nature d'un mémoire n'admet pas un grand cérémonial. Le style d'une simple relation est le

plus convenable; les égards réciproques doivent se montrer plutôt par le choix des expressions que* par les titres , et ces expressions doivent être toujours naturelles. De purs complimens y*seraient déplacés, à moins qu'ils ne puissent être liés avec le corps du mémoire.

Les mémoires sont dressés , i^ Ou par les ministres publics en leur propre nom ; *- et ceux-là nous les renvoyons à la troisième paltîe de cet ouvrage; a® Ou au nom des soui^erains; 3® Ou par les ministres ou autres sujets à leurs souverains {requêtes , placets ) , qui , se rapportant aux afÊiires intérieures des états , font partie du style de chancellerie et sont par-là même exclus

Page 1