I. ÎO
Que S. M. I. avait reconnu avec quel artifice I^ Roi de France tâchoit de se disculper des mal — heurs d'une si funeste guerre, et du retardement^ de la paix, pour en rejeter la faute sur S. M. I. Que rien n'était plus aisé que de détruire cette opinion en faisant un long détail de tout ce que S. M. I. avait fait pour rétablir le repos de la chrétienté , mais que présentement il n'était pas temps d'en parler. Qu'il était facile de connaître par qui et pour quel sujet la guerre avait été commencée, et par la faute de qui la paix avait été retardée. Qu'au reste l'avantage des armes était égal, que la victoire se déclarait tantôt pour l'un et tantôt pour l'autre parti , et que personne ne savait quel en d'evait être l'événement.
Qu'à l'égard des sauf-conduits S. M. est toute prête à les délivrer dans la même forme et teneur qu'elle les avait déjà donnés au Roi de France et à ses confédérés, en y. changeant toutefois ce qui devait être changé ; et afin de prévenir tout sujet de dispute, de faire expédier audit sieur ambassadeur un modèle de la manière dont il désire que les saufs-conduits soient exprimés; à condition toutefois que le Roi de France en usera de même de son côté, et que les saufs -conduits seront exprimés de la manière qui suit, afin que par-là l'on connaisse évidemment que, non-seule* ment S. M. I. , mais aussi tous ses alliés , au nombre
desquels il marque en termes exprès le sérénià- ^ime duc de Lorraine, y sont compris sans aucune Mnbiguité, puisque ledit seigneur ambassadeur de Suède a témoigné en dernier lieu que c'était *i l'intention du Roi très-chrétien.
Que S. M. I. ayant témoigné très-souvent qu'elle ^^ pouvait souffrir que la conclusion de la paix . *Ut différée sous quelque prétexte que ce fût, afin ^^ prévenir tous les différends qui pourraient ^^tre sur le choix du lieu où l'on tiendrait les Conférences du traité, elle avait donné sur ce ^^int toutes les facilités qu'on pouvait attendre ^'elle, et qu'elle persistait à cet égard dans le même ^^ntiment. Que cependant comme elle a appris par des lettres qui lui ont été écrites de La Haye, que les parties intéressées, ou les ministres, y délibéraient entre eux sur ce sujet, et qu'entre autres lieux on avait proposé de choisir la ville de Meurs, S. M. L y donnerait volontiers les mains, et qu'elle consentirait au choix que ses confédérés, les parties adverses et les médiateurs feraient à cette occasion, puisque pour lavancement du traité de paix il était de la dernière importance de fixer un lieu où toutes les puissances qui se font la guerre pussent s'assembler au plus tôt , savoir vers le milieu du mois d'avril prochain venant, que S. M. L croit être le temps le plus convenable pour l'ouverture du traité. Qu'à l'égard
de la cessation d'armes , elle avait déjà déclaré qu'elle approuvait la proposition qui lui avait été faite {>ar M. Uambassadeur de Suède, de renvoyer la décision de cet article au lieu où se doit tenir le congrès, puisque c'était aux parties intéressées à régler ensemble d'un commun consentenaent les conditions et le temps de la suspension d'iumes.
Qu'en considération de la paix, et en fayeur des instances de S. M. Suédoise, S. M. I. avait déjà donné au sujet du prince Guillaume une dédaration où elle donnait des marques extraordinaires de sa clémence; et qu'ainsi , bien qu'elle eût des raisons très-fortes de persister dans sa première résolution, pour faire voir néanmoins combien elle fait de cas de l'intervention du séré^ nissime Roi de Suède, elle veut bien avoir la eondesdendance de suspendre le jugement du procès de ce prince jusqu'à la fin du traité, pourvu néanmoins que la couronne de Suède ac* cepte la médiation aux conditions qui ont été cidevant exprimées, et qu'elle donne une prompte déclaration sur ce sujet.
Quant à ce qui regarde la restitution des sommes appartenantes à la France , il n'y a point de juge équitable qui ne demeure d'accord que S. M. I. y a pleinement satisfait parla réponse précédente.
Qu'enfio S. M. I. avait donné des preuves convaincantes de son zèle pour Taccomplissement du traité de paix, et qu'elle nommerait , au plus tôt ^vant l'expiration du terme préfix, des commis- ^ires à qui elle donnerait les instructions suffisantes y et qu'elle enverrait au congrès du moment <lue le lieu en aurait été choisi , pourvu que le ^oî de France en fît de même de son coté.
Toutes lesquelles choses S. M. I. prétend devoir
^tre entendues de telle sorte, qu'il ne prétend
^^oger en aucune manière à la première décla-^
^tion qu'il a donnée par écrit à monsieur l'am-
l)assadeur;mais qu'elle répète toutes ces choses,
et particulièrement celles qui ont été spécifiées à
r^rd , et de ce qui en dépend, sans préjudice
aux droits de ses alliés.
Au reste f^ S. M. I. l'assure de sa bienveillance pour toujours.
Signé du &c«au secret de S* M. I,, à Yietme , le i'*' jour de Uyner deran 1675.
( L. S. ) Christophe d'âbele.
Héponse faite de la pari du Roi de Suède au Mémoire présenté par le Comte de Freytag^ envoyé extraordinaire de V Empereur d'Allemagne.
S. M. s'est fiât faire rapport des raisons et mo- W{% alloués amplement en plusieurs occasions
par Teuvoyé extraordinaire , tant auparavant que dans son mémoire du 6 février , et dans celui que par l'ambassadeur de Russie il a fait insérer dans le protocole des conférences , le lo du courant, pour dissuader S. M. d'accéder à l'alliance dUan* nover, comme n'étant pas purement défensive ^ et d'ailleurs contraire aux engagemens antérieurement pris avec S. M, I. et S. M. l'Impératrice de Russie : qu'en outre , à ce que l'envoyé extraordinaire parait croire, S. M. ne serait pas , par cette accession , en état d'avancer les intérêts des deux dites puissances; mais que plutôt elle perdrait la confiance que ces puissances ont témoignée pour elle jusqu'à présent : que l'Espagne se voyant obligée de prendre les armes pour une guerre défensive, et ayant pour cette raison actuellement assiégé Gibraltar ; S. M. L , à l'égard de son amitié sincère pour la Suède, fondée par des traités, et son inclination pour le bien de cette couronne , s*est cru obligée d'en donner des avis certains, afin qu'ici on puisse songer aux moyens de prévenir que le commerce considérable que font tous les sujets -de Suède en Espagne et en Portugal ne soit in* terrompu, et défenses faites à leur vaisseaux d'entrer dans les ports desdites couronnes, dont les intérêts, par les raisons alléguées, seront 4 l'avenir tellement unis , qu'elles auront les mêmes amis et ennemis : que par l'acce^iod de la Suède
au traité de Hanover , S. M. s'écarterait de l'article secret de l'alliance avec la Russie ^ et que par conséquent la restitution de S. A. R. dans ses états aurait plus de difficultés. Avec d'autres représentations , déduites plus amplement dans les mémoires mêmes , l'envoyé extraordinaire rapporte enfin dans ledit dernier mémoire, que S. M. I. pour d'autant mieux convaincre S. M. de son affection sincère pour la couronne de Suède , et de son intention pour contribuer à l'établissement et aux avantages de ladite couronne , s'offre de concourir avec S. M. l'Impératrice de Russie , pour conclure un nouveau traité de subsides, dont l'ambassadeur Knées Dolgoruki , dans la conférence du 3 du mois passé , a aussi fait mention. La Russie voulait à cette fin s'engager , moyennant que la Suède s'abstienne de nouvel engagement avec la Grande-Bretagne, non -seulement à payer annuellement i5o,ooo écus, argent de Suède, de la somme déjà offerte, mais aussi de les augmenter jusqu'à aoo,ooo par an, sans que de ce côté on s'engage à rien , sinon à observer les traités antérieurs, et à rejeter toutes propositions y contraires.
S. M. ayant mûrement réfléchi sur tout ce qui est rapporté ci-dessus , n'a pas pu trouver les raisons alléguées contre l'accession au traité de Hanover assez fortes pour la convaincre que ledit traité
ne soit purement défensif. S. M. n trpuv^ quUI ne tend qu'à une défense mutuelle, et par conséquent à l'offense de personne, ^luQn de celui qui voudrait attaquer quelqu'un des alliés. Ces sortes de précautions innocentes ont été mises en usage de tout temps, et regardées comme des moyens propres pour la conservation de la tranquillité publique. ComiTie en plusieurs occasions Ç. M. I. a donné des preuves éclatantes de son zçle pour le maintien d'un bien si précieux, S M. se flatte d'autant plus que Sadite M, I, ne yornlra ni ne pourra prendre eu mauvaise part l'accession innocente à l'alliance d'Hanover, faite sur les instances amiables des couronnes de France et de la Grande-Bretagne, que la vue principale de S. M. en cette occasion a été le maintien du repos de l'iîlurope , et particulièrement celui 4u Nord. S. M. a eu ces mêmes vues pures et innocentes lorsqu'elle invita, il y a quelque temps, S. M. I. à accéder à l'alliance défensive eutrç la Suède et la Russie, laquelle, suivant le sentiment de S. M. , ne perd rien de sa vigueur par son accession à celle de Hanover, ces deux alliances ne se trouvant nullement contraires. S, M. assure de donner à S. M. I. , en toutes occasions ^ des preuves convaincantes combien elle est fermement résolue de remplir exactement les engagemens pris avec S. M. l. et S. M. l'Impératrice de
Rus»!^, at de donaer de9 marques de Testime particulière et de Tamitié sincère qu'elle porte à S, M» I. Ëtelle espère qu'étant en bonne intelligence, comme elle est actuellement , avec les coiiromies de France et de la Grande-Bretagne > il se présentera des occasions où elle pourra, de manière ou d'autre , être utile à S. M. I. et à S. M. l'Impératrice de Russie , et leur rendre des offices agréai blés. De sorte que» loin de craindre quelque refroidisaement dans la confiance dont elle s'est vue honorée jusqu'à présent , S. M. se tient assurée que cette même confiance s'augmentera de plus €01 plus, sachant bien qu'elle ne donnera jamais de justes raisons pour la faire diminuer. S; M. se tient très-obligée de S. M. ï., deFavis ^ q\ie, par l'amour pour le bien de la Suède, il lui a plu de donner par son envoyé extraordinaire , touchant la navigation et le commerce des sujets de S, M., sur l'Espagne et le Portugal. Cependant^ comme S* M. a toujours cultivé une bonne amitié aveo les couronnes d'Espagne et de Portugal, et qiVdle tâchera toujours de ne leur doimer aucune raison de justes plaintes : aussi ne veut -elle pas espérer que lesdites couronnes fermeront leurs ports pour les sujets de S. M., surtout si elles ▼eulent considérer que les dommages et pertes qaî en pourraient résulter seraient plus préjudii»ables:à leurs propres sujets qu'aux Suédois^
Au reste, S. M. ayant cî-dessas donné les âtssa« rances les plus fortes que son accession à Talliance d'Hanover n'affaiblit aucunement ses enga* gemens avec S. M. I. et la Russie , il est évident que S. M. ne veut en aucune manière déroger à l'article secret. Par cet article, S. M. s'est obligée , en cas que les bons offices employés poar S. A. R. le Duc de Holstein à l'égard de Sleswig , ne réussissent , de convenir avec S. M. I. et les autres puissances intéressées dans cette affaire , des moyens pour la porter à une heureuse fin. Il est notoire que la France et la Grande-Bretagne sont du nombre des puissances y intéressées. En vertu dudit article, ces couronnes ne peuvent pas être exclues de ces délibérations. S. M. espère que S. M. I. , suivant ses grandes lumières et sa pénétration connues, trouvera elle-même que par l'accession à l'alliance de Hanover, et une bonne correspondance avec ces deux puissances, S. M. sera en état de contribuer avec plus de succès qu'elle n'a pu faire jusqu'à présent aux avantages de S. A. R. le duc de Holstein, lesquels S. M. aura toujours fort à cœur.
S. M. ne peut, au reste, se dispenser, de témoigner à S. M. I. la plus sincère reconnaissance de sa bienveillance pour le royaume de Suède,, et de ses intentions louables à vouloir contribuer au bien et aux avantages dudit royaume; et elU
regarde comme une preuve singulière de Tamitié et des bonnes intentions de S. M. I. pour elle, les ofires que son envoyé extraordinaire a faites, par l'ambassadeur de Russie, au protocole des conférences , de vouloir concourir avec l'Impératrice de Russie à un nouveau traité de subsides. Comme S. M. , de son côté , aura un soin particulier de convaincre en toutes les occasions S. M. I. de son intention sincère d'entretenir inviolableinent, et d'affermir la bonne intelligence qui règne entre elle et S. M. I. , aussi bien que de remplir en tous point;s ses engagemens ; aussi espère-t-elle fortement que S. M. I. persistera dans les sentimens favorables qu'elle a témoignés , et cela d'autant plus que S. M. n'est entrée et n'entrera jamais dans aucun engagement qui pourrait, en quelque manière que ce soit , être contraire à ceux où elle se trouve envers S. M. I.
S. M. assure le sieur comte et envoyé extraordinaire de sa bienveillance royale.
D. N. VAN HopKEir.
Stockholm, le ai mars 17217.