CHAPITRE VIL
GOHBATS ET ACnom PARTIGULIfiEES.
On donne le nom de ewnhat à un engagement partiel , au ehoe de deux corps faisant partie de deux armées ennemies. Il est rare qu'un combat ne soit pas , proportion ^rdée , plus meurtrier qu'une grande bataille ; et souvent , quand les parties engagées sont nom* breuses » qualifie-t-on de bataille ce qui , à la rigueur de la défini* tien , ne devrait être qu'un simple combat. Mais il ne faut pas mettn à ces définitions plus d'importance qu'elles n'en méritent , car le nom ne fait nen à la chose , et l'on peut dire qu'un combat est une petite bataille , comme une bataille est un grand combat
Le combat peut s'engager entre deux corps d'infanterie, entra deux corps de cavalerie , ou bien entre une troupe d'infanterie et une troupe de cavalerie , entre une troupe qui a du canon et une qui n'en a pas. Il peut avoir lieu en rase campagne ou dans des retranchements , etc. tl convient d'examiner ces difiérents cas , bien que le plus souvent il y ait de tout cela à la fois dans un engage* ment. C'est que , pour l'enseignement , il convient de simplifier les questions, et de les dégager de tout ce qui est étranger à l'objet spécial qu'on a en vue.
S I . GOIIBAT n'iNFANTHUS CM>NTBB INFANTEIUB.
Un combat d'infanterie contre des troupes de la même arme offre la véritable image d'une bataille : tirailleurs en avant pour engager l'action , première ligne déployée pour le feu , seconde ligne abritée par des accidents de terrain et hors de la portée du fusil ,
GCMtÂTS BT ACTIONS PARTICULIÈRIS. 5t5l
quelques masses sur \^ a^las et en ^ésenre potir empêcher d'Mre tourné Mci , lee soldatâ lee mieux armes et les mieux exercés au tir ont Tavâutage, car on est très-rapproché, et l'action qui s'est engagée par le feu se soutient de même assez longtemps « attendu que tt'ayant ni cavalerie , ni artillerie pour entamef ou ébranler Vetinemi , il faut éclaircir ses rangs avant de l'aborder de plus près.
C'est dans un combat de quelques bataillons seulement que ceri^nes manœuvres indiquées par les règlemet^s , telles que les formations en bataille à distance entière, les changements de liront de toute une ligne , les feux de chaussée , etc. , peuvent recevoir leur application et être utiles à la troupe qui saura les exécuter avec promptitude et précision *. l'étude des règlements est donc principalement utile pour les engagements partiels, pour les combatd. Dans les affaires plus générales les mouvements se simplifienl , et il n'y a plus que les ploiements et les déploiements des colonnes , le passage des Hgnes , la formation des carrés , celle des échelons, etc. , qui soient d'un usage habituel, liais nous n'avons point à développa ici les manoeuvres du règlement; nous les supposons connues.
La première attention d'un chef qui prévoit un engagement est de faire prendre quelque nourriture à sa troupe ; car une fois engagé <m n'y peut plus penser, et cependant on né saurait attendre des «barges bien vigoureuses de soldats affaiblis par la faim« Si la SMson «st Hf^ureuse il faut aussi éviter de traverser un gué pour marcher à l'eanemi , parce que les membres transis de froidure ne sont pas «giles, et qu'un soldat mouillé est, dans ces circonstances, un solliât à demi battu. Il y a cependant exception si on passé l'eau pour croiser le fer, parce quêta chaleur de l'action fait qu'on ne s'aperçoit pà» des intontéftients qui viennent d'être signalés , et qu'un pareil mouvement a quelque chose d'audacieux qui ne peut que contribuer «& succès.
Il est de rigueur» avant le eomlwt f de faire l'ilispeétioâ ded armes povR* voir si elles sont en étal^ si rien n'y manque , si les gibérneâ sont pleines, etc< Le général rassemble les chefs et leur fait part de siB intentions , de ses espérances ^ ainsi que de ce qu'il sait des pr(h jets de l'ennemi. Il les encourage par la confiance qu'il leur accorde et excite leur émulation. Il leur recommande par-déssus tout de se soutenir réciproquement, d'évitef les efforts partiels, de mettre de l'impétuosité et de l'ensemble dans leurs attaques, de donner rexeni^le à lears soldats , et de ne ri^ UtB que de digneet de con*
* Si M tvottpe èM péa MtÈÊstèiaiBè , è&é né tarlM epi^ûM sétiTc li^e et one
262 COMBATS BT ACTIONS PARTICOLIÈRBS.
forme à llionneor. Il convient avec eux d'un lieu de ralliememt en cas de revers , et les renvoie à ieucB corps respectifs.
Si le combat est prévu , la troupe se met en grande tenue ; elle doit cette politesse à un ennemi qu'elle estime. Une troupe qui a belle apparence est d'ailleurs plus disposée à bien faire son devoir.
En plaine. — L'action commence par les tirailleurs qui se répandent en avant jusqu'à une assez grande distance pour couvrir les déploiements; et quand, au bout d'un temps plus ou moins long , ces tirailleurs ont démasqué le front et se sont ralliés à leurs bataillons, les feux de la ligne commencent. On ne doit pas tirer de trop loin , car alors les coups sont perdus ; il ne faut pas non plus, par un excès de confiance qui a été quelquefois funeste , attendre pour commencer que l'ennemi soit trop près, parce qu'ayant à soutenir plusieurs décharges les rangs s'éclaircissent, d'autant plus que les premiers feux sont toujours les mieux dirigés. Le feu de bilbaude est à peu près le seul qu'on emploie parce que le feu de pelotons a de la peine à se soutenir, qu'il amène de la confusion dans le commandement, et que le soldat ne peut tirer juste qu'autant qu'on lui laisse toute liberté. Cependant il est des cas où le feu de bataillon ou de demi-bataillon produit un bon effet; c'est, en particulier, lorsqu'il s'agit de recevoir de pied ferme une troupe qui s'avance audacieusement l'arme au bras. Dans ce cas il n'est point nécessaire de commencer à tirer d'aussi loin qu'on vient de dire; il convient, au contraire, d'opposer audace à audace, et d'attendre que l'ennemi soit à trente ou quarante pas pour lui lâcher un feu bien ajusté et se précipiter sur lui la baïonnette en avant, sans recharger. Quand on tire de loin sur une troupe qui s'avance ainsi , on lui fait peu de mal , et son ardeur en redouËle; rien alors ne peut plus la retenir. Si, au contraire, on l'attend sans faire feu, cette contenance intimide les plus courageux, et, quand vient la décharge, la troupe attaquante est bien près de lâcher pied. Si donc celle qui se défend saisit le moment et fait succéder à la décharge meurtrière une attaque impétueuse à l'arme blanche, elle restera kès-probablement maîtresse du terrain.
Lorsque la fusillade s'engage des deux côtés, on peut gagner insensiblement du terrain par ce mouvement instinctif du soldat qui le pousse à s'avancer sur son adversaire quand il croit lui être supé* rieur» d'est ainsi que, sans mouvement apparent, sans manœuvre commandée, on voit une des ailes se porter en avant, petit à petit, signe infaillible d'un succès de ce côté. Alors on doit faire approcher une troupe de réserve et la déployer contre le flanc déjà ébranlé de
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rennemi, ou la faire immédiatement charger en colonne. Si cette attaque a du succès , toute la ligne s^avance et aborde l'ennemi à la baïonnette en marchant en bataille ou en se formant en colonnes d'attaque par bataillons, avec les tirailleurs dans les intervalles.
Ce dernier parti est le préférable dans les cas ordinaires : les chefs animent les colonnes et remédient au désordre presque inévitable à la tête, qui a beaucoup à soufifrir et que le mouvement désunit. Aussitôt qu'un bataillon a rompu l'ennemi , il se dispose à prendre en flanc les troupes voisines qui conserveraient encore leurs rangs. Pour cela , chaque colonne doit être prête à se partager en deux et à marcher par les deux flancs : c'est à quoi est éminemment propre la colonne d'attaque. Une fois l'ennemi enfoncé ainsi sur deux ou trois points, sa ligne sera bientôt dispersée.
Mais , quand les deux corps sont très-rapprochés , il vaut quelquefois mieux charger de front et dans l'ordre déployé que de perdre du temps à former les colonnes d'attaque. Si on conduit des bataillons bien exercés , ce dernier moyen est très-efficace pour enfoncer l'ennemi quand on lui voit montrer de l'hésitation , ou qu'il a déjà éprouvé de grandes pertes. En l'abordant ainsi partout à la fois , on lui ôte tout moyen de former des ouvertures pour laisser passer les assaillants et les envelopper ensuite. C'est à quoi serait bien propre le doublement des rangs dont nous avons déjà parlé au sujet de la défense d'une vallée , et qui est surtout convenable pour des troupes qui , comme les nôtres , se forment sur deux rangs.
Quelquefois encore, on marchera à l'ennemi avec les bataillons partie déployés, partie formés en colonn&s. Pendant que ces derniers doublent leurs divisions, les tirailleurs les couvrent, et les autres bataillons continuent leur feu. Toute la ligne s'ébranle ensuite : les bataillons déployés font halte à petite distance et soutiennent le feu, les colonnes se précipitent sur l'ennemi, percent la ligne et menacent ses flancs. Les bataillons déployés s'avancent alors et achèvent de balayer le terrain. Ils s'appuient ainsi et favorisent mutuellement leur action. L'ordre mi-parti de bataillons déployés et de bataillons en masse se prend quelquefois dès le début de l'action, dans l'intention de donner plus de consistance à la ligne, tout en conservant l'avantage des feux. C'est lorsqu'on se propose d'agir offensivement sur un point déterminé de la ligne ennemie, d'enlever la clef du champ de bataille, etc. A la bataille de Fuentesrde- Honor, en 48H , une brigade composée de cinq bataillons, en avait trois en colonnes serrées par division, et les deux intermédiaires déployés. Le général Bonaparte avait, dans sa belle campagne d'Ita-* lie, donné l'exemple de cette disposition : au passage à gué du Ta-
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gliamento chaque régiment, ou demi-brigade, comme on les appelait alora, déploya un de ses bataillons et forma les deux autres en colonnes serrées sur les ailes du premier. Mais, le plussouyent, cet ordre d'attaque résulte de ce qu'au moment de se porter sur Tennemi, quelques bataillons se sont formés en colonnes, tandis que d'autres, mieux placés pour faire usage de leurs feux, sont re^ déployés. Les vides qui se forment alors dans la ligne sont remplis par des chaînes de tirailleurs.
La règle dans les charges est qu'une fois entamées il faut les poos* ser à fond, ne plus tirer un seul coup de fusil, mais se jeter le plus promptament possible sur Tennemi, tant pour éluder son feu que pour le culbuter par la force du choc. On ne croise la baïonnette qu'à dix pas de lui ; jusque-là on marche Tarme au bras pour ne pas se désunir. U n'y a rien de plus imposant qu'une colonne s*avançant ainsi au pas de charge ; la terre en tremble.
Quand l'ennemi est enfoncé, on lâche quelques compagnies à ses trousaes, et l'on reprend ses rangs pour renouveler, s'il le faut, le combat avec la seconde ligne ou les réserves. Ne vous arrêtez cepen* dant que le temps nécessaire pour vous rallier, et marchez hardi« ment à cette seconde ligne qui, découragée de l'échec que vient de recevoir la première, désorganisée peut-être par la retraite précipitée des bataillons enfoncés, ne fera probablement qu'une faible résistance.
Si le combat est opiniâtre et que votre première ligne ait beau* coup souffert, faites avancer la seconde et opérez le passage des lignes en avant, en faisant former en masses les bataillons de la seconde ligne, et les conduisant au pas de charge par les intervalles ouverts instantanément dans la première. Ce mouvement offensif, couvert par les tirailleurs, ébranlera l'ennemi ; il ne soutiendra que difficilement le feu de ces bataillons qui viennent de se déployer, eC qui ont des troupes fraîches à opposer à des troupes harassées. Ici, il faut remarquer que, si le passage des lignes s'était opéré par un mouvement de retraite, en faisant passer les bataillons de la première ligne derrière ceux de la seconde, le succès serait beaucoup plus douteux. Tout mouvement rétrograde est dangereux, parce que le moral du soldat eu est affecté. Se retirer est, aux yeux du p4us grand nombre, avouer qu'on est battu. Il faut surtout éviter les mouvements en arrière avec des troupes peu expérimentées, qui se troublent aisément.
Cependant, la première ligne, devenue seconde, se reforme, em« porte ses blessés, prend du repos et se dispose à de nouveaux efforts pour terminer le combati
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Mais la fortune peut aussi vous être contraire ; vous commencez à
vous en apercevoir au terrain que vos troupes abandonnent involontairement, et à Tespèce de désordre et de fluctuation qui se manifestent dans leurs rangs. Alors, vous faites approcher une partie de vos réserves, et si ces nouvelles troupes ne rétablissent pas le combat, le moment est venu de commencer la retraite. Déjà la première ligne s'est rapprochée malgré elle de la seconde; peut-être même en est-elle si près que pour éviter la confusion il n'y a plus un instant à perdre, et qu'on doit ordonner immédiatement le passage des lignes en retraite. Il s'exécute par pelotons, suivant le r^lement français, parce qu'ainsi la seconde ligne est plus promptement déployée ; et il est ui^ent qu'elle le soit quand l'ennemi vous mène ainsi tambour battant. Si la première ligne se retire en ordre, elle s'arrête à trois ou quatre cents pas en arrière et fait face en tète ; mais, si quelques bataillons sont à la débandade, comme cela n'arrive que trop souvent, leurs chefs se saisissent des drapeaux, se font suivre de quelques tambours, et, se portant dans un endroit bien visible, il§ y plantent le signe du ralliement et font battre pour y appeler les soldats épars.
Cependant la seconde ligne ne peut pas tenir longtemps contre des troupes victorieuses ; elle commence avec ordre sa retraite, soit en bataille marchant lentement et à front renversé, puis faisant halte pour se retourner contre l'ennemi et l'arrêter par des décharges bien nourries, soit en échiquier par bataillons ou demi-batail* Ions, soit enfin en échelons quand une des ailes est moins pressée que l'autre. En même temps, on jette sur les flancs tout ce qu'on peut de ^tirailleurs pour ralentir l'ardeur des poursuivants. C'est aussi le moment d'employer ce qui reste de troupes qui n'auraient pas encore combattu. Ces dernières, traversant la ligne, se précipitent sur l'ennemi la baïonnette en avant et, par cette attaque vigoureuse, elles suspendent sa marche, l'obligent à se tenir sur ses gardes et à ne s'avancer qu'avec circonspection. On tâche ainsi de défendre pied à pied te champ de bataille jusqu'à la nuit. Les petits bagages et les blessés ont pris les devants, pour ne pas être une cause d'embarras et d'encombrement dans la retraite. Si quelque défilé, tel qu'un pont, une chaussée entre marais, 'etc., s'ofifre à la troupe en retraite, elle doit reformer sa ligne en avant, tenir ferme et commencer, sous la protection d'un feu bien nourri, la manœuvrer connue sous le nom de passage du défilé en retraite. Elle se fait par une seule aile, ou par les deux, suivant que le défilé se trouve placé derrière la ligne. La troupe se reforme de l'autre côté quand le défilé a peu de longueur ; dans le cas contraire, et si l'ennemi ne
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renonce fMis à sa poursuite, elle le défend de position en position en profitant des avantages que le terrain lui offre , ou par le feu de chaussée en retraite quand tout déploiement devient impossible par le manque d'espace. Dans un défilé de montagnes, on pourra peutêtre dresser quelque embuscade à un ennemi trop ardent. Cest un moyen sur lequel il ne faut pas trop compter, mais qui réussit encore, quoique bien usé. Rien n'est à négliger quand il s'agit de se tirer d'embarras.
Il peut arriver, et il n'arrive que trop souvent, surtout dans des combats ou actions particulières, qu'après avoir disputé longtemps le terrain à des forces supérieures, on finit par être entièrement enveloppé. La position est certainement critique, mais ce n'est pas toujours une raison de mettre bas les armes. Au contraire, rassemblant toutes ses forces avant d'être serré de trop près , on se précipite tète baissée sur l'ennemi, dans l'endroit où il paraît le plus faible, ou du côté où l'on a le plus de chance de lui échapper. La fortune sourit ordinairement à de pareilles déterminations; la ligne enveloppante, amincie par son développement mêofie, est percée, et tout ou partie des défenseurs passe sur le corps des attaquants et leur échappe glorieusement. C'est ainsi qu'en 4795, le général piémontais Roccaviva, entouré à Loano par une division française, refusa de se rendre, et, se précipitant en masse sur la ligne qui l'enfermait, la perça et rejoignit l'armée autrichienne. Si le succès ne couronnait pas une telle résolution digne toujours des grands cœurs, l'honneur des armes serait du moins sauvé.
Sur des fcau^eurs.—- Mais on ne combat 'pas toujours dans une plaine ; le plus souvent, au contraire, l'ennemi occupe des hauteurs ou d'autres positions favorables. C'est là qu'il faut aller le chercher quand on ne peut pas le tourner.
Or on attaque une hauteur de front ou par le côté. Le plus souvent on emploie les deux mA^ens réunis, parce qu'il est nécessaire de diviser l'attention de 1 ennemi. Sans cela il aurait trop d'avantage sur vous. Si le défenseur est à découvert, s'il n'occupe que les pentes et non le sommet, on peut commencer par des feux pour éclaircir ses rangs, et surtout par des feux de tirailleurs, qui, embrassant un cercle plus grand , donneront moins de prise et feront convei^;er leurs coups sur le point d'attaque. Mais cette tiraillerie n'est pas de longue durée; les colonnes qui s'avancent y mettent bientôt fin; l'arme au bras, elles gravissent les hauteurs d'un pas lent, et en sarrêtant quelquefois pour respirer. Ce n'est que lorsqu'elles sont tout près qu'elles croisent la baïonnette et accélèrent le pas pour se
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jeter sur l'ennemi, si celui-ci n'a pas déjà abandonné sa position. Les colonnes doivent plutôt être nombreuses que profondes ; trop de longueur les rendrait lourdes, et elles ofifriraient trop de prise aux coups de Tennemi. Il est essentiel qu'aucune colonne ne s' aven-, ture plus que les autres, afin qu'il y ait de Tensemble dans l'attaque. Âutrenfient on risque de la voir échouer.
L'ennemi occupe-t-il tout à fait la hauteur, il est inutile de tirailler, parce que le terrain le cache, à moins toutefois qu'il n'ait luimême des tirailleurs sur la pente. Les colonnes , prêtes à joindre l'ennemi, après avoir gravi la hauteur, s'arrêtent pour se reformer et prendre haleine, surtout lorsque, par la forme du terrain et par la position retirée de l'ennemi, on n'en est point encore vu, comme on ne le voit point. On doit s'attendre à une bonne réception et à des décharges meurtrières ; car le défenseur, aux trois quarts couvert par le terrain, a tout l'avantage quand vous paraissez : il est déployé, et vous êtes en colonne ; il est frais, et vous êtes fatigués. Il faudra donc l'aborder avec la plus grande impétuosité et ne lui permettre, s'il est possible, qu'une seule décharge. Vous pourriez même user de ruse pour le^ dégarnir de son feu ; envoyer d'abord quelques tirailleurs, et, sous leur protection, vous avancer aussi près que possible en vous courbant, montrer les shakos au bout des baïonnettes, et, si les coups partent, vous lever tout à coup et vous précipiter sur l'ennemi.
Mais, toujours, les colonnes doivent être accompagnées de nombreux tirailleurs qui remplissent leurs intervalles et couvrent leurs flancs. Ces tirailleurs, plus serrés que de coutume, redoublent la vivacité de leurs feux; ils opposent, pour ainsi dire, une ligne déployée à la ligne ennemie et préparent le succès de l'attaque. .
La conduite à tenir dans la défense des hauteurs est tracée par ce qui précède; nous ajouterons seulement qu'après avoir reçu, par un feu bien dirigé, les premières troupes qui se sont montrées, il faut, sans recharger, s'avancer en bataille et se jeter sur elles avec résolution ; puis, quand on les a repoussées, reprendre sa première position en se couvrant toujours du terrain. C'est le moyen que les Anglaisent, plus d'une fois, employé avec succès contre les attaques en colonnes des troupes françaises, et notamment sur les hauteurs de Pampelune, dans la campagne de 48i3. Si Ton ne s'arrêtait pas pour aller reprendre position après avoir repoussé l'ennemi, on courrait le risque de donner dans le piège d'une fuite simuléeet de se faire battre au pied des pentes. Cela s'est vu plus d'une fois, et le même accident peut arriver à toute troupe qui s'abandonne à une poursuite inconsidérée, surtout lorsqu'elle est comparativement faible ,
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comme le suppose son attitude dans la circonstance actuelle. H faut donc user d'autant de prudence que de vigueur dans la défense d'une colline, d'un plateau, etc.
Si TOUS avez quelques fortifications sur la hauteur, gardez-voos d'en masquer les feux ; vous n'en tireriez aucune protection. Le général Taupin, à la bataille de Toulouse, commit une pareille faute; il se plaça devant la redoute de Sypière qui faisait la force de sa position, lien commit une autre qu'il est bon de signaler, parce qu'elle se rattache à notre sujet, ce fut de former toute sa division en une seule colonne, laquelle, enveloppée de feux et ne pouvant répondre que par le bataillon de la tète, perdit son élan, fut repoussée et chassée en désordre de sa position. L'attaque contre les ennemis qni avaient une rivière à dos et qui gravissaient avec peine les haateurs, était convenable, mais il fallait la faire en plusieurs colonnes, et non en une seule. Si les Français, moins bouillants, se fussent déployés sur le sommet des hauteurs, imitant en ceci la méthode de leurs adversaires, il est à présumer que, accueillant de leurs feux une troupe désunie, ils l'eussent repoussée, et que leurs bataillons «'avançant ensuite en masses séparées, ils l'eussent refoulée dans la petite rivière du Lers.
Il résulte de là que si vous êtes déployés, et que l'ennemi s'avance sur vous en une seule colonne, il ne faut point vous en effrayer, mais former le demi-cercle ou la tenaille, pour envelopper de feux cette troupe dont la tète seule peut vous répondre. Mettez du calme, ajustez bien, et vous verrez se fondre cette masse d'abord si menaçante. Si, malgré cela, elle continue à pousser en avant, ne lui résistez pas de front, cela serait inutile, ouvrez-lui au contraire le chemin, et de plus belle attaquez-la par le flanc ; aucun de vos coups ne sera perdu dans une masse aussi compacte ; sa perte est assurée.
Il est plus difficile de résister à une attaque de plusieurs colonnes. Cependant, si elle est prématurée, si vos troupes sont encore intactes, serrez vos rangs et commencez à bonne distance un feu bien nourri. Faites porter vos pelotons des ailes sur le flanc des colonnes, et l'ennemi voyant ses pertes s'accumuler, ou s'arrêtera pour se déployer et répondre à votre feu, ou ne vous abordera que mollement.
Dans les bois. — Si l'ennemi occupe un bois, c'est principalement avec les tirailleurs qu'on le débusque ; ce serait s'exposer à de grandes pertes que de se présenter à lui, de prime abord, en ligne ou en colonne. Les tirailleurs enveloppent les parties saillantes, parce qu'ainsi ils prennent de côté ceux qui cherchent à se cacher der-
rière les arbres, et ils sillonnent le bois de leurs feux. S*il y a quelque partie qui soit dominée de près par des hauteurs, ou dont on puisse s'approcher à couvert, les tirailleurs la choisissent de préférence, parce que c'est évidemment aussi une partie faible.
Pour s'approcher du point d'attaque, on profite, autant que possible, de tous les avantages locaux, en se coulant le long des haies et des fossés, se couvrant des sillons, des moindres plis de terrain, des trous, des buissons isolés, etc. ; on fait feu de chaque point qu'on est parvenue occuper, pour inquiéter l'ennemi ; et, lors même qu'on ne lui ferait pas grand mal, on rend son tir plus incertain. En même temps qu on s'avance ainsi de front en chaînes très-ouvertes, on tâche de détourner l'attention de l'ennemi, en dirigeant de fausses attaques sur des points éloignés.
Aussitôt que les tirailleurs se sont emparés de la lisière du bois et qu'ils se sont couverts des premiers arbres, on fait arriver quelques détachements pour les soutenir; et, à mesure qu'ils pénètrent dans la forêt, le gros de la troupe s'avance ; on le partage en plusieurs petites colonnes qui entrent dans le bois au son des tambours et des trompettes ; elles marcheront en se tenant toujours à une certaine distance des tirailleurs et prêtes à les soutenir s'ils étaient ramenés. Une clairière se présente-t-elle, il faut, avant de la traverser, rallier la troupe et prendre de nouvelles mesures pour attaquer avec ensemble l'autre portion de la forêt; on en fera autant à l'égard de toute espèce d'obstacle que l'on pourrait rencontrer; vous vous garderez donc de franchir isolément un fossé, un ravin, une forte haie, car. vous pourriez rencontrer l'ennemi en forces, de l'autre côté, et ne pouvoir plus vous réunir pour lui résister.
Quand la forêt n'a pas beaucoup d'étendue, on cherche plutôt à à la tourner qu'à l'enlever de vive force ; il faut, dans ce cas, s'en tenir hors de la portée du fusil.
La défense consiste à faire occuper la lisière du bois par les tirailleurs ; et, si l'on en a le temps, à faire nettoyer tous les environs, couper les troncs, combler les fossés, afin de mieux voir l'ennemi et de lui ôter les moyens de se couvrir ; on fera des abatis dans les parties les plus accessibles, et, de préférence, en coupant les arbres de celles qui forment des saillants trop aigus; on peut aussi flanquer ces saillants par de petits, ouvrages pour empêcher l'attaquant de les envelopper. Des troncs de sapins, couchés les uns sur les autres et maintenus par des piquets, sont excellents pour ce genre de constructions.
Derrière la ligne des tirailleurs, on place des troupes de soutien, soit pour assurer la retraite, soit pour donner des renforts; on en
met aussi sur les aile^ pour n'être pas tourné. En arrière de tout cela, à égaie dislance des points menacés, on place la réserve qui agira suivant les circonstances. Ainsi , par exemple, pour peu que l'attaque soit décousue et que la défense se soutienne à la lisière, la réserve pourra agir offensivement, soit en débouchant du bois, soit en en faisant le tour. Cette attaque peut avoir du succès, parce que la troupe qui l'exécute est cachée dans sa marche et que Tassaillant en sera surpris.
La meilleure arme pour les combats dans les bois est la carabine; aussi les Suisses y auront-ils toujours Tavantage, et faut-il nous estimer heureux que notre pays soit couvert de forêts autant que de rochers.
Dans les lieux habités, — L'attaque d'une infanterie postée dans un bourg ou dans un village favorable à la défense est bien difficile quand ou n'a pas d'artillerie. Dans, ces sortes d'affaires le canon est l'arme principale. Cependant si l'ennemi n'a pas eu le temps de s'y fortifier, on peut tenter l'attaque avec de l'infanterie seule , pourvu qu'on soit en forces supérieures ; et le combat n'a lieu , comme nous l'avons supposé jusqu'à présent , qu'entre infanterie et infanterie. En générai , l'attaque se fait en colonnes; ce serait s'exposer à de grandes pertes que de se déployer devant un ennemi ainsi posté ; seulement, on enveloppe le village de tirailleurs pour déloger les défenseurs des haies, des murs de jardins qu'ils occupent, tirer aux fenêtres , et tâcher de s'emparer de quelques maisons isolées où ils puissent tenir ferme et combattre l'ennemi à armes égales. Si ces tirailleurs sont ramenés , ils se déploient et tâchent de se mettre à couvert vis-à-vis le point qu'ils ont attaqué , pour revenir bientôt à la charge , après avoir reçu quelques renforts.
Les colonnes ne s'avancent qu'après que le feu des tirailleurs a produit son effet. On s'en aperçoit à la mollesse de celui des défenseurs. Jusque-là, les colonnes se tiennent hors de portée ou cachées par quelque pli de terrain. Pendant qu'une colonne attaque de front et cherchée pénétrer dans la rue principale du village, on en dirige d'autres sur les côtés pour chercher d'autres passages ou tourner le village, si possible. Ces colonnes ont à leur tète les sapeurs des bataillons ou d'autres ouvriers qui, munis de haches et de leviers, de pelles et de pioches, renversent les murailles, coupent les haies et les palissades , comblent les fossés , en un mot , aplanissent tous les obstacles qui s'opposent à la marche des troupes. Si quelque maison résiste plus que les autres, on l'entoure pour l'attaquer à la fois de tous les côtés ; et si les défenseurs s'obstinent à ne pas mettre bas
les armes, on les y contraint en les menaçant de brûler leur réduit. On fait apporter pour cela paille et fagots ; mais on n'y mettra le feu qu'après une nouvelle sommation , l'humanité devant conserver ses droits même au milieu des combats.
Si Teunemi se défend de maison en maison, il faut suivre la mémo méthode dans l'attaque, c'est-à-dire qu'on jettera du monde dans les maisons dont on est maître pour tirailler par les fenêtres et de dessus les toits. On conçoit que ce genre de guerre ne peut se faire que dans de gros villag0s ou des bourgs dont les rues sont, comme dans les villes, formées de. maisons rapprochées, solidement bâties. Dans ces endroits, il est une précaution à prendre ; elle consiste à ne s'avancer qu'à la file dans la rue dont on cherche à s'emparer ; les hommes, se glissant ainsi le long des murs, se couvrent des moindres saillies et parviennent à gagner les postes avantageux sans trop s'exposer. Tout comme aussi lorsqu'il faut enlever un poste de vive force, on doit éviter l'entassement des troupes dans le défilé, car si l'attaque est repoussée il se formera un encombrement funeste aux assaillants ; on fera donc succéder les pelotons à d'assez grands intervalles, en tâchant toujours de tenir couverts ceux qui n'agissent pas.
Pour défendre un village, l'infanterie se distribuera dans les jar* dins, derrière les murs, les haies, et aux fenêtres des maisons. Un seul rang de fusiliers suffit dans ce cas ; en conséquence , on peut s'étendre plus qu'en rase campagne. Cependant on ne le fait qu'autant que cela est nécessaire ; c'est^ encore une position bien favorable pour les carabiniers, parce qu'étant à l'abri des vues de l'ennemi, ils ont la facilité de tirer posé et d'ajuster leurs coups. On met dans les rues ou avenues du village des pelotons entiers pour appuyer la ligne extérieure des tirailleurs; une réserve est au centre du village, ou un peu en arrière, prête à se porter partout où l'ennemi aurait pénétré; si l'on en a le temps, il ne faut pas négliger de percer des trous dans les murailles en manière de créneaux, de barricader les principales entrées, etc.
Quand le village est entouré ou précédé de vignes, d'un ravin, d*un ruisseau, et autres obstacles, la défense doit commencer là; etsi l'on est forcé, on se replie sur le village qu'une partie des troupes occupe , et met en état à la hâte et du mieux qu'elle peut. La résistance que l'appui des maisons, le couvert des murailles et des autres clôtures permettent de faire, sera d'autant plus énergique et prolongée que l'ennemi rencontrera de difficultés à tourner la position, soit que des accidents de terrain s'y opposent , soit que d'autres troupes en appuient les flancs. Dans ce cas, des sorties vigoureuses, partant des
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issues qu'on se sera ménagées, seront un excellent moyen de défense, pourvu qu'on ne les pousse pas trop loin de peur qu'elles ne soient coupées, et qu'on ait eu soin d'occuper convenablement et en forces sufl&santes les endroits par où elles doivent rentrer , afin que rennemi ne s'y jette pas pèle-mèle avec elles. Des retours offensif, des actes d'énergie et d'audace, produisent toujours de bons effets, ne craignons pas de le répéter; ils exaltent le moral du défenseur, et jettent Tattaquant dans l'irrésolution.
Pour éviter toute confusion , chaque détachement, spécialement chargé de la défense de quelque partie du village, sera instruit de la manière dont il devra opérer sa retraite quand il y sera forcé par les progrès de l'attaque. En général, c'est un point sur lequel il est bon de s'entendre avant toute espèce d'engagement.
Dans tout ceci on ne doit pas perdre de vue que les villages construits en bois sont plus dangereux qu'utiles à occuper, à cause de la facilité avec laquelle le feu peut y être mis par les défenseurs, aussi bien que par les attaquants. On comprend aussi qu'un village qui peut être enveloppé de toutes parts se défendra mal. Il faut donc, pour opérer une bonne défense, 4® que le village soit en pierre; 2® qu'il s'appuie à quelque obstacle qui empêche de le tourner, on qu'il soit soutenu par des troupes en arrière.
S 2. COMBAT DB GAVALEBIB GONTBB GAYALBEIB.
La suprême loi pour la cavalerie est de ne point attendre le choc, mais d'aller à la rencontre de l'ennemi et de prendre le galop pour l'aborder. Autrement, elle serait entraînée et dispersée ; car il est bien prouvé par l'expérience qu'un escadron, même de la cavalerie la plus lourde, ne saurait, en restant immobile , résister à l'impul* sion d'un autre escadron composé des plus petits chevaux et qui arriverait sur lui en pleine carrière. Non pa&que le choc de la cava* lerie se mesure, comme en mécanique , en multipliant la masse par la vitesse ; mais parce que le galop donne de l'élan , anime les chevaux, et que les cavaliers timides sont ainsi entraînés par les autres.
Lorsque deux corps de cavalerie s'avancent l'un contre l'autre pour s'aborder de front , celui-là aura l'avantage qui aura su disposer de quelques escadrons pour les jeter, au moment de la charge, sur le flanc de l'ennemi. Le résultat d'un pareil mouvement est encore plus décisif que dans les combats d'infanterie, tant par la rapidité avec laquelle il s'exécute que par la difficulté qu'éprouve la
Combats bt actions PA&TictJLiiBBS. 263
ligne ennemie de s'y opposer. On prescrit donc de placer, en arrière des ailes d'une ligne de cavalerie, des colonnes composées de quelques escadrons ou pelotons, suivant la force du corps en bataille. Ces colonnes, formées à distance entière, en même temps qu'elles donnent la possibilité de se jeter sur le flanc de l'ennemi par un dé* ploiement progressif sur la droite ou sur la gauche, sont le moyen le plus sûr de se garantir soi-même contre une attaque de ce genre» puisque la colonne à distance entière peut, en un clin d'œil, se for* mer en bataille pour se porter à la rencontre de l'ennemi qui vou* drait envelopper l'extrémité de la ligne. Dans une attaque faite par la grosse cavalerie, les colonnes d'ailes pourraient être formées de chevaux légers, qui , indépendamment du rôle que nous venons de leur assigner, auraient encore la tâche de poursuivre l'ennemi après la charge, pendant que la ligne de bataille reformerait ses rangs.
Comme l'ennemi peut employer le même moyen, il faut encore garder quelque petite réserve pour échelonner les colonnes d'ailes; ne fût-ce qu'un peloton, il les rassurera contre le danger d'être débordées.
Ajoutons que, pour éviter l'inversion dans le déploiement de ces colonnes; il faut que celle de droite ait la gauche en tête, tandis que l'autre resté la droite en tète. Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, la cavalerie doit s'accoutumer aux inversions pour être toujours prête à se déployer rapidement sur un côté quelconque.
Quand la cavalerie peut appuyer ses ailes à quelque obstacle naturel qui empêche l'ennemi de manceuvrer sur son flanc, les colonnes d'ailes ne sont plus nécessaires; mais, dans les circonstance^ ordinaires, on ne saurait trop les recommander. On voit donc qu'un corps de cavalerie qui marche à l'attaque d'un autre corps de cava* lerie, est en partie déployé et en partie formé en colonnes. Tout en satisfaisant aux conditions précédentes , il s'étend autant que possible, parce qu'il importe de mettre en jeu à la fois le plus grand nombre de combattants. Une troupe qui ne se présenterait qu'en colonne serait indubitablement battue, les cavaliers de la tête poa« vaut seuls faire usage de leurs sabres ; enveloppée et attaquée sur ses deux flancs, cette colonne ne se tirerait d'une si fâcheuse position que par une prompte fuite.
Si la cavalerie s'avance sur une seule ligne continue, ne laissant que de très-petits intervalles entre les escadrons , on dit qu'elle charge en muraiUe. Ce genre d'attaque, qui est fort imposant, n'est praticable qu'à un petit nombre d'escadrons^ parce que les inégalités du sol, les obstacles qui se présentent sur le chemin, les refoule* ments inévitables dans une ligne d'une certaine longueur, font qu'au
264 COMBAIS IT ACTIONS PARTiCULlÈRSS.
lieu d'on choc général, on n'obtient qa'une'sucoession de chocs partiels qui ne produisent pas à beaucoup près le même effet ; si la ligne est mise en désordre sur quelque point, et à plus forte raison si elle est percée par Tennemi , la déroute peut se jeter dans la ligne entière; les fautes ne se réparent que difficilement; enfin on perd un des principaux avantages de l'arme^ qui est la mobilité. La charge en muraille, sur un grand front, ne peut guère se pratiquer que lorsqu'il s'agit de balayer un champ de bataille couvert de bataillons rompus, qui çà et là font encore quelque résistance.
L'attaque en échelons est très- usitée dans la cavalerie ; elle oflGne l'avantage de ne pas engager toutes les forces à la fois, et de laisser plus de facilité pour parer aux acddents du combat. Tant que les derniers échelons n'ont pas croisé le fer, on peut en disposer soit pour soutenir ceux qui sont engagés, soit pour se porter sur le flanc de l'ennemi. C'est surtout lorsque la troupe doit, pour attaqua, passer de l'ordre en colonne à l'ordre déployé, comme cela arriverait, par exemple, en sortant d'un défilé, que cette formation est avantageuse, parce qu'il n'est pas nécessaire d'attendre que toute la troupe soit en ligne pour entamer la charge; il suffit que le premier échelon soit formé ; les autres arriveront successivement. Tant que le déploiement n'est pas achevé, l'ennemi est incertain du côté où se dirigeront les efforts, et cette incertitude est tout à votre avantage. Vous pouvez d'abord former deux ou trois échelons pour menacer sa gauche; il y enverra du renfort. Alors vous dirigez les autres échelons contre sa droite affaibUe, qui doit ainsi céder à vos efforts, la rapidité des mouvements ne permettant guère les contre-manœu* vres. Si le premier échelon est victorieux, |1 prend la ligne ennemie par le flanc, pendant que les autres l'attaquent de front. Mais il faut que les échelons aient en eux-mêmes assez de consistance pour que leur choc produise l'effet qu'on en attend. Ainsi on les formera par régiments, ou tout au moins par escadrons; des échelons par pelotons ne signifieraient rien. Nous le répétons, la cavalerie doit toujours, pour combattre la cavalerie, se former sur un front plus ou moins étendu, sans préjudice toutefois des colonnes d'ailes ou autres moyens d'attaquer l'ennemi par le flanc pendant qu'on le combat de front.
Quels que soient les dispositifs adoptés , les principes pour la charge sont toujours les mêmes : la troupe commence par s'ébranler au pas , puis elle prend le trot qu'elle accélère insensiblement pour se mettre au galop à quelque distance de l'ennemi , et entrer en pleine carrière en poussant de grands cris quand elle n'en est plus qu'à une centaine de pas. Sans ces précautions, et si l'on prenait le
^alop de trop loin , les chevaux arriveraient essoufflés et désunis; il n'y aurait plus cet ensemble imposant d'une grande masse de cavalerie alignée ; les chocs seraient partiels et sans effet. Les cavaliers poussent des cris pour s'animer mutuellement et exciter les chevaux. Au moment du choc et dans la mêlée qui s'ensuit , l'avantage est ,, toutes choses égales d'ailleurs , jpour la troupe qui saura se servir de la pointe plutôt que du tranchant de ses armes ; car les coups d'estoc tuent ou mettent hors de combat, tandis que ceux de taille ne font souvent que des blessures peu dangereuses.
Si la cavalerie légère se trouve en présence de la grosse cavalerie, elle ne peut en soutenir le choc; elle doit donc s'éparpiller et charger individuellement, ou en fourrageurs, sur les flancs; caracoler autour de la ligne , fuir devant elle en se prévalant de la légèreté et de la vitesse de ses chevaux ; l'attaquer en tirailleurs, en déchargeant sur elle le mousqueton et les pistolets. C'est à peu près le seul cas où les armes à feu puissent être employées dans les combats de cavalerie ; car, nous l'avons déjà dit, le mousqueton n'est point donné au cavalier pour s'en servir en ligne de bataille, mais seulement pour escarmoucher , pour se tirer d'embarras quand il est démonté, et pour en faire usage dans quelques cas exceptionnels. Ce serait donc commettre une faute que de s'arrêter dans une charge pour faire feu, l'élan serait perdu et l attaque très-probablement repoussée. C en serait une encore de se servir de ce moyen pour recevoir une charge ; on serait culbuté avant d'avoir posé le mousqueton et tiré le sabre.
Quand le corps de cavalerie est nombreux , il se forme sur deux lignes, comme Tinfanterie. La première est toujours déployée. La seconde, qui souvent est d'une force inférieure, ou se déploie en parties et déborde les ailes de la première de manière à empêcher l'ennemi de la tourner, ou se forme en autant de.colonnes par pelolotons à distance entière qu'il y a d'escadrons. Toutes ces colonnes sont prêtes à se former en bataille par un mouvement en avant trèsrapide , et cependant elles laissent entre elles de grands intervalles par lesquels les escadrons de la première ligne pourraient s'écouler facilement s'ils étaient mis en déroute ou ramenés après une charge manquée. Sans cette précaution, la seconde ligne courrait le risque d'être entraînée par la première. La seconde ligne se tient à quelques centaines de pas de la première , dont elle suit tous les mouvements en avant ou en arrière. Si la première ligne est repoussée, la seconde envoie les escadrons de ses ailes sur les flancs de l'ennemi pour la dégager. £n même temps, les colonnes se portent en avant
au trot pour le déployer aussitôt qu'elles seront démasquées , et se précipiter sur rennemi dont la ligne est aussi dans quelque désordre. Cest ainsi que , dans les combats de cavalerie, une troupe d'abord victorieuse est ramenée par des escadrons qui succèdent à ceux qui ont été battus» et font en un clin d'œil changer la face des affaires. La rapidité des mouvements explique ces péripéties bien plus fréquentes dans cette arme que dans Fin&nterie.
Pour éviter ces accidents , le ralliement est toujours bon même après le plus brillant succès. Mais, pour cela, il n*est point néces> saire de s'arrêter. On lance quelques pelotons en fourrageurs pour harceler Fennemi , et l'on fait avancer au pas les étendards. Les cavaliers, fidèles à la trompette qui les appelle, viennent reprendre leurs rangs, et les escadrons , en s'avançant toujours , sont bientôt reformés et prêts à fournir de nouvelles charges.
La colonne serrée est celle qui convient le mieux à Finfanterie ma- BOBuvrant sur le champ de bataille ; la colonne à distance entière est, au contraire, la formation habituelle de la cavalerie, parce que les diverses subdivisions peuvent, sans se rompre, tourner an galop pour se former en bataille avec la plus grande rapidité , de quelque côté que Tennemi se montre. Cependant la cavalerie peut aussi, quand elle n'a rien à craindre pour ses flancs, manœuvrer à demi-distance pour occuper moins de profondeur. Cette manière de marcher lai donne le moyen de tromper l'ennemi sur la force des colonnes, dont les unes peuvent être formées à demi'Klistance, et les autres à distance enlière4
% 3. OOmAT DB tAVALEBIB CONTEE INFAirrSRIB.
Les chaînes contre l'infanterie se font principalement en colonne formée par escadrons , à double distance , afin que , si un escadron est repoussé , les cavaliers puissent se retourner et s'écouler de droite et de gauche pour venir se rallier derrière la coloime. Le second escadron , qui se trouve prêt, charge immédiatement et fait la même manœuvre que le premier ; le troisième arrive à son tour; puis le quatrième; et si l'infanterie qu'on attaque ne fait pas bonne contenance , si elle ne ménage pas bien son feu , elle sera indubitablement enfoncée.
Les attaques en colonnes, à double distance, se dirigent principalement sur les angles des carrés qui sont mal défendus quand il nj a pas de canons. Contre des lignes déployées et qu'on ne peut tourner, on foit ordinairement des charges en échelons. Cependant les
COMBATS ET ACTIONS PARTIGULliBÈS. 267
charges en coloanes, quand elles seraient simultanées sur plusieurs points, ne seraient pas moins bonnes. Les unes et les autres valent mieux que la charge en muraille contre Finfanterie ; parce que la perte d'un escadron ne les arrête pas ; que l'on conserve la liberté de mouvement pour se porter sur les parties faibles ou momentané» ment dégarnies de feux ; enfin , parce que des chocs réitérés ou successifs épuisent Tinfanterie et produisent plus d'efifet réel qu'une seule charge, quelque nombreuse et imposante qu'elle soit. Une charge en muraille contre Tinfanterie ne peut réussir que lorsque celle-ci est déjà ébranlée par les pertes que le canon lui a causées, ou lorsque la pluie a mis ses armes hors d'état de faire feu. A la bataille de Dresde, Murât, profitant d'une semblable circonstance, en* fonça une ligne d'infanterie autrichienne et lui sabra beaucoup de monde.
La cavalerie doit éviter de passer trop près des bois et des rochers , à moins de s'être assurée qu'ils ne sont pas occupés par des tirailleurs. Elle courrait risque d'éprouver de grandes pertes si elle tombait sous le feu de ces tirailleurs auxquels elle ne peut pas répondre*
Quand une chaîne a réussi , que la ligne ennemie est enfoncée, l'essentiel n'est pas de sabrer les fuyards, mais bien de se jeter sur les troupes qui font encore bonne contenance. A cet effet, la cavalerie se rallie et manœuvre pour envelopper le flanc des portions de ligne qui soutiennent encore le combat. Une ligne d'infanterie, qui est prise ainsi, est une ligne balayée.
Quand, au contraire, la chaîne est repoussée, il faut tourner bride et gagner au galop un endroit où le ralliement puisse s'opérer. 8'il y a une seconde ligne , on la démasque promptement pour lui donner la facilité d'entrer en action. Les rangs étant reformés , on se prépare à une nouvelle charge ; car il ne faut pas se décourager pour avoir manqué la première. Une bonne cavalerie ne craint pas de renouveler plusieurs fois ses attaques.
Quant à l'infanterie formée en carré , son rôle est de ne point se laisser intimider , et de recevoir avec sang-froid la cavalerie par un feu bien dirigé qu'elle ne commencera que de près , à cent mètres seulement, et par salves, pour produire plus d'effet. Le feu de rangs, qui est assez compacte sans jamais laisser le front dépourvu, est le plus convenable à employer. Il est possible de faire ainsi , et sans précipitation, quatre décharges bien ajustées, pendant que la cavalerie parcoure les cent mètres qui la séparent de l'infanterie quand le feu commence. Ce sont d'abord les deux derniers rangs qui font feu et successitement, pendant que les hommes des deux
premiers se baissent un peu en croisant la baïonnette. Ceux-ci se relèvent après cela et tirent à leur tour au commandement du chef» qui ménage le feu du premier rang de manière à ne le lâcher presque qu'à bout portant. Cependant les deux derniers rangs ont rechargé leurs armes et peuvent encore s*en servir contre les cavaliers qui auraient assez d'audace pour arriver sur la ligne. Ce feu de rangs, sur quatre hommes de hauteur, n'est praticable que lorsqu'il se réduit à une seule décharge pour chaque rang. Il deviendîrait dangereux pour les hommes des premiers rangs si au milieu du bruit, dans la fumée et la confusion d'un combat , on voulait le renouveler. Mais quatre décharges successives et bien dirigées sont suffisantes pour arrêter la meilleure cavalerie. Ceci suppose que l'infanterie est formée sur quatre rangs ; c'est en effet ce que prescrit le règlement , et ce qui est indispensable lorsqu'on n'a pas d'artillerie pour imposer à la cavalerie et la tenir éloignée. Une troupe sur deux rangs est trop faible pour de semblables combats; il en faut au moins trois; quatre valent mieux.
La baïonnette est la dernière ressource contre une cavalerie que les feux n'ont pu arrêter. On a imaginé de tendre des cordeaux, de dresser des chevaux de frise devant le front; mais ces moyens, qui peuvent séduire dans des exercices de parade , soat sans valeur devant l'ennemi ; ils sont embarrassants et gênent la troupe dans ses manœuvres. Le fantassin ne peut et ne doit compter que sur ses armes pour repousser la cavalerie; il lui faut du sang-froid et la conviction que les chevaux ne pénétreront jamais dans une troupe d'infanterie bien serrée et hérissée de baïonnettes ; la peur, le d4ordre , les ravages de l'artillerie peuvent seuls la compromettre. Qu'elle ne s'effraye ni de l'approche des chevaux, ni des cris des cavaliers , qu'elle serre et appuie ses rangs , qu'elle ménage bien son feu , et elle n'aura rien à redouter d'une charge.
On conçoit que de telles qualités se rencontreront principalement chez des soldats aguerris , qui souvent ont fait l'épreuve de la puissance de leurs armes et qui y ont confiance. C'est à eux qu'on peut demander, comme aux soldats d'Egypte et de Marengo , de laisser approcher la cavalerie jusqu'à cinquante pas et même moins , sans tirer, pour la recevoir par .un feu général à bout portant. Il y aurait du danger à le faire avec une infanterie inexpérimentée , accessible à la crainte qu'inspire naturellement une charge de cavalerie qu'elle voit pour la première fois. Aussi , tout en prescrivant de ne tirer que de près, avons-nous fait commencer le feu à cent mètres environ, parce qu'à cette distance un feu bien dirigé est déjà très-efficace, surtout contre un but aussi large que celui d'un escadron. Il faut
toujours faire une différence dans les prescriptions, suivant qu'elles s'appliquent à des milices ou à de vieux soldats.
Mais c'est principalement par son ordre de bataille que Tinfanterie résiste à la cavalerie; en se formant en plusieurs carrés qui se flanquent mutuellement, elle fait plus que doubler sa force de résistance ; les feux de flanc et de revers , qu'on se procure de la sorte , sont bien plus à redouter pour la cavalerie que les feux directs. Nous avons parlé ailleurs des grands carrés de division ou de brigade; ici il ne s'agit que des carrés de bataillons, parce que nous ne supposons qu'un simple engagement entre une troupe d'infanterie et une troupe de cavalerie; dans ce cas, la petitesse des carrés importe peu ; il n'y a guère que les états-majors à y renfermer ; il vaut même beaucoup mieux former plusieurs petits carrés qu'un seul grand , parce que si ce grand carré était enfoncé tout serait perdu ; tandis que lorsqu'il y en a plusieurs , la perte de l'un d'eux n'entratne pas celle des autres , outre que cet accident est moins probable puisqu'ils sont mieux défendus dans ce dernier cas que dans le premier.
La formation de ces carrés est très-simple : les bataillons marchent et manœuvrent en colonnes serrées, chaque bataillon formant sa colonne; ils se mettent sur une seule ligne, à distance ou demi-distance de déploiement; ils font individuellement un changement de direction à quarante-cinq degrés, et ils forment simultanément lears carrés, sur la place qu'ils occupent, en prenant par la tête les distances qui leur sont nécessaires. Placés de la sorte, les carrés ont toutes leurs faces démasquées; ils peuvent, quoique très-rapprochés les uns des autres, faire feu sans se nuire, et les tirailleurs ont encore la possibilité de se pelotonner aux angles opposés de chaque carré. On peut aussi se procurer le flanquement désiré en formant les carrés en échelons , chaque bataillon s'avançant assez pour ne point gêner celui qui est en arrière ; la bonne distance est de deux fronts de division ; une distance d'un front et demi peut , à la rigueur, suffire, mais il faut beaucoup de précision dans la manœuvre pour que les carrés ne se tirent pas les uns sur les autres. Nos troupes devraient s'exercer souvent à ce genpe de manœuvres ; ce qu'elles auraient le plus à redouter, en cas de guerre, ce serait les attaques de la cavalerie, faute de pouvoir les paralyser par des attaques semblables. Il faut donc qu'elles sachent prendre ces dispositions d'une manière prompte et sûre , sans la moindre hésita* tion , et avec cette assurance qu'on n'apporte qu'aux choses qui sont familières. Remarquons que ces manœuvres, se faisant en colonne serrée, n'exposât point les troupes à être prises sur le temps et à
être sabrées avant que le mouv«nent soit achevé , parce que la colonne serrée est en elle-même capable de repousser une attaque de cavalerie; c'est un carré plein qui , moyennant un à droite et un à gauche des files latérales, et un demi-tour à droite des derniers rangs , fi^it feu de tous les côtés. L'infiinterie pourra donc manœu* vrer et marcher de la sorte en présence de la cavalerie , sans courir de grands dangers, pourvu que chaque masse reste bien compacte et que les colonnes se tiennent à portée de se secourir mutuellement. Avec les carrés vides elle n'a pas le même avantage , parce que dans la marche les flancs s'allongent et se désunissent, en sorts que lorsque le carré s'arrête et fait front de nouveau , il y a des vides dans les rangs , par lesquels la cavalerie pourrait pénétrer si elle a^ rivait avant qu'ils fussent bouchés.
L'infiiDterie doit prendre garde de ne pas perdre ses coups contre de simples escarmoucheurs que la cavalerie envoie quelquefois en avant, pour tâter la troupe qui lui est opposée , la dégarnir de son feu ou élever de la poussière à la faveur de laquelle elle puisse fairs quelque mouvement qui prépare son attaque. Si l'infanterie tirait imprudemment sur ces cavaliers isolés dont elle n'a réellement rien à craindre , les premiers escadrons s'élanceraient sur elle et la pren* draient au dépourvu. Elle ne doit répoudre à ces escarmoucheurs que par le iéu de quelques tirailleurs qui , sans trop s'aventurer, se portent en dehors du carré et chassent ces importuns.
Ce qui précède dit assez , qu'à moins d'être fortement appuyé par les ailes , ce n'est pas en se déployant en ligne qu'on peut combattre la cavalerie. On n'essayera pas en sa présence des manœuvres telles que les déploiements par un mouvement processionnel , les changements de front , etc. , elles sont trop lentes et donnent trop de prise à une cavalerie alerte, pour être tentées. Répétons-le, pour manœuvrer d vaut la cavalerie et pour la combattre , l'infanterie ne peut se former qu'en masses ou en carrés.
§ 4. GOmÀTS n'AATIU<KRIB.
L'artillerie ne doit jamais engager un combat sans être convena* blement soutenue par d'autres troupes. Celles-ci prennent position à droite et à gauche de la batterie, en se couvrant de tous les abris que la localité peut leur offrir, de manière ''à se soustraire autant que possible aux coups de l'ennemi ; elles ne se montrent à décou-
CQMliATS BT ACTIONS PARTICULIÈRES. 271
vert qae pour repousser les attaques dirigées contre la batterie ou contre elles-mêmes.
L'artillerie cherche le terrain qui lui est le plus avantageux : c'est celui qui, sans être pierreux, est cependant assez ferme pour que les roues ne s'y enfoncent pas. Un emplacement rocailleux serait défavorable, parce que les éclats pourraient causer autant de mal aux artilleurs que les boulets eux-mêmes. Il faut que la position soit assez vaste pour que toutes les pièces y trouvent aisé* ment place, et assez élevée pour commander les environs, sans cependant l'être au point de rendre les coups fichants : une hau* tour qui serait dans la proportion d'environ un centième de la distance serait la plus convenable. Il ne faut donc choisir qu'une faible élévation , si l'on combat de près; on peut se placer plus haut quand on doit tirer de loin.
Le combat d'artillerie contre artillerie est rarement avantageux, et on l'évite autant que possible. Cependant il est des cas où Ton ne peut l'éviter. On doit alors chercher ses avantages dans le choix de l'emplacement, et se couvrir autant que possible par les relèvements du sol. Celui des deux partis qui , sans trop s'exposer , et en restant toujours à bonne portée de son escorte, parviendra à placer quelques pièces dans le prolongement de la batterie ennemie, et à la prendre en rouage ou en écharpe , aura un avantage décidé. Quelques coups à obus ou à boulets , tirés ainsi d'enfilade et en ricochant, produiront un efifet terrible, et la batterie ennemie sera forcée à se retirer pour changer d'emplacement. Un pli de terrain, la fumée du champ de bataille, permettent quelquefois d'exécuter ce mouvement sans en être empêché. A la bataille d'Iéna, le colonel Séruzier commandait une batterie de vingt pièces en opposition à une batterie très-supérieure dont il allait être pulvérisé. Il prit sur-le-champ son parti : il retira les pièces paires et fit soutenir le feu par les pièces impaires; il se porta rapidement, à la faveur de la fumée et sans être aperçu, dans le prolongement de la batterie ennemie, la prit en rouage et dégagea bientôt ses autres pièces.
Mais il est clair que si les troupes de l'escorte sont bien postées, et font leur devoir, un pareil mouvement devient impossible, parce qu'elles-mêmes prendront en flanc les pièces détachées, et les empêcheront de se mettre en position , surtout s'il y a parmi ces troupes quelques carabiniers bien exercés. Il faut donc tâcher d'atteindre à peu près le même but par un dispositif convenable : il consiste à embrasser beaucoup d'espace, en écartant les pièces jusqu'à %0 ou 25 mètres l'une de l'autre; parce qu'alors les feux de la batterie
deviennent convergents, en même temps qu'on offre moins de prist à l'ennemi. Le mieux encore est de subdiviser la batterie en deux ou trois fractions qui se donnent ie même point de mire. L'effet da feu est alors d'autant plus augmenté que les coups partant de droite et de gauche se croisent davantage. On peut affirmer qu'une batterie de huit pièces réunies ne résisterait pas à une batterie de six pièces, qu'on aurait partagée en trois subdivisions de deux pièces faisant converger leurs feux sur ie même but. Remarquons en passant que ce n'est pas dévier du principe posé ailleurs de rassembler autant que possible les pièces en fortes batteries , puisque les feux, loin d'être disséminés, sont plus concentrés que si toutes les pièces étaient réunies pour tirer devant elles. C'est, au contraire, une confirmation de ce principe ; et toutes les pièces, quoique séparées, ne composent qu'une seule batterie agissant contre celle de l'ennemi.
Une fois qu'on s'est placé du mieux qu'on a pu, il ne faut pas s'amuser à pointer pièce contre pièce, mais prendre pour but la batterie opposée tout entière. On lui fera alors d'autant plus de mal qu'on la prendra plus obliquement, en s'en tenant à bonne distance. Évitez vous-même de vous laisser prendre en rouage, en plaçant convenablement vos troupes de soutien , et en mettant à profit les circonstances favorables que peuvent offrir les localités. Tout l'art est là.
Mettez les caissons, autant que possible, à l'abri du feu derrière quelque couvert. Tirez bas plutôt que haut, à ricochet plutôt que de plein fouet quand le terrain le permet, lentement au delà de 600 mètres, vivement en deçà, et toujours en pointant avec sangfroid pour ne pas perdre vos coups. Vous emploierez l'obus, de préférence, dans les pays accidentés ; le boulet contre les colonnes d'attaque ; la mitraille contre la cavalerie et contre l'infanterie déployée. Ne vous bornez pas non plus exclusivement et toujours à la défensive ; car s'il est bon de prendre une forte position, de se bien couvrir du terrain, il l'est aussi de se faire craindre en attaquant ; et, autant il y avait de prudence à n'engager l'action qu'après avoir mis à profit tous les avantages de la localité, autant il convient, pour en finir, de porter des coups plus sûrs en s'avançant avec audace et de lâcher de près contre l'ennemi quelques coups à mitraille, bien ajustés, qui le désorganiseront et lui feront lâcher prise.
€'est la cavalerie qui est l'arme la plus avantageuse pouf accompagner une batterie dans les mouvements qu'elle peut faire pour prendre en rouage la batterie ennemie, parce que ces mouvements,
pour réussir , doivent être rapides. Mais c'est toujours IMnfanterie qui protégera le plus efficacement la batterie contre les attaques de l'ennemi. Le mieux est donc qu'il y ait des deux armes dans les troupes de l'escorte ou soutien. Alors, des tirailleurs seront postés à droite et à gauche des pièces pour contenir les tirailleurs ennemis ; c'est principalement le rôle des carabiniers. L'infanterie se tiendra à quelque distance, prenant ses dispositions pour recevoir l'attaque ; et la cavalerie formera des échelons encore plus en arrière qui se jetteront sur le flanc de la cavalerie ennemie, au moment où celle-ci cherchera à déborder l'infanterie.
Une batterie qui ne serait soutenue que par des forces inférieures à celles de l'ennemi, ou qui n'aurait pas de cavalerie à opposer à la sienne, et qui par conséquent courrait le danger d'être enlevée, devrait chercher un terrain défavorable à la cavalerie. Des broussailles qui la couvriraient en partie sans cependant empêcher son action, la lisière d'un bois , une clairière, seraient des emplacements qu'elle devrait choisir de préférence. Le colonel Foy, se trouvant près de SchafTouse, vit déboucher du pont un corps de cavalerie russe ; il se hâta de retirer ses pièces dans un bouquet de sapins qui se trouvait heureusement près de lui ; il y forma ses pièces en carré, et, tirant à mitraille, il soutint les attaques de cette cavalerie jusqu'au moment où deux régiments d'infanterie accoururent le délivrer.
Lorsque dans un combat, on a trop à souffrir d'une batterie, on prend quelquefois l'énergique résolution de l'enlever. Il est donc bon dé faire connaître ici quelles sont les dispositions les plus propres à la réussite d'une pareille entreprise. Les anciens Suisses, dans leurs guerres avec les Bourguignons, avaient fort peu d'artillerie ; ils comptaient sur celle de leurs adversaires dont ils s'emparaient ordinairement. La troupe qui marchait à la batterie se jetait yentre à terre quand elle voyait le feu des pièces ; elle se relevait et s'approchait davantage, se couchait de nouveau pour éviter une seconde salve, se relevait encore, courait aux pièces, s'en emparait et les retournait contre l'ennemi lui-même. Mais, de nos jours, l'artillerie est trop bien servie pour qu'une troupe réunie puisse essayer un semblable jeu. Et, d'ailleurs, les coups étant tirés les nns après les autres sans discontinuité, il lui serait impossible de les éviter tous. Il n'y a que des hommes isolés, combattant en tirailleurs qui, jugeant mieux de la pièce qu'ils ont devant eux, puissent en éviter les coups en se couchant quand ils y voient mettre le feu ; ils arriveront ainsi et en rampant, pour ainsi dire, jusqu'à gagner quelque pli de terrain, qui les couvre en partie et
274 COMBATS ST ACTIOITS PARTICULlftHlS.
d'où iU puisaant «Ueindre les canonnière à leure pièce». Ce n'est donc qu'en s'ouvrant, pour former une chatne de tirailleurs, qu'une troupe d'infanterie peut marcher de front à l'attaque d'une batterie; la distance d'un homme à l'autre doit être aussi grande que possible, afin d'ofifrir peu de prise aux boulets ou à la mitraille, et de permettre à chaque individu, soit de se couvrir des in^lités du sol, soit de faire ce qui a été dit plus haut. La grande portée et la justesse de nos nouvelles carabines faciliteraient beaucoup ce genre d'attaque.
En même temps que les tirailleurs marchent de front à la batterie, d'autres troupes formées en colonnes en menacent les flancs; car la batterie n'est probablement pas seule; elle est soutenue par de l'infanterie ou de la cavalerie qu'il faut repousser pour s'en emparer. Si l'artillerie dirige son feu sur ces colonnes , les tîrail* leurs en profitent pour s'approcher d'elle et même pour se jeter dans la batterie; si, au contraire, elle continue à répondre aux tirailleure, les colonnes s'avancent sans de grandes pertes. Arrivées à petite distance, elles se précipitent sans délibérer sur la troupe d'escorte, et, après l'avoir culbutée, elles la laissent courir pour se retourner et prendre la batterie à revers. On comprend , et cela a déjà été dit, que la cavalerie, par la rapidité de ses mouvements, est l'arme qui est surtout propre à ce coup de main. Il convient donc d'attaquer une batterie avec les deux armes réunies , l'infanterie en avant et de front en tirailleurs, la cavalerie en colonnes sur les ailes.
Les pièces prises, il faut, si les chevaux sont encore en état de les conduire, se hâter de les emmener ; sinon, ou lorsqu'on voit arriver des forces supérieures pour les reprendre, il faut les enclouer, ou tout au moins emporter les refouloirs; on les mettra ainsi hors d'usage pour quelque temps. L'enclouage se fait au moyen d'une baguette de pistolet qu on chasse dans la lumière avec un caillou ou. un levier, et qu'on force à se recourber dans l'âme de la pièce.
S 5. ATTAOUB BT DÉFBN8B d'UNB RBDOUTB. '
La redoute est armée de canon , ou n'est défendue que par Tin* fanterie. Dans le premier cas, il faudra faire taire le canon avec du canon ; dans le second , on peut marcher sans préambule à son attaque.
COMBATS It ACTIONS rARTiaXlÈIU». 275
Les tiniilleurg (principalement les carabiniere) enyeloppent d'abord la redoute dans une partie de son contour, dirigeant leurs coups sur la crête du parapet pour empêcher les défenseurs de se montrer , ou du moins pour les forcer à tirer avec précipitation et sans justesse. Us resserrent leur cercle insensiblement, et leurs feux convergents, sillonnant les parapets, prennent de plus en plus la supériorité. Arrivés à quelque distance des fossés, ils se mettent à la course et sautent dedans , à moins que des obstacles tels que palissades, abatis, trous de loup, ne les arrêtent ; auquel cas ils les renversent avec la hache, ou les comblent avec les fascines dont ils ont eu la précaution de se munir.
Cep^dant tous ne se jettent pas dans le fossé ; une partie reste 8ur la contrescarpe pour tirer sur quiconque oserait se montrer derrière le parapet. Quand les troupes ont repris haleine au fond du fossé, elles donnent Tassant; et pour cela, les soldats s'aident les uns les autres et montent sur la berme ; de là ils s'élancent tous ensemble sur le parapet, vsautent dans la redoute et forcent les défenseurs à mettre bas les armes.
. Si ia redoute était armée de canon et présentait un degré de force plus grand que nous ne l'avons supposé , il faudrait d'abord la ca- Donner de manière à briser ses palissades, démonter ses pièces , la* bourer ses parapets. On cherche , pour placer le canon d'attaque, les endroits les plus favorables ; ce sont ceux qui dominent Fou* vra^e, ou qui, se trouvant dans le prolongement des faces , donnent le moyen de les prendre d'enâlade. Si la redoute est percée d'em* brasures, il faut diriger une ou deux pièces dans chacune ; les coups de plein fouet qu'elles leur adresseront, non-seulement démonteront les pièces, mais encore pénétreront dans l'intérieur de l'ouvrage et y feront des ravages démoralisants pour le défenseur. Quelques bons tireurs, qui s'approcheront de ces embrasures en en évitant les coups directs, ajusteront les canonniers toutes les fois qu'ils se montreront pour recharger leurs pièces.
C'est seulement après que celte artillerie aura produit son effet, que les tirailleurs envelopperont l'ouvrage pour agir comme il a été dit plus haut. Mais si l'infanterie de ligne doit prendre part à Tattaque , elle se forme en autant de colonnes qu'il y a de saillants à attaquer ; chacune de ces colonnes est précédée de quelques travailleurs armés de haches , et de porteurs d'échelles. C'est une sage précaution que de donner aux hommes des premiers rangs des fascines dont ils se font un bouclier , et au moyen desquelles ils comblent en partie les fossés. Les tirailleurs s'ouvrent pour laisser passer les colonnes ; ils redoublent la vivacité de leur feu pour soutenir
ratta'que jusqu'au moment où les assaillants escaladent le parapet. L'essentiel , dans ce moment décisif, c'est de faire avec ensemble le derqier efifort et de sauter dans l'ouvrage de tous les côtés à la fois. 11 fout donc que la troupe s'arrête un moment sur la berme et qu'elle attende le signal convenu , pour gravir le talus extérieur et monter vers la plongée. Ce doit être comme une vague qui passe sur un écueil. Si la redoute n'est pas secourue , ni appuyée par des troupes qui en défendent les flancs, il est difficile qu'elle résiste longtemps à une attaque dirigée de la sorte et vaillamment exécutée.
On ne peut disconvenir que la défense d'une redoute abandonnée à ses propres forces , ne soit une commission fort périlleuse et dont le succès est très-problématique. Mais, ordinairement, la redoute est flanquée par d'autres ouvrages sur ses ailes, ou entourée d'obstaclés, ou soutenue par des postes voisins, etc. Dans tous ces cas on peut raisonnablement espérer-de repousser l'ennemi, ou de soutenir assez longtemps ses attaques pour donner aux troupes de secours le temps d'arriver.
Quoi qu'il en soit, le premier soin du commandant du poste doit être de soutenir le moral de ses soldats par son air de confiance, ses propos guerriers, son activité à mettre toutes choses dans le meil* leur ordre.
Si l'attaque n'est pas immédiate, le commandant fera entourer la redoute d'abatis; il s'approvisionnera de grosses pierres pour la défense des fossés ; il tâchera de se procurer des sacs à terre pour en faire des créneaux sur le parapet. Sinon il y suppléera par desbour* relets de gazon qui feront comme autant de petites embrasures à travers lesquelles les meilleurs tireurs ajusteront rennemi. Une poutre, mise en travers sur ces bourrelets, peut à la fois servir de frontal aux tireurs et de moyen de défense lorsqu'on la fera rouler sur l'assaillant.
Le canon engage l'affaire. Aussitôt qu'on découvre les batteries de l'ennemi, on tire dessus pour profiter de l'avantage qu'on a au premier moment. Mais quand une fois ces batteries ont pris position, que les pièces en sont en partie couvertes par le terrain, et que leurs feux commencent à produire de l'effet, la lutte n'est plus égale. Il faut retirer le canon dans l'intérieur de l'ouvrage; on ne laissera que celui qui serait couvert par de bonnes traverses. On peut néanmoins le remettre en batterie, de temps à autre, pour lâcher quelques coups de mitraille sur les tirailleurs qui serreraient l'ouvrage de trop près. Cela les intimide plus que la fusillade.
Elle n'est d'abord soutenue que par quelques-uns des plus habiles tireurs qui se nichent dans les angles, derrière les traverses, partout
COMBATS £T ACTIONS PARTICULIJSRBS. ^77
OÙ le& coups de l'ennemi parviennent le plus difficilement. Mais quand la redoute est tellement serrée que Tartillerie ennemie ne pourrait continuer son feu sans danger pour les assaillants, les soldats montent sur les banquettes, les pièces sont ramenées, et le feu le plus vif est dirigé sur les colonnes d'attaque et sur les chaînes de tirailleurs qui cherchent à renverser les abatis pour se frayer un passage jusqu'à la contrescarpe. C'est le moment de faire partir les fougasses qu'on aurait préparées sur le glacis ou dans l'intérieur de l'ouvrage.
Si , malgré cela, l'ennemi parvient jusqu'au fossé et qu'il s'y rassemble pour donner l'assaut, tout n'est pas encore perdu. On roule sur lui des obus, des troncs d'arbres, de grosses pierres, puis on monte sur le parapet pour le recevoir avec la baïonnette ou la crosse du fusil. Plus d'une attaque a manqué pour avoir été reçue de la sorte. A la défense d'Huningue, en 4796, le capitaine d'artillerie Foy, s'apercevant que l'ennemi avait déjà dressé ses échelles contre la demi-lune qu'il occupait, fait rouler dans le fossé des obus, qui causent à l'ennemi, qui y était entassé, un mal considérable. Lescanonniers se saisissent de leurs leviers, de leurs refouloirs, s'élancent sur le parapet et renversent dans le fossé les premiers qui se présentent* L'ennemi découragé dut renoncer à son attaque.
Les ouvrages de campagne ne sont pas, sans doute, aussi faciles à défendre que cette demi-lune, parce que leurs fossés n'ont pas la même profondeur; cependant il en est dont les parapets ont assez de relief pour qu'on puisse, sans témérité , en tenter l'attaque. Si l'on réfléchit au désordre des assaillants dans un tel moment, à la difficulté qu'ils ont de faire usage de leurs armes, et à l'avantage physique et moral que doit avoir celui qui est placé debout sur le parapet, dont le pied est affermi, que rien ne gène dans ses mouvements, noo-seulement on concevra que les défenseurs ont des chances pour eux, mais encore on se demandera comment il serait possible qu'ils ne fussent pas victorieux.
§ 6. ATTAQUE ET DÉFENSE Jt)*UNE GASSINE.
On nomme cassmc une grande ferme isolée avec ses dépendances, i r telles que granges, celliers, étables, etc. Ces bâtiments sont ordi-\ni nairement entourés de murailles formant cour, et sont, par là même, très-propres à être défendus»
L'attaque d'une seule maison ou d'une cassine retranchée offre
souvent plos de difficultés que celle d'une redoute, parce que les accès en sont plus difficiles, et que rennemi, tirant de tous les étages, y est ordinairement bien couvert. Approchez- vous donc avec précaution pour prendre une idée du genre de difficultés qui vous attendent, faites votre reconnaissance et arrêtez vos dispositifs pour l'attaque qu'il est bon de commencer un peu avant le jour, afin de vous approcher des murs sans de trop grands dangers. Vous ignorez quels sont les moyens de résistance que l'ennemi prépare dans l'intérieur; n'importe, il vous suffît de connaître, pour le moment, quelles sont les murailles percées de créneaux qui auront vue sur les attaques, quelles sont les ouvertures où vous devez diriger vos efforts. Pendant que vous vous rendrez maîtres de ces parties, le jour viendra qui éclairera vos progrès et vous montrera ce qu'il vous reste à connaître. Autant il était nécessaire de profiter des ombres de la nuit pour vous approcher et vous emparer des parties extérieures , autant il y aurait de témérité à pénétrer dans l'intérieur sans voir ce qui s'y trouve ; vous tomberiez dans un véritable guêpier, où les plus braves des vôtres perdraient la vie. D*aiUeurs l'obscurité est la source de beaucoup de désordres, les mauvais soldats échappant à la surveillance de leurs officiers. Le défaut d'ensemble, les méprises, les terreurs paniques, sont aussi très à redouter dans les attaques de nuit et peuvent faire manquer les dispositions les mieux concertées. Aussi recommandons- nous de faire les préparatifii pendant les dernières heures de la nuit, et la véritable attaque ao point du jour, lorsqu'on peut déjà se reconnaître. L'obscurité n'est favorable qu^aux surprises.
Munissez-vous de tout ce qui est nécessaire pour faire sauter les serrures et enfoncer les portes; et si, dans votre troupe, il ne se trouvait personne qui sût manier ces instruments, vous forceriez des ouvriers de réquisition à vous accompagner. Mais, comme la peur les prendra aisément, il faut charger quelques soldats déterminés de ne point les perdre de vue. Vous devez apporter aussi quelques échelles pour pénétrer, s'il est possible, par les fenêtres, ou jeter des grenades dans l'intérieur. Vous prendrez des sacs à terre ou de forts plateaux pour masquer les créneaux, surtout ceux qui sont dans le bas des murs, et que vous ne pouvez emboucher. Enfin vous vous pourvoirez de quelques bottes de paille et de fagots pour mettre le feu à la cassine, si cela devenait nécessaire.
Je ne suppose point que vous ayez du canon , car avec un pa« reil secours vous auriez bientôt raison de l'ennemi , se fût-il retranché dans un château fort. L'attaque est faite par un simple corps d'infanterie.
œMBATS ET ACTIONS PARTICULliUS. 279
Vous Youd approchez en silence jusqu'à ce que roiis soyez découverts; mais quand les sentinelles vous ont annoncés, et que l'ennemi commence à tirailler, tous vous précipitez sur les premières défenses et les abordez sur plusieurs points à la fois pour diviser l'attention de l'ennemi. Une première enceinte, une muraille crénelée, je le suppose, vous arrête d'abord ; mais en plaçant plusieurs fusils dans chaque créneau , vous avez trop d'avantage sur le défenseur pour qu'il vous résiste longtemps sur ce point. Il le quitte bientôt pour se renfermer dans son réduit. Vous enfoncez la porte du clos pour le suivre, ou vous abattez un pan de mur.
Vous voilà au pied de la maison ; votre premier soin doit être de fake boucher avec les sacs à terre ou les plateaux les créneaux inférieurs, et, en même temps, d'assaillir les portes pour les enfoncer à coups de hache et de bélier , ou les enlever de leurs gonds avec les leviers dont vous êtes munis. Si ces portes ne sont pas appuyées par derrière, elles seront bientôt renversées, quelque fortes qu'elles soient. Cependant les plus adroits tireurs visent aux fenêtres pour en chasser tous ceux qui s'y présentent, et cela est facile, même de nuit, si la maison est éclairée en dedans ; eux-mêmes ont soin de changer de place pour que le coup qu'ils viennent de tirer ne les trahisse pas.
Les soldats se réunissent deux par deux, trois par trois, pour emboucher les crénaux qui sont à leur portée, ou pour tirer sans relâche contre ceux qu'ils ne peuvent atteindre autrement. Ils se saisissent de ce qu'ils peuvent trouver sous la main, en poutres, plateaux, meubles, pour masquer ceux de ces créneaux dont l'effet est le plus à craindre. Pendant que les uns sont ainsi occupés, d'autres approchent les échelles et cherchent à escalader les premières fenêtres que l'ennemi a momentanément abandonnées. Ceux-ci vont à la recherche des issues dérobées et essayent de pénétrer par les endroits où l'ennemi est le moins sur ses gardes ; ceux-là suspendent une forte poutre à un chevalet composé de trois pièces liées ensemble par le haut , et , en brandissant ce bélier , ils font une brèche à la muraille, et fournissent à leurs camarades un nouveau moyen de pénétrer dans l'intérieur. La nuit rend ces opérations faciles.
Quand le jour vient éclairer cette scène , vous pouvez entrer dans le rez-de-chaussée et en chasser définitivement les défenseurs en renversant les barricades à mesure que vous les découvrez. Maintenant ils ont le haut de la maison, et vous tenez le bas. Vous leur offrez la capitulation : s'ils l'acceptent, tout est fini ; vous traitez vos prisonniers en braves militaires , et vous leur témoignez d'autant
plus d'égards qu'ils ont fait une plus belle résistance. Si la capitulation est rejetée , vous uMrez pas perdre votre temps et vous exposer à toutes sortes de dangers en escaladant les étages supérieurs dont les escaliers sont probablement rompus ; mais, allumant un grand feu au-dessous, vous forcerez ces enragés à demander merci.
Il peut se rencontrer des cas où il faille employer des moyens extraordinaires pour s'emparer d'un semblable poste, mais telle est en général la marche à suivre.
Pour défendre une cassine , il faut commencer par la mettre en état de résistance : on barricade les portes, et , pour peu qu'on ait du temps, on perce des créneaux à tous les étages, eu ayant soin de les faire aussi petits que possible , et ceux du rez-de-chaussée assez hauts pour que l'ennemi ne puisse pas lesemboucher. Une banquette, construite en planches posées sur des tonneaux , sur des meubles ou des chevalets , permettra d'en faire usage depuis le dedans. Les angles sont les parties faibles, il faut donc tâcher d'y percer un créneau , quoique cela soit ordinairement plus difficile qu'ailleurs. On abattra la couverture si elle est de chaume, pour éviter le danger du feu ; et, si elle est en tuiles, on y pratiquera des ouvertures au moyen desquelles on puisse jeter toutes sortes de choses sur l'ennemi qui , niché au bas des murailles, serait à l'abri du feu des créneaux. Pour écarter l'incendie , qui est de tous les accidents le pire, les planchers seront recouverts, si possible, d'une couche de terre ou de fumier. Les poutres principales de la charpente seront étançounées, si l'on a du bois sous la main, afin qu'une brèche aui murailles n'en entraîne pas la chute ; et, pour boucher cette brèche, on tiendra prêts quelques meubles, tels que buffets, grandes tables , etc. On ouvre enfin le plancher au-dessus de la porte pour pouvoir percer de baïonnettes les premiers qui se présenteront à cette porte. Il va sans dire que si la cassine est entourée d'une mn-. raille de clôture , on la percera de créneaux , toujours d'après les mêmes principes, et qu'on ne se retirera dans la maison qu'après avoir défendu l'enceinte et fait au dehors toute la résistance dont on est capable.
L'histoire offre bien des exemples de postes de cette nature qui ont été défendus pendant longtemps , même contre des forces tr^supérieures. Une bande de guérillas , commandée par un capucin, fut forcée de se réfugier dans une vieille tour bâtie près du village de San Miguel , sur la rive gauche de la Fluvia. Le moine intrépide défendit ce poste pendant trois jours, bravant le feu de la monsqueterieet de l'artillerie, et l'épaisse fumée qu'on alluma au pied de la tour pour étouffer la garnison. Les assaillants perdirent une qua-
raniaine d'hommes et eurent beaucoup de blessés dans l'attaque de cette bicoque. Le manque de vivres et de munition put seul déterminer le capucin à accepter une espèce de capitulation d'après laquelle il descendit du sommet de la tour, à Taide de cordes, tous les planchers intérieurs ayant été dévorés par les flammes.
Il paraît , d'après cette relation , que les murs de la tour étaient très-épais et qu'elle était recouverte d'une voûte en maçonnerie, circonstance extrêmement favorable à la défense , mais rare à rencontrer.
Voici un autre exemple plus conforme au sujet du texte, et qui est assez instructif pour le rapporter au long ; il est tiré du commentaire sur Polybe par Folard, qui est lui-même un des acteurs principaux de celte scène : Une grande cassine, appelée la Bouline, s'élevait dans une plaine, près d'un canal, où les fourrageurs du prince Eugène venaient couper de l'herbe pour les chevaux. Le chevalier Folard , qui servait dans l'armée du duc de Vendôme , proposa d'occuper cette cassine pour resserrer la droite de l'armée ennemie et empêchet ses fourrages. Sa proposition fut acceptée. « Je fus tout étonné, dit-il lui-même, d*y trouver des créneaux pratiqués dans l'enclos de la cour, et je jugeai bien que celui qui les avait faits. n'était pas un fort habile homnie ; car, outre qu'ils étaient trop bas, ils étaient de plus d'un pied de diamètre, en sorte que ceux du dehors avaient le même avantage pouf tirer que ceux du dedans, défaut auquel il était impossible de remédier sans les fermer, ce qui n'était pas aisé , faute de temps. On mit quatre compagnies dans la cassine, et, à peine les premières dispositions étaient-elles prises, que l'ennemi se présenta en grandes forces amenant du canon. Je me jetai dans ce poste, dit encore Folard, au moment où l'on venait de fermer la porte du côté du canal. Je trouvai nos gens fort emprefôés, car on voyait, malgré l'obscurité, les ennemis qui s'avançaient droit à nous. La Tour-Fragnier avait déjà fait avan* cer un foudre , où l'on fait cuver le vin , contre une seconde porte de l'enclos, ce qui nous mettait en sûreté. Je lui dis qu'il en fallait faire autant à celle du canal. On avait posté La Roque, avec sa compagnie, dans un colombier qui était tout ce qu'il y avait de meilleur à défendre bravement. Il y avait six marches de pierre pour y monter, et la porte était si petite qu'on ne pouvait y entrer qu'un à un , autre avantage. Il fît monter par une échelle, à l'étage d'en haut, sept grenadiers pour tirer des fenêtres où il y avait des barreaux de fer, et occupa le bas. Voilà pour celai-ci. Les autres compagnies furent distribuées aux portes, tout autour du mur de clôture, dans les celliers et dans tin pôulaillet.
S82 GOMBATS IT ACTIONS PARTlGCLlÉEtUBS.
Les choMS étaient dans eet état quand les ennemis arrivèrent avee du canon; ils avaient presque tous les grenadiers de Tarmée , du moins quinze cents. M. le prince de Wurtemberg était à la tète de cette entreprise, où j^ai tiré plus d'instruction des fautes qui lui sont échappées que s'il n*en eût fait aucune.
« Pendant qu'on dételait le canon qui fut pointé contre la porte opposée au canal, le prince de Wurtemberg disposa toutes choses pour Taltaque. Trois coups servirent de signai à l'infanterie. La cassine fut enveloppée de toutes parts , hors du côlé du cellier, où les ennemis ne prirent pas garde, à cause de la nuit, qu'il y avait une porte oochère, dont une fois maîtres ils Tétaient de toute la cassine, hors le colombier et le poulailler; cette faute leur coûta bon, sans mettre en ligne de compte la honte qui suit toujours les entrepiisos mal concertées.
< Les ennemis furent bientôt maîtres de nos créneaux en fourant dnq ou six fusils dedans, et dans un instant nous fûmes enveloppés de mille feux et forcés de nous réfugier où nous pûmes. Je m'é^ jeté sous le portique d'un pressoir, avec vingt ou trente grenadiers de différentes compagnies, tout auprès de la porte du canal, quand je m'aperçus qu'elle était attaquée. Les ennemis, ne pouvant l'eafoncer, commencèrent à la couper à coups de hache. Je disanx grenadiers que la porte n'ayant pas de créneaux, il fallait tirer i l'endroit où Ton tâchait de la rompre. Je les fis reculer d'environ six pas et ils firent grand feu ; les balles, perçant à travers, tuèrent oa blessèrent la plupart de ceux qui travaillaient à la couper. On ne s'était pas attendu à cette attaque, parce que Ton croyait que les ennemis ne voudraient pas se mettre entre deux feux, car nous avions environ deux cents hommes à notre pont sur le canal. le m'aperçus bientôt du succès du feu que nous faisions contre la porta, car ou la coupait avec moins de vivacité ; mais, comme elle n'étaôt que de sapin et fort peu épaisse, ils firent une ouverture à passer deux hommes assez incommodément , parce qu'étant faite trop bas, il fallait qu'ils se baissassent pour entrer.
c Je jugeai, dès lors, qu'il était temps d'approcher de cette ouvei^ ture. Les premiers ennemis, poussés par ceux qui les suivaient, se pressaient d'entrer ; mais à peine étaient-ils dedans, qu'ils étaient reçus à coups de baïonnette et égorgés sans miséricorde; et, commi ceux qui les suivaient ne voyaient rien de cette boucherie, ils se pressaient d'entrer pour avoir la gloire d'être des premiers; cela dura un certain temps, lorsqu'on s'aperçut d'une autre ouvertoie qu'ils venaient de faire à l'autre battant de la porte; les premiers étaient à peine demi-eotrés qu'ils forent égorgés, et ceux-là boucbè* -
COMBATS BT ACTIONS PARTICULIARBS. S83
rent le trou. Les ennemis, voyant cela, 'firent de puissants efforts pour enfoncer cette porte, et ajoutèrent des leviers, 'de sorte qu'ils la firent sauter hors de ses gonds. On put d'abord leur résister, mais quand le second battant qui craquait tomba tout d'un coup, on les vit entrer en foule comme un torrent. Je fus blessé et entraîné dans la cour; l'obscurité me permit de gagner le poulailler sans être reconnu. J'y trouvai une quinzaine de grenadiers qui tiraient sans cesse sur un corps qui était en bataille derrière la cassine. L'ennemi remplissait la cour, et n'ayant pas eu la précaution d'éteindre les feux que nos soldats y avaient allumés, nous les visions et les choisissions à la clarté des feux, comme il nous plaisait.
« Le prince de Wurtemberg, craignant que les secours n'arrivassent, crut qu'en se rendant maître du colombier le reste ne tiendrait pas longtemps ; il le fit attaquer et s'empara facilement du bas; mais les sept grenadiers qui défendaient le haut, ne voulurent point se rendre et continuèrent leur feu au grand préjudice des attaquants, et il y a lieu de s'étonner que celui-ci, maître du bas, ne songeât pas à y mettre le feu, ou à le faire sauter en y jetant un baril de poudre, et d'en faire autant du poulailler. C'était ce que nous craignions le plus, et ce qui nous obligea à faire un trou dans le plan* cher, pour tirer d'en haut sur ceux qui s'aviseraiant d'entrer dans l'étage inférieur, et y en ayant eu un de tué, on prit cet endroit pour un coupe-gorge, tant la nuit grossit les objets et nous fait paraître terrible ce qui ne le serait point du tout dans le plein jour.
< Toute la nuit se passa de la sorte, et il restait encore une heure environ quand les secours arrivèrent et forcèrent le prince de Wurtemberg à abandonner la partie, après avoir laissé tout le terrain couvert de ses morts.
c II eut sans doute réussi s'il n'eût attaqué qu'une heure ou deux avant le jour, et surtout, s'il eût songé à mettre le feu au bâtiment; cet oubli est inconcevable de la part d'un homme de guerre tel que lé prince. »
g 7. ATTAQUE BT DÉFENSE D*UN VILtAGB.
Nous avons déjà parlé au g 4 de l'article premier de ce chapitre, des combats d'infanterie dans les lieux habités, et par conséquent de l'attaque et de la défense d'un village; mais il ne s'agissait alors que d'un village ouvert et pour ainsi dire en rase campagne. Maintenant, nous donnerons quelques directions pour l'attaque et la dé> fense d'un village retranché.
284 œMBATS irr actions PARTICtlLÙftES.
Ici le canon doit jouer le premier rôle , parce que sans artillerie il est impossible de renverser les obstacles que la défense a préparés pour conserver un poste qui peut être d'une grande importance, soit comme tète de pont, soit comme point d'appui'à un ordre de bataille, ou de pivot à de grandes manœuvres. Cherchez donc les emplacements les plus favorables à Tartillerie dans les environs du village, c'est-à-dire les points dominants, ceux d'où vous pourrez prendre d'en61ade la rue principale, ou battre en brèche les murailles derrière lesquelles l'ennemi se tient rassemblé. Si quelque redoute en défend les approches, disposez-vous à l'attaquer d'abord ; car, tant qu'elle tiendra, vos succès sur d'autres points seront éphémères. Vous dirigerez donc quelques pièces contre les embrasures, en en réunissant plusieurs sur le même point, allant ainsi d'une embrasure à l'autre à mesure que vous réussirez à démonter le canon de l'ennemi. D'autres pièces prendront les faces d'enfilade pour labourer les parapets et briser les palissades. Tout cela peut se faire à découvert quand le temps presse et pour peu que le terrain vous favorise ; mais il est plus prudent de se borner d'abord à une reconnaissance pour bien apprécier le fort et le faible de la position, et de remuer un peu de terre pendant la nuit, pour se couvrir autant que possible, et mettre le canon à l'abri des coups de l'ennemi. Vous ferez sagement si, avant l'attaque décisive, vous vous procurez des échelles et des outils de toute espèce pour la démolition des murs et le renversement des parapets.
Les dispositifs se prennent à la faveur des ténèbres, et le feu commence au point du jour. L'artillerie d'abord cherche à produire les effets qu'on en attend ; ils seront d'autant plus certains que son calibre sera plus fort. Ce seront donc les pièces de 42 ou de 8, ainsi que les obusiers de 94 , qu'on emploiera de préférence à cet usage ; les pièces de 6 et les obusiers courts de 49 pourraient tirer longtemps sans résultat bien apparent. Quand les brèches commencent à se manifester, que quelques pièces des défenseurs sont réduites au silence, faites avancer vos tirailleurs pour engager le feu sur toute la partie du village que vous pouvez envelopper. Sans masquer l'artillerie qui doit achever son ouvrage, ils tireront aux fenêtres, aux créneaux, partout ot ils apercevront des défenseurs. Vous les ferez suivre par des soldats armés d'outils pour abattre les baies et les palissades, combler les fossés, enfoncer les portes, élar« gir les brèches, etc.
Cependant le village est serré de plus en plus par le cercle des tirailleurs, ce qui est un signe certain de leurs progrès. Le canon doit se taire alors, ou du moins ne plus tirer qu'à feux courbes dans
l'intérieur du village, pour y jeter le trouble par les bonds et les éclats des obus. Toute l'attaque est pendant quelque temps soute* nue par les seuls tirailleurs, dont les plus hardis parviennent aux brèches et cherchent à s'en rendre maîtres, pendant que les tra-. vailleurs renversent les obstacles extérieurs qui arrêteraient la marche des colonnes.
Celles-ci ont dû rester jusque-là hors de portée, ou cachées par des plis de terrain, des bois, etc. Elles en sortent à un signal donné et se dirigent sur les brèches et autres points accessibles qui leur sont indiqués; elles renversent les barricades qui pourraient encore subsister; elles sautent dans les fosses des retranchements, et escaladent leurs parapets; elles brisent les palissades , font sauter les portes au moyen de quelques sacs de poudre, ou avec des leviers. En même temps les soldats isolés, les tirailleurs répandus entre les colonnes, s'efforcent de pénétrer par les ouvertures qui s'offrent à eux ; ils sautent les haies, franchissent les murailles, partout où ils ne rencontrent pas une résistance trop grande. Enfin 1 enceinte extérieure est enlevée ; les troupes, avant de pénétrer plus loin, doivent se rallier et prendre de nouvelles dispositions pour chasser l'ennemi des maisons qu'il pourrait encore occuper.
Si la défense est opiniâtre, il ne faut pénétrer dans l'intérieur qu'avec beaucoup de précaution, et s'emparer d'abord des premières maisons d'où pourraient partir des coups de revers qui jetteraient le trouble parmi les troupes engagées dans les rues et combattant avec désavantage. Des premières maisons on passera aux suivantes ', et ainsi de proche en proche, chassant les défenseurs de toutes les positions qu'ils tenteront de prendre successivement. Enfin on dirigera ses efforts sur le point de retraite de l'ennemi, qui est ordinairement un défilé, tel qu'un pont ou une issue de rue, où il doit craindre d'être coupé; en sorte que cette manœuvre doit accélérer l'évacuation complète du village.
Il est rare qu'un village ne soit pas soutenu par des dispositions de troupes à l'extérieur ; il serait donc impossible d'en entreprendre l'attaque si l'on n'avait pas des forces suffisantes pour tenir ces troupes en échec, ou les combattre. Il faut, pour réussir, une supériorité marquée dans le nombre des troupes et dans celui des bouches à feu, ainsi que dans leur calibre. Rien ne serait plus téméraire que de se hasarder à l'attaque d'un village retranché, faisant partie
' Si les maisons sont séparées les unes des autres, on s'en rend maitre en les enveloppant; si elles sont contiguës et vivement disputées, c'e&t en perçant les murs mitoyens qu'on y pénètre, après en avoir chassé les défenseurs au moyen d'obus allumés qu'on jette par les ouvertures*
186 €OimiTS R ACTIONS PAftTICULliUS.
d*0M lignt de bataille, sans cette supériorité qui seule peut en assurer le succès. Un village isolé devrait être tourné plutôt qu'attaqué, pour peu que les localités le permissent; le bon sens le dit
Un peu de temps est nécessaire pour préparer la défense d'un village, car il y a beaucoup à faire si l'on veut le rendre capable d'un certain degré de résistance. Il faut en effet se procurer une enceinte continue en profitant des haies et des murailles qui peuvent servir à ce but, et abattre toutes les autres pour démasquer la vue et ôter à l'ennemi tout moyen'dese dérober aux coups qui lui sont adressés. On laissera cependant sur pied celles qui, étant vues dans leur Ion* gueur, ne sauraient servir d'abri, et pourraient gêner les mouvements de l'ennemi. On fera de même pour les fossés qui, selon qu'ils auront une direction parallèle au village ou perpendiculaire, seront comblés , ou laissés dans leur état. A l'intérieur et en arrière de l'enceinte , on fera tout son possible pour rendre la drculation bcile. Cette enceinte, pour être bonne, doit présenter une ligne brisée, afin de fournir des flanquements qui sont le meilleur moyen de défense. Si elle se trouve interrompue dans quelques parties on y supplée par des abatis, des palissades, des barricades, ou par des retranchements en terre; tout comme aussi on élève dans les endroits les plus favorables des batteries pour le canon , et quelquefois même de véritables redoutes.
Derrière les haies conservées on creuse une tranchée dont on relève les terres du côté de l'ennemi ; on se procure ainsi un abri pour les tirailleurs. Mais une muraille vaut mieux, surtout si elle a deux mètres et plus de hauteur ; dû y perce des créneaux pour la fusillade, en ayant soin de les faire assez hauts et assez petits pour que l'ennemi ne puisse pas les emboucher. Une banquette élevée sur des tréteaux permettra au défenseur de s'en servir. Mais il n'est pas toujours facile de donner à ces ouvertures les proportions convenables, les pierres qu'il faut arracher laissant de trop grands vides; on pourra corriger ce défaut quand on aura du plâtre à sa disposition : Vest une matière qui durcit promptement et qui a assez de dureté pour être employée dans cette circonstance. Des gazons, convenablement placés, serviraient aussi à atteindre le même but. Ce n'est que dans les murs en pisé que l'on peut percer les créneaux de la grandeur qu'on veut ; aussi ce genre de construction , usité dans certaines localités, est-il très-favorable à la défense.
Une dernière disposition consiste à préparer un réduit dans l'intérieur du village, pour assurer la retraite des défenseurs et donner . par là plus d'énergie à la résistance. Ce réduit est ordinairement
COMBATS Et ÂCTiONS PARTIC0LlJkBlS* 487
i'égliseavec son dmetière ; ce peut être aussi un château, une grosse maison isolée. On perce donc des créneaux dans le mur d'enceinte, ou bien on le dispose en parapet s'il n'a que la hauteur d'appui ; on bouche les portes et les fenêtres basses de l'église ou du bâtiment quel qu'il ^it qui formera le dernier réduit ; on se sert pour cela de forts madriers à l'épreuve de la balle, en ne laissant que de petites ouvertures en manière de créneaux. Si l'on peut percer quelques trous dans le mur, entre les fenêtres, ce ne sera que mieux. Enfin on pratique des mâchicoulis au-dessus de la porte conservée, pour en défendre l'approche ; et l'on se ménage encore dans le haut, en enlevant quelques tuiles, des moyens de découvrir et d'atteindre l'en* nemideloin '.
Un village fortifié est un appui bien solide pour une armée, sur un champ de bataille. A Nordiingen le grand Condé vit échouer toutes ses attaques contre le village d'Âllerheim, qui était soutenu en arrière par les troupes de Merci et dont les maisons étaient crénelées, ainsi que l'église et le cimetière.
§ 8. StmPUSC BT ESGALADB D'DN UEU POETIFIji.
On prend un lieu fort par surprise, quand on parvient à 8*y intro* duire clandestinement en nombre suffisant pour obliger les défen'seurs à quitter le poste ou à mettre bas les armes. On le prend par escalade^ lorsqu'on emploie des échelles pour franchir ses murailles.
Une escalade est rarement tentée en plein jour et à force ouverte; cependant ce n'est pas sans exemple. Elle se fait plutôt de nuit , parce qu'on a l'espoir de pénétrer dans les fossés, et peut-être même de dresser les échelles, avant que les sentinelles aient donné l'éveil. Si l'escalade se fait de jour, il faut du moins diviser l'attention des défenseurs par de fausses attaques dirigées sur d'autres points. On s'épargDe ainsi de grandes pertes.
Les Romains, dans ce qu'ils appelaieht V attaque en couronne^ posaient les échelles sur tout le pourtour de la place , ou du moins dans toutes les parties accessibles, et combattaient partout en même temps. Cette méthode leur a quelquefois réussi, mais il est clair qu'elle ne peut être tentée que dans le cas où les murailles ne sont préiiédées que d'un très-mauvais (oasé, ou qu'elles n'en ont pas du tout.
• Voy. pour d« plat amples détoiU le chàp. îx du Mémorial pour let Irava^t de guerre.
S88 COMBATS BT ACTIONS PARTICULIBRBS.
Un des plus sûrs moyens de réussir dans la surprise d'une vîlle, est de se ménager des intelligences avec l'intérieur, sinon, de se faire accompagner de quelques guides du pays , parfaitement sûrs, et qui connaissent bien tous les endroits par lesquels on peut pénétrer sans de trop grandes difficultés. Ces endroits se trouvent orcynairement dans les parties dégradées de Tenceinte, dans les maisons attenantes aux murailles et dont on a négligé de fermer les fenêtres par des barreaux, dans les endroits qui donnent sur l'eau et qui, à la longue, se sont comblés, etc. , les aqueducs et les égouts négligés ont quelquefois permis l'introduction d'hommes armés à l'insu de la garnison. Hais quand l'ennemi se garde mal, tout est accessible avec les échelles; souvent même faut-il €hoisirde préférence les murailles les plus élevées , et , en apparence , les moins abordables , parce que c'est probablement là qu'on trouvera l'ennemi en défaut , à cause de la sécurité que lui inspirent ces parties de l'enceinte. C'est ainsi qu'au siège de Badajoz, en 4842, les Anglaisent donné l'escalade aux murailles du château qui étaient les plus élevées de la ville, et ont pénétré dans l'intérieur, pendant que l'attaque, dirigée sur des brèches pratiquées dans des murailles plus basses, se prolongeait sans succès.
On ne doit tenter une escalade que lorsqu'on est bien sûr que les échelles qu'on a pu se procurer sont d'une longueur suffisante : il faut pour cela qu'elles dépassent d'au moins un mètre la hauteur des murailles, pour qu'on puisse leur donner du pied , et pour que les cordons en saillie, quicouronnent ordinairement les murs de ville, ne soient pas un obstacle pour l'attaquant. Le duc de Savoie qui , depuis longtemps, méditait un coup de main sur Genève, avait fait préparer des échelles composées de plusieurs pièces, et qui pouvaient s'allonger suivant le besoin. Il s'en servit dans la nuit du 12 décembre 4602, et déjà un grand nombre de ses soldats étaient dans la ville, lorsqu'un coup de canon, braqué sur la courtine, brisa les échelles et donna l'alarme. Tout ce qui était entré fut pris , tué ou précipité dans les fossés par les citoyens à demi vêtus, et qui, dans cette circonstance , déployèrent un grand courage. Lés échelles du duc de Savoie, conservées dans l'arsenal de Genève, ont servi de modèle à celles qu'on emploie dans les incendies ; on pourrait en avoir de pareilles dans l'approvisionnement du matériel qui accompagne les armées; elles sont facilement transportables, chaque pièce n'ayant qu'environ trois mètres de longeur.
Au moment de l'escalade les échelles seront couvertes de soldats, il faut donc les étayer dans le milieu de leur longueur. Cela est d'autant plus nécessstire qu'on leur donne plus de pied ; sans cette
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précaution , elles pourraient se rompre sous la charge. Des soldats exercés à la gymnastique sont capables d'escalader de hautes murailles avec armes et bagages, au moyen d'un crochet emmanché à une perche assez longue pour atteindre le haut du mur. J'ai vu en France les soldats de mon ancien régiment , le 3* du génie, gravir ainsi les murailles de la citadelle de Montpellier avec la plus grande facilité. Sans doute que la question change quand la place est défendue; mais cela est excellent pour une surprise ; Ton n'en doit donc pas moins recommanda l'exercice de la gymnastique, comme infiniment utile aux armées.
Si ce sont des rochers qu'il faille escalader, c'est en s'aidant des pieds et des mains, en s'accrochant aux buissons, aux racines , en plantant les baïonnettes dans les fentes des rochers, qu'on parvient au sommet. Ces sortes d'escalades sont fort dangereuses quand l'ennemi défend le haut, ne fût-ce que par quelqties hommes. Il fout, pour se garantir des pierres qu'ils roulent en bas, faire comme les Français à l'attaque du fort de Schamitz, près d'Inspruck : ils attachèrent leurs havre-sacs sur leurs têtes, et, à l'abri de cette espèce de bouclier, ils gravirent les rochers, malgré les pierres qu'on précipitait sur eux. •
Il Ta sans dire que pour tenter la surprise ou l'escalade d'un lieu fortifié, il faut en avoir la connaissance la plus exacte, tant en ce qui concerne les abords et les fortifications ou moyens de fermeture, que relativement aux rues, à remplacement des casernes , des corps de garde, de Tarsenal, au logement des principales autorités, etc. ; il faut connaître la force de la garnison , la manière plus ou moins vigilante dont se fait le service, le caractère et le talent du chef, si les habitants sont favorables ou contraires ; toutes choses qui doivent influer sur les mesures qu'on aura à prendre.
Le secret est Tâme de toutes les entreprises militaires; mais c'est surtout pour les surprises qu'il est indispensable ; car il est aisé de concevoir que, pour peu que votre projet transpire, l'ennemi se tien« dra sur ses gardes, redoublera de vigilance, et que votre coup sera manqué. Si donc les préparatifs exigent quelques mesures ostensi*bles, il faut répandre mystérieusement le bruit qu'on se prépare à une entreprise toute différente de celle qu'on a réellement en vue ; faire même partir quelques petits convois dans une direction opposée à celle qu'on veut tenir. Cependant les préparatifs qui peuvent se foire à l'insu de tout le monde sont toujours les meilleurs; et souvent il est possible de donner , même à un très-grand nombre de personnes, des ordres qui ne sont compris que lorsqu'il est trop tard pour faire jouer les ressorts de la trahison. Le roi de Naples, Joachim
2^0 COMBATS £T ACllOMS PAHTICL LIBRES.
Murât) méditant d'enlever aux Anglais rile de Gaprée, qui oommande la baie de Naptes » et ne pouvatit y réuseir qu'en escaladant les tq» chers qui la bordent, au tnoyen d'un très-grand nombre d'échelles, it commander tous les allumeurs de falots, et leur enjoignit de se trouver avec leurs échelles en un lieu indiqué, au jour et à i'hedre ptvserits; chacun d'eux fut bien surpris de ne s'y pas trouver seul , el ne comprit de quoi il s'agissait qu'en voyant les échelles partir pour leur destination.
Le temps ie plus favorable pour une sotprise esl celui d'une nuit d'hiver , sans clair de lune. On peut ainsi faire une assez longue marche sans être découvert, et airiver une heure avant le jour. C'est le moment le plus propice pour l'exécution , parce que c'esl eelui où les hommes dorment le plus profondément, el que le joui*, qui aurait empêché la aur|>rise , est su contraire nécessaire pour mener à bonne fin l'attaque commencée. Si, pendant cette nuit ohseure, il fait un gros vent et de la pluie, on est encore plus sûr de réussir, parce que le bruit du vent, surtout quand il Tient à vous, eottvre le cliquetisdeà aimes et le bruissement inévitabe d'une troupe en mouvement. La pluie est contraire aux mesures de vigilance; elle transit les sentinelles et rend les patrouilles paresseuses. Lorsqti'aVec ee concours de circonstances on a pu choiûr uniour où la garnison s'est livrée à quelque ré||ouissanee, et où par conséquent les sdldats, ayant bu plus que de eoutume, seront disposés à la négligence, on aura toutes les chances de succès.
Il est extrêmement important de pouvoir se reconnaître dans l'obscurité; ainsi donc, outre le mot et fie signe au moyen desquels les soldats montrent à quelle troupe ils appartiennent , on fera porter à chacun une marque bien visible , telle que du papier au shako , un mouchoir blanc autour du bras , ou la chemise liée en ^inture autour du corps , etc< C'est l'usage de mettre la chemise pardessus l'armure, pour se reconnaître de nuit , qui a fait donner le nom de camisades aux attaques par surprise.
On se munit de pétards, de haches et de leviers pour enfoncer les portes ; de poutres et d^échelies pour renverser ou escalader les murailles. Il faut de plus des claies et des fascines, si Ton doit rencontrer des fossés bourbeux 4 avec les claies on se fait aisément un passage sur la vase à demi liquide; des planches larges peuvent les remplacer. Avec les fascines on comblé les mares, les petits fossés ou cunette$ qu'on trouve sur son chemin. Tout cela est porté à bras d'hommes depuis la dernière balte : les chariots et les bétes de soHune pourraient vous faire découvrir ; on les laisse donc à une certaine distance , et depuis là on s'approche en silence avec toutes
les précautions poisibles pour n'être pts découvert; en particulier on ne pennet pat aux soldats d'allumer leurs pipoi , le feu se voyant de très-loin pendant la nuit. Chacun doit d'autant plus rester à son poste , qu'il aurait beaucoup de peine à le retrouver quand il l'aurait quitté. Si l'on rencontre quelque chien dont les aboiementè pourraient donner l'éveil, il faut lâcher de s'en délivrer en se servant de toute autre ehose que d'une arme à fou.
Les dispositions d'attaque doivent varier suivant les circonstances ; mais , en général , il est bon de partager la troupe en trots parties , la première pour pénétrer dans la ville , la seconde pour rester en réserve au dehors et protéger la retraite en cas de malheur, et la troisième pour prendre position du cété où les secours pourrateni arriver à l'ennemi.
Quand la première division a pénétré dans la ville, par escalada ou autrement, elle s'empare de suite des contoun des quartiers néjacents et de l'issue des principales rues , pendant qqe des détachements courent aux portes pour les ouvrir aux troupes du dehors, aprèB avoir pris an tué les gardes. Aussitôt que les portes seront otivertes, et que vous serez en nombre, vous vous répandrof dans 1^ ville , après avoir laissé toutefois de bonnes réserves sur les pointa désignés poMr la retraite en. cas d'échec. Vous vous rendrez i la fois chez le commandant de la place, aux casernes, à l'arsenal, aux corps de gitrde de rintérieqr, pour ompécher, s'il est possible, \^ réunion des défenseurs , et paralyser leurs eîorts ^p voqs empa? rapt du chef qui doit les diriger. Si vous laissez à l'ennemi le temps et les moyens (je revfipir de ss stupeur et de se conoantrer dans l'intérieur de ta ville , vous coiirrez le risque d'être chassés, parce que vous êtes faibles partout, dans le grand nombre de points que vous occupez,
Ainsi , sans parler du fameux exemple de Crémone , connu de tout le n^onde , où la prince Eugène, déjà maître d'une granda partie de la ville , et après s'être saisi du maréchal de Villeroi, fut péaneieins obligé d'abandonner sa proie , nous pouvons citer, à Tappai de ce qui précède , et pour prouver que tout n'est pas perdu pour le dé* fenseur quand Tennemi n'est encore maître que des postes extérieurs, l'exemple plus récent de la surprise de Berg-op-Soom en 484 i : le général anglais sir Grabam, informé que la garnison d'une aussi grande place était hors de proportion avec l'étendue de ses fortifications; que ses fossés étaient gelés, et que la population était mal disposée pour les Français, médita un couple main pour le 8 mars. Le général Bizannet conimandait dnns In place, (iraham partagea sa troupe en quatre colonnes, et commença l'attaque à dix
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heures da soir. Une dee colonnes, qui devait servir de réserve , se présenta à la porte de Steenbergen , pendant qu'une autre , aux ordres des généraux Skerret et Gorre , pénètre dans le port, file le long des remparts et se rend maîtresse de la porte d'Anvers. Les deux autres colonnes se joignent à eux, après avoir passé les fossés sur la glace et escaladé le bastion d'Orange.
Hais la garnison n'avait pas tardé à se rassembler, et, quoique forcée d'abandonner aux Anglais toute la partie gauche du port, elle les repoussa néanmoins pendant la nuit de tous les antres points, et, quand le jour parut, les voyant confinés dans cette partie de l'enceinte, elle marcha sur eux. Trois colonnes balayent le rempart et refoulent les assaillants vers la porte d'eau , où la mitraille , à laquelle ils ne peuvent répondre , les force à mettre bas les armes. Le général Cook fit encore résistance dans le bastion d'Orange à la ikveur des palissades , mais il dut aussi se rendre après une lutte sanglante. La perte des Anglais fut considérable.
Les foutes commises par l'attaquant sont : l^" d'avoir commencé trop tét : il a trouvé tous les officiers de la garnison sur pied ; f de n'avoir pas abattu le pont-levis pour ouvrir la porte d'Anvers aux troupes du dehors , qui restèrent spectatrices du désastre quand la nuirée montante empêcha de porter secours et ôta tout moyen de retraite à ceux qui étaient dedans; 3** de s'être trop divisé en se portant à droite et à gauche du pont , et en s'étendant sur un trop grand développement. Le défenseur combattit toujours du fort an foible; il avait sur les Anglais l'avantage de la connaissance exacte des localités (et de nuit cet avantage est grand), d'une artillerie bien servie et d'une concentration naturelle.
On conçoit combien les ordres doivent être circonstanciés dans une opération de cette nature, pour que chacun sache ce qu'il a à foire. Malgré cela, il est bien difficile qu'il ne s'introduise pas de la confusion et du désordre parmi les troupes assaillantes, les che& ne pouvant, pendant la nuit , voir le mal et le prévenir à temps. Aussi est-ce foheque de tenter de pareilles entreprises quand on a aflEsure à une troupe nombreuse et aguerrie, ayant avec elle ce que la nature même de l'opération ne permet pas de conduire avec soi , du moins dans les premiers moments , de la cavalerie et de l'artillerie.
' Quand une fois l'alarme est répandue dans la ville , il est bon de détourner l'attention des défenseurs par de fausses attaques , où l'on fait grand bruit, bien qu'on n'y emploie que peu de monde. Un détachement de cavalerie peut servir utilement à cet effet, parce qu'en se portant rapidement autour des murs il se multiplie aux yeux de
la garnison. S*il est possible d'entrer par plusieurs endroits à la fois, comme les Anglais à Berg-op-Zoom , cela vaut toujours mieux , parce que si une colonne est repoussée , l'autre peut avoir du succès; et , dans tous les cas , l'ennemi étant obligé de se partager ofh-e moins de résistance. Quelquefois les fausses attaques réussissent , quand les véritables sont repoussées : alors les rôles changent. Quoi qu'il en soit, les diverses colonnes doivent toujours avoir pour but de s'appuyer mutuellement; sans cela, l'attaque est décousue et n'a que peu de chances de succès.
Quand la troupe est maîtresse de l'enceinte, et qu'elle pénètre dans l'intérieur de la ville , les chefs doivent faire tous leurs efforts pour la tenir réunie et empêcher les soldats indisciplinés de se jeter dans les maisons pour s'y occuper de toute autre chose que du combat. Rappelons-nous que la ville n'est point en notre pouvoir tant qu'il reste quelque part un foyer de résistance ; jusque-là , nous n'avons pas trop de tous nos moyens pour assurer le succès. D'ailleurs les désordres que commettent des soldats débandés ne doivent jamais être tolérés ; ils souillent les plus beaux triomphes.
Puisque c'est au moyen des échelles que les lieux fortifiés peuvent être enlevés, les défenseurs doivent préparer tout ce qui peut servir à les briser ou les renverser. Ils auront sur les parapets , ou du moins dans les parties les plus accessibles, de grosses poutres rondes, retenues par des cordes, et qui , lorsque ces cordes seront subitement coupées, rouleront sur les assaillants, les écraseront et briseront les échelles. Ils tiendront près des remparts, dans des hangars toujours ouverts , des fourches et des crochets au moyen desquels on puisse repousser les échelles, des faux emmanchées pour balayer les parapets. On s'approvisionnera aussi de balles ardentes pour éclairer les fossés, au moment de l'attaque. Les parties les plus basses des murailles seront, autant que possible , fraisées au sommet.
Mais ce qui vous mettra le mieux à l'abndu danger des surprises, c'est une exacte vigilance qui , bien loin de se ralentir dans les nuits orageuses , doit redoubler d'activité , puisque ces moments sont ceux que Tennemi choisit de préférence pour faire ses coups. Il faut que des rondes fréquentes tiennent les postes éveillés, et que les sentinelles, de quart d'heure en quart d'heure, fassent courir ce cri , que l'une transmet à la suivante tout autour des murs : Sentinelles, prenez garde à vous ! Ce n'est pas assez des rondes faites par les subalternes ; le commandant ira lui-même , à des heures différentes, voir par ses propres yeux si tout se passe comme il l'entend.
Les jours de marché , on mettra des paysans aux portes pour reconnaître ceux qui entrent, et s'assurer que ce ne sont pas des sol-
MM COMBAT» «T ACnON» rAI^TIÇUl4i(|kBS.
data déguîaés. On pe permettra point aux obanots de s'arrêter, ni aqx portes, ni sur les ponts ; on les fera filer un à un ; on fera même hiea de n'en point laisser approcher, qn'on n*ait vu ce qu'ils piortent , et qu'on n'ait reconnu que ce sont bien réellement des paysans dea environa qui les amènent. On sait que , plus d'une fois, op a introduit par ces moyens des soldats dan^ les villes qu'on voulait surprendi^ « lesquels, restant cachés jusqu'à l'heure convenable, s'emparaient d'une porte et TQuvraient aux troupes qui s'étaient avancées pendant la nuit. Un chariot, renversé à dessein , a souvent auffî pour empêcher un pont-levis de jouer, et pour (lonner le t^Ufips é un corps , embusqué dans le voisinage , d'accourir et de surprendre la place.
Les fossés remplis d'eau sont sans doute une grande garantie contre le danger des surprises ; il ne faut cependant pas trop s'y fier, ni sa garder avec moins de soins; car l'ennemi peut franchir pea fossés avec de« claies, des radeaux et même des bateaux, qp'i) aurait fait approcher pendant la nuit et transporter à bras d'hommes jusqu'aux fossés. Rien n'est impossible à une volonté forte, et ce quo rentreprise a d'extraordinaire et d'inattendu , est précisément ce qui la £ût réussir.
Pans l'hiver ces fossés sont très-dangereux , parce qu'ordinaiier ment les murailles qu'ils baignent ont peu de hauteur ; Veau venant à se geler, l'ennemi a une grande facilité de livrer l'escalade. Il but donc casser la glace tous les jours , et se bien tenir sur ses gardes. On ne surprend pas une garnison qui veille et fait régulièrement son service ; on ne songe guère à enlever par escalade les pnuraili^ qu'elle occupe.
S 9, RÉFLa^ONS sua Y«BS HANOEUTBBS.
Après avoir parlé des diverses actions de guerre oi!i les manœuvres réglementaires trouvent leur application., il n'est pas hors de propos, en terminant ce chapitre , de présenter quelques réflexions sur les manœuvres elles-mêmes , pour en faire comprendre l'esprit.
Les caractères d'une bonne évolution sont :
4 "* La iprQmi^iiXvÂB ; car, tant que la manœuvre dure , la troupe est dans un état de crise ; il faut qu'elle en sorte le plus promptement possible.
3** La facilité, afin que les chefs et les soldats l'exécutent, pour ainsi dire , sans y penser, Une manœuvre difficile amène la con-
CQlfUATS ST ACTIONS PARTlCiJ|.Ifi|lSS. 295
fusion, et la oonfusicui entraîne les déroutes. Qui dit facilité , dit en : ipéme temps simplicité. Une manœuvre qe peut pas être facile ai : elle n'est simpla.
a*" La $ûT^té ; p'est-à*dire que si Tenii^emi vient à sp présent0r inopinément dans ute période quelponqqa de révolution , il faut qy^ les troupes se trouvant disposées de ^jle sorte , qu'elles puissent se mettre à l'instant en défense et fair^ réàistfMïP^*
i'' lA ftrécmo^j pour que p^que mouvement soit compassé et limité p^r des poiqts fii^es, qui en règlent invariablement |a marcb^ pt la direction.
S" Un commandement clair $t hrefi e^f de la nature du commanr dément dépend souvent le succès ^'M^'^ mancpuyro* S'il est tel qup personne,, en l'écoutant, ne puisse ignorer ee qui v^ se faire, la ma- DCBuvre réussir^r Si, au contrairOf il o^re quelque obscurité à l'esprit; si, par un défaut do logique, les mots essentiels sont au comr piencement de la phrase, au lieu d'élire au milieu 0" h la fin, )yi manœuvre pourra manquer, soit qu'on l'ait mal comprise à c^use
de spn ambiguïté, sojt qu'on n^^ft p^s entondu les premiers mots,
Sqi échappent souvent quand l'attention n'^t p9S sur^mmpni xée. Qu'on veuiUp, par exemple, former en colonne serrée un W t^illon déployé, et qu on commande, suivant la traduction de l'auf cienne ordonnance ; Bataillq![i,—sur la irçisième ^ivimm^ çalqnn^ serrée:, la droite en iéte^ on court risque de voir plusieurs cbsfs de 4iyision ne pas savoir ce c^u'ils auront n f^ire, psirce qu ils n'auront p^ entendu sur quelle division la colonno doit se form^rt I| ^( bi^n noieux de purt^ger le commandement on deux parties, sép,ariô^ Pif un intervalle^ comme dans l'ordonnance française. Q^ns la prem^èrp partie, on annonce ce qu'on va faife, et, dans la secpntJ^^» on indique comment on la fera : Colonne sevrée par divisioxtë.r^Snr la trqi- $tème division, la droite en tétfi m, colonne. Ce commandement n'est pas plus long, et il est plus logique que l'autre, l^ pose qui s^p^r^ le cpmmandement d'avortis^emont du commai^dement d'exécutioui donne ^ tout le monde le temps de se recueillir, et ) m4icQtion da la subdivision qui sert 4e base k la m^P^PUY^e pe s^uf^it échapper à personne.
(^ colonne d'attaque est une manoeuvre qui e^ ige beaucoup dQ prooiptitude dans son exécution, puisqu'elle est destinée à prendre pour ainsi dire l'ennemi sur le temps? Pourquoi donc allonger sans nécessité le commandement ep spépiGant |es subdivisions du centre, en arrière desquelles doivent se porter celles des pije^? Ne suffit-ij pas de commander : Colonne d'attaque^ pour que la çplonne se form^ régu|ièreroent?Toute bésit^itjon est impossible, puisqu'il n'y a qu'une
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seule manière de former cette espèce de colonne. Le commande • ment sera bref et mieux approprié à la manœuvre, si on en supprime les mots qui n'ajoutent rien à sa clarté et à sa précision.
Pour réunir la promptitude à la facilité d'exécution, dans une des manœuvres les plus importantes pour l'infanterie, je veux parler de la formation du carré, voici comment elle devrait se £aire, en conformité des deux premiers principes.
Le bataillon étant en colonne serrée, comme cela convient quand on a à craindre des attaques de la cavalerie, le chef commandera : Batailûm, — pour former le carré, prenez vos distances, — marche. Chacun sachant ce qu'il a à faire dans ce cas, il n'y a point de commandements particuliers à adresser aux chefs des divisions ; ils prennent d'eux-mêmes les distances convenables.
Le ch^ de bataillon commande ensuite : Formez le carré, — marche, et le carré se fait d'après les prescriptions de l'ordonnance. C'est à peu près ce qui se pratique maintenant dans les troupes fédérales.
Autre exemple : la sûreté exige qu'un bataillon en colonne serrée, et isolé, ne fasse aucun mouvement qui rompe ses rangs; c'est pou^ quoi on a imaginé les changements de direction par le flanc, pour faire face à droite ou à gauche. De cette manière le bataillon est toujours compacte, et peut, en un moment quelconque de son évolution, repousser une charge. Mais lorsque plusieurs bataillons en masse se protègent, on ne craint plus de leur faire exécuter des tournés, cooune à de simples pelotons, parce que l'espèce de confusion qui en résulte momentanément dans le bataillon qui exécute son mouvement, est peu dangereuse, l'ennemi étant tenu en respect par la présence des autres bataillons. De cette manière, on pourra former en bataille sur la droite ou sur la gauche, une colonne de plusieurs bataillons en masse, sans être obligé de faire faire, au préalable, à la colonne entière, un changement de direction par le flanc, comme on le pratiquait autrefois. La manœuvre sera plus facile et plus prompte, quoique peut-être un peu moins sûre pour chaque bataillon en particulier. Le troisième principe doit, dans ce cas, fléchir devant les deux premiers ; et c'est avec jaison qu'on a introduit la simplification dont je viens de parler, dans nos règlements d'exercice.
Une manœuvre, pour être bonne, doit encore, autant que possible, être offensive ; c'est-à-dire que, pour l'exécuter, il vaut mieux que les troupes se portent en avant que de marcher en arrière, parce que tout mouvement rétrograde intimide, et peut être le prélude d'une honteuse fuite ; au contraire, le moral de la troupe est
soutenu, son courage se ranime quand elle s'avance, comme si elle voulait diminuer Tespace qui la sépare de l'ennemi, pour le voir de plus près. Ainsi le passage des lignes sera toujours préférable quand il se fera par la seconde traversant la première, pour se porter en avant, surtout si les |^at$iiilons de cette seconde ligne sont formés en masses, ou en colonnes d'attaque. C'est un point bien essentiel de ne rien faire qui puisse porter atteinte à l'exaltation du soldat, qui est, après le talent du général, le gage le plus certain de la victoire. Or rien n'est plus fragile que cette exaltation ; un rien la fait nattre, un rien la détruit. C'est à quoi l'on ne songe peut-être pas assez dans les manœuvres d'esplanade qui, trop souvent, ne sont qu'une image bien imparfaite des manœuvres de guerre, au lieu d'en être le tableau fidèle. Pour juger une manœuvre, il faut toujours se placer sur le champ de bataille, en face de l'ennemi, au milieu des balles et des boulets, et dans l'émotion qui agite les guerriers les plus intrépides.
Mais il ne suffit pas que des évolutions soient bien combinées, il faut encore, et il est surtout nécessaire qu'elles soient bien exécutées. Or, ce n'est que par un exercice habituel qu'on s'y rend habile, et qu'on acquiert cette expérience qui n'hésite jamais, et sans laquelle il n'y a point de confiance parmi les soldats. Il faut donc tenir la troupe constamment en haleine , et exercer les vétérans presque autant que les conscrits. Un long repos a toujours été funeste aux armées; les vieux soldats qui ont perdu l'habitude des armes, sont presque aussi novices, quand il faut les reprendre, que les jeunes gens qui, pour la première fois, se rangent sous le drapeau ; ils leur sont même inférieurs en ceci, qu'ils savent, par leur expérience, que le soldat dont les armes sont rouillées est à demi vaincu ; l'inexpérience des autres les fait courir au danger, qu'ils ne connaissent pas encore, avec une certaine confiance qui supplée à leur défaut d'habileté.
Exercez donc vos troupes; exercez-les dans les camps et dans les garnisons; exercez-les môme dans les intervalles de repos que peut leur laisser une campagne active. En les exerçant, vous les occupez; et, non-seulement vous atteignez le but de leur rendre familier ce qu'ils doivent le mieux savoir, mais encore vous évitez tous les inconvénients de l'oisiveté ou d'un passage trop brusque de la vie la plus active à un repos presque absolu. Ce fut l'usage constant des Romains aux beaux temps de leur république ; ils durent à cet usage autant qu'à leur admirable discipline leurs plus glorieux triomphes. L'histoire nous apprend que Scipîon , prenant le commandement d'une légion dégénérée par les douceurs d'une longue oisiveté, ne
d9H COMDATS BT ACTlUNki PAUTICDUSilES.
lui rendit sa cpQfipnce al ne U conduigit k reiinemi qu'après lui avoir fait supporter des travaux, des m^rcbes, des fatigues de tout genre, et Favoir longtemps exercée au maniemeut des aripes. La victoire fut le prix de sa sévérité. Certes |e|s Romains méritent bien en cela d'être imités.
Et nous, citoyens d'un petit ftat qui n'a d'autres forces que ses milices, ne perdons jamais de vue, méma an milieu de la plus profonde paiXi qu'une guerre est possible, et que, d*un moment à l'autre, nous pouyons (tre appelés ^ la défense du sol national. C'est un devoir strict de nous y préparer par des exercices militaires et le soin constant de nos armes. Quand i\ y va de l'indépendance, de la liberté et de Tl^onneur national, npqi^ ppuvons bien supporter quelques gènes, nous imposer quelques sacrifices. Quel plus nobla but un citoyen suisse pourrait-il se proposer que de se rendre capable de servir utilement son pays, de le défendre nontre les ennemis du dehors, et de conserver intact l'héritage prédieii^ qu'il a reçu de ses pères?
Mais si une troupe doit être exercée, i{ faut bian se garder de la fatiguer en attachant trop d'importanpe à des choses qui , an fond , n'en ont que fort peu. Sachons retrancher d'un exer^sice le superflu , pour mieux apprendre le nécessaire. Et çetta observa^ tion s'applique surtout à des milices , qui ne peuvent consacrera leurs devoirs militaires qu'un temps limité. Pourquoi ej^iger* par exemple, que dans ia charge dite à volante^ tous les bpmmesd*ttn même bataillon s'attendent pour exécuter ensemble le même mouvement? Pourquoi enchaîner la vivacité des plus alertes , et les forcer à régler leur allure sur pelle des plus engourdis? EstK^e qu'à la guerre, devant l'ennemi, cela se pratique ainSi? Non; i la guerre, c'est i qui aura le premier chargé son arme , pt sera le plus tôt prêt à frapper un ennemi. On a grand tprt de ne pas faire aux exercices exactement ce qui se fait sur le champ de ba^ taille, et d'y faire autre chose que cela ; on donne aux troupes de fausses idées; et rien de plus dangereux à la guerre que les fausses idées et les illusions. Bien ne répondant au tableau qu'on s'est fait des choses, on tombe dans cette hésitation funeste, çoo^pagne inséparable du manque d'expérience ; on est bien près de se décourager par le sentiment, qu'on exagère nIPrs, d'avoir donné plus à l'apparence qu'à l'utile dan^ les exercices d'instruction. Pourquoi aussi tenir si rigoureusement à la parfaite rectitude d'un alignement, lorsque la marche la plus courte le dérange, et que le moin* dre pli de terrain empêche spuvent aux deux ailes d'un simple ba* taillon de découvrir l'aile oppose? Ce qu'on veut, par cette règle si
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sévère, c'est accoutumer les soldats à rester unis et en bon ordre ; mais il suffit pour cela de ce qu'on appelle le tad des coudea, c'està-dire que cha^iue bomme sente légèrement sou voisin, et que tout le bataillon, faisant f^ont du même côté, soit placé sur uue ligné à peu près droite. Ce n'est pas sous Une gi*êle de balles et de mitraille qu'où s'amusera à placer des guides sur la ligne, ou qu'on écoutëi'a les remontrances d'un aide-major qui ne verrait le salut du bataillon que dans soh parfait alignement; Bt ces grands feux de bataillon qu'on n'a coutume d'estimer bons qu'autant qu'ils sout cocttpactes! ces feux qu'un public curieux juge en souverain dans les ifiancëuvres de parade ! ^appellent-ils le moins du monde les grati» des scènes de nos batailles modei'Ues? Le bruit du tsation , le roiile- BMnt du tambour, tes cris des blessés, l'émotion des combattants, permettent-ils de prêter du commandement d'un chef une attention suffisante pour que toutes les armes soient déchargées d'uu seul eoup? Et quand cela serait possible, â quoi cela servirait-il? Ou ne tuera ou blessera pas moins d'ennemis par un feu de bataillon un peu roulant, que par uti feu compacte. Que les coups partent à quelques secondes d'intervalle, ou tous ensemble, il h'en sera ni plus ni moins pour le résultat. Voilà le point de précision dont il faudrait Mvoir se contenter. Il y a, dit un auteur recommandable, dans les manœuvres de guerre exécutées au sérieux, un degré moyen de précision, lequel est nécessaire et essentiel, et auquel il faut se contenter d'atteitidré. PréteUdre allei* au delà serait, la plupart du temps, vouloir l'impossible. Toute action de guerre est toujours accompagnée d'un certain désordre, qui a même quelque chose dé grand et de beau aux yeux du vrai militaire, lorsqu'il est une suite de la hardiesse et de la promptitude d'un mouvement, qu'il ne vient point de l'ignorance de ce que Ton doit faire, d'irrésolution ou de erainte. Quelques personnes d'un esprit minutieux^ qui, outre ^ela, n'ont pas beaucoup vu d'actions, oti qui les ont mal vues, s'imaginent bonnement que tout serait perdu si l'on ne fbanœuvralt ^as devant l'ennemi exactemeht comme on le fait à l'exercice : en quoi certainement elles s'abusent beaucoup.
Un moyen de mettre moins d'importance à toutes ces choses, qui ne savent qu'à fatiguer et tracasser les soldats, serait de manoeuvrer dans les terrains irréguliets, plutôt que de choisir des plaines parlaitement unies. Les exercices seraient alors une image bien plus fidèle des manœuvres de guerre ; chacun se pénétrerait bien plus du véritable rôle qu'il est appelé à jouer, et Vôn ne serait pas entraîné, comme malgré soi, par la régularité et l'uniformité du champ de Mars, à ne se contenter que d'évolutions offrant toute la
rectitude des lignes mathématiques. 11 est tout simple qu'en ne manœuvrant jamais que sur les esplanades, en présence des curieux, on Boit forcé de faire quelque chose pour plaire aux yeux, de sacrifier, en un mot, aux préjugés. Il n'y a aucune raison, aucun prétexte de se contenter de cette précision moyenne dont nous avons parlé; on exige alors la précision stricte et rigoureuse. Celui qui ne le ferait pas serait réputé mal habile.
La marche, voilà l'essentiel. Une troupe qui marche bien est toujours imposante, et, par cela seul, la victoire doit pencher en sa foveur, indépendamment de tous les avantages que présente la conservation de Tordre qui est une suite d'une marche bien réglée. A cet égard, on peut encore répéter avec le maréchal de Saxe, que la victoire est dans les jambes des soldats. Il faut donc donner une grande importance, et consacrer beaucoup de temps à l'enseignement de la marche, d'abord sur les plaines d'exercice, ensuite sur les routes^ dans les lieux accidentés et les terres labourées. La cadence du pas, l'aisance et le tact des coudes, sont, pour les individus, les choses principales à observer; et , pour les corps, ce sont les distances et la direction.
C'est par la cadence du pas qu'on évite le flottement, et qu'un bataillon tout entier se meut comme une seule masse. La terre doit trembler sous les pas de tant d'hommes réunis ; c'est un premier moyen de porter la terreur dans le cœur de l'ennemi. Homère, en pariant des Grecs, dit qu'il semblait que Jupiter réglât leurs pas et leur eût ôté l'usage de la parole; il comparait au contraire les Troyens et les autres peuples de l'Asie qui alors, comme aujourd'hui, s'avançaient en désordre, aux flots de la mer en courroux. Il indiquait ainsi toute la supériorité des premiers sur les seconds. Si jamais une troupe doit en charger une autre, ce n'est qu'en observant la cadence et l'égalité du pas, même dans la marche la plus rapide, qu'elle peut arriver de front sur l'ennemi et le heurter partout à la fois. De cet ensemble, de cette réunion d'efforts, natt le succès. Les Mameluks, les premiers cavaliers du monde, tant par l'excellence de leurs chevaux que par leur courage impétueux, ne peuvent pas résister aux escadrons qui les abordent en ordre. Ce n'est que dans les combats individuels qu'ils retrouvent toute leur supériorité. Rien ne montre mieux ce que peut la tactique contre fa force, qui n'est soumise à aucune règle, et qui n'obéit qu'à ses propres impulsions.
C'est par le tact des coudes que les soldats restent ensemble et conservent le degré d'alignement néceasaire pour le combat. Chaque homme doit sentir légèrement ses voisins de droite et de gaudie;
et, s'il s'établit un vide par une cause quelconque, soit dans la marche, soit en bataille, il appuie du côté qui lui a été désigné, et qui ordinairement est celui du drapeau. En marche, on sent les coudes du côté du guide, c'est la règle ; mais il ne faut pas non plus trop appuyer de ce côté, parce qu'on repousserait le guide qui est chargé de conserver la direction de la marche, ou bien il y aurait des hommes refoulés et obligés de sortir du rang; de là une pareille nécessité de garder ce qu'on appelle Vaisanee des coudes ; e'est-à-dire que chaque homme, tout en restant rapproché de ses voisins de manière à les sentir légèrement, jouisse encore d'assez d'aisance pour que tous ses mouvements soient libres, en tant qu'il les fera près du corps, comme cela est nécessaire dans l'emploi de nos armes modernes.
C'est du tact et de l'aisance des coudes, ainsi que de la cadence et de l'égalité du pas, que dépendent la précision des manœuvres et, par conséquent, leur succès.
La conservation des distances , dans les marches , est de la plus haute importance. Chaque subdivision d'une colonne restant toujours à la distance primitive de la subdivision qui la précède, conserve la faculté de se remettre en bataille, à un instant quelconque, pour repousser une attaque inopinée. La colonne entière n'occupe pas plus d'étendue que la ligne en bataille, en sorte que, lorsqu'elle arrive sur le terrain qu'elle doit occuper, chaque subdivision se trouvant précisément à sa place , toutes ensemble peuvent, à un même commandement, exécuter le même mouvement pour se ranger en bataille. Si au lieu de cela, la colonne s'est allongée par l'accroissement des distances, la tète de la colonne arrivera au point qui lui est indiqué, que la queue sera encore bien loin. Il faudra l'attendre , il y aura du temps perdu ; et si , sur ces entrefaites, l'ennemi se présente , la déroute est inévitable. Le mal est moindre quand les intervalles se sont resserrés au lieu de s'agrandir, parce que si les subdivisions ne peuvent pas se placer en entier dans la ligne de bataille, on laisse quelques hommes en arrière qui pourront être employés utilement, soit à enlever les blessés, soit à remplacer les hommes tués dans les rangs. Cependant c'est aussi un défaut de précision qui amène du désordre, et que, pour cette raison , on doit éviter autant que possible. La conservation des petites distances est confiée aux sous-officiers , celle des grandes aux officiers d'état-major des bataillons; les uns et les autres n'acquerront le coup d'œil nécessaire pour bien remplir leurs fonctions, qu'en apportant beaucoup de zèle dans leur service, et en mettant souvent en pratique ce qui leur est enseigné. Ils composent ce qu'on appelle les cadres des bataillons.
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On sent par là de quelle importance il est que ces cadres soient bi^ composés. De jeunes soldatâ, dirigés par de bond sDU:»-ofiîcîers et officiarS) rifaliseront sur le champ de bataille avec le^ troupes les plus aguerries ; cela 8*est tu à Lutzen et à Bautzen eti 4843.
Il n*est pas moins nécessaire dé rester en marchant sur les directions indiquées, que de conserver les distances. C'est en effet, parla direction , que Ton fixe le point où chaque bataillon doit se porter dans une manœuvre, pour coopérer à uûe Opération détentiinée. SI la direction n'est passuivie^ le bataillon qui s'en écarte itidiiqiiesofi butf on se jette sur un bataillon voisin . en même temps qu'il laiâsé de l'autre côté un espace qui s'agrandit toujours, et dont l'ennemi peut profiter. Il résulte de là un désordre toujours Idcbeui. On dvu souvent une attaque échouer parce que les troupes qui en étaient chargées, n'ayant pas conservé leurs directions, avaient aussi perdu leurs intervalles, étaient arrivées décousues, croisées, brouiliéeSi et hors d'état de se déployer promptementj devant reûûemi , au moment op^rton.
Quand on marche, e'est pour avancer; il ne faut donc pas, dani l'intentioik de conserver l'oidre strict et ralignement rigoureux, arrêter la troupe, la faire piétiner : cela fatigue et ne mène à rien dé bon. Que vos drapeaux, vos guides s'avancent dans les directions qui leur sont prescrites^ d'un pas ferme et réglé ; qu'ils conservent leurs distances et leurs alignements entre etix, le reste suiTra; il y aura toujours assez d'ordre tant que la trotipe restera unie et mar^ chera du même pas. C'est pour se former à ces priiicipes qu'il est nécessaire de conduire quelquefois les bataillons en promenade militaire, et de leur faire exécuter les manoeuvres dans les terrains ao* cidentés, semés d'obstacles de tout genre.
Il est un cas où ri est permis, je dis plus, où il est nécessaire de sortir du pas cadencé et réglé; c'est celui où il s'agit de francliir rapidement un espace limité, pour arriver avant l'ennemi sur quelque point important, pour se déployer plus promptement que lui et commencer le feu pendant qu'il est encore en marche y pour se porter inopinément sur un de ses flancs ^ etc. Alors, il faut donner au pas toute la vitesse possible ^ prendre véritablement le pas de course, avec la seule attention de conserver assez d'ordre pour ne pas aller à la débandade, et que les corps ne se mêlent point. On n'assujettit le soldat ni à la cadence, ni à la mesufe du pas; chacun se hftte d'avancer et n'a d'autre soin que de ne pas se laisser dépasser,, ni de sortir soi-^méme do rang. Il serait bon d'exercer quelquefois la troupe au pas de course, pour l'aGeonUimer à i'èspêee de oonfusiott qui éb résulte. Elle pourrait se troubler si dn le lui faisait prendre
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ppmr |4 première fois sur le champ de baUiille, et trèSKserteipemenl file l'eiéPUt^raii mal.
Une pbpee qui se pratique rarement auK everpioes, et qui eependapt est bi^D impartante à la guerre, e'eat le ralliement au drapeau, iJans la suppositipn que le bataillon, aprèi avoir été euibuté, cherche de nouveau à se rassembler ponr recammencer le combat* Ce qui, à la bataille de Fraubrunnen, a fait beaucoup d'honneur aux Bernois et les a portés très-haut dans l'estime de leurs ennemis mêmes, c'est cette persévérance avec laquelle ils se sont ralliés, à plusieurs reprises, pour soutenir les charges réitérées de troupes plus nombreuses, mieux exercées et ausi^i braves qu'eux*. C'est ainsi qu'on parvient à sauver l'honneur, même au milieu d'une défaite; c'est ainsi qu'on fait peyer cher au vainqueur Ip^i lauriers dont il se pare. Rien ne relève tant une nation, et surtout une nation faible, qu'une bataille longuement disputée, où les différents corps pnt rivalisé de courage et de constance pour np céder que pied a pied un terrain couvert de morts et de débris. Majs au contraire, si, après un sirpu* lapre de résistance, l'armée nationale quitte Ip champ de bataille, de quelque prétexte qu'elle cherche à colorer sa conauite , qu'elle 1^ décore du beau nom de prudence, qu'elle la montre comme un résultat de la nécessité, elle sera perdue à jamais de réputation, on la méprisera, et l'on géra toujours prêt à sacrifier le pays, qu'elle a si mal défendu.
Il est donc important de faire connaître aux soldats, de quelle p^cessité il est pour eux et pour la cause qu'ils défendent, de ^ grouper autour de |eprs çhef^, tant que le drapeau , ce signe sacré Su ralliement, flptie dans les aire. Il faut leur enseigner à courir d'eux-mêmes pour prendre leur place dans les rangs qui se reforment, et à renouveler le combat lors même qu'ils se trouveraient, momeur tanérpent, sou3 d'autres officiers que les leurs. )1 faut les accoutumer de bonne heure à l'idée qu'ils doivent sacrifier leur vie pour sauyer leur drapeau; que la honte est attachée à sa perte, et qu'il appartient aux plus braves de le porter et de le couvrir dans le corn* bat. Les honneurs que l'on rend au drapeau ne sont point une vaine cérémonie; ils sont faits pour inspirer le respect que tout militaire doit à ce signe de vaillance et de dévouement. Voye? les vieux guerriers se découvrir devant les enseignes qui les ont souvent conduits à la victoire ; ils se glorifient, comme de leurs propres blessures, des
* C'est une chose admirable, écrivait le général Schauen bourg, que des troupes qnf n'ont pas ftiit la guerre depuis deux siècles, aient pu soutenir cinq combats pQQsécutifs, et être & peine chaBsés d'un poste, qu'ils ne tentMsent ^*và reprendre fin autre, et de s'y mi^intepir.
IracêB qti*y ont laissées les boulets ennemis ; ils ont en vénération ces lambeaux qui ont survécu à vingt batailles. Les devises qui y sont inscrites sont leurs titres de noblesse; elles leur rappellent de grands et de glorieux souvenirs; aussi mettent-ils plus de prix à ces marques éclatantes et si bien méritées de leurs services, qu*à tous les biens dont les autres hommes sont si avides.