CHAPITRE IV
Des Batailles.
Le but des marches et des manœuvres est la bataille ; c’est lit qu’il en faut venir ; c’est le dénouement inévitable de la campagne. On peut différer la bataille pendant quelque temps pour rassembler ses forces et prendre ses mesures. Mais une temporisation trop prolongée finit par devenir fatale , par les petits combats et les affaires journalières qui , sans rien décider , occasionnent h la longue des pertes considérables ; elle ruine le pays où les deux armées frappent des réquisitions. Il faut donc sortir de cet état de crise , et ce n’est qu’en livrant une grande bataille qu’on y parvient. On ne se détermine cependant à un acte aussi solennel qu'après avoir fait tout son possible pour réunir de son côté le plus de chances favorables : ainsi toutes les troupes qui se trouvent dans le rayon d’activité de l’armée, et qui ne sont pas indispensables à la garde de quelques points particuliers, doivent être appelées, toutes sans exception ; car d’un bataillon de plus ou de moins peut dépendre le sort de la bataille. Si l’on a trop de monde , on n’engage d’abord que ce qu’il faut pour contenir l’ennemi, et on dispose du reste pour manœuvrer sur ses flancs, ou former des réserves qui entreront successivement en jeu. De cette manière le grand nombre n'embarrasse pas.
Autant qu'un général en est le maître , il ne doit livrer bataille qu'après s’être placé , par des marches convenables , dans une position telle que la victoire ait pour lui de grands résultats; que, par exemple, elle le rende maître des communications de l'ennemi ; que celui-ci soit acculé ù un lac , à des montagnes difficiles à franchir, etc. Quand cela ne se
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peut pas, il faut combattre avec d’autant plus d’ardeur et d’opiniâtreté que la position qu’on occupe est moins favorable , afin de retrouver dans la déroute complète de l’ennemi les avantages dont on était d’abord privé. La nécessité de vaincre pour sauver sa vie ou sa liberté enfante des prodiges; un général habile sait la mettre b profit , et quelquefois tirer d’une situation désespérée son principal moyen de réussite. Fernand Cortez , après avoir débarqué sur la côte la faible troupe qui devait faire la conquête du Mexique , incendie ses vaisseaux , et , se privant ainsi de toute retraite , il met ses soldats dans la nécessité de ne compter que sur leurs épées.
Le sujet de ce chapitre a tant d'importance que nous le traiterons avec quelque détail ; mais avant de mettre les troupes en action, nous donnerons quelques définitions, et nous indiquerons sommairement les différents ordres de bataille.
§ 1. — Définitions. Obdhbs de bataille.
Une armée qui se rangerait toujours de la même manière, serait indubitablement battue par celle qui saurait changer son ordre de bataille suivant les circonstances. On peut donc dire qu’il n’y a pas d'ordre de bataille immuable , mais qu’au contraire il doit se plier b toutes les localités. Dans un espace resserré, ou lorsqu'il faut se tenir rassemblé, l’armée formera plusieurs lignes successives ; peut-être , au contraire , conviendra-t-il dans certains cas de n’en former qu’une seule, pour occuper plus d’espace. Cela dépend de la topographie du champ de bataille , des circonstances du moment, des forces et de la position de l'ennemi, du caractère de ses chefs, etc. A Waterloo, l’armée française était sur plusieurs lignes; Annibal, b la Trebbia, n’en a formé qu’une seule et n’en a pas moins été victorieux.
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Cependant, il est de règle qu’on range les troupes, autant qu’on le peut, sur plusieurs lignes, afin quelles ne soient pas toutes exposées au premier choc , et qu’on puisse disposer d’une partie de l’armée pour relever l’autre , ou pour porter des secours ou cela est nécessaire.
Dans les circonstances ordinaires, une armée se range sur deux lignes, en soutien l’une de l’autre. L’infanterie et la cavalerie sont distribuées dans ces deux lignes, selon que le général le juge convenable ; mais l'artillerie est toujours en première ligne, et même en avant, pour déployer son action sur tout le terrain environnant, et prendre d’écharpe les corps ennemis qui s’avancent à l'attaque. On ne la double jamais, si ce n’est par les caissons, qui se rangent derrière à quelque distance, mais assez près pour fournir à la consommation des pièces. La première ligne de l'ordre de bataille est disposée de manière à entrer en action aussitôt que les armées se seront assez rapprochées pour faire usage des petites armes. Jusque-là tout se passe en manœuvres , ploiements et déploiements, marches en avant ou en arrière. La seconde ligne se met, autant que possible, hors de prise, en profitant des ondulations du terrain , jusqu’à ce que son secours devienne nécessaire.
Outre cela , on se ménage encore une forte réserve des trois armes réunies, qui , se tenant en arrière à une distance convenable, se portera partout ou besoin sera. Cette réserve, composée en grande partie de cavalerie et d’artillerie, est sous les ordres immédiats du général en chef; il l’a sous sa main pour s’en servir au moment opportun : c’est avec la réserve, et surtout avec l’artillerie , que, pendant l’action, il renforce certaines parties de son ordre de bataille ; c’est avec sa cavalerie de réserve qu’il s’oppose aux mouvements enveloppants de l’ennemi, et se porte lui-méme sur les flancs de celui-ci ; c’est avec les troupes réunies de la réserve qu’il donne le coup qui doit décider la victoire, ou, que, sans rien changer à ses lignes de bataille, il répare un échec et rétablit ses affaires.
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Et ceci est important, car il y a de grands dangers à faire exécuter aux lignes, et sous le feu de l’ennemi, des mouvements qui peuvent les exposer momentanément , ou qui , mal compris, frappent de terreur les soldats. Plus d’une bataille a été perdue pour avoir voulu ainsi changer quelque chose à l’ordre de bataille, pendant qu’on était aux prises avec l’ennemi. Puis donc qu’on n’y doit pas toucher , une réserve est absolument indispensable, quelle que soit d’ailleurs la force de l’armée. Si elle est supérieure à celle de l’ennemi, on n’engage d’abord , comme nous l’avons dit plus haut, que ce qu’il faut pour bien nourrir le feu sur tout le front, et on dispose du reste pour de fortes réserves qu’on emploie successivement , jusqu’à ce qu’on soit parvenu à envelopper et à écraser tout ce que l’ennemi envoie de troupes au soutien de ses ailes. Quant au contraire , ou à l’infériorité numérique , on ne peut laisser de disponible, pour remédier aux accidents de la bataille, que le strict nécessaire; car on est forcé de mettre en ligne le plus de monde possible , pour n’être pas débordé ; mais toujours faut-il une réserve ; du bon emploi de cette réserve , non moins que des dispositions préalables et de la valeur des troupes, dépend le succès. Ordinairement celui qui engage ses réserves le dernier a l’avantage, et c’est un grand art , dans un général , que d’engager son adversaire à user toutes ses ressources quand lui tient encore dans la main le dernier poids qui doit faire trébucher la balance en sa faveur. On trouve dans l'histoire militaire des Suisses de fréquents exemples de l’emploi judicieux des réserves : les victoires de Scmpach, de Morat, de Nancy et tant d’autres eurent pour principale cause , soit une réserve qui donnait à propos, soit un renfort qui arrivait pendant la bataille et tombait sur le flanc de l’ennemi.
Les bataillons de la première ligne doivent être déployés pour donner moins de prise à l’artillerie et faire usage de leur feu s'il y a lieu ; ceux de la seconde se forment en colonnes serrées, pour pouvoir se porter rapidement en avant, traver-
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ser la première ligne et charger l’ennemi , ou pour exécuter tel autre mouvement que les circonstances rendent nécessaire, ou enfin, pour laisser des ouvertures par lesquelles la première ligne puisse s’écouter dans un mouvement rétrogradé. Ainsi la formation des bataillons de seconde ligne en colonne serrée , sera la formation habituelle ; mais cela suppose que le terrain fournisse des abris h ces masses ; dans le cas contraire, le canon y ferait des ravages effrayants, h moins de les tenir si loin qu’elles ne fussent plus un appui suffisant pour la première ligne. Alors on déploie la seconde ligne comme la première, et on la tient h 300 ou 400 pas de distance pour que les balles n’arrivent pas jusqu'à elle. On les rapproche davantage quand le terrain offre des abris suffisants. Les localités influent ainsi d’une manière très-prononcée sur ce premier élément de l’ordre de bataille.
Les troupes d’une môme division doivent faire partie des deux lignes. Ainsi, par exemple, une division composée de quatre brigades aurait, dans la disposition générale de l’armée, deuxde ses brigades dans la première ligne et deux dans la seconde. Il n’y a alors qu’un seul intérêt entre ces deux lignes placées sous les ordres d’un même chef; elles se soutiendront et se défendront réciproquement; l’honneur de l’une se confond avec celui de l’autre ; le même esprit de corps les anime. Si, au contraire, on forme les deux lignes de divisions entières et indépendantes, il est à craindre que, soit par la rivalité des chefs, soit que les troupes de seconde ligne ne mettent pas la même ardeur à défendre celles de la première, celles-ci se trouvent compromises et ne tiennent pas aussi ferme qu’elles le pourraient. Cependant il est assez ordinaire qu’une division se place tout entière dans une même ligne , et cela a aussi ses avantages : le chef n’a pas son attention partagée entre les deux lignes; la seconde, qui n’est plus invariablement liée à la première , est plus disponible pour les mouvements que les circonstances peuvent nécessiter. Dans un pays coupé, la première disposition est incontestablement la meil-
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leure; c’est donc celle qu’il convient d’adopter pour l’arméo suisse.
Quant à la réserve, elle doit être composée de corps indépendants et entiers, afin de n’élre nullement gênée dans ses mouvements et de pouvoir se porter rapidement partout où sa présence est nécessaire.
Dans cet ordre une division fédérale de seize bataillons, partagés en quatre brigades, deux en première ligne et deux en seconde, occuperait, intervalles compris, 1,500 mètres environ ; et si la division avait avec elle quatre batteries d’artillerie, il faudrait encore ajouter 240 mètres à l’espace cidessus, à raison de 60 par batterie, ce qui ferait 1,740 mètres, ou environ 2,600 pas. Il est vrai que les intervalles' des bataillons sont un peu forts, puisqu’on a compté pour chaque bataillon 187 à 188 mètres, et que les cinq compagnies en ligne, formaut au complet 600 hommes, n’en occupent que 150; mais les compagnies de carabiniers et de chasseurs ont besoin de ces intervalles pour agir. Au surplus, il ne faut voir dans celte étendue de 2,600 pas qu’un maximum; elle serait diminuée par le rapprochement des bataillons et par la réduction de leur effectif, rédaction inévitable en campagne; elle le serait par le ploiement eu colonnes des bataillons des ailes, ou par telle autre disposition qui aurait pour objet de rendre l’ordre de bataille plus compact. Toutefois, notre pays est tellement accidenté qu’on n'aura pas de peine à occuper convenablement un champ de bataille d’une demi-lieue , ou 5000 pas d'étendue , avec une division fédérale de seize bataillons, auxquels seraient joints des carabiniers, une brigade d’artillerie et un détachement de cavalerie. On pourrait aussi, sans trop se serrer, réduire d’un tiers cet espace quand les circonstances l'exigeraient. En sorte que notre division fédérale a besoin pour se déployer eu bataille, avec son artillerie, d’un espace qui varie de 2000 à 5000 pas.
Les tacticiens donnent différents noms h l’ordre de ba-
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taille, suivant la disposition des troupes entre elles ou par rapport à l’ennemi : entre elles, c’est l’ordre continu et l’ordre ri intervalles; par rapport à l’ennemi, c’est l’ordre parallèle et l’ordre oblique. II y a ordinairement de tout cela dans une même armée aux prises avec l’ennemi; des parties pleines et des parties h intervalles ; des parties parallèles et d’autres obliques; des lignes simples et des lignes doublées. Mais il faut examiner chacune de ces dispositions en particulier pour en apprécier les propriétés.
L’ordre parallèle, comme son nom l’indique, est celui dans lequel les deux armées sont rangées en face l’une de l’antre, de manière à pouvoir s’engager h la fois sur toute l'étendue du front, et, pour ainsi dire, à ce que chaque soldat ait un adversaire en tête. Telle a dû être la disposition des premières batailles que les peuples se sont livrées; elle exige peu d’art; le succès ne dépend presque plus que de la force individuelle, du courage et de l’opiniâtreté des combattants. Ici on fait un égal effort sur tout le front de la bataille ; si l’on est vainqueur on obtient, sans doute, un succès complet; mais on ne se ménage aucune ressource pour la chance contraire. A égalité de bravoure , la victoire est décidée d’avance pour la troupe la plus nombreuse.
L’ordre oblique , au contraire , est une disposition où l’on porte sur l’ennemi une partie des troupes, et où l’on tient le reste hors de prise. Pour se servir de l’expression technique, on avance une aile, en même temps qu’on refuse l’autre. La première est renforcée par tous les moyens possibles ; l’autre est réduite autant qu’on le peut sans la compromettre. On cherche ainsi ù attaquer son adversaire du fort au faible, à déborder une de ses ailes, à l’écraser sur un point, pendant qu’on l’inquiète sur les autres. Si l’on a eu l’art de le tenir indécis jusqu’au dernier moment par de fausses attaques, et par une habile direction des colonnes sur le champ de bataille, si l’on déploie celles-ci avec promptitude, et seulement au moment où l’action va s’engager, l’ennemi n’aura pas le
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temps de faire des contre-manoeuvres, ou d’envoyer des secours suffisants ù l’aile attaquée ; il sera probablement battu. C’est ainsi que l’art peut suppléer au nombre, et qu’une petite armée, bien commandée, parvient à vaincre une armée plus forte , mais dont le chef n'a pas su, ou n’a pas pu réunir autant de monde sur le point décisif. Cet art est de nos jours bien plus important que chez les anciens, parce que nos lignes sont beaucoup plus étendues. Les troupes que l’ou tire des parties non attaquées, pour secourir celles qui le sont, n’ont quelquefois pas le temps d'arriver pour arrêter le désordre, et les bataillons sont culbutés les uns après les autres par l’aile attaquante de l’armée qui a su prendre l’oblique, et qui, de moment en moment, devient plus menaçante par ses progrès successifs et par l’entier déploiement de tous ses moyens. On a vu cela à Lissa, où le roi de Prusse, après avoir pendant quelque temps menacé l’aile droite des Autrichiens pour les engager à y réunir la plus grande partie de leurs forces, attaqua leur aile gauche avec l’élite de son armée, la prit en flanc, la refoula sur le centre et la mena si chaudement, que les différents corps qui arrivaient de l’autre extrémité pour s’opposer à ses progrès, furent tous successivement renversés.
On cite Epaminondas chez les anciens comme ayant particulièrement apprécié les avantages de l’ordre oblique : il lui a dû les célèbres victoires de Leuctres et de Mantinée.
En refusant une aile, non-seulement on se procure l’avantage de renforcer l’autre pour l’attaque, mais on se ménage en même temps des ressources pour rétablir l’affaire si cette attaque venait h manquer, ou pour protéger la retraite. En effet, à mesure que l’aile repoussée se replie, elle est renforcée par les corps qu’elle avait laissés en arrière et qui entrent successivement en ligne. Son front s’accroît et devient plus redoutable ; elle peut alors faire une nouvelle tentative, ou, si décidément la bataille est perdue, commencer sa retraite sous la protection des troupes qui n’ont été que faible-
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ment engagées et n’ont pas souffert. L’ordre oblique, lorsqu'il est convenablement employé , offre ainsi toutes les chances de succès pour l’attaque, et pourvoit, autant qu’il est possible, aux chances malheureuses.
Quand on refuse une aile, il faut y placer de l'artillerie du plus fort calibre, afin de contenir à bonne distance l’aile opposée de l’ennemi, et empêcher que l’ordre d’action ne devienne parallèle. Il faut encore que cette aile refusée soit, autant que possible, dans un bon état de défense, qui puisse, en cas d’événement, remédier à sa faiblesse numérique. On profite donc de tous les avantages que le terrain peut offrir, tels que bois, ravins, collines, etc., pour appuyer ou couvrir cette aile.
L’ordre oblique, proprement dit, est sans doute préférable h l’ordre parallèle ; mais ce dernier a aussi ses avantages, surtout quand il est renforcé h une de ses ailes. Il convient à une armée supérieure en nombre, qui peut offrir sur tout son front des forces égales à celles de l’ennemi , en même temps qu’elle redouble ses lignes et concentre plus de moyens à l’une de ses ailes» En abordant ainsi l’ennemi de front, la victoire sera plus décisive, parce qu’il sera engagé partout sérieusement. Cette méthode de l’ordre parallèle renforcé est d’ailleurs dans les principes, puisqu'elle porte une masse principale sur un des points de la ligne ennemie, tandis qu’elle n’oppose sur le reste de la ligne que des forces égales. Ainsi l’ordre parallèle renforcé a une grande analogie avec l’ordre oblique ; il jouit des mêmes propriétés, quoique à un degré moins éminent. Dans l’un comme dans l’autre, il y a d’un côté effort décisif, et de simples démonstrations ou un engagement moins sérieux du côté opposé.
Si nous comparons maintenant l’ordre continu à l’ordre à intervalles, soit oblique, soit parallèle, nousverrons que le pre- . mier ne peut être employé que dans les grandes plaines dénuées d’obstacles, où il sera toujours possible de mettre la cavalerie sur les ailes. L’autre seul, l’ordre à intervalles, peut
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se plier à tontes les localités, et laisser la faculté d’employer la cavalerie partout où il lui est possible d’agir, au centre comme aux ailes. Si dans un ordre de bataille continu on mettait la cavalerie au centre, ce serait la priver de tous ses avantages: devant s’assujetlir aux allures de l'infanterie avec laquelle elle est en ligne, elle perdrait sa mobilité, principale ou, pour mieux dire, unique source de succès; exposée, sans y pouvoir répondre , aux feux de l’infanterie ennemie, elle se trouverait dans la dure alternative, ou de se laisser décimer en restant en place, ou de se retirer pour se mettre à l’abri en laissant une large ouverture qui causerait la perte de la bataille. Sans doute que le commandant de la cavalerie préférera se porter en avant, parce que c’est un homme de cœur; mais, en chargeant une infanterie encore intacte, sa troupe sera écrasée de feux et probablement dispersée ; l’ouverture qu’elle doit laisser dans l’ordre de bataille, après cet échec, n’en existera pas moins. C’est ce qu’on a vu à la bataille de Hochstædt gagnée en 1704 parle prince Eugène et parMarlborough sur les Français. A la bataille de Minden, le duc Ferdinand, ayant vu le maréchal de Contades placer sa cavalerie au centre où se trouvait le terrain qui lui convenait, la lit attaquer par une portion de son infanterie en lui enjoignant, lorsqu’elle l’aurait dispersée, de se jeter par la droite et par la gauche sur le flanc des lignes ennemies, qui seraient en même temps attaquées de front par le reste de l’armée. Cette manœuvre, imitée de celle de Hochstædt, eut le même succès. On est donc obligé, dans l’ordre continu, de mettre constamment la cavalerie aux ailes pour lui laisser son indépendance et sa mobilité ; dès lors on est privé de son secours, ou l’on ne peut en obtenir qu’une faible coopération quand le terrain des ailes n’est pas propre à ses mouvements. Tels sont les graves inconvénients de l’ordre continu.
Si, au contraire, les différents corps d’infanterie laissent entre eux des intervalles, la cavalerie et l’artillerie trouvent la facilité d’agir au moment opportun, et partout où cela est
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nécessaire. Mais pour que ces intervalles n’aient pas l’inconvénient signalé ci-dessus, de laisser des ouvertures par lesquelles l’ennemi pourrait pénétrer, il faut qu’ils soient pris en arrière de la ligne et non sur le front ; c’est-à-dire que ce n’est point en appuyant sur la droite ou sur la gauche que les différents corps ménagent entre eux ces intervalles, mais en s’avançant ou en se reculant plus ou moins, en sorte que l’armée, vue de face, semble disposée dans l’ordre continu, tan- - dis que de côté elle laisse apercevoir les passages qu'elle réserve à sa cavalerie^ G’est l’ordre oblique en échelons fig. 15*. Par cette disposition, la cavalerie peut se tenir derrière les échelons, prèle à charger par les intervalles, comme on le voit par la ligne ponctuée AB. Mais ce n’est pas le seul avantage: les différents corps, n'étant pas liés les uns aux autres, conservent plus d’aisance pour se placer selon que le terrain le requiert ; ils ont plus de mobilité pour poursuivre un succès, ou se retirer en cas de revers ; la déroute d’un corps n’entraine pas celle des corps voisins ; l’un peut venir se rallier sous la protection de l’autre. Malgré ses intervalles, la ligne entière n’occupe pas plus d’étendue parrallèlemenl au front de l’ennemi, que si elle était disposée dans l’ordre parallèle et continu, tout en laissant la faculté de s’étendre davantage selon que les circonstances ou les localités peuvent le réclamer. Chaque échelon flanque et soutient celui qui le précède , de telle sorte que si l’ennemi voulait pénétrer par un intervalle, il serait pris en flanc par l’échelon inférieur, en même temps que chargé en tête par la cavalerie. Ainsi l’ordre en échelons facilite l’application de ce principe que l’on doit faire agir les différentes armes sur le terrain qui leur est le plus avantageux, sans pourcela s’exposer aux dangers qui résulteraient d’ouvertures faites sur la ligne de bataille.
Le premier échelon CD, convenablement renforcé et avec lequel on aborde l’ennemi, s'appelle le marteau. La seconde ligne et les réserves soutiennent les échelons de la première ligne, soit en adoptant une disposition analogue, soit en se
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rapprochant du marteau, ou de toute autre manière, suivant les circonstances ou les vues du général.
L’ordre en échiquier est l’ordre parallèle à intervalles ; les corps y sont disposés sur deux lignes, tant plein que vide, de telle sorte que ceux de la seconde ligne correspondent aux intervalles de la première. Cet ordre manque de solidité, par ce que les corps de première ligne sont trop éloignés les uns des autres; il ne donne, sur une même étendue, que la moitié des feux que fournirait une ligne pleine; h forces égales, il occupe une étendue double, ce qui est presque toujours un inconvénient bien plus qu’un avantage quand cette extension ne s’obtient qu’auxdépensde la solidité. L’artillerie ne peut pas se placer dans les vides de la première ligne, parce qu’elle attirerait sur les bataillons de la seconde ligne, tous les boulets de l’ennemi ; car c’est un fait que l’artillerie répond à l’artillerie ; dès lors il faut bien se garder de placer du monde derrière les batteries; ce serait doubler les perles en offrant à l’ennemi un double but. Les intervalles de l’ordre en échiquier, ou en quinconce, sont des ouvertures d’autant plus dangereuses qu’on est plus rapproché de l’ennemi; il peut y pénétrer en masse, culbuter la simple ligne qui lui résiste, la jeter en désordre sur la seconde qui éprouvera probablement le même sort. En général , il ne doit y avoir d'autres intervalles dans une ligne de bataille parallèlement à l’ennemi, que ceux qui sont strictement nécessaires pour les mouvements des corps dont elle est composée.
Cependant cet ordre sera moins défectueux si la seconde ligne est formée de cavalerie , puisque cette cavalerie aura toujours la faculté de charger par les vides qu’elle a devant elle. Ainsi la disposition en échiquier, modifiée de la sorte, pourra être adoptée partiellement dans un ordre de bataille , par exemple dans une aile refusée , qu’il faut étendre pour la faire paraître davantage. Dans une retraite on emploie encore la disposition en échiquier ; mais c’est comme manoeuvre bien plus que comme ordre de bataille ; c’est pour dégager par-
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tielleinent el successivement les troupes qui sont aux prises avec l’ennemi. De pins, la manœuvre de retraite se fait par petits corps et dans une seule ligne , tandis que l’ordre en échiquier proprement dit se prend entre les deux lignes et par corps beaucoup plus nombreux , ce qui constitue une grande différence.
Lorsque dans une ligne de bataille il se trouve à une des extrémités quelques corps repliés pour se garantir d’une attaque de flanc , ils présentent ce qu’on appelle le crochet en arrière ou la potence. Si ces mêmes corps sont portés en avant de la ligne de bataille , mais de manière à y rester liés en faisant un angle , ils forment le crochet en avant ou simplement le crochet. El, comme il convient de donner des noms différents aux choses différentes, on appellera potence la première disposition , et crochet la seconde.
La potence devient le coin, et le crochet la tenaille, quand les deux branches de la ligne de bataille sont à peu près égales. Le coin est essentiellement offensif ; une armée ne se forme ainsi que pour attaquer, pour percer la ligne ennemie; tandis qu’on ne fait la potence que dans un but défensif, pour résister h une attaque enveloppante. On en peut dire autant du crochet et de la tenaille, mais dans un sens inverse : on se plie en tenaille pour céder sur le centre à un ennemi qui s'avance en pointe, et l’envelopper par les ailes; c’est un ordre défensif, tandis que le crochet n’a pour but que l'attaque. L’histoire rapporte un exemple fameux où deux armées se sont formées l'une en coin , l'autre en tenaille ; c’est celui de la bataille de Casilin , livrée en 553 entre les Francs et les Romains , près de Capoue. Les Francs, commandés par Bucelin, se placèrent entre deux bois; ils renforcèrent le centre de leur ligne de bataille en formant un véritable coin , que les anciens appelaient aussi la tête de porc . Les Romains, commandés par Narsès, étaient moins nombreux ; ils se rangèrent dans un ordre plus mince et plus étendu , en opposant à leurs adversaires l’ordre en tenaille. Ils cédèrent ainsi le
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terrain Slir leur centre et portèrent leurs efforts côntre les ailes de l’ennemi, en même temps que la cavalerie le prit en queue après avoir tourné nn bois. La tête du coin , poussant toujours en avant, pénétra jusqu’au camp des Romains; le pillage occasionna sa déroute. La victoire de Narsès fut complète; presque toute l’armée de Bucelin fut taillée en pièces» Ce que fit Narsès doit être imité toutes les fois qu’on est attaqué par une forte colonne : On s’onvre pour la laisser passer en rangeant les troupes à droite et h gauche ; son choc donné h faux, elle est déconcertée; se trouvant entre deux feux, elle sera bientôt détruite si elle ne se retire au plutôt pour changer de disposition. Les Anglais, dans leurs batailles dé-1 fensives , ont souvent employé ce moyen contre les attaques en colonnes , si familières aux Français. On sait combien ceux-ci ont eu à souffrir de ce genre de défense.
§ 2. — lis DBS DirrftBBKTBB AB MHS.
Lorsque les colonnes sont arrivées sûr le champ de bataille, que chacune y occupe la place qui lui est destinée , le général en chef donne le signal de l’action , et chacun de ses lieutenants se dispose h exécuter les ordres généraux qu’il en a reçus, tout en conservant une grande latitude dans les moyens d’exécution. Ils savent, par exemple, que c’est la droite qui fera l’effort , que la gauche ne doit s’engager que faiblement, et de manière seulement à inquiéter l'ennemi et h le contenir ; ils se règlent en conséquence et dirigent leurs mouvements et leurs manœuvres vers le but commun. C’est un devoir sacré pour chacun d’eux d’appuyer son collègue, de le dégager lorsqu’il est trop vivement pressé. Le général en chef ne pouvant pas être partout , c’est à eux de suppléer à son absence et d’ordonner tout ce que des circonstances critiques peuvent
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exiger. Il sullit qu’ils ne fassent rien en contradiction avec sa pensée pour qu’ils agissent bien. Plus ils ont de responsabilité, plus grande aussi sera leur part de gloire si le succès couronne leurs efforts , si même , la fortune les trahissant , ils succombent après s’étre bravement et honorablement comportés.
La bataille s’engage par les tirailleurs : ce sont les troupes légères qui ordinairement font ce service. Elles s’éparpillent en avant jusqu’à mille ou quinze cents pas. Soutenues de distance en distance par des corps plus compactes et par quelques batteries légères, elles s’efforcent d’arrêter l’ennemi jusqu’à ce que les colonnes aient eu le temps de se déployer ; ou bien , lorsqu’il s’agit d’une attaque , elles couvrent les colonnes qui continuent à s’avancer , elles masquent les dispositions offensives , replient les tirailleurs de l’ennemi , reconnaissent ses dernières dispositions, découvrent les parties vulnérables de sa ligne de bataille , en même temps qu’elles le tiennent dans l’incertitude sur la véritable attaque, qui ne sera démasquée qu’après l’entier déploiement des colonnes, et lorsqu'elle 6cra pour ainsi dire en pleine exécution.
Cependant vient le moment où les tirailleurs doivent se retirer, soit pour permettre à nos propres colonnes d’entrer en action , soit que , ne pouvant plus résister aux forces de l’ennemi , ils doivent abandonner le terrain, tout en le disputant pied à pied à la faveur de ses inégalités. Quand ils ne sont plus qu’à une petite distance de la ligne de bataille qui s’est déployée derrière eux , ils s’écoulent rapidement par les intervalles des bataillons, vont rejoindre leurs corps respectifs ou se rallient en arrière , suivant qu’ils ont été détachés ou qu’ils forment un corps à part.
Dès que le front de l'armée est démasqué, les feux de la première ligne commencent , ceux de l'artillerie d’abord , puis ceux de l’infanterie, quand les deux armées se sont assez rapprochées pour faire usage du fusil. Les feux se prolongent jusqu’à ce qu’on aperçoive quelque désordre dans les rangs ennemis. C’est alors le moment de former les colonnes d’at-
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taque et de se porter en avant au pas de charge. Si-, dans ce mouvement offensif, l'ennemi est enfoncé sur quelque point , il ne faut pas s’abandonner à une poursuite inconsidérée ; mais s’arrêter, se remettre en ordre le plus promptement possible , puis marcher de nouveau contre la seconde ligne , ordinairement ébranlée par l’échec de la première ; on prend garde toutefois de ne pas s’avancer au point de rompre l’ensemble de la ligne de bataille. Ce n’est que lorsque la victoire est partout décidée , qu’on peut sans danger pousser sa pointe pour changer en déroute la retraite de l’ennemi.
Quand , an contraire, on est contraint h céder le terrain , il faut le disputer pied à pied en conservant ses rangs autant que possible ; se tenir prêt h profiter des moindres fautes des corps opposés. En tout cas, la seconde ligne viendra au secours de la première et la remplacera en prenaut l’initiative pour attaquer elle-même. Cette marche en avant redonnera du cœur à la troupe et l’empêchera de penser à la retraite ; elle arrêtera l’ennemi ou le fera reculer. C’est ainsi qu’on a vu souvent un même terrain pris et repris plusieurs fois par de braves troupes.
La cavalerie peut charger à tous les instants d’une bataille; car elle ne doit laisser échapper aucune occasion de fondre sur une infanterie en désordre ou qui lui prête le flanc , de s’emparer d’une batterie mal appuyée , de neutraliser une charge de cavalerie ennemie. Yoilh pourquoi il faut qu’il y ait partout des intervalles qui lui permettent de déboucher et de saisir l’h-propos pour se précipiter comme la foudre dans les rangs opposés. Mais, en général, il est avantageux de n’employer la cavalerie que le plus lard possible , parce qu’elle a meilleur jeu h la fin d’une bataille, et qu’elle se trouve plus fraîche pour poursuivre l’ennemi en cas de succès , ou pour lui disputer le terrain dans le cas contraire. C’est surtout la grosse cavalerie qui doit rester en réserve ; car c’est elle qui est destinée à donner le coup de massue qui décide la vic-
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toire. Ainsi, In cavalerie légère escarmouche au commence • ment d’une bataille ; elle escadronne pendant sa durée , et elle s’abandonne h la poursuite de l’ennemi quand, sur la fin de la journée, celui-ci couvre la plaine de ses bataillons rompus et de ses fuyards ; alors les cavaliers se précipitent en fourragenrs, parcourent le champ de bataille pour augmenter le désordre de l’ennemi , lui faire des prisonniers ou le chasser au loin. La grosse cavalerie n’est entrée en action qu’au moment décisif; ses chevaux seraient trop fatigués si on agissait autrement ; elle ne serait plus aussi capable de remplir le beau rôle auquel elle est destinée. Autant que possible elle doit rester réunie , même après le succès; elle dirige ses efforts partout où elle voit encore de la résistance ; elle renverse tout ce qu’elle rencontre ; et , quand elle a balayé le champ de bataille, elle envoie quelques escadrons pour appuyer la cavalerie légère qui s'est mise aux trousses de l’ennemi. Mais c’est surtout quand la bataille est perdue et qu’il faut songer à la retraite , que la cavalerie de ligne rend d’éclalants services : formée ordinairement en grandes niasses , elle se précipite sur les corps victorieux , les oblige à songer à leur propre défense , et , retardant ainsi la poursuite , elle donne h l’armée le temps de gagner quelque position favorable. Celte troupe d’élite ne s’épargne pas dans un tel moment ; chaque fois qu’elle est repoussée elle se rallie pour fournir de nouvelles charges , jusqu’à ce qu’enfin la nuit lui permette de quitter ce champ de carnage et d’honneur, pour aller rejoindre l'armée , qui , grâces à sa belle conduite , a déjà pu faire quelque chemin. Tel est le jeu des deux espèces de cavalerie.
Quant à l’artillerie , elle tonne pendant toute la bataille, autant du moins qu’aucune troupe amie ne gêne son tir. Souvent le canon se fait entendre même avant les tirailleurs , et c’est encore le canon qui fait à l’ennemi le salut d’adieu, quand la victoire est gagnée. II faut donc que les caissons soient abondamment pourvus de munitions. L’artillerie se
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dispose par fortes batteries, pour faire en quelques endroits de la ligne opposée de larges brèches, dans lesquelles la cavalerie puisse se précipiter. Sans faire peut-être plus de mal réel de cette manière que si elle était éparse sur tout le front, son effet moral est bien plus considérable ; le soldat est frappé de terreur quand il voit la mort se multiplier sur un espace limité et balayer des bataillons entiers; il s’ébranle , il recule ; si la cavalerie se présente en ce moment, il est hors d'état de lui résister. Ce n'est point à dire pourtant que toute l’artillerie doive être accumulée au même endroit ; cela serait trop embarrassant et souvent inexécutable; il faut seulement éviter la dissémination. 11 est plus facile de couvrir par les accidents du sol plusieurs batteries séparées qu’une seule où toutes les pièces seraient réunies ('). Cette seule considération peut engager à partager l’artillerie de ligne entre les divisions; ce qu’il faut éviter, c’est de tomber à cet égard dans l’exagération; et , dans tous les cas , on doit faire son possible pour que les feux convergent sur des points essentiels delà ligne ennemie, comme sur une aile que l’on veut écraser, sur un angle saillant qu’on enveloppe, sur une batterie qu’il s’agit de démonter, etc.
L’artillerie légère se porte en avant pour commencer l’action; autant qu’elle le peut, elle prend des directions obliques, tant pour démasquer le front de l’armée que pour prendre d’enfilade, ou en écharpe, les lignes ennemies. Cette artillerie ne doit, pas craindre de s’aventurer; l’audace est une des principales qualités des chefs qui la commandent; sa légèreté lui permet d’échapper aux poursuites. Ordinairement accompagnée de quelques escadrons qui la protègent, elle voltige sur les flancs de l’ennemi, s’avance, se
(‘ ) On voit que le mot l/alterie a ici une autre acception que celle qu’on lui donne pour désigner le nombre fixe des pièces servies par Une même compagnie. Il en est de mémo du mot divirion, qui signifie à la fois la réunion de deux pelotons dans les manœuvres , et le corps assez nombreux que commande un lieutenantgénéral. Il serait à désirer qu’on trouvât des mots pour exprimer aes choses si différentes, on éviterait la confusion.
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retire, reste peu h la même place, afin d’éviter les coups qu’on lui adresse, profite de tous les emplacements favorables pour faire quelques salves de ses pièces. Aussitôt que la victoire se décide pour nous, l'artillerie légère se porte en avant avec la cavalerie pour entraver les dispositions de la retraite; elle s’attache aux pas de l’ennemi, ne lui laisse aucun repos et fait tout ce qu’elle peut pour augmenter son désordre. Il est donc de la plus haute importance que les chevaux de l’artillerie légère soient les premiers pour la force et la légèreté ; il faut encore que les canonniers soient choisis parmi les hommes les plus propres à ce service aussi pénible que brillant.
L’artillerie de ligne n’a pas de place déterminée ; elle se réunit , soit au centre, soit sur les ailes, là où elle gène le moins l’inlanterie et où le terrain lui est le plus favorable. Elle profile des moindres ondulations du sol pour couvrir ses pièces et tirer à feux rasants. Mais elle s’emplace aussi avec avantage sur les plateaux de moyenne élévation qui dominent le champ de bataille, sans cependant donner à ses coups une direction trop plongeante. Elle est plus en sûreté sur ces plateaux que partout ailleurs, parce que le recul même des pièces les met à l’abri des coups qui viendraient d’en bas.On renonce aux feux tout à l'ait rasants pour se procurer ces avantages. Pour peu que ces collines aient trente ou quarante pieds de hauteur, on peut déployer sans danger des troupes d’infanterie à leur pied et doubler ainsi les moyens de résistance sur un point de lu ligne de bataille. 11 n’y a pas à craindre d’ofTrir un double but au canon de l’ennemi, parce que la distance de cette troupe d’infanterie à lu batterie est assez grande pour que les coups dirigés sur l’une ne puissent pas tomber sur l’autre. Il n’en serait pas de même si la colline n’avait que dix à douze pieds de hauteur ; il faudrait alors laisser la batterie seule au sommet, car indépendamment de l’inconvénient du double but, qui aurait lieu si on faisait autrement, une troupe est inquiète quand elle a
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derrière elle des canons dont les boulets passent trop près.
L’artillerie doit, autant que possible, occuper les saillants de l’ordre de bataille, pour prendre des prolongements, diriger ses feux sur les points essentiels, ou battre en flanc les colonnes d’attaque de l'ennemi. Elle forme alors comme des bastions en avant des grandes courtines que représentent les lignes d’infanterie. Les batteries, ainsi placées, donnent à la disposition générale de la première ligne la forme concave au dehors, qui de toutes est la plus favorable pour le combat, parce qu’elle enveloppe l’ennemi et dirige sur lui des feux convergents. Mais pour qu’une batterie puisse s’établir en saillie sur le front de bataille, en faisant avec lui un angle plus ou moins ouvert, il faut que dans son prolongement elle soit masquée par quelque abri naturel, autrement elle prêterait elle-même le flanc et serait bientôt réduite au silence ; car il suffit de quelques pièces pour en démonter un grand nombre quand elles prennent celles-ci en rouage. A la bataille de Jéna, le colonel d'artillerie Séruzier commandait une batterie de vingt pièces en opposition à une batterie très-supérieure dont les feux lui faisaient beaucoup de mal. Il prit surle-champ son parti : il retira les pièces paires et fit soutenir le feu par les pièces impaires; il se porta rapidement, à la faveur de la fumée et sans qu’on l’aperçut, dans le prolongement de la batterie ennemie, sur laquelle il fit quelques décharges d’obus et de mitraille et parvint à dégager ses autres pièces.
Si donc il est incontestablement avantageux que l’artillerie prenne des positions d’on elle puisse tirer en écharpe et envelopper l'ennemi, elle ne doit cependant le faire que lorsqu'elle peut se couvrir de quelque mamelon militairement occupé, d’un bois, d’un village, etc. La figure 16e montre et explique cette disposition : on voit au milieu deux batteries à l’abri de l’enfilade par un mamelon qui s'oppose h ce qu’on en prenne le prolongement ; à gauche, une autre batterie est masquée par un village; et une troisième, à droite, a pour appui un petit
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bois. L’infanterie est formée en bataille entre ces batteries, et ses troupes légères occupent le bois, le village et le mamelon. Si aucun obstacle n’existe dont l’artillerie puisse se couvrir pour tirer obliquement sur le champ de bataille, elle se met en ligne, ou pour parler plus exactement, elle se met un peu en avant de la ligne, tire devant elle et d'ordinaire répond à l'artillerie ennemie. La réduit-elle au silence , elle dirige alors ses coups sur l’infanterie pour y faire brèche; elle s’efforce d’entamer ses colonnes, d’empécher ses déploiements; elle la tient éloignée, croise de feux ses débouchés; elle jette des obus dans les escadrons, tire à ricochet contre eux ; elle y sème la mort et l’épouvante.
L’artillerie pourra encore prendre des positions obliques, même sur un champ de bataille dénué d’obstacles, lorsqu’elle conservera quelques pièces pour appuyer son flanc, et lorsque l’artillerie ennemie se trouvera partout engagée ; elle se placera d’abord parallèlement, et ensuite elle avancera une aile pour produire plus d’effet, quitte à la retirer si elle était trop exposée. Mais ceci est plutôt une manœuvre pendant la bataille, qu’une disposition faisant partie de l’ordre primitif. La règle n’en est pas moins que l’artillerie né doit se placer obliquement que lorsqu’elle est elle-même il l’abri du danger d’être prise en rouage, soit par des accidents du terrain, soit par des dispositions de troupes.
On évite de tirer de trop loin, car il n’en résulte qu’un vain bruit qni décourage vos troupes par le peu <f effet qu’il produit et enhardit celles de l’ennemi ; les tireries éloignées peuvent inquiéter, mais elles ne décident rien. C’est entre la baïonnette et la portée de mitraille que les ravages de l’artillerie sont terribles. Ce serait cependant une sottise de laisser arriver l’ennemi jusque-là sans tirer; car à 1000 ou 1,200 mètres les effets de l’artillerie commencent à être redoutables. A celte distance elle tire h boulets et presque toujours par salves , pour produire à la fois plus de ravage ; mais en deçà de 500 mètres , ses coups doivent se succéder
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sans interruption, pour inquiéter continuellement l’ennemi. De plus près , on ne lire plus qu’à mitraille. Le plus petit calibre se met dans les parties les plus avancées du champ de bataille; le plus gros s’emplace au contraire dans les positions les plus éloignées, dans les ailes refusées, sur les hauteurs, partout où il est le moins en prise ; sa grande portée, la justesse de son tir, font qu’on peut ainsi s’en servir et produire les mêmes elFets qu’en tirant de plus près avec un calibre inférieur. Il y a donc de l’avantage à avoir au moins deux calibres à l’armée , d’autant plus que s’il se présente quelque redoute à enlever, une muraille à abattre, une barricade, un abatis à forcer, on en vient plus aisément à bout avec le gros canon, parce que dans ces cas les effets produits sont en raison des masses multipliées par les vitesses ; or, les gros boulets ont à la fois plus de masse et plus de vitesse.
II est une autre arme qu'on peut regarder comme une artillerie très-portative, je veux parler des carabiniers, dont l’usage est d’une excellence si bien reconnue pour un pays de bois et de montagnes, tel que le nôtre. C’est à la faveur des arbres et des rochers que le carabinier ajuste son coup avec sûreté, qu’il charge son arme avec soin ; il faut donc qu’il ne craigne pas d’en être débusqué par de simples tirailleurs qui, plus lestes que lui à recharger leurs armes, pourraient avoir de l’avantage. Si le carabinier se voit trop exposé, il tire avec précipitation , ajuste mal , et n’est plus alors qu’un fantassin ordinaire ; peut-être môme vaut-il moins qu’un voltigeur, en raison de la lenteur de ses coups. Si le carabinier s’agite trop, s’il est obligé de courir, le seul mouvement de son pouls élevé suffit pour détruire la justesse du tir. Il résulte de là que les carabiniers , loin d’être employés comme troupes légères , doivent en quelque sorte être mis en position et soutenus par des tirailleurs , comme l’artillerie est appuyée par des bataillons ou par des escadrons. Alors les carabiniers feront un mal extrême à l’ennemi, en dirigeant leurs coups de préférence sur les olliciers, comme firent les Suisses des pe-
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tils Cantohs quand les Français violèrent leur territoire. Rien ne désole plus l’adversaire que cette méthode; rien n’est plus propre à jeter le désordre dans ses rangs.
La portée des carabines étant plus considérable que celle du fusil de munition , c’est aux carabiniers h engager l'action; ils sont encore hors de prise, que déjà ils peuvent porter des coups sûrs dans les rangs ennemis ; c’est d’ailleurs dans ce premier moment qu’ils sont le plus redoutables, parce qu’ils ne sont pas empééhés par la fumée du champ de bataille. S’ils se trouvent en plaine, ils se retirent à mesure que l’ennemi s’avance jusqu’à ce que les tirailleurs qui les soutiennent puissent entrer en action ; ils le font lentement et de manière à conserver le sang-froid qui leur est nécessaire ; dans les bois et sur les rochers ils restent en position , tant qu’ils ne voient pas leurs flancs menacés. Pendant la bataille , ils trouveront plus d’uue occasion de rentrer en ligne et de se rendre utiles, même dans le cas où ils auraient été obligés de se replier derrière les bataillons d'infanterie.
La carabine, pour nous qui n’avons en vue qu’une guerre défensive, est une arme par excellence; nous devons tout faire pour en multiplier l’usage parmi les hommes que leur âge exempte du service actif ; l’armée trouvera dans ces habiles tireurs un puissant auxiliaire pour la défense des défilés , des rivières , des bois et des rochers, et même sur le champ de bataille où se déciderait la grande question de l'indépendance nationale.
fi 3. — Des Batailles orTSMSives,
Reconnaissance. — On conçoit que les dispositions générales pour l’attaque ne peuvent être prises qu’après une reconnais* sance préalable de la position et des forces de l'ennemi. Celte reconnaissance se fait par le général lui-même ; et si la bataille est remise au. lendemain , il s'assurera, avant de donner
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ses derniers ordres , que pendant la nuit il n’v a rien eu de changé. Sans cette précaution les mesures arrêtées pourraient n’étre plus convenables ; elles pourraient même être tout à fait contraires à ce qu’exigerait le nouvel état des choses. Pendant que, placé sur quelque hauteur, une lunette à la main , ou que, parcourant rapidement le champ de bataille, il jette un dernier coup-d'œil sur les positions de l’ennemi , les commandants des divers corps d’armée ou des divisions sont auprès de lui : il leur communique ses vues , leur fait cunnattre les modifications qu’il juge convenable d'apporter aux ordres qui leur ont été transmis la veille , ou il leur en confirme le contenu, suivant les circonstances.
Mais si la bataille doit se livrer le jour même, c’est en faisant balayer les éclaireurs ennemis par son avant-garde , que le général peut s’avancer assez pour se faire une idée nette des avantages et des inconvénients principaux qu’offre le terrain sur lequel les deux armées vont en venir aux mains ; il faut, coûte que coûte, qu’il parvienne sur quelque sommité d'où il puisse découvrir, au moins en grande partie, le pays environnant, ainsi que les forces elles dispositions de l'ennemi. Pendant qu’il fait cette reconnaissance et qu’il arrête son plan d’attaque en conformité de ce qu’il a vu , il expédie aux diverses colonnes les ordres qui les concernent ; il leur envoie des officiers d’état-major pour les conduire, et il se porte de sa personne à la rencontre de celle qui doit la première entrer enaction, ou qui doit jouer le rôle principal; il s’assure, par un court entretien avec le commandant de cette colonne, que ses ordres ont été bien compris ; il donne brièvement quelques éclaircissements si cela est nécessaire , et il court vers les autres. On voit parla que si le général n’était pas ù l’avant-garde au moment où l’ennemi est annoncé , il faudrait qu’il s’y portât en toute hâte, pour avoir le temps de faire sa reconnaissance et d'arrêter ses dispositifs. ■ ;
C’est dans ce rapide examen qu’il détermine le point sur lequel les plus grands efforts doivent être dirigés et dont la
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possession décidera le succès de la bataille. Cette détermination du point d'attaque tient essentiellement au coup-d'œil militaire , car elle résulte de l'ensemble des circonstances plus ou moins compliquées dont il faut apprécier la valeur relative et peser l'importance. 11 est donc impossible d'établir aucune règle à ce sujet, on ne peut que donner quelques directions.
Détermination du point d’attaque. — A ne considérer que la topographie du champ de bataille , on peut dire, en général, qu’une hauteur, un village, un bois occupés par l’ennemi, sont autant de points qu’il est essentiel de lui enlever. Et d’abord une hauteur, pour peu qu'elle ait d’importance , est à juste litre considérée comme la clef du champ de bataille, comme le point sur lequel il faut diriger les premières et les principal les attaques. En elTet, quand on a gagné la hauteur et débusqué l’ennemi, on plane sur sa position ; aucun de ses mouvements n'échappe ; on foudroie ses colonnes, on porte le désordre jusque dans ses dernières lignes. En même temps , et à la faveur du rideau qu’oifre la hauteur dont on est maître , on fait, sans être vu, de nouvelles dispositions d’attaque , on prépare des masses, on renforce certaines parties, etc.; et, du sommet de ces hauteurs, on peut à chaque instant se précipiter sur l’ennemi qui est au pied. Attaquez toujours la montagne ou le terrain le plus élevé que l’ennemi occupe , dit Frédéric ; si vous le forcez ici, tous les autres postes tombent d’eux-mëmes , et la raison en est claire : les troupes font toujours les premières attaques avec beaucoup d’ordre et de vigueur ; la continuation du combat diminue ordinairement l’un et l’autre. Ne vous amusez donc pas à perdre du temps et du monde h des postes de moindre importance , pour aller ensuite, avec des bataillons en désordre et à moitiés détruits, attaquer ces points principaux de la position de l’ennemi, où la meilleure partie de ses forces se sera insensiblement réunie. . , , .
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La possession d’un gros village, à maisons de pierre» est toujours un grand avantage sur un champ de bataille, parce qu’on le met très-facilement en état de défense et qu’on en fait, pour ainsi dire, une forteresse. Aussi met-on ordinairement autant de persévérance et d’acharnement à le défendre qu’à l'attaquer. A la bataille d’Essling, les villages de Gros Aspern et d’Essling ont été pris et repris plusieurs fois parles Autrichiens et les Français. A Marengo, le village de Castel Ceriolo a été défendu toute la journée contre des attaques réitérées; il a servi d’appui à l’ai le droite de l’armée française-, sans quoi elle eût été inévitablement défaite. Ce village a été comme le pivot autour duquel les mouvements de retraite et d’attaque de l’aile gauche ont eu Successivement lieu.
Un bois offre des avantages analogues; il couvre et masque l’artillerie ; les carabiniers et les tirailleurs qu’on y place ne sont pas faciles à déloger ; la cavalerie ne peut s’en approcher. Le bois flanque les lignes qui s’y appuient, comme un bastion flanque ses courtines. On ne peut aborder celles-ci sans s'être , au préalable, rendu maître de celui-là. Un bois peut donc aussi, selon son degré d'importance, être considéré comme la clef du champ de bataille et être par conséquent désigné comme point d’attaque.
Mais ce ne sont pas uniquement les circonstances topographiques du champ de bataille qui fixent le point d’attaque. Il est des considérations d’un autre ordre qui s’étendent sur un cercle plus vaste, et auxquelles les premières sont presque toujours subordonnées. 11 faut d’abord que le général apprécie les distances qui séparent entre eux les divers corps ennemis; car, selon qu’Us occuperont trop d’espace ou qu’ils seront toncentrés, il conviendra de diriger les principaux efforts sur le centre ou sur une des extrémités. Il doit ensuite examiner quelle est la position de l’armée qu'il a à combattre par rapport à sa ligne d’opérations ou aux obstacles qu’offre le pays environnant, afin de chercher à l’acculer à ces obstacles ou à entamer ses communications. Ces raisops diverses de se
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porter d’un côté ou de l'autre se contrarient souvent et font de la détermination du point d'attaque un problème de la plus haute difficulté, qui ne se résout quelquefois que par des considérations morales dont les esprits supérieurs savent seuls apprécier toute la valeur.
Il est impossible de donner des règles sur un sujet tel que celui-là, qui est tout d’inspiration et de génie; mais on peut grouper en trois classes les points qui sont k examiner dans la fixation du point d’attaque : ceux qui se rapportent k la stratégie et aux combinaisons de l’ordre le plus élevé ; ceux qui ont pour objet la grande tactique et qui déterminent la manœuvre générale de la bataille ; ceux enfin qui, résultant du terrain même sur lequel les troupes doivent agir, peuvent influer sur les mouvements de détail et d’exécution. Donnons quelques développements à notre idée, afin que les jeunes militaires y trouvent les éléments de discussion qui leur sont nécessaires pour lire avec fruit les relations des batailles et apprécier les motifs qui ont guidé les généraux.
Supposons que l’armée qu’on vient combattre ait sa droite plus près des frontières que sa gauche et qu’elle laisse sa ligne d'opérations à découvert, e’est par sa droite qu’il convient de l’attaquer, parce qu’ainsi on tend à couper ses communications, k la séparer de sa base, et que si on est victorieux on obtient un immense résultat : voilà la raison stratégique. Si l’ennemi est dans le voisinage d’un lac, d’une rivière, d’un grand marais, d’une épaisse forêt, ou d’un défilé difficile k passer, la raison de haute tactique, c’est-à-dire celle qui se tire des considérations locales, de la configuration du champ de bataille et de ses environs, engage à attaquer du côté opposé afin de rejeter Fennemi sur ces obstacles, comme firent les Confédérés à la bataille de Hardt où ils précipitèrent 3,000 hommes dans le lac de Constance. Y a-t-il une hauteur sur le champ de bataille, attaquez-la d’abord, parce que les succès sur ce point seront décisifs cl que partout ailleurs ils ne le seront point. L’armée ennemie présente-t-elle un angle
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saillant dans son ordre de bataille, c’est sur cet angle que les premiers efforts doivent être dirigés, parce qu’en l’enveloppant on peut le détruire. Offre-t-elle une ligne décousue et trop développée, cela peut engager à en percer le centre pour la couper en deux et défaire ensuite chaque partie isolément. Ce sont lit tout autant de motifs tirés de la haute tactique, pour fixer le point d’attaque. Enfin, quand le pays est plus ouvert et plus facile sur une aile que Sur l’autre, la considération de l’ensemble et de la promptitude des mouvements, qui constitue la raison de petite tactique, invite à attaquer de ce côté. Celte dernière raison est toutefois la moins importante des trois , parce qu’on parvient presque toujours à surmonter les obstacles du terrain , et que souvent même ces obstacles une fois surmontés, sont un garant du succès, car l’ennemi se croyant en sûreté de ce côté se tient moins sur ses gardes. La raison de petite tactique doit donc le céder aux deux autres, lorsqu'elles se contrarient dans le choix du point d’attaque. Quand toutes trois sont d’accord, ce point ne peut être douteux, et ce serait être bien malhabile que de ne pas le reconnaître tout d’abord.
Qu’une armée AB (fig. 47e) soit campée de manière h faire un angle obtus avec sa ligne d’opérations AC, qui se dirige par derrière la droite et se trouve découverte de ce côté ; que la gauche de l’armée soit appuyée à une rivière et sa droite placée sur une hauteur A ; que le terrain en avant de sa gauche soit couvert de bouquets de bois et de marais, et que celui de la droite soit en même temps libre d’obstacles et d’un accès facile. Alors toutes les raisons se réunissent pour diriger sur le point A le principal effort : la hauteur est incontestablement la clef du champ de bataille, et, quels que soient les moyens de résistance que l’ennemi y ait accumulés, c’est par là qu’il faut l’attaquer; car une fois la hauteur enlevée, la ligne d’opérations AC est coupée , et on refoule l’ennemi sur la rivière. L’armée AB, au lieu de s’établir, comme nous le supposons, aurait dû prendre la position AD, en renforçant
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son aile droite D. Placée ainsi, elle met l'assaillant dans un grand embarras pour choisir le point d’attaque. D’abord , il ne peut entreprendre sur la ligne d’opérations qu’en attaquant la position par sa gauche, laquelle est forte de sa nature, et il s’expose h se voir pris en flanc ou tourné par la droite D renforcée, qui l’acculera h la rivière. Ou bien, pour éviter cet accident, il attaquera la droite en tenant la gauche en échec; mais alors ses succès n’auront pas de résultat décisif tant qu’il ne se sera pas rendu maître de la hauteur. Ainsi la manière dont s’est placée l’armée AD, amène l’alternative, ou d’une attaque par le côté insignifiant, ou d’une attaque par la partie forte avec des marais et une rivière à dos.
Supposons en second lieu que l’armée AB (fig. 18*) s’appuye à un lac dans une plaine, et que sa ligne d’opérations CD soit dirigée vers les bords et sur les derrières de ce lac. La raison de stratégie invite à attaquer l’ennemi par sa gauche B, pour le séparer de sa ligne d’opérations; mais la raison de haute tactique commande de le faire par la droite, pour le jeter, si possible, dans le lac. Voilà un cas où les motifs se combattant, il ne faudrait livrer bataille que lorsqu’on aurait toutes les probabilités d’obtenir une victoire complète. Pour peu qu’il y eût de doute, il serait mieux de s’abstenir, si l’on en avait la possibilité, et de manœuvrer pour attirer l’ennemi dans une autre position. En effet, un faible succès sur l’aile droite ne sépare pas l’armée AB de sa ligne d’opérations, ni ne l’accule au lac; ainsi la bataille est sans résultat important. D'un autre côté on ne peut pas violer la loi de tactique en attaquant par la gauche ; cela serait dangereux , puisqu’on s’avancerait entre le lac et l’armée ennemie, et que , dans le cas possible d’une non-réussite, on se trouverait dans une position très-critique. Si cependant les circonstances ne permettaient pas de différer la bataille, les raisons stratégiques devraient dans ce cas céder à celles de haute tactique, quoique en général elles aient plus de poids. Car enfin l’essentiel, c’est de ne pas s’exposer soi-même. Et puis, si l’on emporte
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le champ de bataille, on peut espérer de rendre la victoire complète en gagnant par la ganche sur la droite de l’ennemi. On trouvera ensuite, par cela même qu’on vient d’acquérir une grande supériorité, les moyens de couper les communications et d’achever, par la poursuite des corps dispersés, ce qui n’a pu l’être par la victoire.
Si nous supposons en troisième lieu une armée postée dans un pays plat, entre deux rivières et perpendiculairement à la ligne d’opérations qui arrive dans le milieu de sa position, i] est indifférent de porter l’effort d’un côté ou de l’autre ; ce ne seront plus que les raisons de petite tactique qui fixeront le parti qu’on doit prendre.
Quoiqu’il en soit de ce qui précède, il va sans dire que le point d’attaque une fois choisi, on doit s’y porter avec résolution , en employant le plus de troupes qu’il est possible, sans amener la confusion ; toutes les armes concourront h cet effort décisif. Mais jusque-là les diverses colonnes seront restées menaçantes sans se déployer, ou en ne le faisant qu’en partie, pour tenir l’ennemi incertain sur le côté où il sera attaqué. Une première attaque est-elle repoussée, on se réorganise pour revenir à la charge plusieurs fois s'il le faut. On ne doit point se décourager pour un premier revers, mais persister ; car ce sont les plus opiniâtres qui gagnent les batailles. Réussit-on au contraire du premier coup , on pousse vigoureusement l'ennemi pour ne pas lui laisser le temps de se reconnaître. On a un avantage immense quand on arrive sur des troupes déjà vaincues, chaque fois qu’elles cherchent à se rallier; elles perdent enfin contenance et fuient à vau-de-route.
Attaque des hauteurs. — Bien qu’il soit de règle d'attaquer les hauteurs dès le début, il faut cependant qu’elles soient abordables et que les troupes en y arrivant trouvent de la place pour s’étendre ; car si elles n’ont que des débouchés étroits pour défiler sous le feu de l’ennemi , si les soldats ne peuvent , pour
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ainsi dire, que se présenter un à un, il y a bien peu d'espoir de réussite; les troupes attaquantes seront enveloppées et écrasées à mesure qu’elles arriveront en haut, sans jamais parvenirà se former. C’est une position qu’il faut tourner. En 1810., le duc de Wellington occupait la forte position de Busaco, sur la route de Lisbonne; le maréchal Masséna vint l’y attaquer ; mais les troupes françaises ne pouvant arriver sur les hauteurs escarpées où l’armée anglaise était déployée, que par des chemins étroits et escarpés, ne parvinrent pas à s’y établir. La forme enveloppante de la position les plaçait sous des feux convergents, qui leur firent éprouver de grandes pertes. Après des efforts infructueux, quoique longtemps soutenus, il furent obligés à la retraite. Le lendemain, le maréchal manœuvra pour débusquer les Anglais de lenrs redoutables positions, et y réussit.
Mais il faut prendre garde qu’en cherchant a tourner une position, on s'expose k être pris en flanc pendant la manœuvre, et à voir sa propre ligne de communications coupée. On ne doit donc entreprendre un pareil mouvement, qu’en le couvrant par des forces suffisantes pour fermer tous les débouchés k l’ennemi.
Les hauteurs ne se présentent pas toujours de front; elles peuvent, au contraire, offrir une chaîne de collines perpendiculaire au front de bataille, et k laquelle les deux armées appuyent une de leurs ailes. Dans ce cas, l’attaque doit toujours partir des lieux dominants , puis descendre par échelons sur les différents étages des pentes pour se développer enfin dans la plaine; parce qu’a mesure qu’on fait des progrès sur la hauteur on dégage la croupe , et on prend en flanc les troupes qui occupent le bas. Ainsi, les deux armées AB, CD (fig. 19») ayant une de leurs ailes dans la plaine et l’autre sur une colline dirigée perpendiculairement k leur front commun , l’armée AB doit s’engager par sa droite pour débusquer la gauche de l’armée CD, avant de faire donner l'aile gauche B. Le centre E suit la droite et
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sert d'intermédiaire. L'altaqne est ainsi progressive de la droite à la gauche, et ne devient générale que lorsque l’aile droite et le centre ont réussi à repousser l’aile gauche et le centre de l’ennemi. L’ordre de bataille, de parallèle qu'H était d’abord , est devenu naturellement et par la foéce des choses oblique en échelons. C’est presque toujours ainsi que cela arrive.
Attaque enveloppante. — On cherche h envelopper l’ennemi pendant la bataille, soit par une de ses ailes, soit par toutes les deux, si l’on est assez fort pour cela ; car si l’on réussit , on est à peu près assuré de la victoire, les longues lignes que forment nos armées modernes étant presque sans défense contre une attaque dirigée en travers de leurs extrémités. Cependant il faut bien se garder de trop s’étendre pour atteindre ce but ; car la ligne, venant h s’affaiblir par cet excès de développement, pourrait être facilement enfoncée, comme les Russes l’ont éprouvé à Austerlitz. Mieux vaut rester concentré et lutter de front, que de gagner un flanc par de pareils moyens.
A plus forte raison doit-on s’abstenir d'envoyer des détachements par de longs circuits pour prendre l’ennemi à dos. Ces corps éloignés peuvent s'égarer ou être retenus par le débordement subit de quelque rivière ; l’ennemi peut marcher h eux et les écraser; la distance où ils se trouvent empêche de mettre de l'ensemble dans les manœuvres ; ils arrivent trop tôt ou trop tard; l’attaque est décousue, et le corps principal, mal secondé et très-affaibli, n’agit plus avec cette énergie qui assure le succès. A la bataille de Pultawa , Charles XII, ne doutant pas de la victoire, avait envoyé je général Creulz avec 5000 chevaux faire un long circuit pour prendre les Russes en flanc pendant qu’il les attaquerait de front. Creutz s’égara et ne parut point; la bataille fut perdue par les Suédois, qui se trouvèrent ainsi affaiblis quand il aurait fallu user de toutes leurs ressources. L’athlète rassemble ses forces pour lutter; il se lient ferme dan.
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son aplomb et fait tous ses mouvements près du corps. De même , une armée ne doit en aborder une autre qu'après avoir réuni tous ses bataillons; et le général qui la commande, bien loin de faire des détachements, doit se hâter de rappeler à lui les corps qui se trouvent momentanément éloignés; s’il juge convenable, pendant l’action , de porter quelque masse sur le flanc de l'ennemi, il aura soin de la lier au reste de l’armée par des corps intermédiaires, ou par une chaîne non interrompue de tirailleurs.
Attaque de flanc. — L’attaque de flanc proprement dite diffère de la manœuvre dont il est question plus haut, en ce que ce n’est pas seulement un corps qui prend l’ennemi en flanc , pendant que les autres le tiennent en échec sur son front , mais l’armée tout entière qui , dès le début , se trouve placée en travers de sa ligne , sous un angle plus ou moins ouvert , de manière a prendre cette ligne d’enfilade ou d’écharpe. Certes , c’est avoir obtenu un immense avantage que de s’être placé de la sorte , puisqu’on n’a d’abord affaire qu’à une portion de l’armée ennemie, et que, pour peu qu’on ait pu rassembler ses forces sur l’aile marchante , il y a les plus grandes probabilités que la partie attaquée sera culbutée , et successivement la ligne entière. Les avantages de l'ordre oblique se présentent ici dans tonte leur force. Mais est-il h présumer que l'ennemi se laisse prendre ainsi par le flanc , s'il n’est pas occupé d’un autre côté ? Ne lui est-il pas facile de déjouer le mouvement circulaire auquel il faut se livrer pour l’attaquer de la sorte , par un mouvement contraire? Ne peut-il pas opposer manœuvre à manœuvre; et, pendant que l'armée attaquante défile devant lui , ne peut-il pas la prendre sur le temps, en saisissant le moment où ses colonnes allongées s’engagent dans quelque bas-fond, pour se précipiter sur elles? Tout cela peut arriver, et rend l’attaque de flanc extrêmement chanceuse. Si le Grand Frédéric a dû la plupart de ses vie* toires à des attaques du genre de celles dont nous parlons .
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c'est d'abord qu’il avait affaire à une armée peu manœuvrière, qui s’enchaînait trop à ses positions, et, qu’en second lieu, il avait l’art de cacher sa marche préparatoire et d’attirer l’attention de l’ennemi sur un autre point par les démonstrations de son avant-garde.
En thèse générale, celui qui tourne est tourné ; s’il menace la communication de l’ennemi , il expose aussi la sienne. En sorte qu’une marche manœuvre qui a pour objet de porter l’armée , dès le début, sur un des flancs de l’ennemi ou sur ses derrières , ne peut être justifiable qu’aulant que les localités la favorisent et qu’elle peut être accomplie sans trop compromettre la ligne d’opérations. Par exemple l’armée M, fig. 20e) peut, avec des chances de succès et sans courir trop de risques , manœuvrer contre le flanc de l’armée N , si ■aligne d’opérations PQ, qu’elle est obligée de quitter momentanément est resserrée entre un fleuve et des montagnes. Car alors un faible corps m', restant à cheval sur cette ligne, couvert par quelque torrent encaissé , suffit pour garder le défilé, et s’opposer aux entreprises de l’ennemi, au moins assez de temps pour que la marche circulaire de l’armée puisse s’accomplir. Mais il faut encore que les passages latéraux, qui existeraient dans la montagne, soient gardés par d’autres troupes m, pour se mettre à l’abri de tout danger d’être soi-même attaqué par le flanc pendant la marche. Les localités exercent ici une telle influence , que le corps principal M et les deux corps secondaires m , ni', quoique séparés par des espaces assez considérables , n’en forment pas moins un tout lié dans ses parties , parce que les intervalles ne sont pas accessibles à l’ennemi, et que ces différents corps conservent entre eux des communications plus ou moins aisées par derrière la montagne et sur les sommités.
Voici un exemple à l’appui de ce qui précède. A la fameuse bataille d’Arcole, Napoléon porta toute son armée sur le flanc de l’armée autrichienne, par un mouvement que peu de gens avaient comprisavant qu’il l’eût lui-même expliqué. Les Fran-
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çais occupaient Vérone sur l’Adige ; les Autrichiens étaient campés de l’autre côté sous les murs de la ville et se préparaient k livrer l’assaut. Napoléon , qui jusque-lk avait été obligé de céder à un ennemi supérieur et de se couvrir de la rivière, descend pendant la nuit, passe l’Adige sur un pont de bateaux six lieues plus bas , et s’avance sur trois chaussées au milieu de grands marais sur la rive gauche , se dirigeant ainsi sur le flanc et sur les derrières de l’armée autrichienne. Le pont d’Aicole , situé sur l’Alpon , torrent tributaire de l’Adige , fut vivement disputé par le détachement de troupes qui le gardaient ; il ne put être forcé , ce qui fit manquer l’entreprise pour ce premier jour. Néanmoins l'armée autrichienne rétrograda, et Vérone fut sauvée. Le lendemain, nouvelles attaques sur le champ étroit que fournissent les digues ou chaussées au travers des marais. Les corps se poussent, se repoussent; tout doit céder k la valeur. Cette seconde journée se passa ainsi sans avantages décisifs. Enfin , au troisième jour, eut lieu la bataille de l'autre côté de l’AIpon , en avant du village d’Arcole, qui lui a donné son nom , et dont les Français avaient fini par s'emparer en faisant passer des troupes plus bas. Cette bataille fut décisive ; Alvinzy fut obligé de se retirer et de laisser les Français matires de leur conquête. On voit dans cet exemple que le but du général français fut de se porter, à la faveur des localités, sur le flanc de l’armée autrichienne, pour dégager Vérone. Le fleuve et les marais couvraient sa marche , qu’il sut d’ailleurs dérober en l’exécutant de nuit, après avoir fait croire aux habitants qu'il rassemblait toutes ses forces dans l’intention de disputer la ville aux Autrichiens ; il n’y laissa que la garnison strictement nécessaire pour repousser un coup de main , et se porta avec son armée sur le champ de bataille qu’il avait choisi ; champ de bataille qui privait l'ennemi des avantages de sa supériorité numérique, et lui ôtait toute possibilité d’entamer les communications ou la base de l’armée française.
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Il reste donc démontré que si parfois on peut se porter en masse sur le flanc de l’ennemi, ce n’est qu’à la faveur des obstacles naturels et en usant de certaines précautions, telles que de dérober une marche, d’occuper les débouchés par des détachements de forces suffisantes, de s’assurer des hauteurs, des bois, qui couvrent le flanc du côté de l’ennemi, etc. ; mais qu’en général, lorsqu’on en vient à une bataille, il faut aborder franchement son adversaire sans perdre son temps en mouvements latéraux pour le tourner, mouvements dangereux à vous-mêmes ou inutiles par la facilité qu'on a de les éluder. Après avoir attaqué de front, on dirige le principal effort sur une des extrémités de la ligne ennemie. Ce coup est difficile à parer, et si l’on a su cacher son projet jusqu’au moment où les masses qui doivent l’exécuter s’ébranlent, il est à présumer que le succès le couronnera. C’est ainsi que dans les circonstances ordinaires l’attaque d’une aile doit s’effectuer ; c’est seulement ainsi qu’elle est praticable dans tous les cas. L’attaque de flanc proprement dite ne peut être considérée que comme une exception, et doit être classée parmi les surprises, puisque pour réussir il faut dérober la marche-manœuvre qui la précède, soit à la faveur de la nuit ou des brouillards, soit en la dirigeant derrière des bois, une chaîne de collines, un grand fleuve ou tout autre rideau.
Ce sera ordinairement en partant de l’ordre parallèle renforcé, qu’on parviendra à se jeter sur le flanc de l’ennemi et à l’envelopper. Le marteau, dans l’ordre oblique , pourra le faire également.
La tactique enseigne aussi comment des corps, dans un simple déploiement, peuvent gagner du terrain, soit d’un côté, soit de l’autre, pour déborder une aile. Supposons, par exemple, qu’on veuille attaquer avec cinq bataillons un ennemi d’égale force, dans l'intention de le prendre en flanc. On s’avancera sur deux colonnes À et B (fig. 21e) en se dirigeant sur le centre de la ligne ennemie. La première colonne A sera de deux bataillons formés par divisions à demi-distance, la se-
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condc B de trois bataillons formés en masse et cachant un de leurs drapeaux. Aux yeux de l’ennemi les deux colonnes paraîtront égales; il ne saura pas de quel côté va se diriger le principal effort ; il croira à une attaque de front et parallèle, jusqu’à ce que les déploiements, protégés par les tirailleurs, lui montrent un cinquième bataillon, sur l’extrémité de son aile gauche. Les tirailleurs qu’on aura soin de porter contre la droite de l’ennemi, contribueront à faire réussir cette manœuvre qui doit amener la ruine du corps M, si, profitant du premier étonnement qu’elle aura causé, on pousse l'attaque avec vigueur. Ce qu’un faible corps a fait ici avec cinq bataillons, une armée peut le faire avec des colonnes nombreuses. Toutes ces têtes de colonnes qu'on présente à l’ennemi le tiennent dans l’incertitude, et c’est une raison de les faire avancer à même hauteur comme si on se disposait à se former dans l’ordre parallèle ; trompé de la sorte jusqu’au dernier moment, il ne peut prendre aucune mesure pour parer le coup qu’on lui prépare.
Si le terrain offre sur une des ailes quelque sinuosité à la faveur de laquelle une troupe puisse se glisser sans être aperçue, on ne manquera pas d’en profiter. Celte troupe, si faible qu’elle soit, paraissant tout à coup, étonnera l’ennemi ; et si on sait profiter du moment pour l’attaquer pendant qu’il est ébranlé, on doit le culbuter. Il y aura même telles circonstances où une troupe de paysans mal armés et poussant de grands cris au moment de se montrer, pourra rendre le même service ; l’illusion de l’ennemi sera plus complète si on donne à ces paysans quelques tambours et clairons. Cette ruse a été employée avec succès; avant que l'ennemi ait reconnu son erreur, il est déjà enfoncé. Bonaparte, à la bataille d’Arcole, envoya une trentaine de ses guides avec plusieurs trompettes sur les derrières de quelques bataillons ennemis qu’on ne pouvait débusquer; cette ruse les déconcerta et ils furent battus.
Attaque sur le centre. — Bien que le centre soit la partie forte d’un ordre de bataille, il est cependant des circonstances
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où il convient de diriger le principal effort sur ce point. C’est, par exemple, lorsqu’une hauteur, faisant la clef du champ de bataille, se trouve au centre de la ligne ennemie. Il faut bien alors se résoudre h prendre le taureau par les cornes, si l’on veut arrivera un résultat, et en conséquence diriger les plus vigoureux efforts contre ces hauteurs, qui une fois occupées, vous rendent maître du champ de bataille. Un avantage obtenu sur une des ailes ne mènerait à rien tant que l’ennemi resterait maître des hauteurs, et l’on serait toujours obligé d’en venir là pour le débusquer. Ainsi, quelque périlleux que soit ce genre d’attaque, il n’y a pas à hésiter, il faut le tenter comme le seul qui donne quelque chance de réussite, à moins qu’il n'y ail possibilité de tourner la position, auquel cas il vaudra mieux manœuvrer que de combattre. Quoiqu’il en soit, on fera de telles dispositions que l’élite des troupes se trouve vers le centre, et que tous les moyens possibles soient réunis pour assurer le succès. L’ordre naturel dans cette circonstance est l’ordre oblique en échelons par les deux ailes, présentant quelque chose d’analogue au coin des anciens. La tête AB de ce coin (fig. 22e) destinée h opérer le choc contre le centre de l’armée ennemie M, est renforcée par un redoublement de lignes et le rapprochement des réserves C. Au contraire , les échelons A' et B' des deux ailes , qui ne doivent s’engager que faiblement et seulement au degré nécessaire pour contenir les ailes de l'ennemi, sont formés sur une seule ligne ; et même peut-on en avoir retiré les compagnies de grenadiers et les avoir réunies en bataillons pour agir sur le centre. L’arüllerie, n’ayant pas d’action contre les hauteurs, s’efforcera de faire converger ses coups sur les parties de la ligne qui les joignent, pour ôter au centre M l’appui qu’il pourrait recevoir de ses ailes. Bref, on prendra pour favoriser l’attaque du centre toutes les mesures, que la nature des localités et les circonstances diverses peuvent dicter. Si l’on ne réussit pas dans cette attaque, malgré qu’on y ait fait concourir tous les corps qu’il a été possible d’y placer, qu’on ait appelé les ré-
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serves, qu’on soit revenu plusieurs fois à la charge, la bataille est perdue, il faut songer à la retraite. La figure, montrant l’armée M appuiée à des obstacles naturels qu’on ne peut tourner, explique pourquoi il a fallu tenter cette attaque périlleuse sur le centre.
Il est un Second cas où l’attaque sur le centre est convenable quand bien même l’armée ennemie est concentrée^ C’est lorsque celle-ci s’est placée devant un défilé qui ne lui laisse que peu de ressources pour la retraite, parce que si on parvient ù percer le centre et à s’emparer de l'entrée du défilé, l’ennemi est perdu; il est obligé de fuir en déroute en abandonnant ses bagages et laissant une grande quantité de prisonniers. L’entrée du défilé est dans ce cas la clef du champ de bataille. Napoléon à Waterloo a dirigé ses principaux efforts sur le centre de l'armée anglaise, parce que celle-ci, adossée à la grande forêt de Soignes, n’avait de retraite pour sa cavalerie et ses bagages que par la grande route de Bruxelles. Si celte attaque n’a pas réussi, c’est que les défenseurs ne le cédaient point en bravoure aux assaillants, qu’ils les surpassaient en nombre, et que vers la fin de la bataille un secours considérable leur est arrivé, qui a décidé la victoire en leur faveur.
L’attaque sur le centre, qui n’est qu’un cas d'exception quand l’armée ennemie est concentrée, devient la règle quand au contraire elle est mal liée, que les divers corps qui la composent sont éloignés les uns des autres, et que, pour cette raison, la ligne a trop d’étendue. En faisant de simples démonstrations sur les extrémités de cette longue ligne et se précipitant tête baissée dans le milieu, on est à peu près certain de la percer et d’isoler les deux ailes qui ne parviendront jamais à se rejoindre après la déroute du centre. On pourra donc, si l’on sait mettre le temps à profit, les envelopper #t les détruire l’une après l’autre, ou les obliger à fuir chacune de son côté. En 1808, l’armée espagnole, forte de 45,000 combattants, prit position en avant de Tudela; mais le général Cas-
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tanos au lieu de la rassembler sur un espace de trois mille mètres environ, comme cela devait se faire, la déploya sur une ligne d’une lieue et demie d’étendue. Le maréchal Lannes, qui commandait l’armée française, ayant reconnu le vice de cette disposition, ordonna d’attaquer par le centre. Une division d’infanterie l'enfonça promptement; la cavalerie, passant par la trouée et tournant à gauche, enveloppa l’aile droite de l’ennemi et la mit en pleine déroule. L’aile gauche, ne pouvant plus résister, quoique composée des meilleures troupes, dut précipiter sa retraite.
Concentration. — De quelque manière que se fasse l’attaque , qu’elle soit dirigée sur une des ailes ou sur le centre , qu’elle parte d’un ordre parallèle renforcé ou d’un ordre oblique , il faut toujours que la masse destinée h faire effort soit composée de toutes armes et réunisse le plus de bataillons , d’escadrons et de batteries qü’il sera possible d’en faire agir sans amener le désordre. Rien ne doit être négligé pour que le coup qui sera porté par cette masse soit décisif. Les lignes y seront redoublées , les réserves s’en rapprocheront. C’est du concours simultané de tous les efforts partiels , de la franche et vigoureuse coopération de tous les corps , de l’utilisation de tous les moyens, que le succès dépend.
Pour donner une idée de la manière dont s’opère la concentration , nous supposerons qu’une armée , composée de quatre divisions fédérales et d’une artillerie de réserve, agisse dans un terrain découvert et se propose de faire effort par sa droite après avoir engagé son centre. Ces quatre divisions seront chacune de dix bataillons partagés en deux brigades , de cinq compagnies de carabiniers , deux batteries et deux escadrons. Il y aura en outre dix batteries, quatre escadrons et dix compagnies de carabiniers supplémentaires. L’armée , d’après l’organisation fédérale actuelle , sera forte de 37,000 hommes , savoir :
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40 bataillons à 750 hommes , 30,000 12 escadrons à 120 id. 1,440
18 batteries à 130 id. 2,340
50 compagnies de carabiniers , 3,000
2 compagnies du génie , 200
Total. . . 36,980
ou, en compte rond , 37,000 hommes.
Si nous avons mis si peu de cavalerie dans la composition de cette armée , et seulement deux pièces par mille hommes, c’est pour nous tenir aussi près que possible de ce qui arriverait si jamais la Suisse était appelée à mettre ses troupes sur pied. Dans tout autre pays, la cavalerie serait beaucoup plus nombreuse et l’artillerie irait jusqu'à trois pièces par mille hommes.
Nous supposerons maintenant que l’avant-garde ait été rejointe la veille, et que toutes les troupes qui la composaient soient rentrées à leurs corps respectifs ; que. le général, dans l’intention de livrer bataille, ait réuni à la réserve toute la cavalerie des divisions pour en former deux brigades de combat ; qu'il ait de même groupé toute son artillerie disponible et ses carabiniers ; qu’enfin il ait désigné celle de ses quatre divisions qui, jointe aux troupes dont on vient de parler, composera la réserve de l’armée.
Le général est dans l’intention de faire effort par sa droite; il renforce en conséquence la division de droite de cinq compagnies de carabiniers. Elle en a donc dix ; les deux autres en ont cinq et la réserve dix. Il laisse aux trois divisions qui doivent entrer en ligne leurs batteries. Il est déjà convenu avec ses lieutenants que pour donner plus de force à l’attaque , ils ne prendront dans leurs déploiements que l’étendue de quatre bataillons , leur laissant d’ailleurs la faculté de disposer des bataillons de surplus comme ils le jugeront convenable, et de manière à répondre le mieux possible à la disposition générale de la bataille.
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Cette disposition est concertée de la veille, mais elle n’est confirmée que le jour même , après que le général a parcouru rapidement le champ de bataille pour s’assurer que rien n’a été changé dans la position de l’ennemi; il dicte alors l’ordre suivant , qn’il envoie à tous les commandants de division.
L’effort principal aura lieu par la droite. La gauche sera refusée.
L’armée s’avancera sur trois colonnes à même hauteur et à distance de déploiement.
La réserve suivra la colonne du centre.
Chaque colonne se fera précéder d’une avant-garde composée des carabiniers et des chasseurs des premières brigades, avec une batterie.
Le déploiement s'effectuera dans l’ordre naturel; chaque brigade formant une ligne, l’artillerie à droite , les carabiniers en échiquier avec les bataillons et les chasseurs doublant leurs ailes.
Si, pendant la bataille, l’artillerie avait à se porter quelque part sur le front , les bataillons se ploieraient en colonne pour lui faire place.
En vertu de cet ordre , les divisions se sont avancées de front en prenant entre elles les intervalles prescrits, et envoyant leurs avant-gardes h 1 ,000 ou 1,500 pas en avant. Elles commencent leur déploiement ou signal de trois coups de canon partis de la réserve.
Lorsque les trois avant-gardes sont arrivées h bonne distance de l’ennemi , les carabiniers se sont portés sur le front pour y former la chaîne et engager l’action avec les tirailleurs ennemis. Les compagnies de chasseurs se sont placées derrière eux pour les appuyer, chacune dans une position correspondante au bataillon auquel elle appartient. Mais les batteries n’ont pas attendu ce moment pour commencer leur feu ; dans la marche en avant elles se sont arrêtées pour envoyer à
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l’ennemi quelques boulets , chaque fois qu’elles ont aperçu ses masses.
Le combat des tirailleurs se Soutient ainsi plus ou moins longtemps, jusqu’à ce qu’ils soient repoussés, ou qu’à un ordre donné, leurs chaînes se replient pour se rapprocher de la ligne de bataille qui s’est formée pendant ce temps. Les batteries partent au trot pour aller se réunir à celles qui sont déjà en position. Les chasseurs relèvent les carabiniers, qui vont se rallier derrière eux; une moitié forme la chaîne , l’autre les soutient, et* dans cet ordre, toute la chaîne des tirailleurs opère sa retraite en répondant aux tirailleurs ennemis et en se dirigeant vers les intervalles des bataillons. Ils démasquent d’abord les batteries qui entrent aussitôt en jeu. Les carabiniers se placent en échiquier, comme il leur est prescrit ; les chasseurs , en s’écoulant, viennent donbler les ailes des bataillons, et l’ordre de bataille est complété.
Alors les deux premières divisions entrent en action ; elles ouvrent leur feu, si l’ennemi est à bonne distance , ou marchent à lui l’arme au bras. Quant à la troisième, elle se borne à canonner devant elle et à faire montre de ses forces; elle n’entrera en action qu’après les autres et qu’autant que cela sera nécessaire pour contenir la droite de l’ennemi.
La figure 25e montre ces dispositions et de quelle manière les commandants des divisions se sont conformés à l'esprit de leur instruction : le commandant de la première a retiré de chaque ligne un bataillon pour se former une petite réserve dont il puisse disposer au besoin , et l'a placée derrière le centre ; il s’est préparé à aborder l’ennemi , dans l’ordre parallèle. Le commandant de la seconde division a formé sa première ligne en deux échelons, mais il a doublé le bataillon de la droite pour renforcer cette aile qui doit agir ; il a mis tous ses carabiniers en première ligne ; sa seconde ligne ne présente d’autre particularité sinon que les trois bataillons de droite sont plus rapprochés les uns des autres que ceux de gauche , toujours dans la même intention d’agir vigoureuse-
t)ES BATAILLES.
ment de ce côté. Le commandant de la troisième division , pour refuser sa gauche, a déployé sa première ligne en échelons par bataillons à 150 pas ; il a porté une de ses batteries à gauche pour couvrir ses échelons et tenir l’ennemi dans l’appréhension d’une attaque de ce côté ; les cinq compagnies de carabiniers sont auprès de cette batterie pour la soutenir, et les chasseurs forment la chaîne devant les bataillons ; la seconde brigade est restée en colonne sur la route.
Cependant le général en chef, qui déjà a placé sa réserve derrière le centre de la première division , voyant que l’affaire est sérieusement engagée et que le moment est venu de développer ses projets , détache une brigade de la réserve avec quatre compagnies de carabiniers , six batteries et la moitié de sa cavalerie. Il envoie verbalement les ordres suivants ;
A l’artillerie , d’aller se placer à la droite et à la gauche des deux batteries de la première division , et de prendre^ autant que possible , les lignes ennemies en écharpe,
A l’infanterie, de se masser sur la droite de l’artillerie pour la protéger, en se précaulionnant contre les attaques de la cavalerie. La fumée du canon favorisera ce mouvement.
A la cavalerie , de suivre l’infanterie et de l’échelonner sur la droite. Tout en repoussant par des attaques de flanc les entreprises de la cavalerie ennemie , elle évitera de se compromettre , vu son infériorité.
Le général envoie encore, d’un autre côté, deux batteries, pour renforcer celles de la seconde division.
Ces mouvements sont en pleine exécution dans notre figure. On y voit quatre batteries qui se sont déjà mises en ligne , deux à droite et deux à gauche de celles de la première division ; les deux dernières arrivent pour former un crochet à droite et empêcher que l’ennemi ne prenne la batterie en rouage ; elle fera un à gauche et se mettra en ligne dès qu’elle le pourra sans trop de danger.
Les bataillons de droite et de gauche de la première divi-
DGS BATAIM.KS.
sion onl dû se ployer en colonne pour faire place à l’artillerie ; ceux de seconde ligne ont aussi appuyé vers le centre , pour ne pas se trouver derrière les batteries.
La brigade d’infanterie gagne du terrain sur la droite; elle est couverte par les quatre compagnies de carabiniers prêtes à former la chaîne, et peut, suivant les besoins, charger l’ennemi en masse, déployer ses bataillons de tête, ou former des carrés pour appuyer l’extrémité de la ligne.
La cavalerie s’est portée encore plus à droite et en arrière ; elle s’est déployée pour paraître plus nombreuse, en gardant toutefois deux escadrons en colonne pour sa propre sûreté.
L’ordre de bataille va ainsi devenir oblique , de parallèle qu’il était d’abord, et l’ennemi sera tourné s’il ne se hûte de faire faire à sa gauche un mouvement de retraite. La figure , mettant 600 à 700 pas entre les deux armées , suppose ou que l’ennemi ne s’est encore engagé qu’avec son artillerie et ses tirailleurs , ou qu’il s’est déjà retiré pour éluder l'attaque de flanc dont il est menacé. Mais cela ne fait rien pour les mouvements qui viennent d’être tracés; ils sont encore plus décisifs si les armées sont à portée de mousqueterie.
La réserve étant affaiblie par suite de ces mouvements , le général envoie l’ordre h la seconde brigade de la troisième division de se rapprocher pour servir au besoin de seconde réserve ; cette brigade s’est avancée en colonne et par le flanc jusqu’au centre, et y attend de nouveaux ordres.
Lorsque la première division voudra se porter en avant, elle marchera d’abord avec ses deux bataillons déployés uo fournir quelques feux à bonne distance ; et , le moment de charger étant venu , ces bataillons se ploieront en colonne , ceux de la seconde ligne se placeront dans leurs intervalles, et, tous ensemble, ils s’avanceront l’arme au bras et en battant la charge. S’il faut croiser la baïonnette , ils ne le feront qu’à dix pas de l’ennemi. C’est une mauvaise méthode de la croiser plutôt, la marche en est gênée et l’aligne-
fïf.S BATAILLES.
ment dérangé'; au reste l’ennemi vous donne rarement l’occasion de vous servir de ce dernier moyen ; il n’attend pas que vous soyez sur lui pour se retirer. S’il faut se déployer une seconde fois, ce seront les bataillons de la seconde ligne qui le feront; ceux de première ligne prendront leur place. Pendant ces manœuvres les carabiniers et les chasseurs, placés dans les intervalles des colonnes, trouveront bien l’occasion de faire quelques décharges.
Dans le mouvement général, le centre suivra la droite , cherchant toujours h gagner du terrain ; car c’est ainsi qu’on gagne les batailles. S’il se fait quelqu’ ouverture dans la ligne par suite des manœuvres , les bataillons de seconde ligne sont là pour la fermer. Les chefs doivent mettre tous leurs soins à ce que l’attaque se propage graduellement de la droite à la gauche , et à éviter les mouvements décousus. De la sorte l’aile gauche elle-même qui , au commencement , a été refusée , entrera en ligne et l’action sera générale. Partout nos troupes seront aux prises avec l’ennemi , qui débordé par sa gauche et heurté de front par des bataillons doublés , doit être enfoncé, à moins qu’il n’ait une artillerie supérieure ; car de nos jours cette arme est si bien servie, que sur un terrain découvert comme celui que nous avons supposé, elle assure, presque à elle seule, le succès des batailles.
En voilà assez pour faire comprendre à nos jeunes officiers comment on parvient à réunir sur un point donné une grande masse de forces et à les mettre enjeu. Ils remarqueront en effet que sur la droite, devenue centre par suite du mouvement offensif qu’on vient d’expliquer, la troupe est formée en réalité sur trois lignes. Nous aurions pu sans doute renforcer encore cette disposition, en formant un plus grand nombre de bataillons en colonne et les serrant davantage ; mais ils auraient donné trop de prise à l’artillerie ennemie , et nous serions tombés dans l’inconvénient de réduire à l’inaction une partie de nos troupes. Avec les armes modernes le problème à résoudre est de s’étendre sans s’affaiblir , de déployer le plus de feux sans compromettre la ligne de bataille.
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L’exemple que nous avons choisi suppose un terrain plat et entièrement ouvert, où l'artillerie joue le premier rôle. Gela ne se présenterait jamais chez nous; en conséquence les dispositions devraient être modifiées selon que les localités l’exigeraient. Les troupes d’attaque resteraient davantage en colonnes , pour chercher les passages les plus praticables ; leurs tirailleurs y soutiendraient plus longtemps le combat ; ayant moins à redouter le canon de l’ennemi , elles s’avanceraient de plus près et feraient plus souvent usage des petites armes; l’attaque à la baïonnette y serait plus fréquente; l’artillerie subordonnerait ses mouvements à ceux de l’infanterie ; elle y serait plus fractionnée , faute d’espace pour se déployer en grandes batteries ; enfin la cavalerie , ne trouvant entre les bois et les rochers que de petites plaines pour agir, devrait le plus souvent rester spectatrice du combat jusqu’au moment de la poursuite.
On conçoit encore que , même en pays découvert , on ne pourra pas manœuvrer avec celte régularité méthodique , cette exacte répartition des distances , que nous avons mises dans notre exemple , lorsqu’on rencontrera l’ennemi sur son chemin, et qu’on devra le combattre le jour même. Bien souvent l’affaire s'engagera quand il n’y aura encore que deux divisions réunies. Quelquefois une seule division, avec l’avantgarde , aura à soutenir pendant quelque temps les premiers efforts de l’armée ennemie ; mais les autres viendront successivement se mettre en ligne à côté d'elle. L’attaque oblique en échelons sera la conséquence nécessaire de cette circonstance , et le général, après avoir pourvu au plus pressé, donnera aux différents corps , et h mesure qu’ils arriveront sur le champ de bataille , les ordres les plus conformes au besoin du moment. C’est alors qu’un chef habile montre sa capacité : il n’a pour guide que son coup-d’œil ; le temps lui manque pour se livrer à de longues méditations ; il faut qu’il prenne son parti sur-le-champ , que ses combinaisons soient simples , ses ordres brefs , et qu’il puisse conserver une tête