S 4. RECONNAISSANCES A MAIN ARMÉE
Les reconnaissances à main armée sont des opérations de guerre qui ont pour objet de se procurer des renseignements sur la position et la force des corps ennemis, afin d'agir suivant les circonstances. ' Tant qu'on ignore ces choses, on ne peut prendre aucune mesure d'attaque ou de défense bien concertée; si l'on marche, ce n'est qu'au hasard et comme à tâtons ; on risque de tomber dans des embuscades, ou de faire à faux quelque mouvement offensif; on peut, d'un moment à l'autre, être attaqué à l'improviste. Il faut donc non-seulement tâcher de connaître au juste la composition, la force et l'emplacement des divers corps qui composent l'armée ennemie, mais encore être informé de leurs divers mouvements ou simples déplacements , pour en tirer des inductions sur les projets du commandant en chef, et se mettre en garde contre ses entreprises.
Avant tout, on recueille tous les renseignements qu'il est possible de se procurer par la correspondance et l'espionnage, par les déserteurs ou les voyageurs. On en dresse des tableaux à compartiments, dont les cases peuvent être facilement renouvelées, suivant les changements que nécessitent les nouvelles informations. Avec ces notes
DBS RBCONNAISSANCBS. 305
et une bonne carte, sur laquelle on pique la position des corps , en les désignant par des numéros ou des couleurs de convention , ou parvient à se faire une idée assez nette de. la force et de remplacement des troupes ennemies. Mais quand on en est très-rapproché, il faut s'assurer, chaque jour, que les positions de la veille n*ont pas été changées, que des mouvementsoi'ont pas eu lieu, soit pour opérer quelque concentration , soit pour se retirer sur quelque autre point. De là la nécessité des reconnaissances à main armée, qui, souvent, sont des actions très-meurtrières.
L'usage, généralement adopté, de se couvrir par des avant-postes nombreux qui détachent une nuée de tirailleurs, empêche ordinairement de découvrir les camps de l'ennemi et encore plus de voir ses dispositifs d'attaque et de défense. Il faut donc, pour sortir de cette obscurité, pousser une reconnaissance qui , perçant le rideau de troupes Itères dont l'ennemi s'enveloppe, et refoulant les avant-postes, parvient jusqu'au point d'où l'officier, chargé de cette tâche, peut voir clairement l'armée ennemie, apprécier les avantages ou les inconvénients de la position qu'elle occupe, compter les bataillons, juger de ses moyens de résistance ; si elle s'est retranchée ; si elle a reçu des renforts d'artillerie ; si le terrain est ou n'est pas favorable à la cavalerie; où celle-ci est campée, etc. Ces différents objets doivent être saisis avec la promptitude d'un œil exercé, car la pointe qu'on vient de faire ayant mis tout le monde sur pied , on va avoir affaire à des forces supérieures, et il faudra bientôt quitter la place. Mais le but est atteint, puisqu'on a ainsi forcé l'ennemi à sortir des lieux qui le masquaient et à déployer ses forces. On sait maintenant tout ce qu'on voulait savoir; il n'y a plus qu'à rentrer au camp, et au plus vite, pour ne pas s'exposer à se voir couper la retraite.
De pareilles reconnaissances précèdent ordinairement les batailles. Far leur moyen, le général s'assure du véritable état des choses avant de donner ses derniers ordres ; il voit si les corps ennemis ont bien la position qu'il leur assignait d'après les rapports qu'il avait reçus, s'ils se prêtent un appui mutuel, s'ils sont trop disséminés, si leurs ailes sont en l'air, etc. En marche , c'est l'avantrgarde qui reconnaît l'ennemi.
Quelquefois la reconnaissance n'a pour objet que de découvrir si un point est solidement occupé, si un pont sur lequel on doit passer n'a point été rompu, si un défilé est fortifié, si l'ennemi a du canon dans tel endroit, s'il est dans telle ville, s'il suit telle uu telle route après une bataille perdue, etc. Dans ces cas particuliers, la reconnaissance est moins nombreuse et se compose le plus souvent de cavalerie, pour que sa marche soit plus rapide. Mais quand il doit y avoir en-
306 nu wcomiAisfiANqxs.
g99«nent. qu'oie |4^TQi( ^ \^ r^iitance, oii y f^ix copconrir ymm les armes , et pq en (toque to çomqiaademeQt à un officier expérimeoté.
Celui-ci reçoit or^ippirement qna instruction écrite 9ur lebut()e lareconnaiiNince. Il (joiti^^n bi^n péqé^'er, et&e faire donner toutes les explications qu'il jqgfi nécessaires, avant d'exécuter ses ordres. 11 se munit d*une t>onne carte, d'une lunette, et de tout ce qu'il £i9t pour écrire et même pour ffiire le croquis des positioqs de l'ennemi- Il s'assure de deux ou trois ^ahiipnts du pays pour lui servir de
{;uide8 et répondre i toutes les questiops qu'il aur9 à leur Saire sur e nom et la grandeur d^s villages, la pâture des communicntions, rétendue des bois, les circopstsinces descoursd'eau ^t du terrain, etc. Il doit encore se faire accqnipagner d'un officier qui sache )a lîingqe du peys et Iqi serve d'interprète. Le mieux est> lorsque lui? ipéme I9 sqit assez pour comprendre ce qui se dit et adresser quelques questions. Ennn, |e cooimand^pt d'une recopnniss^ce doit, i\v$ipt de pfirtir, passer l'inspection de 1^ troupe qui lui es( con^éfl, pour s'assurer du bop état des arp^es et d^ mupitiops.
V.e détachement chargé de poys^ Ip r^conpaiss^ncet quelque nécessité qu'il y ait à ce qu'i| firrive prop^pteniept à sp destination, ï^ devra cepfipdant marcher que précédé d'une s^v^nt-garde pr^por* tionnée \ sa force ^ et d'écl^ireqrs qui fouillant l^. cbep^iq^ creui, les bois, les vi||a.ges et tous les endroits pu l'ennemi pourrait se c^- , cbar. Ils doivent arrêter toute personne qqi voudrait le$i dépassfsr et qui pourrait donner avis de Isi piarchc- Quand le détacbement traverse v^p yiUage, |e coipmapdant s'y arrête quelqqes minutes pour prepdre ç)es renseignements sur la position de l'ennemi. S'jj soupçonne qu'on veuille le tromper, il se fait donner des otages, et il ne les relâche que lorsqu'il s'est assuré qu'on lui ^ d^ k vérité. Mais il pe doit p^s prolonger trop longtemps ses interrogai<oires , de peur que l'eunemi , prévenu de sop prrivé^, , pe prenne des fpesures pAUr fsiirp éçbouer l'expédition.
Le chef porter^ une attention particulière i toutas les cireonsts^nt ces du terraip qu'il traverse, afin de déterminer d'avance les points sur lesquels il pourrait se retirer et où il ferait ré^istpnce, dans le cas où il scr<^ii 9t)ligê c|e combattre en retraite, il s'iiifrêtera ^ la croisée des clicp^ins pour questionner les gpides sur leur direction et leurs çib,outià^2^pts.. \\ vérifiera si la c^r^ , ou le plan topograpbique doqt il est ipuni^ est bien conforme au)^ localités. Pour ^ f^irf^ upc idée nelte du pay^, et s'y reconnaître quand il rentrera, i| doit se retourner ^.uvept, et étudier Is^ coptrée sou&ses différents
DIS RsqQWNAis»iNq;s. 31^7
lif) ^étaehemçnt r^fte réuni , n^Unt que possible , peadUBt la marche , afin d'ôtfe toujours à mémo de soutenir une attaque et de culbuter les premiers postes qu'on rencontrera. Il ne faut donc pas que le corps principal perde de vue son avant-garde, ni celle-ci ses éclalreurs ; et, si Ton marchait d^ nuit, il faudrait même les retirer, parce qu'ils devieudraient inutiles, oq du moins les rapprocher aa^ pour entendre leurs pqs. ]1 faut, dans cette circonstance, s'arrêter souvent pour prêter l'oreille. On n'entre dans les villages que lorsqu'on i)'a rien entendu qui puisse éveiller le soupçon, et que les deui ou trois hommes qu'on y a envoyés pour lesi explorer, ^nt veuoa dire.qu'ils n'ont rien aperçu.
Quai^d la longueur du chemin force ^ faire une halte, il faut la faire derrière un bois ou quelque pli de terrpin qui cache la troupe. Desi sentinelles^ placées dans le bois oy çur la hauteur , de manière à découvrir la campfignesans être vues, avertiront de tout ce qui se
i»a^ae. Des vedettes seront posté s, à une plus grande distance, sur es chemins du cdté de l'enuemi; on les mettra c|ciublç3, pour que l'une puisse quitter et venir informer le commandant de ce qui mérite son attention , pendant que l'autre reste en observation. Si l'on doit s'arrêter près d'un villQge pour prendre quoique nourriture, la troupe |e traversera et ira s'établir en avant du c4ié de re^uenu, pour ne pas le lui laisser dans le cas d'une surprise. (^ commandant se fera apporter des vivrez par les habitants, et leS! distribuera, sans permettre à personne de s établir dans les maisons , pas plus m% officiers qu'au:f( soldats. Il mettra une g?irde à l'entrée du vi||age pour que cet ordre soit rigoureusement observé^ et pour appuyer Ifi réquisition qu'il est obligé de frapper pour avQir ces yivrçis. t^e mieui^ cependant est de les payer, quand cela est possible.
Tant que l'objet de la reconnaissance n'est p^ç r^inpli . il faut pousser en ayant, sans crainte de se compromettre \ le détachement est assez fort pour aborder franchement toute troupe qui se présente; c'est du moins ce que nous supposons dens ce cas. Il est d'autres reconnaissances t faites par de petits détachements, où Ton emploie plutôt la ruse que la force pour découvrir ce qu'on çhercl^e, et où , par conséquent , on doit éviter un engagement qui pourrait faire manquer l'ei^pédition. Pans une forte reconnaissance, au contraire, où l'on a précisément pour but de pénétrer jusqu'aux positions de l'ennemi , on ne doit pas se laisser arrêter par la rencontre fortuite d'une troupe sur laquelle on ne comptait pas; mais, profitant de cette bonne fortune, on culbute la troupe aventurée, on lui fait des prisonniers qui donnent d'utiles renseignements, et on la mène battant jusqu'aux avant-postes, où sa déroute jette l'alarme. L^ ligne
308 DBS RBCONNAISSANCIS.
est bientôt percée , et l'on ne tarde pas à voir les corps ennemis se déployer pour repousser Tattaque. C'est ainsi qu'on fes force à se montrer. Le commandant doit , en ce moment , chercher quelque point élevé, d'où il puisse découvrir le terrain et se faire une idée , soit de la position en elle-même, soit de la manière dont elle est occupée , ainsi que de la force et de la composition des troupes ennemies. Il fait, ou fait faire, par les officiers qui l'accompagnent, un rapide croquis du terrain et de la position de l'ennemi.
Mais qu'on n'aille pas, dans l'ivresse du premier succès, poursuivre inconsidérément les fuyards, et, perdant de vue l'objet de la mission, s'engager à tel point, qu'il ne soit plus possible de se retirer. 11 faut, au contraire, savoir s'arrêter à propos et sonner la retraite, même au milieu du combat le plus heureux, quand une fois on a vu ce qu'on voulait voir. C'est ici que la prudence doit guider le courage, et le sang-froid présider à toute l'opération.
Ajoutons que le chef du détachement en reconnaissance évitera d'en venir aux mains toutes les fois que cela le détournerait de son but; car sa mission n'est pas de faire essuyer des pertes à l'ennemi, mais de découvrir ses projets et de prendre une idée juste de sa position. Sur la route directe, qu'il attaque, qu'il renverse les postes ennemis , qu'il fasse des prisonniers , qu'il enlève ou encloue des pièces de canon, c'est bien ; mais que, dans l'espoir de surprendre un parc , d'enlever un convoi , d'anéantir une troupe qui se garde mal, il quitte son chemin et perde du temps, c'est contre son devoir; il est blâmable, lors même que le succès couronnerait son entreprise. De pareils crochets ne sont permis qu'autant qu'il y aurait trop de danger à pousser en avant , sans forcer à la retraite les troupes ennemies qui sont sur les côtés. Alors il est à présumer que l'expédition est manquée.
Les reconnaissances que , par opposition aux précédentes , on pourrait appeler secrètes, se conduisent d'après d'autres principes. Les grandes reconnaissances se font de vive force, à découvert; dans celles-ci, on fait usage de tous les genres de précautions pour éviter d'en venir aux mains. D'abord, on n'y emploie que peu de monde, afin d'échapper plus facilement à la surveillance de l'ennemi , ou à sa poursuite. On cherche à s'approcher, pendant la nuit, du point qu'on veut atteindre ; on se glisse furtivement par des ravins , des chemins creux ; on fait de longs détours pour éviter la rencontre des patrouilles ennemies, et on rentre par un autre chemin que celui par lequel on est venu , afin de ne pas tonaber dans les embûches que l'ennemi, informé de votre passage, pourrait vous dresser.
DES RECONNAISSANCIS. 309
Une reconnaissance secrète n'est ordinairement composée que d'une seule espèce de troupes, de la cavalerie dans les pays plats, de rinianterie dans les pays montagneux o|^ très-coupés. Elle peut être commandée par un officier d'un grade inférieur, s'il est intelligent et brave. C'est même par de semblables services que de jeunes officiers se font connaître et méritent leur avancement. Le détachement noarche avec précaution ; il n'est pas assez nombreux pour fournir une avant-garde, mais il se fait précéder d'un groupe d'éclaireurs, et ceux-ci envoient un des leurs en avant. Deux ou trois flanqueurs, sur chaque côté, sont également nécessaires. Du reste, le commandant a avec lui, aussi bien que s'il s'agissait d'une grande reconnaissance à force ouverte, un ou deux guides; cela est même plus nécessaire, puisqu'il faut faire des détours, éviter souvent les chemins battus. Si ses édaireurs lui annoncent une troupe ennemie , il se jette de côté et tâche de l'éviter en se couvrant d'un bouquet de bois , d'un pli de terrain , ou de tel autre accident qui peut se présenter. Sinon, il la combat quand elle n'est pas trop nombreuse, ou lui échappe dans le cas contraire par une prompte retraite. S'il s'agit d'une forte colonne, et qu'il ait été assez heureux pour pouvoir se cacher , il la suit des yeux et cherche à se faire une juste idée de sa force, avant d'en donner avis. Ce n'est qu'alors qu'il fait partir le plus leste de ses soldats pour porter, par un détour, un billet qui fait connaître en trois mots, au générai, de qudi il s'agit. Cependant si cette colonne est' près d'atteindre les avant-postes , il doit l'attaquer pour l'arrêter dans sa marche et donner l'éveil. Mais il aura soin de ne pas s'engager avec le corps principal et de s'en tenir à l'avant^garde, et même à l'extrême avant-garde, suivant leur force. Cela suffît pour le but qu'il se propose. L'ennemi, ne connaissant pas la force qu'il a en tète, est obligé de s'arrêter et de prendre des mesures défensives. On gagne ainsi du temps. Le commandant de la reconnaissance aura eu soin d'expédier une ou deux ordonnances au commandant des avant-postes ; mais , comme ces ordonnances peuvent être enlevées^ et que le vent peut empêcher d'entendre la fusillade, il donnera l'alerte en mettant le feu à quelques tas de paille qu'il se procurera dans sa retraite.
Lorsque le commandant de la reconnaissance est arrivé sans obstacle à sa destination , il tient sa troupe cachée derrière quelque rideau, tel qu'un bouquet de bois, un monticule, une vieille muraille , dans un creux ou pli de terrain , et , ne se faisant suivre que de quelques hommes qu'il laisse échelonnés à une certaine distance, il monte de sa personne avec son guide et deux ou trois soldats sur quelque endroit élevé d'où il puisse découvrir l'ennemi. Il prend ses notes
310 PIB laCONIfAISSANCIfi.
gur ce qu'U voit eliur las evplieatîQiis <^e toi danas soii guide. Si les positions de renneiiii se montrent ineo, il en feit le croquis ;cte toujours bon , quand mé{ne te dessin en est très-grossier. Il ne doit point s'en laisser imposer par les premières apparenees ; mais, examinant les choses avec sang-froid, il s*e06roe d'en prendre une idée exacts, dût-il s*exposer pour atteindre ce but ; car des renseignements inexacts oq m<^nsongers sont pires qu'une ignorance totale de ce qui concerne J*ennemi. Aus^i le cbef doit-il choisir un homme expàimente lorsqu'il s'agit d^une mission de ee genre un peu importants. On pourrait citer bien des exemples où de fiaux rapports , c|î<*tés par rioexpérience ou la peur, ont été la cause de cruels mécomptes on de grandes catastrophes. Le brave Montlucdit, à ce sujet, qu'il faut envoyer un vienx routief ou un homme fort assuré : un homme nos expérimenté prendra bientôt l'alarme et s'imaginera que les buissons sont des bataillons ennemis. « Capitaines, mes amis 1 s'écrie-t^il, il faut plutôt voMS hasarder d'élre pris et savoir le vrai , que de vois fonder sur le rapport des vilains , qui ont la peur si avant dans le ventre. Bnyoyez toujours quelqqe officier sans peur, el si vous voulez faire mieux, allex-y vous-mêmes. »
Si Toffirier est découvert pendant qu'il fait ses observations, et qu'il voie venir une troupe ennemie à l9quel|e il ne pourrait pas résister avec |e peq de mopde qu'il a auprès de lui., il se hâte d^aller rejoindre son détachement au pied de la colline, pour se replier sur la réserve qui, n^ayaqt plqsà se lepir oe|^hée, s'avanee à sa rencon* tre. Qqand tout 6on monde ^ réuni il peut essayer de repousser l'ennemi, si sa tôohe n'est pas achevée ; mais si elle Tesl, il doit ae retirer , lors même qu'il serait assuré du succès, Une fois la mission remplie , il mettra sa gloire à ramener tout son monde , bien plus qu'à rapporter quelqoe trophée, qui serait toujours trop chèrement payé. On ne peut s'eippécber, 4 ce sujet, deojterun trait de présence d'esprit bien remarquable. Au siège de Luxembourg le mai^hal de Yaiiban voulant s'assurer par lui-même de 1 état des ebosea, comme il en avait l'habitude, s'ayapça escorté de quelques grenadiers qu'il lais^sa en arrière, couchés à terre, et, seul, il traversait le glacis à la faveur du crépuscule, lorsqu'il fut découvert. De la main il fait signe aux assiégés de ne point tirer et s*avanre encore, au lieu de reculer. Les enneipis le prirent poar iin des leurs, et Vauban , après avoir vu ce qu'il voqlait, se retira leptemept et fut «auvé par son admirable sang-froid.
Nous devons indiquer quelquesrunes des précautions à prendre pour assurer I^ supcès d'une reconnaissance secrète. Il faut d'abord r^omposer le détachement de soldats s4ra et debonssoua^offioiersqiii
£»BS RBGONNAISSANCSS. 311
puiaaent, au besoîQ) suppléer les officiers; s'ils savent ia langue de rennemij ils seront d'un grand secoyrs pour essayer de ces ruses au moyen desquelles un eiprit inventif de tire d'embarras dans les moments critiques. En tout cas, il est. nécessaire qtie quelques-uhs des soldats la parlent. Nous avons déjà dit qu'avant de partir il faut s'assurer d'an ou de deux guides. On les monteiti si , comme cela a le plus souTent lieu^ le d^chement est composé de cavalerie, et deux cavaliers seront chargés d'avoir constalnment les yeux sur eux. On ne les laissera pas communiquer entre eux, pour qu'ils ne puissent pas concerter quelque tromperie funeste au détat^hetrifwt. Dans la marche j la troupe observera le silence^ surtout pendant la nuit, où elle doit être toat oreilles. Quand elle craindra d'être découverte, elle évitera les chemins fréquentés et prendra lès traverses < en tâchant toujours de se couvrir par les bois, les baies, les plis de terrain ; elle ne craiodra pas d'aller à travers champs pour se procurer cet avantage ; elle ne passera jamais près d'une colline sans s'assurer qu'il n'y a personne derrière; elle s'arrêtera donc jusqu'à ce qu'un éclairaur ait fait signe qu'on peut continuer la route. La même précaution est nécessaire toules les fois qu'on passée une certaine distance d'un bois, d*un ravin^ d'une ferme, etc. « où l'ennemi pourrait^être caché. Pour les villages , on les évite autant que possible , afin de ne pas donner l'éveil, surtout en approchant delà destination ; mais si Ton est obligé d'en traverser quelqu*un , on n'y entre qu'après l'avoir i>ien fouillé ; on profite de la circonstance pQur questionner quelques notables sur ce qu'ils ont appris de la position et des projets de l'ennemi ; en même temps on fait adroitement coitrir de faux bruits sur la destination du détachement , pour dérouter l'espionnageé On se procurera des rafraîchissements et des vivres^ si on n'en avait pas pris en partant. Le mieux est toujours de ne se mettre en route que bien pourvu ; mais il est possible qu'on n'ait pas eu le temps de s'approvisionner ; il est donc convenable de profiter de la première occasion qui se présente pour le faire.
De nuit, la pipe est interdite aux soldats. Quand la reconnaissance arrive au pQint du jour près des avant- postes de l'ennemi, il faut qu'elle s'embusque et se cache soigneusement, parce que c'est le mo* ment où les patrouilles circulent dans la campagne ; on place des sentinelles sur toutes les avenues, afin que^ prévenu à temps, on puisse se retirer à l'approche de ces patrouilles, ou prendre les mesures nécessaires pour les enlever. Si l'on fait ainsi quelques prisonniers, on en obtiendra sans doute des renseignements utiles. Ce mo- Tosai est d'ailleurs très-bon p<îur découvrir les forces de l'enneini , pvoe qu'ordinairement les troupes sont sous les armes jusqu'à la
312 DBS RICONNAISSANCSS.
rentrée des patrouilles. Le commandant cherchera donc <|uelqiie point élevé d'où il puisse, sans se découvrir, et à Taide de sa lunette, voir ce qui se passe aux avant-postes. Les feux de bivouac qui famentdansie lointain peuventdonner, jusqu'à un certain point, Fidée de la force et de remplacement des corps que couvrent les avantpostes. S'il fallait pénétrer jusque-là , ce ne serait que par une marche de nuit qu'on y parviendrait, et en faisant un grand détoor, pour s'introduire par les derrières dans les villages occupés par l'ennemi ; car il n'y aurait aucune probabilité de réussite en traversant la ligne des avant-postes qui couvrent le front. C'est alors que les hommes qui parlent la langue sont utiles; ils s'approchent avec précaution du village , répondent aux qui vive des sentinelles , s'introduisent dans quelque ferme pour questionner les habitants. Les gardes ne sont pas toujours bien nombreuses ni bien vigilantes sur les derrières ; il y a donc possibilité de les enlever et de savoir par elles ce qu'on désire apprendre. Pour enlever de semblables postes, la compagnie franche, qui, au siège de Dantzick, s'est si fort distinguée sous les ordres du commandant Ghambure , s^est quelquefois servie de la ruse suivante : quelques soldats se munissaient de sonnettes, et , se mêlant aux troupeaux, ils s'approchaient petit à petit des sentinelles, et parvenaient à s'en débarrasser sans bruit ; alors ils attaquaient le poste de vive force ; le reste de la compagnie, qui était resté caché, accourait, et le village était bientôt en leur possession. Pour n'être pas reconnu à l'accent, les soldats de Ghambure, lorsqu'ils traversaient les postes , répondaient en russe aux Prussiens , et en allemand aux Russes. Il y aura bien des occasions où l'on pourra imiter cette ruse, quand les armées ennemies seront composées des troupes de deux nations.
Quand la reconnaissance est terminée, l'officier qui en a été chargé adresse au général un rapport écrit, lorsque le compte qu'il en peut rendre verbalement ne suffît pas. Ce rapport , conune toot ce qu'écrit un militaire dans son service , doit être clair, simple et aussi bref que possible. C'est l'objet du rapport, et non la manière plus ou moins élégante dont les choses y sont dites, qui en fait le mérite. L'officier n'avancera que des faits dont il soit parfaitement sûr; ses conjectures, il ne les présentera qu'avec réserve; il se tiendra en garde contre les écarts de son imagination , pour ne s'attacher qu'à la> réalité. Enfin il évitera de trop parler de lui ; et , s'il a lieu d'être satisfait de la manière dont sa mission a été remplie, c'est sur sa troupe qu'il peut adroitement faire tomber quelques éloges.
Les petites reconnaissances qui se font tous les matins aux avant* postes, pour s'assurer que l'ennemi ne s'est point approché pendant
DES RBGONNÀISSÂNCBS. 313
la nuit, reçoivent le nom de découvertes. Ce ne sont, à proprement parler, que des patrouilles qui se portent, jusqu'à une distance plus ou moins grande, en avant de la ligne des avant-postes. Elles font l'objet d'un service régulier auquel tous les ofiEiciers sont appelés. Leur trajet n'est ordinairement pas de plus d'une )ieure , attendu que les grand'gardea et les piquets se tiennent sous les armes pendant qu'elles durent. Au reste, toutes les précautions que nous avons prescrites pour les reconnaissances secrètes lenr sont applicables. Le commandant doit mettre beaucoup de circonspection dans sa marche , se faire éclairer, s'avancer en silence à la faveur des couverts que le pays peut oflFrir , s'arrêter souvent pour écouter et examiner, donner l'alarme s'il rencontre l'ennemi , et éviter de se trop engager avec lui. Si la découverte , dans un but spécial^ se porte plus loin que de coutume, et qu'il importe d'en connaître promptement le résultat , on place de distance en distance des ordonnances à cheval , sur la ligne parcourue , pour former comme une chaîne entre le détachement et la grand'garde. La découverte n'exige pas de rapport écrit; l'officier fait simplement un rapport verbal à son chef immédiat, lequel en transmet le résumé au commandant des avant-postes.
A côté de ces moyens d'obtenir des renseignements de l'ennemi, il en est d'autres qui n'offrent pas les mômes dangers , ce sont ceux de l'espionnage. Il est malheureusement trop vrai que l'on trouve partout des gens prêts à vendre leur honneur, et à trahir leur patrie pour une somme phis ou moins considérable , suivant le rang qu'ils occupent dans la société. Ces moyens, quelque coûteux qu'ils soient , ne sont pas à négliger ; car d'un avis reçu à propos dépend souvent le succès d'une entreprise. Il faut donc payer largement de pareils services , tout en méprisant les vils agents qui les rendent. C'est de l'or qu'ils veulent , soyez-en prodigues. Ils sont toujours à la dévotion de ceux qui payent le mieux. Souvent ils reçoivent des deux mains et font le double espionnage; c'est à quoi il faut surtout prendre garde. Un espion qui vous trahit de la sorte doit être puni sans miséricorde à Tinstant où son crime est découvert. Mais ceci est trop étranger à notre sujet pour nous y arrêter davantage.