‹ Cours de style diplomatiqueChapitre 35 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des prodanutioiiB.

Il est des circonstances où un Prince , ou telle autre personne chargée de son pouvoir, se voit obligée d'émettre ime adresse au public, dénuée des formalités du manifeste , et destinée à exciter l'enthousiasme et à faire prendre parti sans qu'elle offre cependant un exposé détaillé des motifs. On appelle cette espèce d'écrits proclamations : l'expérience des derniers temps a prouvé leur utilité, 4St a offert un grand nombre d'exemples pour lear application. Les princes , en s'adressant à leurs pétales ou à des nations étrangères, les généraux en entrant sifr le territoire des alliés ou des <;nnemis , etc. , en font usage avec effet.

La rédaction des proclamations n'est soumise à aucune formalité. La personne qui la signe y parle au public en forme de discours et à la première personne , expose clairement et succinctement la justice de sa cause, annonce les engagemens qu'elle prend, et le but pour lequel elle veut gagner ceux auxquels elle s'adresse , et conclut ordinairement par quelques apostrophes propres à exciter l'enthousiasme. C'est un appel fait au cœur ou à la raison du public.

On voit que le Ion de ces écrits dépend des circonstances autant que celui des manifestes , et qu'il doit varier en conséquence. La concision , l'énergie et la dignité des expressions, jointes à une certaine modération qui n'en diminue pas la force , sont les qualités générales requises pour le style des proclamations.

EXEMPLES

Proclamation aux Belges et aux habitans de la

rwe gauche du Rhin.

Des succès éphémères de mes ennemis vous ont détachés un moment de mon Empire. Dans mon exil, sur un rocher de la mer, j'ai entendu vos douleurs. Le Dieu des armées a décidé du sort de vos belles provinces. Napoléon est au

milieu de vous; vous êtes dignes d'être Français. Levez- vous en masse , réunissez- vous à mes phalanges invincibles pour exterminer les débris de ces barbares, vos ennemis et les miens. Ils fuient, la rage et le désespoir dans le cœur.

Au cbàteani impérial de Laekeq , le 17 juin i8i5.

Napoliéon.

Par l'Emp^eur :

Le major-général de l'armée.

Comte Bbrtrahd.

Proclamation du Roi de FYanee Louis xviii.

Le Roi aux Français.

Les portes de mon royaume viennent enfin de s'ouvrir devant moi; j*accours, j'accours pour ramener mes sujets égarés , pour adoucir les maux que j'avais voulu prévenir, pour me placer une seconde fois entre les armées alliées et les Français, dans l'espoir que les égards dont je peux être l'objet tourneront à leur salut. C'est la seule manière dont j'ai voulu prendre part à la guerre. Je n'ai pas permis qu'aucun prince de ma famille parut dans les rangs des étrangers , et j^ai enchaîné le courage de ceux de mes serviteurs qui avaient pu se ranger autour de moi.

Revenu sur le sol de la patrie, je me plais à

parler de confiance à mes peuples. Lorsque j^ reparus au milieu d'eux, je trouvai les esprits àg^*' tés et emportés par des passions contraires'. Le** regards ne rencontraient de toutes parts que d^* difficultés et des obstacles. Mon gouYemêroei» ^ devait faire des fautes : peut-être en a»t-il feit M^^ est des temps où les intentions les plus pures n* suffisent pas pour diriger , où qu^quefois méroi elles égarent.

L'expérience seule pouvait avertir : elle ne ser^^-*^ pas perdue. Je veux tout ce qui sauvera la Fi'ance* ^^*

Mes suj ets ont appris, après de cruelles épreuves-. ^^^ que le principe de la légitimité des souveraiBS est^ ^^ l'ame des bases fondamentales de l'ordre social j^ ? la seule sur laquelle puisse s'établir, au milieui d'um grand peuple ^ une liberté sage et bien ordonnée» Cette doctrine vient d'étane proclamiez comme Oîlle de l'Europe entière, i^ l'avais consa* crée tl'avance par ma Charte, et j^ prétcinds ajouter à cette Charte les garanties qui peuvent en assurer le bienfait.

L'unité du ministère est la plus forte que je puisse offi^ir. J'entends qu'elle existe, et que la marche franche et assoirée de mon conseil garantisse tous les intérêts , et calme toutes les inquiétudes.

On a parlé dans les derniers temps du rétablisseroee^ent de la dîme et des droits féodaux. Cette

fable, inventée par l'ennemi commun, n a pas besoin d'être réfutée ; on ne s'attendra pa& que le Roi de France s'abaisse jusqu'à repousser des calomnies et des ipensonges : le succès de la trahison en a trop indiqué la source. Si les acquéreur» des domaines nationaux ont conçu des inquiétudes, la Charte aurait dû suffire pour les rassurer.

N'ai-je pas moi-même proposé aux Chambre» et fait exécuter des ventes de ces bien^ ? Cette preuve de ma sincérité est sans réplique.

Dans ces derniers temps , mes sujets de toutes les classes m ont donné des preuves égales d^amour et de fidélité. Je veux qu'ils sachent combien j'y ai été sensible ; et c'est parmi tous les Français que j'aimerai k choisir ceux qui doivent approcher de ma personne et de mia famille.

Je ne veux exclure de ma présence que ces hommes dont la renommée est un sujet de douleur pour Li France et d'effi;*oi pour l'Europe, Dans la trame qu'ils ont ourdie , j'aperçois beaucoup de mes sujets égarés, et quelques coupables.

Je promets (moi qui n'ai jamais promis en vain, l'Europe entière le sait ) de pardonner aux Français égarés tout ce qui s'est passé depuis le jour où j'ai quitté Lille , au milieu de tant de larmes y jusqu'à aujourd'hui où je suis rentré dans Cambrai , au milieu de tant d'acclamations.

Mais >le sang de mes enfans a coulé par une

trahison dont les annales du monde n'offrent pas^^-^^ d'exemple. Cette trahison a appelé l'étranger dans^ ^^s le coeur de la France. Chaque jour me révèle un ^r^^ désastre nouveau. Je dois donc, pour la dignité ^^-< de mon trône, pour l'intérêt de mes peuples, ^ ^ pour le repos de l'Europe , excepter du pardon les instigateurs et les acteurs de cette trame horrible. Ils seront désignés à la vengeance des lois par les deux Chambres , que je me propose d'assembler incessamment.

Français , tels sont les sentimens que rapporte au milieu de vous celui que le temps n'a pu changer , que le malheur n'a pu fatiguer , que Finjustice n'a pu abattre. Le Roi , dont les pères r^nent depuis huit siècles sur les vôtrrs, revient pour consacrer le reste de ses jours à vous défendre et à vous consoler.

Donné à Cambrai le 20 juin 181 5, et de la 2 1 "* année de notre règne.

Louis.

Le ministre secrétaire d'état des affaires étrangères.

De Prince de Talleirahd.

IIï.

Proclamation.

Le F. M. L. baron de Bianchî , commandant le 27* corps d'armée autrichien en Italie, aux habitans du royaume de Naples.

Au moment de l'entrée des troupes autrichiennes sur votre territoire , je vous annonce , quoique vous deviez déjà en être instruits, que les intentions de cette brave armée ne sont point hostiles contre vous, ni contre votre pays. Il a déjà été assez malheureux sous un gouvernement vexatoire, turbulent, intrigant et imbu de ces principes pervers que la France a imaginés dans son délire , et qu'elle a cherché à propager dans votre beau pays, en lui donnant pour souverain un de ces enfans de la révolution , qui se glorifiait de ce titre méprisable. L'armée autrichienne n'entre chez vous que pour vous préparer un meilleur avenir , que pour vous remettre dans cet état d'ordre social qui assure la paix intérieure , dissipe toute inquiétude chez les voisins, et fait le bonheur des peuples.

Je vous annonce en outre que jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné , les administrations actuelles sont provisoirement confirmées. Elles continueront d'exercer leurs fonctions , sinon avec

( ^4ci ) l'esprit qui les animait et leur servait de guide par le passé, au moins avec celui de Tordre et de la tranquillité publique. Elles resteront responsables de l'exactitude et de la justice de leurs opérations. La plus petite déviation sera punierigoureusement.

En poursuivant les succès que nous avons rem«^ portés avec Faide de la divine Providence, l'esprit qui m'anime est principalement celui de la modération et de m'abstenir de tout abus d'autorité. Les troupes autrichiennes se sont distinguées partout par la discipline la plus exacte. Elles sont arrivées jusqu'ici en donnant de nouvelles preuves d'une conduite admirable, et je ne crois pas trop hasarder en assurant que vous passerez, sans éprouver la moindre secousse, de l'état malheureux qui a ruiné jusqu'à présent le royaume à des temps plus heureux.

Les habitans de ce pays nous font constamment l'accueil le plus amical ; ils s'empressent à Tenvi de nous offrir leurs hommages, et fatigués de supporter les excès d'un gouvernement dilapidateur, ils se flattent avec raison que nous leur apporterons du soulagemement à tant de maux. Peuples bons et loyaux, vous ne serez point trompés. Nous professons des principes d'humianité, et nous sommes pénétrés des sentimens paternels que le meilleur des souverains a pour nous-

Déjà une poignée de nos troupes a remporté

des victoires, ^et vous en voyez les résultats. D« nombreux renforts , quoique de fait inutiles, viennent grossir nos colonnes. Le succès le plus complet s'annonce de la manière la plus visible.

Du quartier général d'Aqaila , le la mai i8 1 5.

Le F. M. L. commandant le a*' corps d'armée en Italie.

BlANGHI.

Déclaration de Louis xviii , Roi de France et de

D/as^arre.

Louis par la grâce de Dieu , Roi de France et de Navarre, à tous nos sujets salut.

En vous privant d'un Roi qui n'a régné que dans les fers, mais dont l'enfance même vous promettait le digne successeur du meilleur des Rois, les impénétrables décrets de la Providence nous ont transmis, avec sa couronne, la nécessité de l*arracher des mains de la révolte , et le devoir de sauver la patrie , qu'une révolution désastreuse a placée sur le penchant de sa ruine.

Cette funeste conformité entre les commencemens de notre règne et du règne de Henri iv nous est un nouvel engagement de le prendre pour modèle; et, imitant d'abord sa noble franchise , notre ame tout entière va se dévoiler à vos jenx. Assez et trop long-temps nous avons gémi I. i6

de fatales conjonctures qui tenaictit notre voix captive : écoutez -la lorsque enfin elle peut se faire entendre. Notre amour pour vous est le seul sentiment qui nous inspire; la clémence est pour ^otre cœur un besoin que nous nous hâtons de satisfaire ; et puisque le ciel nous a réservé, à l'exemple du grand Henri, pour rétablir dans notre empire le règne de l'ordre et des lois; comme lui , nous remplirons cette sublime destinée à Taide de nos fidèles sujets, et en alliant la bonté à la justice.

Une terrible expérience ne vous a que trop éclairés sur vos malheurs et sur leurs causes. Des hommes impies et factieux , après vous avoir séduits par de mensongères déclamations et par des promesses trompeuses, vous entraînèrent dans l'irréligion et la révolte. Depuis ce moment, un déluge de calamités a fondu sur vous de toutes parts. Vous fûtes infidèles au Dieu de vos pères ; et ce Dieu, justement irrité, vous a fait sentir tout le poids de sa colère : vous fûtes rebelles à l'autorité qu'il avait étabUe pour vous gouverner , et un despotisme sanglant, ime anarchie non moins cruelle) se succédant tour à tour, vous ont sans cesse déchirés avec une fureur toujours renaissante.

Considérez un instant l'origine et les progrès des maux qui vous accablent.

Vous vous livrâtes d'abord à d'infidèles mandataires, qui, trahissant votre confiance et foulant aux pieds leurs sermens, préparèrent leur rébel* lion contre leur Roi, par la trahison et le parjure envers vous; et ils vous rendirent les instrumens de leurs passions et de votre perte.

Après cela, vous vous laissâtes asservir par des tyrans ombrageux et farouches, qui ^e disputaient, en s'entr'égorgeant , le droit d'opprimer la France , et ils vous imposèrent un joug d'airain.

Vous avez souffert ensuite que leur sceptre ensanglanté passât dans les mains d'une faction rivale, qui , pour s'emparer de leur puissance et recueillir le firuit de leurs crimes , se couvrit du masque de la modération, qu'elle soulève quelquefois, xnais qu'elle n'ose pas déposer encore; et, pour des despotes sanguinaires que vous abhorriez, vous avez eu des despotes hypocrites que vous méprisez. Ils cachent leur faiblesse sous une feinte douceur, mais la même ambition les dévore; le règne de la terreur a suspendu ses ravages, mais les désordres de l'anarchie les ont remplacés; moins de sang inonde la France^ mais plus de misère la consume; votre esclavage enfin n'a fait que chaager de forme, et vos désastres que l'agraver.

Vous avez prêté l'oreille aux calomnies répan-

dues contre cette race antique qui depuis si Ion temps régnait -sur vos coeurs autant que sur I -^ France; et votre aveugle crédulité a appesanti vos chaînes et prolongé vos infortunes.

En un mot, on a ébranlé, abattu les autels de votre Dieu , le trône de vos Rois , et vous avez été malheureux. •

Ainsi l'impiété et la révolte ont causé vos tourmens : pour en terminer le cours il faut en tarir la source.

Il faut renoncer à la domination de ces usurpateurs fourbes] et cruels qui vous promettaient le bonheur , mais qui ne vous ont donné que la famine et la mort : nous voulons vous délivrer de leur tyrannie ; elle vous a fait assez de mal pour vous inspirer enfin la résolution de vous y soustraire.

Il faut revenir à cette religion sainte qui avait attiré sur la France les bénédictions du ciel; nous voulons relever ses autels : en commandant la justice aux souverains , et aux sujets la fidélité, elle maintient le bon ordre , elle assure le triomphe des lois , elle produit la félicité des empires.

Il faut rétablir ce gouvernement qui fut pendant quatorze siècles la gloire de la France et les délices des Français, qui avait fait de notre patrie le plus florissant des états , et de vous-mêmes le plus heureux des peuples. Nous voulons vous le

rendre : tant de révolutions, qui vous déchirent depuis qu'il est renversé, ne vous ont-elles pas convaincus qu'il est le seul qui vous convienne?

Et ne croyez pas ces hommes avides et ambitieux qui , pour envahir à la fois et vos fortunes et la toute-puissance , vous ont dit que la France n'avait pas de constitution, ou que sa constitution du moins vous livrait au despotisme. Elle existe aussi ancienne que la monarchie des Francs, elle est le fruit du génie , le chef-d'œuvre de la sagesse et le résultat de l'expérience.

En composant de trois ordres distincts le corps du peuple français , elle a gradué sur une exacte mesure l'échelle de la subordination sans laquelle l'état social ne peut se maintenir ; mais elle n'attribue à aucun de ces ordres aucun droit politique qui ne soit commun à tous; elle lais5e l'entrée de tous les emplois ouverte aux Français de toutes les classes ; elle accorde également protection publique à toutes les personnes , à tou$ les biens ; c'est ainsi qu'elle fait disparaître , aux yeux des lois et dans le temple de la justice , toutes les inégalités que l'ordre civil introduit nécessairement dans le rang et dans la fortune des habitans du même empire.

Voilà de grands avantages, en voici de plus précieux encore.

Elle soumet les lois à des formes qu'elle a con-

sacrées, et le souverain lui-même à robservatton des lois , a6a de prémunir la sagesse du législateur contre les pièges de la séduction , et de défendre la liberté des sujets contre les abus de l'autorité. Elle prescrit des conditions à rétablissement des impôts , afin d'assurer le peuple que les tributs qu'il paie sont nécessaires pour le salut de l'état. Elle confie aux premiers corps de magistrature le dépôt des lois, afin qu'ils veillent à leur exécution , et qu'ils éclairent la religion du monarque si elle était trompée. Elle met les lois fondamentales sous la sauvegarde du Roi et des trois ordres, afin de prévenir les révolutions, la plus grande des calamités qui puissent affliger les peuples. Elle a multiplié les précautions pour vous faire jouir des avantages du gouvernement monarchique et vous garantir de ses dangers. Vos malheurs inouïs autant que sa vénérable antiquité ne rendent - ils pas témoignage à sa sagesse ? Vos pères éprouvèrent • ils jamais les fléaux qui vous ravagent depuis que des novateurs ignorans et pervers Font détruite? Elle était l'appui commun de la cabane du pauvre et des palais dii riche , de la liberté individuelle et de la sûreté publique, des droits du trône et de la prospérité de l'état Aussitôt qu'elle a été renversée, propriété, sûreté, tout a disparu avec elle : vos biens sont devenus la pâture des brigands à l'instant où le trône est devenu

la proie des usurpateurs ; la servitude , la tyrannie vous ont opprimés dès que Tautorité royale a cessé de vous couvrir de son égide.

Cette antique et sage constitution dont la chute a entraîné votre perte , nous voulons lui rendre sa pureté que le temps avait corrompue, toute sa vigueur que le temps avait affaiblie ; mais elle nous a mis ellç-méme dans l'heureuse impuissance de la changer ; elle est pour nous telle que Farche sainte; il nous est défendu d'y porter une main téméraire. Votre bonheur et notre gloire , le vœu des vrais Français et les lumières que nous avons puisées à l'école de l'infortune, tout nous fait mieux sentir la nécessité de la rétablir intacte. C'est parce que la France nous est chère que nous voulons la remettre sous la protection bienfaisante d'un gouvernement éprouvé par une prospérité si longue ; c'est parce qu'il est de notre devoir d'étouffer cet esprit de système, cette manie de nouveautés qui vous a perdus , que nous voulons renouveler^ raffermir des lois salutaires qui seules sont capables de rallier tous les esprits , de fixer toutes les opinions, d'opposer une digue insurmontable a la fureur révolutionnaire, que tout projet de changement dans la constitution de notre royaume déchaînerait encore.

Mais tandis que la main du temps imprime le sceau de la sagesse aux institutions humaines, les

passions s'étudient à les dégrader, et mettent leur ouvrage ou à côté des lois pour les a£Faiblir, ou à la place des lois pour les rendre vaines. Toujours les abus marchent à la suite de la gloire et de la prospérité; toujours une prospérité constante,

^ une gloire soutenue leur facilitent l'entrée des empires, en les dérobant à l'attention de ceux qui

' gouvernent. Il s'en était donc introduit dans le gouvernement de la France; et long-temps ils ont pesé non -seulement sur la classe du peuple, mais sur tous les ordres de l'état. Le feu Roi, notre frère et souverain Seigneur et Maître, les avait aperçus : il voulait les détruire; il mourut en chargeant son successeur d'exécuter les projets qu'il avait conçus dans sa sagesse pour le bonheur de ce peuple égaré qui le laissait périr. En quittant le trône, d'où l'arrachèrent le crime et l'impiété, pour monter sur celui que le ciel réservait à ses vertus, il nous traça nos devoirs dans ce testament immortel, source inépuisable d'admiration et de regrets. Ce Roi martyr, soumis à Dieu qui l'avait fait Roi, sut à son exemple mourir sans murmurer, faire de Tinstrument de son supplice le trophée de sa gloire, et s'occuper du bonheur de ses sujets ingrats, lors même qu'ils comblaient la mesure de ses infortunes. Ce que Louis xvi ne put exécuter, nous l'accomplirons.

Mais si des plans de réforme peuvent se mé«

diter au milieu des troubles, ils ne peuvent s'exécuter qu'au sein de la tranquillité. Replacer sur ses bases antiques la constitution du royaume, lui donner la première impulsion , mettre en mouvement toutes ses parties, corriger les vices qui s'étaient glissés dans le régime de l'administration publique, c'est Toeuvre de la paix. Il faut que le culte de la religion soit rétabli, que l'hydre de l'anarchie soit étouffée, que l'autorité royale ait recouvré la plénitude de ses droits. Cest alors que nous opposerons aux abus une fermeté insurmontable, et que nous saurons également les chercher et les proscrire.

Les implacables tyrans qui vous tiennent asservis retardent seuls cet heureux instant; ils ne se dissimulent pas que le temps des illusions est fini, que vous sentez tout le poids de leur impé- * ritie, de leurs crimes et de leurs brigandages. Mais aux frauduleuses promesses dont vous n'êtes plus les dupes, ils font succéder la crainte des supplices qu'eux seuls ont mérités : après voua avoir tout ravi , ils nous peignent à vos yeux comme un vengeur irrité qui vient encore vous arracher la vie, l'unique bien qui vous reste. Épouvantés par les reproches de leur conscience, ils voudraient vous associer à leur sort pour s'armer de votre désespoir; ils voudraient, en vous inspirant de fausses alarmes, se rassurer contre les frayeurs

qui les obsèdent. Connaissez le cœur de Totre Roi^ et reposez-vous sur lui du soin de vous sauver.

Non-seulement nous ne verrons pas de crimes dans de simples erreurs, mais les crimes même que de simples erreurs auront causés obtiendront grâce à nos yeux.

Tous les Français qui, abjurant des opinions funestes, viendront se jeter aux pieds du trône, y seront reçus. Tous les Français qui n'ont été coupables que pour avoir été entraînés, loin de trouver en nous un juge inflexible, n'y trouveront qu'un père compatissant. Ceux qui sont restés fidèles au milieu de la révolte, ceux qu'un dévouement héroïque a rendus les compagnons de notre exil et de nos peines, ceux qui déjà ont secoué le bandeau des illusions et le joug de la révolte, ceux qui, dominés encore par un criminel entêtement, se hâteront de revenir à la raison et au devoir, tous seront nos en fans. Si les uns en ont conservé la qualité et les droits par une vertu constante, les autres les ont recouvrés par un salutaire repentir ; tous participeront à notre amour. Nous sommes Français. Ce titre, que les crimes de quelques scélérats ne sauraient avilir, comme les forfaits du duc d'Orléans ne peuvent flétrir le sang de Henri iv; ce titre, qui nous fut toujours cher, nous rend chers aussi tous ceux qui le portent. Nous plaignons les hommes faibles ou

séduits qui marcheut encore dans la voie de Tégarement; nous arrosons de nos larmes les cendres des malheureuses victimes de leur fidélité; nous gémissons sur le sort de ceux qui ont péri pour le soutien de la rébellion et du schisme, et qu'il nous eût été bien doux de ramener au sein de l'église et de la monarchie. Nous ne souffrons que de vos maux ; et la seule félicité que nous puissions nous promettre, c'est de les guérir.

Sans doute ils sont affreux les excès auxquels le peuple s'est livré; mais nous n'oublions pas que la séduction et la violence ont eu sur lui plus d'empire que l'opinion et la volonté. Nous savons que, même en favorisant les attentats de la révolution, son cœur, resté fidèle, en secret désavouait sa conduite dirigée par la terreur. Ce peuple trompé et subjugué tour à tour, mais toujours plus à plaindre que coupable; ce peuple assez et trop puni par six ans d'esclavage et d'oppression , par cette multitude de fléaux dont il s'est frappé lui-même ; ce peuple qui fut toujours l'objet chéri de l'affection des rois nos prédécesseurs, nous dédommagera de nos longs tourmens par les bienfaits que nous répandrons sur lui.

Qui eût osé croire jamais que la perfidie et la rébellion pourraient atteindre cette armée, jadis l'appui du trône et dévouée de tout temps à l'honneur et au Roi! Ses succès ont prouvé que le sen-

timent du courage est ineffaçable dans le cœur des Français ; mais que de larmes ils doivent vous coûter ces succès si funestes! Ils ont été le principe de l'oppression générale. Ils ont été l'appui, ils ont fomenté l'audace de vos exécrables tyrans; c'est l'instrument dont la main de Dieu s'est servi pour le châtiment de la France. Quel soldat, rentrant dans ses foyers , n'y trouvera pas les traces encore sanglantes des malheurs causés par ses victoires?... Mais enfin l'armée française ne peut pas être long-temps l'ennemie de son Roi. Puisqu'elle a conservé son antique bravoure, elle reprendra ses- premières vertus. Puisque l'honneur n'est pas éteint dans son ame, elle en reconnaîtra, elle en suivra la voix. Bientôt, nous n'en doutons pas, le cri de vive le Roi remplacera parmi elles les clameurs de la sédition. Bientôt elle reviendra, soumise et fidèle, affermir notre trône, expier à nos pieds jusqu'à sa gloire, et lire dans nos regards l'oubli de ses erreurs et le pardon de ses fautes.

Nous pourrions, devrions peut-être laisser à la justice un libre cours contre le^ criminels auteurs des égaremens du peuple, contre les chefs et instigateurs de la révolte : et comment pallier les maux irréparables qu'ils ont faits à la France? .Mais ceux que la justice divine n'a pas encore frappés, nous les livrons à leur conscience : elle

fera leur supplice. Puissent-ils, vaincus par cet excès d'indulgence, et rentrant sincèrement dans la soumission et dans le devoir, nous justifier nous-mêmes de la grâce inattendue que nous leur avons accordée !

Il est cependant des forfaits (que ne peuvent-ils s'effacer de notre souvenir et de la mémoire des hommes ! ) il est des forfaits dont l'atrocité passe les bornes de la clémence rovale.

Dans cette séance à jamais horrible où des sujets eurent l'audace de juger leur Roi, tous les députés qui participèrent au jugement en furent complices. Nous aimons à croire néanmoins que ceux dont le suffrage voulut détourner le fer parricide de sa tête sacrée ne se mêlèrent parmi les assassins que dans le désir de la sauver, et ce motif pourra solliciter leur pardon. Mais les scélé* rats dont la bouche sacrilège osa prononcer le vœu de sa mort; mais tous ceux qui ont été les coopérateurs , les instrumens directs et immédiats de son supplice; mais les membres de ce tribunal de sang, qui, après avoir donné dans la capitale le signal et l'exemple des massacres judiciaires, mit le comble à ses attentats en envoyant à l'échafaud une Reine plus grande encore dans sa prison que sur le trône, une princesse que le ciel avait formée pour être le modèle accompli de toutes les vertus : tous ces monstres que la postérité ne

nommera qu'avec horreur, la France entière appelle sur leurs têtes le glaive de la justice.

I^e sentiment qui nous fait restreindre la vengeance des lois dans des bornes si étroites vous est un gage assuré que nous ne souffrirons pas des vengeances particulières; mais loin de vous la pensée qu'aucune vengeance particulière vous menace.

Les princes fidèles de notre maison partagent nos principes , nos affections et nos vues; ils vous chérissent comme nous vous aimons; comme nous , ils ne forment que des vœux pour la fin de vos tourmens; le seul but de leurs travaux, comme des nôtres , c'est votre délivrance ; et si , dans ces jours de deuil et de crimes, la Providence nous réservait successivement un sort funeste, vous verriez le sceptre passer jusqu'au dernier de nous sans vous apercevoir que l'autorité royale eut changé de dépositaire.

Les Français qui sont restés parmi leurs compatriotes pour leur donner l'exemple d'une fidélité à toute épreuve ne sauront que plaindre ceux qui n'ont pas su les imiter; et la vertu inaltérable qu'ils ont opposée au torrent de la corruption ne sera pas fléti'ie par des animosités coupables.

Ces ministres d'un Dieu de paix qui ne se sont dérobés à la violence de la persécution que pour

vous conserver la foi, remplis du zèle qui éclaire, de la charité qui pardonne, enseigneront, par leurs exemples autant que par leurs discours , l'oubli des injures et l'amour de ses ennemis. Pourriez -vous craindre qu'ils ternissent l'éclat immortel que leur conduite généreuse et le sang de tant de martyrs a répandu sur l'église gallicane?

Nos coings de magistrature , qui se sont toujours distinguées par leur intégrité dans l'administration de la justice , donneront l'exemple de l'obéissance aux lois dont elles sont les ministres. Inaccessibles aux passions que leur devoir est de réprimer, elles assureront, par une fermeté impartiale, l'effet des sentimens que la clémence nous inspire.

Cette noblesse qui n'a quitté sa patrie que pour la mieux défendre , qui n'a tiré l'épée que dans la feroie persuasion qu'elle s'armait pour la France et non contre elle, qui vous tend une main secourable alors qu'elle est obligée de vous combattre , qui aux fureurs de la calomnie oppose la constance dans l'adversité , son intrépidité dans les combats , son humanité dans la victoire, son dévouement à l'honneur ; cette noblesse, qu'on s'efforce de mettre en butte à votre haine, n'oubliera pas que le peuple doit trouver en elle sa lumière , son secours, son appui; elle

mettra sa gloire dans sa magnanimité, elle illustrera tant de sacrifices qu'elle a faits , par le sacrifice de tous ses ressentimens ; etcette classe d'émigrés qui sont ses inférieurs par la naissance , mais ses égaux par les vertus , ces bons Français dont la fidélité est d autant plus recommandable à nos yeux qu'ils avaient plus de séductions à vaincre témoins non suspects de ses sentimens généraux, en seraient, s'il était nécessaire, les garans auprès de vous. Qui oserait se venger quand le Roi pardonne ?

Mais la clémence qui signalera les premiers jours de notre règne sera inséparable de la fermeté. Notre amour pour nos sujets nous engage à être indulgent; le même motif nous apprend à être juste. Nous pardonnerons sans regret à ces hommes si coupables qui ont égaré le peuple ; nous traiterons avec une rigueur inexorable ceux qui désormais tenteraient de le séduire. Nous tendons les bras aux rebelles que le repentir et la confiance ramèneront à nous; s'il en est qui s'obstinent dans la révolte, ils apprendront que notre indulgence s'arrête au terme marqué par la justice, et que la force saura réduire ceux que la bonté n'aura pu gagner.

Ce trône que deux fois la révolution a privé du souverain qui l'occupait, n'est pas pour nous un objet d'ambition et de jouissance. Hélas!

( ^57 ) fumant encore du sang de notre famille et tout entouré de ruines, il ne nous promet que des souvenirs douloureux , des travaux et des peines. Maïs la Providence nous ordonne d'y monter et nous savons lui obéir; nos droits nous y appellent ; et nous saurons les défendre ; nou^ pourrons y travailler au bonheur de la France , et ce motif enflamme notre courage. Si nous sommes réduits à le conquérir, pleins de confiance dans la justice de notre cause et dans le zèle des bons Français, nous marcherons k sa conquête avec une constance iufatigable et d'un pas Intrépide : nous y marcherons , s'il le faut , à travers les cohortes des rebelles et les poignards des assassins. Le Dieu de saint Louis, ce Dieu que nous prenons à témoin de la pureté de nos vues , sera notre guide et notre appui.

Mais non... Nqus ne serons pas contraints d'employer les armes contre des sujets égarés : non... Nous ne devrons qu'à eux-mêmes, a leurs regrets , à leur amour, le rétablissement de notre trône; et la miséricorde divine, fléchie par leurs larmes, fera i^fleurir la religion dans l'empire des JR.ois Très-Chrétiens.

Ce doux espoir luit au fond de notre cœur.

Ij'infortune a déchiré le voile qui couvrait vos

yeux-; les dures «leçons de l'expérience vous ont

instruits à regretter les biens que vous avez per-

diis« Déjà les sentimens religieux, qui se manifestent avec éclat dans toutes les provinces du royaume , retracent aux yeux édifiés Timage des beaux siècles de Téglise; déjà le mouvement de vos cœurs , toujours français , qui vous ramène à votre Roi , annonce que vous sentez le besoin d'être gouverniJs par un père.

Mais ce n'est pas assez de former de stériles vœux , il faut prendre une résolution ferme ; ce n'est pas assez de gémir sous le joug de vos oppresseurs : il faut nous aider à le rompre. Montrez à l'univers comment les Français , rendus à eux-mêmes , savent effacer des fautes dont leurs cœurs n'étaient pas complices. Prouvez que si le grand Henri nous a transmis avec son sang son amour pour son peuple, vous êtes aussi les descendans de ce peuple dont une partie toujours fidèle combattit pour lui rendre sa couronne, et l'autre, abjurant une erreur passagère, baigna ses pieds des larmes du repentir. Songez enfin que vous êtes les petits-fils des vainqueurs d'ivri et de Fontaine-Française.

Et vous , invincibles héros que Dieu a choisis pour être les restaurateurs de l'autel et du trône , et dont la mission est attestée par une multitude de prodiges; vous dont les mains triomphantes et pures ont entretenu au sein de la France le flambeau de la foi et le feu sacré de l'honneur;

VOUS que notre cœur a constamment suivie , au* près de qui nos vœux nous portaient sans cesse , qui fûtes toujours notre consolation et notre espoir, illustres armées catholiques et royales, di- ^es modèles de tous les Français, recevez les témoignages de la satisfaction de votre Roi. Jamais il n'oubliera vos services , votre «burage , Finté^ ^rité de vos principes et votre inébranlable fidélité.

Donné an mois de juillet l'an de g^race 1795, et do notre règne le premier.

Louis.

Proclamation de Jean - Pierre Boyer , Président d* Haïti , adressée au peuple et a V armée,

Alexandre Pétion n'est plus; nous avons perdu ce chef incomparable, notre père, notre bieiffai* teur. Nos regrets sont communs; le mélange de nos larmes indique suffisamment quelle était Vunion de nos cœurs, et démontre évidemment qu^ nous avions fixé notre estime sur celui qui avait été choisi par la Providence pour être le dispensateur de ses bienfaits envers un peuple régénéré, ce qu'il n'a jamais perdu de vue. Jetons les yeux sur le passé, portons nos regards sur le chemin que nous avons parcouru, passons en revue ce que nous avons fait; rappelons- nous que, loin

( ^6o ) que notre énet^ie ait été dad^ rinaction , elle à au contraire agi Hans toute sa force , et nou^ verrons que Son Excellence, le feu président d'Haïti, tandis que notre patrie ne cessait d'étré la divinité qui attirait notre culte , était vraiment digne d'être choisi parmi nous pour eh être le représentant Mais quelle qÊt soit la grandeur de notre perte; ' prétons une oreille attentive à cette voix sacrée qu'il est de Aotre devoir d'écôiiter, qui doit agiter toutes nos âmes , et au son de laquelle nos coeurs électrisés doivent s'élever au - dessus de tous les événemens humains. Hmti est l'ouvrage de vos mains , le fruit de votre courage , le séjour où la liberté et les droits du citoyen récent dans h plus haute perfection. Renoncerons - noos à ces avantages inappréciables , en nous laissant abattre par l'adversité ? Au contraire, qu'dieminne notre courage. Citoyens, formons un cercle autour de l'arbre de la liberté , sous lequel reposent les cendres de notre auguste chef; que scm nom, que le nom sacré de la république soienl^rotre cri de ralliement, notre mot d'ordre; épouvMitons nos ennemis par notre attitude ferme el nnposanle ; devenons, s'il le £aiut, un peuple de hmis; l'expérience nous a prouvé qodle est la natrare de notre force; noos sommes inviacililes comme nous devons l'être. Soyons unis , et rien ne pourra interrompre le cours de notre keureiise destinée :

la république d'Haïti triomphera, les Haïtiens, le peuple l'ont voulu, et cela sera. ^ .

Appelé par le choix du Sénat à prendre le timon du vaisseau de l'état, je vous donnerai l'exemple du courage. Je suis devenu le chef de la famille , et j'ai besoin de l'appui du ciel, de la concurrence et de l'aide de mes concitoyens. E)ans un gouvernement régulier le peuple est tout ; c'est sa confiance qui constitue l'autorité , et cette autorité ne peut être employée que pour son avantage. Je sens avec l'ardent amour de )a patrie dont je suis animé, et le respect que je porte à la volonté nationale, que je ne suis plus le mén\e individu, qiue je suis l'homme de l'état. O mes concitoyens ! couvrez- moi de votre bouclier; sénateurs, législateurs, soyez mes amis , éclairez-moi; généraux , mes cpUégues et frères d'armes, vaillante armée de la république, prêtez -moi le secours de vos br^s pour assurer la paix et le repos de vos fan^iUes ; magistrats du peuple, comptez .que je ferai exécuter les lois, que je me ferai un premier devoir de les observer, Cultivateurs paisibles, livrez-vous sans crainte à vos travaux précieux; plus, le produit vous en sera avantageuse, plus je serai satisfait; rien^ de ce qui a été établi par mon auguste ptédécesseur ne peijjt jxi ne doit être changé ; le salut de h république déP<Ç?^d du droit sacré de§ propriétés ; de ce que le propriétaire

d'un arpent de terre soit considéré par la loi comme égal à celui qui en possède cent, et également maître de ce qu'il possède ; de ce que le commerce soit libre dans ses spéculations dans l'intérieur dd la république comme avec l'étranger : il sera protégé. L'objet de la constitution sera rempli, l'ordre uet l'économie régneront dans toutes les branches de l'administration , les fonds de l'état seront employés pour le bien de l'état. Le crédit public ne sera point envahi; la dette nationale est sous la sauve-garde de la nation ; le culte 'de nos ancêtres sera respecté; les magistrats seront honorés; les hommes honnêtes et bons seront considérés. Fasse le ciel que je n'aie jamais à punir le crime ; ce serait pour mon cœur le plus douloureux de mes devoirs.

Mais si quelque sacrifice est nécessaire pour assurer le bonheur du peuple , que mon cœur alors soit animé du feu sacré d'Haïti, que je brûle comme à présent de la pure flamme de la liberté et de l'amour de mes concitoyens ! Généraux de l'armée , à qui l'autorité est confiée selon Tordre de vos grades ; magistrats qui veillez aux intérêts des familles, faites votre devoir ; vous êtes soumis à une responsabilité , mais vous la trouverez fort légère, car je ne dois que des éloges, de la reconnaissance et de l'admiration au peuple et à l'armée. Dans ces douloureuses et récentes circons-

tances, le plus grand ordre a été observé, et vous avez prouvé que vous êtes loin d'être indignes de votre situation politique. Continuez, mes chers concitoyens , à me couvrir de l'égide de votre estime et de votre confiance. Toutes les fois que vous désirerez faire preuve d'énergie et de fermeté, vous me trouverez à mon poste. Aidez - moi à faire le bien ; la douceur , la bienveillance seront la règle de la conduite que vous me verrez tenir invariablement ; suivez cette excellente marche , si conforme à mes principes, si agréable à mon cœur!

Vive la république! vivent les droits du peuple et l'indépendance d'Haïti !

Donné au palais national du Port-au-Prince , le i*'-aTril 1818, la quinzième année de l'indépendance d'Haïti.

Page 1