‹ Cours de tactigueChapitre 8 sur 29 · ARMEMENT DES TROUPES · texte numérisé non relu

ARMEMENT DES TROUPES

Bien que les armes en usage soient assez connues pour qu'il soit superflu de s'arrêter longtemps sur ce qui les concerne , il n'est pas hors de propos, dans un cours comme celui-ci, d'en rappeler les principales propriétés et d'en montrer les effets, avant d'entrer dans les détails de la science qui enseigne à en faire usage.

Armes d'infanterie. — Ce qui fait la supériorité du fusil sur les armes dont on se servait autrefois dans l'infanterie, c'est qu'il est à la fois arme de jet et arme de main. Aussi, lorsque Yauban eut inventé la baïonnette à douille, les armées de toutes les nations quittèrent la pique et la hallebarde pour prendre le fusil. On reconnut qu'un feu bien ménagé suffisait pour arrêter la meilleure cavalerie ; et une longue expérience a prouvé dès lors que la baïonnette, malgré les défauts qu'on peut lui reprocher, est tout ce qu'il faut pour se défendre dans les cas rares où l'on arrive à se joindre corps à corps. Malgré cela quelques militaires ont proposé de revenir à la lance, les uns voulant en armer le troisième rang, les autres la donner à des réserves qui viendraient appuyer l'infanterie au moment d'une charge. Sans doute il serait commode de pouvoir fraiser un bataillon de longues piques dans un moment aussi solennel que celui où il reçoit le choc d'un corps de cavalerie. Ces piques, de 42 à 45 pieds de longueur, dépasseraient de beaucoup les deux premiers rangs, et arrêteraient les chevaux qui pousseraient jusque-là. Mais la cavalerie ne hasarde guère une charge contre une troupe d'infanterie qui se maintient en ordre et lui présente des rangs seiihé(i>; elle attend que quelque trouble s'y manifeste, que le canon y ait fait des brèches ; alors elle saisit le moment et se précipite sur l'ennemi avec la rapidité de l'éclair. Ce ne sont pas les piques qui l'arrêteront, si le feu s'est ralenti et ne Tintimide plus. Et une fois qu'elle a fait une trouée, elle a bien meil-

66 oiaijnsiTioii, Aiimainr.

l«iir marché de cm hoittmet avec leurs longues perches, que de ceux qui peuvent encore lui lâcher des coups de Âisil ou se défendre avec leurs baïonnettes. Toutefois, admettons que les piquiers se trouvent toujours là, bien serrés, quand la cavalerie se présentera : que feront-ils, que deviendront-ils quand raffairese réduira, conmie cela arrive le plus souvent, à des feux plus ou moins prolongés de part et d'autre ? Us seront passés par les armes, sans pouvoir répondre. En reconnaissance, dans les montagnes, dans les bois, ils ne seront d*aucun secours. Le service le plus pénible roulera donc exclusivement sur les fusiliers, qui, à juste titre, pourront se plain* dre. De là des mécontentements qui peuvent être funestes un jour de combat. Plus on réfléchit aux inconvénients qui résulteraieat de ce mélange, plus on est surpris de le voir proposer et défendre par lies militaires qui ne sont pas sans mérite. C'est vouloir faire faire à l'art un pas rétrograde.

Le fu£dl est donc, ajuste titre, l'arme de préférence pour l'iniaiiterie. L'introduction récente des batteries à percussion laisse peu à désirer. La baïonnette à douille, la baguette de fer et l'amorce à capsule sont les trois inventions qui, successivement, ont assuré au lusil sa supériorité,

La bonne portée du fuâl de munition est de 400 à 450 mètres ; mais à 200 mètres, on lyuste encore bien. La balle pèse environ une once, et une livre de poudre suffit à cinquante cartouches*

L'ancienne carabine peut être employée utilement jusqu'à une distance de 400 mètres ; mais sa bonne portée est de 200 à 300 mè« très. Dans ces limites, un tireur exercé et convenablement posté manquera rarement son homme. Aussi la carabine est-elle l'arme des positions, l'arme par excellence pour la défensive. Toutes les carabines, au moins en Suisse, ne sont pas au même calibre ; elles sont en général fort lourdes, le poids de leurs balles vahe ; on en compte de 46 jusqu'à 24 à lahvre. Ces différences sont fâcheuses; car la parfaite uniformité est une des conditions les plus essentielles dans les instruments de guerre , afin de pourvoir facilement aux rechanges. Tout récemment, une commission a été nommée pour aviser aux moyens de parer à ces inconvénients. Elle a réussi au delà de toute attente : la carabine à laquelle elle s'est arrêtée, après de nombreuses expériences, et qui a été adoptée comme modèle à introduire dans l'armée â mesure que les andonnes carabines disparaîtront, ne pèse pas plus que le fusil ordinaire; elle se charge avec une balle cylindro^ogivale du poids de 30 à la livre et 4 grammes de poudre ou ^ de livre ; sa portée est considérable puisqu'à 500 mètres il y a une grande probabi-

OBOANISATION, ARMBMINT. (J7

lîté de toucher un homme si on peut le viser ' et qu'à la distance prodigieuse de 800 mètres elle serait encore très-redoutable pour un escadron ou une batterie. Cette carabine dans les mains exercées des tireurs suisses sera sans contredit un nouveau et puissant moyen de faire respecter l'indépendance de notre pays.

Le sabre n'est pas absolument inutile au fantassin; il est des cas où C5elui-ci peut s'en servir pour sa propre défense ; il lui est com* mode au bivouac pour établir son abri contre le vent, et dans les bois pour se frayer un passage. Les sabres à lame forte et ft)urte, tranchante des deux côtés, sont les meilleurs pour l'infanterie. On a proposé de donner aux fantassins une petite hache au lieu de sabre ; c'est une idée qui peut être réalisée avec avantage dans les landwehrs.

Armes de la cavalerie. — Ce sont principalement les armes de main, le sabre, la lance, qui conviennent à la cavalerie ; elle ne peut que bien rarement faire usage du feu. On donne le sabre droit à la grosse cavalerie, parce que c'est celui qui convient le mieux pour pointer en avant dans les charges en ligne ; la cavalerie légère, au contraire, qui est souvent appelée à combattre en fourrageurs, est munie du sabre courbe, avec lequel on peut plus facilement frapper de droite et de gauche, et dont le maniement pour la parade est le plus aisé et le plus sûr. Il n'y a que des cavaliers extrêmement exercés qui puissent se servir de la lance ; le maniement de cette arme exige beaucoup d'adresse et de vigueur dans le cavalier, de souplesse dans le cheval. Dans nos régions occidentales, il n'y a guère que les chevaux polonais et cosaques qui aient les qualités requises ; aussi les bons régiments de lanciers sont-ils rares, même dans les armées où la durée du service se prolonge le plus. Ils font essentiellement partie de la cavalerie légère. Nos chasseurs à cheval, ou dragons, sont armés du sabre courbe et du pistolet. Pour le dire en passant, cette dénomination de dragons est assez impropre. Elle n'a pour elle qu'un ancien usage. C'est en Italie que les dragons ont été créés par le maréchal de Brissac : il les avait armés du fusil d'infanterie pour combattre à pied ; le cheval n'étant pour eux qu'un moyen de se transporter.rapidement d'un point à un autre. Le feu de la cavalerie ne peut pas être bien redoutable; ce n'est cependant pas une raison pour supprimer le mousqueton dans l'armement du cavalier : avec la carabine ou le mousqueton, un soldat isolé peut tenir en respect plusieurs adversaires qui n'en seraient

* À la distance db 525 mètres, il y a ea 95 coups sur loo qui ont atteint, et la plupart dans le centre, lue dble de i",«o de hauteur sur i»,20 de lai^ur.

pas pourvus. Cest ce qu'on a vu en Egypte et en Russie : les Mameluks et les Cosaques, n'ayant que des. pistolets, redoutaient beaucoup les feux de la cavalerie française. Dans les pays de montagnes, la cavalerie serait souvent exposée à être passée par les armes, si elle n'avait pas la possibilité de jeter quelques tirailleurs dans les bois ou sur les rochers, pour protéger sa marche. Dans une reconnaissance près d'Ostalrich en Catalogne, le général Gouvion Saint-Cyr faillit être pris ou tué par les miquelets : une partie des drag(As qui l'escortaient mirent pied à terre, gravirent les rochers malgré leurs grosses bottes, et délivrèrent leur général en chassant les ennemis à coups de carabine. On avait déjà vu, en 4796, dans les gorges de la Brenta, un corps autrichien assez nombreux mettre bas les armes, parce qu'attaqué de front et en flanc il n'avait pu opérer sa retraite, un régiment de dragons, qui avait mis pied à terre^ lui barrant le chemin. L'histoire offre bien d'autres exemples de ce genre.

L'arme à feu est en outre un moyen dont le cavalier se sert pour annoncer l'approche de l'ennemi ; en vedette, le mousqueton lui inspirera plus de confiance qu'un simple pistolet. Le mieux est qu'il ait l'un et l'autre, afin de se servir du pistolet comme moyen d'avertissement, si son mousqueton vient à être dérangé, comme cela n'arrive que trop souvent en campagne. Ce n'est pas en faisant usage du pistolet que la cavalerie peut tirailler avec l'ennemi pour couvrir quelque d^loiement , soutenir une retraite , etc. ; dans le cas où cette tiraillerie devient nécessaire, ce n'est qu'avec le mousqueton qu'elle peut s'effectuer sans de trop grands dangers pour les cavaliers.

Le calibre du mousqueton, ainsi que celui du {Hstolet, doit être le même que le calibre du fusil de munition, afin de pouvoir employer les mêmes balles. Mais la quantité de poudre doit être moindre : on la règle sur le taux de 65 cartouches à la livre.

Artillerie, — Les bouches à feu dont se sert l'artillerie sur les champs de bataille sont de différents calibres , qui se désignent par le poids des projectiles. Ces calibres ne sont pas absolument les mêmes chez toutes les nations. En Suisse , nous avons les canons de 6, de 8 et de 42 livres, et les obusiers de 42 livres courts, de 24 Uvres courts et de 24 livres longs ', qui constituent, dans chaque

* En France, le calibre des obusiers est, comme celui des n^ortiers, désigné par le diamètre du projectile; on dit l'obusier de 6 pouces, l'obusier de 8 pouces. En Suisse, les calibres se distinguent par le poids de Pobus. L'obusier fédéral de 12 a une bouche de 4" lO"' i/2 . celui de 24 en a une de 6" 1'" 1/2.

OBGANISATION, ARMBMENT. 69

espèce, Jes batteries de petit, moyen et gros calibre ; les dernières à quatre pièces de même espèce , les autres à six pièces , dont quatre canons et deux obusiers. D'après l'ancien règlement, nous n'avions que deux calibres ; il en résultait des avantages de simplicité et d'uniformité dans l'armement et les approvisionnements de munitions; mais on ne tirait aucune utilité des pièces' de 8 , qui existent en assez grand nombre dans nos arsenaux , et qui ont une supériorité marquée sur les pièces de 6. L'obusier long a été récemment introduit dans l'armée fédérale à cause de sa grande portée et de sa justesse de tir, qualités précieuses dans bien des cas.

Nous avons encore les petits obusiers de montagne, qui sont assez légers pour être transportés à dos de mulet ; ils lancent des grenades de 8 livres, et pourraient, par cette raison, être appelés obusiers de 8 aussi bien qu'obusiers de montagne.

La longueur à'âme des pièces de bataille a été fixée à seize calibres et demi; c'est un milieu entre les pièces françaises, qui ont dix-sept calibres, et les pièces autrichiennes, qui n'en ont que seize. Quant aux obusiers courts, leur longueur n'est pas proportionnelle* ment la même ; elle a été déterminée par la condition de pouvoir placer l'obus avec le bras, au fond de i'àme ; en sorte que les deux obusiers courts sont sensiblement de même longueur, environ ctpux pieds. La chambre où se met la poudre , et qui a un diamètre plus petit que l'âme, est en sus de cette longueur. L'obusier long, nouvellement introduit, a dix calibres, chambre comprise, et ne se charge pas à la main , comme l'obusier court de même calibre ; sa longueur ne le permet plus.

Les pièces destinées aux sièges , ainsi qu'à l'attaque et à la défense des retranchements , sont d'un calibre plus fort, et sont proportionnellement plus longues que les pièces de campagne ; elles ont jusqu'à 24 diamètres. Leur calibre est de 42 livres, de 46 livres et de 24 livres : en France , on y joint les gros obusiers de 8 pouces.

Les mortiers le plus en usage sont ceux de 8 pouces et de 40 pouces, dont les bombes pèsent 50 et 400 livres. Ce sont les seuls admis dans la Confédération.

La charge pour les pièces de campagne a été généralement fixée au tiers du poids du boulet ; cependant on l'a un peu réduite dans l'ordonnance fédérale. Il en résulte quelque économie, sans que l'effet du coup soit sensiblement diminué.

Pour les cartouches à balles, ou mitraille , la<charge est égale au cinquième du poids de la mitraille, ce qui fait qu'elle est à peu près la même que la charge du coup à boulet.

70 ORGANISATION, ARMBMKNT,

La charge ordinaire de i'obusier cat égale au vingtième entiron du poids du projectile; savoir : 40 onces pour Tobusier de 42 , et le double pour celui de 24. Cependant on se sert aussi de chaînes plus faibles, quand on veut que l'obus décrive une courbe plus prononcée pour plonger derrière des épaulements, dans des ravins, des chemins creuX| etc., ce à quoi l'obusier court est plus propre que le long.

Les pièces de siège et de place n'ont pas une chaîne constante ; on la lait varier suivant le besoin ; elle est très-faibie quand on tire à ricochet dans le prolongement des faces des ouvrages de fortification ; elle va jusqu'à la moitié du poids du boulet quand il s'agit de renverser un obstacle, de battre en brèche une muraille.

Il n'y a non plus rien de fixe pour la charge des mortiers ; elle varie suivant la distance où il faut porter la bombe.

Le poids des canons de bataille est réglé sur le pied de 150 livres de bronze pour chaque livre du poids du boulet ; et celui des pièces de siège l'est à raison de 250 livres, ce qui les rend très-lourdes, et explique pourquoi on ne traîne pas aux armées des pièces de si^.

Les obusiers courts ne pèsent de métal que 45 livres, et les obnsiers longs 75 livres environ , pour chaque livre du poids de l'obus vide.

Si l'on tirait les canons à toute volée , c'est-à-dh^ sous l'angle de 45 degrés, ils lanceraient leurs boulets à des distances tr^ considérables. Mais, indépendamment de la fatigue qu'éprouveraient les affûts de ce genre de tir, on ne peut pas l'employer à cause de son peu de justesse. Comment, en effet, atteindre le but à une distance de 4000 à 5000 mètres , lors même qu'on pourrait le discerner à un pareil éloignement? On ne tire jamais que sous un petit angle, et rarement à plus de 42 à 4500 mètres de distance. Au delà , le pointé est trop incertain, les objets échappent à la vue, et les moindres inégalités du sol sufiBsent pour détourner le boulet qui frappe contre terre, ou en paralyser les effets.' Avec la mitraille, on ne peut tirer que de très-près : au delà de 400 à 450 mètres , elle est peu à craindre.

La portée de but en blanc, c'est*à-dh*e celle qu'on obtient en pointant directement sur l'objet , sans le secours de. la hausse , est peu différente entre no$ trois calibres ; elle est en moyenne de 500 mètres.

Les obusiers n*ont pas de but en blanc; et, par conséquent, on les tire toujours avec un certain degré de hausse, variable suivant les distances.

Les mortiers étant principalement destinés au bombardement des forteresses, une grande portée est une qualité primordiale pour ce

OEGAMISATION, ABHBiairr. 71

genre de bouches à feu. Ils sont construits pour ètte tires sous l'angle le plus avantageux, et Ton proportionne la charge à la distance qu'il £aut atteindre. A charge pleine , le mortier de 40 pouces lance sa bombe à 3000 mètres au plus. La bombe de 8 pouces ne va pas si loin. Pendant la guerre d'Espagne , les Français ont fait fondre i Séville des mortiers d'une espèce particulière , qui lançaient des bombes de 42 pouces, pesant SOO livres, à la distance prodi-» gieose de 6000 mètres; leur charge était de 30 livres de poudre; il fallait des plate-formes en maçonnerie fondées très-profondément pour résister, au choc épouvantable de ces mortiers qui furent ea^ ployés au siège de Cadix en 4 84 4 .

Jusqu'à présent nous n'avons parlé que de la bouche à fini en elle*méme; il £aut y joindre, pour compléter les renseignements principaux relatif à Tartillerie, le poids total des pièces montées sur leurs affûts. Le voici pour ce qui concerne rartillerîe fédérale :

Une pièce de 4 % avec son affût et son coffret plein pèse

environ 4600 Uvr,

Une pièce de S 3600

— de 6 3200

Un obusier de 24 , long 4700

Un obusier de 24, court 3400

Un obusier de 42, court * 2800

Les caissons chargés au complet pèsent à peu près autant que les pièces.

des données sont nécessaires pour rétablissement des ponts militaires, dont chaque travée doit, comme on voit, être capable de por- I ter, sans danger d'immersion ou de rupture, un poids de 6000 livres au moins; s'il satisfait à cette condition, toute espèce d'artillerie de campagne y pourra passer, sinon on devra se borner aux petits calibres. Nous joindrons à ce qui précède quelques données sur l'artil-» lerie des deux principales nations qui nous avoisinent.

Vartillerie de campagne française n'est que de deux calibres pour le canon, le 8 et le 42. Les obusiers sont, le plus fort de ^ pouces , correspondant à notre 24 , et le plus faible , de 5 pouces et demi. Ce dernier se désigne, pour plus de simplicité, par le nom d*ohusier de 24, non pas que, comme le nôtre, il lance un obus du poids de 24 livres , mais parce que son projectile peut être tiré avec la pièce de 24. On ne voit pas l'avantage d'avoir en campagne deux ^libres aussi rapprochés, si ce n'est que les obusiers peuvent se placer sur les affûts des canons de 42 et de 8, qu'ils accompagnent dans les batteries.

7t OKGANISATION, ARMSIfENT.

La longueur de l'âme des canons est fixée à dix-sept calibres, celle des obusiers à environ dix calibres , non compris la chambre. Ds n'ont pas d'obusiers courts.

J'ajouterai qu'en France tous les canonniers sont armés du mousqueton , mesure que je voudrais voir adopter par la Confédération; car il est des cas où les artilleurs doivent eux-mêmes garder leurs pièces; il en est où, forcés de les abandonner momentanément pour se retirer avec leurs caissons , ils pourraient réunir utilement leur feu de mousqueton à celui de l'infanterie pourchasser l'ennemi. Que peuvent faire des canonniers, dans des oas semblables, s'ils n*ont que leur sabre?

VartilUrie de campagne autrichienne est composée de pièces de 3 livres, de 6 livres, de 42 livres et de 48 livres, et de deux espèces d'obusiers désignés par 7 et 4 livres Siein, nombres qui expriment le poids de deux globes de pierre qui pourraient entrer dans les obusiers.

Les pièces de canon ont seulement seize calibres de longueur d'âme.

Les Autrichiens affectent particulièrement les pièces de 6 et les obusiers de 7 livres Stein à la cavalerie , et pour que les canonniers puissent en suivre les mouvements, on les fait monter sur un wurst que porte l'affût. C'est une caisse allongée dont le couvercle est arrondi et doublé en cuir; des planches étroites et suspendues latéralement servent de marchepied. Une partie des munitions est renfermée dans ce wurst; le reste est dans des sacs de cuir portés par des chevaux de bât. Il y en a deux par pièce, sous la conduite d'un soldat du train monté. Chaque cheval porte vingt coups à boulet. Il y a en outre , à la suite de la batterie légère , un caisson pour chaque pièce. Ces caissons restent à une assez grande distance pendant le combat, parce que les pièces qui ont les chevaux de bât près d'elles, ne sont jamais au dépourvu.

Les munitions des pièces de bataille ordinaires sont renfermées dans des caissons qui suivent partout les pièces, et dans les cofErets adaptés aux affûts, conmie dans l'ancienne artillerie française du système de Gribeauval.

Des fusées, — L'usage de ce nouveau genre* de projectiles a été récemment introduit dans presque toutes les armées; il est par sa nature du ressort de l'artillerie. Les fusées de guerre, ou roquettes^

* Nouveau eo Europe, car il paraît très-ancien en Orient ; le fameux Tamerlan, dans ses guerres de l'Inde, eut à soutenir le feu des fuséens, près de Delhi, en

offrent l'avantage de porter en elies-mémes leur force d'impulsion et d'augmenter de vitesse à mesure qu'elles s'éloignent de leur point de départ; bien différentes en ceci des autres projectiles, dont la vitesse, et par conséquent la force de choc, vont en diminuant rapidement jpar le fait de la résistance de l'air. Mais le tir des fusées est très^ncertain ; on n'est point encore parvenu à en régulariser com^ plétement la direction. C«la n'empêche pas qu'on ne puisse les employer avec avantage partout où les localités permettent d'en tirer plusieurs à la fois et de manière à raser le sol. Elles peuvent être très-efficaces pour la défense de défilés longs et étroits, et de certnins pas de montagnes où l'on ne porterait que difficilement du canon. Le service en est facile , tout homme un peu intelligent peut en être chargé; elles ne sont point embarrassantes; elles appuient avantageusement les dispositions défensives contre la cavalerie ; leur choc ne le cède guère à celui d'un boulet de même poids; et l'on peut, par leur moyen, lancer de la mitraille à de grandes distances, ce qui est absolument impossible avec le canon. On se sert encore des fusées pour donner des avis à des corps éloignés , lancer une balle lumineuse à parachute et éclairer une vaste étendue de terrain, porter une corde de l'autre côté d'une rivière, etc.

On feit des fusées de tout calibre, mais celles de 2 pouces ou de 2 pouces 4/â paraissent les plus propres au service de guerre; elles n'ont pas un pied de longueur; elles pèsent respectivement 3 livres et 4 livres 4/2, sans leurs baguettes, par conséquent un seul homme peut en porter une dizaine, même des plus grosses, et on en chargerait sur un mulet 60 du premier calibre et 90 du second. Les baguettes seraient portées par un autre mulet. Nous possédons déjà quelques approvisionnements de roquettes, et des batteries de fu^ séens ont été introduites dans l'armée fédérale par la nouvelle loi militaire.

Le colonel d'artillerie Pictet a perfectionné la composition et le tir des fusées de guerre. En diminuant leur longueur, il les a réduites à un volume moindre qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui ; et , par les moyens qu'il a employés dans leur fabrication, il est arrivé à leur procurer une justesse de tir égale à celle des obusiers de 4 2. Il n'est guère possible d'aller plus loin avec un projectile de cette espèce sur lequel le vent et toutes les variations atmosphériques doivent avoir une grande influence. Une commission d'experts avait déjà constaté l'excellence de ces nouvelles fusées et en avait fait, dans le temps, un rapport très-favorable à la Haute Diète. Depuis lors M. le colonel Pictet s'est livré à de nouvaux travaux , en poursuivant son objet avec une persévérance digne des plus grands éloges.

74 (mOANtSATION, ARMSMSTfT.

On pMi voir dând tf ne brochare ()n*il â publiée en 4 S4lS , ârfifê td Htif^ de : Fâsai sur les propriétés et ia tactique des faséês de ^vûeffe, }ès beaux résultats auxquels il est parvenu , et le rôle que le honVeaû

E'ojectiie peut Jouer sur les thamps de batattlè, aitisi que danl une ttle tle circonstances particcdières, Bt priûd'pâlèûieht dàâs la dêttùBd des défilés.

Mk*ai*ri*fc^a*«H^biaHteaHâB^MI^*a««i

GÛÀ^ÏlPRË IIL

iiÉA ikÀÀG&ES iËT DES HANOEUVRKft.

Une airméé est destinée à marcher et à, combi(ttr0« Ceât par été marches rapides et savamment dirigées qu'un général habile prépare les succ^ à'une campagne^ qu'il recueille les .fruits d'une victoire, ou qu'il échappe à la poursuite d'un ennemi qui a acquis de ia supé* riorité. La conduite des marches forme donc une partie easeatiellé de l'art dé la guerre. Nous rassemblerons dans de chi^itre tout œ qui a rapport à cet objet.

S i\ tàùttê % ofRoeft VËk ÏDÂ^ tes luiàcâftES.

Ou doit d'abord distinguer les marehed loin de rennemi de cèîléà qui se font dans son voisinage. Dans les premières on recherche principalemefttla comiûodité'; on se met en hèâe'sur (es deux côtés dû chemin, à des distances t^les qu'un homme ub soit gêrfé ni par celui qui le précède, ni par celui quHe suit. De là Sorte le milieu du chenàîù reste libre et la circulation n'est point interrompue, les chariots trouvant encore un espace suffisant pour se croiser-, dû moins sur les routes dé largeur ordinaire. On a de plus l'attention de ne paè Taire marcher ensemble des corps trop nombreux, afin qu'en arrivant dans une ville hi troupe y trouve plus facilement des logements, que les quartiers-mâltres et les fourriers vont d'avafice leur préparer, et pour être sûr que les subsistances ne manquerofnt pas. Quand il y a une trop grande affluence dans une ville, îl est quelquefois bien âSTficHe de pourvoir len peu de temps à tous les besoins; les soldats qui ne sont pas logés ou qui attendent trop longtemps leurs distjrîbtitions de vivres , se plaignent à juste titre , et il en peut résulter dd grands désordres. Cependant il n'est pas toujours possible d'éviter complètement ces inconvénients , même en prévenant les autorité^

PES MA&CHES ET DES MANŒUVItlS. 75

localod du passage qui doit avoir Ueu. h feut dope qita 1m militairw saôbeat supporter ca genre de privations et se contenter d'un abri dans une grange, dans un vestibule, sous un hangar, etc., à défaut d'un lit ou de pailla fraîche. C'est la pierre de touche des bons soldats. Il y a plus de mérite à souffrir toutes les incommodités in-» héreotes au pénible métier de la guerre, qu'à braver la mort dans le combat.

Lorsque la troupe qu'on dirige sur un point est trop nombreuse , CD la subdivise, et on fait partir à des jours différents les divers dé» t^chements, qu'on échelonne ainsi sur la route. Si deux chemins conduisent au même endroit, on dirige partie de la troupe sur l'un et partie sur l'autre, en faisant en sorte que les colonnes n'arrivent pas en même temps au point de réunion. Tout comme aussi il faut soigneusement éviter que des colonnes se croisent en chemin, parce qu'il en résulte un retard considérable pour celle qui est obligée d'attendre que l'autre ait défilé. Il peut même en résulter de dange^ reuses cont^talions, si les officiers d'état-major qui sont chargés de la direction des marches n'ont pas prévu le cas, ni réglé la manière dont le croisement doit s'opérer. Sans un ordre spécial une colonne pe s'arrête pa& pour en laisser passer une autre. La première arrivée sur un point continue sa marche, l'autre fait halte. On doit dresser des tableaux pour régler les marches et répartir les logements de manière que deux troupea ne^ient pas dirigées sur un même lieu gui ne pourrait pas les reoevçir.

Il y a moins d'inconvénient à loger une troupe nombreuse dtns un village si elle appartient au même eorpa, qu'une moindre de deux corps différents. Les officiers d 'état^major doivent mettre tous leurs seins à éviter ces désordres par une bonne répartition des lo^ pents. C'est une de leurs principales fonctions.

On ne peut pas conduire les soldats tout d'une traite d^une étape i la suivante , surtout quand la distance est grande. Une halte au milieu du chemin est donc nécessaire ; on la fait un peu longue pour que les hommes aient le temps de se reposer et de prendre de la nourriture. Il convient, outre cela, de s'arrêter quelques minutes toutes les heures pour les besoins de la U'oupe. Ayez l'attention de laisser derrière quelques hommes de confiance pour, ramasser les trafneurs et empêcher la maraude. Partez de grand matin , surtout sa été ; mais ne prenez pas sur le sommeil nécessaire à l'homme : Gelai de minuit à trois ou quatre heures est le meilleur, celui qui délasse le plus» C'est une mauvaise méthode que de marcher de nuit. On a fait à cet égard une expérience décisive : deux régiments, l'un marchant le jour et 1- autre la nuit, ont parcouru le même espace

dans la belle saison ; le premier a eu moins de malades et de traîneurs que le second. C'est maintenant un principe consacré par rhygiène militaire que la troupe ne doit pas marcher de nuit.

Il faut de tout autres dispositions pour les marches en pays ennemi. On doit ici sacrifier Taisance et la commodité à la sûreté, s'astreindre à des gènes indispensables pour ne pas s*exposer aux dangers des surprises, et être toujours prêt à soutenir une attaque. La négligence à cet égard n'est jamais excusable, car l'ennemi peut se présenter au moment où l'on y songe le moins.

La première règle est de marcher en colonne et sur le fmnt le plus large possible, afin d'occuper moins d'étendue, et qu^en cas d'attaque les troupes de la queue aient le temps d'arriver pour soutenir celles de la tète. On marchera donc en colonne par sections, par pelotons et même par divisions, suivant la largeur 4e la route. Si la marche a pour objet un simple déplacement, pour opérer quelque rassemblement ou concentration de forces, avant d'en venir aux mains; si, en un mot, on ne se trouve pas encore dans la sphère d'activité de l'armée ennemie, on prend quelque aisance dans les rangs et on marche à distance entière. Mais on se serre davantage, par exemple, à demi-distance, quand on fait ce qu'on appelle des marches-manceuvres^ c'est-à-dire de ces mouvements qui précèdent une bataille, et qui sont destinés à concentrer les corps sur le point essentiel, à assurer les communications, à couvrir les parties faibles, à donner le change à l'ennemi, détourner son attention, diviser ses forces, menacer sa ligne de retraite , lui donner de l'inquiétude sur ses dépôts , etc. Les marches-manœuvres sont ainsi nonunées parce que ce sont des manœuvres faites à une grande échelle , hors de la portée du canon , et qu'elles n'ont pas pour unique objet de gagner du terrain , comme les marches de route, mais de se placer convenablement sur le terrain où la bataille va se livrer. Elles s'exécutent dans le voisinage de l'ennemi, et, pour ainsi dire, à sa vue; il faut donc qu'il y règne beaucoup d'ordre, et y employer le moins de temps possible.

Plus la bataille devient imminente et plus la troupe doit être prête à un déploiement rapide. Elle est alors formée en colonne serrée par divisions , soit sur la route même, soit à côté. C'est ce qu'on peut appeler l'ordre préparatoire au combat. Il n'y a qu'un seul cas ^ où l'on doive conserver la distance entière dans une marche- manœuvre, c'est lorsqu'on présente le flanc à l'ennemi, parce qu'alors la colonne peut se mettre en bataille par un simple à-droite ou àgauche des subdivisions. Mais ces mouvements de flanc sont toujours dangereux; on les évite autant que possible. En général, on arrive

DES MARCHBS ET DES MANQBUVBES. 77

sur le champ de bataille par la tête de la colonne ; dès lors on comprend la nécessité de faire serrer, pour faciliter et abréger les déploiements.

Une colonne de marche sera toujours précédée d'une avant-garde^ qui fouille et explore le terrain, ouvre la route ou la répare, si ceMi est nécessaire, déjoue les projets de Tennemi pour surprendre la colonne ou lui dresser des embuscades , etc. Elle annonce Tarrivée de l'ennemi, soutient ses premières attaques ^ et donne ainsi au corps principal le temps de se mettre en mesure. L'avant-garde ellemême se fait précéder par de petits détachements fort .bien désignés par le nom d'éclaireurs. Elle envoie encore de droite et de gauche d'autres détachements qui portent le nom de fUmqueurs^ pour faire le tour des villages, des bouquets de bois dans lesquels Tennemi pourrait se cacher, découvrir le revers des collines qui longent la route, passer derrière les grandes haies, fouiller les ravins, les blés, etc. La colonne a en outre ses propres flanqueurs, surtout dans le cas où elle marche isolée; car il est possible que quelque chose ait échappé à la vigilance des premiers. Il vaut mieux user de trop de précautions que d'en négliger une seule.

Le duc de Vendôme fut plus heureux que sage lorsqu'on 4702 il vint à Luzara, sur la rive droite du Pô, dresser ses tentes en fece de toute l'armée du prince Eugène, qui était en bataille et cachée derrière une digue. On ne la croyait point là ; en sorte que l'avantgarde, une fois arrivée, n'alla pas plus loin reconnaître les environs, et l'on en était à dresser les tentes quand un hasard sauva l'armée de Vendôme. Un aide-major, chargé de placer la garde du camp, ne crut pas pouvoir mieux faire que de mettre une sentinelle sur la digue qui était fort rapprochée. En y arrivant, il découvrit l'infanterie ennemie, qui se tenait couchée derrière la digue en attendant le signal de l'attaque, et la cavalerie , qui était plus loin en bataille. Aussitôt il donne l'alarme, et les troupes, qui n'avaient pas encore rompu leurs rangs , purent repousser l'attaque. Dix minutes de plus, Vendôme perdait son armée et sa réputation.

Dans les guerres de la Révolution, un général républicain sans expérience avait sous ses ordres une longue colonne d'infanterie qui suivait un chemin bordé de haies. Point d'avant-garde, point de Âanqueurs, et une grande négligence dans la colonne, qui s'était considérablement allongée. Tout à coup le chef vendéen Charette tombe sur le flanc de la colonne, la coupe par le milieu et la disperse en un moment. Ici la bravoure ne peut rien ; il n'y a de ressource que dans la fuite. Tel est le résultat de l'impéritie ou de l'imprudence d'un chef.

78 ras KiRCHIS KT DBS MANOBUVftES.

Une arrièrênardê est encore nécessaire pour fermer la nuircke , empocher les désordres qae les trahieurs pourraient conuoettre, e| se prémunir contre toute attaque inopinée par derrière.

Le corps principal est ainsi entouré de corps secondaireB qui Veillent à sa sûreté.

Les équipages ne doivent jamais être entremêlés avec les troupes, parce que, dans un engagement fortuit, ils mettraient obstacle au prompt rassemblement des différents corps, et, qu'en tout cas, ils allongeraient inutilement la colonne. On les fait dono manshep serrés et en ordre, à la suite des troupes, en les disposant aur deux files quand la largeur des chemins le permet, afin de réduire à moi* tié Tespaee qu'ils occupent , lequel est toujours très^onsidérabie. Il faut une escorte aux bagages , pour les mettre à Tabri des in« suites des partisans qui pourraient se glisser «ai les dorrïères de l'armée.

On distribuera dts travailleurs en tète de la coloniie pour aplanir les obstacles, combler les fossés et les orniàres, racôommoder les ponts, ou les soutenir quand ils sont trop faibles , etc. De oettQ ma^ nière, la marche de la colonne pourra bien être quelqueft^is ralentie, mais elle ne sera jamais entièrement arrétéa. Ces travailleurs auront avec eux quelques chariots sur lesquels seront chargés les outils, les bois, les cordages et autres objets nécessaires.

Un autre soin, très-minutieux en apparence, mais en réalité fbrt important, c'est de modérer le pas à la tète de la colonne, pour éviter qu'elle ne s'allonge. Pour atteindre ce but, on peut mettre ea tète les plus mauvais marcheurs ou les troupes les plus lourdes, de même qu'en tête des équipages on met quelquefois des voitures atte* lées de bœufs. Lorsqu^pn est encore loin de l'ennemi , on laisse quelque intervalle entre les différents corps qui composent la co^ lonne; alors les fluctuations de l'un ne se propagent pas jusqu'à l'autre, et chacun de ces corps marche à peu près aussi commodément que s'il était seul. Il en résulte un grand soulagement pour le soldat qui, sans cela, et pour peu qu'il soit en arrière, est obligé de s'arrêter toutes les fois que, pour une cause quelconque, ceux qui le précèdent en font autant, et ensuite de regagner les distances perdues au pas accéléré. Cette inégalité dans la vitesse du pas fatiguq extrêmement. On l'évite autant que possible en employant le moyen indiqué, mais auquel il faut pourtant renoncer dans les marches» manœuvres et aussitôt qu'il y a quelque chance d'être attaqué; alors les distances doivent être rigoureusement reprises.

Les marches ordinaires sont de 6 à 8 lieues de 4000 mètres. Las dernières sont déjà fortes ; cependant il est des circonstances inip^

DBS UKCfiSS BT DBS MANCenVBBS. 79

rieuse» OYî il faut feiro jusqu'à 40 Heues el même davantage, au nsque de lailser beaucoup d'hommes et de chevaux en arrière;

Ce «CUV de bonnes troupes que celles qui supportent les grandes marches sang se plaindre, et, à ce sujet, je ne puis passer sous silence l'exemple remarquable, et bien digne d^étre imité, que noua OQtlaiflfié nos Confédérés de Schwytz. Bq 479S, un de leurs batail-* long, qui avait passé le Briinig venant de M eyringen le jour même du brillant combat de Rothenthurm, apprit, en arrivant à Schwytz, quels position de TBzel avait été abandonnée et que le centre delà ligne était menacé. Il se remit sur-le*ohamp en marche pour aller occuper le Haggen-£gg , par où Tennemi pouvait tourner la petite armée des Confédérés, (.es soldats, sans prendre la moindre nourriture, gravirent la montagne et se trouvèrent trois heures après à son sommet prêts à recevoir Fennemi s41 se présentait. Ils avaient fait %Q lieues en 24 heures et par des chemins difficiles. C'est bien certainement une des plus fortes marches qu'on puisse oiter.

Il faut toutefois qu^à des marches forcées succèdent des jours de repos, si on ne veut pas voir Tarmée se fondre en peu de temps : le corps n'est pas de fer. On peut , on doit même, dans un moment dé^if et pour obtenir un résultat import|int, exiger de la troupe un eflbrt extraordinaire; mais il dpit être de courte durée. Deux, trois marches forcées successives sçnt tout ce que l'on peut attendre d'une troupe faite aux fatigues ; des soldats de nouvelle levée ne les supporteraient pas.

L'infanterie fait une lieue i l'heure, sans compter les haltes, en sorte que, tQut eompris , il lui faut environ dix heures pour faire huit lieues ; toujours en supposant qu^elIe marche en colonne. La cafalerie fait une lieue et quart au pas, et deux lieues au petit trot; et, comme elle soutient eette allure plusieurs heures, on voit qu'elle peut, au besoin, franchir l'étape ordinaire en trois ou quatre heures. Cependant les marches forcées sont eneor^ plus nuisibles à la cavalerie qu'à l^infanterie.

Dans les marches qui se font près de Pennemi, la grande halte est mise à profit pour cuire la soupe. Lorsque les hommes et les chevaux se sont repus, ils font plus facilement l'autre moitié de l'étape, et ont des forces pour combattre s'il y a quelque engagelaent dans la soirée.

Il faut donc, à moins qae des ordres oontrafres ou des cireonslances particulières ne s'y opposent, prolonger assez la halte pour donner aux soldats le temps de faire la cuisine.

A l'étape, ils sont nourris par les habitaus chez lesquels ils sont cantonna. Mais on conçoit que, pour peu que la troupe soit nom-

breuse, il n'est pas toujours possible de la loger dans les maisons particulières ; car la prudence ne permet pas de se disséminer ; il faut alors qu'elle bivouaque, et c'est aux commissaires des guerres à pourvoir à sa subsistance. À cet effet, ils font suivre la colonne par des bestiaux et par des chariots remplis de pain , qu'ils se sont procurés dans les étapes précédentes par la voie des réquisitions. Quand la troupe séjourne, ces réquisitions s'étendent plus au loin, et l'on a de plus la ressource de faire arriver des vivres des magasins qu'on aura antérieurement créés dans le pays dont on est maître. Cependant ces ressources peuvent manquer ou rester insuffisantes; c'est donc un usage utile à. introduire que "celui de faire porter aux soldats des vivres pour quelques jours , et de les habituer à n'y toucher qu'autant qu'il y a une réelle nécessité. Dans la campagne de Russie , le maréchal Davoust avait fait arranger les sacs de ses soldats de manière qu'on y pût mettre sur les côtés quatre biscuits d'une livre, et dessous, un petit sac de farine pesant environ dix livres ; de plus , chaque homme portait en bandouillère un sac de toile contenant deux pains de trois livres , ou quatre rations. La chaîne totale du soldat était de près de soixante livres et peu inférieure à celle que portait habituellement le soldat romain.

Que la troupe soit cantonnée ou qu'elle bivouaque en route , elle ne rompra jamais ses rangs qu'au préalable les détachements qui doivent veiller à sa sûreté n'aient fait la reconnaissance des environs , et ne se soient établis en avant-postes tout autour des villages occupés ou des bivouacs. La vigilance est la mère de la sûreté. Il faut donc qu'une troupe, quelque nombreuse qu'elle soit, s'astreigne à prendre des mesures de précaution, non-seulement quand elle s'établit pour passer la nuit, mais même dans ses haltes.

Voyez, pour ce qui concerne les avant-postes, le chapitre ix , qui traite du repos des troupes.

Donnons maintenant quelques détails sur le service des éclaireurs, sur la composition de Tavant-garde et sur la force numé* rique d'une colonne de marche.

Des éclaireurs. ■— Aucune marche en pays ennemi ne doit se faire sans être éclairée. En plaine, ce sont principalement les cavaliers, et en terrain coupé, les fantassins qui font ce service. Les éclaireurs se portent en avant et sur les côtés par petites troupes. Il est inutile de donner de la force aux éclaireurs, leur fonction n'étant point de combattre l'ennemi, mais seulement de le découvrir. D'ailleurs le service en est pénible ; il faut donc s'arranger de manière que le tour ne revienne pas trop souvent.

Les écJaireurs sont en tête de ravant-garde et sur ses flancs. Les uns sont les éclaîreurs proprement dits, les autres sont les flanquêurs. Ils marchent à deux ou trois cents pas de Tavant-garde, qu'ils ne perdent jamais de vue, non plus que les éctâireurs voisins avec lesquels ils doivent toujours rester en communication. A cet effet, le détachement de la tête envoie trois petits groupes, Fun en avant sur la route et les deux autres à droite et à gauche. Ces groupes marchent réunis, ou du moins les quelques hommes qui les composent ne se séparent jamais assez pour se perdre de vue ou ne plus s'entendre. Les détachements de flanqueurs seront quelquefois obligés de marcher à une assez grande distance de la route pour découvrir le pays ; chaque détachement s'entoure donc aussi de petits groupes, dont l'un marche en avant et les autres du côté de l'ennemi. Quand le pays est très-couvert on doit augmenter le nombre des écJaireurs. Trois hommes suffisent à chaque découverte (c'est ainsi qu'on appelle les petits groupes d'éclaireurs) ; le plus ancien dirige les deux autres. Ils ne font usage de leurs armes que lorsqu'ils tombent dans une embuscade ou qu'ils vont être pris : c'est le seul moyen d'annoncer l'ennemi. On connaît ce beau trait du chevalier d'Assas» qui, ayant donné dans une patrouille ennemie, et se voyant ndenacé de la mort s'il faisait le moindre bruit, cria de toutes ses forces : « A moi, Auvergne, ce sont les ennemis! » Il tomba percé de coups; mais, par ce beau dévouement, il donna l'éveil et sauva ses frères d'armes. C'est ainsi que la mort héroïque de Winkelried ouvrit le chemin de la victoire aux Confédérés près de succomber sur la colline de Sempach.

Les éclaireurs cherchent toujours, en marchant, à se couvrir des haies, des bois, des broussailles, ou des éminences qui sont sur leur chemin, pour voir, autant que possible, sans être vus eux-mêmes. Aussitôt qu'ils découvrent une troupe ennemie, ils s'arrêtent, se cachent, et l'un d'eux vient avertir le commandant du détachement auxquels ils appartiennent. Ils enverront de nouveaux avisa mesure qu'ils découvriront de nouvelles choses ; et tout cela sans bruit.

Les éclaireurs fouilleront les ravins et les bois avec le plus grand 8oin; ils ne passeront jamais près d'une chaussée, d'une forte haie, d'un mur, d'une haute moisson, sans voir ce qu'il y a derrière. Ils visiteront les maisons dans lesquelles l'ennemi pourrait être caché ; un seul des trois éclaireurs y entre, les autres restent dehors pour donner l'alerte s'il y a lieu. Ils doivent également visiter les carnères et tous les endroits où l'ennemi pourrait se cacher.

Avant d'entrer dans un village, i'avant-garde fait une halte pour donner aux éclaireurs le temps de le fouiller et de prendre quelques

82 PIS MA&CIIS BT DIS MANCB0VUS.

informations sur les partis que rennemi peut ayoir dans le Tonnage. Les éclaireurs parcourent les r6es, entrent dans les cours et les jardins clos de murs; ils se font ouvrir quelques maisons et visi* tent réglise. Pour abréger ces formalités, ils se partagent la beaogn<». Tout cela doit être terminé en quelques minutes. Si rennemi est tout près, et que le village soit suspect, le détachement d'éclaireurt s'y arrêta plus longtemps pour le mieux fouiller. Au surplus, pour peu que Tavant^garde soit nombreuse, elle se fait elle-même pnteéder d*une extrême avant-^arde, en sorte que les retards de la marcbe ne sont supportés que par ce corps avancé qui regsi^ne sa dis> tance par une marche plus rapide, après avoir passé le village. C'est alors l'extrême avant-garde qui fournit les éclaireurs. Las détachements de flanqueurs sont fournis directement par Tavant-garde; ils marchent parallèlement, l'un ^ droite» l'autre à gauche de la route.

Les flanqueurs, pouvant se trouver quelquefois hors de vue, 09 établit la liaison avec des patrouilles ou petits détachements intar* médiaires, La découverte qui marche sur la route, en tète des éclair reurs, doit être un peu plus forte que les autres ; on peut la coœpo*ser de einq hommes, afin d'en envoyer deux en avant pour ouvrir la marche et commencer l'exploration.

La figure 6 donne une idée de ces dispositions. Dans cette figure, A représente Tavant^rde , B le détachement qui fournit les trois groupes d'éolaireurs qui la précèdent, G celui du milieu ayant luimême deux éclaireurs en avant; C,C représentent les détachements qui marchent parallèlement à la route et fournissent les flanqueurt quo nous supposons marcher aussi en trois groupes, l'un en tôte du détachement se liant avec les éclaireurs, et les deux autres eu de* hors sur son flanc; û, D sont les patrouilles intermédiaires qui établissent la liaison avec les flanqueurs, et, au besoin, leur donnent un premier secours s'ils sont attaqués.

Dans une marche de nuit, tous ces détachements doivent être ex* trémement rapprochés de l'ayant^garde, si même il ne faut pas re^ noneer entièrement aux flanqueurs.' Ils garderont un rigoureux i^lence prêtant l'oreille au moindre bruit. De nuit les yeux doivent être remplacés par les oreilles, dit Xénophon.

De Vavant-garde.-^Si elle n'était jamais destinée qu'à éclairer >^ I l'armée et à escarmoucher, on n'y emploierait absolument que des ^ ' troupes légères ; mais elle doit quelquefois s*emparer de postes avan* tageux, et s'y maintenir contre des forces supérieures jusqu'à ce que le corps d'armée arrive; elle a des défilés à forcer, des villages è

DU MARCHBS Bf D8S MàlV«I7YR19. 83

emporter; elld 6st à chaqoe instant exposée ft des atteqtiéS KéHenses. Ilfaatdonc, lorsqu'il s'agit d'un corps de^uelque importance, outre les troupes légères de toutes armes, donner à son avant-garde de l'infanterie de ligne, de la grosse cavalerie et du canon de 42, le tout dans des proportions convenables et de manière «[ue les diverses âmes paissent se prêter un mutuel Secours.

S'H est vtdk qu'nne avant^^arde ne doit pai être exelnsivemeni composée âe troupes légères, il ne faut pas non plus, par nn défaut eoû^tre^ «'y envoyer qneéBSfrenadiers, comme quelques écrivains mîMlaires l'ont propesé ; parce qu'alors l'avant-garde perdrait de sa mobilité et s'éclairerait mal. D'ailleurs les bataillons qu'on ferme ZBomentanéiiientâe compagnies de grenadiers réunies qui ne se connaisseiït point, sous un chef nouveau pour etles-, ne valent pas plus <|oé les bataillons ordinaires ; et ceu&^i-, privés de leurs crâipagnies d'élite, doivent perdre de leur confiance m<yrdle et par oonséquelit de leur force. yo«lez*vous réanir les grenadiers? que ce soit en corps de réserve et pour frapper de grands coups. Alors le sentinàent du service qu'ils vont rendre à l'armée enflamme leur conrage^, ils veulent être brillants sur le champ de bataille; ils ont à cœur de soutenir leur réputation de bravoure; ce sont vraiment alors des soldats d'éHte. Mais les employer é tout et constamment, les prodiguer, exiger qu'ils soient toujours à l'avaàt^rde, c'est les fatiguer ^et compromettre leur honneur par les revers partiels aux* quels on les expose; c'est les dépouiller de cette haute considération qui fefft leur force.

On ttrriVerâ donc à la metlleure composition de l'avant-garde en en faisant toufér le service Sur les batasllons et les escadrons de toute l'arméér. Et , comme ifi'est à l'avant-garde que fes militaires de tout grade apprennent le mieux la guerre, on trouvera encore dans cette rotation l'avéfutage de faire passer tous les corps à une bonne école. Composer Tavant-garde de détachements pris dans tous les corps est atissi nmeiaiàtrvaise méthode; cela complique le service et tue l'é^ malatîon qtri'doit exister entre les différents corps. La discipline en souffre nécessairement, parce que les soldats ne se trouvent plus sons leurs chefs habituels. C'est pourquoi nous avons dit que le service doit rouler entre les bataillons et les escadrons. Si l'avant-garde ^it plus faible, il fendrait y employer des compagnies entières, mais jamais de fractions.

Le commandant de Tavànt-garde doit être muni des meilleures cartes et avoir auprès de lui quelques habitants du pays pour lui Wrvir de guides et lui donner les renseigmemënts dont il pourrait avoir tesoin. A chaque station il prend de nouveaux guides qn*il

84 DBS MABCHSS JTT D£S MANOBOYRBS.

fait marcher sous bonne escorte pour qu'ils ne lui échappent pas. La connaissance de la langue lui est d'une grande utilité ; s*ii ne la possède pas, il faut de toute nécessité qu'il y ait dans son état-major quelques officiers auxquels elle soit familière, et de préférence des officiers qui aient voyagé ou déjà fait campagne dans le pays.

Il interrogera les voyageurs, les déserteurs et les prisonniers, sur la position et les forces de l'ennemi, sur ce qu'on sait ou présume de ses projets» sur la situation morale des troupes, le caractère des chefe, etc. Il n'obtiendra, sans doute, de chaque individu isolément que des notions fort incomplètes ; mais en réunissant tous les rapports, il peut en résulter un tableau assez exact de la composition des corps, de leur force, de leurs positions respectives, de leurs mouvements antérieurs, etc. Toutes les réponses faites par ces individus aux questions qui leur sont adressées doivent être couchées par écrit pour être conununiquées au générai en chef, aussi souvent qu'elles offrent quelque intérêt ou quelque lumière sur les projets de l'ennemi.

Aussitôt que le commandant d'avant-garde arrive dans [un lieu où il doit s'arrêter, il fait venir auprès de lui les autorités et les personnages les plus éclairés pour les interroger et obtenir d'eux tous les renseignements qu'ils sont capables de donner sur la nature et la direction des chemins, l'état des ponts, des gués qu'on peut avoir à traverser, l'étendue des bois, la longueur des défilés, la profondeur des marais, etc. S'ils savent quelque chose de la position et des projets de l'ennemi, c'est avec adresse bien plus que par des menaces qu'on les engagera à le communiquer. Il faut se méfier de ce qu'ils disent des ressources du pays ; ils sont intéressés à les porter au-dessous de ce qu'elles sont réellement; cependant c'est un point essentiel sur lequel le commandant de l'avant -garde doit insister pour avoir des indications certaines. Pendant qu'il s'occupe de ces détails, qui exigent de sa part beaucoup d'activité et de tact, il envoie quelques-uns de ses officiers faire la reconnaissance des environs et principalement dans la direction de la route à parcourir le lendemain ; il fait fouiller le pays à une assez grande distance par des patrouilles qui circulent sur tous les chemins et visitent tous les lieux qui pourraient servir d'abri à l'ennemi et favoriser une surprise. La troupe ne pose les armes et n'entre en logement, ou n'établit son bivouac, que lorsque les patrouilles sont rentrées, que les gardes sont établies et qu'on s'est assuré qu'il n'y a rien à craindre.

Un des soins principaux du commandant de l'avant-garde est de requérir des vivres, afin que les soldats ne se débandent pas pour

DBS MARCHES BT 6eS MANŒUVRES. 85

en aller chercher. L*avant-garde, n'étant ordinairement pas très* nombreuse et pouvant avoir affaire à des forces très-supérieures, il est très-essentiel qu*elle reste réunie. Il faut des vivres pour le jour même ; il en faut aussi pour le lendemain ; on les chargera sur quel* ques voitures du pays. La prévoyance n'est jamais nuisible. « Fai-> tes, dit Montluc, que vous ayez toujours des provisions et principalement du pain et du vin pour donner quelque rafraîchissement au soldat, car le corps humain n'est pas de fer. »

Quand Tavant-garde rencontre un village sur la route, elle le tourne, si cela est possible, plutôt que de le traverser, surtout s'il a quelque longueur, parce qu'il faut, en général, éviter les défilés, où une attaque [est toujours à redouter. D'ailleurs il pourrait arriver que les éclaireurs ayant mal exploré le village, l'ennemi se trouvât dans les maisons, d'où il ferait beaucoup de mal avant qu'on pût le déloger. Quoique peu probable, il suffit que cet événement soit possible pour justifier une mesure de prudence.

Aux croisés des routes Tavant-garde jalonne avec des branches d'arbre, ou avec de la paille, celle qu'elle a prise, afin que le corps principal qui la suit (à une distance plus ou moins grande, et qui, presque toujours, est hors de vue, ne s'égare pas. On peut encore y laisser quelques cavaliers pour indiquer le chemin. Gela dépend du temps que le corps principal doit mettre à arriver. Si elle trouve quelque pont rompu ou en mauvais état, des fossés coupant la route, des fondrières ou autres obstacles qui pourraient arrêter la marche de la colonne, les sapeurs et les ouvriers se mettent immédiatement à faire les réparations nécessaires avec toute la diligence possible ; ils rejoindront l'avantrgarde à la première halte.

Quand le pays est très-couvert, l'avant-garde se fait précéder elle-même de quelques éclaireurs qui se lient avec l'extrême avantgaide et les flanqueurs. C'est pour le cas où les premiers éclaireurs auraient laissé quelque partie sans la fouiller et où l'ennemi, qui n'aurait point Àé découvert, pourrait se jeter inopinément sur Tavant-garde. Les seconds éclaireurs le verraient venir et donneraient l'alarme. On peut en dire autant du .corps principal , surtout lorsqu'il est un peu éloigné de l'avant-garde, et à bien plus forte raison, puisque l'ennemi pourrait s'être placé dans l'intervalie. Répétons-le : à la guerre on ne saurait user de trop de précautions pour éviter les surprises, tant en marche qu'au camp et dans les cantonnements.

Dans les passages de défilés qu'on ne peut éviter , l'extrême avant-garde doit, après les avoir franchis, explorer avec un redoublement d'attention le terrain environnant; parce que c'est dans de

86 BIS MARCHIS ft DIS VtlCCKUVIII.

semblables loealités que rennemi s'embusquera de préfiérenoe pour attaquer )a eolonne avant qu'elle ait pu se déployer* L'extrême avant-garde s'arrêtera donc de l'autre côté <lu défilé^ se d^loiera même en bataille et enverra de droite et de gauche ses fianqueurs ausêi loin que possible, en même lemps que ses éolaireurs fouilleront tous les abris sur le front, fille ne se remettra en marche que lorsqu'elle terra arriver la tête de l'avant-garde ; elle accélérera le pas pour regagner sa distance. On yoit que ce service doit être trèspénible et que par conséquent il faut le faire rouler sur toutes 1^ troupes légères de l'avant-garde; elles seules sont employées à l'ex* trême avant-garde. , .

Il n'y a pas de motif de se relâcher de ces précautions dans les pays ouverts, car de gn^des plaines , si unies qu'elles paraissent, renferment presque toujours des sinuosités à la faveur desquelles des troupes, même ass^z nombreuses, peuvent se cacher ; et cette embuscade est d'autant plus dangereuse qu'on la soupçonne moins. Le seul avantage que Ton trouve dans ces plaines, c'est que quelques cavaliers prenant le galop les explorent en peu de minutes, et qu'ainsi la colonne n'est pas aiirétée longtemps.

Si l'avant^arde rencontre l'ennenû, elle se déploie et tâche de maintenir sa position ; sinon^ eUe opétt sa retraite sur le corps pria* ctpal, en prêtant de tous les avantages locaux pour ralentir la marche de l'ennenii, et donner à l'armée le temps de prendre ses mesures. Le commandant aura » dès le premier moment, expédiiê par estafette l'avis d'une attaque prochaine^ Si, c'est de nuit, Tavanf^arde doit charger l'ennemi avec impétuosité^ quelle que soit sa force, pour le culbuter ou l'intimider et l'arrêter. Dans cetto cii^ constance les ténèbres favorisent l'attaquant, parce que l'ennemi, -ne pouvant reconnaître à quelles forces il a affaire, doit être extrêmement circonspect. Le corps principal a donc le temps d'arriver au secours de son avant-garde. Mais, comme nous l'avons déjà dit, on fait le moins qu'on peut des marches de nuit ; elles fatiguent extrêmement le soldat ; elles sont la cause de désordres que les chefs ne peuvent pas ranimer ; enfin c'est pendant la nuit que de cruelles méprises peuvent avoir lieu. Entre les nombreux exemples que l'on peut citer de troupes amies se tirant les unes sur les autres dans l'obscurité, je me contente du suiva^^ extrait du Partisan du prince deEesse-Rinf eh. L'armée française, divisée en deux colonnes, pour faire une marche de nuit sur Landau, un partisan ennemi se glissa avec cinquante hommes entre ces deux colonnes, qui étaient séparées par un ravin. Il fit faire feu des deux côtés à la fois, et se retira paisiblement* Chaque colonne, se voyant attaquée subite*

DIS MABCnS IT DIS MAN0BDTU8. 87

ment, répondît au feu, et les deux colonnee restèrent acharnées l'une oontre I^autre jusqu'au jaur.

Pour la grande halte, l'avant^garde cherchera quelque endroit avantageux et, autant que possible, oeuvert aux vgee de Fenneoit, comme le revers d'une colline. On place des sentinelles sur le 8om« met pour découvrir qu loin ; on en met sur les chemins par lesquels Tennemi pourrait venir. S'il y a un bois dans le voisinage, on le fait visiter par les éclaireurs et on y laisse quelques hommes qui, se tenant dans le fourré, pourront sans être aperçus voir ce qui s» passe au dehors. Si une attaque est imminente, une moitié de la troupe restera en bataille prête i combattre, Tarme au pied, pen« dant que Tautre moitié fera son repas. Ce sera ensuite à cellenâ de faire la garde pendant que la première se reposera.

Quand on aura un bois de quelque étendue à traverser on fsra la halte avant d^ entrer, et le êonunandant renforcera son extrême avant-garde pour que celle^i puisse augmenter le nombre des éclaireurs.

Les tambours de Tavant-garde s'abstiennent de battre, pour ne pas donner l'éveil à l'enneipi ; et, en général, on fait peu dhisage du tambour en route, si ce n'est pour traverser une ville, pour ar* river au campt <^ P^^^ entrer sur un champ de bataille.

Quelle doit être la force de Tavant-garde, et à quelle distance doit^Ue marcher du corps prineipalT On ne peut répondre dNme manière précise à ces deux questions. La force de l'avant-garde et sa composition varient avec les drconstanees et dépendent des ressources dont le commandant en chef dispose. L'avant-garde peut être momentanément renforcée, quand on prévoit qu'elle aura quelque choc à soutenir, une position à enlever et à conserver ; mais en général on n'y emploie pas plus du cinquième de la force totale du corps d'armée, et le plus souvent on reste au-dessous de cette proportion. S'il était permis de poser nn principe à cet égard, on pourrait dire que la force de l'avant^garde varie entre le cinquième et le dixième de celle de l'armée. La foire plus forte serait fotiguer les soldats par un service pénible qui reviendrait trop souvent ; et, d'un autre côté, ce serait l'exposer à être détruite ou enlevée qae de la composer d'un trop petit nombre de troupes. Se voyant '*' faible, elle n'oserait hasarder un coup de vigueur quand les

constances l'exigeraient , et sa timidité pourrait être foneste à

rmée.

Pour ce qui est de la distance à laquelle i'avant-^arde doit marv

dr, on conçoit qu'elle est plus grande pour un corps nombreux

8 pour un faible, et qu'elle dépend en grande partie de la Ion-

88 DBS MARCHES ET DES MANGEUYRES.

gueur même de la colonne. Car l'avant-garde étant destinée à annoncer Tennemi et à retarder sa marche, doit être assez éloignée pour que le corps principal, du moment où il reçoit Tavis, ait le temps de se déployer pour recevoir Tattaque. Ainsi, par exemple, si la colonne occupe une lieue, il faudra plus d'une heure à la queue pour arriver en ligne. Il est donc nécessaire que l'avant-garde soit au moins à cette distance de la tète de la colonne; car, s'il est vrai qu'elle retarde par sa résistance l'arrivée de l'ennemi, il y a eu aussi du temps perdu pour reconnaître le véritable état des choses, et expédier l'estafette. Il semble donc qu'on pourrait dire, en général, que ce qui fixe le minimum d'éloignement de l'avant-garde, c'est la longueur même de la colonne qu'elle est destinée à couvrir. Pour une colonne d'une lieue de longueur l'avant-garde sera au moins à une lieue de distance. Pour un corps qui n'occuperait que quatre à cinq cents mètres l'avant-garde pourrait en être rapprochée jusqu'à cette distance. Mais, souvent l'avant-garde est portée plus loin.

Uarriêrè' garde est disposée à peu près comme l'avant-garde ; mais elle est naturellement plus fsdble^ car on a moins à craindre par derrière qu'en tête. Elle forme l'escorte des bagages dans les marches en avant. Un corps particulier la compose qui détache en arrière et sur les côtés une extrême arrière-garde et des flanqueurs. Ces détachements éparpillent des groupes de deux ou trois hommes qui doivent se retourner souvent pour voir si l'ennemi ne suit point la marche de la colonne. Ces groupes arrêteront les déserteurs et les maraudeurs ; ils feront rejoindre les traîneurs. Il est bon qu'il y ait à l'arrière-garde au moins un détachement de cavalerie pour se porter rapidement partout où besoin serait et établir la communication avec le corps principal.

Dans une marche en retraite l'arrière-garde devient le corps essentiel ; on la compose des meilleures troupes ou de celles qui ont le moins souffert. Il n'est plus possible d'établir une rotation régulière de service ; car on ne pourrait pas mettre à l'arrière-garde des corps désorganisés. La loi de nécessité oblige, dans cette circonstance, à sortir des règles ordinaires du service. On a vu souvent la même troupe couvrir une retraite pendant plusieurs semaines. Rien ne peut illustrer davantage un corps que de s'exposer ainsi pour le salut de tous ; rien n'est capable de porter plus haut le nom du chef qui la commande.

En retraite les bagages ne sont plus interposés entre l'arrièregarde et le corps principal ; on les fait passer en tête des colonnes

et marcher en avant autant que possible pour les soustraire aux entreprises de i*ennemi et ne pas enibarrasser les dispositions de défense ; en sorte que Tun de ces coips reçoit de l'autre une protection immédiate, tant que la retraite se fait en ordre.

De la force d'une colonne de marche. — Nous avons dit dans le chapitre i", qu'une armée un peu nombreuse est toujours partagée en plusieurs corps qui forment autant de colonnes marchant sur des routes parallèles. L'avantage qu'on y trouve est non-seulement de rendre Tannée plus mobile, mais encore de menacer Tennemi sur plusieurs points, de le tenir dans l'incertitude, de le déborder quand il résiste quelque part, et de se procurer plus facilement des subsistances. On ne peut point limiter le nombre des colonnes ; il dépend des chemins que le pays présente, et, en général, on les multiplie quand on s'approche du champ de bataille, afin de rendre les déploiements plus prompts. Mais il est une limite à k force d'une colonne de marche au-dessous de laquelle il est toujours convenable de se tenir. C'est cette limite qu'il est bon d'établir ici. Supposons donc qu'un corps nombreux marche sur une seule route. Ce corps sera composé de toutes armes dans des proportions convenables. Il aura une forte avant^garde qui le précédera d'une demi-marche ou d'environ trois lieues. Les estafettes mettront à peu près une heure à franchir cet intervalle ; le général en chef aura donc deux heures pour donner ses ordres et faire déployer sa colonne, en admettant, ce qui peut arriver, que l'ennemi, très-supérieur en forces, refoule l'avant-garde sur le corps principal. Ainsi la longueur totale de la colonne ne doit pas être de plus de deux lieues , pour que les derniers bataillons aient le temps d'arriver avant que l'action soit sérieusement engagée. Or l'expérience a prouvé qu'avec l'ordonnance française , un corps d'armée de 25 à 30 mille hommes est dans les conditions énoncées ci-dessus ; et c'est ce que l'on peut déterminer par un calcul assez simple. Le corps de 30 000 hommes, opérant dans un pays ouvert, n'aura pas moins de 4000 chevaux et d'un millier d'artilleurs pour le service des pièces et du parc. Il faut eiicore compter un millier d'hommes pour les troupes du génie, les pontonniers, les soldats attachés à l'administration des vivres , etc. Faisant la déduction, il reste 24 000 hommes d'infanterie, qu'on peut partager en quatre divisions, chacune de 6000 hommes.

D'après le principe qu'une colonne formée à distance entière occupe le même espace que la troupe en bataille , la division en colonne occupera ^ioO mètres ; car la même division, formée sur trois

90 DBS MARCHIS IT DBS MANOBUTHBS.

rangs et dans un ordre continu, aurait un front de 4000 mètres, et en ajoutant SOO mètres |>our les intervalles des brigades, on aura le nombre e i-dessus. Ainsi, les quatre divisions en colonne, y compris leurs intervalles supposés aussi de SOO ihètres au maximum, occuperont sur la route une étendue de 5200 mètres, ou une lieue et quart à peu près. Les allongements, p^esqùe inévitables dans une longue marche, sont dompensés par une moindre longueur de la colonne, résultant des détachements qui sont envoyés à Pavantgarde. Mais en admettant même que la colonne s'allôhgeài beaucoup, elle n'aurait pas plus d'une lieue et demie de longueur. Ainsi donc les damiers bataillons peuvent bien, dans Tespaèe dé deux heures, franchir ^intervalle qui les sépare dés premiers et entrer en ligne.

Quant à la eavâlerie qui marche à la suite des bagages, se trouvàt-elle une lieue bu une lieuè et deinlè plus en arrière, elle pourra toujours, en prenant le trot , arriver â teinps sur le chàm|^ de bataille; d*autant plus qu^elle occupé ordinairement unie position de réserve derrière rinftinterie.

L'artillerie, chaque pièce suivie d'iiri càissëii , é§t èrdlnaf rainent placée entre deux divisions. Elle ne serait pas de moitis de 30 bouche à feu , eu de cinq batteries , dont uiie raslréherait à l'àvatitgarde. Il resterait donc dans la éolonné ià bèuebeâ fl feu et autant de caissons, lesquels marohant par deux, occu^eràieiit SOè mètres à raison de 46 mètres par voilure. La colonne en serait allongée d'autant. Mais ceci est compris dans la marge que nous nous sommes donnée en portant à une lieue et demie la lohgueur totale de la colonne.

Les autres voitures d'artillerie, telles qiié ibrges, éaissena supplémentaires, chariots d'outils, etc., sont réunies aux bagages de l'armée. Et tous ces embarras doivent reàter en arrière pendant la ba<* taille, soit pour ne pas gêner les mouvements ded corps , soit pour être hors de prise dans le cas d'un revers.

Ainsi donc, pour une armée qui se forme suf tfèis rangs, le corps le plus nombreux qui puisse marcher sut* une seule route, est de 90 000 hommes , y compris artillerie et cavalerie. Cest ce qu'on appelle un eorps d'armée : il peut être, et il est souvent plus faible; mais on ne pourrait, sans embarras ni danger, dépasser de beaucoup cette limite.

En appliquant les calculs précédents à une troupe formée sur deux rangs, on verra que la force du corps d'armée, également composé des trois armes, ne devrait pas dépasser 20 000 hommes. Ainsi toute l'armée fédérale pourrait se partager convena-

PSS MARCHES BT DSS MANGBDYRBS. 91

blement ea eiuqcorpd d'armée, dé Ift forée dé vingt à vingt-deux mille hommes.

Bien qu*en calcul striot, une eolônne, marchant â distance et même ayant soufifert quelques allongements, ait le temps de se déployer pour recevoir l'attaque, il sefa toujours convenable de serrer la distance pour les marches-mano&uvres faites dans la sphère d'activité de l'ennemi. On peut encore marcher très-commodément à demi-distance, et la colonne se trouve réduite à peu près de moitié. Il convient donc de se fonder ainsi dans lés marche^-nàanœuvres , comme cela a déj^ été dljb; maîà ce n'est pas une raison (f augmenter la force de fa colonne ; c'est seulement uBe focilité qu'on se donne pour un plus prompt déploiement. Tout comme il convient de rompre cette même colonïie en plusieurs autres pour se préparer au combat; en les serre et on les conduit chacune sur son terrain peur les y déployer.

TT-T-r-rrr

. pNTiutBiiurrt

Après avoir indiqué quelles SQnt )eti précaution^ à pr9]94ni e^ lei règles à 9uivF^ d^Qs une m^îci» en pays ennepû, m^% OAlreroDs dans quelque» détails plu» ppirticytièremçal rétifs fMix nwcbe^ ofTensive»»

Ordre de m^rch^ d'une division fédérale, — Nous prendrons d*a* bord un exemple, pour appliquer les règles précédentes et n^ieux arrêter no^ idées sur la formation d'une colonne destinée à marcher en avant, Nous supposerons qu'une division fédérale^ à peu près de la force de celles qui sont indiquées au tableau de la pa^e H soit appelée à former une colonne de marche sur une seule route. Cette division, composée de quatre brigades serait, d'après la nouvelle ordonnance, évaluée comme suit \

46 Bataillons d'infanterie h 700 hommes. , 14 SOO bQmmea

4 Compagnies de carabiniers. .*..,..,.. 4 000

% Compagnies de cavalerie ,..,. 454

Si Pièces, en i batteries. • , , , 700

• 4 Compagnie de paro 60

4 Compagnie de sapeurs ,.,... 4 00

4 Compagnie de pontonniers 400

43 34 4 hommes

non compris les états-majors de la division et des brigades, non plus que le personnel du commissariat et du service de santé.

Nous avons ajouté une compagnie de sapeurs et une compagnie de pontonniers à la formation indiquée par le tableau, afin qu'il y eût de toutes armes dans la colonne.

Il est facile de calculer que ces troupes, dans leur ordre de bataille , occuperaient environ une lieue d'étendue , en les supposant déployées en une seule ligne et formées sur deux rangs ; il faut donc compter que la colonne marchant par sections, et chaque pièce suivie de son caisson, aura au moins cette longueur, malgré ce qu'on en détachera pour former Tavant-garde et les flanqueurs. Ainsi, d'après les principes établis plus haut, Tavant-garde devra marcher à une lieue ou à une lieue et demie en avant de la colonne.

Quanta Tarrière-garde, qui doit servir d'escorte aux bagages, elle sera à peu près à une demi-lieue en arrière de la colonne. En effet, si notre division conduit des vivres pour quatre jours sur des chariots, comme cela convient dans les cas de concentration devant l'ennemi, elle n'aurait pas moins de 200 voitures à quatre et à deux chevaux , lesquelles à 9 mètres en moyenne forment une file de 4800 mètres; et comme il convient délaisser un intervalle entre les dernières troupes et la tète des équipages, l'espace total est bien de 2000 mètres, ou d'une demi-lieue.

L'infanterie étant partagée en quatre brigades, chacune de quatre bataillons , et les carabiniers devant être répartis sur le front dans le cas d'un engagement, on en attachera deux compagnies à chaque brigade et deux compagnies à l'artillerie.

Les brigades d'infanterie marcheront , à tour de rôle, en tète de la colonne, et celle qui sera en tète fournira les bataillons et les carabiniers de l'avant-garde. De même aussi, chaque batterie marchera à son tour à Tavant-garde , sauf des raisons particulières de faire le contraire.

L'avant-garde sera composée de la compagnie de sapeurs , d'une compagnie de cavalerie, deux de carabiniers, une batterie et deux bataillons d'infanterie. La proportion sera ainsi de 4/8* pour l'infanterie , 4/5* pour les carabiniers, h/i pour l'artillerie , et 4/2 pour la cavalerie. C'est beaucoup pour ces deux dernières armes ; mais, en somme, la proportion de l'avant-garde avec la force totale de la division est bien dans les limites que nous avons établies. Il faut de la cavalerie à l'avant-garde , bien que notre pays soit très-couvert, parce qu'il faut que les nouvelles de Tennemi arrivent promptement, soit de l'extrême avant-garde à l'avant-garde, soit de celle-ci au corps principal. On ne peut pas employer à ce service

DBS MARCBXS ET DES MANOEUVRES. 93

moins d'une compagnie; un peloton sera envoyé en avant et fournira les éclaireurs sur la route et sur les chemins parallèles, Fautre restera en tête de Tavant-garde et formera Tescorte de son commandant. Les sapeurs suivront la cavalerie ; ils auront avec eux les caissons d'outils qui leur sont affectés et des chariots de réquisition pour porter tous les objets nécessaires à la réparation des chemins et des ponts. Les chasseurs des deux bataillons d'infanterie flanqueront , ceux du premier la droite , ceux du second la gauche de la colonne d'avant-garde , et se lieront en avant avec les éclaireurs de la cavalerie.

Le reste de la troupe marchera sur la route, aussi serré que possible et dans un ordre tel qu'en déployant la colonne en avant, elle se trouve convenablement disposée pour le combat. Or, en général, il convient que l'artillerie soit au centre pour être protégée par Tinfanterie, et que les carabiniers soient aux ailes pour pouvoir s'étendre, former leurs chaînes et tirer de loin. L'ordre de marche de l'avant-garde sera donc le suivant :

4^ Un peloton de cavalerie à Textrème avant-garde et fournissant

les éclaireurs ; 2* Un autre peloton de cavalerie en tète de Tavant-garde ; 3"* La compagnie de sapeurs avec les chariots d'outils; 4*" Une compagnie de carabiniers; 5"* Un bataillon d'infanterie, envoyant une compagnie de chasseurs

pour flanquer la droite; 6"* Une batterie d'artillerie ; 7"* Un bataillon d'infanterie, envoyant une compagnie de chasseurs

pour flanquer la gauche ; 8<* Une compagnie de carabiniers.

Si cette colonne se déploie pour recevoir l'ennemi, les deux pelotons de cavalerie, ainsi que les sapeurs, passeront derrière pour être employés suivant le besoin par le commandant de l'avant-garde, et les flanqueurs de droite et de gauche viendront se rallier sur les ailes pour soutenir les carabiniers.

Le corps principal marchant une lieue à une lieue et demie en arrière, sera ainsi composé :

A"" Deux bataillons restants de la brigade qui a fourni l'avant-garde. Une compagnie du premier de ces bataillons marchera trois ou quatre cents pas en avant, comme seconde avant-garde, et détachera quelques éclaireurs, soit sur la route, soit sur les côtés.

94 PBft MABCHIS IT DIS MUiSUVIIB.

S* Lit 9e60iid« brigade réunit, avec les earabinters en tète.

3« Trois batterie» d*artilierie marchant ensemble (chaque pîèee sui*

vie immédiatement de son caisson), et précédées des deux compagnies de carabiniers qui leur sont attachées. 4« La troisième brigade, aTeo ses carabiniers en tète. ft* La quatrième brigade précédée aussi de ses carabiniers et déta^

chant un bataillon pour former l'arrière^arde. 6« Toutes les voitures composant les bagages, et y eompm las cais*

sons de réserve , les forges, les ambulances , l'équipage de pon«

tons.

7« Le bataillon d'arrière^rde, formant l'escorte des baga^», avec

la Gompagniede parc, la compagnie de pontonniers, et la seconde

compagnie de oaValerie qui fermera la marche.

Il semble, au premier coupd^œil , que las pontonniers demient être placés à Pavant-garde , pour préparer les moyens de passage sur les rivières dont les ponts auraient été rompus. Mais leur équipage embarrasserait Tavant-garde, dont la marche doit être prompte et légère; au premier revers il serait perdu et Tarmée serait privée d'une ressource précieuse. Il est plus sûr de le laisser en arrière, pour le faire venir quand cela est nécessaire. On ne l'emploie que pour le passage des grandes rivières, et alors l'opération est assei sérieuse pour que la division entière y prenne part. S'il ne s'agit que de ruisseaux, ou fisiblea cours d'eau, les sapeurs de Tavant-garde y suffisent.

Tel est l'ordre de marche que pourra prendre notre df^slon, s'a* vançant au*deVant de l'ennemi. Elle aura des défilés à passer, des ponts à forcer , des rivières à franchir , et enfin elle devM prendre ses dispositions pour se préparer au combat lorsqu'elle rencontrera l'ennemi en position de la recevoir. Voyons donc ce qu'il y a à faire dans ces difféi^eât» cas ; et, quittant Iteemple paKimilier, traitons le sujet d'une manièi^e générale.

Passaga dei défilés, f<^ Il y a tout k risquer si Ton s'engage témérairement dans un long défilé devant l'ennemi, soit qu'on marche à SB rencontre, soit même qn^on le poursuive après Savoir battu. Il faut donc prendre les mesures que dicte la prudence, et voir d'abord s'il n'est pas possible de tourner le défilé quand l'ennemi l'occupe en forces ; car cela Vaut toujours mieux que de perdre beaucoup de monde à une attaque chanceuse. Cependant le temps presse quelquefois tellement qu'on ne doit pas faire de longs détours, et, coûte que coûte, il fkut forcer le passage. Dans oe cas, la prtsni^ ehose à

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DIS MARCHES IT DIS VANCMETyRM. 05

iàire est de s'emparer des hauteurs latéralei ^ sans qoei il y aurait peu d*espoir de succès. On dirige donc des eelûnnes d'infanterie dont ia force et la composition sont proporlionnées à la r^stance qui les attend et à la nature des difficultés qu'ellee auront à sur mon- 1er; on les enToie, dis-je^ sur ces hauteurs^ pour en débusquer l'en** nemi et tourner les ailes de la position qu'il occupe dans le fond de la Yailée. Ce n'est que lorsque ces eoloones de flanqueurs ont réussi à enle?er les hauteurs (et en le fait savoir par des signaux convenus, tels que des fusées tirées à intervalles égaux > des Inix mt les ro* chefs > etc.)^ que le reste de l'armée pénètre dans le déâié. S'il est très-ressen^, elle n' jr peut marcher que sur une seule colofine ; il est adora convenable de mettre quelque distance entré les différents ccrpB^ afin que si celui de la tête était refoulé, le désordre ne se pro* pageàt pas aux corps suivants. Quand la vallée est large et que ses berges n'ont pas beaucoup de pentO) on peut envoyer à droite et à gauche des colonnes intermédiaires pour longer les hauteurs à mi* dote. Alors on leur laisse prendre quelque avance avaUt de s'engager dans le bas, et toute la troupe est échelonnée depuis les hauteurs de droite et de gauche jusque dans le fond, les deux ailes en avant et le centre en arrière, comme on le Voit danê la figure 7. Cela suppose tootefbiâ que les cours d'eau qui Pistent presque toujours dans lie semblables localités, ne sont pas assez considérables pour inter^ eepter toute comnranicatiofi d'uâé rive à l'autre. Car alors il y au« mit du danger à se partager aifisl évéc un pafël obstacle entre les deux aiîes, l'ennemi pouvant s6 porter avec toutes ses forces réu« nies contre une des deux moitiés. 11 faut alors tester d'un côté , à moins qu'il n'y ait plusieurs ponts sur là rivière qui établissent de nombuenses commuineatioin entre les deux f4ves. Au reste, qu'on s'avance par ixM seule berge , ou eii suivant les deux , la règle de conduite est toujoiirs la lûéme.

Si le défilé est court, etsi l'ennemi ne l'occupé pas avec beaucoup de mondé, c'est i'avant-garde qui le force; elle confie à son infan-^ terie légère le soiii de balayer les hauteurs j et l'infanterie de ligne s'avance dans le fond avec rartillerie et la cavalerie. L'artillerie prend la tête de la colonne , afin de n'être pdd masquée, si elle doit entrer en jeu. t^ cavalerte, au contraire, passe à la queue ^ parce qu'elle ne peut pas être d'un grand secours dans cette circonstance. Les carabiniers , s'il y en a , forment de petites colonnes intermé* diaires à droite et à gauche de l'artillerie; s'il n'y en a pas, on les remplace par des compagnies d'infanterie.

Quand le défilé est d'une certaine longueur et fortement occupé, l'avant-gàrdé S'arrête là son t^ntrée pour attendre le torps princiiml ;

et, avec toutes les troupes réunies, on prend des dispositions analogues à celles qui viennent d'être injiiquées.

Les règles à suivre sont les mêmes pour un corps nombreux et pour un corps faible , il n'y a de différence que dans Téchelle des manœuvres. 11 faut toujours s'emparer des hauteurs aussi loin qu'il est nécessaire , et en chasser l'ennemi avant de s'avancer dans le bas. C'est un principe qu'on ne viole pas impunément. Dans la guerre de Savoie, le comte de Belle-Isle vint attaquer à Exilles les Piémontais, qui l'attendaient derrière des retranchements. Il n'avait que sept pièces de canon , qu'on ne put guère placer d'une manière avantageuse. L'action dura deux heures et échoua : les Français perdirent plus de trois mille hommes, et les Piémontais seulement une centaine, tant ils étaient bien postés. Le comte de Belle-Isle méprisa trop ses adversaires par le souveuir de ses succès antérieurs ; il négligea de s'emparer des hauteurs et voulut forcer le défilé par le bas ; il marcha de front contre la position et vint s'y briser.

L'attaque du défilé de Saint-Luciensteig par Masséna, en 4799, ne put réussir qu'après que les Français eurent gagné le haut des pentes du Falknis, d'un côté, et les rochers du Flaescherberg , de l'autre. Tant qu'ils ne furent pas maîtres de ces hauteurs, leurs efforts dans le bas furent infructueux ; leurs attaques de front contre le fort qui barre la vallée furent repoussées , et leurs tentatives de passer le Rhin vers Maïenfeid pour tourner le fort n'eurent aucun résultat. Mais, aussitôt que les flanqueurs parurent au sommet des pentes et sur les rochers qui dominent la vallée, les Autrichiens se replièrent, et Masséna se rendit maître du fort et du défilé.

Dans les hautes montagnes, les défilés sont trop faciles à défendre contre des attaques directes pour que celui qui doit les franchir ne cherche pas plutôt à les tourner qu'à les enlever de vive force ; et cela est presque toujours possible, parce qu'on trouve des sentiers qui, par des détours plus ou moins grands , conduisent sur le flanc ou sur les derrières de l'ennemi. On envoie alors par ces sentiers un détachement assez fort pour débusquer les défenseurs, pendant qu'on fait mine d'enlever de front le passage. La difficulté même des lieux assure le succès de la colonne latérale. C'est ainsi que Souwarov^, pendant qu'il attaquait la forte position du Saint-Gotthard , envoya le général Rosenberg par le Luckmanier et le Crispait, pour déboucher sur Amsteig, et couper la communication de l'aile droite de l'armée française avec Âitorf , opération qui lui réussit complètement ; car aussitôt que le général Loison , qui défendait le Saint- Gotthard , eut connaissance de la marche de Rosenberg, il quitta le poste inexpugnable qu'il avait tenu jusqu'alors et duquel il repous-

sait les attaques furieuses des Russes chaque fois qu'elles se renouvelaient.

Quelquefois Tennemi n'occupe qu'un des côtés de la vallée. On peut alors, si l'attaque des hauteurs offre trop de difficultés, essayer de faire glisser sur l'autre côté un nombre suffisant de tirailleurs et même de l'artillerie pour prendre en flanc la position, pendant qu'on l'aborde de front avec le reste des troupes formées en colonne sur la chaussée. Les Français forcèrent de cette manière le défilé de Calliano. C'est une gorge de montagnes très-étroite au fond de laquelle coule l'Adige. Elle est fermée sur la rive gauche par une muraille et un vieux château. Le général autrichien qui défendait la position y fit placer son artillerie. Les montagnes étaient inaccessibles, on ne pouvait donc pas envoyer l'infanterie légère sur la droite (les Français remontaient la vallée); mais le général Danunartin, qui commandait la colonne, fit avancer sur la rive opposée, qui n'était pas gardée, huit pièces d'artillerie de petit calibre, et, profitant d'une trouée, il parvint à prendre en écharpe la muraille. En même temps le général Pigeou passa de ce côté avec trois cents tirailleurs qui filèrent sur le bord de l'Adige et prirent par derrière les troupes qui défendaient la muraille. L'ennemi, ébranlé par le feu vif de l'artillerie et la hardiesse de ces tirailleurs , ne put résister à la masse de la colonne française, qui s'avança l'arme au bras et força ainsi le défilé.

L'ennemi ne défend pas toujours le passage dans le défilé même; il se place quelquefois à son débouché pour envelopper la colonne quand elle cherchera à en sortir. Le commandant en chef, prévenu de cette circonstance , se porte en toute hâte à l'avant-garde , et, montant sur quelque colline d'où il puisse découvrir la position de l'ennemi , il arrête son dispositif et envoie ses ordres à la colonne qui est encore en arrière.

Ce qu'il y a à faire alors se réduit en général à écarter les troupes qui sont immédiatement devant le défilé, par le feu de quelque batterie avantageusement placée , et , aussitôt qu'on y est parvenu , à faire avancer une portion des troupes pour les déployer dans l'espace libre. Ces premières troupes, toujours protégées par l'artillerie qui croise ses feux en avant d'elles, s'efforcent de gagner du terrain pour faire place à celles qui les suivent. Les tirailleurs , et surtout les carabiniers, s'étendent de droite et de gauche sur les derniers contre-forts des hauteurs, et s'attachent à désorganiser les batteries ennemies, qui, par leurs feux convergents, sont extrêmement meurtrières pour l'attaquant. Cependant de nouveaux bataillons , serrés en masse dans le défilé, et conservant entre eux quelque distance,

98 M» MARCUS iT 0SS MANCBHYMtS.

débouchent et se déploient A droite et à |;auciie des pmiiiiêrs ; ptiis arrivent au galop quelques escadrons pour gagner les ailes. Et qnand ebfin les troupe qui ont passé sont en nombre suffisant, elles abordent l'ennemi A la baïonnette et le forcent à abandonner définitive^ Inent le terrain.

Dans ce pMsagê dé défiU eii avant ^ la cavalerie t>êut airoir à âè former en bataille , par on mouvement proced^onnel , aussi bien d'un côté que de l'autre ; il faut donc qu'elle soit accdutuinée à manœutrer par inversion, afin de ne pas hésiter dans nne oecasioë aussi importante, où le succès dépend d'une rapide étécution. Lee manœun*eê pftf inversion , qn'en évite autant qu'on le peut dans l'infanterie, doivent être familières à lu eatraierie, qui éèt Appelée â §e former avec la rapidité dé Téclàir^ en avant et SQr les cdtés; qu'elle ftit la droite ou la gauche en tète. Elle perdilfit tous eed ayàntaged si elle était retenue par lès intîonténients qui petivént résulter de l'interaioH. Si , par eiLemple, au Sortir du défilé elle n'avait dé placé pour se déployer qu'à la droite de l^infaiiterie , elle devrait^ pour se former le plus promptefnént possible, eiécuter la manœuvré par inversion sur la gauàhè tn bataille, eh supposant qu'elle arrivât la diioitè en tètë. Mais , si elle n'edt pas habituée à cette manœuvre^ il serait dangereux de l'eiécnter poiiT la première fois sous le feu dé l'ennemi ; le commandant de la cavalerie devrait donc contiàuer sa marche jusqu'à ce que toute sa colonne fût démasquée, et se former enduite à fauche en batamè^^ et, s'il a sur son flanc unis batterie ou de la cavalerie ennemie^ il est à craindre qu'il n'achève pas sa ma* nœuvre séné désordre ; en tout câs^ il aura perdu du temps, ce qui est toujours fâcheux. Il èèt dofiè eittrèmement essentiel que la cavalerie soit etercée A se former eh bataille par inversion tout aussi fa' cilement que dans ïard^e naturel, &iên des troupes ont reçu de no^ tables échecs pour n'avoir pas su combattre dans l'ordre inverse; il guernd de sept and en o!Iî*e plusieurs exemples.

Quelles que soient les circonstances qui s offrent dans un passage de défilé, et quiflqué parti qu'on prenne, on ne doit jamais laisser les bagages s'engager dans le défilé avant dé s'être rendu maître du débouché , ou du moins avant d'avoir gagné beaucoup de terrain, afin que dans le eaâ d'un revers la retraite deâ troupes ne soit paà interceptée. On conçoit, en effet, quel épouvantable désordre s'in<* troduirait dans une colonne qui, refoulée par la tête et harcelée sUr sed flancs par les tirailleurs ennemis , rencontrerait au fond de là vallée un amas de chariots occupant toute la largeur du passage, et dont les conducteurs auraient priA la fuite et dételé leurà éhevaui. On laidàérn donc les bagftgèé A l'entrée du défilé jusqu'à ce que l'aT-

BSS MiECBBS Vf DIS MANOSUVIM. W

, OU le çQrp0 quelconque dont la eolonoe est qempo«ée , Tall dépa^ ; PU, si {e défilé est d'une grande longueur, on les fera suivre à plusieurs lieues de diataace. Avec celte précaution on pourra tou* jours, eu cas de mouvement rétrograde, faire retourner les voiturea aissez à temps pour que la marphe des troupes n'en soit pas arrêtée. Mais, pour cela, il faut que les bagages soient placés sous la surveil'» lance et les ordres directs d*o£&ciepa spéciau^K. Il y a, dana les armées régulières, des trains d'équipages uniquement organisés pour la conduite des voitures. Chez nous, cetle utile institution n^exista pas ; l'artilleriiB seule a ses compagnies de parc peur soigner les voi» tures de guerre. Il faudrait donc, en ce qui ooncerne les autres, eréer, temporairement du moins, des vaguemestres auxquels on coh« fierait le soin de requérir les c)iariots de transport, de les classer et de les faire marcher à leur rang sur les routes, de les parquer eu da les rendre aux corps quand cela serait nécessaire, de maintenir l'ordre et la discipline parmi les conducteurs, les vivandiers, les domestiques qui doivent marober avee les bagages, etc. On pourrait, par exemple, outre les vaguemestres des bataillons, désigner un officier par brigade pour les réunir et les commander, et, dans la du vision, un officier d'état-major oomma chef et vaguemestpe division*» Baire.

Le passage d'un défilé da quelque importance exige de la part de l'avant-garde un redoublement de vigilance et de précautions, mémo loraqu'on croit que l^ennemi ne s'y trouve pas; car il peut revenir par des chemins latéraux et tomber sur vous à l^mproviste. L'avant* garde fera donc reconnaître le défilé en se faisant précéder à bonne distance par un détachement de cavalerie, et en faisant soigneuse* ment fouiller les bois de droite et de gauche par ses flanquaiirs. Elle n'y entrera elle-même que par eorps séparés, à une certaine distance les uns des autres, afin que s*il arrivait malheur au premier les au* ires ne fussent pas enveloppés dans sa disgrâce , mais pussent au eontraire lui porter du secours. Tous ces corps se réuniront au débouché ; ils y stationnerpnt jusqu'à ce que les éelaireurs aient suffisamment battu le terrain environnant pour être bien sûr qu'il n'y a à craindre aucune attaque.

Il y a également des précautions à prendre lorsqu'on franchit un défilé en le prenant par le travers. Cela a lieu, par exemple, lorsqu'un chemin descend au fond d'un ravin, pour remonter de l'autre côté, dans une direction plus ou moins oblique au cours d^eau. Si le plateau que l'on quitte est plus bas que celui vers lequel un se di* rige, l'ennemi pourrait y être en bataille sans qu'on le vit, tout comme aussi il pourrait avmr dressé quelque embuscade dans le ra-

100 DIS MARCHBS ET DBS MANOEUVRES.

vin même , quand les localités s'y prêteraient. Il faut donc , avant d'engager Tavant-garde dans un bas-fond, fouiller le ravin en dessus et en dessous du passage , jusqu'à une assez grande distance, pour être bien sûr qu'il n'y a rien à craindre par là. Et les détachements qui ont fait cette exploration doivent rester sur place jusqu'àce que toute la troupe ait défilé , afin de couvrir les flancs de la colonne contre toute attaque inopinée. Ils passeront les derniers et viendront rejoindre l'avant-garde sur l'autre plateau. Pendant que les flanqueurs se répandent dans le ravin, on envoie de l'autre côté quelques éclaireurs qui s'avancent avec beaucoup de prudence, surtout quand le pays est fourré. Ces éclaireurs sont suivis par i'extaréme avant-garde qui s'arrête sur le bord du ravin jusqu'à ce qu'elle sache à quoi s'en tenir sur l'ennemi. On l'appuie par un échelon intermédiaire, pendant que le reste de l'avant-garde attend en deçà du défilé que toutes les formalités soient remplies avant de s'y engager. Sur ces entrefaites, les premières troupes se sont portées en avant, celles échelonnées les ont rejointes , et les flanqueurs ont fouillé le ravin à une distance suffisante; alors l'avant-garde traverse promptement le défilé , et arrive sur le plateau opposé , où elle trouve les premiers détachements qui se sont déployés et l'attendent. Si le terrain offre quelque localité avantageuse pour battre le fond du ravin ou le bord opposé, on y met les pièces en batterie et on les y laisse jusqu'à ce que la colonne ait traversé le défilé ; elles s'y engagent après et sont suivies de la troupe qui leur est plus particulièrement attachée comme escorte, puis enfin des flanqueurs qui, ainsi que nous l'avons dit , restent dans le bas jusqu'à ce que tout ait passé. A mesure que ces troupes arrivent de l'autre côté , elles se rangent en bataille pour reprendre ensuite leur ordre de marche.

Lorsque la colonne principale arrivera au même endroit , elle se fera paiement précéder d'un petit détachement , et elle ne traversera le ravin que lorsqu'elle le verra de l'autre côté. Mais pour éviter le retard qui doit en résulter lorsque le ravin est large et profond , l'avant-garde laissera un poste de quelques hommes sur le bord pour faire signe que l'on peut passer sans danger. La colonne s'engagera alors dans le ravin et le franchira sans autre formalité.

Passage.des ponts. — Les ponts sont des défilés d'une moindre longueur, mais qui exigent aussi quelques précautions de la part de toute troupe , grande ou petite, qui doit les franchir; ils présentent des difficultés sérieuses lorsqu'ils sont défendus et qu'il faut en forcer le passage.

Lorsque l'ennemi ne se trouve pas là pour faire résistance , les

mesures à prendre sont les mêmes que pour tout autre défilé de peu de longueur : rextrême avant-garde s'arrête en degà, en se couvrant autant que possible par les accidents de terrain que peuvent offrir les localités , jusqu'à ce que ses éclaireurs aient suffisamment battu les environs sur la rive opposée. Les cavaliers chargés de cette tâche traversent le pont au grand trot, et, à sa sortie , ils se partagent en trois groupes , dont le premier continue à marcher avec précaution sur la route , en faisant le tour des maisons , des jardins , des bouquets de bois qui la bordent ; et dont les deux autres se portent à droite et à gauche pour explorer la campagne. Lorsque après quelques minutes d'attente , rien n'annonce la pressée de l'ennam , l'extrême avant^garde traverse le pont et va rejoindre rapidement ses éclaireurs.

Pendant ce temps l'avant-garde a fait halte à quelque distance du pont ; ses flanqueurs de droite et de gauche qui sont arrivés sur les bordis de la rivière , en suivent le cours , soit pour découvrir ce qu'il peut y avoir de l'autre côté, soit pour gagner le pont. Ils passent les premiers, à la suite de l'extrême avant-garde, pour re* prendre leur rôle de flanqueurs de l'autre côté de la rivière. Ce n'est que lorsqu'ils sont à leur distance ordinaire que l'avant-garde peut continuer sa route; et toujours doit-elle franchir le pont au pas accéléré et en serrant autant que possible , afin de mettre moins de temps à passer le défilé. Il est bon de laisser quelque intervalle entre les troupes qui précèdent et celles qui suivent l'artillerie, pour faire passer celle-ci au trot quand son tour est venu. Plus vite elle sera dégagée et mieux cela vaudra , en tout état de clause.

Aussitôt que le passage est effectué , le commandant de l'avantgarde doit envoyer son rapport au général , afin que celui-ci sache à quoi s'en tenir. Alors , quand le corps principal arrive sur les lieux, il peut franchir le pont sans délai ; il fera seulement une halte de quelques minutes pour donner le temps à ses éclaireurs et à ses flanqueurs de passer et de reprendre leurs postes respectifs.

Si la communication établie par le pont est de quelque importance il ne faut pas que l'avant-garde s'en éloigne pour se porter plus loin avant que d'autres soient arrivées; parce :que l'ennemi , faisant un crochet, pourrait l'occuper de nouveau et en disputer le passage. Elle prendra donc position de manière à repousser énergiquement toute attaque jusqu'à l'arrivée du corps principal ; elle profitera pour cela de tous les avantages que les localités lui offriront; ou , à défaut, elle formera un cercle autour du débouché, en s'appuyant de droite et de gauche à la rivière , et présentera, pour ainsi dire , une tête de pont mobile couvrant le débouché. Moreau

103 BIS MikfteiilS Wt DBS MANOBUVIIS.

disposa ainsi son avant*garde en avant du pont de Neobourg où i passa le Danube, en 4T9S, pour maroher sur les derriôree du prince Charles.

Quand l'ennemi eeoupe le pont, il est quelquefois fèrt difficile de le déloger. Cest lorsque le pont est long, que la rive opposée est ^ plus haute que celle qu'on occupe , qu'on a affaire à une troupe nombreuse et pourvue d'artillerie. Le passage du pont de Lodi par Tannée française, devant dix mille Autrichiens, est oélèbro dans les hstes militaires et a été un des premiers fondements.de la gloire de l'empereur Napoléon.

L'artillerie joue un rôle important dans l'attaque d'un pont, parqs qu'avant d'engager les troupes dans le défilé, il faut éloigner l'en* nemi de son débouché par un feu supérieur. 8i la rive opposée est basse , on ftiit usage de tout ee qu'en peut réunir de bouohes à feu ; mais si elle est élevée , on en est réduit à n'employer que les obu* siers, et, peur peu que la résistanee soit sérieuse, il y a peu de ehances de succès. Dans ce dernier cas il flBiut avoir recours à la ruse, et, après avoir fait faire des démonstrations d'attaque par l'avant-garde , diriger la colonne sur un autre point et passer la rivière soit à gué, seit sur un pont. Mais cette opération devant flaire le sujet d'un article spécial , nous n'en parlerons point ici ; BOUS nous renfermerons dans l'attaque directe du pont qui arrête la marche de la colonne.

L'avant-garde suffira peut-être à le feroer, s4i a peu de longueur et qu'il ne soit gardé que par une feible troupe. Dans le cas oontraire; elle fait halte , et les officiers d'état-major reconnaissent le terrain , cherchent des gués ou d'autres points dans le voisinage , en attendant le corps principal. Quoi qu'il en soit , les règles à suivre sont toujours les mêmes.

On eraplace, eomme il vient d'être dit , le plus avantageusement possible et de manière à croiser les feux sur le débouché du pont, toute rartillerie du corps en marche. On la fait appuyer par une chaîne de tirailleurs qui bordent la rivière et cherchent à déinonter les batteries ennemies. C'est là que des carabiniers exercés rendront d'utiles services , surtout lorsque la rivière est assez lai^ pour rendre incertain le tir de la mousqueterie. Pendant que durent ces attaques préalables et indispensables , les troupes d'infiinterie désignéeis pour forcer le passa|e prennent leurs dispositions en se couvrant, autant que cela est possible , des plis de terrain, des habi« tations, des bois ou des broussailles qui se rencontrent au bord de la rivière. Il faut s'arranger de manière que cette infanterie puisse traverser rapidement le pont et charger l'ennemi avec impétuosité.

ras MARGH1S ET DBS IfAKdUYllS. 103

On la met doue en oolonna serrée dans chaque bataillon et sur un front aussi large que le permet le défilé. Le premier bataillon ainsi formé s'avance, passe la ligne des tirailleurs, se précipite sur le pent, le traverse au pas de course, culbute le peu de soldats enne« mis qui se trouveraient encore à l'autre bout, et se déploie à quelques pas du débouché. Si cette première masse réussit , une seconde ao* court à son soutien , se place à côté d'elle , et toutes deux gagnent dv terrain ; une troisième est bientôt là pour les appuyer, et le reste de la troupe vient successivement se mettre en ligne. Mais il peut arriver que la première troupe soit repoussée , alors les cheb la ral« lient et la lancent de nouveau contre Tennemi : si elle hésite 6*esi le moment de payer de leur personne ; un drapeau à la main , ils courent aux premiers rangs ; leur présence ranime les courages abattus ; les plus braves soldats se rallient à eux , les autres les suivent, et le passage est forcé. Il est évident q^ae sans de puissants moUfe, sans un intérêt majeur attaché à la marche rapide du corps, en n'entreprendrait pas une opératien aussi périlleuse; on préférsrait perdre un peu de temps pour ehercher un passage sur quelque autre point.

Quoi qu'il en soit , et dès que Pinfànterie a pris position sur la rive opposée , TartiHerie élargit son champ de tir et bat lea ailes de l'eanemi, Jusqu'à ce qu^elle soit masquée et qu'il y ait du danger pour nos propres troupes à continuer le feu. Alors elle se forme en eo« lonne, quitte la rive et passe le pont au trét pour aller occuper, de l'autre côté, quelque position d*où elle puisse saluer les troupes enn«» mies qui sont déjà en pleine retraite. La cavalerie n'a point attendu ce moment pour se porter en avant ; aussitôt qu'elle a vu jour à se placer et qu'elle a pu compter sur un appui suffisant de rinftinterie, elle s'est élancée au galop et est venue menacer les flancs de l'ennemi. Ou bien, profitant de quelque gué, elle aura tourné la po« sitioQ, pendant que l'infanterie l'attaquait de front. Le reste des troupes qui, pendant l'affaire, s'étaient tenues hors de la portée du ^noQ et avaient pris quelques dispositifs pour le cas d'un revers , se reforment en colonne et traversent le pont pour suivre les premières qui déjà se sont remises en route.

Dans l'attaque et le passage du pont de Lodi, dont il a été ques* tlon plus haut, le général Bonaparte déploya autant de prudence que de vigueur et d'audace. Il s'était procuré de bons renseignements sur la localité En conséquence il envoya d^aberd sa cavalerie avec de l'artillerie légère passer l'Adda à gué , une demi-lieue au-dessus de Lodi, pour attaquer par le flanc les troupes autrichiennes qui défendaient le débouché du pont se croyant mon cou-

104 DBS MARCHES ET DBS MANŒUVRES.

vertes par la rivière. Pendant le temps que la cavalerie mit à faire ce détour, le général Bonaparte disposa son artillerie à pied de manière à balayer le pont, et à croiser ses feux sur celle de l'ennemi , mal protégée par Tinfanterie autrichienne qui s'était mise à l'abri dans un pli de terrain trop éloigné du pont. Cependant les troupes françaises se formaient en colonne dans la rue même de Lodi ; et quand le moment fut venu , que le feu de rartillerie sur l'autre nve se ralentissait , et que la cavalerie conmiençait son attaque , le général fit battre la charge» et la colonne, sortant de la rue où elle était restée cachée jusqu'alors, tourna à gauche et se précipita sur le pont qu'elle enleva au pas de course, sans éprouver de grandes pertes ; elle n'eut à essuyer qu'une ou deux décharges mal dirigées, l'artillerie de l'ennemi étant déjà fort ébranlée.

Passage des bois. — Lorsqu'une colonne de marche a de grandes forêts à traverser, elle ne peut s'y engager qu'après qu'elles ont été convenablement fouillées , tant sur les côtés que sur le front et à une distance telle qu'on n'ait plus de crainte de voir arriver inopinément l'ennemi en grandes forces. Dans cette circonstance, c'est l'infanterie qui doit éclairer l'armée; la cavalerie ne reprendra son rêle que lorsqu'on sera sorti de ces forêts où elle ne peut rien , et que le pays s'ouvrira de nouveau. C'est ici le cas de renforcer les flanqueurs d'une ou de plusieurs patrouilles intermédiaires pour établir leur liaison avec la colonne. Si le bois a peu d'étendue, l'avantgarde attend pour le traverser que ses éclaireurs soient parvenus de l'autre côté; mais, dans le cas contraire, cela la retarderait trop; elle ne fera qu'une halte d'un quart d'heure ou d'une demi-heure avant de pénétrer dans la forêt, et elle se fera précéder de deux ou trois petits détachements qui formeront comme autant d'échelons pour soutenir l'extrême avant-garde dans le cas où elle serait attaquée; alors ils se replieraient les uns sur les autres jusqu'à ce qu'ils fussent en force de résister.

Si le bois est occupé par l'ennemi , on envoie les tirailleurs qui, à la faveur des couverts que le terrain peut offrir, s'approchent insensiblement de la lisière, par la droite et par la gauche. L'artillerie les suit à une certaine distance; elle se place au centre, dirige ses feux obliquement , et oblige les défenseurs à chercher un abri dans le fourré. Alors les tirailleurs courent s'emparer des premiers arbres. Ce pas fait , et quand Tavant-garde est ainsi maîtresse de la lisière, l'ennemi ne peut plus tenir longtemps , à moins qu'il n'ait fait des abatis dans l'intérieur. Mais ces espèces de retranchements ne s'étendent pas bien loin , et il est d'autant plus facile de les tourner,

que la forêt elle-même masque le mouvement qu'il faut faire pour cela. Ainsi on ne tardera pas à être définitivement maître du bois. On en chassera plus promptement les défenseurs, s'il est accessible à de petites colonnes qui , tout en soutenant les tirailleurs, se présenteront partout où il y aura de la résistance et croiseront le boi^ dans toutes les directions , au bruit des fanfares.

Si le bois est susceptible d'être tourné , la cavalerie, qui ne peut rendre aucun service dans T intérieur, ira se porter au delà pour menacer les communications de l'ennemi et précipiter sa retraite. On peut encore , lorsque le bois a été balayé , lancer quelques escadrons au galop sur la route qui le traverse , lesquels , débouchant dans la plaine pêle-mêle avec les fuyards, changeront leur retraite en pleine déroute.

Passage des rivières, — Le plus grand obstacle qu'on puisse rencontrer dans les marches , c'est une rivière non guéable , dont les ponts sont rompus, et derrière laquelle l'ennemi est posté. Il y a toujours là une perte de temps d'autant plus considérable que les difficultés à surmonter sont d'une nature plus grave et qu'on a plus de peine à se procurer les bateaux nécessaires pour le passage et pour rétablissement des ponts. Lorsque la colonne est suivie d'un équipage de pontons, cela peut suffire pour traverser une petite rivière ; mais lorsque le fleuve à franchir est large , il faut avoir recours aux réquisitions et chercher dans le pays même les bateaux et tous les bois nécessaires. Mais, de façon ou d'autre , en petit comme eu grand , qu'il s'agisse d'un seul corps ou d'une armée entière , l'opération doit toujours être conduite d'après les mêmes principes que nous allons développer ici.

^e passage se fait par ruse, ou de vive force, et le plus souvent en employant les deux moyens réunis ; il ne peut être tenté qu'après que les officiers de l'état-major ont fait la reconnaissance de la rivière pour trouver l'endroit le plus favorable, lequel doit, en général , offrir une rive dominante enveloppant par un circuit bien prononcé la rive opposée, et se trouver dans le voisinage de quelque affluent qui permette de faire arriver facilement les bateaux. Des bords couverts de broussailles , une lie boisée , sont encore à rechercher par la facilité qu'ils donnent de cacher les préparatifs du passage; cela devient même une condition essentielle lorsque la rive qu'on occupe est de niveau avec celle de l'ennemi.

On cherche à dissimuler ses projets et à donner le change à l'ennemi ; on fait des préparatifs en tout autre endroit que celui où l'on veut jeter le pont ; et , quand tout est prêt pour l'opération , on s'dp-

106 nu MiiCns BT DIS |IAN060¥1IKS.

proche tool à coup du véritabte p^lnl de |ttS9«i(i. A l'tiAa di| jour» das iMiiteries, avantageusameiit placées à droite et à gauche sur ém parties donÛDantas de la rive qu'on eecupe , eroiseRt leurs feux de Fautre côté , bala3rent les environs, chassent ou forcent à se cacher les détachements qui s'y trouvent. Je dis les détachements , car une pareille opération ne se tenterait pas impuBément devant de grandes forces. Des carabiaien distribués sur le pourtour de la rive eaveloppante et derrière les abris qu'elle peut offrir, seconderont puis*samment l'artillerie, surtout dans les premiers moments; pourvu toutefois que la rive ennemie ne soit pas hors de la bonne portée de leurs armes , ce qui ne peut arriver que rarement dans nos contrées^

Bn même temps des bateaux desaeudent le cours de l'affluent ou ils étaient d'aboni cachés; ils arrivent et se remplissent de soldats. Ces premières troupes se portent rapidement sur la rive opposée , débarquent et s'y établissent du mieux qu'elles peuvent , en profitant des plis de terrain, des broussailles, haies ou clôtures qu'o^ firent les localités. L'artillerie croise ses feux en avant d'elles et les met à même de résister à des farces bien supérieures. Pendant que ces troupes combattent et cherchent à se maintenir, les bateaux en vont chercher de nouvelles. Il y a un double avantage à ces Iran»* ports successifs : on augmente l'audace des soldats qui ont déjà passé , en leur 6tant momentanément toute pensée de retraite et en leur donnant l'assurance d'un prerapt secours. A chaque d^aiv quement, la position de l'attaquant s'améliore; vient enfin le nae* ment où, décidément supérieur, il bat la charge, pousse vivement Pennemi et va prendre position en avant.

L'artillerie cesse son feu quand il ofire du danger peur las troupes qui sont sur l'autre rive ; elle va , en appuyant à droite ou à gauche, se placer sur quelque plateau d^où elle découvre au loin et d'où QUe puisse balayer de nouveau la campagne (|e l'autre côté du fleuve.

Quand les choses en sont à ce point et qu'on est décidément maître des deux rives , on fait arriver les bateaux ou les pontons destinés à la construction du pont et on les jette avec la plus grande célérité, sans toutefois que le passage par bateaux soit interrompu un seul moment. En mèine temps, les ofliciers du génje tracent Tes ouvrages de fortification qui couvriront le pont et en assureront la possession pour le cas d'une retraite , jusqu'au moment où les événements de la guerre permettront de supprimer cette communication. Une telle mesure de prudence n'est jamais de trop, quelle que soit la supériorité dont on jouisse.

Le pont doit s'établir en amont de l'affluent , pour n'être point exposé aux avaries qui pourraient résulter du choc des bateaux

MES MARGHSS IT DBS MANOBDVilS. 107

qu'yii accident aurait prirés de leurs conducteurs et que le coutnûï eâtraînet'ait. Ceci est pourtant cont^fti^e à ce qui se pratique dans la Confédération y le règlement des pontonniers prescrivant de faire ëesèendre les bateaut pour les mettre en place; méthode plus presipte-, il est vrai, bonne pour ub exercice, mais chanceuse à la guette.

Quand lé pont e^t achevé ^ l'artilierie, la cavalerie et le reste de rinfanterie , défilent en eolonne et vont se poster au delà.

I<9eus appuiefons ces préceptes de Texemple suivant , extrait de la relation du passage de la Limmat par Dedon. En 4799 , le général Maaeéna eécupait la Hve gauche de cette rivière et celle du lac de Zurich. De Tautre côté était le général Korsakoff à la tète de Tarmée russe, qui ne tenait pas une ligne moins étendue. Conformément aui princit)esi Mftâséna^ voulant marcher en atant et reprendre l'ofiTensive pour s'oppOser à la jonction du maréchal Sotiwarow qui descendait des Alpes, dirigea ees effbrts sur le centre de la ligne ennemie, et choisit peur cela le point de Diétikon , également éloi«. gné de Zurich et de Baden. La Htière forme en Cet endroit un repli considérable dont là contexité, tournée vers la rive gauche, per* fiàêttait d'établif ded batteries à feus croisés. La rive droite est basse et éomthaiidée {mr la rite gauche; les postes ennemis qui l'occupaient untà foisrepoUâséê) les bois qu'on y trouve éiaient tout â rav^ntage de l'attaquant. La plaine où l'eimemi avait son prind*» pàl pofite pouvait être balayée dans tous les sens par le canon. Tels étaient les avantagés dé eé |)oint de passage; toici quels en étaient les inconvénients.

Il n'y atait ati($utfé ttë pitrteetrice pour décharger les bateaux et les laiicei* à l'eau, ai confluent où en pût les rassembler et donner un abri pour l'embarquemeht des ptemières troupes. A ces difflcultéë Éé joignait celle dé faire t^nir les bateaux sur chariots, depuis Bremgarteii, par un chemiii trës-éti^it, mauvais et presque partout ea« baissé, au tratefâ des colHneft qui séparent la Reuss de la Limmat. Il avait failli tirer des bateaût de la première de ces deux rivi^s, la seconde n'en pouvant point fournir sans donner l'éveil à l'ennemi qui était caihpé par détachements tout le long de sed bords. Il y avait-, en particulier, tout près du point dé passage^ un corps de 2000 grenadiers ({u'il leilittt repousser avant de commencer les ponts.

On ramastô dotié des batéâui et des nécélles sur la Renss et lé lac de Zug ; on alla même en chercher jusqu'au lac de Neuchâtel ; avec beaucoup de peiné, efi n'en put réunir que trénté-iept, qui fu* rèiit portés en dèui coatôis jusqu'à Wétikon él Céohéé âérrière un

108 DIS MARCHES XT D£S MANOEUVaSS.

petit bois de sapins situé à quelque distance de la rivière. Quant aux bateaux destinés à la construction du pont, on les prit à Rottenschwyll où on les laissa jusqu'au dernier moment.)

Pendant qu'on s'occupait de ces préparati& à Diétikon, le générai Soult sa disposait à passer la Linth, non loin de son embouchure dans le lac de Zurich. Ce passage devait aussi être véritable; mais, pour diviser et détourner l'attention de l'ennemi, on fit à Bnigg, près du conQuent de la Limmat et de l'Aar, les préparatifs les plus ostensibles. Là, tous les ouvriers étaient en mouvement; on équipait en forme de ponts volants deux des plus grands bateaux du lac de Lucerne; on construisait des radeaux; on faisait des réquisitions d'agrès, de rames, etc. Enfin, on réussit complètement à donner le change à l'ennemi.

La veille du jour fixé pour le passage, le colonel Dedon fit replier le pont de Rottenschwyll et descendre les bateaux jusqu'à Bremgarten, où ils furent chargés sur des voitures et conduits par terre à Diétikon ; ils y arrivèrent à l'entrée de la nuit et restèrent chaînés jusqu'au moment de l'attaque. Quand la nuit fut bien close, les barques destinées au passage des troupes furent portées à bras d'hommes et silencieusement, jusqu'au bord de la rivière, et les canons distribués sur le bord de manière à protéger efficacement l'opération et à porter des obus dans le camp ennemi. Le commandant de l'artillerie, le colonel Foy, le même qui s'est acquis depuis une si grande célébrité à la tribune, avait en outre placé une forte batterie en face du village d'Ottwill, pour intercepter le chemin de Wiirenlos à Zurich, par lequel les secours pouvaient arriver aux deux mille grenadiers. L'artillerie avait pris ses dispositions avec tant d'ordre et de silence que non-seulement les postes russes, mais encore les troupes françaises en bataille à la rive gauche ne l'aperçurent pas.

L^ troupes .destinées au passage s'étaient de même rangées en silence et dans le plus grand ordre, à cinquante pas du rivage. Une forte réserve était placée entre Diétikon et Schlieren, pour s'opposer au retour offensif que la garnison de Zurich aurait pu tenter pendant l'opération du passage.

Tous ces dispositifs nocturnes étant achevés, chacun étant à son poste, et le crépuscule commençant à poindre , les bateaux furent lancés à l'eau malgré la hauteur du rivage ; les troupes d'avant-garde abordèrent promptement la rive droite, au nombre de six cents hommes, et chassèrent deux cents Cosaques qui étaient sur le bord de la rivière en avant-poste. Le canon se fit entendre, mais son feu ne dura pas longtemps parce qu'il aurait pu incommoder les troupes qui gagnaientdu terrain et se portaient en'avant on battant la charge.

I>ès lors on se borna à accélérer le passage successif de rinfanterie dans les barques.

Dès que le succès du débarquement fut assuré et que les troupes furent assez en forces de l'autre côté pour se maintenir contre les 2000 hommes qu'elles avaient en tète, on fit avancer au grand trot l'équipage de pont qui, jusque-là, était resté au village de Diétikon, et les travaux du pont furent commencés aussitôt ; la légion helvétique y fut employée et s'y distingua. En deux heures et demie le pont fut terminé, ainsi que le chemin et la rampe qui y conduisaient i et déjà 8000 hommes d'infanterie étaient de l'autre côté, parce que les transports n'avaient pas cessé pendant toute la durée de la construction du pont. L'artillerie légère, la cavalerie et le restant de l'infanterie défilèrent promptement sur ce pont; et, quatre heures après l'avoir commencé, toutes les troupes se trouvaient réunies sur le plateau de Fahr, qui dominait la rive droite.

Il n'y a rien de plus instructif que la relation de ce passage de rivière, qui a si bien réussi pour avoir été très-bien conduit. C'est pourquoi je l'ai rapporté avec quelques détails ; et je l'ai fait d'autant plus volontiers que la scène s'est passée sur un théâtre qui nous est connu. La tête de pont que les Français construisirent alors, existe encore maintenant.

Ce n'est pas toujours avec des bateaux que l'on passe des rivières; des radeaux peuvent suffire à cet effet : Annibal sut bien s'en contenter pour franchir le Rhône dans sa plus grande largeur ; et il avait dans son armée un grand nombre d'éléphants qui, indépendamment de leur masse, offraient encore, par leur résistance à monter sur les radeaux, une difficulté de plus à surmonter. Les radeaux ont cela d'avantageux, que les boulets de l'ennemi ne peuvent pas les couler à fond, et que l'on trouve toujours du bois pour leur construction, soit dans les forêts voisines, soit dans la démolition de quelques habitations. Et d'ailleurs, si l'on était obligé de faire venir de loin les bois nécessaires, leur transport sur des voitures est plus facile et sujet à beaucoup moins d'accidents que celui des bateaux. La main-d'œuvre est peu de chose pour monter les radeanx : il suffît de lier ensemble des poutres ou des troncs de sapins ou de peupliers (bois légers) et de les recouvrir de planches. Cependant, on cherchera toujours à se procurer quelques bateaux, ou nacelles, pour faire passer des trou- . pes plus promptement sur la rive ennemie et faciliter l'établissement I des radeaux.

Le pont se construit aussi avec des chevalets ; c'est lorsque la rivière n'a pas un cours bien rapide et que le fond n'en est pas trop inégal. Au printemps de 4799 le général Masséna franchit le Rhin à Azmoos

110 DBS MARCHES ET DBS lUNCEUVHBS.

sur un pont de chevalets ; il put le faire parce qu'à cette époque les eaux du fleuve sont excessivement basses. Il se servit même de simples chariots pour accélérer la besogne. Le fameux pont de la Bérësina à la construction duquel les troupes du génie mirent tant de dévouement, pour braver les attaques de l'ennemi et les rigueurs excessives de la saison, était sur des chevalets ordinaires, faits sur place de toutes pièces. Mais, depuis Tin vention des chevalets à la Birago, ce genre de pont peut s'établir presque par tout, avec beaucoup de promptitude. On traîne ces chevalets à l'armée comme les pontons.

Les Suisses, dans leurs guerres d'Italie, se sont servis de ponts suspendus en cordes pour franchir les canaux et les petites rivières qui se trouvent en grand nombre dans ce pays. Il est assez curieux de trouver dans des opérations de guerre et chex un peuple agreste, la première idée d'un genre de construction réputé nouveau, et qui s*est si fort répandu depuis quelques années.

On peut quelquefois employer des moyens, imaginer quelque artifice, pour rendre le passage moins meurtrier quand des forces considérables sont employées à le défendre. Ainsi Charles XII, voulant passer la Dwina devant les Russes qui venaient de s'affaiblir par un gros détachement, fit construire des barques d'une nouvelle invention, dont les bords très-élevés servaient, à la fois, de parapet pour couvrir les soldats pendant la traversée, et de pont-levis pour aborder plus facilement sur la rive. Il fit en outre, avant de tenter le passage, allumer une grande quantité de paille mouillée, dont l'épaisse fumée, chassée sur l'ennemi par un vent favorable, devait masquer en grande partie le mouvement des nacelles, et cacher le point d'abordage. Gela lui réussit complètement ; il n'eut que très-peu à souffrir du tir incertain de rartillerie russe; il s'empara de la rive et en chassa les défenseurs. Ce passage fut suivi de la conquête de la Cour* lande et de plusieurs autres pays.

Il n'est pas sans exemple que des nageurs aient franchi une rivière pour surprendre un poste ennemi et faciliter un débarquement Au passage de la Linth, qui se fit en même temps que celui de la Ummat à Diétikon, une compagnie de nageurs, formée par le général Soult, franchit la rivière, le sabre aux dents et traînant ses armes dans de petites nacelles. Ces nageurs arrivèrent les premiers pendant que d'autres troupes se préparaient à les suivre ; ils firent quelques prisonniers qu'ils forcèrent de crier en allemand « en retraite, sauve qui peut, les Français sont débarqua. » Ils nettoyèrent ainsi la rive droite de la Linth, et procurèrent par là plus de facilité pour lancer les bateaux à l'eau et embarquer les grenadiers chargés de forcer ca passage. C'est à l'instar de cette création qu'en 4844 , je donnai ï<^'

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dre de former, comme essai, une compagnie de nageun * dans l'armée fédérale.

Si la rivière est guéable, ce qu'on a de mieux à faire est de la passer sans pont, et le plus tôt possible. Ce mouvement audacieux réussit presque toujours, même contre des forces imposantes, parce qu'il intimide l'ennemi et donne du montant aux assaillants. Lors de Tinvasion du Portugal par le général Junot, la route se trouvait coupée par un ravin large et profond, avec une petite rivière dans le bas, dont le pont avait été rompu : le général Laborde s*apercevant que ses soldats hésitaient et commençaient à murmurer, descend de cheval et se précipite au milieu de Teau ! Apprenez, mes enfants, leur dit^l, comment on passe les rivières sans pont. C'est la meilleure leçon qu'on puisse donner pour des cas semblables; cependant il ne faudrait pas non plus aller se jeter en étourdi dans des difficultés si grandes qu'on ne pût pas en sortir. Car il ne suffît pas que la rivière soit guéable pour s'y précipiter, il faut encore que la rive opposée soit abordable; si elle est très-escarpée et fortement marécageuse, I vous êtes singulièrement compromis, pour peu que l'ennemi conserve ' de sang'^froid et sache apprécier les avantages de sa situation. Dans - ce cas, il est préférable de faire halte pour reconnaître la rivière et ■ chercher quelque autre passage en amont et en aval, tout en ayant . l'air de vouloir l'effectuer à l'endroit où l'on se trouve. L'ennemi, incertain, se divise pour garder les différents points menacés, et rend par là l'opération moins chanceuse. Il h'est pas non plus sans impor- . tance de consulter le temps t on rencontre des rivières torrentueuses

* L'ordre était ainsi conçn : '

« tl sera formé une compagnie de nagÊWi choisis dans tons lés corps de l'armée ' parmi les hommes de rivièrec» les plus forts dans la natation.

« Ils seront adjoints aux pontonniers et recevront une haute paye.

«c Chacun portera sur son sac une plaque de liège et une petite corde de doute pieds, et sera pourvu, outre son fhsil, d'un sabre-poignard.

m lA compagnie sera de <o hommes, dont i capitaine, i lieutenant, 2 sous-lieute- Oftnte et 3 tamhoars«

« Il y aura, à la suite de la compagnie, des voitures à deux colliers portant 9 petites nacelles avec leurs agrès, une douzaine d'outrés vides, avec 2 soufflets pour les gonfler, 2 grandes cordes, 2 paires de moufles, 8 pelles, 8 pioches, 8 haches et 4 0cies.

« La compagnie de nageurs s'administrera elle-mÔme, jusqu'au moment oh les, hommes rentreront à leurs corps respectifs. Ils figureront comme détackét dans les étals de situation des corps qui les auront fournis.

« La compagnie de nageurs sera exercée non-seulement k passer à la nage les rivières, traînant après elle les nacelles chargées des fusils, gibernes et outils, mais encore à construire une traille, un pont volant, un radeau, etc.

« Pendant tout le temps que les nageurs seront adjoints aux pontonniers, ils I pi«ndn»nt comme eoxle pompon noir et rouge. » G. H. n.

qui, à la moindre pluie, se gonflent si rapidement, que vous courriez le plus grand danger de voir vos soldats entraînés et engloutis par le courant, ou vos colonnes coupées en deux, si vous hasardiez un semblable passage par un temps de pluie. Il est bien essentiel de songer à prendre ce genre d'informations avant d'arriver sur les lieux.

Quoi qu'il en soit, ces passages se font en colonne plutôt que dans Tordre déployé, d'abord parce que les gués n'ont qu'une étendue limitée, ensuite parce qu'il s'agit bien plus d'aborder l'ennemi que d'échanger avec lui une fusillade qui serait sans résultat. Cependant, quand la rivière est partout guéable, on peut, comme Napoléon au Tagliamento, en 4797, embrasser plus d'espace, et mettre quelques bataillons déployés entre les colonnes : il donna l'ordre que chaque régiment formât deux colonnes serrées avec les bataillons des ailes et déployât celui du centre pour nourrir le feu et se présenter à l'ennemi sur un plus grand front. Mais, en général, le passage à gué d'une rivière, comme toute autre attaque de vive force, se fait en colonne.

Plus le gué a de largeur et plus le passage devient facile, parce qu'on forme un plus grand nombre de colonnes et qu'on aborde l'ennemi sur un front plus étendu. Les déploiements sont alors prompts et la crise abrégée. La cavalerie doit passer en amont pour rompre le courant; et c'est encore une excellente précaution défaire une seconde chaîne de cavaliers en aval du passage, pour arrêter et sauver les hommes que ie oourant pourrait entraîner. Si l'ennemi a pris quelques mesures pour embarrasser le gué avec des abatis, des herses de laboureurs, etc. , on se fait précéder par quelques hommes qui, armés de fourclies, de griffes eu fer ou autres instruments, et sous la protection d'un feu vif, purgent le gué de ces obstacles qu'une reconnaissance préalable a signalés. On recommande encore de traverser le gué en écharpe pour se présenter obliquement au courant et lui donner moins de prise, mais la colonne ne peut pas être comparée à une digue ; les hommes qui la composent laissent entre eux des intervalles par lesquels l'eau s'échappe. Dès lors, chaque individu a à soutenir à peu près le même effort que si la colonne traversait la rivière perpendiculairement. Il n'y a peut-être d'autre avantage réel à prendre cette direction oblique que de faciliter le déploiement sur l'autre rive. C'est une véritable attaque de front dans Tordre oblique, telle qu'Alexandre Ta employée dans son fameux passage du Granique. L'historien dit qu'il avait disposé très-habilement ses troupes pour le passage, eu égard à la nature du lieu : il les avait conduites à travers le fleuve en biaisant, pour ne pas trou-

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ver l'ennemi prêt à les assaillir au moment où elles toucheraient l'autre bord.

Arrivée delà colonne devant Vennemi, — Le général, aussitôt qu'il est prévenu de la présence de Tennemi, se porte rapidement à Favantgarde pour reconnaître ses forces et sa position, ainsi que le terrain sur lequel il doit lui-même manœuvrer et combattre. Il a avec lui le commandant de rartillerie, et au moins un officier supérieur de chacun des corps qui composent la colonne; en sorte qu'après avoir arrêté ses dispositifs, en conséquence de ce qu'il a vu, il peut donner à chacun directement les ordres concernant leurs propres corps, et leur faire connaître sommairement les dispositions de la bataille et le rôle qu'ils y joueront.

Cependant les troupes qui composent la colonne font halte sur la route, après avoir envoyé quelques bataillons pour renforcer l'avantgarde, si cela est nécessaire ; et, en attendant les ordres, elles se serrent en masse pour occuper le moins de longueur possible. Les bagages, sous la garde de quelques hommes, restent en arrière, et la cavalerie qui les escortait file à côté du chemin et vient se placer à la queue de l'infanterie. L'artillerie de bataille est dans le centre de la colonne, et les caissons de réserve s'en approchent assez pour qu'on puisse y recourir en cas de besoin. Le commandant du parc en a la surveillance, et il les rassemble dans l'endroit où ils seront le moins exposés.

Ainsi formée et n'occupant plus qu'un espace considérablement diminué, la colonne peut s'avancer encore, soit sur la route, soit en prenant telle autre direction plus ou moins obhque qui lui serait indiquée ; et, si la bataille ne doit pas se livrer le môme jour, elle arrivera ainsi sur le terrain où elle bivouaquera ; elle s'y déploiera, allumera ses feux et attendra le lendemain. Mais quand le général envoie l'ordre de se préparer au combat, la colonne s'arrête de nouveau et se subdivise en plusieurs autres colonnes partielles qui vont se placer à droite et à gauche de la route à distance de déploiement, en s'ouvrant un chemin avec la hache et la pioche, si la nature des lieux rend cette opération nécessaire.

Supposons, pour fixer les idées, qu'il s'agisse de la division fédérale que nous avons formée en colonne de marche dans l'article t de ce chapitre : les deux bataillons restants de la brigade qui fait tête de colonne se sont portés rapidement en avant pour soutenir l'avantgarde. 11 reste donc trois brigades en colonne serrée sur la route, avec leurs carabiniers, et 48 pièces d'artillerie, entre la seconde et la troisième brigades. Pour prendre l'ordre préparatoire au combat^

114 DIS MARCHBS ET DBS MANQEUVRSS.

la première de ces brigades se portera, par le flanc, k droite de la route jusqu'à la distance de 800 mètres, qui est celle nécessaire ao déploiement, comme on le voit à la figure 8. L'artillerie restera sur la route, formée par batteries. La seconde brigade fera par le flanc gauche et ira prendre sa place de Tautre côté du chemin, aussi à 800 mètres de distance. C'est plus qu'il ne faut à l'artillerie pour se mettre en bataille, puisqu'à 70 mètres par batterie il lui suffirait db 240 à 220 mètres, y compris les intervalles; mais, outre que la seconde brigade pourra aussi bien se déployer à droite qu'à gauche s'il est nécessaire de boucher un vide, il convient de laisser de l'espace à l'artillerie pour qu'elle puisse choisir la place où son effet sera le mieux assuré.

La troisième brigade restera aussi sur la route derrière l'artiilerÂ, soit pour se déployer en seconde ligne, soit pour se tenir prête à renforcer une des ailes. Enfin le peloton de cavalerie, s'il vaut la peine d'en faire mention, se placera en réserve derrière cette brigade, qui sera rejointe plus tard par le bataillon qu'elle avait laissé à rarrière^ garde.

La division se portera en avant lorsque ces dispositions serobt terminées, et elle entrera sur son champ de bataille dans cet ordiv préparatoire. Elle y trouvera la brigade d'avant-garde déjà en posi' tion. Il ne lui faudra pas plus d'un quart d'heure pour se former en bataille, chaque brigade faisant sa manœuvre isolément et ne devant pas mettre plus que cela à déployer ses quatre bataillons.

Quant aux bagages ils sont restés en arrière sous la garde des sapeurs, des pontonniers, et d'une partie de la compagnie du parc; le reste de cette compagnie s'est avancé avec les caissons de réserw pour être à portée de fournir des munitions, soit à l'artillerie, soit i l'infanterie elle-même.

Nous venons d'indiquer le dernier terme de la marche offensive; les mouvements qui se font ensuite constituent les manœuvres proprement dites ; en tant qu'elles s'exécutent par des marches, elles se rattachent indirectement au sujet que nous traitons dans ce chapitre; mais nous en parlerons ailleurs, et nous nous contenterens de dire pour le moment, qu'elles doivent être simples, rapides, et ne jamais exposer la troupe qui les exécute à être attaquée avant d'être en mesure de se défendre, fin résumé, nous dirons encore que c'est par les marches de route qu'on exécute les plans de la stratégie sur le grand théâtre des opérations, que ce sont les marches-manœuvres qui préparent la victoire, et les manœuvres preprement dites qui le décident.

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