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d’ailleurs la disposition qui ait été adoptée pour les ouvrages. Si la tête de pont n’a d’autre objet que de couvrir immédiatement le débouché et de permettre à un petit corps d’observation de se tenir au delà de la rivière , ou à des détachements de cavalerie d'aller faire des reconnaissances dans les environs sans crainte de se voir coupés de leur point de retraite , elle peut se réduire à un seul ouvrage, tel qu’une lunette , un bonnet de prêtre , ou un front bastionné avec longues branches sur les côtés. Mais quand elle doit jouer un rôle plus important , qu’elle est destinée à favoriser la retraite d’un corps principal et à le recevoir au besoin dans son intérieur, la tête de pont doit être construite sur de tout autres proportions. Il faut d’abord qu’elle laisse, entre les ouvrages et la rivière, une vaste étendue où les troupes puissent se réunir sans trop d’encombrement. Elle doit présenter extérieurement une chaîne d’ouvrages détachés , h bonne distance les uns des autres et se flanquant mutuellement. Ces ouvrages , bien armés et pourvus, si possible, de grosse artillerie, fraisés et palissadés à leurs gorges , forment les points solides de la position , autour desquels et entre lesquels les troupes défensives manœuvreront. Intérieurement , un ouvrage capital servira tout à la fois de réduit pour les ouvrages avancés , et de protection immédiate à l’entrée du pont. Cet ouvrage sera ou un vaste bonnet de prêtre , ou une couronne , ou un ouvrage à cornes , suivant le cas et la nature des localités. En « arrière du pont, sur la rive occupée, de fortes batteries seront disposées pour flanquer les ouvrages avancés , en appuyer les ailes, et pour couper le pont si cela devient nécessaire. Voyez , pour de plus amples détails, le Mémorial des travaux de guerre , chap. VII.
La tête de pont d’Aarberg est basée sur ces principes. Elle était destinée à recevoir au besoin une division entière de 12 à 13,000 hommes, et à pouvoir néanmoins être défendue par une seule brigade, jusqu’il l’arrivée des secours. Dix ouvrages de formes et de grandeurs diverses devaient former l’enceinte
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extérieure sur une circonférence de 7 à 800 mètres de rayon . Trois seulement de ces ouvrages ont été exécutés; ce sont ceux qui occupent les hauteurs et qui interceptent les principales routes. On peut les regarder comme le noyau de la défense, aussi ont-ils été faits à grands profils et à fort relief. Les ouvrages intermédiaires qui complètent la disposition , étant moins importants , se construiraient facilement au moment du besoin. Les ressources bornées de la Confédération obligent h faire ces économies. Pour bien juger cette grande tète de pont, il ne faut pas séparer les ouvrages qui restent à faire de ceux qui sont exécutéset soigneusement entretenus , de même qu’il faut se figurer ces derniers fraisés dans tout leur pourtour et fortement palissadés à leur gorge. Le réduit de la tête de pont est une espèce de grand redan à ailerons qui fut construit en 1815. On ne lui aurait fait subir qu’une légère modification pour en tirer parti.
II peut quelquefois convenir de substituer à la disposition précédente un seul fortin jeté en avant du pont, h une distance telle , que , sans cesser de le couvrir, il laisse cependant un intervalle assez grand pour rassembler sous sa protection des forces capables d’agir extérieurement, ou pour recevoir une division en retraite. Onlronve les vestiges d’un pareil ouvrage construit par le duc de Rohan , à 450 mètres de la Tardis- Bruck, dans l’angle formé par la Landquart et le Rhin. C’est un fort ii quatre bastions, de 250 mètres de côté, avec demilunes ; on en reconnaît encore très-bien la forme. Lorsque la Landquart roule d’abondantes eaux, ce fort est très- bien placé pour couvrir également le pont sur celle rivière (route de Coire), et celui du Rhin (route de Ragatz). Mais lorsque ses eaux sont basses, ou que seulement elle est guéable , ce qui arrive souvent , on peut le tourner pour se porter par les bords du Rhin- sur la Tardis-Bruck.
La rivière , au lieu de se présenter en travers de la ligne d’opérations de l’ennemi, peut lui être parallèle. Dans ce cas, il faut fortifier des deux côtés le pont qu’on veut conserver,
ogle
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car on ne sait pas de quel côté l’attaque aura lieu. Du reste , les principes à appliquer sur chaque rive isolément, sont les mêmes que dans le cas précédent.
Ces doubles têtes de pont offrent de grands avantages défensifs à une troupe manœuvrière : elles permettent de passer d'un côté quand l'ennemi se présente de l’autre, et de mettre toujours la rivière entre lui et soi, en ne laissant dans les ouvrages que la garnison nécessaire h leur défense , laquelle, pouvant toujours être renouvelée ou renforcée , fera une belle résistance. Du reste, l’ennemi n’ira pas outre si le corps qui occupe la tête de pont est de quelqu'importance , car il perdrait sa ligne d’opérations. Il faut donc qu’il procède contre cette tête de pont. On l’oblige ainsi à attaquer une position fortifiée; il y perdra nécessairement du temps et du monde. S’il se partage pour entourer la position et la prendre des deux côtés à la fois , l’armée défensive peut, au moyen du pont dont elle est maltresse , se porter tout entière contre une des parties et l’écraser. Il est à présumer, qu’à moins d’une telle supériorité de forces que toute proportion cesse , l’attaquant ne se présentera que d’un côté ; dès-lors il ne faut pas considérer une double tête de pont comme une place de guerre exposée à un siège. Elle est encore très-bonne , lors même que les ouvrages d’une rive sont vus et plongés de la rive opposée , pourvu qu’ils ne présentent pas ce défaut du côté où ils font face, et que du reste ils satisfassent à toutes les conditions du tracé; car il faut supposer, nous le répétons^que lorsque l'ennemi se présente d’un côté vous êtes en forces de l’autre. Une forteresse , au contraire , qui ne renferme souvent qu’une faible garnison et qui doit se suffire à elle-même, sera nécessairement entourée quand l'ennemi voudra en faire le siège. Il faut donc qu’elle soit si bien défilée qu’on ne puisse de nulle part voir ou tirer dans ses ouvrages. Telle est la différence d’une forteresse à une double tête de pont construite uniquement pour favoriser les manœuvres défensives d’une armée. Celle-ci résulte du rapprochement accidentel de deux
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ouvrages de guerre indépendants , ou pouvant être regardés comme tels; l’autre forme un ensemble dont rien ne peut être séparé.
Nous avons eu aussi l’occasion de construire quelques ouvrages à Saint-Maurice, dans le principe des doubles têtes de pont. Pour bien juger cette importante position , qui ferme les trois routes de Marligny, de Thonon et de Villeneuve , il faut bien se pénétrer des principes ci-dessus énoncés , et comprendre ce que peut faire une division entière qui en occupe toutes les hauteurs. Nous devons , au reste , ajouter que les fortifications qui existent en attendaient d’autres dont l’exécution avait été remise au moment du besoin. Elles ne sont que le réduit de la position qui assure la possession du pont , le pivot des manœuvres que les troupes de toutes armes auraient eu à exécuter pour se maintenir et repousser l’ennemi.
Les forterèsses, à moins qu’elles ne soient très-vastes et pourvues d’ouvrages avancés , ne peuvent pas rendre à une armée les mêmes services que les têtes de pont construites ad hoc , lors même que celles-ci n’ont point d’escarpe en maçonnerie; parce que l’espace intérieur des forteresses est trop restreint, et que les défilés des portes sont beaucoup trop étroits pour que l’armée puisse promptement s’écouler dans une retraite, ou en déboucher en forces pour l’attaque. Mais elles offrent d’excellents réduits, et au moyen d’un camp retranché construit en avant, elles acquièrent d’éminentes propriétés défensives. C’est pourquoi , lorsqu’on les possède , il faut se garder de les détruire. Pour nous, en particulier, qui avons si peu d’argent à mettre aux fortifications, nous devons y regarder à deux fois avant de renverser des remparts , si vieux qu’ils paraissent , quand ces remparts nous assurent la possession des ponts sur nos principales rivières.
Une forteresse, quoique petite, sera encore une bonne tête de pont lorsqu’elle sera séparée de huit à neuf cents mètres de la rivière et des ponts qu’elle protège , parce que l’espace n’est pas assez grand pour que l’ennemi s’y jette sans s'ex-
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poser à d’immenses dangers, et qu’il est suffisant pour le rassemblement des défenseurs. C’est ce que nous avons déjà dit en parlant des têtes de pont détachées, telle que celle du duc de Rohan. La différence, s’il y en a une, est toute en faveur de la forteresse , parce que les fortifications en sont plus solides. Napoléon recommande quelque part cette disposition.
Nous terminerons ce que nous avons à dire sur les têtes de pont en citant textuellement l’archiduc Charles sur ce sujet : * Il n’y a pas de meilleure attitude défensive , dit-il , que lorsqu’on occupe des points par lesquels on menace continuellement l’ennemi d’une attaque et on l’oblige de penser à sa propre sûreté. Rien ne remplit mieux cet objet que des têtes de pont en arrière desquelles on fait cantonner les troupes. Toute autre position peut être tournée. Mais une tête de pont bien construite, mise à l’abri d’un coup de main et couvrant parfaitement le passage qu’elle défend , û’est sujette à aucun des inconvénients si redoutables à d’autres postes , parce qu’elle ne peut jamais manquer ni d’une garnison suffisante, ni de vivres, ni de munitions de guerre. L’ennemi est réduit à observer sans cesse un débouché par lequel des forces supérieures peuvent se porter sur lui. »
Lorsqu’on se restreint à la défensive absolue de la rivière, ce qui est toujours un pis-aller, il faut porter une attention particulière sur les points où l’ennemi pourrait jeter avantageusement un pont. Ces endroits sont ceux où la rivière forme en dehors un coude très-prononcé, parce qu’ une telle forme favorise l’établissement de batteries à feux croisés, sous la protection desquelles s’effectueraient des débarquements successifs. Ce sont encore les endroits où la rivière est partagée en plusieurs bras par des îles qui couvrent les préparatifs du passage ; ceux où viennent aboutir des rivières tributaires, à la faveur desquelles l’ennemi pourrait faire arriver de l’intérieur ses bateaux, ses pontons et tous leurs agrès. On dressera donc des batteries en ces endroits ; on y construira même des redoutes, des fortins, dans les emplacements qui découvrent
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le mieux les rives. On y tiendra habituellement une garde qui sera détachée du corps d’observation le plus voisin, lequel, dans ce cas, ne saurait être éloigné.
Quand le temps manque pour confectionner ces ouvrages, on y supplée par de simples tranchées ou bourrelets de terre, construits rapidement en arrière du coude de la rivière et de manière à envelopper l’espace où les troupes se formeraient après avoir opéré leur débarquement. Ces tranchées occupant, autant que possible , les parties élevées du terrain , forment comme un demi-cercle dans l’intérieur duquel l’ennemi sera exposé à des feux convergents et meurtriers ; on cherche à les dérober au canon de l’autre rive, et on a soin de ne pas trop approcher leurs extrémités du bord quand il est dominé ; sans ces précautions la tranchée serait prise d'enfilade et rendue intenable. Les premières troupes qui viennent au secours des avant-postes quand l'attaque est connue, se jettent dans ces tranchées et font tous leurs efforts pour s’y maintenir jusqu’à ce que les réserves arrivent. C’est ainsi qu’en usa le duc de Vendôme devant le prince Eugène qui, lui ayant dérobé une marche, s'efforça de jeter un pont sur i’Adda dans un endroit très-favorable. Vendôme accourut en toute hâte et arriva avant que le pont fût terminé ; il essaya en vain d’arrêter les travaux des pontonniers ; ils étaient trop bien protégés par l’artillerie pour qu’on pùt en approcher. Cependant il fallait empêcher l’armée impériale de déboucher : Vendôme chercha donc à se poster de manière à envelopper l’armée ennemie ; il fit construire avec une rapidité incroyable une levée de terre formant comme un demi-cercle autour des impériaux. Elle fut achevée presque en même temps que les ponts. Le prince Eugène, jugeant dès-lors le passage impossible, ordonna la retraite.
Quand on peut ainsi prendre l’attaquant en flagrant délit avant qu’il ait achevé ses ponts, on a sur lui un immense avantage ; son artillerie, sa cavalerie et une grande partie de son infanterie sont de l’autre côté. Le peu de troupes qu’il a pu
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faire passer par des transports successifs, est loin de suffire pour forcer les corps qui se sont réunis à quitter la rive; et, lors même qu’il parviendrait à se maintenir et à terminer ses ponts, il aurait une peine extrême à en déboucher, l'espace lui manquant pour se déployer sous le feu convergent des batteries défensives et sous celui non moins meurtrier des carabiniers.
On arrive au même résultat si les ponts étant achevés on parvient h les rompre avant que le gros de l’armée ait passé. Aussi faut-il tout essayer pour atteindre ce but : on charge de gros bateaux d'autant de pierres qu’ils en peuvent contenir, on construit des radeaux composés de gros troncs d’arbres, et on les lâche tous ensemble au courant. Il est difficile, si le fleuve a quelque rapidité comme le Rhône, le Rhin et la plupart des rivières qui arrosent la Suisse, que quelques-uns de ces corps flottants, si ce n’est tous, ne viennent pas heurter les ponts et les rompre. C’est ainsi qu’en 1809 les Autrichiens réussirent à séparer en deux l’armée française, en abandonnant au courant quelques-uns de ces moulins flottants qui se trouvent sur le Danube. Les corps qui avaient passé les premiers, et qui décrétaient maîtres de Gros-Aspem et d’Esling sur la rive gauche, se virent enveloppés par l’armée entière de l’archiduc Charles et obligés, après une résistance héroïque mais vaine, de rentrer dans la grande lie de Lobau, que forment les bras du Danube en cet endroit. Après cet échec, il fallut aux Français deux mois de persévérance et d’immenses travaux pour construire plusieurs ponts solides et des estacades destinées h les préserver de nouveaux malheurs. Ces ponts, faits de pilotis, sous la direction du général Bertrand, sont le plus bel ouvrage de ce genre qui ait été fait par des armées, depuis le fameux pont que César construisit sur le Rhin, ne trouvant pas qu’il y eût assez do sûreté ni qu’il fût de la dignité romaine de passer ce fleuve en bateaux.
Moyens secondaires. — Les plus grandes difficultés qu’on rencontre dans la défense des rivières, c’est de ne pas se lais-
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ser tromper par de fausses démonstrations, et d’être averti à temps du véritable passage. Il faut des officiers de grande expérience dans les postes d'observation , qui ne perdent point la tête à la première alerte et ne prennent pas aisément le change. Quant au second objet, celui d’être promptement averti des entreprises de l’ennemi, on y parvient, comme il a été dit plus haut, au moyen de signaux convenus pour le jour et pour la nuit, tels qu’un certain nombre de coups de canon, tirés à intervalles déterminés, des fusées volantes, de grands feux allumés sur les sommités les plus visibles du terrain environnant, etc. Ce dernier moyen expose facilement aux méprises si on ne prend pas toutes les précautions pour les éviter, parce que les bergers sont dans l’habitude d’allumer des feux la nuit pour garder leurs troupeaux. On peut encore, en organisant un service d’estafettes, avoir trèspromptement des nouvelles de l’ennemi. C’est peut-être le moyen le plus simple ; c’est h coup sur le moins sujet à erreur et il est toujours bon de se le ménager, indépendamment des autres. II est enfin possible d’établir quelques télégraphes dont les pièces pourraient être préparées d’avance et faire partie du matériel de l’armée. Le général Suchet en usa ainsi pour la défense du Var en 1800; il fit établir un télégraphe dans lé fort Montalban d'où il était facile d’observer une grande partie des mouvements de l’armée autrichienne. Un second télégraphe fut placé à Gilette, sur la rive droite du Var. L'un et l’autre correspondaient avec un troisième établi au quartier général de St-Laurent. Ce moyen d’obtenir rapidement des avis, sert également à transmettre des ordres, et, sous ce rapport, rien ne peut le remplacer quand les distances k parcourir sont un peu grandes, et qu’un temps clair en favorise l’emploi.
Il est ensuite une loi militaire, une loi d’honneur qu’il ne faut jamais violer, c’est d’aller au canon quand son bruit se fait entendre distinctement et se prolonge assez pour qu’on ne puisse pas douter d'un engagement sérieux. Aucune ex-
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case ne saurait être bonne pour un chef qui serait resté immobile dans sa position quand le tonnerre lointain du canon lui aurait fait savoir qu’une grande affaire a lieu à quelque distance. Il ne peut pas même alléguer des ordres supérieurs, car des ordres contraires ont pu être interceptés, les officiers qui les portaient ont pu être tués. C’est à lui de juger le degré d’urgence, de prendre quelque chose sous sa responsabilité personnelle pour voler où l’honneur et le danger l’appellent. Si le soldat, si l’officier subalterne doivent obéissance entière aux ordrep que leur donnent les supérieurs; s’il leur est interdit d’y rien changer de leur propre mouvement, il n’en est pas de même d’un chef dont l'intelligence est plus développée, le coup d’œil plus.sûr, et qui ordinairement a plus d’expérience des choses; il conserve nécessairement une certaine latitude dans son commandement pour se conduire suivant les circonstances et pourvoir aux cas imprévus.
Manœuvres. — Aussitôt que l’alerte est donnée, les postes les plus voisins accourent vers le point de passage et chargent, en quelque nombre qu’elles soient, les premières troupes qui ont pris pied en deçà, pour tâcher de les jeter dans la rivière avant qu’il en débarque d’autres, ou tout au moins ils font leur possible pour se maintenir, à la faveur des haies, des broussailles, des jetées qui se trouvent souvent sur le bord des cours d’eau, jusqu’à ce que des renforts arrivent. Si l’ennemi a commis l’imprudence de commencer l’établissement du pont avant d’être maître du terrain sur les deux rives, les carabiniers, pendant l’action, tâchent de s’approcher assez pour découvrir les pontonniers et les ajuster. C’est ainsi qu’en 1799 les carabiniers suisses firent échouer le passage de l’Aar tenté à Dettingen par l’armée autrichienne. En vain une artillerie formidable balayait la rive gauche, les carabiniers, se glissant le long du bord et se couvrant de tous les accidents qu’offrait le terrain, parvinrent à s’embusquer et à abattre les pontonniers qui osaient encore se montrer. Les bateaux mal retenus
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sur un fond rocailleux, désemparés et privés de leurs conducteurs, dérivaient au courant, il étajt aussi périlleux que difficile de les faire remonter. L’archiduc Charles désespéré, dut renoncer à la construction de ce pont, que la présence des troupes, qui allaient toujours grossissant, rendait désormais impossible.
L’artillerie et la cavalerie doivent être les premières à arriver au secours des avaut-postes; si le terrain s’y prête, la cavalerie se précipite sur l'ennemi, pendant que l’artillerie cherche à s'établir dans des positions favorables pour contre-battre l’artillerie ennemie qui tonne en ce moment, ou pour écraser les troupes de débarquement. Quelques batteries d’artillerie légère rendraient d’excellents services dans une pareille circonstance, par la promptitude avec laquelle elles peuvent arriver et se placer. Les corps d’observation de droite et de gauche, qui se sont mis en mouvement aux premiers coups de canon, ne tardent pas à se montrer et à prendre position. De moment en moment l’action est plus chaude, et la position de l’ennemi, qui peut h peine faire usage de son artillerie dans la crainte de tirer sur ses propres troupes, devient toujours plus critique. Il ne peut pos tenir serré et enveloppé comme il l’est, si, au moment où les réserves arriveront, il n’est pas parvenu à terminer ses ponts. Il faut qu’il mette bas les armes.
Mais il arrive souvent que le défenseur, en dépit de tontes ses précautions, est pris au dépourvu, parce que l’ennemi a mille moyens de le tromper. Alors les troupes ne peuvent pas arriver à temps, ou, se présentant les unes après les autres, elles sont successivement écrasées. Le passage est forcé, et comme celui qui l’a entrepris est ordinairement le plus fort , le défenseur doit se retirer pour aller prendre en arrière quelque autre position.
Quel que soit le danger qu’il y ait de voir l’ennemi réussir h surprendre le passage, ce n’est point une raison de trop s’étendre pour l’empêcher, et de disséminer ses forces tout le
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long de la rivière ; parce qu’ainsi on ne se trouve nulle part en mesure de lui résister. De deux choses l’une, ou l’ennemi reste réuni, ou il se partage. S’il se concentre, vous en faites autant, vous le côtoyez sur l’autre rive, autant du moins que vous pouvez être instruit de ses mouvements. Il est alors difficile, si les localités vous sont favorables et si vous êtes bien, servi par les espions ou par les habitants, que l’ennemi parvienne à surprendre le passage ; si au contraire il occupe une grande étendue de pays par des corps séparés, il n’est redoutable nulle part ; vous n’avez aucune raison de vous disséminer vous-même, car en demeurant rassemblé au centre vous pourrez vous porter en forces sur le corps qui aurait franchi la rivière, et le culbuter avant que les autres détachements , qui, dans le cas que nous supposons, sont nécessairement trèséloignés, et qui ont le défilé du pont à passer, pussent entrer en ligne. Mais qui dit concentration de forces ne dit pas entassement sur le même point. En réunissant toutes les troupes dans un seul camp on se priverait de la possibilité de surveiller les rives; ce serait tomber dans un autre extrême; il faut prendre des dispositions analogues à celles que nous avons indiquées dans le commencement de ce chapitre. La concentration est suffisante quand tous les corps sont en mesure de se prêter un secours mutuel et qu’on a la certitude, qu’en raison des localités, l’ennemi ne pourra pas se jeter entre deux. Le mot concentration ne doit donc pas se prendre dans un sens absolu, mais recevoir une interprétation plus large; il en est à peu près de même de toutes les règles militaires.
Un puissant moyen de déconcerter les mesures de l’ennemi, et de neutraliser les effets moraux que doit produire la réussite d’un passage de rivière , c’est de l’opérer soi-même sur un autre point pour agir offensivement dans le pays occupé par l’ennemi. De pareilles déterminations indiquent toujours, chez ceux qui les prennent, des hommes de cœur; elles frappent l’imagination, raniment les espérances, relèvent les courages abattus , en même temps qu’elles étonnent , dérno-
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relisent l’adversaire, en lui faisant supposer do plus grandes forces et plus de moyens qu’on n’en a réellement : celui-ci se verra obligé de repasser la rivière pour venir défendre son propre territoire. C’est ce qui arriva h Montecucuili en 1674, lorsque après avoir passé le Rhin , il vit Turenne le franchir de son côté , au lieu de chercher à défendre les frontières de France par les moyens ordinaires. L’initiative que Montecucuili avait su prendre habilement ne lui servit à rien : il fut obligé , par la manœuvre de Turenne plus habile encore , de se reporter sur la rive droite.
Quelquefois on s’éloigne à dessein d’une rivière pour donner à l’ennemi l’envie de la passer et pour revenir promptement l'attaquer avant que toute son armée ait franchi le défilé et se soit établie en deçà du pont. Pour que cette ruse soit utile il faut qu’en se retirant on ait l’avantage de se placer dans une bonne position , en même temps qu’on ne laisse à l’ennemi qu’un terrain bas et étroit , où il ne lui soit pas possible de développer ses forces; sans cela, on court le risque de se faire battre si l'ennemi parvient à faire passer des forces suffisantes. Une pareille faute n’est pas sans exemple. Le maréchal de Créqui , à Consarbruck , laissa à dessein les ennemis passer leurs ponts, différant toujours de les attaquer pour en envelopper un plus grand nombre dans la déroute. Plus il en passera , disait-il à ceux qui étaient surpris de sa conduite , et plus nous en battrons. Il en passa tant qu’il ne put leur résister: il fut battu complètement et couvert de confusion. Mais cette faute valut à la France un grand général. Créqui fut guéri de sa présomption et ne conserva que le degré d’ardeur nécessaire pour les grandes entreprises. C’est ainsi que les hommes supérieurs et vraiment dignes de commander aux autres savent profiter de leurs propres fautes.
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g 2. D É r B N SE DBS Mowtagnes.
Ce sont, ou les habitants eux-mêmes qu’anime l’esprit d’indépendance , ou des troupes régulièrement organisées , qui combattent pour repousser l’ennemi d'un pays profondément sillonné de rochers et de torrents, couverts de forêts et que protègent de hautes montagnes. La défense prend un caractère différent dans ces deux cas.
Par les habUants. — Lorsque les montagnards se sont armés pour faire respecter leur asile et conserver la liberté , leur bien le plus précieux , ils font à l’agresseur une guerre terrible. Elle n’a rien de méthodique et met la science en défaut 2 des combats journaliers, des actions de détail, des apparitions soudaines, des marches , des contremarches , des fuites précipitées; jamais de grandes batailles. Aujourd'hui ils résistent de front, et, obligés de céder, on les verra demain sur les derrières de l’ennemi. Tantôt ils occupent les cols et les sommités des montagnes , tantôt ils en descendent pour se précipiter sur des corps isolés , qu’ils enveloppent ou dispersent. Dans ces actions de détail , celui qui connaît le mieux le pays a un immense avantage ; c’est presque dire que le défenseur doit tôt ou lard triompher de l’attaquant. Les succès que peut avoir l’ennemi n’ont pas de grandes conséquences dans un pays où les défenseurs ont tant de moyens de lui échapper, pour se rallier et reparaître ensuite aussi redoutables qu’auparavant. Est-il vaincu, au contraire, sa position est affreuse ; il ne peut qu’à grand’peine rassembler ses débris ; entouré de toutes parts, il doit se frayer par la force un chemin au travers des bois et des défilés ; les soldats qq’il laisse en arrière ou qui s’égarent , tombent sous les coups des montagnards exaspérés, ou périssent de misère dans ces régions stériles où la nature avare ne montre que d’âpres rochers.
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