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FORMATION DES TROUPES

Depuis que le fusil de munition a remplacé les armes de longueur, dans toutes les armées de l'Europe, Tinfanterie ne s'est plus formée que sur trois rangs et même sur deux. C'est qu'avec cette formation, il est encore possible de faire usage du fusil dans les trois rangs à la fois ; avec quatre rangs cela ne se peut plus, parce que l'arme est trop courte. Les hommes du quatrième rang tueraient ou blesseraient ceux du premier. Et même la formation sur trois rangs n'est pas absolument à l'abri de ce danger, surtout avec des recrues ou des soldats peu exercés. Les Français, les Russes et tous les peuples de l'Allemagne ont l'ordonnance sur trois rangs ; mais chez quelques-uns de ces peuples le troisième rang est plus particulièrement destiné à faire le service de tirailleurs, et il n'y en a réellement que deux qui soutiennent le feu en ligne. Les Anglais et les Suisses ont adopté la formation sur deux rangs pour donner à leurs faibles armées un plus grand développement, et les mettre à même de faire front à des armées de moitié plus fortes sans se voir débordées par leurs ailes.

Les avantages et les inconvénients de ces deux formations se balancent; on peut citer bien des exemples de succès en faveur de l'une et de l'autre. On ne peut pas refuser aux Anglais d'être solides au feu malgré leur ordre mince ; les Français eux-mêmes ont jugé convenable de l'adopter à la bataille de Leipzig, lorsqu'ils durent occuper un immense circuit pour combattre des forces très-supérieures. Napoléon, dans ses Mémoires*, paraît pencher pour celte formation, mais en multipliant les serre-files, ce qui équivaut prèsqu'à un troisième rang qui, à la vérité, ne doit pas faire usage de ses armes, mais appuyer les deux autres et y maintenir l'ordre.

Pour tirer parti du troisième rang dans les feux, il faut que le premier mette le genou en terre , et ce mouvement ne peut s'exécuter qu'au commandement. Or, les feux au commandement ne sont guère praticables quand l'action est un peu vive; les voix des cbes se croisent; le bruit du canon, les tambours, les cris des blessés, empêchent de les entendre ; l'émotion du combat rend presque impossible cette attention froide et soutenue, sans laquelle une troupe entière ne saurait décharger et recharger ses armes%enseinble et comme par une seule volonté. Le feu dégénère donc par la force des

* Tome V, page 121.

choses en fea de file, lequel ne peut, comme on sait, être exécuté que par les deux premiers rangs. Dès lors le troisième rang est inutile pour le feu, tout en exposant un homme de plus à chaque boulet de l'ennemi. Il est vrai que, d'après l'ordonnance française, les hommes du troisième rang chargent et passent leurs armes à ceux du second , et que ceux-ci tirent deux coups de suite , en sorte que le feu doit, théoriquement parlant , être plus nourri que celui qui s'exécute d'après l'ordonnance anglaise. Cependant l'expérience a prouvé qu'il n'en est rien ; ce qui provient du désordre qu'amène le changement des armes dans les deux derniers rangs, de la perte de temps qui en résulte, et de l'espèce de répugnance qu'éprouvent les soldats à se dessaisir du fusil auquel ils sont accoutumés. Cette répugnance est louable , car le soldat doit tenir à son fusil comme le Lacédémonien tenait à son bouclier. Il ne lui est pas permis de s'en jamais séparer, et s'il ne peut le rapporter entier du combat, il faut qu'il en montre les débris.

La troupe rangée sur deux rangs est exposée à moins de perles devant l'artillerie; elle occupe avec des forces égales une plus grande étendue de terrain, ce qui est avantageux pour déborder les ailes de l'ennemi, ou pour appuyer les siennes propres à des obstacles, qu'il faudrait peut-être laisser en dehors si cette même troupe était formée sur trois rangs. La première , pouvant occuper avec moins de monde que la seconde le même terrain , disposera de réserves plus fortes pour parer aux cas imprévus ou décider la victoire. Enfin la troupe formée sur deux rangs marche plus facilement, et par là même est plus vite instruite et formée. Telles sont les raisons que Ton donne en faveur de cette formation qui a été adoptée pour l'armée suisse.

Mais qu'il y ait un choc à soutenir , une charge de cavalerie à repousser , la formation sur trois rangs offre incontestablement de l'avantage, parce que le troisième rang appuie les deux autres et leur donne de la confiance; son feu peut être employé très-utilement contre les cavaliers au dernier période de la charge , lorsque les hommes dés deux premiers rangs, croisant la baïonnette, se fendent et portent le corps en avant pour résister au choc. Dans ce mouvement, ils baissent naturellement la tête , ils se rapetissent un peu, en sorte que ceux qui sont derrière trouvent la possibilité de décharger leurs armes sans les blesser , d'autant mieux qu'il faut viser un peu haut pour atteindre les hommes à cheval.

La cavalerie a, toutes choses égales d'ailleurs, bien plus de prise sur un bataillon très-développé et très-mince, que sur celui qui ne lui présente qu'un front plus resserré. C'est pour cette raison qu'un

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petit carré ae défend mieux qu'un grand; qu'un simple bMseon de chasseurs brave souvent tous les efforts d'une nombreuse cavalerie, parce que les manœuvres d'ensemble sont impossibles contre un objet aussi restreint; il ne peut être abordé que par quelques cavaliers isolés, qui, chaque fois qu'ils se présentent, sont repousses, si les hommes qui composent le hérisson ont du sang-froid et savent ménager leur feu.

Quand l'action se prolonge et devient meurtrière, il se forme des vides dans la ligne de bataille « lesquels, venant à s'agrandir par les pertes successives qu'on éprouve, peuvent compromettre le sort de la troupe, si on ne les bouche pas à mesure : effet surtout à craindre dans les carrés simples, par la diminution de feu qu'il y amène, et les brèches qu'il occasionne. C'est à boucher ces ouvertures que le troisième rang est utilement employé. U est comme la première réserve des combattants, et, en ce sens, un chef serait sage qui, tant que l'on se bat à distance, placerait son troisième rang derrière quelque pli de terrain, soit debout, soit assis ou couché, pour ne pas l'exposer inutilement. Le troisième rang sert encore à enlever les bleues, dont les douleurs et les cris produisent un effet démoralisant qu'il faut éviter autant que possible. Enfin, si, pendant le combat, il est nécessaire de renforcer les tirailleurs, ou d'envoyer inopinément quelque détachement sur le flanc de l'ennemi ou sur quelque point important à occuper, on peut le faire sans rien déranger à la ligne de bataille, en y employant les hommes du troisième rang. Le maréchal de Saxe condamnait les bataillons trop étendus disant qu'ils n'ont pas assez de consistance , et ne sont bons que pour la tirerie qui ne décide rien.

Si maintenant nous considérons le bataillon en lui-même, nous verrons que lorsqu'il dépasse en étendue certaines proportions, il marche et manœuvre mal, soi^par la difficulté de l'ensemble dans les mouvements , soit par l'impossibilité d'entendre la voix du chef d'un bout à l'autre. Une longue ligne est toujours flottante et plus ou moins désunie dans la marche en bataille, qui, de toutes les manières de gagner du terrain sur l'ennemi, est la plus naturelle et la plus simple. Un bataillon de médiocre étendue marche plus aisément et plus longtemps sans se déranger. On estime que U bonne longueur d'un bataillon est de 400 à 420 mètres. Si donc on veut renferma dans ces limites un bataillon formé sur deux rangs, il sera trop faible en hommes ; car il n'aura guère que deux cents files; et si, pour éviter cet inconvénient, on le fait plus nombreux, il acquiert alors trop d'étendue. Or il faut le môme nombre d'officiers pour un bataillon faible en soldats que pour un fort; dono le premier coûtera

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plus proportionnellement que le second. Deux armées, l'une de 90 000 hommes, formée sur trois rangs, et l'autre de 60 000, formée sur deux, feraient la même dépense en officiers et sous-officiers. Les grades auraient plus de prix, les sous-officiers jouiraient d'une plus grande considération dans la première que dans la seconde, parce qu'ils y seraient proportionnellement moins nombreux. Rien ne déprécie tant une chose que de la rendre commune.

A ces motifs généraux de donner la préférence à l'ordre sur trois rangs, s'en joignent de particuliers pour les Suisses. Ils sont tirés de la nature même du pays qu'ils ont à défendre. La Suisse, même dans ses parties les plus ouvertes, est entrecoupée de bois, de collines, de ruisseaux ; rarement y trouve-t-on un espace suffisant pour y déployer plusieurs bataillons ; il n'est pas de prairie qui ne soit flanquée de bois ou d'autres obstacles naturels. Dès lors, il vaut mieux que les bataillons aient moins de longueur et soient plus solides, pour n'en être pas embarrassé dans un pays si varié, et pour mieux fermer les ouvertures. Ce sont , en effet , les seuls points où l'ennemi puisse percer, les seuls où sa cavalerie soit à craindre. On admettra, j'espère, que les bois et les rochers seront assez bien défendus par nos carabiniers et nos chasseurs pour les rendre inabordables. Moyennant cela nos lignes seront toujours assez développées, et nous devons bien plus viser à les restreindre pour les renforcer , qu'à les étendre. Je ne pense pas que ce soient des feux prolongés qm fassent pencher la balance en notre faveur. Les tirail* leurs seuls, bien embusqués, peuvent soutenir ce genre de défense. Mais les bataillons, une fois démasqués et en action, ne doivent pas rester exposés trop longtemps à des pertes démoralisantes; il faut qu'ils marchent en avant et se précipitent sur l'ennemi. C'est ainsi que les Suisses ont toujours vaincu : à Rothenthurm , à Neueneck, comme dans les plusglorieuses journées de l'ancien temps, ils ont combattu corps à coips et avec succès. Le feu ne doit donc pas être l'unique moyen de nos bataillons ; nous ne devrions pas tout sacrifier à la facilité de ce feu ; il faudrait aussi songer à la solidité des lignes et aux moyens de donner à nos soldats cette confiance en eux-mêmes, sans laquelle on ne peut pas espérer de les voir résister longtemps à des attaques sérieuses de la part de troupes plus exercées et plus nombreuses. La formation sur trois rangs nous fournirait ces moyens ; mais le règlement auquel, avant tout, il faut se conformer, prescrit, au contraire, la formation sur deux rangs. Cest donc à cette formation qu'il faut nous tenir.

On peut toutefois , sans rien changer à l'esprit du règlement, y apporter une modification qui , tout en laissant au bataillon des

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avantages que Tordre sur deux rangs lui donne pour exécuter les feux et faire commodément certains mouvements , lui procurerait , au moins en partie et dans les circonstances les plus urgentes , les avantages de la formation sur trois rangs. Ce serait de ne conserver en ligne, dans chaque bataillon, que quatre compagnies au lieu de cinq , et d'en avoir deux en arrière pour le service de tirailleurs*. Quand ces deux compagnies ne seraient pas en action, elles se tiendraient réunies derrière celles des ailes du bataillon , pour les appuyer dans la marche en ligne, les garantir d'une attaque par derrière, former au besoin le crochet, la potence, etc., suivant les circonstances. Le bataillon a-t-il momentanément une attaque violente à repousser, les deux compagnies de chasseurs peuvent se dédoubler et former un troisième rang sur toute l'étendue du front; elles sont justement de la force qu'il faut pour cela; Dans le carré simple, elles fourniront également un troisième rang aux quatre divisions qui en formeront les quatre côtés, ou donneront une réserve intérieure prête à se porter partout où l'ennemi arriverait; Ton pourra alors substituer ce carré à celui du règlement dont l'exécution est vicieuse à cause du doublement des rangs par sections incohérentes. Le carré simple présentera quatre côtés égaux et un espace intérieur suffisamment grand , ce qui est encore un avantage dans bien des cas. 11 est vrai qu'en formant le bataillon de quatre compagnies, la colonne serrée a'ura moins de profondeur; mais elle n'en sera que plus facile à manier. Et, quand il s'agit de marcher à l'ennemi, une colonne de quatre compagnies, ou divisions , l'enfoncera aussi bien qu'une de cinq ; et l'on aura de plus la faculté de former sur les flancs de cette colonne deux autres petites colonnes par sections ou par pelotons, qui, se tenant à la hauteur de la dernière division, ou un peu en arrière, élargiront la brèche que la colonne principale aura faite. Ces petites colonnes auxiliaires pourraient ensuite, tournant à droite et à gauche, prendre par le flanc la ligne ennemie si elle tenait encore dans les parties voisines de celle qui a été percée ; puis enfin elles se lanceraient en tirailleurs à la poursuite des fuyards. Il y a tout avantage à ce que les compagnies de chasseurs soient en quelque sorte indépendantes du bataillon et ne

* Cette modification serait d'autant plus adnoiissible que, d'après le règlenaent lui-même, il y a deux compagnies de chasseurs attachées au bataillon normal, dont une en ligne avec les quatre compagnies dites du centre, et une en arrière» partagée en deux pelotons placés aux deux ailes. Mais la première peut aussi être employée au service des troupes légères et séparée des autres; auquel cas le bataillon reste à quatre compagnies , en sorte qu'il est appelé à manœuvrer tantôt à cinq, tantôt à quatre divisions, ce qui est un inconvénient auquel on parerait en adoptant la modification proposée.

se réunissent que sur ses flancs lorsqu'il est en colonne, ou derrière ses ailes lorsqu'il est déployé.

La formation en nombre pair des divisions; facilite d'ailleurs les manœuvres bien plus qu'elle ne les rend difficiles. Elle permet, en particulier, de couper le bataillon en deux demi bataillons égaux en force, pour les faire manœuvrer séparément, celui de droite sous les ordres immédiats du commandant de bataillon , celui de gauche sous les ordres du major ; ce qui, dans un pays aussi coupé que la Suisse et avec un ordre aussi mince que le nôtre , peut être d'une grande utilité , comme on Ta vu à Gislikon en 4 847 , où plusieurs bataillons fédéraux ont manœuvré de la sorte et avec succès. Il semble donc que la modification indiquée, qui n'en apporterait que de bien légères au règlement d'exercice , qui même est dans son esprit puisqu'il permet de faire sortir de la ligne la compagnie de chasseurs qui s'y trouve , serait de nature à être adoptée , surtout quand on réfléchit à l'extrême convenance d'augmenter le nombre des tirailleurs , soit pour le service des avant-gardes et des éciaireurs, soit pour occuper les bois un jour de bataille, couvrir le front de l'armée, harceler et décimer l'ennemi, pendant que les lignes se forment en arrière et jusqu'à ce qu'elles entrent en action. Certes, ce n'est pas trop, dans un pays comme le nôtre, qu'un tiers de l'infanterie puisse être appelé à ce service; d'autant plus que, dans les cas où cela serait nécessaire , les compagnies de chasseurs se rangeraient à la suite des autres et combattraient en ligne, comme elles et avec elles.

Il n'y a jamais eu de discussion sur la formation de la cavalerie. Dans tous les pays elle a lieu sur deux rangs; et cela suffît, car, même ainsi, les cavaliers du second rang ne peuvent pas se servir de leurs armes. Sous ce rapport , on pourrait croire que la cavalerie devrait se former sur un seul rang ; mais les cavaliers du second rang ne sont point inutiles; ils appuient, pressent, excitent ceux du premier , qui sans cela ne feraient pas toujours leur charge à fond, comme cela est nécessaire pour qu'elle réussisse. Les vides sont peutêtre encore plus dangereux dans une ligne de cavalerie que dans une ligne d'infanterie ; les cavaliers du second rang sont là pour les boucher à mesure qu'ils se forment. Si on pouvait calculer le choc d'un escadron, comme en mécanique, en multipliant la masse par la vitesse, on en conclurait que la cavalerie devrait être formée habituellement sur une plus grande profondeur ; multiplier les rangs en conservant le même front serait toujours un avantage, puisque par là on augmenterait la masse de l'escadron. Mais il n'en est rien : une troupe de cavalerie, si exercée qu'on la suppose, ne forme jamais un tout

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compacte , surtout lorsqu'elle arrive sur l*ennemi à la fin d^une charge. Le» hommes les plus courageux, les chevaux les plus ardents poussent en avant; les blessés, les timides, les cavaliers mai montés restent plus ou moins en arrière; en sorte que le choc, lorsqu'il a lieu, est nécessairement successif, et en quelque sorte individuel. C'est donc uniquement la force morale du premier rang qu'il &ut augmenter, autant que possible, et non la masse de l'escadron. Or, un second rang suffît pour cet objet ; un troisième n'y ajouterait rien, et deviendrait nuisible sous d'autres rapports. Donc on doit se borner à deux rangs, et c'est ce qu'on a fait partout.

Nous avons dit que l'étendue convenable d'un bataillon a été fixée par l'expérience de 400 à 420 mètres. Il fout se tenir dans ces limites pour que le chef, placé à une des extrémités du bataillon, puisse encore se faire entendre à l'autre. De cette condition et de l'ordonnance adoptée, résulte la force du bataillon. En effet, on es* time que chaque homme occupe O'^jbO dans le rang, et dans ce calcul se trouvent compris les serre-files ; car en réalité l'espace nécessaira à chaque soldat, pour qu'il puisse faire usage de ses armes, est un peu plus grand. Il s'établit ainsi une compensation qui permet de. faire le compte à raison d'un demi-mètre parhonmie, en comptant la totalité» et non pas seulement les hommes qui for« ment les files. Cela rend le calcul extrêmement simple. On voit donc que si le bataillon est formé sur deux rangs, sa force doit être au plus de quatre fois 420, ou 480, pour qu'il ne dépasse pas la limite assignée. Nos compagnies fédérales étant de 4 46 hommes, d'après le nouveau règlement, les quatre qui resteraient en ligne, si l'idée de séparer les deux compagnies de chasseurs était adoptée, présenteraient un effectif de 464 hommes, nombre qui est dans les limites indiquées.

C'est une très^bonne idée d'avoir formé la division d'une seule compagnie, parce qu'à la guerre on manœuvre plus souvent par divisions que de toute autre manière, et qu'alors il est très-convenable que les soldats se trouvent sous les ordres de leurs chefe immédiats. Dans l'ordonnance française, deux compagnies forment une division ; en sorte que, tant qu'on manœuvre par divisions, un des deux capitaines se trouve sous les ordres de l'autre, et toute une compagnie doit obéir à la voix qui lui est le moins familière. Il est des cas où cela peut avoir de graves inconvénients, et notamment dans les moments de trouble, qui ne sont que trop fréquents dans les combats : autant que possible, chaque soldat ne doit avoir à écouter que son chef immédiat, si l'on veut éluder la confusion, lurélude des défaites.

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Chaque compagnie oti division fédérale est partagée en deui pelotons, chaque peloton en deux sections. Il y a autant d'officiers que de sections. Le capitaine et le premier sous-lieutenant sont les . chefs du premier peloton ; le lieutenant et le second sous-lieutenant sont ceux du second peloton. Lorsque les pelotons se rompent en sections, les sous-lieutenants prennent le commandement des secondes sections ; le capitaine ei le lieutenant conservent celui des premières. Si Tun des officiers vient à être tué ou blessé, on trouve, pour le remplacer, le sergent-major dans le premier peloton, le sergent-fourrier dans le second. Cette symétrie parfaite, cette sage répartition des officiers et des premiers sous-officiers ne peut qu'être avantageuse, tant sous le rapport de la discipline, que sous celui de la régularité des manœuvres.

Les officiers, sous-offioiers et caporaux constituent ce qu'on appelle le cadre. Quand ce cadre est bon, la compagnie, fût-elle même composée de soldats très-novices, marche toujours bien, oil qu'elle soit employée ; s'il est mal composé , c'est le contraire qui arrive. On comprend donc toute Timportance qu'on doit mettre à la formation et à l'instruction des cadres, surtout dans les milices.

L'escadron ne peut pas avoir l'étendue qu'on donne au bataillon, parce qu'il ne serait pas assez maniable, et que la voix du chef serait couverte par le cliquetis des armes et le piétinement des chevaux. L'expérience a fixé sa longueur à environ la moitié de celle du bataillon, ou de 60 à 70 mètres. Or, on compte que chaque cavalier occupe un mètre dans le rang ; la force de l'escadron sera donc de 420 à 440 chevaux; si on le fait plus fort, ce ne peut être qu'en vue de suppléer aux absents, qui sont quelquefois nombreux, soit à cause des blessures des chevaux à la suite des marches, soit par les services hors de rang auxquels les cavaliers sont appelés. L'escadron fédéral est de 454 chevaux, tout compris ; c'est un peu plus qu'il n'est dit plus haut ; mais il n'y a pas d'inconvénient à cause du service brisé auquel notre cavalerie est appelée.

L'escadron se partage en deux compagnies, et chaque compagnie en deux pelotons. La subdivision en sections n'est pas usitée, la cavalerie ayant des moyens de se rompre en fractions plus petites lorsque la largeur des chemins l'exige. Un des deux capitaines est chef de l'escadron ; il se place devant le front ; l'autre est derrière, pour surveiller le second rang et les serre-files. Les deux lieutenants commandent les pelotons des ailes ; les deux sous-lieutenants ceux du centre ; les deux maréchaux des logis chefs encadrent l'escadron, et sont prêts à prendre la place des officiers qui

viendraient à manquer. On retrouve encore ici la même symétrie qui existe dans les compagnies d'infanterie ; mais c'est peut-être un mal que le conunandant de Tescadron n*ait pas un grade supé- ' rieur, car Tancienneté ne suffit pas toujours pour assurer la subordination.

L'unité de force pour l'artillerie est la compagnie. La confédération ne reconnaît ni régiments, ni bataillons d'artillerie, non plus que pour les carabmiers et les troupes du génie. Une compagnie d'artillerie sert un certain nombre de pièces, qui composent une batterie. En France et en Autriche, la batterie est de six bouches à feu ; en Suisse, elle n'est que de quatre pour les gros calibres ; mais elle est de six pièces pour les moyens et petits calibres. Dans les premières on réunit quatre bouches à feu de même espèce ; les secondes sont composées de quatre canons et de deux obusiers. C'est une complication pour les caissons qui suivent la batterie ; ils doivent contenir des projectiles de deux espèces, complication qui peut quelquefois être fâcheuse, mais qui l'était bien davantage sous l'ancien règlement, d'après lequel trois canons et un seul obusier composaient la batterie. En général, il faut autant que possible composer les corps divers d'éléments similaires, tant sous le rapport du personnel que sous celui du matériel, pour faciliter les remplacements. Ainsi, on ne mettra pas des piquiers parmi les fusiliers, des hommes armés de carabines dans les chasseurs, des fantassins avec des cavaliers ; on ne donnera pas des fusils de différents calibres à une même troupe, ni des sabres de différentes longueurs à un même escadron, etc. C'est depuis qu'on a assujetti le matériel d'artillerie à la plus rigoureuse uniformité qu'on en a extrêmement facilité l'usage. L'introduction du système anglais , qui n'admet qu'une seule espèce de roues, est, à cet égard, un dernier degré de perfectionnement qu'il sera difficile de dépasser.

Il faut compter en bataille 4 5 mètres par pièce de gros calibre et seulement 42 pour les autres. Cette distance est nécessaire pour faire passer les attelages lorsqu'on tourne les pièces, les grosses étant traînées par huit chevaux et les courtes, ou légères, l'étant par six seulement. Cependant quand la place manque on peut serrer les pièces jusqu'au tiers de la distance ; mais alors il faut les manœuvrer à bras. Il n'y a pas de raison de mettre plus d'intervalle entre deux batteries que d'une pièce à l'autre, en sorte que, dans l'armée fédérale, le front d'une batterie, intervalle compris, est de 60 mètres pour le gros calibre, et de 72 pour les pièces plus légères; c'est à peu près le front d'un escadron. On peut donc établir que l'escadron et la batterie de campagne occupent en

ligne le même. espace, qu'en compte rond on peut fixer à 70 mètres.

 chaque pièce est attaché un caisson. En bataille, la ligne des caissons est parallèle à celle des pièces, et à 50 mètres en arrière. Cependant on fait varier cette distance, quand on peut placer les caissons dans quelque pli de terrain qui les garantisse des boulets ennemis. «

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