CHAPITRE III
Des mauife^es.
Les manifestes sont des écrits publics par lesi- ^uel;^ uu Prince ^ un état , un parti , rend raison <le s^ conduite en quelque af&ire d'importance, j>ustifie ses entreprises, expose ses griefs, ou déclare la guerre à un<autre; en un mot, ce sont des apologies qu'on fait de ses prétentions et -de ses déuiarcbes. Suivant les principes du duoit des .gens et Fusage suivi entre Les nations policées^es ^CBanifeste^ soolt indispensables, surtout dans le cas d'une déclaration de guerre à une autre puissance. Cette dernière ne xnanque pas de les réfutor par un contre-nianifeste, de sorte qu'une^ guerre de plume précède ou accompagne ordinairement les hostilités.
Pour celui qui connaît l'influence de l'opinion «ur les événemens, rien n'est plus naturel que l'importance que les hommes d'état attachent à ce genre d'écrits. L'ambition même , quoique arguée de la force, a rarement cru pouvoir dédai-
gner Topinion publique , et au défaut de motifs réels elle s'efforce d'en trouver de spécieux pour colorer et légitimer «es usurpations. Souvent aussi on a vu l'esprit public ranimé par des manifestes éloquens , et des peuples désunis et découragés être enflammés de cet enthousiasme national qui seul peut produire de grandes choses.
En composant ces écrits on ne doit pas perdre de vue leur double but, d'assurer un parti t la cause qu'on défend , et de justifier ses démarches. Il est donc très-essentiel de ne confier leur rédaction qu'à des écrivains habiles, également versés dans la science du droit déis g^s , et dans les intérêts compliqués de la politique.
Quoique les manifestes semblent devoir être par leur nature dès expositions purement juridiques, destinées à établir un droit, on évite cependant de les charger de ces lieux communs scienti* fiques qu'on suppose connus de tout le monde , et qui paraîtraient moins déplacés dans une déduction. L'érudition et les subtilités juridiques n'y sont plus admises ; ^essentiel est de ne se montrer armé que pour une cause légitime , de rejeter sur son adversaire le fort d'une injuste agression et la responsabilité des malheurs qui en sont la suite.
De nos jours on préfère avec raison s'appuyer de motifs politiques. La balance de l'Europe et la
ï^iigion ont souvent prêté sujet aux argulnens d^iis les querelles des souverains. Dorénavant il û^ faut espérer de gagner la conviction , l'approbation et Tenthousiasme des nations, qu'en leur Montrant pour but la sûreté et le repos des états, ^^ liberté du corps politique, en un mot, le bien . ^^s peuples. Tout autre ressort , quoique habile- ^«ût conduit, loin de produire l'énergie néces- ^ire, restera sans effet.
Le ton qui convient à ces écrits dépend trop ^es circonstances , et ces circonstances elles-mé- ^nes présentent trop de diversité pour qu'il soit possible de soumettre à des règles invariables le style qui leur est propre. Cependant on peut établir, comme principe général , que les meilleurs manifestes sont ceux qui sont écrits avec précision, rapidité, énergie, et qui surtout portent l'empreinte de la bonne foi et de la loyauté. Un ton ^ague, incertain ou timide pourrait jeter des doutes sur la justice de la cause , ou inspirer le décou- Tagement. Un ton arrogant révolterait l'opinion , doublerait les forces du parti contraire en l'animant du ressentiment de l'insulte , éloignerait les moyens de conciliation , et rendrait les revers plus humilians. Les termes injurieux, les épithètes grossières , les basses railleries peuvent bien être l'éloquence de la populace , mais le public éclairé demande une dignité noble et ferme , puisqu'on
agite les grands intérêts des peuples , que des souverains parlent, et que l'univers va les juger.
Les manifestes peuvent se rapprocher dans leuf« formes extérieures; soit des déductions soit des lettres patentes. Dans te premier cas , ils ne portent en tête ni titre, ni introduction, mais en j débute immédiatement par l'exposé des motifi». La conclusion est aussi sans formalité ni signature , et on ne fait mention des souverains qu'en troisième personne ; dans le second cas , les manifestes portent une courte inscription et une conclusion conforme à celle qui est usitée dans les lettres patentes.
Les manifestes paraissent quelquefois sous le titre de déductions, d'exposés, de déclarations, etc. ; mais ces différences dans les titres n'en indiquent aucune dans la nature de ces écrits.
EXEMPLES
MarUfieste rendu par le Généralissime des forces de terre et de mer de V Impératrice de toutes les Russies^ contre les Pirates^ adressé aux Puissances neutres^ le la juillet 1770.
Nous Alexis, Comte d'Orloff, plénipotentiaire et général en chef des forces de terre et de mer de l'Impératrice de toutes les Russies, etc. , clans l'Arehipel.
N0U6 avons été instruit avec le plus grand déplaisir, par les plaintes qui nous sont parvenues, qu'il s'est trouvé , dans l'Archipel et dans la. Méditerranée , des hommes pervers, et scélérats qui , oubliant toute crainte de Dieu et tout sentiment d'humanité envers le prochain, et au mépris des lois et du droit des gens, ont,' de leur propre autorité , armé différens bâtimens , et qui , au mépris de la majjesté et de la dignité de l'empire de Russie , * ont osé en arborer le pavillon , prendre le nom de corsaires russes, et sous ce nom supposé et sous prétexte d'aller en course contre les Turcs, ont attaqué des chrétiens qu'ils ont maltraités , et contre lesquels ils ont usé de toutes sortes de violences en leur prenant leurs biens et leurs effets , sans avoir égard à la religion , et ne suivant uniquement que l'aveugle passion de leur intérêt, pour s'enrichir par leurs rapines et les- dépouilles des innocens, contre toute équité et justice : ces procédés de la part de ces gens audacieux et méchans, en nous causant une affliction sensible, nous ont en même temps inspiré <5oatre eux toute l'indignation qu'ils méritent, et nous ont engagé à mettre en oeuvre tous les ■Moyens possibles pour les réprimer, et pour pu- ^^^ en même temps leur insolence et leur inhuïaanité.
En conséquence et en vertu de la pleine puis-
sance à nous donnée par notre très - gracieuse souveraine , nous déclarons par le présent manifeste, que n'ayant, durant la présente guerre avec la Porte , aucun besoin de corsaires dans l'Archipel, nous n'enteùdons pas en faire usage; et que, jusqu'à ce moment, nous n'avons accordé à qui que ce soit aucune patente de corsaire.
Nous requérons donc amicalement tous gouvernemens et commandans de puissances neutres ou amies de la cour de Russie , de faire dans tous les ports et rades de la Méditerranée toutes les diligences possibles pour s'instruire si les bâtimens qui s'y font voir avec pavillon russe sont munis d'un passe-port signé de notre main et scellé de nos armes, et à défaut de ce , de les faire arrêter comme assassins et malfaiteurs , en les livrant à la justice , et les abandonnant à toute la rigueur des lois , pour être punis suivant leur teneur, àt proportion de leur audace et de leur inhumanité.
Donné à bord du vaisseau Les Trois Patrîar — ches, le 12 juillet 1770.
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M&mFESTE BU ROI d'eSPAGITE.
l^^mfeste de la justice , de F importance et de la nécessité que trouve le Roi^ notre seigneur ^ pour s* opposer à l'agression de F usurpateur Bonaparte^ procurer le repos et la tranquillité à r Europe f et protéger les droits de V humanité et de la religion , de concert ai^ec les Souverains , qui ont donné à Vienne la déclaration du 1 3 mars de cette année.
Le Roi,
Un des meilleurs rois qu'ait eus la France , iLiOuis XVI , fut victime de cruels régicides : ce c^me fut l'épouvante et la terreur du monde, et le désespoir de la France, qui vit avec une profonde douleur interrompre la suite des souverains de la dynastie des Bourbons ; de ces rois qui ont mérité le surnom de justes, de pieux et de iDÎen-aimés, et qui toujours ont été les pères de leurs sujets; qui ont toujours servi et fait servir X>ieu, maintenu dans leur royaume la justice , la paix et la tranquillité qui font le bonheur des ^tats et doivent toujours être le but dç tout gou- "vernement ; de ces souverains qui ont toujours I. i4