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C’est dans ce genre de guerre que l’activité , la résolution , l’audace , un génie inventif et rusé , sont surtout nécessaires. Un chef qui possède ces qualités , et qui par là même s'est acquis la confiance de ses soldats, peut, avec un petit nombre d’hommes , tenir tête à des armées nombreuses , les battre même ou les ruiner en détail. Sertorius est un grand modèle en ce genre : il brava pendant longtemps la puissance de Rome ; avec un corps de sept à huit mille hommes il combattit des forces décuples, conduites par un Métcllus et un Pompée ; il le fit même avec succès , et peut-être eùt-il remporté tout l’honneur de la lutte si la trahison ne fut venue au secours des Romains en les débarrassant d’un ennemi si dangereux. De nos jours le général Mina , combattant sur les mêmes lieux, a suivi la même tactique; il a longtemps disputé la Catalogne à des troupes beaucoup plus nombreuses que les siennes. Les guérillas espagnols se sont, de tout temps, distingués dans la guerre des montagnes.
Par les troupes. — Avec des troupes ordinaires on doit s’astreindre à plus de méthode. Cependant c’est toujours en manœuvrant et en agissant offensivement qu’on réussit le mieux à arrêter l’ennemi. On déjoue ainsi ses projets , on renverse ses plans, on le force à songer à sa propre sûreté. Il n’a pas la même liberté de mouvements que le défenseur, parce qu’il faut qu’il conserve sa ligne d'opérations , tandis que celui-ci , manœuvrant chez lui , trouve une ligne de retraite partout où un chemin lui est ouvert. Les habitants, sans être montés au même degré d’exaltation qu’on l’a vu plus haut , sont cependant disposés à prêter main-forte aux défenseurs et à tomber sur l’assaillant toutes les fois que l’occasion s’en présente. Et si ce n'est çà, ils rendent toujours d’importants services en épiant les mouvements de l’ennemi et en en donnant avis. Quelques-uns d’entre eux au moins prennent les armes et sont d’utiles auxiliaires dans une foule de cas. Chez nous, l’amour de l’indépendance est porté si haut,
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et le sentiment national est si vif, que, sans aucun doute, l’étranger qui violerait le sol helvétique rencontrerait sur son chemin , non-seulement une armée de. cent mille hommes prête à combattre vaillamment, mais encore une population habile à manier le fusil ; il y rencontrerait ces redoutables carabiniers, qui, sortis des rangs de la milice, ne cessent pas pour cela de s'exercer au maniement de l’arme des chasseurs montagnards.
La première règle à observer dans la défense des pays de montagnes , c’est de ne point chercher à fermer tous les passages ; cela entraînerait un morcellement funeste. Qu’on se figure ce qu’il faudrait de monde pour occuper tous les passages de nos Alpes , combien de difficultés on trouverait à faire subsister dans ces régions sauvages un si grand nombre de détachements , l’impossibilité de coordonner leurs mouvements , la grande facilité qu'aurait l’ennemi de percer une aussi longue ligne , et on concevra tout ce qu’une défense basée sur de tels principes aurait de défectueux. C’est donc en se concentrant, autant que les localités le permettent , et en occupant en forces des positions d’où l’on puisse se porter rapidement sur les points attaqués , qu’on se met en mesure de repousser l’agression. Or, ce n’est que dans les vallées qu’on trouve la possibilité de rassembler plusieurs bataillons ; c’est donc essentiellement par les vallées qu’on défend les montagnes , sans préjudice toutefois de ce qu’on peut faire sur les sommités pour arrêter la marche de l’assaillant.
Nous dirons en second lieu qu’il faut deux choses dans ce genre de guerre : manœuvrer offensivement pour débusquer l’ennemi , prendre en flanc ses colonnes , séparer les corps détachés , enlever ses convois , etc. , et combattre défensivement , c’est-ù-dire se poster, pour se ménager l’avantage des lieux toutes les fois qu’on en vient h un engagement sérieux. Ces deux choses semblent contradictoires , cependant un homme habile sait les concilier : il
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manœuvre de manière à se placer sur le flanc ou les derrières de l’ennemi , et quand il y est parvenu il prend position , ou du moins il n’attaque que s’il domine les positions de l’ennemi , ce qui revient au môme quant au principe qui consiste à éviter tout engagement lorsqu’on a le terrain contre soi. L’enBemi , ne pouvant aller plus loin sans compromettre sa ligne d’opérations, est oblige de se retourner contre le corps qui a pris ainsi position, et de venir l’attaquer. Tant qu’il ne l'a pas chassé delà, il court à tout instant le danger d’être séparé de ses renforts et de ses moyens de subsistance. Il faut donc, coûte que coûte, qu’il marche à cette position, et qu’il l’attaque avant de pousser plus loin ses opérations. C’est à quoi on voulait le contraindre ; s'il réussit, ce ne sera pas sans de grandes pertes, et s’il échoue, sa situation deviendra critique. Par exemple , lorsqu’une armée envahissante aurait pénétré dans la vallée du Rhône pour se porter sur Marligny, nous pourrions, indépendamment de la résistance qui lui serait opposée de front , manœuvrer offensivement sur son flanc ou ses derrières par la Gemmi ou le Grimsel , et prendre ensuite pour le combattre des positions avantageuses aux débouchés des vallées qui conduisent à ces cols. L'ennemi devrait nous y venir chercher, sans quoi nous lui fermerions la grand’route en reprenant Tourtmagne ou Briegg, et peutêtre tous les deux. Ainsi donc, à des manœuvres offensives, ou marches en avant, succéderaient des combats défensifs tout à l’avantage de ceux qui les soutiennent quand les positions sont bien appuyées et d’un accès difficile, comme cela arrive presque toujours dans les grandes montagnes.
Secours de f art. — A côté des manœuvres dont l'efficacité est incontestable pour une bonne défense, il y a d’autres moyens qu’il ne faut pas négliger. Ce sont ceux que l’art peut offrir pour retarder ou même arrêter complètement la marche de l’ennemi dans certaines localités , et ceux qu’on trouve dans l’occupation des positions uniquement défensives. Ainsi on doit préparer d’avance tout ce qu’il faut pour couper les rou.-
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tes, les chemins et les sentiers. A cet effet, on mine les culées des ponts de pierre , on attache des fagots aux ponts de bois , aGn de faire sauter les uns et de brider les autres au moment opportun ; on fait jouer le pétard dans les chemins en corniche et sur les rochers escarpés où se trouve quelque sentier, et on remplace ces communications par des échafaudages faciles ù renverser ; on prépare dans les endroits les plus resserrés des fougasses qui , venant à jouer quand l’ennemi se montre , peuvent lui faire beaucoup de mal. Si le chemin est bordé quelque part d’une paroi de rochers qui le surplombe , ou d’un escarpement dont la nature des lieux assure la possession, on y fera un grand amas de pierres et de troncs d’arbres, pour les rouler sur l’ennemi quand il sera parvenu au pied de ces rochers. Il y a mille endroits dans nos montagnes qui peuvent êlre défendus de cette manière ; je me bornerai h citer les rochers en corniche qui dominent le défilé de Saint-Maurice. Des abatis de gros arbres au milieu du chemin, des traverses en terre ou en pierres sèches, et même des parapets faits avec du fumier ou des tonneaux remplis de laine , forment le complément des chicannes qu’on peut opposer k l’assaillant pour retarder sa marche.
Positions. — Mais de bonnes positions, bien défendues, sont le plus grand obstacle que l’ennemi ait h surmonter. Elles lui coûteront cher s'il s’obstine h les enlever de vive force , et il perdra bien du temps s’il est obligé de les tourner.
Les positions se prennent sur les cols et les sommités , ou dans les vallées. Les premières , quoique très-fortes ordinairement contre une attaque de front, ne sont pas toujours les plus avantageuses il occuper, parce que l’ennemi ne manque pas de trouver des sentiers qui les tournent , même dans les montagnes les plus escarpées. En 1799, le général Gudin parvint, par une marche extraordinaire , h débusquer un poste autrichien du col sauvage du Grimsel. Partant de Guttanen, il se fit conduire jusqu’ù des rochers que les habitants
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mêmes avaient toujours regardés comme inaccessibles ; il les gravit pendant la nuit, et se trouva , au point du jour, sur les sommités qui dominent le liane droit de la position. De là il se précipita sur les Autrichiens, pendant que le gros de sa troupe les attaquait de front en remontant la vallée. Quiconque a vu ces affreux rochers , comprendra tout ce que cette tentative avait d’audacieux, et en conclura qu'il n’y a rien d’impossible aux hommes doués d’une forte volonté.
Cet exemple prouve que les positions sur les cols et les sommités ne sont pas à l’abri du danger d’être tournées ; et comme d’ailleurs il est fort difficile d’y subsister , on ne doit les occuper qu'avec les forces strictement nécessaires pour empêcher l’ennemi de s’en emparer de prime-abord, et suffisantes pour le repousser et lui causer des perles considérables s’il s’obstine à les enlever de front. Des corps peu nombreux opéreront plus lestement leur retraite ; peu embarrassés dans leur marche , ils ne craindront pas d’être gagnés de vitesse ; ils pourront mieux profiter des circonstances du chemin pour arrêter l'ennemi ; ils songeront plutôt à se battre qu’à fuir. Si enfin le malheur voulait qu’un de ces corps fût coupé et pris, il n’en résulterait pas un effet moral comparable à celui que produirait la perte d’un détachement considérable.
Les détachements qui défendent les cols appartiennent ordinairement à des corps plus nombreux cantonnés dans les vallées inférieures. Ces détachements doivent se conduire d’après les mêmes principes que l’armée entière ; c’est-à-dire que ce n’est pas en se fractionnant pour fermer tous les sentiers latéraux qu’ils arrêteront l’ennemi , ils 11e pourraient faire nulle part une résistance sérieuse. C’est en se groupant vers le passage principal qu’ils tiendront assez longtemps pour permettre aux troupes des vallées de faire quelque mouvement pour les secourir. C’est en plaçant des réserves en arrière et sur les flancs, aux points où les sentiers latéraux viennent aboutir, qu’ils sc garantiront du danger d’être cou-
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pés. Les habitants peuvent être ici d’un grand secours : quelques pâtres, en gardant leurs troupeaux, allumeront des feux ou donneront des signaux convenus quand ils apercevront l’ennemi; quelques hommes armés, aussi bons dans les rochers que les meilleurs soldats , garderont ces sentiers , que sans eux il faudrait abandonner; ils les défendront mieux que la troupe, parce qu’ils se sentent chez eux, et que la connaissance des localités leur assure en tout cas une retraite. Ainsi, en 1799 le général Loudon, chargé de défendre la position de Taufersdans le Tyrol , se ménagea de grosses réserves sur ses flancs et ses derrières, et, mettant à profit la haine des habitants pour les envahisseurs , haine qui allait jusqu'au fanatisme , il fit occuper par leurs excellents carabiniers tous les sentiers aboutissants , ce qui lui permit de faire ses postes plus nombreux et de mieux organiser sa résistance.
Les meilleures positions se trouvent ordinairement dans les vallées , parce qu’elles y sont en général mieux appuyées, qu’il est possible de les occuper en forces , et par conséquent de rester maître des hauteurs qui en assurent les flancs. L’ennemi ne peut donc pas les tourner aussi facilement que celles qui sont prises sur les cols ; s’il veut le faire il est obligé à de très-grands détours pour aller chercher d’autres vallées. Les positions proprement dites ne sont pas très-communes ; on compte celles qui offrent des caractères de résistance trèsprononcés, et qui laissent peu à désirer. Elles se prennent en travers de la vallée, ou en long.
Lorsqu'on se défend en remontant une vallée que l’ennemi par conséquent attaque par le bas , le terrain , sans offrir précisément ce qu’on appelle des positions , est cependant presque partout favorable. Mais quand une fois le col est franchi et qu'on descend dans la vallée opposée , les rôles sont changés, et l’ennemi occupant le haut, a, à son tour, l’avantage. On ne trouve plus que de loin en loin des relèvements de terrain transversaux qui forment des positions défensives , où l’on se maintient d’autant mieux qu’elles sont plus étroites et
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qu’elles sont appuyées par les ailes à des montagnes plus escarpées. Ces positions ont toujours l’inconvénient d’étre coupées en deux par le torrent qui coule au fond de la vallée , en sorte que si ce torrent n'est pas guéable, les deux ailes ne peuvent pas se porter secours. Ainsi l’ennemi a la faculté d’attaquer en forces supérieures une de ces ailes, et lorsqu’il l’a culbutée , de prendre en flanc l’aile qui est sur l’autre rive et de l’obliger à se retirer également. Il faut donc , dans la défense de ces sortes de positions , gêner , autant que possible , les communications des différents corps de l’armée ennemie, et faciliter, au contraire, celle des troupes qui les occupent. A cet effet, on coupe tous les ponts qui existent sur la rivière en amont de la position, en même temps qu’on en jette plusieurs en aval , au moyen desquels on fera passer d’une rive h l’autre les renforts, selon que le besoin le requérera. Ceci est la position en travers.
On prend la position en long lorsqu’il est question d’arrêter un ennemi qui veut déboucher par une vallée transversale à celle ou l’on se trouve rassemblé. Le terrain se présentant ordinairement en amphithéâtre devant les débouchés, on l'occupe de manière ù envelopper de feux la tête de la colonne ennemie; l’artillerie y trouve des emplacements d’où elle commande et foudroie la vallée qui est en face, ainsi que les petites plaines dans lesquelles elle s’ouvre. L’ennemi ne peut que bien difficilement parvenir h se déployer sous ces feux convergents et à concerter ses attaques ; mais pour que la position jouisse de ces avantages, et qu’on puisse se promettre en l’occupant d’obliger les assaillants à rétrograder, il faut que la vallée soit étroite, ou que du moins la rivière se rapproche assez du débouché pour que les troupes placées de l’autre côté puissent atteindre de leurs feux ce débouché. Dans le cas contraire, il serait assez inutile d’aller prendre une position de laquelle on ne pourrait point agir sur la colonne ennemie. 11 faut alors rester en deçà de la rivière et agir offensivement; on n’aura pas le terrain pour soi, mais on aura toujours
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l'avantage d’envelopper et d’attaquer du fort au faible ; on aura encore celui d’opposer des troupes fraîches et concentrées à des troupes arrivant h la file, fatiguées d’une marche plus ou moins longue et pénible.
Mais c’est surtout pour défendre l’entrée d’une vallée latérale qu’on prend la position en long, et alors, que la vallée principale soit large ou étroite, peu importe; tant qu’une rivière non guéable coule devant le front de la position, que ses ailes s’appuient à des escarpements, h de profonds ravins, et que le terrain s’élève en amphithéâtre du côté du défilé, cette position est bonne h tenir. L’ennemi ne peut vous en chasser qu’en le tournant par un très-grand mouvement ; l’aborder de front serait trop dangereux , puisque indépendamment de la difficulté matérielle de franchir le torrent, il n’est guère possible de manœuvrer sous le feu plongeant des défenseurs. C’est dans le bas des vallées, bien plus que dans le haut, qu’on rencontrera de semblables positions. Là seulement la rivière est assez riche des eaux qu’elle a reçues pour qu’on ne puisse pas impunément essayer de la passer. Près des sources la position court risque d’être enlevée si , aux difficultés du cours d’eau, ne se joignent pas des escarpements, de profonds précipices qui soient comme de grands fossés rendant une attaque impossible. Si, contre la règle générale, nous défendons ici le défilé en avant, c’est que le terrain est si avantageux, qu’on peut y tenir ferme sans danger de se voir acculé à la montagne et coupé de sa retraite. C’est ainsi que la défense d’un pont qui s’opère ordinairement en arrière, se porte en avant quand des fortifications couvrent l’entrée du pont.
On voit, d’après ce qui précède, qu’il y a une différence très-grande entre les caractères d’une bonne position dans les montagnes ou dans les pays que, comparativement, on peut appeler plats, ces dernières devant offrir une pente douce en forme de glacis sur leur front ; tandis que les autres au eonconlraire, qu’elles soient prises en long ou en travers de la
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vallée, sont d’autant meilleures que leur front est d’un accès plus difficile. C’est que les unes sont purement défensives et occupées par de petits corps ou de simples détachements, tandis que les autres, destinées h recevoir des armées entières, doivent laisser la faculté des retours offensifs.
Je vais citer un exemple fameux pour éclaircir ce qui précède; il est tiré de la guerre que les Français et les Russes se sont faite en Suisse dans l’année 1799. C’était au moment où Masséna allait livrer la grande bataille de Zurich ; il occupait une ligne fort étendue depuis le confluent de l’Aar et do la Limmat jusqu’au St.-Gotthard. Le général Lecourbe commandait l’aile droite, et sa division était échelonnée depuis Aïrolo jusqu’au lac de Lucerne. Souvvarow , mécontent de ce que faisait son lieutenant en Suisse , voulut s’y rendre lui-même avec son armée victorieuse ; il quitte les plaines riantes de l’Italie pour s’engager dans les vallées les plus sauvages des Alpes, vers la lin de septembre, époque où les passages sont déjà dangereux ou du moins très-difficiles ; il remonte la vallée Lévantinc, force le poste d’ Aïrolo et attaque de front les rochers escarpes du St.-Gotthard; mais il trouva là une résistance invincible. En vain les meilleurs soldats, animés du souvenir de leurs victoires récentes, exaltés par les promesses de leurs prêtres et l’espoir du paradis, font des prodiges de valeur. Une poignée-d’hommes rend inutile tous leurs efforts, tant les lieux sont favorables aux défenseurs ; déjà douze cents des plus intrépides, après un combat de douze heures, couvrent les rochers de leurs cadavres, et les Russes n’ont fait aucun progrès. Leurs adversaires non moins intrépides leur opposent une résistance invincible ; ils sont à couvert par des remparts naturels; et, quoiqu’ils combattent un contre quatre, leurs avantages sont immenses ; chacun a déjà terrassé deux de ses ennemis; leur espoir est de disputer longtemps encore ces Thermopyles, lorsqu’un autre corps, qui avait fait un long circuit par le Val-Canarîa, se montre sur leur gauche. Le général Gudin, car c’était lui qui commandait en cet endroit, or-
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donna aussitôt la retraite et abandonna le col. Mais en homme habile , il ne descendit point par la vallée de la Reuss ; tournant à gauche, il alla s’établir sur les hauteurs du mont Furca et du Grimsel qui lui offraient des positions aussi faciles h défendre que celle du St-Gotthard. L’ennemi le suivra-t-il? ou poursuivra-t-il sa route vers le lac des Waldstetten, but principal de sa marche ? Dans le premier cas, Gudin détourne l’orage, et l’armée française, qui, sous les ordres de Masséna, occupe la rive gauche de la Limmat et du lac de Zurich, a le temps de prendre ses mesures pour empêcher Souwarow de l’attaquer h revers. Dès-lors toutes les combinaisons de ce général sont déjouées et les sacrifices qu’il vient de faire sont inutiles. Le général ennemi, au contraire, ne se laisse-t-il point détourner de son but et marche-t-il sur Altorf avec toutes ses forces, alors Gudin, quittant la Furca, s’empare de nouveau du St-Gotthard, coupe la ligne d’opérations des Russes, et les met, en cas de revers, dans le plus sérieux embarras.
Cependant le général Lecourbe, averti de la retraite de Gudin, remonte la Reuss pour le secourir ; mfais il n’est plus temps. Il rencontre Souwarow qui déjà avait dépassé le Trou d’Uri et le pont du Diable ; en même temps il apprend que le général Rosenberg, qui avait franchi le Crispait, allait déboucher par le Madéranerthal sur Amsteig. Il dut donc opérer promptement sa retraite, et se borner à défendre la basse vallée pour empêcher son antagoniste d’arriver à Stantz par l’Engelberg. Il prit une position en long sur la rive gauche de la Reuss, et disputa les ponts d’Attinghausen et d’Ersfelddont l’armée russe, qui descendait par la rive droite, s’efforça de s’emparer. Là, un faible corps arrêta pendant trois jours le conquérant de l’Italie, et le força enfin à rétrograder et à se jeter dans le Muttathal, en traversant avec peine d’affreuses montagnes. La conduite de Lecourbe fut admirable : on le vit passer lui-même la rivière pour attaquer les Russes au moment où ils allaient franchir le pont d’Ersfeld. Déjà ils étaient parvenus, malgré le feu le plus meurtrier, à jeter une
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solive sur les piles du pont qui avait été rompu h leur approche, quand le retour offensif de Lecourbe les força de songer eux-mêmes k la défense de leur propre camp.
Je me suis étendu avec complaisance sur cet exemple, parce qu’il est fécond en leçons, surtout pour des militaires suisses. On y voit que, malgré la plus brillante valeur, les positions prises sur les sommités ne peuvent être forcées de front, et que celui qui s’y obstine doit éprouver des pertes considérables , mais que les mêmes positions tombent aussitôt qu’elles sont tournées, et qu’elles peuvent toujours l’être. On y voit qu’au contraire la défense dans le bas des vallées peut être efficace, même contre des forces très-supérieures, quand celui qui la soutient sait tirer parti des localités. On y voit enfin qu’au lieu de faire une retraite directe, lorsqu’on est forcé dans une position, il y a infiniment plus de gloire et d’avantages k faire une retraite latérale qui vous place sur le flanc de l'ennemi ou sur ses derrières.
Retranchements. — 11 est quelques exemples de vallées défendues par des retranchements; c’est effectivement une bonne chose quand la vallée est étroite , que les montagnes k droite et k gauche sont très-escarpées et difficilement tournables, que les retranchements eux-mêmes sont revêtus en maçonnerie, et que le terrain sur lequel ils sont construits s’élève sur le fond de la vallée de manière que l’artillerie puisse le battre jusqu’k une grande distance. Mais ces conditions sont plus difficiles k rencontrer qu'on ne le pense; dès-lors, l’emploi raisonnable de ce genre de défense n’est pas fréquent. Je ne parle point de ces petites redoutes pour des postes détachés, de ces corps-de-garde crénelés destinés k renfermer quelques hommes seulement; on en fait un fréquent usage dans la guerre de montagnes. Je parle des retranchements étendus qui barrent en entier une vallée; il est absolument nécessaire, pour que ces lignes aient de la valeur, qu’elles remplissent les conditions ci-dessus énoncées. Les fortifications
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de St.-Luciensteig seront dans ce cas lorsqu’on aura construit les ouvrages qui doivent en assurer les ailes ; elles forment littéralement une des portes de la Suisse, et sont d’une haute importance pour la défense du pays en général et pour celle des Grisons en particulier. Espérons que la Diète n’attendra pas un moment de guerre pour faire exécuter les projets qui ont été dressés par l’état-major général lors du dernier armement. On se contenta, à cette époque, de relever les parapets qui avaient été détruits et de revêtir en maçonnerie l’escarpe et la contre-escarpe.
Les retranchements de montagnes les plus célèbres de nos jours sont ceux de Feldkirch, sur la frontière du Voralberg, à l’embranchement des routes de Bregenz et de Bludenz. Ces fortifications sont construites au pied des montagnes, et plutôt en long qu’au travers de la vallée ; elles font face au Rhin pour couvrir le défilé de l’Ill et l’entrée d’une vallée parallèle où coule le ruisseau de Malengen. A leur extrême gauche elles se retournent pour barrer la grande route qui, de Mayenfeld, conduit à Feldkirch. Cette partie est continue et faite sur le principe des lignes à crémaillère ; elle forme avec la rivière de l’UI , un système qui s’étend jusqu’au Rhin, et couvre une vaste plaine où une armée entière peut camper; le reste de la ligne est composé d’ouvrages détachés. C’est un véritable champ de bataille préparé et fortifié d’avance, contre une armée ennemie qui voudrait attaquer par la plaine en remontant le Rhin. Il n’y a pas moins de 8,000 mètres, ou deux lieues militaires, d’une extrémité à l’autre de cette ligne qui renferme dans son intérieur le bourg de Feldkirch et les villages d’Altenstat et de Rankweil ; mais un tiers à peu près de cet immense développement est occupé par l’Arlezenberg dont les rochers et les pentes escarpées suflisent, à l’aide d’abalis, pour défendre la partie centrale de la ligne. Cette petite montagne, sur laquelle se trouve l’angle formé par les deux parties de la ligne générale, présente le même phénomène que le Fliischenberg près de Luciensteig ; c’est une masse de rochers qui forme
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saillie au milieu de la plaine, comme si elle s était primitivement détachée de Ja montagne principale, et arrêtée là dans sa chute. En 1799 le général Masséna essaya de s’emparer de cette importante position, clef des deux vallées de 1HI et du Rhin ; il 1 attaqua par la partie qui regarde Mayenfeld ; mais après des efforts incroyables et de grandes pertes, il fut obligé de renoncer à son entreprise. II essaya vainement de tourner, parla montagne, la gauche des retranchements ; quelques compagnies de carabiniers tyroliens qui étaient montés encore plus haut, s’avancèrent à la faveur des bois, prirent en flanc la colonne tournante et l’obligèrent à la retraite. C’est le général Ilotze , Suisse de naissance, qui commandait les Autrichiens ; il opposa une résistance invincible à la furie des attaques françaises ; la fortune couronna sa constance.
Anciennement les retranchements dans les montagnes étaient plus fréquemment employés que de nos jours. Eu 1586 les Glaronnais, pour mettre leur pays à couvert des incursions de la garnison de Wesen, fortifièrent l’entrée de leur vallée par un bon retranchement avec fossé et escarpe revêtue. Ce retranchement passait à Nâfels , ou plutôt en avant de Nâfels, et s’appuyait d’un côté aux montagnes et de 1 autre à la Linth. On en voit encore des vestiges dans l’intérieur du village dont les habitations ont gagné du côté du lac. Les Autrichiens, après les avoir forcés, furent taillés en pièces par les Glaronnais qui s’étaient ralliés sur les croupes de la montagne. Ceux-ci durent leur victoire à l’emploi si simple et si naturel des rochers qu’ils firent rouler sur la cavalerie ennemie. Le même moyen avait contribué à la célèbre victoire de Morgarten.
Un siècle plus lard, un corps de 2,000 Confédérés s’était posté et retranché dans la vallée Lévantine entre Poleggio et Giornico; il y fut attaqué par un corps d'armée milanais, fort d’environ 15,000 hommes, qui essaya à plusieurs reprises d’escalader et de forcer les retranchements. Le premier jour les Confédérés ne purent que résister à ces attaques; mais, ayant
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reçu le lendemain un renfort d’environ mille citoyens d’Uri et d’Underwald, ils sortirent de leurs retranchements et tombèrent avec tant de vigueur sur les ennemis, qu’ils les mirent en pleine fuite, après leur avoir tué 1,400 hommes et pris leur artillerie. L’histoire ne dit pas de quelle nature étaient ces fortifications; il est probable qu’elles étaient simplement en terre et abatis, ou en pierres amoncelées. On n’en retrouve pas la moindre trace. Comme l’affaire eut lieu au mois de novembre, et qu'il faisait déjà froid dans ces régions , les confédérés répandirent devant leur front les eaux d’»n ruisseau qui, s’étant gelées , présentèrent aux assaillants une grande surface glissante, sur laquelle ils ne purent conserver ni leur ordre hi leur assiette. Ce stratagème fit échouer les attaques ; il est bon à imiter dans des circonstances semblables.
Dans des temps plus reculés, tous les passages par lesquels on pouvait pénétrer dans les états de Schwytz, d’l5ri et d’Underwald, étaient fermés par des retranchements continus, soit en maçonnerie, soit en terre, auxquels on donnait le nom de lezenen. On voit par là que les anciens Suisses, quelle que fût leur bravoure , ne dédaignaient pas d’avoir recours à la fortification pour assurer leur indépendance ; ils savaient faire les sacrifices nécessaires pour un si grand objet. Et nous, qui sommes plus riches qu’eux , ne saurions-nous les imiter ! non pas qu’il soit nécessaire de construire à grands frais des forteresses ou de fortes lignes dans nos vallées, mais seulement il faudrait établir dans certains passages et aux points désignés par les localités, des fortins ou cluses, qui permissent, avec très-peu de monde, d’y arrêter l’ennemi deux ou trois jours. Ces belles routes qui franchissent nos Alpes et font la prospérité du commerce, cesseraient par là d’être dangereuses. Nous en aurions la clef pour les tenir ouvertes pendant la paix et fermées en temps de guerre. Ces cluses('),
(') On lit dans les Voyages aux Alpes, de M. De Saussure, que l’on trouve encore sur les chemins du Grand et du Pelit-Saint- Bcrnard , un peu au-dessus de la Cité d’Aost , des constructions de ce genre en assez bon étal..
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tout en maçonneries, dérobées à l’action directe du canon, voûtées et pourvues de munitions de guerre et de bouche en quantité suffisante pour leurs petites garnisons, ne reviendraient pas extrêmement cher, et bien certainement la dépense quelles entraîneraient ne peut pas balancer l’importance de leur objet. Voilà ce qui prouverait à l’étranger, mieux que toutes nos protestations, la ferme intention oit nous sommes de faire respecter notre neutralité, et de défendre énergiquement notre indépendance. Le peu d'ouvrages que nous avons construits à Saint-Maurice , ont plus servi que tout ce qui avait été dit ou écrit jusqu’alors à montrer ce que nous nous proposons de faire , quand un ennemi queb conque voudra user de cette belle route du Simplon , si commode pôur certaines combinaisons stratégiques. C’est que les travaux exécutés dans celte intention sont des faits , et qu’il y a plus d’éloquence persuasive dans les faits que dans les paroles.
Manœuvres. — Quand on perd l’espoir de défendre uné vallée avec succès, on peut, en l’abandonnant, tenter une marche offensive , si quelque vallée latérale en donne la possibilité , plutôt que de se retirer directement dans l’intérieur. Rien de plus honorable et de plus éclatant que de pareilles déterminations ; la fortune se plaît souvent à les couronner de succès; elle aime les actions hardies. Un chef timide , qui ne pense qu’à disputer les positions et qui recule à mesurtf que l’ennemi s'avance , n’aura jamais de part à ses faveurs. 11 ne faut pas craindre de hasarder quelque chose dans la guerre de montagnes, en se portant, par un mouvement excentrique, sur le flanc ou les derrières de l’ennemi; les localités s’y prêtent ; le corps qui l’exécute a peu de chances d’être enveloppé, même lorsqu'il est très-inférieur en nombre, parce que l’ennemi , ordinairement très-étendu dans de longues vallées, ne peut que difficilement se rassembler, et que lors qu’il le serait , il lui faut du temps pour gagner les hau-
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teurs et sortir de la gêne oût le tient le manque d’espace.
La petite troupe , bien postée , combattra toute la journée peut-être avant de voir l’ennemi gagner ses flancs, tant celui-ci éprouve de difficultés à concerter ses mouvements lorsqu'il est ainsi attaqué inopinément. La rareté des communications s’oppose à la prompte transmission des ordres , et , lorsqu’enfin ils sont parvenus , il est déjà trop tard pour les mettre à exécution. L’attaquant a donc de grandes chances de remporter quelqu’avantage signalé , et la renommée qui grossit tout en portera la nouvelle aux corps éloignés avec toutes les amplifications dont elle est susceptible ; l’inquiétude pénétrera chez l’ennemi, et la confiance, an contraire, renaîtra chez les défenseurs. Le pire qui puisse arriver dans cette circonstance, c’est d’être obligé de se retirer après avoir échoué dans l’attaque; mais la retraite est facile et peu dangereuse puisqu’elle se fait en remontant une vallée , et que le corps qui se relire se rapproche de ses renforts , tandis que celui qui poursuit s’éloigne des siens. Ainsi donc il y a beaucoup à espérer et peu à craindre d’un mouvement de la nature de celui dont nous parlons.
Quand un corps défensif parvient ainsi à reprendre quelque passage important , quelque col qui coupe la communication de l’ennemi , il a le choix ou d’attaquer ou de rester en position. Il prendra le premier parti si les troupes qui lui sont opposées ne sont pas nombreuses , et si , en descendant des hauteurs qu'il occupe, le terrain ne lui devient pas désavantageux ; dans le cas contraire, le défenseur se contentera du succès obtenu et se préparera à bien recevoir l’attaque : il fera occuper les bois et les sommités dominantes par ses cara- * biniers, il fera des abatis sur le chemin, préparera des rochers et des troncs pour les rouler sur l'assaillant, et il attendra. Si, après un combat qui nécessairement doit être acharné puisque l’ennemi fera tous ses efforts pour regagner ses communications , la victoire se déclare pour les défenseurs , ils ne doivent point s’abandonner à une poursuite imprudente; mais.
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après avoir nettoyé les environ», ils reviendront prendre leur position pour y recevoir l’ennemi de la même manière toutes les fois qu’il s’y présentera ; et si celui-ci rencontre de front une assez forte résistance pour qu’il ne puisse pas déboucher dans la plaine , il finira par éprouver une disette de vivres qui rendra sa position cruelle. *
On a déjà vu combien la nature des localités modifie les règles générales dans la guerre de montagnes. En voici encore un exemple : les marches combinées de plusieurs détachements pour envelopper l'ennemi sont , avec raison , condamnées comme très-dangereuses dans un pays ouvert ; hé bien , dans les montagnes , c’est au contraire une très-bonne manœuvre que de combiner la marche de plusieurs corps dans un but déterminé , parce qu’une telle combinaison procure tous les avantages de l’offensive sans offrir de danger réel. En effet, dans les montagnes l’ennemi ne peut pas se jeter entre les différentes colonnes pour les accabler isolément ; il suffit que chacune d’elles soit assez forte pour défendre la vallée quelle occupe , et elle ne courra pas le risque d’étre enveloppée ; enfin ces diverses colonnes ont leur retraite assurée si elles échouent dans leurs entreprises. La campagne de 1799 nous fournit un bel exemple d’une marche combinée qui a été couronnée d’un plein succès : le général Lecourbe , chargé de la défense des petits cantons , parvint à chasser les Autrichiens de tous les postes qu’ils occupaient, et à se porter en trois jours de Lucerne au St.-Gotthard , dont il resta maître jusqu’à l’arrivée de Souwarow. Après s’être emparé d'Altorf et de la basse vallée de la Reuss , au moyen d’un débarquement opéré à Fluelen sous la protection d’une colonne qui avait tourné par l’Engelberg et les Sürennen , Lecourbe concerta un mouvement combiné de trois colonnes pour balayer la haute Reuss et les vallées adjacentes. La première, sous les ordres du général Loison , devait partir du Haut-Underwald, passer le Suslen et déboucher par Wasen sur le flanc de l’ennemi ; elle était composée d'une demi-brigade et d’une petite
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réserve de grenadiers. La scc#ndje colonne , qui occupait défensivement Mcyringcn et la vallée de l'Aar , eut la diflicile lûche de débusquer les Autrichiens du poste qu’ils tenaient au Grimsel, de remonter ensuite la montagne de la Fourche, et de tourner, par la vallée d’Urseren , le trou d’Uri et le pont du Diable. On a vu, plus haut, comment le général Gudin s’acquitta de celte commission , du succès de laquelle dépendait celui de l’opération entière. Le général Lecourbe s’était réservé le commandement de la troisième colonne qui était destinée h attaquer directement les Autrichiens en remontant la vallée de la Reuss , pour aller à la rencontre de ses deux autres colonnes. Cette attaque de front par le bas de la vallée eûtélé impossible si l’ennemi, menacé sur ses derrières, n’eût pas été obligé de quitter successivement ses positions. Loison, avant de déboucher sur Wasen , eut à enlever le fortin de Mayen , situé un quart de lieue plus haut ; mais ce fortin , quoique revêtu en maçonnerie > n’arréta pas longtemps la colonne française , parce que n’étant pas casematé il fut plongé par les tirailleurs qui gravirent les hauteurs rapides, mais non 'escarpées de la rive droite. Lecourbe , laissant se développer. . les attaques latérales, n’arriva à Wasen qu’après que la seconde colonne s’en fut emparé. 11 réunit ses forces pour marcher à la rencontre de sa colonne de droite et attaquer le Sl.-Gollhard. Le chemin, aux abords du pont du Diable , était soutenu par des arceaux construits contre d’immenses parois de rochers ; les Autrichiens , en se retirant , avaient rompu ces arcades et défendaient le passage depuis les hauteurs de la rive droite. La position était tout à leur avantage ; en sorte que les Français furent arrêtés là assez longtemps. Ils réparèrent le chemin pendant la nuit. Le lendemain ils se préparaient à une attaque qui aurait été nécessairement très-meurtrière , quand les premières troupes du général Gudin arrivèrent par Urseren et obligèrent l’ennemi à abandonner les rochers où est percé le trou d'Uri pour le passage de la route. Celui-ci se retira par l’Obéralp sur Dissenlis , laissant les Français piaîtres du St.-Gotthard , ce nœud de nos grandes Alpes.
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Il est bon que les corps tournants aient avec eux de l’artillerie de montagne, ù défaut d’autre artillerie, non-seulement pour en imposer à l’ennemi, mais encore pour annoncer leur arrivée aux autres corps. Ils n’ont presque pas d’autre moyen de le faire, vu la difficulté des communications d’une vallée à l’autre.
Si les colonnes rencontrent quelque détachement ennemi dans la vallée qu'elles parcourent , elles ne doivent pas se borner h l’attaquer dans le fond de la vallée , car alors elles pourraient être arrêtées par très-peu de monde , mais se donner la peine d’envoyer sur les croupes des colonnes de flanqueurs , pour dominer et déborder les défenseurs. Cela est d’ailleurs nécessaire en tout cas , pour déboucher avec avantage dans la vallée qu’on veut couper; et, en général, on ne doit jamais cheminer dans une vallée sans avoir des flanqueurs sur les croupes de droite et de gauche, autant et aussi haut que les localités le permettent.
Mais, avec ces précautions, tout genre d’audace est permis, et ce seront peut-être les entreprises qui approchent de la témérité qui réussiront le mieux; elles étonnent et intimident l’ennemi,' qui y voit toujours plus qu’il n’y a. Nulle part l’audace ne fait plus de prodiges, dit l’archiduc Charles, que dans les pays coupés et surtout dans les hautes montagnes , où il ne s'agit que d’affaires de postes qui s’engagent et se décident à l’improviste, et où refTet de la surprise , suite ordinaire de l’audace, paralyse les forces de l’ennemi dans le moment critique.
On peut, dans ces mouvements combinés, se servir d’embarcations armées pour transporter les troupes sur les lacs ou protéger leur marche le long des rives ; mais il ne faut pas perdre de vue que la navigation des lacs dans les pays de montagnes est extrêmement incertaine , par le caprice et l’inconstance des vents ; que par conséquent il ne faut jamais trop compter sur la coopération des troupes ainsi transportées; elles peuvent arriver ou trop tôt ou trop tard. Le géné-
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ral Lecourbe, voulant enlever une batterie que les Autrichiens avaient établie h Brünnen pour commander la navigation du lac, fit embarquer sur sa flottille cinq cents grenadiers, et dirigea en même temps une colonne pour tourner le Righi et arriver par Lowerz sur les derrières de Brünnen. La flottille arriva la première. Les grenadiers furent débarqués, et sans attendre la colonne de terre , ils marchèrent de suite à la batterie et s’en emparèrent. Mais les Autrichiens revinrent avec des troupes fraîches, reprirent la batterie et forcèrent les grenadiers à regagner leurs bateaux. Lecourbe , apprenant cela et jugeant que son mouvement était devenu inutile , abandonna les postes dont il s’était emparé et vint reprendre sa position entre la Sihl et le lac de Lucerne.
C’est surtout pour se rendre maître de la navigation que les bateaux armés sont utiles , et à cet égard ils peuvent rendre de grands services ; c’est une chose à laquelle il faut penser dans les préparatifs de défense , surtout dans un pays montagneux où les communications sur les rives sont quelquefois très-difficiles. Les embarcations armées dont les Français se servirent sur le lac de Lucerne, étaient de grands bateaux du pays, allant à la voile , pouvant porter cent cinquante à deux cents hommes, et armés de deux pièces de canon. Nous en avons retrouvé les dessins, en 1851, lorsque nous songions à nous ménager de pareils moyens.
Quand après avoir disputé pied ît pied les hautes vallées, soit en prenant des positions successives , soit en manœuvrant offensivement pour séparer les colonnes ennemies et les détourner de leur but; quand, en un mot, on a épuisé tous les moyens de défense que comportent les localités, et qu’on est obligé d’abandonner le pays d’en haut (‘) , il reste encore les vallées inférieures où l’on peut se rassembler en plus grandes
(■) Je me sers à dessein de cette expression très-significative et fort usitée en Suisse, pour distinguer les hautes régions de ce que, par opposition , on peut appeler le plat pays , bien que nulle part nous n’ayons de plaines proprement dites.
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forces , et que par conséquent on doit défendre par des manœuvres de concentration. Là, on peut livrer’ de véritables batailles, et les derniers gradins des montagnes offrent encore assez d'accidents pour qu'une tactique habile puisse en profiter. Ces positions inférieures se prennent à l’embranchement de deux ou de plusieurs vallées principales , quand cette circonstance heureuse se présente , ou au débouché de l’une d’elles quand elle ne se rencontre pas.
Ici , le défenseur doit trouver de grands avantages par la facilité qu’il a de se porter rapidement d’un débouché à l’autre en suivant les lignes les plus courtes, tandis que l’ennemi, profondément engagé dans les vallées dont il s’est rendu maître, ne peut changer de ligne d’opérations , ou seulement envoyer des renforts d’une de ses colonnes à la colonne voisine , sans faire de grands détours en retournant en arrière. Il est donc possible , lorsque celui-ci s’avance par plusieurs chemins , de se borner à retarder sa marche dans les vallées les moins ouvertes , pour aller à sa rencontre avec de plus grandes forces dans celle qui permet un déploiement suffisant. Après l’avoir battu sur ce point , vous vous porterez rapidement sur le débouché le plus voisin , où il est d’autant plus probable que de nouveaux succès vous attendent, que vous venez d’en obtenir un plus éclatant. Après cela, les autres colonnes n’auront rien de mieux à faire que de se retirer promptement , si elles ne veulent pas avoir le même sort que les premières.
Supposons , par exemple , qu’une armée de 30,000 hommes s’avance par trois vallées sur son point objectif M , qui est probablement la principale ville en dehors des montagnes (fig. 28e). Les routes qui suivent ces vallées convergent sur le point M, mais les deux premières à droite se réunissent avant d’y arriver. L’armée envahissante, pour s’assurer la possession de ces trois vallées, est obligée d’y être à peu près en égales forces; elle aura donc environ 10,000 hommes dans chacune d’elles. Supposons, en second lieu, que les dé-?
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fenseurs ne soient qu'au nombre de 19,000. Ils ont pu jusque-là être ou n’être pas partagés également dans les trois vallées, suivant les besoins ; mais le moment est venu d’opérer une concentration décisive. Trois mille hommes dans chaque vallée suffisent pour en arrêter dix mille, ou du moins pour retarder notablement leur marche, en coupant les ponts, barrant les défilés, prenant des positions de flanc, etc. Le général laissera donc trois détachements a, b, c, de cette force, dans les trois vallées, et il viendra avec un corps principal d, fort de 10,000 hommes environ, se poster au point de convergence des deux premières. Si la vallée de droite est la plus accessible, c’est dans celle-là qu'il doit porter les premiers coups. Il préviendra le commandant du détachement b de ce qu’il va faire, en lui enjoignant de nouveau de tenir ferme, et il marchera à la rencontre du détachement a, se réunira à lui et livrera la bataille. Nous sommes ici 13,000 contre 10,000; la victoire ne peut pas être douteuse, quand d’ailleurs nous avons su choisir un terrain favorable et y amener l’ennemi. Si celui-ci se retire en évitant le combat, nous faisons sonner bien haut ce succès apparent, mais nous nous gardons d’entamer une poursuite qui nous éloignerait du point m, essentiel à garder; nous nous hâtons, au contraire, de venir reprendre notre première position, pour manœuvrer selon que les événements le réclameront.
Quand l’ennemi , au contraire , s’est engagé et a été battu une première fois, on se contente de laisser le corps a à sa poursuite, et l’on court rejoindre le détachement b, pour livrer avec la même supériorité de forces une seconde bataille. Immédiatement après, le corps principal d va se réunir par le chemin de traverse tnn à son troisième détachement c, après avoir également laissé le second b dans la vallée du milieu, pour y suivre ou y contenir l’ennemi. Cette fois, l’armée victorieuse poursuivra ses avantages ; elle se mettra vivement à la poursuite du troisième corps ennemi, et débordant ainsi les deux autres, elle les obligera également à la retraite.
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On vient de reconnaître dans cet exemple l’avantage qu’il y a à occuper l’embranchement ou le point de convergence de deux vallées. C’est que , d’une seule position , on observe et défend les deux vallées par l’extrême facilité qu’on a de se porter en forces de l’une dans l’autre. Mais cet avantage n’est réel , qu’autant que les montagnes intermédiaires sont encore assez abruptes pour que les deux colonnes ennemies ne puissent pas se lier et concerter leurs attaques.
Si, au lieu de s’avancer par plusieurs vallées, comme nous l'avons supposé plus haut, l’ennemi marche par une seule pour pénétrer dans l’intérieur du pays, ses forces, il est vrai, se trouveront rassemblées , mais l’espace lui manquera pour les déployer; il en sera embarrassé. On ne se laissera donc pas intimider par cette concentration, mais on attendra bravement l’ennemi au débouché de la vallée. On choisira sa position et son ordre de bataille de manière à envelopper le défilé et à couvrir de feux les colonnes qui chercheraient à en sortir. C’est Ht surtout qu’il faut déployer de la fermeté et de l'audace, car si l’on est battu dans cette position enveloppante , on le sera à bien plus forte raison dans toute autre. Les bataillons se serreront et présenteront à l’ennemi une muraille d’airain, contre laquelle tous ses efforts viendront se briser. C’est le cas de doubler les rangs (*) dans
(') Le doublement des rangs par divisions me paraît éminemment propre à la tactique suisse. II est une foule de circonstances où l’on pourrait l’employer utilement. En faisant passer les divisions paires derrière les divisions impaires , on forme comme une seconde ligne dont le major peut prendre le commandement. Dans les feux, cette seconde ligne se tient à une certaine distance, en se couvrant, autant que possible, des accidents du terrain ; elle détache quelques hommes pour retirer les blessés. Dans les chocs, elle se rapproche et serre contre la première ligne ; tous les serre-files passent derrière , et l’on a ainsi effectivement cinq rangs à opposer a l’ennemi; on pourra donc marcher à lui dans l’ordre déployé, sans perdre le temps à former les masses. Le bataillon, étant plus court et plus solide, marchera sans se désunir, et son choc sera presque aussi redoutable que celui d’une colonne serrée. Toutes les ma- *
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les endroits trop accessibles, pour donner h la ligne de bataille plus de consistance. Chaque fois que l’ennemi sera repoussé, on se précipitera sur lui à la baïonnette pour augmenter son désordre , mais on ne le poursuivra pas; on reprendra, au contraire, la position pour le recevoir encore delà même manière s’il renouvelle son attaque. L’artillerie croisera ses feux sur le débouché ; elle tirera à extinction sans crainte d’exposer ses pièces ; c’est là qu'elles doivent servir, ou jamais. La cavalerie, si faible qu’elle soit, se jettera à bride-abattue sur les corps le plus à sa portée qui montreront de l’hésitation ou dans lesquels il se manifestera quelque désordre. Elle a beau jeu, car l’ennemi a de la peine à faire avancer la sienne, ainsi que son artillerie, sur le terrain étroit qu’il encombre plutôt qu’il ne l’occupe. Eniin les chefs, dans cette circonstance, doivent enlever les troupes par leur exemple ; c’est alors, s’ils les voient fléchir, que non-seulement il leur est permis de payer de leur personne, mais que le devoir les y oblige. Saisissant un drapeau, ils se portent en avant et forcent les moins braves à s’y rallier. Le combat se ranime , les bataillons se massent, et , faisant de concert un dernier effort, ils culbutent l’ennemi qui déjà se croyait maître du terrain, et le refoulent dans le défilé. Alors la confusion est extrême ; les corps se précipitent les uns sur les autres pour échapper au danger; les bagages qui embarrassent la route sont jetés dans la rivière ; tout fuit du même côté, c’est à peine si une arrière-garde parvient à se former pour rallentir un peu la poursuite du vainqueur. Les Russes furent reçus de cette manière au débouché du Muttathal lorsqu’ils tentèrent de s'emparer de la plaine de Schwytz, occupée par l’aile droite de l’armée française ; ni l'extrême bravoure qu’ils montrèrent dans celte occasion,' ni l’opiniâ-
noeuvres de ploiement, de déploiemeul, peuvent d’ai Heurs se faire à rangs doublés, aussi bien que dans l’ordre mince. J’engage les militaires à porter leur attention sur ce point, et à se rappeler que c’est en combattant dans l’ordre profond , et par le choc , que les Suisses ont remporté toutes leurs victoires.
— EMgtoed tay f.wawgl
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ireté du fanatisme, ne purent triompher des obstacles que leur opposaient les localités et les habiles dispositions de leurs adversaires. 4
Communications. — Ce qui précède montre clairement que de bonnes routes sont nécessaires pour la défense d’un pays de montagnes ; sans de bonnes routes il serait impossible de se porter rapidement vers les endroits menacés , d’opérer la concentration des forces sur les points essentiels, et d’exécuter ces retours offensifs si propres h soutenir le moral des troupes et à jeter la perturbation chez l’ennemi. On peut donc, contradictoirement h ce que l’on croit communément, établir en principe que de bonnes routes, bien loin de nuire à la défense, lui sont au contraire favorables.
Cela est évident pour celles qui courent parallèlement à la frontière, puisque par leur moyen les corps d’observations peuvent se porter à la rencontre les uns des autres et réunir leurs efforts contre l’ennemi. Sans l'existence de ces routes parallèles , l’attaquant aurait un immense avantage sur le défenseur, en ce qu’il lui serait facile de donnerje change et d’appeler l’attention sur un point éloigne de celui par lequel il se propose de pénétrer. Le défenseur, trompé par les apparences , se porterait sur la fausse attaque , et quand la véritable serait démasquée il ne pourrait plus s'y opposer, parce que , faute de bonnes routes, il lui serait impossible d’arriver à temps. Ou accordera donc que la facilité des communications parallèles h la ligne de défense est aussi favorable dans les montagnes, et plus peut-être, que dans les pays ouverts.
Mais en est-il de même pour les routes qui pénètrent dans l’intérieur? L'opinion la plus répandue est que les belles routes qui ont été ouvertes par le commerce pour traverser les grandes chaînes de montagnes , compromettent la sûreté du pays. Cependant si l’on lait attention que, d’une part, il est très- important pour le défenseur de pouvoir se porter avec une extrême promptitude sur les sommités et les cols pour y
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arrêter l’ennemi, et que del'autre, une armée attaquantea tous ]es moyens de surmonter les difficultés qu’un mauvais chemin oppose à sa marche , on comprendra qu’une belle roule n’a pas tous les inconvénients qu’on lui suppose. Ce qui en fait le danger, ce n’est pas d’étre carrossable, c’est seulement d’étre partout ouverte. Si elle était fermée dans la partie la plus étroite de la vallée par quelque fortin ou cluse , dérobé aux coups de l’artillerie ennemie , elle serait alors exclusivement h l’avantage de la défense. Un chemin, si mauvais qu’il soit, ne vaudra jamais ces fortins pour retarder la marche de l’ennemi ; celui-ci ne mettra guère plus de temps pour arriver au point culminant en gravissant la montagne par un chemin rapide et pierreux , qu’en suivant une route large et bien ouverte. En effet , dans ce dernier cas, il ne lui est pas permis de s’avancer avec toute la vitesse que comporte un bon chemin ; il faut qu’il s’arrête souvent pour donner h ses éclaireurs le temps de fouiller la vallée; il faut qu’il envoie des flanqueurs h droite et à gauche pour balayer les croupes des montagnes , tourner les bois, découvrir les pâturages élevés, etc. Tout cela lui prend beaucoup plus de temps que n’en exigerait le parcours du chemin, si mauvais qu’il fût. Ainsi la grande roule ne lui donne réellement d’autre facilité que de pouvoir conduire son artillerie avec moinf^de chevaux et moins de fatigue. Mais la guerre de montagnes se fait principalement avec de l’infanterie ; le peu de canons qu’on a avec soi on parvient toujours à le transporter, car ce ne sont pas les bras qui manquent. On a fait passer par toute espèce de chemins , non-seulement des corps nombreux d’infanterie , mais encore de la cavalerie et de l’artillerie. Souwarow auKinzigkulm et au Panix, Napoléon au Saint-Bernard, Macdonald au Splügen, l’ont prouvé. D’ailleurs ce n’est pas le tout que de s’engager dans la vallée avec de l’artillerie , il faut en sortir pour s’étendre dans la plaine ; or, ce n’est pas la largeur du chemin qui changera rien à la difficulté du déploiement. Quelle que soit donc la nature des communications, la position de l’ennemi
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reste à peu près la môme s’il doit y rencontrer de la résistance.
Mais il n’en est pas de même pour le défenseur qui , par une heure de retard dans sa marche , peut se voir prévenu sur les sommités ou dans les positions essentielles à occuper. Ce n’est pas par une marche lente et précautionneuse, c’est à tired’aile qu’il doit se porter sur les points menacés. Dès-lors la bonne ou la mauvaise qualité du chemin exerce une grande influence sur le succès du mouvement. On a tellement senti que la vitesse est un des élémeuts essentiels d’une bonne défense , que les idées se sont déjà portées sur les secours que les routes de fer, convenablement disposées , pourront offrir pour la défense des États.
■ Si les mauvais chemins sont nuisibles, en ce sens qu’ils empêchent de se porter en forces et d’arriver à temps sur les points attaqués, ils le sont encore davantage lorsqu’il s’agit de quitter une position pour en aller prendre une autre. L’artillerie reste en arrière, les tirailleurs ennemis la harcèlent et finissent par s’en emparer. Et rien ne décourage autant une troupe que de perdre ses canons. 11 vaudrait mieux s’en passer que de s’exposer à cet accident; et cependant nous avons vu qu’il est bon d’en avoir, tant pour se faire entendre quand on a besoin de secours , que pour en imposer à l’ennemi. Donc, encore une fois, les bons chemins qui seuls rendent le transport de l’artillerie prompt et facile , sont nécessaires pour une bonne défense, et si en les construisant on a soin d’établir les cluses dont nous avons parlé, ces chemins, tout à l’avantage du pays en temps de paix , non-seulement n’auront plus rien de dangereux en temps de guerre , mais donneront au contraire la facilité de se rassembler en forces pour rejeter l’ennemi hors des frontières.
Les routes jouent donc un très-grand rôle dans la défense : elle sera vive ou languissante selon que ces roules seront larges et faciles , ou qu’elles offriront toutes les difficultés des chemins de montagnes ordinaires. Si donc on pouvait établir, à priori, un système de communications en rapport avec la dé-
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fense d’une frontière montagneuse, si ce système ne résultait pas au contraire de la conformation des localités , voici comment il conviendrait de le disposer : à quatre ou cinq lieues en arrière des crêtes principales de la chaîne on établirait une première route parallèle à cette chaîne , qui en franchirait tous les contreforts et qui , croisant les routes perpendiculaires , permettrait de passer de l’une à l'autre selon le besoin. Toutes celles-ci seraient fermées par un fortin en maçonnerie dans l’endroit le plus propice , entre les sommités de la chaîne et la route parallèle. En arrière de celle-ci , on en établirait une seconde, au pied des montagnes et croisant les débouchés de toutes les vallées. Au moyen de ce réseau de communications longitudinales et transversales , on pourrait donner à la défense tout le degré d’activité dont elle est susceptible. Mais si une telle disposition est purement spéculative, s’il est impossible de l’adopter en entier, on peut du moins en saisir l’esprit et s’en rapprocher autant que les localités le permettent, en profitant de toutes les circonstances qui s’y prêtent. Ainsi on élargira des chemins trop étroits; on adoucira leurs pentes ; on ouvrira des communications entre les vallées principales , au moyen des vallées secondaires ; on construira des cluses pour fermer les chemins qui pénètrent dans le pays, etc. etc. Voilà ce qui est faisable, et ce qu’on doit faire si l’on a à cœur de maintenir son indépendance.
Résumé. — Le résumé de tout ce qui précède est que la guerre de montagnes doit olfrir un caractère particulier d'audace et d’activité; que tout y dépend de la rapidité des mouvements et de l’art avec lequel on sait prendre l’initiative , même en se défendant; que ce n’est pas en attaquant l’ennemi dans ses positions qu'on parvient à le déloger, mais en manœuvrant pour le tourner ; qu’il faut, en se portant sur son flanc ou sur ses derrières , l’obliger à venir lui-même nous chercher et à combattre avec le désavantage du terrain ; en un mot, qu’on doit, autant que possible, manœuvrer offensivement et combattre défensivement.
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1)K LA DÉFENSE DES MONTAGNES
Le connétable de Lesdiguières a le premier, dans les temps modernes , montré ce qu’un général habile et entreprenant peut faire avec une faible troupe dans un pays tel que les Alpes.
Le duc de Rohan s'est également distingué par sa belle défense de la Yalteline en 1635. 11 eut l’habileté de se placer dans le centre de la vallée, et d’empêcher la jonction des corps ennemis qui arrivaient par le haut et par le bas. En profitant de la roule qui lui était ouverte pour manœuvrer, et prenant de bonnes positions pour combattre, il délit plusieurs de ces corps , et eut enfin tout l’honneur de la campagne. L’ennemi se retira, et la petite armée du duc de Rohan prit ses quartiers d’hiver dans cette belle vallée qu’elle avait si bien défendue. La relation de la campagne de la Valteline, consignée dans un petit volume , est très-instructive ; j’en conseille la lecture à nos jeunes olliciers.