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CHAPITRE II

§ 4 . COMPOSITION DB l'ARMÉE.

Il ne suffît pas, pour former une armée, de rassembler des hommes et de leur mettre des armes entre les mains ; il faut encore que ces hommes se soumettent à un chef qui dirige leurs mouvements et fasse concourir leurs efforts à un même but. Sans [cela une armée ne présenterait qu'une réunion tumultueuse, où rien ne se résoudrait, où régnerait une confusion extrême. Les nombreux individus qui la composent, n'obéissant point aune volonté unique, n'agissant point dans une seule intention, imprimeraient au corps militaire des impulsions diverses qui se neutraliseraient, se contrarieraient de mille manières, et contribueraient à sa ruine bien plus qu'à sa gloire ou à sa sûreté. La discipline est donc la première nécessité d'une armée; c'en est la condition essentielle, indispensable. Sans discipline il n'y a pas d'armée. Aussi voyons-nous les troupes qui l'ont le mieux observée, acquérir dans tous les temps et chez tous les peuples une supériorité incontestable. C'est par leur admirable discipline que les Romains ont triomphé de toutes les nations et soumis le monde connu à leurs lois. G*est par leur discipline, autant que par la grandeur de leur courage, que les premiers Suisses ont vaincu dans tant de batailles mémorables ; c'est en la maintenant dans leurs rangs, c'est en se montrant fidèles aux devoirs qu'elle impose, que les Suisses d'aujourd'hui pourront aspirer à marcher sur les traces de leurs pères.

L'honneur est la base la plus solide de la discipline, surtout dans les milices nationales. Les punitions trop sévères irritent le soldat sans le corriger ; il faut les réserver pour les cas rares où, pour arrêter un désordre, il devient nécessaire d'user des moyens répressifs les plus puissants. C'est en ramenant par la persuasion

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les soldats ^arés, en les traitant avec douceur, même lorsqu'on les punit, en évitant avec soin de les humilier par des paroles offeDsanttis, en cherchant au contraire à ranimer en eux les sentiments de patriotisme et d'honneur, qu'on réussit à former des cohortes magnanimes dans la victoire, et que les revers n'ébranlent pas. Ce sont là les seuls leviers sur l'efficacité desquels on puisse compter dans les moments de crise; et, s'ils ne suffisent pas pour former des héros, si l'enthousiasme seul a pu enfanter les prodiges de Saint-Jacques et des Thermopyles, du moins est-on sûr d'obtenir, par leur moyen, tout ce qu'il est possible d'attendre d'une troupe aguerrie et bien organisée.

Un chef doit donc s'interdire les paroles dures et méprisantes; il doit surtout éviter soigneusement de rudoyer le subordonné qui lui manque ; il n'est point excusable de se laisser emporter par sa vivacité; il se félicitera toujours d'avoir su se contenir : les soldats, justes appréciateurs de l'offense, lui sauront gré de sa modération, condamneront eux-mêmes le coupable, et se montreront plus disposés à l'obéissance.

Mais il est un autre extrême, dans lequel des officiers de milice tombent aisément, et qu'il faut également éviter : c'est cette familiarité outrée qui abaisse pu discrédite celui qui s'y laisse aller, qui le rend méprisable aux yeux mêmes de ceux dont il cherche à capter la bienveillance ; c'est cette coupable faiblesse qui fait accueillir trop facilement les réclamations des mauvais soldats, toujours prêts à faire des doléances, à porter des plaintes ; faiblesse destructive de toute discipline, en ce qu'elle ferme les yeux sur les fautes et les désordres qu'il est si nécessaire de punir ou de réprimer. Un chef trop familier n'a plus d'empire sur ses soldats; il est exposé aux grossièretés, aux manques de respect de ceux qu'il a accoutumés à le regarder comme un simple compagnon , et à lui parler comme tel.

L'homme auquel la conduite d'une troupe est confiée doit donc marcher entre deux écueils : la dureté qui révolte, et la douceur exagérée qui prive du respect. Il tiendra un juste milieu, s'il sait allier la justice à la sévérité, la bonté personnelle à la rigueur du devoir. Aucune faute ne restant impunie, la bonne conduite et les belles actions étant louées et dignement récompensées, le chef sera à la fois craint et aimé de tous ses subordonnés ; ses ordres seront ponctuellement exécutés; on fera tout pour mériter son approbation; la discipline enfin sera dans toute sa vigueur.

Si l'on avait le choix des hommes pour la composition de l'armée, ce ne serait pas seulement à la taille qu'il faudrait les apprécier.

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Les Romains n'étaient pas hauts de stature, et cependant quelle nation les a jamais égalés? S'ils ont fait de si grandes cboseSf c'est qu'ils alliaient aux qualités militaires les vertus du citoyBu. La force corporelle, une grande taille, du courage sont beaucoup sans doute; mais, pour constituer le véritable guerrier, ces avantages doivent être accompagnés de qualités non moins précieuses, telles que la sobriété, la patience à si^>porter les privations, l'honneur, et pardessus tout un amour ardent et pur de la patrie. Ces vertus peuvent seules ennoblir l'état militaire, qui, sans cela, est trop souvent entaché d'excès de tout genre, aussi funestes à la nation qu'il devrait protéger, qu'à l'ennemi qui en est la cause ou le prétexte. Aussi voyons-nous les anciennes républiques mettre le plus grand soin dans le choix des soldats auxquels elles confiaient leurs destinées. Nul n'était admis à l'honneur de porter les armes pour la patrie qui n'eût un intérêt direct à la défendre. Nos institutions modernes ne nous permettent pas, sans doute, d'aspirer à une aussi bonne composition des armées ; mais on peut faire quelque chose d'analogue dans les milices ; et, dans les armées permanentes, on peut proscrire le mode de recrutement qui n'amène dans les rangs que l'écume des villes, pour le remplacer par la conscription militaire contre laquelle on a beaucoup crié, et qui offre pourtant le seul moyen de composer une armée. associée d'intérêts aux autres classes de citoyens.

Après ce préambule, que je ne crois pas sans utilité pour nos jeunes officiers, j'entre en matière.

Une grande armée, sous les ordres d'un général en chef, se com« pose de plusieurs corps commandés par ses lieutenants, et renfer* mant chacun tous les éléments des batailles, c'est-à-dire de Tinfan» terie, de la cavalerie et de l'artillerie, dans des proportions que l'expérience a déterminées. On conçoit que le partage d'une grande armée en plusieurs corps est absolument nécessaire pour rendre cette immense machine susceptible d'obéir aux impulsions diverses qu'elle doit recevoir, et de prendre les formes variées que nécessitent les circonstances.

Un corps d'armée est rarement de plus de 30 000 hommes, et bien souvent il est au-dessous, même chez les nations qui ont le plus do troupes sur pied. Un commandement pareil est déjà bien lourd; peu d'hommes sont capables de s'en acquitter avec distinction.

Le corps [d'armée se partage en un certain nombre de divisions d'infanterie et de cavalerie, commandées par des lieutenants gêné* raux (nous parlons de ce qui se pratique dans les armées de nos voisins). Le nombre de ces divisions, dans chaque corps d'armée, n'est point invariable; il dépend et de la force des divisions et de la gran-

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deor des 'corps d'armée. Les autres armes, teUes que Tartillerie) le génie et la gendarmerie, n'entrent que par fractions dans la oompo* sitioD des corps d'armée. Cependant, quand il y a plusieurs compagnies d'une même arme, et c'est ordinairement le cas pour l'artillerie, on les réunit sous un seul commandement.

Une division se compose de plusieurs brigades, sous les ordres des \ maréchaux de camp, et en nombre indéterminé.

Les brigades se subdivisent en régiments, et les régiments en hataUUms ou escadrons, suivant qu'ils sont d'infanterie ou de cavalerie. On voit donc que, pour ces deux armes les dénominations 1 sont les mêmes jusqu'à cette dernière subdivision, qu'on peut regai^ der comme l'unité dans la composition des armées, et souvent on s'en sert pour exprimer la force d'un corps, en indiquant de combien de bataillons et de combien d'escadrons il est composé. Le nombre d'hommes qui entrent dans un bataillon ou dans un escadron est déterminé par les règlements, tandis qu'il n'y a rien de fixe dans la force des régiments et des brigades, non plus que dans celle des divisions et des corps d'armée.

Dans notre organisation fédérale, nous n'avons pas de régiments. Nos brigades se composent dQ bataillons en nombre indéterminé, mais le plus souvent de quatre, dont chacun a son administration particulière, comme les régiments dans les autres armées. Sans cela, et sans la circonstance que Ton réunit presque toujours des compagnies de carabiniers aux bataillons d'infanterie, nos brigades ne seraient réellement que de grands régiments avec un autre nom ; mais elles ont en général bien plus d'importance par le rôle qu'elles jouent dans notre armée, par leur composition et par leur force numérique. Aussi les colonels fédéraux , qu'on leur donne temporairement pour chefs, ne peuvent-ils être assimilés qu'aux généraux de brigade des autres nations.

Nous n'avons pas non plus de corps d'armée ; du moins, nous n'avons jamais organisé que des divisions dont la force, il est vrai, B'est élevée jusqu'à U 000 hommes, sans compter les réserves, et qai comprenaient de l'artillene et de la cavalerie. C'étaient donc de petits corps d'armée. On pourrait, au besoin^ en former de véritables en réunissant deux divisions sous un même chef; la loi militaire qui nous régit maintenant nous en laisse la faculté.

tlnâeui homme nesuffirait pas à tous les soins qu'entraîne le commandement d'un corps d'armée ou même d'une division ; on lui adjoint un eertain nombre d'officiers qui composent son état-major» Ils transmettent ses ordres verbalement ou par écrit; ils préparent les marches et les campements ; ilsfont les reconnaissances de terrain, et prennent

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toîislesrenseignemeatssur la position et lesmouyementsderenneini ; ils reçoivent et interrogent les parlementaires, dirigent lapartiesecrète de l'espionnage ; ils dressent les états de situation d'aprè»les rapports qu'ils reçoivent des différents corps; ils passent les inspections de détail, font les [visites des casernes et des hôpitaux, pour s'assurer que rien ne manque à la troupe ; ils tiennent la correspondance et les archives ; ils font l'historique de la campagne, les levés des champs de bataille; ils régularisent les différents services et veillent à l'exécution des règlements ; en un mot, ils sont les ressorts intermédiaires dont le général se sert pour donner le mouvement à cette grande machine qu'on appelle une armées qui le régularisent, l'entretiennent, empêchent ou adoucissent les frottements qui en arrêteraient la marche ou en restreindraient les effets. L'immensité des détails qui incombent aux officiers d'état-major oblige de les partager en plusieurs bureaux, dont chacun s'occupe d'une branche spéciale. L'offîcier supérieur qui est placé à leur tête doit être l'honune de confiance du général ; il faut qu'il connaisse ses projets pour concourir de tous ses moyens à leur exécution ; son devoir est d'émettre franchement ses opinions sur les plans proposés, d'en\)résenter même de nouveaux, s'il le juge convenable ; mais son devoir est aussi de faire abstraction de ses propres idées, lorsqu'elles n'ont pas prévalu, pour épouser celles du général, la moindre mésintelligence entre ces deux hommes pouvant amener de grands malheurs. L'unité de vues et d'actions est la première condition du succès.

On donne le nom de major général au chef d'état-major d'une armée entière. Celui de l'état-major d'un corps d'armée, ou d'une division, est appelé chef d'état-major. L'officier qui remplit cette fonction dans l'armée fédérale est désigné sous le nom d'adjudant de division. Les armes de l'artillerie et du génie, lorsqu'elles se trouvent en jforces suffisantes dans une armée, sont assimilées aux divisions d'infanterie ou de cavalerie ; elles ont leurs états-majors particuliers pour diriger leur personnel et tout ce qui tient aux travaux qui leur sont propres.

Indépendamment des troupes proprement dites qui entrent en ligne pour le combat, et des officiers qui composent les états-majors des généraux, il y a 'encore dans les armées une grande 'quantité d'employés dont les services sont indispensables. Ce sont les ordonnateurs et les commissaires des guerres, qui pourvoient à la solde, à l'habillement, à la subsistance des troupes, au fourrage des chevaux, aux fournitures de bois, de paille, d'outils, et en général à tous lés besoins de l'armée; les intendants d'hôpitaux et les médecins ou chirurgiens, qui sont chaînés d'organiser les ambulances et

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de transporter les malades et les blessés de ces ambulances ou hôpitaux de première ligne, dans ceux qui sont situés plus en arrière; les juges et auditeurs, auxquels est confiée l'administation de la justice militaire ; les aumôniers, les employés des postes, les guides, les boulangers, les bouchers, etc. Ces derniers sont organisés en compagnies qui sont aux ordres du commissariat.) Lès guides sent aussi quelquefois formés en compagnies, et servent à la garde des quartiers généraux, ainsi qu'à leur correspondance.

Ainsi, en résumé, une grande armée se compose de plusieurs corps, qui quelquefois sont désignés sous les noms d'at'/es, de centre^ d*avant-garde ou d* arrière-garde générale, corps de réserve, etc. Chaque corps d'armée se partage en plusieurs divisions, chaque division en plusieurs brigades, chaque brigade en plusieurs régiments, et chaque régiment en plusieurs bataillons ou escadrons. L'artillerie, attachée aux différents corps, est formée par compagnies qui servent les batteries. Ou les réunit, autant que possible, pour simplifier les rouages et faciliter la transmission des ordres. Le génie n'est employé que par compagnies; il en est de même des pontonniers.

Une armée traîne à sa suite une grande quantité de voitures pour le transport des munitions et attirails de guerre, pour les vivres, la solde, pour les objets d'hôpitaux et ambulances, pour les outils de pionniers et ceux des armuriers, pour les pontons avec leurs accessoires, pour les caisses et la comptabilité des corps, les effets des officiers, ceux des vivandiers, etc. ; elle a des fourgons d'état-major; des pièces de réserve, des affûts de rechange, des forges, etc. Tous ces objets constituent les équipages, si bien nommés impedimenta par les Romains, car rien n'embarrasse la marche d'une armée comme ces longues files de voitures qu'elle est obUgée de traîner avec elle pour subvenir à ses nombreux besoins. On comprend combien il est convenable de les réduire au [strict nécessaire, et d'exercer la surveillance la plus rigoureuse pour empêcher les officiers de tout grade et les employés d'introduire dans les équipages des voitures que les règlements ne leur accorderaient pas.

Les trois armes, infanterie, cavalerie et artillerie, entrent en proportion différente dans la composition des armées, suivant la nature des pays où la guerre doit être portée. Dans un pays de montagnes il faut moins de cavalerie, puisqu'on y trouve peu de plaines où cette anne puisse agir ; il faut aussi moins d'artillerie, surtout de celle d'un gros calibre, à cause de la difficulté des transports. Dans les pays où se déploient de vastes plaines on doit, au contraire, augnaenter notablement la cavalerie et l'artillerie. La proportion ordinaire, dans les grandes armées européennes, est d'un cinquième

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de cavalerie et de 3 pièces de canon par 4000 hommes. Ainsi, une armée de 400 000 hommes compterait 20 000 chevaux et 300 bouches à feu. L'armée fédérale forte maintenant, d'après le nouveau recensement, de 4 08 000 hommes, en y comprenant la première réserve, a % bouches à feu attelées par 4000 hommes ; les pièces de position sont en sus ; sa cavalerie a été doublée ; cependant elle ne s'élève qu'à un quarante-cinquième environ. Cest encore trop peu ; elle devrait être portée au vingtième, ou à peu près, qui est la proportion ordinaire en pays de montagnes. Mais la difficulté de se procurer des chevaux de selle est plus grande chez nous que partout ailleurs. Leflf trois armes se distinguent encore en infanterie, cavalerie et artillerie de ligne ou de bataille, et en in£ainterie, cavalerie et artillerie légères : les premières sont particulièrement destinées à combattre en ordre et à rangs serrés, les autres à éclairer le pays, harceler l'ennemi, le poursuivre après la victoire, faire des prisonniers, etc. Ce serait pourtant une erreur de croire que ces troupes légères ne doivent être astreintes à aucune espèce d'ordre et ne jamais combattre qu'à la débandade. De pareilles troupes seraient fort embarrassantes. C'est même encore, à mes yeux, une question non résolue que de savoir s'il faut deux infanteries réellement distinctes et faisant des services différents : une infanterie de ligne pour combattre en rangs, et une infanterie légère pour agir individuellement. On se demande s'il ne serait pas préférable d'enseigner le double service à tous les soldats? Il en résulterait une grande simplification : tout corps de troupe serait en état de s'éclairer lui-même, de s'éparpiller dans les pays difficiles ou de se réunir en masse dans les plaines. On ne verrait pas la troupe de ligne se plaindre de l'ab* sence des troupes légères, ni celles^i manquer quelquefois d'appui par l'éloignement de l'infanterie de ligne. On ôterait ainsi tout prétexte aux différents corps de s'accuser réciproquement de la nonréussite ou des revers dans les entreprises. L'infanterie, en toute circonstance, dans toute localité, se suffirait à elle-même; composée d'éléments similaires, elle laisserait la faculté de former les rangs avec les premiers hommes venus, ou de disperser, au besoin une

troupe quelconque.

Dans la supposition contraire, lorsque les rôles sont partagés, une infanterie ne peut pas se passer de l'autre, et si, par une circonstance fortuite, elles sont momentanément séparées, on court le risque de les voir perdre courage, parce que l'une ne saura pas se disperser dans les bois et sur les rochers, ou que l'autre, se trouvant dans une plaine et n'ayant pas l'habitude de combattre en ligne, sentira sa faiblesse. On a d'ailleurs reconnu que les troupes de ligne

ORGANISATION, ARMBMENT. SI

8» détériorent dans une longue campagne, tandis que la contraire a lieu pour les troupes légères ; il faudrait donc faire faire à toute TiniiaDterie, et à tour de rôle, le service d'éclaireurs et de tirailleurs. Les troupes détachées font ce qu'on appelle lapetite guerre, excellente école pour Tofficier qui, dans ces expéditions, doit faire usage de toutes ses facultés. L'infanterie légère y paraissant plut propre, on l'y emploie!de préférence ; en sorte que les officiers de ligne, éternellement enchaînés à leurs bataillons, ne peuvent apprendre de la guerre que ce qu'elle a de moins relevé. C'est là un immense inconvénient qu'on éviterait en donnant à toute l'infanterie la même instruction ..Et certes, ce ne serait pas trop exiger du soldat, qui le plus souvent mène dans les garnisons une vie d'oisiveté, bien plus propre à ruiner sa santé qu'à exciter en lui des vertus guerrières.

Cependant des militaires d'un haut mérite persistent, malgré ces considérations, à vouloir deux infanteries pour que chacune soit mieux exercée au rôle qu'on lui destine et ait plus de confiance en elle-même. La force principale des troupes étant dans leur propre opinion, le soldat de ligne se comportera mieux dans les rangs serrés d'un bataillon, et le chasseur dans une chaîne ouverte qui lui laisse toute la liberté de ses mouvements, où il pourra faire usage de son adresse et profiter du moindre obstacle pour s'en faire un abri. Au fait, cette question ne peut pas se traiter d'une manière absolue ^ le problème ne peut se résoudre que par les qualités propres à chaque peuple et les circonstances particulières dans lesquelles il se trouve. Je crois pouvoir affirmer que les Français feraient une imitation maladroite de la tactique allemande, s'ils instituaient réellement deux infanteries bien distinctes l'une de l'autre, leurs soldats étant éminemment propres aux deux services. Pour nous, qui n'avons que très-peu de temps à donner à l'instruction de nos milices, il y a de fortes raisons de faire le contraire. Nous devrions même aller plus loin, car nos circonstances ne ressemblent en rien à celles des autres peuples ; nous devrions, outre les troupes légères qui sont attachées à nos bataillons, créer des compagnies de coureurs composées d'hommes habitués aux montagnes , faits aux fatigues et capables de franchir en tout temps, en toute saison, les passages les plus difficiles, et de faire ainsi douze à quinze lieues en un jour pour se porter sur les derrières de l'ennemi, le prévenir sur quelque point important, ou aller aux nouvelles. Les services que de pareilles compagnies rendraient, dans un pays tel que le nôtre, sont incalculables.

Je songeai en 4841 à réaliser cette idée, en créant dans chaque division de l'armée une de ces compaghies de coureurs ou c/niMeurs

montagnards^ comme on voudra les appeler*. La Suisse était alors menacée d'événements qui nécessitèrent des mesures provisoires. Heureusement elles restèrent inutiles, Torage s'étant détourné de nos frontières.

Les carabiniers, en tant qu'ils se dispersent pour occuper les bois et les rochers, ou se forment en chaînes dans les combats, peuvent être assimilés à Tinfanterie l^ère. Cependant Tarme dont ils se servent est très-lourde, elle exige pour être bien ajustée le calme et le sang-froid ; on ne doit donc pas les employer dans les mêmes circonstances et de la même manière que les simples chasseurs. Les carabiniers forment une infanterie à part, excellente dans les bois et dans les montagnes, mais plus propre à la défense qu'à l'attaque; aussi ne la trouve-t-on pas dans toutes les armées, tandis qu'elle constitue une partie essentielle de notre force nationale. Indépendamment des 6000 carabiniers qui entrent dans la composition de notre armée, nous pouvons compter sur un nombre bien plus considérable de tireurs exercés qui font partie de la seconde réserve, ou qui, au moment du danger, se présenteront comme auxiliaires, et fourniront aux chefs des divisions ou brigades un secours d'autant plus précieux que l'ennemi sera dans l'impuissance d'en calculer la force matérielle, et bien moins encore la force morale.

Quant à la cavalerie, il est absolument nécessaire d'en avoir de plusieurs espèces, afin de tirer parti des chevaux de toutes les tailles et de mettre à profit leurs diverses qualités de force et de

* Voici la teneur de cet ordre que je rapporte ici, parce qu'il contient des détails qui ne sont pas inutiles pour Tinstruction de nos officiers :

« U sera formé dans chaque division une compagnie de cheusewrs monkignards.

« On choisira pour la composer les hommes les plus habitués aux montagnes, les meilleurs marcheurs et les plus dispos.

« Ils auront une haute paye en raison du serrice plus pénible auquel ils seront appelés. •

« Leur sac sera allégé de la moitié du contenu.

« Chacun portera une petite hache, une paire de crampons, un sifflet et une corde de 20 pieds^ avec une ganse à un bout et un crochet à l'autre.

« Les bretelles de leurs fusils seront disposées de manière à pouvoir les passer en bandoulière.

«Le shako sera remplacé par une simple casquette, l'habit par une veste à manches, la giberne par une ceinture.

«• La compagnie sera de 80 hommes, dont t capitaine, 1 lieutenant, 2 souslieutenants et 4 trompettes.

« Elle marchera avec Tavant-garde, sauf un ordre contraire.

« Il y aura à la suite de la compagnie 4 chevaux de bât pour porter 80 b&tons ferrés, 8 petites échelles pliantes, 4 grappins, 8 piquets d'amarre, 4 cordes de cinquante pieds, 8 pelles, 8 pioches, 8 haches et 4 scies. » G. H. D.

tite^. La cavalerie de ligne ou grosse cavalerie est montée sur les chevaui les plus forts; la cavalerie légère, composée des hussards, chasseurs et lanciers, se sert des chevaux les plus petits et les plus lestes; les dragons forment une espèce de cavalerie intermédiaire manœuvrant en ligne avec la première, ou escarmouchant avec la seconde ; ils sont montés sur des chevaux de taille moyenne. Nous n'en avons pas d'autre en Suisse.

L'artillerie de ligne est servie par des canonniers à pied; son allure est le pas ou le petit trot des chevaux, afin que les hommes puissent suivre. Le système anglais, qui peu à peu s'introduit dans toutes les armées, permettant aux canonniers de se placer momentanément sur les avant-trains et les caissons, donne aussi la faculté d'exécuter des mouvements plus prompts sur le champ de bataille. L'artillerie légère est servie par des canonniers à cheval, son allure ordinaire est le galop ; elle manœuvre avec la cavalerie, dont elle égale la vitesse et qui lui sert de soutien. L'artillerie de ligne, au contraire, coordonne ses mouvements à ceux de l'infanterie et doit toujours être soutenue par elle. Outre cela , on distingue la grosse artillerie, ou artillerie de siège, nécessaire à l'attaque et à la défense des places de guerre ; elle ne suit les armées que de loin, ou reste dans les parcs ; on ne la fait venir que lorsqu'on en a besoin.

Les principes d'organisation, appliqués à l'armée fédérale, présentent quelques circonstances particulières que nous ferons connaître, en indiquant la répartition qui fut adoptée en 4834, lorsque la Suisse, dans l'attente des événements que semblait devoir amener le révolution de juillet , mit sur pied les états-majors et tint l'armée en disponibilité. Nous choisissons cet exemple de préférence parce que c'est celui où la répartition des corps a présenté le plus de régularité. L'armée, en n'y comprenant pas la réserve, était alors composée de 74 bataillons d'infanterie, 40 compagnies de carabiniers, 12 compagnies de cavalerie, 40 compagnies d'artillerie, dont trente pour le service dé 420 bouches à feu attelées, et les dix autres pour les pièces de position. Il y avait en outre un nombre suffisant de soldats du train , 2 compagnies de sapeurs et 4 compagnie de pontonniers.

On forma cinq divisions de force à peu près égale, composées chacune de 4 brigades, de 8 ou 4 compagnies de carabiniers, de S compagnies de cavalerie et de 4 batteries d'artillerie. La division n<> 5 n'était pas sur le même pied que les autres , destinée qu'elle était à jouer, au moins dans le premier moment, un rôle tout particulier sur un des points les plus importants de la frontière ; elle ne comptait que 6 bataillons, 4 compagnies de carabiniers, 4 batterie

OKOANISATION, AiiiiEiaDrr.

attelée , % compagnies d'artillerie de position et 4 compagnie de cavalerie.

Les brigades qui entraient dans la composition des* autres ditisions étaient toutes égales et de la force de 4 bataillons ; les divisions n'^'det 4 avaient 40 compagnies de carabiniers; les deux autres n'en avaient que 8 ; enfin , la division n"» 4 n'avait que 2 batteries attelées au lieu de 4. Avec cette répartition, il restait encore les troupes du génie, 3 compagnies de cavalerie , 60 bouches à feu et 4 bataillons, pourôtre employés suivant le besoin. Le tableau cl* joint donne le résumé de cette organisation.

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Division ii« #.

(nflintefié partagée en quatre brigades.

Carabiniers formés en coaip^^nies. . » .

Cavalerie formée en compagniîes

Artillerie formée en batteries de qaatre pièoes' *.« ».

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Infanterie

Carabiniers.

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Artillerie

Troupes disponibles.

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Cavalerie.

Artillerie de réserve

Sapeurs et Pontonniers

TOTAIi.

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* Les batteries fédérales étaient alors de quatre bouches à feu seulement, trois canoi^s et un obusier.

ORGANISATION, ARMBMBNT. ' 55

Ces divisions étaient de la force de 43 à 44 000 hommes, et elles pouvaient s'accroître, au besoin, de toutes les troupes de réserve ou landwehr que la Diète avait mises à la disposition du général en chef. Composées de toutes armes, elles étaient plutôt de petits corps d'armée que de véritables divisions, et pouvaient en toute circonstance se suffire à elles-mêmes, chose importante dans un pays aussi accidenté que la Suisse, où une division peut se trouver momentaiiément séparée des autres par des obstacles difficiles à franchir.

La composition du grand état-major général répondait par sa simplicité à celle de l'armée. Il y avait :

Le général en chef,

Le major général ou chef de Tétat^major,

L'adjudant général ou sous-chef de l'état-major,

Le commandant en chef de l'artillerie ,

Le commandant en chef du génie ,

Le conunissaire des guerres en chef,

Le médecin en chef,

L'auditeur en chef.

Le payeur général.

Chacun de ces officiers Supérieurs avait auprès de lui un nombre suffisant d'aides de camp et d'employés, mais réduit au strict néces* siire.

Les états-majors des divisions étaient composés seulement d'un adjudant de division faisant les fonctions de chef d'état-major, d'un commandant de l'artillerie, de deux officiers du génie, d'un médecin, d'un commissaire et de quelques aides de camp, le tout en confor* mité du règlement militaire qui régit la Confédération.

Dans chaque division , les compagnies d'artillerie, réunies sous un même commandement, formaient une brigade d'artillerie. Ce corps s'appelait ainsi, parce que les rapports de service qu'il devait avoir avec l'étatrmajor de la division , étaient les mêmes que ceux des brigades d'infanterie.

L'état-m^jor particulier de l'artillerie, pour toute l'armée, était composé du commandant en chef de cette arme, d'un commandant de la réserve, d'un commandant des parcs , d'un chef d'état-major et des aides de camp nécessaires. Celui du génie ne comprenait que le commandant en chef et quelques aides de camp.

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