Partie postérieure du col. — La j^eau y est épaisse et sorrcc
elle osl couvcrlo en haut par des poils qui fonl suite à ceux des cheveux. Le tissu sous-cutané est fort dense , sans être pourtant lamelleux. Les lymphatiques de la région peu nombreux, et de directions variées, aboutissent en partie dans les ganglions axillaires, en partie dans les ganglions latéraux du col. Les nerfs viennent des branches postérieures des cinq premières paires cervicales. Il s'y joint en bas quelques filets postérieurs des branches descendantes du plexus cervical superficiel. Pas de grosses veines sous la peau.
On ne redoute dans cette région ni sensibilité vive, ni décollements étendus, ni retentissement ganglionnaire ; mais les pustules chancreusos peuvent y tourner au furoncle.
Je n'ai pratiqué dos inoculations à la partie postérieure du col que dans un cas de cancer au sein. J'avais des motifs pour désirer panser à mon aise la malade, sans qu'elle me vît agir.
Région thoracique antérieure. La peau de cette région médiocrement dure et médiocrement épaisse, est à peine doublée, principalement vers la ligne médiane, de tissu cellulaire. Celui qui existe sur les côtés est graisseux. Les vaisseaux lymphatiques , peu nombreux, convergent généralement vers les ganglions axillaires. Les nerfs proviennent, quelques-uns supérieurement des branches descendantes superficielles du plexus cervical, et, la plupart, des branches perforantes antérieures des nerfs intercostaux. Ils distribuent à la région une sensibilité assez obtuse. Malgré les poils qui semblent l'abriter chez l'homme, c'est la région par excellence. C'est là qu'on place des exutoires contre les maladies des viscères de la cavité thoracique. Cicatrice pour cicatrice, autant et mieux vaut celle d'un chancre qui s'efface souvent que celle d'un cautère qui persiste beaucoup plus. Plusieurs personnes, vous ai-je dit, portent mon chiffre cicatriciel sur leur poitrine? Mon nom ne mourra donc pas avant elles?
On s'éloignera des seins chez les femmes, des poils touffus chez les hommes, et de la fourchette slernale chez ceux de ces derniers qui portent des cols raides.
Région thoracique latérale. — La pea^i et le tissu sous-cutané de cettle région ressemblent infiniment à ceux de la précédente , avec laquelle elle se continue sans aucune démarcation. Elle en diffère surtout en ce qu'elle n'est pas velue. Les quelques lymphatiques qui en parlent, aboutissent généralement aux ganglions de l'aisselle. Il s'y distribue des filaments nombreux de nerfs intercostaux. Cette région est chère aux syphilisées de M. Spérino. Elle a été souvent choisie nonobstant le frollcracnl des membres cl des habits, et malgré une
certaine sensibilité dont elle est le siège , parce qu'elle est très facile à cacher.
Région abdominale antéro-latkuale ou costo-iliaque. — Peau velue choz l'homme surtout , mais principalement en bas et en avant; celle peau est doublée, bien entendu, de tissu cellulaire. Ce tissu se trouve lâche et assez abondant, excepté vers la ligne médiane où il est rare et dense. Les veines sous-cutanées abdominales montent en haut et un peu en dehors, et doivent être évitées dans les inoculations. Les vaisseaux lymphatiques sous-cutanés de la région se partagent un peu au-dessus du niveau du nombril, en ceux qui gagnent l'aisselle et en ceux qui vont à l'aine. Les nerfs viennent des branches antérieures des intercostaux et des lombaires. N'étaient les contractions musculaires , la pression des vêtements et l'apparence des cicatrices, cette région serait très favorable à des inoculations. C'est le lieu d'élection primitif de M. Spérino.
Bras et particulièrement sa région externe. — La peau du bras médiocrement épaisse, l'est plus en dehors et en arrière qu'en avant et en dedans; elle est à peu près partout dépourvue de poils. Le tissu cellulaire sous-cutané est assez lâche , excepté en arrière et surtout en dehors. C'est en dehors qu'existe la dépression deltoïdienne, lieu d'élection pour les cautères. Qui dit : lieu d'élection pour les cautères , est bien près de dire : liewri' élection pottr les chancres. Ceux des organes musculaires qui sont rapprochés de la peau se trouvent garantis par des tissus aponévroliques et représentés , à la partie externe du bras par de seules fibres d'insertion. Leur contraction ne saurait donc , dans aucun cas , occasionner à celte partie externe des mouvements étendus, ni par conséquent, lorsqu'il y existe des chancres, de vives douleurs. En haut de cette même partie se révèle extérieurement par une légère dépression , l'insertion du deltoïde, c'est-à-dire la portion de ce muscle qui s'insère à l'empreinte humérale à laquelle il donne son nom; en bas est le grand supinateur , dont l'insertion remonte plus ou moins haut; au milieu, le brachial antérieur qui adhère presque complètement a l'humérus. En arrière existe le triceps et antérieurement le biceps. Ce dernier est le seul qui soit dépourvu d'adhérences à l'humérus.
Deux grosses veines superficielles parcourent la longueur du bras, en dehors la céphalique, et, en dedans, la basilique. Il est bon d'éviter leur voisinage.
Les vaisseaux lymphatiques du bras sont de deux ordres , et tributaires pour la plupart des ganglions de l'aisselle (doit-on tenir
compte de ceux qui , peu nombreux , suivent la veine céphalique et aboutisscnl aux ganglions sus-claviculaires? ) Le point de dépari des uns est la main , l'avant-bras el le coude. Ceux-là se groupent en un faisceau, dont quelques fdamenls rencontrent sur leur trajet le ganglion épilrochléen , et qui monte le long de la partie interne du bras , pour aboutir à l'aisselle. Ce sont des vaisseaux de passage; à peine participent-ils à la vie du bras; aussi ne sauraient-ils jamais servir de lien entre un bubon axiU'airc et dos chancres greffés sur leur trajet. Ce contre-coup ganglionnnaire (je veux parler du bubon), est d'autant plus à craindre , toutes choses égales d'ailleurs , que les chancres siègent plus près de la périphérie. C'est ainsi que les chancres du prépuce et du frein , ou que ceux des doigts, sont plus inquiétants, sous ce rapport, que ceux du fourreau de la verge ou que ceux du bras. Le point de départ des autres vaisseaux lymphatiques superficiels du bras, est la peau de tout le bras lui-môme. Tous ces vaisseaux du bras convergent vers Taisselle. Ils peuvent être le trait-d'union des chancres du bras et des bubons axillaires (1). Les vaisseaux lymphatiques de cet ordre ne sont pas fort multipliés.
Les nerfs superficiels du bras sont assez nombreux, sans parler des branches sus-acromiales du plexus cervical superficiel, qui gagnent la région deltoïdienne, des ramuscules brachiaux des premiers nerfs intercostaux, des nerfs cutanés internes principal et accessoire, ni enfin d'une branche accidentelle du nerf cubital, détachée du tronc dans l'aisselle; trois nerfs importants émergent des interstices musculaires de la partie externe du bras, c'est-à-dire dans l'aire elliptique où j'ai fait le plus d'inoculations, quoique je lui préfère le devant delà poitrine. Ces nerfs sont de haut en bas et d'arrière en avant : 1° Le nerf cutané du circonflexe, qui émerge d'entre le deltoïde et le triceps; 2° le nerf radial, qui sort d'entre ce dernier muscle et le brachial antérieur; 3° enfin, le nerf musciilo-cutané qui s'échappe d'entre le brachial antérieur et le muscle biceps.
En définitive, on peut faire un choix de parties dans toute l'étendue du cylindre brachial, pourvu qu'on sache éviter le voisinage du moignon de ^épau^e, et surtout celui du coude (2) , les chancres pou-
(1) Il est question ici des bubons virulents et non jias de ceux qui sont purement inflammatoires
(2) Dans une expérience que M. Mclchior Robert de Marseille a faite sur lui-même, il s'est inoculé deux fois le pus de chancres de chai ; d'abord; le 20 août, à la partie inférieure et externe dit bras gauche, et ensuite, le 21 , à la partie supérieure el postérieure de l'avant-bras, du même côté.
vaiU aisémenl s'enflammer daiU ces deux endroits ( principalement dans le dernier , et par conséquent y devenir très douloureux. Je recommande parliculièrement la partie externe du bras dans l'aire d'une ellipse verticale dont le foyer supérieur correspondrait à l'empreinte deltoïdienne, et dont le grand diamètre, double du petit, serait environ de douze centimètres, pour l'homme adulte.
La partie interne du bras est plus sensible que l'externe, mais elle offrirait sans doute sur elle l'avantage de cicatrices mieux dissimulées. Quant à la partie postérieure, elle est malheureusement soumise à des frottements, tandis que l'antérieure correspond aux mouvements du biceps. La partie externe du bras est donc un lieu d'élection; ce lieu présente en effet plusieurs avantages, tels que la facilité de l'opération, la possibilité de protéger efficacement les chancres et d'en cacher les stigmates sous la cicatrice d'un vésicatoire. J'ai observé que c'est le lieu de prédilection des femmes.
Je puis résumer ici ma pensée sur les lieux d'élection , parce que nous les avons tous passés en revue. Pour les hommes, c'est le devant de la poitrine; pour les femmes, au lit ou désœuvrées, ce sont les parties latérales du thorax et de V abdomen. Pour les autres femmes enfin, c'est l'aire de V ellipse précitée. Le chancre qu'on suppose devoir être le plus large devra correspondre au foyer supérieur de celte ellipse. Ce foyer correspond lui-même , comme vous le savez, à la dépression deltoïdienne.
Il va sans dire que l'on peut indifféremment placer des chancres à
Dès le 22, M. Melchior Robert renonce h se fiiire de nouvelles inoculations.
On devine sans peine le cortège inflammatoire de deux inoculations isolées dans de pareilles places, indè irœ de la part de M. Melchior Robert. Il va sans dire que ce fut notre faute! (nous sommes responsables îi Paris des bévues qui se commettent h Marseille! ) Aussi, notre confrère provençal assaisonne-t-il le récit de sa mésaventure {Union Médicale du 25 novembre 1852) , d'une flétrissure obligée à l'adresse des syphilisateurs.
Je me suis permis de répondre h M. Melchior Robert {Union Médicale du 31 décembre), qu'il s'était î)U)-£meiî{ et simplement donné deux chancres, et que rien ne ressemble moins k la sypkilisation que ce qu'il fait. Mais il paraît que l'ancien interne de M. Uicord tenait beaucoup à nous flétrir !
Il faut , en effet, un grand courage pour faire chorus d'invectives contre un homme qui en est accablé , et qui se trouve dans l'impossibilité, à cause du nombre des assaillants, de répondre à tout le monde !
Allons ! il d'autres! Les colonnes de Vunion Médicale sont ouvertes h qui m'outragerai Et puis, si je m'avise de faire une réponse, on en retardera l'insertion de plusieurs jours pour qu'il ne soit plus temps de parer les coups qu'on m'aura portés !
Que dis-je , on en retardera l'insertion : on attendra d'être contraint et forcé par voie légale! (Voir Vunion Médicale du 8 février 1853).
A. T., février 1853.
peu près partout, vers la fin de la sypliilisation. Ils restent alors si petits et laissent de si faibles traces 1
AvANT-BuAs ET MAIN. — C'ost précisément là , entr'autres endroits, qu'on ne peut s'autoriser à faire des inoculations que vers la fin de la sypliilisation. Celte réserve est bien plus encore motivée pour la main que pour l'avant-bras , soit à cause de l'état habituellement découvert de la main, soit à cause des veines et des vaisseaux lymphatiques qui y prennent naissance en grand nombre , et des filets de nerfs multipliés qui s'y terminent. Adressez-vous au côté dorsal de préférence pour l'avant-bras, quoiqu'il y ait quelques poils, et exclusivement pour la main.
Cuisse. — Je terminerai celte revue de parties organiques par la cuisse, car j'exclus d'une manière absolue du cadre que je me suis tracé la jambe et le pied, à cause de la nature des mouvements qu'ils exécutent, de leur position déclive et de leur éloignement des centres de vie.
Je serai bref dans l'énoncé de la structure de la cuisse qui a tant de rapports avec celle du bras. Il est bien entendu que les parties superficielles me préoccuperont à l'exclusion des parties profondes.
La peau et le tissu sous-cutané sont, pour ainsi dire, les mômes qu'au bras. Le tissu sous-cutané est peut-être ici un peu plus graisseux qu'au bras. Il y a des poils assez nombreux, en avant, en dedans et en dehors de la cuisse.
La plupart des muscles sont longs, superficiellement placés et dépourvus d'adhérences au fémur; quelques-uns sont au contraire courts ou adhérents à cet os. C'est ainsi qu'il y a, d'une manière générale, des fibres musculaires courtes et adhérentes à la partie antéro-externe, et d'autres fibres plus longues et non adhérentes à la partie interne et surtout à la partie postérieure. Les mouvements de la cuisse sont étendus. La veine saphène interne doit être soigneusement évitée ; elle monte en dedans , puis en avant du membre inférieur, et reçoit çà et là sur la cuisse quelques affluents. Les vaisseaux lymphatiques superficiels, tributaires pour une immense part des ganglions inguinaux, sont comme ceux du bras de deux ordres. Le groupe de ceux qui viennent du pied, de la jambe , du genou et de la partie interne de la cuisse, accompagne la veine saphène interne. Mais ceux qui partent des autres endroits de la cuisse convergent irrégulièrement vers les ganglions de l'aine.
Les nerfs antérieurs, externes et internes des parties superficielles de la cuisse, procèdent du plexus lombaire; les nerfs postérieur?
vieniieni du plexus sacré. Los premiers sont,, en me bornant à une indication sommaire d'après la nomenclature de Bichat, des ramificalioiis des trois musculo-ciitancs , du genilo-crural et du crural; les seconds sont représentés par les branches cutanées peu importantes du nerf fessier inférieur.
Je réprouve d'une manière absolue , à cause des mouvements du membre inférieur, toute espèce d'inoculation à la cuisse sur des personnes qui ne sont pas dans un lit, soit d'hôpital, soit de maison de santé; car en ville on ne peut pas exiger que ceux qu'on syphilise soient longtemps alités.
Je sais bien que le malade étant couché et atteint de chancres aux parties sexuelles, la cuisse, comme d'ailleurs l'abdomen, se présente naturellement à la lancette du syphilisateur dans le voisinage des parties malades. Je sais bien encore qu'il est, pour certaines personnes, très facile de dissimuler les cicatrices de la cuisse. Mais cette partie se trouve déclive et très éloignée des centres de vie ; les chancres y ont une action syphilisante moins énergique qu'ailleurs, et de la tendance à s'étendre. C'est un siège de prédilection du phagédénisme.
Quelles sont les parties de la cuisse où vous pourriez , au besoin , pratiquer des inoculations ?
D'abord , éloignez-vous avec soin des articulations de la hanche et du genou, par rapport aux mouvements qu'elles exécutent. Mais vous conseillerai-je , à l'exemple d'un chirurgien inocitiafetir et par conséquent à demi-syphilisateur, quoi qu'il en ,Sôit^ de vous éloigner des ganglions de l'aine et du faisceau lymphatique saphène, ou, en d'autres termes, de ne faire d'inoculations qu'en bas et en dehors de la cuisse, dans le but de diminuer les chances de bubons? Non ! pas le moins du monde ! Car, si un chancre siégeant dans ces endroits que le chirurgien dont je parle considère comme des écueils, est accompagné ou suivi d'un bubon , gardez-vous de penser que ce bubon se lie particulièrement à la place qu'occupe le chancre dans le voisinage des vaisseaux lymphatiques saphènes, ou dans la proximité de l'aine ! Ce bubon n'a d'existence, au contraire, que de par les lymphatiques dont les racines correspondent au chancre lui-même. Je vais plus loin et je soutiens qu'à ce point de vue la proximité des ganglions serait plutôt à rechercher qu'à éviter. Ne vous ai-je pas dit en effet que les bubons se lient plus fréquemment aux chancres les plus périphériques qu'aux autres, parce que entr'autres causes , c'est à la périphérie du corps que naissent en grand nombre les vaisseaux lymphatiques superficiels ?
N"avez-vous pas enleiidu dire à M. Ricordccci? Les chancres de la région fémorale produits par inoculation, n'engendrent pas de bubons. Ce n'est pas, quoi qu'en pense M. Ricoid, à leur siège qu'ils le doivent, mais parce qu'ils font nombre. Nous arrêtons, vous apprendrai -je plus lard , le progrès des bubons inguinaux par l'inoculation de plusieurs chancres ; quoi d'étonnant que cette inoculation n'en produise pas? C'est donc à titre de chancres surajoutés et non pas à titre de chancres fémoraux, que ces chancres préservent ou ne sont pas suivis de bubons. Reconnaissez en cela, du moins, la puissance de la syphilisalion !
Irai-je pourtant jusqu'à prétendre; d'une manière absolue, que les adénites sont d'autant moins à craindre qu'il y a plus de chancres ? Non pas,! car quelquefois les adénites sont le témoignage d'une forte mkmàérsyphilo-ulcérativc. Elles ne prouvent alors qu'une chose, c'est la grande aptitude du malade à contracter des chancres. J'exprime cette aptitude en disant : que le malade a très peu de syphilisme. Quelques inoculations feraient disparaître l'état dans lequel il se trouve en augmentant son syphilisme. Je n'ai donc à affirmer qu'une chose, pour me circonscrire dans le sujet que je traite : c'est qu'un individu étant menacé de bubons suites de chancres, on peut conjurer la manifestation de ces bubons par des inoculations chancreuses quelque part qu'on les pratique.
3° Temps d'élection et précaations générales.
J'ai presque épuisé par anticipation ce chapitre dans les considérations que j'ai faites sur les indications et contr' indications de la syphilisalion. — On peut, vous ai-je dit, syphiliser en toute saison.
Voici une autre question dont vous avez déjà sans doute entrevu la solution. Le malade doit-il rester au lit ? Est-il au moins utile quil soit au lit pendant la syphilisation ? — Règle générale : Le repos , de légers purgatifs et un doux régime serviront de frein à l'inflammation des premiers chancres. Le séjour au lit est donc utile sans être nécessaire au début de la syphilisation. Mais arrive vile un moment de bien-être et d'appétit pour le malade. Pourquoi lui ferait-on garder le lit, quand il peut jouir delà plénitude de l'existence?
Donc le lit est l'exception , la vie contente est la règle.
4" Appareil »u instruments.
L'inoculation syphilisatrice est assez simple pour qu'à la rigueur on puisse se passer de recourir dans sa pratique à des instruments et à
dos ronsoignenioiUs parliculiers. Qui sait inoculer lo vaccin , no sail-il pas inoculer lo virus syphilitique? Mais un cours spécial, comme lo mien , cloil être aussi irôs-complel. D'ailleurs, les ennemis de la syphilisalion ne sont-ils pas nombreux, injustes, acharnés, violents? Savent-ils rien que médire et maudire? A quoi bon seraient-ils, sans nous aiguillonner à bien faire? Que leur mission soit donc eiTicace, et méritons par nos ellbrls cette persécution qui nous sert. Eh bien ! pour que tout soit fait au mieux, ne faut-il pas que nos inslrumenls soient appropriés à leur but, qu'ils soient aussi délicats et parfaits que possible ?
Voici ceux dont je me sors et que je préfère.
Ils sont relatifs à trois points : 1° soit recueillir, soil conserver lo pus; 2° pratiquer l'inoculation ; 3° panser et protéger les chancres produits. D'où trois sortes d'instruments ou moyens matériels : A les recueilloirs et conservatoires, B les opératifs, C les protecteurs.
A. Les premiers sont donc divisés en deux groupes. Pourtant, la plupart des instruments de chacun de ces deux groupes peuvent concourir aux deux fins, recueillir et conserver le pus. Souvent môme on se passe de cette première classe d'instruments, en recueillant le pus avec les opératifs, pour s'en servir de suite. Recueillé -je en effet du pus, dans le but de ne faire qu'une ou deux-inoculations, etdésiréje les faire immédiatement? Je me borne quelquefois à tremper dans le pus d'un chancre la pointe d'une lancette ou de mon aiguille inoculalrice (deux instruments dont je vais vous parler. )
D'autres fois, je plonge délicatement dans ce' pus et par le côté concave, ou bien en simulant un léger mouvement de cuiller, l'extrémité mousse et arrondie d'une plume taillée en bec de flûte. Je trempe ensuite la pointe de ma lancette ou de mon aiguille dans le pus que j'ai recueilli. C'est ainsi qu'il convient de procéder, soil qu'on désire pratiquer un grand nombre d'inoculations, soit qu'on ait des raisons de discrétion médicale pour séparer le donataire du destinataire du pus.
On peut également recueillir le pus en quantité par le goulot à bord mince et arrondi d'une petite bouteille homœopathique, dont on se sert comme d'une cuiller pour ramasser le pus, ou comme d'un vase dans lequel celui-ci est versé. On fait à peu près de même avec une petite coquille.
Un dernier et mauvais moyen, un moyen à n'employer que par pis aller, parce qu'il est difficile pour l'opérateur et douloureux pour l'opéré, consiste à presser contre le chancre, avec le bord ou la partie
moyuiiiie cJ'iiiio pelile plaque de verre à vaccin, de manière, bien eniondu, à colliger une cerlaine quantité de pus.
Il ^'agit ensuite de savoir conserver le pus. Celui-ci sera bien conservé s'il demeure liumide, car sa putréfaction n'est pas commune. 11 faut donc le tenir au frais el, si cela se peut, à l'abri du contact de l'air et de la lumière, sous une clocbe à ventouse, par exemple, recouverte d'un corps opaque, comme un morceau de papier ou de linge. A-t-on recueilli une grande quantité de pus dans un vase étroit? Est-ce pendant l'Iiiver, ou bien le vase est-il mis dans un lieu humide, dans une cave? La surface de ce pus se coagule; mais en ponctionnant avec un instrument aigu la croûte superficielle qui s'est formée, on trouve au-dessous du pus demeuré fluide.
On le conserve encore assez longtemps, trente-six heures, par exemple, en hiver, dans le bec d'une plume bien chargé de ce pus, et engagé dans le tuyau plus grand d'une autre plume. On enveloppe cela d'une lame de plomb ou de sparadrap, pardessus laiiuelle on applique des linges mouillés. Le pus se conserverait aussi dans un petit flacon bouché et semblablement enveloppé.
Désire-t-on le conserver plus longtemps? Est-ce dans la saison chaude? N'en possède-t-on que fort peu? S'agit-il d'un échantillon rare de pus extrêmement énergique? On le laisse sécher en dedans du goulot d'un flacon et mieux sur une lame de verre, ou dans la capsule d'une petite coquille, objets qu'on protégera ensuite convenablement par une ou plusieurs feuilles de plomb ou par un autre moyen. Quand je me sers d'une coquille, je la choisis bivalve, afin d'appliquer, de même qu'on ferme une boîte, l'une des valves contre l'autre qui est chargée de pus. On garde ainsi du pus en plus grande quantité que s'il était pressé, comme on l'ait du vaccin, entre deux lames de verre, immédiatement après avoir été déposé tout frais sur l'une d'elles.
Le pus desséché et enveloppé, comme il conviént, sera déposé dans un lieu sec et obscur. Je vous dirai bientôt la manière dont il faut s'en servir.
B. La deuxième classe d'instruments, celle des instruments operatifs, est ce qu'il y a de plus simple. Une aiguille, une lancette , une pointe quelconque peut servir. Une lancette étroite ou cannelée, une aiguille à vaccin, voilà mon instrument. Il suffit qu'il soit bien confectionné, bien acéré, bien essuyé et tenu au sec. Je le nettoie de la manière suivante : immédiatement après m'en être servi, j'en lave la pointe avec de la salive, el je l'essuie après sur un linge sec el fin.
Je vous conseille de faire habiluellemenl cela sur une pclilc pelollc, dans la crainle de vous blesser. Il ne m'est jamais arrivé qu'un instrument nettoyé ainsi retînt la moindre parcelle de virus ou contractât de l'oxidalion. S'il s'oxidait, sa pointe serait moins aiguë. Il en résulierait une légère douleur pendant l'inoculation.
Ce mode de nettoiement suffit, bien qu'on ne s'en soit pas contenté dans toutes les inoculations expérimentales. On a non-seulement exigé que les instruments fussent propres, mais encore qu'ils n'aient jamais servi à rien. Que résulte-t-il, messieurs, de ces précautions puériles? Le voici : c'est que l'esprit de l'observateur préoccupé d'écueils chimériques s'égare et néglige les données les plus importantes.
Je vais vous conter à ce propos et pour faire diversion à l'aridité de notre sujet, les infortunes burlesques d'une trop célèbre spatule. Il s'agit dans cette histoire d'une inoculation de pus de singe faite par M. Ricord à Robert de Welz. Notre héroïne chaste et modeste n'avait jamais été souillée par le contact d'aucun pus syphilitique. Néanmoins, elle fut injustement condamnée à être purifiée en public par des lavages et ablutions". J'ai fait l'office de justicier. Dieu sait avec quel impitoyable scrupule, j'ai gratté, raclé, raboté, ratissé, frotté, savonné, inondé et essuyé celle pauvre et innocente spatule , pour laver sa tache imaginaire. Aussi fut-elle agréée par acclamation et unanimement déclarée digne de servir d'entrepôt purulent ? Je fis en conséquence couler sur sa palette luisante, le pus chancreux du macaque. Dans ce pus M. Ricord trempa la pointe d'une lancette neuve. Celte pointe dirigée par la main habile du grand maître, piqua le bras gauche de Robert de Welz. Une pustule caractéristique (ainsi
nommée, je crois, par antiphrase) se montra bientôt Plus
tard, il fut hasardé par la bouche trop zélée ou indiscrète d'un des fidèles, la petite oraison que voici : « La spatule a été lavée , parce » que probablement elle n'était pas propre ; par conséquent, elle au- » rait pu être sale et virulente (qui saii !) au moment de l'expérience; » haro sur la spatule impure, l'expérience ne vaut rien ! » Ce discours n'obtint qu'un succès de ridicule parmi les assistants ; il fut donc désavoué prudemment et séance tenante, par M. Ricord. Pendant qu'on devisait de spatule souillée, des choses pleines d'intérêt demeuraient inaperçues, et j'entendais la voix discrète d'un homme de sens, qui me redisait tout bas la maxime d'un moraliste : Quand on s'occupe trop des petites choses, on devient souvent incapable des grandes{\).
^ (1) Je puis enfin donner des nouvelles de celle spatule qu'on croyiiit perdue. Elle n avait fait que changer de nom et de signalement. Elle vient en ctrct d'ûlrc rclrouvcc
Je vois que cel épisode a le double avaulage de vous égayer el de vous instruire. Miscuit utile dulci.
Permellez-moi, messieurs, d'ajouter, sous forme de conclusion, que les moyens les plus simples sont les meilleurs.
Autant vous dirai-je de l'appareil protecteur; ce qui est le moins compliqué vaut le mieux. La nature en fait souvent tous les frais. Elle dépose tout uniment une croûte sur le chancre. J'aurai bientôt à apprécier, à admirer et à imiter ce procédé simple et ingénieux.
11 a été imaginé un appareil protecteur spécialement destiné à la partie externe du bras. Il ressemble beaucoup à celui dont on se sert pour protéger les cautères. On a eu le soin d'y ménager des ouvertures, destinées à laisser voir les chancres, sans qu'on soit obligé de toucher à l'appareil. Mais ce brassard n'est pas sans inconvénients. En effet, si on le serre un peu fort sur le bras , il irrite el fait souffrir , et dans le cas contraire, il produit le même effet en se déplaçant. Être inutile, c'est là son moindre défaut. Il occupe d'ailleurs trop de place sous les vêtements. Je ne doute pas qu'il ne soit facile de le rendre utile, en lui fesant subir quelques perfectionnements.
:i l'iiôpital du Midi, sous la forme de ciseaux courbes, dans la trousse de M. Paclie où elle se tenait cachée.
On peut voir dans VUnionmédicale, du 31 décembre 1852, une observation curieuse qui constate cette reconnaissance, et voici comment :
M. Puche ayant excisé des végétations avec Icsdits ciseaux, les petites plaies sont devenues des chancres inoculables. Rien n'est plus clair I Les ciseaux seront mis au
même ban que l'infortunée spatule dont je viens de raconter l'édifiante histoire!
La chose est déjà faite. Lisez les réflexions de M. Ricord, àw% Y Union médicale, du 0 janvier 1853.
Triive de plaisanterie. MM. Puche etDolbeau, son interne, ont bienfait de publier cette observation •
A peine ai-je tracé ces lignes, qu'une nouvelle métamorphose de ma spatule me force il reprendre la plume. Je vais m'inspirer de Boileau :
Cesse de te montrer et je cesse d'écrire.
Elle vient de se changer en bistouri, entre les doigts prédestinés du même M. Puclic. En effet, ce médecin inoculant le pus d'une balano-posthite a produit un chancre. Donc le bistouri dont ils'est servi, était ma spatule déguisée, et que je crois appelée à enfanter prodiges et merveilles par de nouvelles transformations.
En même temps que M. Ricord cherche ii étoufler le monstre spatule, M. Vidal s'empresse de lui prodiguer des caresses, M. Puche subit entre les deux chirurgiens do l'Hôpital du Midi, le rôle de l'homme entre deux ûijes et deux m aitr esses.
Trcvc encore de plaisanterie. Si M. Puche a bien fait de publier la première observation, il fera très-bien de mctlre au jour la seconde.
A. -T., lévrier 1853.
N'y a-t-il à garantir qu'un seul chancre, surtout s'il est étendu, ou deux ou trois chancres voisins? On le couvre ou on les couvre d'un verre de montre assez convexe, avec le soin d'interposer un cercle de linge fin, entre les bords du verre et les téguments.
Je reviens à l'appareil par excellence, celui qu'a créé la nature, la croiite en un mot. On peut se procurer celui-là partout, et l'appliquer à toutes les parties de notre corps. Mais le pus devient-il abondant, séreux, difficilement coagulable? La croûte cesse de se former, ou ne se reproduit qu'éphémère (j'étudierai les différentes variétés de cette croûte). C'est alors qu'il faut chercher à la renforcer ou même à la remplacer entièrement par des moyens artificiels.
Je me sers habituellement d'une rondelle de taffetas d'Angleterre, de papier poreux, ou de baudruche, un peu plus large que l'ulcération. Cette rondelle est échancrée, ou bien l'opérateur la soulève à la partie déclive pour favoriser l'écoulement ou la récolte du pus. Quelquefois, le diamètre de ma rondelle de baudruche excède de beaucoup celui du chancre, et je fixe aux téguments la circonférence de celle-là au moyen de collodion, en ayant soin de ménager une ouverture ou une espèce de pont dans le sens de la déclivité.
On peut varier à l'infini les moyens de ce genre; je ne fais que vous donner des indications.
M. Puche ii'y va pas par quatre chemins. Il recouvre les chancres d'inoculation, quelque part et quelque nombreux qu'ils soient, d'un large emplâtre de diachylon ou bien de vigo. Cet emplâtre est renouvelé tous les jours par propreté, Les chancres n'en suppurent que de plus belle par dessous, et la syphilisation se fait sans tambour ni trompette. Personne n'en sait rien, pas même M. Puche.
Des qualités, du choix dn pus ; lymphe virulente.
Ce chapitre est une partie très importante de mon sujet, à laquelle je vous ai déjà un peu initiés. Quand je parle du choix du pus, voici comment cela doit s'entendre : Le virus est habituellement dans le pus qui lui sert de véhicule ; il s'agit donc en réalité du choix du virus. Celui-ci est sécrété par le chancre, sous la forme ou l'enveloppe d'une sérosité transparente et légèrement cilrine. J'appelle celle sérosité: lymphe virulente ou lymphe syphilitique. C'est l'analogue de la lymphe vaccinale. Le pus n'est produit qu'après cette lymphe qu'il semble avoir pour office d'entraîner au-dehors de l'organisme. Aussi la lymphe seule agit-elle plus énergiquement. que lorsqu'elle
est purulente, o'esl-à-dire moii)s concenlrée cl déjà liloignéo du monieiU de sa produclioii? Il est fâcheux qu'on ne puisse pas l'obtenir pure, en assez grande quanlilc pour la conserver aisément. Elle obéit d'ailleurs, de môme que le pus, difficilement à la capillarité quand on lui présente un tube à vaccin.
Voici le moyen de se la procurer. Après avoir bien abstergé le fond d'un chancre, de manière à ce qu'il n'y reste plus de pus, on exerce à l'entourde ce chancre une légère et lente pression, entre deux doigts qu'on tend à rapprocher ; on voit alors sourdre de toute sa surface une sérosité limpide et légèrement citrine. Ce n'est autre chose que la lymphe virulente. Cette lymphe est au moins aussi sûre pour faire une inoculation, que le pus qu'on vient d'absterger. Elle est identique à celle de la vésico-pustule initiale du chancre.
Les chancres produisent des pus de différentes forces suivant a leur origine, b leur manière d'être, c la période où ils sont, d leur nombre, e la nature du terrain, c'est-à-dire l'état de la personne qui les porte.
a Toutes choses étant égales, un pus énergique donnera lieu à un chancre fournissant un pus de môme qualité.
b Des causes d'excitation plus ou moins faciles à apprécier, peuvent augmenter la virulence des chancres. La science est à compléter sous ce rapport (1).
c Un chancre ne produit pas du pus également fort pendant toute sa durée. Il fournit le pus le plus actif quelque temps avant de commencer à décroître (2). Mais je vous signalerai ici une cause d'erreur. L'inflammation peut s'emparer d'un chancre ou une fausse membrane revêtir sa surface, sans que l'activité du travail de sécrétion purulente
(1) Les chancres phagédéniques serpigineux semblent obéir i une sorte de flux et de reflux, au point de vue de la virulence de l'humeur qu'ils sécrètent. L'ulcère a-t-il subi pendant un certain temps un mouvement de cicatrisation ? Tout-à-coup il reprend sa marche envahissante. La cause pliagédénisante semblait s'être épuisée par une sorte de décharge qui avait soulagé l'organisme, lorsque cette cause paraît se raviver et se manifeste par de nouveaux ravages à travers les téguments.
Ces chancres ont en général pour origine un bubon ulcéré qui est symptômatique de la vérole. Le phagédénisme part de l'aine pour s'irradier et s'éloigner de plus en plus de cette région. J'appelle ce phagédénisme, le phagédénisme de dedans en dehors ou le phagédénisme sortant, par opposition avec un autre phagédénisme, que je nomme vhaaédénisme de dehors en dedans ou phagédénisme rentrant.
(2) La note précédente doit peut-être infirmer, dans certains cas, ce que cette dernière phrase a de trop général. L'expérience ultérieure prononcera.
soit l'indice de la plus grande virulence du pus de ce chancre. Le mouvement de cicatrisation qui succède à la diminution de l'inflammation ou à la destruction de la pseudo-membrane, peut donc n'avoir pas été immédiatement précédé par la production du pus le plus fort, parce que le pus sécrété pendant l'un ou l'autre de ces phénomènes (inflammation ou existence de la pseudo-membrane), ne provient pas exclusivement de la cause virulente elle-même.
d Toutes choses étant égales d'ailleurs, plus il existe et surtout plus il a existé récemment de chancres chez un individu, moins est fort le pus actuellement sécrété par les chancres de cet individu.
e Cela nous conduit à l'étude des terrains ; le pus virulent que sécrète un individu est, toutes choses égales, d'autant plus énergique que cet individu constitue pour le virus un terrain plus vierge et plus récemment ensemencé, ou bien que cet individu est placé plus bas dans une échelle de syphilisme que j'ai dressée autre part. L'homme, pour ne citer que quelques exemples, est placé plus bas dans cette échelle, que la femme ; celle-ci plus bas que le singe macaque ; le singe macaque plus bas que le chat , etc. Ne confondez pas celte échelle avec l'échelle syphilitique , au sommet de laquelle l'homme est perché.
On peut commencer la syphilisation d'une personne peu élevée dans l'échelle du syphilisme , par l'inoculation d'un pus faible qui pourra se régénérer sur elle (1). Mais il n'en est pas toujours ainsi. On est souvent obligé de commencer par un pus assez fort , et quand un individu est en cours de syphilisation , quand surtout il a presque atteint l'immunité , il n'est possible de lui inoculer qu'un pus trèsénergique.
Après avoir déterminé la période d'un chancre où il produit le fluide le plus virulent, voyons quels sont, d'une manière absolue, les chancres les plus virulents.
Toutes choses étant égales d'ailleurs, le pus d'un chancre est d'autant plus virulent, que ce pus est plus frais, que ce chancre a été semé sur un terrain vierge ou récemment ensemencé pour la première fois, qu'il est produit par un pus plus virulent lui-même, et qu'enfin, bien entendu, on choisit le pus dans la période de Ja plus grande virulence de ce chancre.
(1) Cette régénération n'a pas toujours lieu. Le virus est comme un germe ; c'est un être, si l'on veut, qui parfois n'a pas même assez de vigueur pour résister aux causes d'épuisement dont il a subi l'action dans un autre organisme.
Il va sans dire qu'on afTaiblil le pus d'aulant plus qu'on le délaye dans une plus grande quanlité de liquide.
Je vous apprendrai bientôt dans quoi et comment il faut le délayer, quand il se trouve sous les espèces de pus desséché. Celte dilution doit alors être bien exactement faite.
Comme un pus très-faible peut se régénérer et un pus quelconque se renforcer dans un terrain vierge , on obtiendrait un pus ayant le maximum de virulence par des inoculations successives, en changeant chaque fois de terrain vierge. C'est pourquoi je remarque dans les inoculations sur lob animaux, bien qu'ils aient plus de syphilisme que l'homme, que j'obtiens des chancres de plus en plus actifs, ou en d'autres termes, des pus de plus en plus forts, au fur et à mesure que je passe plus souvent d'un animal à un autre , et que mes animaux de rechange sont plus nombreux. Ce n'est pas ce qu'on avait cru et ce qu'affirme encore M. Ricord. Il pense au contraire que le pus syphilitique s'épuise vîte sur les animaux, parce qu'ils ne lui servent que de terrain de transplantation (1).
Cette possibilité de régénération et de renforcement du virus, rendrait aisément compte, dans ma manière de voir, de l'explosion ou de l'aggravation de la vérole, quand elle sévit pour la première fois sur une contrée. L'épidémie du 15"^ siècle n'est peut-être qu'une recrudescence ayant la cause que j'indique ici.
(1) A peine M. Cullerier vcnait-il d'imaginer la théorie de transplantation que M. Ricord daignait se l'approprier. M. Vidal dit malicieusement que M. Cullerier eut le bon esprit de ne rien réclamer. Le fait est qu'on n'a pas pris au sérieux cette théorie, et qu'elle est tombée sous le ridicule. Personne ne l'a flagellée avec autant de verve caustique que M. Diday.
Laissons à cette théorie la paix qu'on accorde aux pauvretés d'esprit.
Cette note était écrite lorsque M. fllelchior Robert s'est constitué l'apôtre de la théorie de transplantation.
Qu'on ne me prête donc pas la pensée de vouloir offenser M. Melchior Robert, pas plus que l'honorable M. Cullerier.
La conduite de chacun a sa raison d'être. M. Cullerier a pu imaginer la théorie de transplantation sans être ridicule et absurde, parce que n'ayant pas bien vu la syphilis expérimentale, il croyait néanmoins à ma bonne foi. M. Melchior Robert a dû subir naturellement l'influence, le prestige de son ancien maître M. Ricord.
Mais qui a pu porter M. Ricord a endosser un billet protesté, plus tard, par les verges les plus satiriques de la critique ?
Ah! si M. Ricord, pendant qu'il écrivait ses lettres sur la syphilis, avait eu sur ses genoux, comme moi à présent, une chatte ronflant avec des exostoses et un psoriasit, la théorie de transplantation n'aurait pas pris racine dans son cerveau.
A. -T., février 1853.
0° Manuel opératoire.
Le manuel opératoire est, comme vous le prévoyez, fort simple.
La menstrue virulente, lymphe ou pus, est-elle fraîche ? Il n'y a, bien entendu, aucune préparation à lui faire subir. Est-elle sèche au contraire ? Il importe de la délayer, de la dissoudre dans un peu de salive ou d'eau légèrement tiède. Non pas qu'il soit suffisant de la détremper de salive ou d'eau tiède, et de constituer ensuite par l'agitation une glue plus ou moins fluide. Mais il faut mettre sur la matière desséchée un peu de salive ou d'eau tiède qu'on renouvelle au besoin de moment en moment, et qu'on laisse agir environ pendant un quart d'heure. Alors, on agite délicatement le tout pour faire un mélange (i) complet. Je me suis ainsi servi de pus recueillis depuis plusieurs jours. Néanmoins, il vaut toujours infiniment mieux avoir la lymphe ou le pus frais, et, pour ainsi dire, à l'état le plus vivace. Employés de bras à bras, d'organisme à organisme, ils ont l'un et l'autre une supériorité d'énergie incontestable.
Je suppose qu'on ait le virus sous la forme et dans un état convenables. Il s'agit de s'en servir.
N'ai-je qu'une ou deux inoculations à faire ? Je trempe la pointe de mon aiguille ou de ma lancette dans la matière virulente, ensuite je pique la peau avec cette pointe et de la manière que je vais indiquer.
Mais quand je désire faire un grand nombre d'inoculations (cas dans lequel il faut économiser le temps et le virus) , je trempe dans le liquide un bec de plume assez aigu, de manière à le charger d'un peu de matière; après cela, je me sers de ce bec de plume ainsi chargé pour déposer cinq ou six gouttelettes virulentes, une dans chacun des endroits vers lesquels j'ai l'intention d'inoculer. Après avoir piqué dans chacun de ces endroits et à travers la gouttelette de la manière que je vais dire, je reviens à la charge, en ce sens que je retrempe le bec de ma plume dans la lymphe ou le pus, et que j'en dépose, comme précédemment, des gouttelettes dans cinq ou six autres endroits ; et ainsi de suite jusqu'à ce que mon pus soit épuisé ou que j'aie fait toutes les inoculations que je voulais faire.
Afin de rendre l'observation facile et les séries de cicatricules non disgracieuses, je choisis, autant que possible, pour inoculer, des points symétriquement ou au moins régulièrement placés.
La peau doit être tendue près de l'endroit où l'on va piquer. C'est
(1) Ce mélange est plus facile à obtenir avec la lymphe virulente qu'avec le pus ; elle est plus miscible h Teau et b la salive.
un moyen de simplifier la petite manœuvre el d'empôcher qu'elle ne soit accompagnée de la moindre douleur. Est-il question, par exemple, d'une partie étroite du bras? On obtient la tension de la peau en embrassant cette partie de membre dans la concavilé d'une main mise en supination, tandis qu'on fait la piqûre de l'autre. S'agit- il d'une région à surface large? On tend la membrane tégumentaire entre le pouce et un ou plusieurs doigts de la main gauche, obliquement appliqués sur elle par leur pulpe. La main droite se charge alors de l'opération ou vice versâ.
Quelquefois je me borne à tendre la peau du côté opposé à la direction de mon instrument inoculateur. D'autres fois, je fais tendre cette peau en tout ou en partie par un aide, ou par le sujet de la sypbilisation. Mais dispensez-moi de vous apprendre des choses si faciles !
Quand on fait beaucoup de piqûres ensemble, à quoi bon y apporter une minutieuse attention ? Ne suffit-il pas qu'elles soient imperceptibles pour la sensibilité du sujet, et que la plupart réussissent. Mais ne fait-on qu'une ou deux piqûres? Op5re-t-on devant témoins, et surtout devant une commission hostile ? Tient-on beaucoup , en un mot, au résultat de chaque piqûre ? Voici comment il faut manœuvrer l'aiguille ou la lancette, en se servant de la main droite, à moins qu'on ne soit gaucher ou ambidextre.
Direction de l'instrument. — Le mieux est que l'aiguille fasse avec l'horizon un angle de 25" environ (angle droit de cent degrés).
Profondeur. — Comme on ne fait pas d'inoculations dans les endroits où l'épiderme est épais, il suffit d'enfoncer l'aiguille d'un millimètre.
Vitesse. — Mais faut-il l'enfoncer vivement ou lentement? Vivement si vous avez la main sûre el une grande habitude ; lentement dans le cas contraire ; et alors, s'il s'agit de l'aiguille et que vous lui fassiez exécuter un léger mouvement de vrille, l'inoculé ne sentira rien (voir l'indication du mouvement suivant).
Mouvement de bascule et de rotation de V instrument. — La menstrue du virus est gluante. Elle ne coule donc pas aisément. On facilite son écoulement et on lui laisse le temps de se faire, en exécutant lentement avec l'extrémité de l'aiguille ou de la lancette , un léger mouvement de bascule et de torsion combinées. Puis, on laisse l'instrument, pendant quelques secondes, dans la position déterminée par ce double mouvement.
Est-il besoin d'attendre le dessèchement de la petite piqûre, pour remettre les vêtements ou les draps de lit sur la partie piquée? Non, car le pus est parfaitement à l'abri sous l'épiderme, dans une piqiire étroite.
Il u'esl pas non plus nécessaire , ni toujours possible de lecourir à la solennelle apposition d'un verre de montre sur la piqûre pour la garantir de toute souillure ultérieure, précaution superdue pour la science et gênante pour le sujet !
Je ne parle pas des cas où vous pourriez vous méfier de quelqu'un et avoir le désir de mettre un cachet autour du verre ou par dessus lui, afin de vous assurer qu'il n'y sera pas touché en votre absence.
Il est bien vrai que M. Ricord ne se borne pas toujours à une simple piqûre. Il entame et irrite plus que moi les tissus; il salit en outre l'extérieur de la piqûre par le dépôt de force pus virulent. Le principal inconvénient de cette manière de faire que j'ai critiquée dans mon mémoii'e. des Archives générales de médecine, est de produire une irritation mécanique qui masque ou simule le premier travail provoqué par le virus. Serait-ce donc que, pour M. Ricord et sa méthode, le verre de montre puisse paraître réellement de mise? J'en doute pourtant !
Quant au siège des piqûres, je ne veux répéter ici qu'une chose, c'est qu'il faut éviter aux membi'es le voisinage des veines céphaliques, basiliques et saphènes internes, et au ventre celui des vaisseaux sous-cutanés abdominaux.
Enfin, quel espace faut-il laisser entre les piqûres? Il doit être assez considérable, de quatre à cinq centimètres, dans le commencement de la syphilisation, lorsque les chancres peu nombreux sont sujets à s'étendre. Mais vers le milieu et surtout vers la fin de la syphilisation (ou même dans le commencement, quand on débute par un grand nombre d'inoculations à la fois), on peut, sans inconvénient, rapprocher beaucoup plus les piqûres les unes des autres. On va jusqu'à ne mettre qu'un centimètre et même moins de distance entr'elles. En effet, on ne peut avoir à craindre, dans ces conditions, ni l'inflammation ni l'extension des chancres. Cela est pour le syphilisateur, une question d'habitude, de pratique. On ne naît pas syphilisateur, on le devient.
Messieurs, je terminerai cette leçon en vous priant d'excuser la longueur, la minutie (la superfluité, peut-être, pour plusieurs d'entre vous) de ces détails. Ils ne vous paraîtront jamais aussi fastidieux que je vous trouve indulgents pour moi. Celte longue séance vient d'être consacrée à l'exposition de l'art du syphilisateur. Ars longa ! Voici d'ailleurs ma justification : I'art détaille et la science généralise.
Puisse-t-on ne pas me reprocher plus aigrement mes généralisations que mes détails !
7« Leçon, Dimanche 11 Janvier 18^2.
Messieurs , dimanche dernier (1), nous avons étudié loul ce qui a irait à l'opération de la syphilisation. Nous allons examiner aujour-
(1) Dans le feuillelon de ma dernière leçon j'ai lancé une flèche dénonciatrice au camp de ceux qui conspirent contre la syphilisation. Le chef des complices a été atteint, et c'est M. A. Latour qui a crié dans le bas étage de Vunion médicale :
Quand se sentant morveux, le roi Mirzin se couche, Un visir à sa place éternue et se mouche.
M. Latour a imaginé de reproduire ma note sans son commencement ni sa lin. Il l'a montrée sans queue ni tête pour en changer la signiflcation et en diminuer l'importance. Il se trahit lui-même et dévoile sa tactique en disant quelques lignes plus bas, à propos de l'extrait d'une brochure dont il veut faire valoir l'auteur : « Je romprais, w certainement au désavantage de l'œuvre, le lien qui unit ce passage ii ce qui précède » et à ce qui suit, m De façon qu'il craint , dans sa justice distributive , de déprécier line brochure par la reproduction de pages entières qu'il a choisies pour faire ressortir la valeur de l'œuvre, tandis qu'il n'hésite pas à juger tout un enseignement, tout un dogme réformateur dans la science , par la citation tronquée et malveillante de quelques lignes prises dans une note qui avait été jetée au bas d'une page !
Bref, M. Latour part de cette citation mutilée pour se voiler la face et déplorer que des choses semblables s'impriment et voient le jour.
Dans cet heureux pays qui lui donna naissance,
— Ah! M. Latour, soyez moins prude! —
Car l'on trouve toujours, quoi qu'on en puisse dire , Un journal, pour les prendre , et un pour les transcrire.
— Mais,
D'où vient que vous semblez avoir été choqué? De vous , sans le savoir, me serais-je moqué ? Pensez-vous qu'en parlant des plus vîles matières , J'aie omis la raison et les bonnes manières ?
Voyons : j'ai dénoncé des vices honteux, des passions coupables ; la vénalité , la déloyauté, le mensonge, la calomnie, etc. Niez-vous qu'elles existent? Ne les connaissez-vous pas bien ? Les mots qui m'ont servi à les désigner ne sont-ils pas reçus dans la langue? Vous n'auriez pas voulu, sans doute, que je fisse de beaux portraits n'ayant que de méchants modèles, et vous n'allez pas jusqu'à prétendre nous imposer le rôle débonnaire d'accepter la persécution sans rien dirOr!
Pourquoi donc vous étonner qu'un journal ouvre ses colonnes à nos plaintes ? Il fait preuve en cela de justice et de dévouement b la science.
Ce qu'il faudrait au contraire stygmatiser dans la presse :
c'est , l'insinuation mensongère sous les apparences perfides de la modération !
c'est, le chantage .'
C'est l'article vénal.... quelle que soit la monnaie dont on le paie!
C'est. •
M. Latour, quel motif avez-vous de n'être pas de notre avis? Mais, puisqu'à propos d'une découverte que j'ai faite , vous voulez frapper l'inventeur pour étoufier la chose, c'est l'inventeur lui-même qui vous répondra, et quelque ■vivacité
d'hui lés phénomcjnes qni se passent chez ceux qui ont été inoculés dans (les conditions diverses; phénomènes immédiats ou ultérieurs, locaux ou généraux.
qu'il mette dans ses répliques, la modération n'en restera pas moins de son côté, parce que le méchant n'est pas celui qui se détend, unguibus et rostro , mais celui qui attaque sans raison. C'est pourquoi , je compte , pour me soutenir dans la lutte, sur l'appui des hommes de cœur et des gens de bien. Chacun pensera que la vigueur de ma riposte est justifiée par l'odieux de l'attaque et atténuée par la nature dei publications de l'Union Médicale.
D'ailleurs, n'avez-vous pas vous-même besoin d'indulgence? Pourquoi dès lors cr.itiquez-vous sans trêve ni merci ce que j'écris , absolument comme si je faisais métier de ma plume? Etes-vous coraplbtement exempt de reproches sous ce rapport? Je ne le crois pas ; car voici, par exemple, ce que vous dites, après avoir vertement cité, tronqué et critiqué ma phrase :
« Ces lignes de critique honnête et modérée sont signées Àuzias Turenne.
» Rinçons-noMs vite la bouche, et je trouve à point, pour cela, quelques belles pages » de M. Pidoux. Quel puissant et énergique critique ! et quel dommage que sa formule » doctrinale reste encore, pour moi du moins, enveloppée d'une sorte de brouillard que » je ne puis percer. »
N'est-ce pas là un assortiment merveilleux de mots I Quelle forme de langag saisissante! Quel atticisme ! Ah ! vous êtes un Aristarque bien distingué ! Vous, qui vous rincez la bouche a\ec des pages, et quelles pages! Celle d'un puissant et énergique critique, dont la formule doctrinale est enveloppée de brouillards...., pour vous du moins qui ne pouvez les percer: Voilà, certes, une ieWe phrase rince-bouche qui n'est pas du tout enveloppée de brouillards ; je m'en rince les mains.
Puis-je compter, M. Latour, que vous aurez l'obligeante attention d'encadrer quelquesunes des lignes qui précèdent dans vos prochbines causeries hebdomadaires?
Décidément, si la syphilisation est le delenda Carthago de M. Latour, elle ne lui porte pas bonheur en fait de style. Le Caton de l'f^mon Médicale ne saurait nous» adresser la moindre provocation, sans jeter en même temps un défi à Vaugelas. Voici, en effet, dans quelle phraséologie anti-grammaticale (Union Médicale du 7 mai, bas étagc)s M. Latour entonne le récit des merveilles et prodiges de la rotation des tables, après s'être fait litière du magnétisme, de Vhomœopathie et de la phrénologie :
« Que dirai-je de la syphilisation? si ce n'est de rappeler (dire de rappeler ! ) aux » lecteurs, les aménités dont m'honorent à cette heure (élégant pléonasme!) les » syphilisateurs en déroute (vantard ! ) et le rôle que j'ai joué dans ce journal , dans » (heureuse répétition 1) la discussion soulevée par les prétentions de cette (ce, cette!!! ) » doctrine (les syphilisateurs? ) »
Voilà ce qui s'appelle les aménités académiques de M. Latour.
Ah! de grâce, Monsieur Latour, faites moins tourner les tables et tournez mieux vos phrases.
Ou plutôt, retournez à l'école.
Cela me remet en mémoire un renseignement. Il m'est avis que vous avez autrefois dispensé des pensums dans le pays où par ressouvenir , sans doute, vous lances des avertissements aux journalistes honorables et indépendants qui se moquent de l'espèce de veto que vous avez fulminé contre la publication de mon cours.
Donnez trêve. Monsieur, à vos réminiscences pédagogiques, gardez vos leçons de patois et veuillez demeurer à mon égard, dans les limites d'une critique qui se respecte.
J'arrive à la lettre peu scientifique de M, Melchior Robert, pour n'y pas repondre, et remercier mes collaborateurs des sentiments qu'ils veulent bien exprimer à mon égard.
Il se présenle, loul de suite, une queslion qui a excité iongtenipi;, et qui excite encore aujourd'hui la sagacité, non seulement des médecins philosophes, mais encore des praticiens. Y a-t-il une incubation syphilitique? C'est-à-dire, le virus déposé dans l'épaisseur du derme ou sous l'épiderme, puis absorbé, imprime-t-il, en silence, à l'économie tout entière une modification primordiale, à laquelle soit subor-
Je veux aussi les féliciter du loyal exemple qu'ils ont donné à l'Union Médicale, par l'insertion bénévole de la réclamation , quoique assez vive , pour ne pas dire plus, d'un confrère qui s'imagine avoir été offensé. L'Union Médicale adresse-i-clle li mes amis de mauvaises paroles et un méchant conseil ? Vtte ils répondent par un bon exemple et une bonne action.
Il est aisé de comprendre , et mes collaborateurs le savent bien , que cette note qui semble peser tant ii M. Melohior Robert, est antérieure par sa rédaction k la réponse légale qu'il m'a contraint de lui faire dans l'Union Médicale. Sans cela , aurais-je commis la bévue de jeter pierrete à celui que je venais d'asséner d'un bloc ? Non. M. Melchior Robert ne m'avait point répondu, parce qu'il n'y avait rien à répondre.
Aujourd'hui je n'ai rien non plus !i lui dire , ayant l'oubli des injures aussi facile et prompt que la répartie.
Je n'ai jamais eu d'intention malveillante à l'égard de M. Melchior Robert. Je me suis 'rouvé vis-ii-vis de lui en état de légitime défense. J'ai riposté aux traits qu'il m'avait décochés sans nulle provocation de ma part. Il voulait me flétrir ; je n'ai pas voulu être flétri par lui , pas plus que par personne. De quoi se mêlait-il ?
Si le mot bévue signifie autre chose à Blarseille qu'à Paris, s'il ne vient pas de bis videre, voir double , c'est-'a-dire, autrement que les choses ne sont, je le retire à l'instant , car j'ai beaucoup à cœur de rester à jamais en paix avec tous mes compatriotes; Oui! je puis légitimenent parodier l'exclamation d'un peintre célèbre et dire avec orgueil : et moi aussi je suis provençal. Je suis même un peu Robert, sans me vanter ( les malins feront au moins là-dessus deux calembourgs), étant né à Pertuis dans l'ancienne généralité d'Aix, où mon grand-père maternel , du nom de Silvy, avait épousé une demoiselle Robert, et exerçait la médecine.
Rinçons-nous vite la bouche , et je trouve à point pour cela quelques belles pages de M. Cornet dans l'Abeille Médicale du 25 avril, sa phrase n'est pas du tout enveloppée de brouillards.
Il dit d'un chat, un chat; de Rollet, un fripon.
Il démontre péremptoirement qu'on a fait justice sommaire de la syphilisation , et que les balances de la justice ont chancelé, parce que ceux qui les tenaient s'en servaient pour eux-mêmes, en y jetant toutes sortes de faux poids. Il en appelle donc des arrêts des commissions et des Académies au tribunal souverain de l'opinion publique.
M . Comet accompagne cet appel comme d'abus de quelques-unes de ces bonnes paroles qui vont au cœur. Dire qu'elles m'ont touché est un aveu qui le touchera plus lui-même, j'en suis sûr, qu'aucune expression de gratitude.