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B. — DU FUI DE OAMPAOKS

Avant d’entreprendre une guerre ou une opération quelconque , il faut avoir un but bien déterminé ; arrêter d’avance , et autant que possible , la marche à suivre dans l’exécution ; bien savoir, en un mot , ce qu’on se propose , afin de ne pas marcher à l’aventure et de ne rien confier au hasard. C’est ce qu’on appelle faire le plan de campagne.

MUNCIPES PE STRATÉGIE. 17

II est clair que ce plan doit se borner aux grandes dispositions stratégiques et n’étre que le canevas des opérations , laissant ainsi une grande latitude pour les mouvements de détail et d’exécution. Il serait absurde de prétendre dicter au général ce qu’il doit faire jour par jour ; car après les premières marches , et dès qu'on est entré dans la sphère d’activité de l’armée ennemie, on ne fait plus ce qu’on veut, mais ce qu’on peut ; les marches, les manœuvres , les combats dépendent de circonstances impérieuses ; les déterminations sont soudaines et résultent de l’attitude , des ressources , des forces et du moral de l’ennemi. Le général doit avoir carte blanche pour l’exécution du plan de campagne dont un conseil peut bien tracer les premières directions , mais qu’il est encore mieux de laisser faire à celui qui est chargé de la responsabilité , et qui est le plus intéressé au succès.

C’est en s’aidant des meilleures cartes d’un pays que l’on arrête le plan de campagne , et pour cela , les cartes h petite échelle sont préférables, en ce qu’elles montrent tout le pays dans un cadre resserré. Il suffit, pour remplir leur objet, qu’elles donnent exactement la position des lieux , les cours d’eau , les routes principales , la crête des montagnes , la limite des États. Les plus claires sont les meilleures , parce qu’elles sont plus faciles à consulter. Les cartes à grande échelle, ou cartes topographiques, sont bonnes pour les questions de détail; mais le grand nombre de feuilles qu’elles comportent empêche de s’en servir pour les dispositions générales. Une carte géographique de moyenne grandeur, par exemple l’Espagne en quatre feuilles, sera toujours préférable aux cartes topographiques les plus détaillées , pour discuter un plan de campagne. Si au contraire, il s’agissait d’asseoir un camp , de prendre une position , d’arrêter un ordre de bataille, c’est aux cartes topographiques qu’il faudrait recourir.

Le plan de campagne indique les lieux de rassemblement des troupes, la base et la ligne d’opérations, les points stratégiques qu’il faut atteindre.

Le choix des lieux de rassemblement n’est pas seulement dicté par la facilité des subsistances, quoique cet objet soit toujours très-important , il l’est aussi par la convenance d’occuper des positions qui tiennent l'ennemi dans l’incertitude du point où on veut l’attaquer, et qui permettent de prendre une initiative prompte et foudroyante. On calcule la distance des différents points de rassemblement, de telle sorte que tous les corps puissent arriver en même temps au lieu du rendez-vous général pour franchir ensemble la frontière. Ainsi, en 1815, Napoléon ayant pris le parti d’attaquer les armées alliées, dirigea ses forces du côté de la Belgique, qui était occupée par les Anglais et les Prussiens. Ceux-ci couvraient tout l’espace compris entre Liège, Mons et Bruxelles, bordant la Sambre et la Meuse sur une étendue de vingt-cinq lieues; leurs quartiers étaient principalement disséminés entre Mons et Namur. Napoléon rassembla ses troupes à Maubeuge, Beaumont et Philippevillc, menaçant ainsi Mons, Bruxelles, Namur, et forçant l’ennemi à rester séparé. Il résolut de passer la frontière à Charleroi pour tomber sur le milieu des cantonnements ennemis; et calculant ses distances, il ht partir les différents corps aux heures convenables pour arriver tous ensemble sur Charleroi, dont ils s’emparèrent sans difficulté. Ils passèrent la Sambre, et allèrent le même jour, 15 de juin, camper en pays ennemi. Ce début est intéressant à étudier; il montre l’influence d'un bon choix des lieux de rassemblement sur les premiers succès, dont l’effet moral est si grand. Le même général , deux ans auparavant, opérant sur une échelle infiniment plus vaste, obtint la même précision dans ses résultats. Il avait rassemblé ses corps sur le Niémen ; il les fit partir à des époques et par des routes différentes pour les diriger sur Ostrowno , où ils arrivèrent , après de longues marches, au moment où les deux armées allaient en venir aux mains. Le général Barclay , aussi prudent que Fabius, éluda l’effet de cette terrible concentration, en abandonnant le terrain à son adversaire.

Principes de stratégie.

La base d’opérations ne peut être un sujet de discussion dans le plan de campagne, que lorsqu’on a le choix entre deux frontières et qu’on hésite sur celle qu’on prendra. Par exemple, s’il était question d’une guerre entre la France et l’Autriche, et que la France, comme c’est assez sa coutume, voulût prendre l’offensive , on pourrait discuter les avantages réciproques de la frontière du Rhin et de celle des Alpes. C’est ici qu’on prend en considération la forme générale de la base, et qu’on apprécie l’influence qu’elle peut exercer sur l’objet qu’ou a en vue. Est-elle concave ou en manière de tenaille , l’armée , après s’être portée en avant, y trouvera un appui solide pour ses ailes et ses derrières. Forme-t-elle au contraire un angle saillant, comme la Silésie dans les États autrichiens, on y trouve l’avantage de tenir, par un seul rassemblement de troupes, l’ennemi incertain sur le côté où l’on veut attaquer, et de l’engager ainsi à disséminer ses forces dans toute la périphérie qu’il a à garder, ce qui ne peut être que très-fâcheux pour lui. Mais dans le cas même où il resterait réuni , on a toute la facilité d’attirer son attention d’un côté et de se porter tout-à-coup de l’autre par le chemin le plus court, pour le prendre au dépourvu. Cette forme saillante est donc avantageuse pour le début de la campagne, mais elle vous expose , en cas de revers, à vous voir séparés de votre base. C’est l’inverse pour la frontière de forme concave.

Des deux frontières , il y en a nécessairement une qui est prépondérante ; c’est de celle-là qu'il faut partir, en y réunissant tous les moyens d’attaque dont on peut disposer. On commettrait une faute si on poursuivait une double offensive, en partant à la fois des deux bases. Il vaut mieux garder simplement la défensive sur une des deux frontières, pour porter sur l’autre plus de troupes et s’assurer de plus grandes chances de succès. Rarement on obtient un bon résultat en partageant ses forces » et les mêmes raisons qui rendent dangereuses les lignes doubles d’opérations , s’opposent également

à ce qu'on se laisse aller à la tentation d’une double offensive. Il faut , au contraire , concentrer le plus possible ses efforts pour que les avantages qu’on obtient soient décisifs , et ils le seront toujours plus sur la frontière prépondérante que sur l’autre ; c’est donc sur celle-là qu’il faut agir avec vigueur, en retirant de l’autre tout ce qui n’est pas indispensablement nécessaire à sa défense , de même que sur un champ de bataille on tire de l’aile la moins menacée des renforts pour les porter sur celle qui doit décider la victoire,

La discussion des diverses lignes d’opérations qu’on peut suivre est la partie essentielle du plan de campagne. Il y a tant de considérations à aborder, de motifs à peser, que le choix de la meilleure ligne est toujours fort délicat : c’est là que l’homme de guerre montre sa capacité. On ne peut guère établir d’autres règles à ce sujet que ce que nous avons dit plus haut en parlant des lignes d’opérations. Nous ajouterons que dans la discussion de ces lignes on calculera les distances effectives , c’est-à-dire les temps qu’on emploie à les parcourir, et non les distances sur la carte ; toutes choses égales d’ailleurs, on prendra le chemin le plus court; on se décidera aussi pour la meilleure route, quand des motifs pressants n’engageront pas à en sortir; car une troupe marche toujours plus vite sur une route large et commode que par des sentiers étroits et difficiles. La nature des villes qu’on aura à traverser, les défilés , les obstacles peuvent forcer à prendre des chemins détournés, quoique mauvais; car on surmonte plus facilement les difficultés de la marche qu’on n’enlève des villes ou qu’on ne force des défilés. Quand l’armée , en s’avançant, aura la faculté d’appuyer une de ses ailes à un obstacle naturel , la meilleure ligne d’opérations sera celle qui s’approchera le plus de cet obstacle , parce quelle sera mieux couverte par l’armée dont le front , pendant la marche , occupe presque toujours quelques lieues d’étendue , du moins tant que la bataille n’est pas imminente. Quand les deux ailes de l’armée sont sans appui , la ligne d’opérations doit passer

par le milieu du front , afin d’être également couverte de droite et de gauche, autant que cela est possible dans cette circonstance défavorable. Règle générale : dans la marche comme dans le combat, il ne faut jamais découvrir sa ligne d’opérations; toutes les dispositions doivent tendre, au contraire, h la couvrir, à la défendre le mieux possible.

§ 6- — Dtr Plan di Défense

Le plan de campagne pour la défensive s’appelle plutôt plan de défense. Il consiste d’abord à déterminer le genre de guerre qu’on veut soutenir, lequel dépend du caractère national, des ressources du pays , de sa topographie , de son climat. Le français se défend en attaquant; l’allemand soutient patiemment une guerre méthodique en arrière de ses frontières ; l’espagnol fait en détail une guerre d’extermination; nous avons vu les Russes dévaster une province et mettre le feu à leur capitale pour priver l’agresseur de toute ressource. Un peuple courageux , mais qui n’est point accoutumé aux privations , ne traînera pas la guerre en longueur ; il cherchera à en finir par des actions éclatantes ; c’est à coups de massue qu’il combattra ; il préférera une seule et grande bataille, où, s’il doit succomber, ce sera du moins avec gloire , à une série <ie combats partiels qui épuisent le pays sans amener de résultat.

Porter la guerre chez celui qui vient attaquer ou chez ses alliés, est un moyen sûr de lui en faire partager le fardeau et de déjouer ses projets. Le moral des troupes est exalté par une action de cette nature, et les chances favorables en sont augmentées. Mais pour réussir, il ne faut pas être trop inférieur en forces, et la disposition des frontières doit s’y prêter. On ne s’en écartera pas trop afin de ne pas se compromettre. C’est la zône de terrain qui existe entre l’armée et la fron-

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tière qui fournira 5 vos besoins, et que vous défendrez à outrance, en vous précipitant avec toutes vos forces réunies sur les corps de troupes ennemies le plus h votre portée. Avezvous des succès , vous pouvez changer la constitution de la guerre en la tournant à l’offensive. Etes-vous malheureux, vous vous concentrez toujours plus, vous choisissez des camps forts d’assiette , vous vous relirez sous l'appui de quelque place forte, vous vous couvrez de quelque rivière, etc. Vous traînez l’ennemi après vous et le promenez dans cette arène dont toutes les dévastations sont h sa charge. Montécuculi, dans ses Mémoires , se prononce hautement pour ce genre de défensive : sur les terres d’autrui, dit-il, on soulève les mécontents; la source des hommes, de l’argent et des autres choses nécessaires ne se trouble et ne se tarit que dans le pays où est le théâtre de la guerre.

En combattant chez soi on a beaucoup à souffrir, il est vrai, mais il y a moins de dangers à courir ; on a la population pour soi ; elle vous prête des secours de tout genre ; chacun y espionne l’ennemi et vous instruit de ses dispositions; on combat sur des positions reconnues d’avance et quelquefois préparées de longue main, où l'ennemi est obligé de venir vous chercher; on peut se mouvoir dans toutes les directions, parce que tout l’espace qui u’est pas occupé par l’ennemi sert de base d’opérations; on trouve ainsi de grandes facilités à menacer ses communications; on le force à faire des détachements pour garder les villes dont il s’est rendu maître et assurer sa marche. Ces détachements vous donnent beau jeu; vous pouvez les attaquer partiellement , les battre ou les envelopper. Lorsque la fortune couronne les efforts du défenseur, ses victoires sont bien plus décisives en deçà des frontières qu'au delà , parce que l’ennemi vaincu a des défilés à repasser , une retraite à opérer au milieu d’une population irritée, prèle à se jeter sur lui.

La forme de la frontière convexe au dehors favorise la défensive intérieure à son début, et peut en déterminer l’adop-

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tion. En effet, d’un point central qu’on occupe en forces, on observe toute la périphérie des frontières vulnérables et on est prêt à se porter par le chemin le plus court sur le point menacé. C’est ainsi que les Piémontais peuvent, en prenant une position dans les environs de Turin, répondre à toutes les attaques qu’on dirigerait contre eux dans toute la ceinture des Alpes. Chez nous-mêmes, un corps placé entre Tusis, Coire etReichenau, observerait avec avantage toute la frontière des Grisons, de Sainl-Luciensteig au Spliigen, sur un développement de quarante lieues.

Le genre de guerre adopté, les détails viennent ensuite, et c’est ce qui compose, à proprement parler, le plan de défense. La détermination des lieux où il convient de faire résistance, de ceux sur lesquels on doit se replier en cas de revers, et des chemins à suivre dans la retraite ; la disposition préalable des troupes dans l’attente de l’ennemi, de manière à le prévenir sur toutes les routes qu’il peut prendre; l'indication des points de concentration en arrière de la frontière, dès que ses projets sont démasqués ; la manière de soutenir les corps avancés et d’observation, par des réserves centrales ; enfin la désignation des points à fortifier par les moyens de l’art , des ponts à couper, des routes à améliorer, etc. : tels sont les objets dont il faut s’occuper dans un plan de défense.

C’est la topographie locale qui dicte les dispositions militaires qu’il sera convenable d’adopter; on ne peut guère prescrire de règle à cet égard; tout ce qu’on peut dire c’est qu’une trop grande dissémination de ses forces est toujours dangereuse; qu’en conséquence, loin de songer à garder tous les passages, il faut en abandonner quelques-uns pour mieux défendre les autres, les plus importants, ceux qui sont le plus menacés. Si l'ennemi quitte ceux-ci pour se porter sur ceux-là, c’est par des mouvements analogues qu’on s’oppose à ses projets, et on tâche toujours de se présenter à lui, par quelque route qu’il arrive, avec le plus de troupes

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qu’il est possible d'en réunir. De là vient que la forme des frontières, la direction et la nature des routes ont tant d'influence sur la défense d’un État. Si elles vous permettent de suivre, par des lignes droites intérieures, les mouvements de l’ennemi qui manœuvre sur la circonférence, vous aurez tous les avantages de la mobilité, et il vous sera toujours possible d’arriver avant lui sur les points menacés. Mais, même dans le cas contraire, il ne vous est pas possible de fermer toutes Jes avenues; cela vous obligerait à former un cordon de troupes fort allongé, et par là même très-faible dans toutes ses parties, que l’ennemi forcerait inévitablement en quelque point qu’il l’attaquât. Vous devez plutôt placer en arrière de la frontière un corps principal dans la position la mieux choisie pour se porter, le plus promptement possible, sur les diverses routes ouvertes à l’ennemi. En avant de ce corps principal et sur ses flancs vous enverrez de simples détachements, pour occuper momentanément les passages et annoncer l’attaque. Ils disputeront le terrain en se repliant; ils retarderont la marche de l’ennemi et vous donneront le temps d’arriver pour le recevoir. De cette manière tout le pays autour de vous sera suffisamment éclairé pour éviter les surprises, et vous aurez vos forces assez rassemblées pour combattre. Telles sont les dispositions générales qu’il est bon d’adopter dans un plan de défense ; on conçoit qu’elles laissent une grande latitude et doivent se plier aux exigeauces des localités; mais pourvu qu’elles soient basées sur le système de concentration, elles seront toujours préférables à un cordon sans solidité, dont les corps éloignés les uns des autres ne se prêtent aucun appui, échappent à l’autorité immédiate du chef, qui ne peut pas être partout, et sont, en raison des distances, hors d’état de se rallier quand la ligne est percée quelque part. Feuquières blâme le maréchal de Catinat de s’être éloigné de ces principes. «Câlinât, dit-il, chargé de défendre contre Monsieur de Savoie, les passages des Alpes, se jeta dans un système de cordon, en disséminant

toutes ses forces sur le grand cintre des montagnes, et donna à l’ennemi, par cette disposition, la faculté de prendre l’offensive quoique beaucoup inférieur en infanterie , qui est l’arme principale pour la guerre des montagnes. Monsieur de Savoye, en se concentrant, était supérieur à Monsieur de Gatinat sur quelque point qu’il se portât, d’autant plus qu’occupant le centre de la grande circonférence, il pouvait menacer sur plusieurs points à la fois, pour choisir celui qui lui semblait le plus avantageux. »

Pour connaître promptement à l’intérieur les mouvements de l'ennemi, il faut organiser un système de signaux d’alarme qui , du centre , se ramifie sur les divers points menacés. Ces signaux sont ordinairement des bûchers qu’on établit sur les montagnes de manière à être visibles d’une sommité à l’autre, et qu’on allume au moment du danger. Cela vaut mieux que des télégraphes, dont le jeu est empêche par le brouillard. Il n’est pas indifférent de désigner l’emplacement des signaux d’alarme dans le plan de défense, et d’indiquer les précautions dont il faut user pour éviter les méprises qui occasionneraient de faux mouvements.

Ce n’est pas toujours et uniquement en prenant des positions sur le chemin direct de l’ennemi, qu’on s’oppose à sa marche, mais aussi, et quelquefois avec beaucoup d’avantage, en occupant des positions de flanc, de manière à menacer sa ligne d’opérations s’il veut passer outre. Si ces positions de flanc peuvent être occupées par des forces imposantes, il faut de toute nécessité que l’ennemi quitte sa ligne directe pour les enlever, car il ne peut pas se porter plus avant sans s’exposer au danger d’être séparé de sa base. Dès lors, il est forcé à combattre sur un terrain que vous avez choisi et préparé de longue main, que vous avez eu le temps de fortifier et où tout favorise la résistance. C’est ainsi que les Turcs, en se concentrant à Chumla, oui complètement arrêté l’invasion des Russes en 1810, et qu’en agissant de même dans la dernière guerre, ils ont prolongé leur défense de toute une

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campagne. Si, en 1812, Kutusow, au lieu de couvrir Moscou en prenant position sur les plateaux de Mojaisck, se fût retiré dans la direction de Kiow, il eût, de l’aveu même de Napoléon, attiré h lui l’armée française et eût épargné à la Russie l'immense sacrifice de sa capitale. La recherche et la discussion des positions de flanc forme donc une partie essentielle du plan de défense, qui se rattache à celle des points de concentration.

Viennent ensuite les lignes de défense successives que le pays peut offrir, et qui sont naturellement indiquées par les cours d’eau et par les chaînes de montagnes ou de collines. Les avantages et les inconvénients de chacune d’elles doivent être soigneusement discutés. Les meilleures lignes sont celles dont les ailes sont appuyées h des obstacles naturels, tels que la mer, un grand lac, un fleuve large et rapide ; qui dominent le pays; ne sont abordables que par un petit nombre de routes faciles il garder; dont la forme générale est convexe au dehors, et en arrière desquelles sont de bons chemins qui permettent de se porter rapidement, et par les directions les plus courtes, sur les points attaqués. Les fameuses lignes de Torres Vedras, construites par Wellington en 1809 pour couvrir Lisbonne, satisfaisaient à la plupart de ces conditions: elles formaient un grand arc de cercle de plusieurs lieues d'étendue, dont une des extrémités était appuyée il la mer et l’autre au Tage ; elles présentaient une chaîne de sommités, la plupart couronnées de fortifications, derrière lesquelles l’armée anglaise pouvait manœuvrer sans être vue, et se porter en masse aux différents points de la circonférence par des chemins qu’on avait améliorés ou même percés à cet effet. Ces lignes, devenues célèbres, ne purent être forcées par les Français, bien qu’elles ne fussent couvertes par aucune rivière.

On a à examiner dans un plan de défense les avantages qu’on peut tirer des villes fortifiées, soit pour mettre à l’abri «les tentatives de l’ennemi les approvisionnements de tous

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genres nécessaires aux années, soit pour la défense de certains points qu’il est essentiel de conserver le plus longtemps possible. Une ville entourée d’une simple muraille et d’un fossé, qui la mettent à l’abri du coup de main, peut être de la plus grande utilité suivant la position qu’elle occupe ; et il n'en faut quelquefois pas davantage pour faire échouer une attaque. La résistance que les remparts de Morat opposèrent à la formidable armée du duc de Bourgogne, prépara la célèbre victoire que nos ancêtres remportèrent devant cette ville. Elle fut investie le 27 du mois de Mai de l'année 1476, et le 12 de Juin, le duc ayant vu le peu d’effet de son artillerie,, fit sommer le baron de Bubenberg, qui en était le commandant, et le menaça de le faire pendre en cas de refus. Le baron de Bubenberg répondit que les portes de Morat restaient ouvertes pour recevoir le duc, qu'il n’avait qu’à se présenter. Et en effet elles restèrent ouvertes pendant tout le siège, tant était grande la confiance de la garnison dans son chef et dans sa propre valeur. Le duc, après avoir fait plusieurs brèches aux murailles, fit donner le 20 de Juin un assaut général, qui fut repoussé et lui côuia plus de 1500 hommes. Enfin parut, le 21 au soir, l’armée suisse, et le lendemain eut lieu celte sanglante et glorieuse bataille qui délivra notre pays du plus grand danger qu’il ait jamais couru, et valut aux anciens Suisses une haute réputation de bravoure. Ne perdons pas de vue l’exemple que nous ont donné nos ancêtres; sachons, comme eux, défendre au besoin nos murailles aussi bien que nos rochers, et gardons-nous de porter une main imprudente sur les fortifications qui protègent encore quelques-unes de nos villes; ne fussent-elles capables que d’une résistance de vingt-quatre heures, elles sont encore utiles. Il ne faut souvent pas plus de temps que cela pour changer la face des événements et sauver un État du plus grand des malheurs, la perte de son indépendance. Si, en 1814, la ville de Soissons eût fermé ses portes et eût fait seulement un semblant de résistance, l’armée de Blüchcr n’eut pas échappé h l’ac-

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tive poursuite de Napoléon, et peut être la France eût-elle été sauvée.

Ce sont principalement les villes placées sur les rivières qui peuventjouerunbeau rôle dans la défense, pour peu qu’elles soient en état de repousser une attaque de vive force. En assurant la possession des ponts, elles donnent la facilité d« manœuvrer à son gré sur une rive ou sur l’autre , de se couvrir du fleuve ou de le franchir, suivant qu’on se trouve trop faible pour marcher à l’ennemi, ou qu'il se présente une occasion favorable do le prendre sur le temps en profitant d'un faux mouvement de sa part. Si vous vous êtes portés au delà du fleuve, ces villes^sont autant de têtes de pont qui assurent votre retraite et appuient vos opérations , quand vous êtes derrière ; ce sont autant d’issues d’où vous pouvez déboucher à chaque instant , qui tiennent l’ennemi sur le quivive et l’obligent à diviser ses forces. En un mot les villes fortifiées ajoutent beaucoup à la valeur des lignes de défense que présentent les fleuves et les grandes rivières ; elles font même qu’un fleuve , qui est perpendiculaire à la frontière , peut encore être pour l’armée envahissante un objet dangereux, par la facilité que trouve le défenseur à se placer du côté opposé à celui quç suit cette armée, et à menacer ses communications. Il faut alors qu’elle s’arrête dans sa marche, et s’empare des villes qui maîtrisent le cours du fleuve. Mais cette operation, faite en présence d’un ennemi déterminé à se bien défendre , n’est pas sans de grandes difficultés. Si, pour la faciliter, l’attaquant s’avance par les deux rives , son armée est séparée en deux parties. Le défenseur, maître des ponts, peut donc rassembler toutes ses forces et les diriger contre celle des deux moitiés qu’il lui plaira de choisir. II est à présumer qu’il la battra. L’attaquant doit donc rester réuni et se retourner contre le fleuve dont les têtes de pont le menacent , comme il le ferait à l’égard d’une position de flanc fortement occupée, qn’il ne saurait laisser en arrière sans s’exposer aux plus grands périls. Sans la circonstance des

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places fortifiée, ce même fleuve , qui lui présente ces obstacles, appuyerait une de ses ailes dans sa marche et faciliterait ses transports.

Il est donc vrai que les villes qui commandent les cours d’eau peuvent être d’une grande importance, et qu’elles méritent toute l’attention de celui qui s’occupe d’un plan de défense ; et lors même que ces villes ne seraient que très-imparfaitement fortifiées , il ne renoncera pas légèrement aux avantages qu’elles peuvent offrir; il appréciera au contraire ce qu’il y aurait à faire pour les améliorer et en rendre la défense plus sûre. Les trois villes de Zurich , Berne et Soleure peuvent être considérées comme les trois portes principales du vaste camp retranché que les Alpes , l’Aar et la Limmal forment au centre de la Suisse. C’est dans ce camp que se déciderait probablement notre sort, si nous avions à subir une invasion. Il y aurait donc bien de l'inconséquence à détruire les fortifications des villes que nous venons de nommer, sous le prétexte qu’elles sont insuffisantes, mal entendues, commandées, peu en rapport avec les moyens puissants de l’attaque (‘). Telles qu’elles sont, elles n’ont point à redouter une attaque de vive force , elles sont h l’abri du coup de main. Il n'en faut pas davantage pour nous-: avec leur se-' cours nous pouvons espérer de repousser un ennemi supérieur qui chercherait à pénétrer au cœur de la Suisse ; sans elles, nos lignes naturelles de défense seront aisément forcées, parce que leurs ponts seront h découvert et que nous n’aurons ni le temps ni les moyens de les protéger par des retranchements de campagne, qui d’ailleurs ne valent jamais de hautes murailles et de larges fossés. Nous avons encore les places de Genève et de Bâle qu’il faut tenir fermées , pour ôter à l’étranger la tentation de profiter des commodités qu’el-

(* ) Ceci était écrit avant l’époque où l’on a démoli les remparts de ces villes. Dieu veuille que nous n’ayons jamais à nous repentir d’une mesure que réclamait peut-être l’industrie, mais qui est bien contraire aux intérêts militaires de la Confédération.

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les donnent pour franchir les obstacles que le Rhône et le Rhin opposent aux operations militaires. Elles sont (Tailleur tellement exposées par leur position excentrique à être pillées ou rançonnées , si nous avions le malheur d’être en guerre avec quelque voisin, que, même dans leur seul intérêt, il est nécessaire de conserver leur enceinte.

Les positions proprement dites, c’est-à-dire les localités où une armée peut se placer avantageusement pour le combat, doivent être indiquées dans le plan de défense. Les avantages et les Inconvénients que ces positions peuvent offrir seront soigneusement discutés , afin que , le cas échéant , on profite des uns et l’on évite les autres, autant que les circonstances le permettront. On arrêtera ses idées sur ce qu’il y aurait à faire pour augmenter la force de ces positions par tous les moyens que l'art des fortifications enseigne , et pour faire disparaître les obstacles que les localités opposent aux mouvements des troupes et à leur déploiement; on évaluera approximativement le nombre de soldats de chaque arme qu’on pourrait y placer, et l’on indiquera les endroits où ils seraient logés ou campés et les ressources qu’offrent les environs. Dans la prévision d’un revers, on cherchera quelles sont les meilleures lignes de retraite pour l’armée ; quels sont les endroits où l’on peut tenter de la rallier; quelles sont les parties de ces lignes qu’on disputera pied à pied ; quelles sont celles qu’il faut, pour ainsi dire, franchir au pas de course, etc. Nous ferons connaître les conditions d’une bonne position militaire, quand nous parlerons des batailles.

Un complément du projet de défense consiste dans la désignation des chemins qu’il faudrait dégrader pour les rendre impraticables à l'ennemi , et de ceux qu’il faudrait au contraire améliorer pour faciliter la défense. On ne saurait trop porter son attention sur ces objets, qui semblent d’abord bien secondaires, mais qui ont tant d’influence sur le plus ou le moins de rapidité des marches et par conséquent sur l’exécution du plan arrêté. Un Etat bien organisé veillera donc à ce

MltNtlPES DE STRATÉGIE. Si

que , dans l'établissement des canaux et des routes, les avantages qu’on donne au commerce ne soient pas trop chèrement achetés en cas de guerre. La plus belle route dans les montagnes sera sans danger, si on a le soin de la fermer par quelque ouvrage défensif h l’endroit qui s’y prête le mieux. Si , par exemple , on construisait un petit fort casematé un peu en deçà du Pont-du-Diable , sur la belle route du Saint- Gottliard qu’on vient d’ouvrir, cette route ne compromettrait plus notre sûreté et elle ne serait pas moins commode aux voyageurs. Sans doute qu’on peut toujours, surtout dans les montagnes , couper les routes et les rendre momentanément impraticables , en détruisant les ponts , les soutènements , les corniches ; mais, indépendamment de la facilité plus ou moins grande que peut avoir l’ennemi de réparer les dégradations, on éprouve toujours de la répugnance h prendre ces mesures de destruction ; on les remet au dernier moment , et souvent il est trop tard pour les effectuer. Le plus sûr est donc de construire d’avance les forts dont nous avons parlé ; c’est pourquoi le plan de défense doit désigner leurs emplacements. En marquant les points où l'on peut faire résistance , il indiquera la manière de couper les chemins en avant et d’améliorer ceux qui sont en arrière pour atteindre le double but de retarder la marche de l’ennemi et de faciliter autant que possible l’arrivée des secours.

Toutes les routes qui réunissent deux positions ou qui , en arrière d’une ligne de défense , courent parallèlement à cette ligne, doivent être réparées; car c’est au moyen de ces routes que l’on pourra se porter rapidement d’un point à l’autre pour secourir les endroits menacés , ou tomber en force sur des détachements de l’ennemi. Le plan de défense doit descendre jusqu’au détail de ces opérations.

Tels sont les objets essentiels dont on a à s’occuper dans un plan de défense. Il en est d’autres non moins importants qui se rattachent à la partie administrative , tels que les hôpitaux , les manutentions , le logement des troupes dans

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les endroits désignés pour leur concentration, les subsistances , les fourrages, le service des postes et autres moyens de correspondance, etc., etc. Ces objets doivent aussi être discutés dans un plan de défense; mais les détails qu'ils exigent nous éloigneraieqt trop de notre sujet pour qu’il nous soit permis de les aborder.

§ 7. — Sas Opérations sth atéoiqdbs.

C’est par des mouvements préparatoires, par des marches habilement conduites en vue de se placer sur les parties vulnérables des lignes ennemies; c’est, en un mot , par des opérations stratégiques que se préparent ces immenses résultats que donne quelquefois une seule victoire. Une bataille gagnée est toujours une belle chose , mais les conséquences en sont bien différentes suivant qu’on s’est placé de manière à en profiter pour couper les communications de l’ennemi, le séparer de sa base , le disperser, etc. , ou qu’on se trouve dans l’impossibilité de troubler sa retraite. Dans le premier cas, la victoire est décisive , si on met de l’activité h poursuivre les vaincus; dans le second, on doit s’attendre h les voir bientôt se rallier pour livrer une nouvelle bataille. Quand, en 1805 , Napoléon leva son camp de Boulogne pour aller à marches forcées combattre l’armée autrichienne , qui déjà avait envahi la Bavière et s’avançait entre le Danube et le lac de Constance , il dirigea les différents corps de son armée sur le flanc droit et les derrières de l’ennemi , en prenant pour base le Bhin au-dessous de Strasbourg, et le Meyn dont il était maître ; il contourna les montagnes de la Forêt-Noire, dans les défilés desquels il présenta quelques têtes de colonnes , pour faire croire à Mack qu’il marchait à lui par la vallée du Danube. Quand Mack reconnut son erreur, il était déjà trop lard; le coup était porté. Il se vit coupé de ses

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communications, battu dans plusieurs rencontres et obligé de se renfermer dans Ulra , où il capitula et se rendit prisonnier avec toute son armée. Ce furent bien plus les marches savantes et rapides qui précédèrent les combats de Gunzbourg , Elchingen, etc., que ces combats eux-mémes, quoique brillants, qui valurent à Napoléon un pareil succès. Toute retraite fut interdite aux Autrichiens; ils furent enveloppés et forcés à mettre bas les armes avant que les secours qu’ils attendaient fussent arrivés ('). Le maréchal de Saxe était persuadé que les marches contribuent encore plus que les batailles au gain d’une campagne, et il posait comme axiôme que les succès de la guerre sont dans les jambes des soldats. L'histoire de tous les temps justifie celte assertion.

Nous allons donc rassembler quelques préceptes relatifs aux marches ou plutôt aux mouvements stratégiques.

Marches en avant. — Une armée nombreuse est toujours partagée en plusieurs corps qui marchent sur des chemins différents, soit pour se procurer plus facilement leur subsistance, soiL pour faciliter les déploiements et tous les préparatifs de la bataille. Toutes ces colonnes doivent se rapprocher d’autant plus les unes des autres que les entreprises de l’ennemi sont plus à redouter: si son attaque est possible, les colonnes resteront h portée de se secourir mutuellement; elles ne laisseront enlr’elles aucun obstacle qui les empêche de se rejoindre et de se rassembler sur le champ de bataille. Mais il ne faudrait pas, en exagérant ce principe, faire marcher les colonnes côte à côte et parallèlement, leur ouvrant avec In hache cl la pioche des chemins quand il n’y en aurait pas d'assez rapprochés. Cette pratique mettrait des obstacles insurmonr tables à la rapidité des mouvements et laisserait à un adversaire moins circonspect tous les avantages. Depuis Turenne , Luxembourg , Villars , les marches rapides étaient oubliées ;

(‘) Voyez les détails de ces marches au Chap. 111, § 5.

PRINCIPES DF. STRATÉGIE

une faible armée se partageait en nombreuses colonnes qui se frayaient péniblement des routes au travers des bois et des ravins , sans se perdre de vue les unes les autres , pour ainsi dire ; il en résultait un embarras extrême et une pesanteur souvent funeste. Mais la révolution française a détruit tout cet échafaudage d’une lactique trop timide ; ou est revenu aux marches dégagées , promptes et hardies des Romains. Tant qu’on ne manœuvre pas sous le canon de l’ennemi , on peut mettre entre les colonnes qui exécutent des mouvements préparatoires plus ou moins d’intervalle , suivant les localités ; la seule limite à poser, c’est que ces intervalles ne soient pas assez grands pour empêcher les corps d’arriver le même jour sur un même champ de bataille.

Chacune des colonnes doit user de précautions pour ne pas se laisser surprendre par l'ennemi; elle fait éclairer sa marche par une avant-garde. Toute négligence à cet égard peut amener une catastrophe : l’histoire en fournit bien des preuves. La défaite de Flaminius h Trasimène est l’exemple le plus célèbre qu’elle nous rapporte. Cet imprudent général s’engage dans le défilé que forme le lac (*) avec les montagnes , sans y faire éclairer sa marche par une avant-garde et sans reconnaître les hauteurs. Il se hâte de joindre Ànnibal qui mettait le pays à contribution , et sa presse est si grande qu’il ne se donne pas le temps d’attendre son collègue , qui arrivait de Rimini avec une armée. Mais il trouve dans le fond du défilé le rusé Carthaginois qui lui barre le chemin; l’action s’engage , et des hauteurs environnantes les Romains voient descendre des troupes nombreuses qui les prennent en flanc ; en même temps la cavalerie , non loin de laquelle ils avaient passé sans l’apercevoir, arrive par derrière. Obligés de combattre de tous les côtés à la fois , les Romains succombèrent, les Carthaginois en firent un affreux massacre.

Pour assurer la marche contre les entreprises de l’eunemi ,

(* ) Lac de Trasimène, actuellement lac de Peruggia.

PRINCIPES DE STRATÉGIE

on doit autant que possible, et ainsique nous l’avons déjà dit, la diriger le long d’un fleuve qui couvre le flanc de la colonne; mais il faut toujours , même dans ce cas , faire occuper les avenues par lesquelles il pourrait déboucher. On détache à cet effet quelques troupes qui prennent position et couvrent la marche jusqu’à ce que la colonne soit assez éloignée pour n’avoir plus rien à craindre. Alors cette troupe, faisant un crochet, ou prenant le même chemin que l'armée , vient rejoindre au premier camp.

De toutes les marches, celles qui peuvent amener les plus grands résultats, sont celles que l’on parvient à cachera l'ennemi, et que, pour cette raison, on appelle marches dérobées. C’est par de semblables marches que l’on parvient à se placer sur le flanc de l’adversaire, à menacer sa base, à le Surprendre dans ses cantonnements, etc. Les pays les plus difficiles sont ceux qui favorisent le plus les marches dérobées , soit par la facilité qu'on a de les masquer, soit parce que l’ennemi , trop confiant dans les obtacles qu’ofTrent les localités, néglige les précautions ordinaires et ne va pas aux informations. Or, avec de la patience , du travail et de l’opiniâtreté , on parvient toujours à surmonter les obstacles matériels quand on n’est pas empêché par la présence de l’ennemi. On peut, àcetégard, dire qu’il n’y a rien d’impossible aux hommes. Témoin la marche extraordinaire d’Annibal au travers du marais de Clusium. Il avait deux chemins pour s’avancer sur Rome : l’un par les défilés des Apennins, facile , mais plus long et occupé par l’armée romaine ; l’autre , plus court, au travers de grands marais jugés impraticables. Anuibal , après avoir fait sonder ces marais et s’être assuré que les difficultés quoique très-grandes n’étaient cependant pas insurmontables, se décida pour ce dernier chemin. Sachant qu'on ne l’attendait point par là , il vil qu’il n'aurait à surmonter que les difficultés locales et il était sûr d’en triompher. En prenant ce chemin , il évitait les défilés où sa cavalerie , supérieure à celle de l’ennemi , lui eût été inutile , et où la

PRINCIPES DE STRATÉGIE

valeur individuelle des soldats romains eût snppléé à l'incapacité du consul. 11 pouvait espérer en outre qu'une fois le passage opéré , il attirerait l’imprudent Fiaminius à une bataille avant que son collègue l’eût rejoint, comme en effet cela arriva. La réussite de cette marche audacieuse fut complète , parce qu’elle fut assez secrète et assez prompte pour ne pas laisser aux Romains le temps de s'y opposer.

La rapidité est une des premières conditions des marches, des mouvements stratégiques , aussi bien que des simples manœuvres. C’est par la rapidité des marches que l’on conserve les avantages qu’une initiative heureuse a pu procurer, qu’on poursuit les succès et qu’on achève ce que la victoire a commencé. C’est par la rapidité des marches qu’on peut, comme les Romains , nourrir la guerre par la guerre : restant peu de temps dans le même lieu , on n’épuise pas les pays qu’on traverse ; leurs ressources , quelque précaires qu’elles soient , suffisent toujours aux besoins momentanés des armées. Par là on se débarrasse des immenses trains de voitures nécessaires pour le transport des vivres ; on ne porte avec soi que l’indispensable ; on fait prendre aux soldats quelques rations de pain ; on se fait suivre par des troupeaux qui fournissent la viande ; et les troupes, plus légères, entreprennent et exécutent de plus grandes choses. Il faut à tout prix se mettre à même d’exécuter des marches rapides , si l’on veut obtenir quelque succès à la guerre. Allez à pas de tortue et rien ne vous réussira ; un destin funeste s’attachera à toutes vos entreprises , les éléments sembleront se conjurer contre vous. C’est à ce sujet que M. de Folard a dit que les lents et les engourdis à la guerre auront aussi peu de part à la gloire de ce monde , que les lièdes à la gloire du ciel.

Nous avons reconnu que c’est un avantage d’occuper la ligne intérieure quand l’ennemi agit sur deux lignes extérieures ; les marches qui peuvent avoir pour but de se placer ainsi sont donc importantes à étudier; arrétons-nous-y un moment.

PRINCIPES OR STRATÉGIE

Si 1 'ennemi vient à vous en faisant occuper un grand espace à ses différents corps pour vous envelopper, allez droit à lui et donnez tête baissée dans le milieu de la ligne qu'il occupe. Tâchez de joindre isolément une des parties de son armée , de la mettre en déroute avant que les autres arrivent ; portez-vous ensuite sur une de celles-ci et qu’elle éprouve le même sort : vous les verrez toutes, forcées à la retraite, prendre des routes divergentes et éprouver mille difficultés à se rejoindre , si toutefois vous leur en laissez la possibilité. Ainsi , Napoléon , à son début , s’élance des Alpes maritimes et se précipite comme un torrent sur l’armée austrosarde , commandée par les généraux Beaulieu et Colli , qui avaient fait la faute de s’étendre le long des montagnes , pensant envelopper leur jeune adversaire. Colli est d’abord battu sur plusieurs points ; le tour de Beaulieu vint ensuite ; et dèslors, les dsux armées furent d’autant mieux séparées que l’un des chefs, cherchant h couvrir Turin, prit sa ligne de retraite sur cette ville , tandis que l’autre se replia sur Milan sans chercher à rejoindre son collègue. Colli fut forcé à recevoir tes conditions du vainqueur ; Beaulieu ne put mettre un terme à sa marche rétrograde que sous les murs de Mantoue.

Mais si l’armée ennemie est rassemblée , on peut essayer de s’avancer sur elle en suivant deux lignes qui se dirigent sur ses lianes et l'engagent à se partager pour faire face aux deux attaques dont elle est menacée. Alors nos deux corps, qui ne se sont séparés momentanément que pour se rejoindre ensuite , marcheront à la rencontre l’un de l’autre pour attaquer ensemble celle des deux portions de l’armée ennemie qui sera le plus à leur portée. On conçoit pourtant que de semblables mouvements ne peuvent être essayés qu’autant que la topographie locale s’y prête et les rend en quelque sorte naturels. Ce sera, par exemple, lorsque, couvert par un fleuve , on ne craindra pas de voir l’ennemi se jeter dans „ l’intervalle des deux corps , et qu’on pourra , au moyen des

PRINCIPES DE STRATÉGIE

routes qui longent ce fleuve , faire rapidement urr mouvement de flanc. Dans ce cas, on peut, sans de grands dangers, se porter à droite et à gauche pour donner de l’inquiétude à l'ennemi sur deux points éloignés; s’il s’affaiblit dans le milieu pour renforcer ses ailes, nous reviendrons sur nos pas par une marche de nuit qui lui dérobe le mouvement, et nous passerons le fleuve , en jetant des ponts pour la confection desquels tout aura été préparé d’avance et tenu secret autant que possible. Une fois le fleuve franchi , nous voilà sur la ligne intérieure ; l'activité et la valeur doivent faire le reste pour empêcher les corps séparés de se réunir et forcer l’ennemi à manœuvrer par la ligne double extérieure. C’est ici qu’on voit combien il est important de mettre le temps à profit pour se rassembler, passer le fleuve et battre séparément les deux fractions de l'armée entre lesquelles on est parvenu si heureusement à se placer. Le temps fait tout à la guerre ; souvent une heure perdue ne peut plusse regagner; une heure suffit pour être prévenu sur le point stratégique ; il suffit d’uue heure pour être accablé par des forces supérieures subitement rassemblées, ou laisser échapper désavantagés que la fortune n’accorde qu’à l’activité et à l’audace. Les Confédérés surent admirablement profiter du temps et de leur position centrale , lorsqu’après avoir vaincu l'archiduc dans le défilé de Morgarten , ils traversèrent le lac des Waldstàllen pour combattre les corps autrichiens qui pillaient et saccageaient le bas Underwald. Ils les surprirent en désordre , dans une sécurité parfaite , et ne songeant qu’à se charger de butin. Les Autrichiens n’opposèrent aucune résistance aux Confédérés; ils ne cherchèrent qu’à leur échapper par une prompte fuite ; chassés de la sorte , ils ne parvinrent à repasser le Brunigg qu’après avoir perdu la moitié de leur monde et tout leur bagage. Les Confédérés, dans celte première lutte de la liberté contre l’oppression , firent par instinct ce que prescrivent les règles de l’art militaire.

Ce qui précède montre que si la frontière est attaquée sur

1 by G

PRINCIPES DE STRATÉGIE

plusieurs points , ce n’est pas en se partageant en autant de corps égaux qu’on pare au danger, parce qu’alors on est faible partout; mais en n’opposant aux diverses attaques que de petits corps d’observation, pour conserver une masse principale avec laquelle on fera effort sur l'une des armées ennemies, lorsqu’elle sera encore séparée des autres. Qu’il soit , par exemple , question de s’opposer avec 80,000 hommes à une armée de 120,000, partagée en trois corps de 40,000 chacun : si l’on veut opposer à l’ennemi trois corps égaux, ils ne seront que de 26,000 hommes environ ; et , par conséquent, on se trouvera partout très-inférieur en forces. Si, au lieu de cela, on n’oppose h chacune des trois armées , qu’un simple corps d’observation de 12 à 15,000 hommes, cela suffira pour retarder sa marche , et il restera une force centrale de 35 à. 40,000 hommes qui , se réunissant à l’un quelconque des corps d’observation , formera une niasse d’environ 50,000 combattants, laquelle battra l’ennemi, toutes choses égales d’ailleurs.

Quand la disproportion des forces est encore plus grande , il se peut qu’on ne parvienne jamais , quoiqu’on fasse , à se procurer l’avantage du nombre sur aucun point ; mais cela ne change rien à la règle , car ce n’est qu’en la suivant qu’on parvient à rassembler contre l’ennemi le plus de forces possible. Alors c’est en redoublant de vigueur et d’activité, en profitant de toutes les ressources topographiques du pays , qu’on peut encore soutenir la lutte. Napoléon, dans la guerre de France , a donné un grand exemple de l’eflicacité des manœuvres centrales : il a combattu pendant quatre mois des forces triples. Il portait ses réserves d’un endroit à l’autre avec une incroyable rapidité : aujourd’hui il livrait bataille sur un point, le lendemain il était à dix ou douze lieues de distance, marchant à un autre ennemi étonné de tant de résolution et de célérité. César, entouré de peuples révoltés au milieu des Gaules , se tire de celte position critique par des mouvements pareils. Il est partout où le danger l’appelle ; il

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ne laisse aux Gaulois ni le temps, ni les moyens de se réunir; il les combat les uns après les autres et les défait partiellement. Peu de semaines lui suffisent pour terminer cette mémorable campagne.

Retraites. — Dans les marches en retraite , on doit , autant que dans les marches en avant, suivre la ligne simple, afin de rassembler autant que possible ce qu’on a de forces à opposer à l'ennemi. Les retraites dites divergentes ou excentriques , qui s’opèrent à la fois par plusieurs routes pour donner le change au vainqueur et rendre sa poursuite incertaine, sont extrêmement dangereuses. En se partageant pour prendre ces directions diverses , on s’affaiblit partout : les corps isolés, livrés à eux-mêmes, courent la chance d’être enveloppés, acculés à des obstacles, dispersés , anéantis, comme cela est arrivé aux corps prussiens après la bataille de Iéna. L’ennemi , sans se laisser distraire , peut s’attacher à l’un de ces corps pour l’écraser; il ne s’inquiétera pas des autres, sachant qu’il en aura bon marché quand il se retournera contre eux ; il se contente de les tenir séparés.

Il n’est permis de se partager qu’à celui qui vient de remporter une victoire éclatante ; il est en présence d’un ennemi désorganisé , qui a perdu ses communications , que la force morale abandonne. Il se jette au milieu des corps épars ; il n’a qu’à se montrer pour déterminer leur fuite. Dans cette situation il peut tout oser ; tout est bon excepté ce qui est trop lent et trop méthodique. Mais c’est ici une exception que légitime l’état de désorganisation et d’abattement dans lequel se trouve une armée défaite.

Restez donc réunis dans une retraite encore plus que dans une marche offensive , quand même votre vitesse en serait ralentie; car, avant tout, il faut songer à votre sûreté. Marchez avec ordre , autant que les circonstances vous le permettent, ou du moins marchez ensemble, présentez encore à l’ennemi un front imposant, et, s’il vous poursuit avec trop

PRINCIPES DK STRATÉGIE.

de témérité , sachez l’en punir, osez même retourner sur lui quand il se met en prise ou qu'il est négligent dans sa marche. On peut retirer plus d’honneur d’une retraite bien conduite que d’une bataille gagnée où la fortune a quelquefois tant de part.

Il est très-avantageux de diriger la retraite parallèlement à la frontière , lorsque la chose est possible , parce que de cette manière l'ennemi qni vous suit ne failaucun progrès. Nous en avons déjà dit un mot en parlant des lignes d’opérations accidentelles, La retraite parallèle se fait-elle en pays étranger, l’armée vit aux dépens de l’ennemi; les fléaux de la guerre pèsent sur lui ; il est presque aussi mal placé que s'il avait le dessous. Se fait-elle derrière la frontière , on traîne après soi l’armée victorieuse; on lui fait faire du chemin, sans que pour cela elle gagne un pouce de terrain dans l’intérieur ; on ne lui abandonne que la lisière , et on la met dans la situation de présenter le flanc aux forces de l'intérieur. Mais il faut prendre garde de ne pas s’exposer soi-même en entreprenant une marche parallèle dans un pays dépourvu d’obstacles, qui laisserait à l’ennemi la facilité de vous couper de votre base. On couvrira donc cette marche de quelque fleuve ou de quelque chaîne de montagnes . c’est-à-dire qn'on n’entreprendra une retraite parallèle qu’aulant qu'un obstacle respectable la favorisera. La route du Simplon , couverte par les Alpes du côté de l’Italie , nous offre cet avantage : une armée ennemie, venant du midi, peut y marcher trois à quatre jours sans faire chez nous aucun progrès, et elle se trouverait même à la lin plus éloignée du centre du pays, qu’au moment où elle aurait passé la frontière. En sorte que , pour peu qu’on lui oppose de résistance , elle court le risque de périr de misère dans la vallée du Rhône , où les ressources sont insuffisantes pour une armée nombreuse. Du côté opposé , i’Aar peut aussi couvrir efficacement une retraite parallèle à la frontière du Jura, Ce sont là des avantages de notre position qui compensent en partie les inconvénients qui y sont alta-

PRINCIPES DE STRATÉCIE.

chés : avantages que nous devons reconnaître, et qui peuvent, avec l'âpreté de notre sol , concourir b fortifier nos espérances dans le cas d’une invasion.

Si la retraite parallèle est couverte par un fleuve , il faut avoir soin de rompre tous les ponts afin de se garantir de toute attaque de flanc. De même si elle est favorisée par une chaîne de montagnes, on fera occuper les passages latéraux jusqu’à ce que l’armée ait défilé, et l’on se disposera à tomber en masse sur ceux des corps ennemis qui , malgré ces précautions , seraient parvenus à forcer les passages ou à les tourner, et qui essaieraient de barrer le chemin. On ne doit pas s'effrayer d’un faible corps qui se présente sur les derrières, tout le péril est pour lui.

On conçoit qu’une retraite parallèle ne peut s’opérer efficacement que sur une frontière d’une assez grande étendue. Si donc cette frontière est difficile à garder à cause de son développement , elle vous offre d’un autre côté l’avantage que nous venons d’indiquer, et qui n’est pas le seul si l’on sait tenir une défensive attaquante. Car ce qu’on ne pourrait faire pour la défense d’une frontière étroite, sans courir le risque d’en être séparé ou de se laisser acculer aux obstacles qui la resserrent, en même temps qu’ils sont l’appui de ses ailes , on peut l’entreprendre avec succès sur une frontière étendue offrant de longues bases d’opérations. On peut donc opérer de ces retours offensifs que la fortune se plait souvent à couronner d’un brillant succès, et se livrer à ces brillantes entreprises que le courage et l’audace savent inspirer.

Diversions. Marches combinées. — Ce que nous avons dit jusqu’à présent pour montrer la nécessité de rassembler ses forces et de rester réuni , prouve assez que les diversions , les marches combinées, les détachements sont des opérations qu'en général on ne peut pas approuver.

On fait une diversion quand on envoie un corps opérer au loin une suite de mouvements indépendants de ceux de l’ar-

PRINCIPES DE STRATÉGIE

mée. On opère une marche combinée lorsque les mouvements de ce corps sont en corrélation avec ceux de l’armée et tendent au même but. Dans l’un et l’autre cas , le corps séparé de l’armée forme un détachement.

Les diversions sont dangereuses parce que l’armée est affaiblie de toutes les forces qu’on y emploie ; elles détournent du but principal et partagent l'attention du chef ; elles donnent plus de prise aux accidents ; elles compliquent les événements, multiplient les ressorts intermédiaires et sont presque toujours une source de catastrophes. L’armée, si elle remporte une victoire , ne l’obtiendra qu’incomplète et ne pourra que difficilement en profiter ; si , au contraire , elle est vaincue , elle sera exposée à une ruine totale , ne pouvant tirer aucun secours du corps qui s’en est si mal à propos séparé. Cependant il n’y a rien d’absolu daus la science difficile de la guerre ; il n’est aucune règle qui n’ait de nombreuses exceptions. Il se présente donc des cas où les diversions peuvent non-seulement se justifier, mais où elles deviennent nécessaires. Par exemple, vous devez forcer une position formidable, et vous ne pouvez en venir h bout qu’en détournant l’attention de l’ennemi ; vous êtes bien alors forcé de détacher une troupe plus ou moins nombreuse, qui aille, par un circuit, occuper des sommités dominantes, ou menacer la ligne de retraite de l’ennemi. Ces cas sont fréquents dans la guerre de montagnes; le détachement est alors commandé par la nécessité ; la diversion devient une règle à laquelle il faut s’astreindre sous peine d’échouer; mais on s’arrange de manière h la faire durer le moins possible et à rentrer, aussitôt que les circonstances le permettront, dans lé principe de l’unité d’action et de la concentration des forces. Au reste , les marches combinées et les diversions sont beaucoup moins dangereuses dans les montagnes, parce que l’ennemi ne peut que bien difficilement se jeter entre les colonnes. Les corps séparés trouvent dans chaque vallée des espaces resserrés , où leurs ailes sont ap-

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payées et où elles ne coarenl aucun risque d'ètre enveloppées, où même il serait quelquefois plus dangereux qu'utile de s'y trouver en plus grand nombre. Il suffit, dans ce cas, que les corps séparés soient assez forts pour pouvoir, chacun de son côté, défendre la vallée dans laquelle il opère, et que les communications en arrière restent libres. La règle n’est violée ici que dans la forme ; au fond elle ne l’est pas , puisqu’on ne s’est partagé qu’aulant que le terrain l’a exigé , que les différents corps ne sont point exposés ù être forcés, et qu’ils peuvent toujours se rejoindre par les chemins en arrière. Le général Lecourbc a donné un bel exemple de pareilles marches, dans son attaque du Saint-Gotthard en 1799.

On peut se permettre une diversion lorsqu’on a des forces très-supérieures à celles de l’ennemi et qu'on éprouve de la difficulté à les faire subsister ou à les faire marcher ensemble. Alors il y a de l’art à se partager pour porter un corps sur les flancs ou les communications de l’ennemi , en même temps qu’on lui présente toujours de front des forces égales aux siennes ; à faire diversion dans ses provinces les moins gardées ou les moins dévouées, où l’on puisse soulever les mécontents; à jeter inopinément dans sa capitale, ou dans ses villes les plus riches, des troupes qui les mettent h contribution, etc. Le corps détaché doit alors agir avec vigueur, faire des marches forcées pour se multiplier aux yeux de l’ennemi, lui donner une plus grande inquiétude ou lui faire un dommage plus réel. Le caractère indécis et irrésolu du chef de l’armée ennemie est encore un motif qu’on peut alléguer en faveur d’une diversion. Hors ces cas, il vaut beaucoup mieux résister à la tentation et s'en abstenir; c'est toujoure le plus sûr.

En condamnant les diversions, on n’entend point parler de celles qui peuvent changer tout à coup l’état de la guerre, de ces diversions qui consistent à abandonner le pays à l’ennemi pour allersoi-même envahir le sien. Elles ne ressemblent en rien aux autres; carl’armée ne se partage pas; elle marche tout qptière et ensemble vers un seul but bien déterminé.

PRINCIPES DE STRATÉGIE. 45

De telles résolutions sont marquées du sceau du génie, et bien loin d’étre blâmables elles sont dignes d’éloges, quelque soit d'ailleurs leur résultat ; car un homme de cœur ne peut rien entreprendre de plus honorable pour sauver sa patrie , quand il l'a vainement tenté par les moyens ordinaires. Agathoclès , roi de Syracuse, était assiégé par les Carthaginois ; après avoir usé toutes ses ressources dans la défense de la place et se voyant prêt à succomber, il prend la forte résolution de passer en Afrique. Il ne laisse à Syracuse que la garnison strictement nécessaire à sa défense , emmène avec lui ses meilleures troupes , brûle sa floue sur le rivage africain pour se placer dans la nécessité de vaincre, et s’avance vers Carthage. Il culbute l’armée qu’on lui oppose , se ménage des alliances et met la capitale à deux doigts de sa perte. Syracuse fut sauvée. Certes voilà une diversion qui amène un bien grand résultat; ce serait abuser des mots que de condamner une opération qui porte le même nom, quoique dans le fond elle soit si différente de celles dont nous avons parlé.

Pour être faites sur une échelle plus petite, ces sortes de diversions n’en ont pas moins des suites heureuses, quand du reste elles sont bien conduites et que les localités les justifient. Il y a toujours de l’avantage à faire ce à quoi l’ennemi nest pas préparé, parce qu’ainsi on bouleverse toutes ses combinaisons, que de l’offensive on le fait passer subitement à la défensive. Turenne, dans sa dernière campagne nous donne un bel exemple d’une semblable conduite. Il’ ne se laisse point intimider par l’attaque de son adversaire, le célébré Montécuculli, qui avait franchi le Rhin; mais, insensible à cette initiative, il passe lui-même le fleuve sur un antre point, et force le général de l’empereur à quitter les terres de France pour le suivre et défendre son propre pays.

On entreprend ordinairement les marches combinées dans 1 intention d’arriver par deux côtés sur une position occupée par 1 ennemi, ou de prendre de front et à dos une armée qu on veut combattre, de la mettre, comme on dit, entre

PRINCIPES DE STRATÉGIE

deux feux. Mais il n'y a rien de plus chanceux que ces mouvements excentriques; indépendamment de l'affaiblissement momentané qu’ils occasionnent, un rien suffit pour les faire manquer et renverser les plans en apparence les mieux concertés : une troupe est égarée par ses guides, de mauvais chemins retardent sa marche , elle est surprise par les orages, un fleuve débordé l’arrête , elle rencontre l’ennemi où elle ne croyait pas le trouver, enfin mille accidents surviennent qui font manquer l’opération. D’un autre côté l’armée peut, dans l’intervalle, avoir été attaquée ou forcée à la retraite; on ne la trouve pas au lieu du rendez-vous; alors le corps isolé est extrêmement compromis; il court le danger d’être enveloppé et obligé de mettre bas les armes. Plus les mouvements excentriques ont d’étendue plus ils sont chanceux, et par conséquent plus il faut les éviter. Ainsi, sur un champ de bataille , c’est déjà une faute que d’envoyer un corps sur les derrières de l’ennemi pour le prendre à dos ou couper ses communications, parce qu’on peut être battu pendant que ce corps fait son détour; mais c’en est une bien plus grande quand le corps détaché doit faire une marche de plusieurs jours pour se porter en un point de rendez-vous occupé par l’ennemi , car la réussite dépend de circonstances qu'on ne saurait maîtriser.

Les détachements qui se font soit pour opérer une diversion ou une marche combinée, soit pour tout autre motif, sont condamnés par tous ceux qui ont écrit sur l’art de la guerre. Il y a bien des exemples à citer pour montrer leur danger. Le grand Frédéric , si sage d'ailleurs et si habile , eut à se repentir d’avoir fait, près de Dresde, un grand détachement de 18,000 hommes , dans l’intention de couper l’armée autrichienne de ses communications avec la Bohême. Ce détachement fut enveloppé, et tomba en entier au pouvoir de l’ennemi après avoir combattu avec beaucoup de vaillance contre des forces triples, espérant toujours que l’armée arriverait pour le délivrer. Cette affaire eut lieu à Maxen , dans le mois

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d’octobre 1759; elle montre tout à la fois, et le danger des détachements, et celui de vouloir couper la retraite à une armée qui, bien que vaincue, n’est cependant pas entièrement désorganisée. Le détachement, commandé par le général Fink, parvint il est vrai à s’établir sur les derrières de l’armée autrichienne et à lui barrer le chemin ; mais il n’était pas assez fort pour empêcher le passage. Au reste on peut reprocher à ce général de s’être laissé envelopper ; car il est possible , avec des forces aussi considérables que celles qu’il commandait, de se faire jour en enfonçant quelque partie du cercle enveloppant. Fink eût dû tenter ce moyen, et tout ou partie de son détachement se fût sauvé.

. Presque sur les mêmes lieux , le corps du général Vandamme, qui débouchait de Pima, après la bataille de Dresde en 1815, s’était avancé jusqu’à Tœplitz en Bohême, pendant que le gros de l'armée française était encore sous les murs de Dresde. Ce détachement eut, près de Kulm, le même sort que celui de Frédéric. Cependant Vandamme essaya de. se faire jour, et une partie de son corps s’échappa en passant sur le ventre de l’ennemi. Napoléon se priva par ce détachement d’une partie de ses forces pour la bataille , ou du moins pour les opérations qui devaient la suivre et compléter la victoire ; il perdit dix à douze mille hommes de bonnes troupes ; et, ce qui était plus fâcheux encore, le moral de l’armée fut sensiblement affecté par cet échec. Si l’histoire n’offrait que de semblables exemples, on ne serait jamais tenté de faire des détachements devant un ennemi qui n’est pas entièrement défait ; mais elle en présente aussi qui ont été couronnés du succès, et c’est là un appât auquel il est difficile de résister. Il n’y a en effet rien de plus brillant que de couper la ligne de retraite à un ennemi. Cependant, si l’on n’y peut parvenir qu’en se divisant , il doit suffire à un homme prudent de connaître le danger auquel il s’expose, pour rejeter toute idée de diversion ou de séparation quelconque des différentes parties de l’armée.

Pourmite. — Après une victoire , il faut poursuivre vive* ment les corps battus et désorganisés par leur défaite; il faut tout faire pour les empêcher de se rallier, et profiter de l'état de faiblesse et de découragement dans lequel ils se trouvent momentanément. Alors on peut sans danger se partager, pour donner plus de mobilité aux colonnes chargées de la pour* suite , pourvu cependant que l’on conserve les lignes inté* rieures et que l’on pousse l’ennemi excentriquement. On se gardera bien de ramener sur le même point ceux de ses corps qui étaient déjà séparés : ce serait jouer son jeu et faciliter son ralliement. Une manœuvre de ce genre a perdu les Français à Waterloo. Le maréchal Grouchy, qui avait été chargé de poursuivre les Prussiens battus à Ligny, aurait dû gagner leur droite pour les séparer des ponts de la Dyle , qui les mettaient en communication avec l’armée anglaise; au lieu de cela, il les poussa sur Wavres, où ils traversèrent la rivière et vinrent, au moment décisif, se réunir à leurs alliés dans les champs de Waterloo. Grouchy, qui aurait dû à tout prix leur fermer ce chemin , ou du moins arriver en même temps qu’eux sur le champ de bataille , ne fit que les suivre ; il ne parut que lorsque tout était terminé. Et pourtant, l’effroyable canonnade qui se faisait entendre disait assez haut que là se décidait la grande question , qu’il fallait y courir avec toute l’armée. Grouchy, dans cette mémorable circonstance , manqua d’habileté ou de résolution; il ne sut pas éloigner les Prussiens ; et, après lès avoir laissé passer, il ne fit rien pour neutraliser l’effet matériel et moral que leur arrivée dut produire sur l’armée , qui depuis midi luttait contre des forces déjà supérieures.

Quand l’ennemi se retire en conservant un certain ordre, que ses corps restent unis, sans prêter le flanc aux attaques partielles, la poursuite se fait par l’armée en masse. Mais alors il ne faut pas se borner à le suivre simplement en tenant la même route que lui , parce qu’aussitôt qu’il trouvera un défilé ou toute autre position favorable , il vous y arrêtera et

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vous forcera h déployer vos moyens pour le débusquer; il vous fera perdre ainsi un temps précieux , qu’il saura mettre h profit pour faire arriver ses renforts. Il faut donc quitter la route pour manœuvrer sur le flanc de l’ennemi , en même temps qu’une partie de l’armée le suit en queue et le talonne. De cette manière , il ne pourra prendre aucune position qui ne soit tournée à l’instant, et il sera forcé de se replier presque aussitôt qu'il se sera posté. La marche de l’armée poursuivante ne se trouvera ainsi que faiblement ralentie, et le vaincu ne pourra que très-difficilement se réorganiser. Le général Kutusof a profité des avantages d’une poursuite parallèle dans la désastreuse campagne de 1812. Au lieu de suivre la même route que l’arûiée française , où il eût eu beaucoup h souffrir du manque de vivres, et où il eût eu affaire à de fortes arrière-gardes , il côtoya la longue colonne de l’ennemi, l’attaquant partout où il pouvait , se jetant dans les vides que la longueur du chemin, le froid et la misère y occasionnaient. Cette sage conduite du général russe contribua beaucoup à augmenter les pertes des Français et à les désorganiser.

Quand on est parvenu à gagner l’ennemi de vitesse, il y a deux partis à prendre : ou de lui barrer le chemin, si on est assez fort pour braver son désespoir; ou de s’établir sur son flanc, en lui laissant la route ouverte. Ce dernier parti est presque toujours le préférable , parce qu’il esl dangereux de mettre une troupe, si faible qu’elle soit, dans la nécessité de vaincre ou de périr. En pareille circonstance , les hommes de cœur se surpassent eux-mêmes et vendent bien cher leur vie ou leur liberté ; il n’y a rien à gagner à les mettre dans cette situation. Il vaut donc mieux attaquer par le flanc cette . troupe qu’on attend sur son chemin de retraite ; car alors elle cherchera plutôt à s’échapper qu’à combattre , ce qu’elle ne fera cependant pas sans éprouver de grandes perles. Pour se mettre impunément en travers d’une armée ou d’un fort détachement , il faut être assez supérieur en forces pour lui présenter une barrière contre laquelle tous scs efforts viennent

se briser, autrement, failes-lurun pont d’or plutôt que de vous éxposer h beaucoup souffrir, ou môme à être culbutés, comme les Bavarois l’ont été à Hanau, lorsqu’en 1815 ils essayèrent de fermer le chemin de la France à l’armée de Napoléon qui battait en retraite, après le désastre de Leipsick.

Le passage d’une rivière est toujours une opération délicate pour l’armée qui se retire ; il faut donc, vous qui la poursuivez, savoir profiter de cette circonstance pour prendre votre ennemi sur le temps. Ici vos avantages sont évidents: vous attaquez avec vos forces réunies une armée coupée par la rivière en deux parties qui ne peuvent pas se secourir; vous enveloppez celle qui est de votre côté, et l’acculez à un obstacle qui doit faire sa perte.

Garde du pays conquis. — II ne suffit pas de vaincre l’ennemi partout où on le rencontre , il faut encore prendre des dispositions pour conserver le pays dont on s’est rendu maître. A cet effet , on détache ordinairement de l’armée les corps nécessaires pour occuper les places de guerre et autres postes militaires, pour recouvrer les impositions et maintenir le peuple dans la soumission. Or, ces détachements affaiblissent l’armée à mesure qu’elle pénètre plus avant; tandis qu'au contraire les défenseurs, se concentrant dans l’intérieur, améliorent leur situation. Il peut donc arriver un moment où l’équilibre se rétablisse et où il faille recommencer la lutte , en ayant contre soi toutes les chances qui peuvent résulter d’une défaite loin de la base d’opérations et au milieu d’une population prête h prendre les armes au premier revers de l’armée envahissante, ainsi que nous en avons été les témoins dans les dernières guerres de la péninsule espagnole.

On peut éviter ces inconvénients en faisant suivre l'armée active par des corps uniquement chargés de garder le pays. Ils formeront une armée de réserve, qui se tiendra h quelques journées de distance et agira d’après des principes particuliers. Au lieu de rester concentrée, elle s’étendra autant qu*

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possible afin d’élargir la base d’opérations, de se procurer de plus abondantes ressources et de contenir le pays. L'armée de réserve, plus faible que l’armée active et formée en grande partie de nouveaux soldats, lui sera en tout subordonnée; elle recevra les ordres du même chef; elle ne sera donc, à proprement parler, qu’une fraction de l’armée qui pourra lui être réunie quand les circonstances l’exigeront.

L'armée de réserve suivra l’armée active dans tous ses mouvements, en s’en tenant à une certaine distance ; elle assurera ses derrières; elle gardera les dépôts, et maintiendra toujours libres les communications avec les magasins; elle assiégera ou bloquera les places fortes, que l’armée active peut ainsi négliger et laisser en arrière ; elle soutiendra et assurera la retraite en cas de malheur; elle construira les ouvrages de fortification qui sont nécessaires pour améliorer les lignes de défense, couvrir les ponts, mettre en sûreté les magasins; en un mot, elle fera tout ce que ne peut pas faire l’armée active sans se disséminer et sans ralentir sa marche.

On comprend qu’on ne peut adopter de semblables dispositions que lorsqu’on est très-supérieur à l’ennemi en forces matérielles et morales. Dans le cas contraire , bien loin de songer à former, dès le principe, une armée ou un corps de »

réserve pour le laisser en amère, on rassemblera toutes ses forces pour les batailles; car l’esseutiel est de rendre la victoire décisive. Après cela on maintient le pays conquis , soit par les renforts qui le traversent pour rejoindre l’armée, soit par des détachements réduits au strict nécessaire, et qui, sous le nom de colonnes mobiles , parcourent le pays et se multiplient aux yeux des habitants par leurs marches et contremarches.

Lorsque l’armée, après de longues fatigues, doit prendre un peu de repos, on est obligé de l’étendre pour la loger dans les villages et embrasser un espace qui puisse fournir à la subsistance des hommes et des chevaux. C’est ce qu'on appelle prendre des cantonnements. Il est évident qu’on ne le fait

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lorsque l'ennemi est assez éloigné pour qu’on n’ait pas à craindre une attaque de sa part. Cependant il faut toujours prévoir le cas où il s’avancerait contre les cantonnements, et s’arranger de manière à lui résister avec des forces suffisantes. On désigne un lieu où tous les corps devront se rendre en cas d’attaque, et on a soin de le choisir assez en arrière pour que l’ennemi ne puisse pas y arriver avant vous. Les corps les plus avancés se retirent sur ce point; ceux de droite et de gauche s’y portent par des marches de flanc ; et ceux qui sont en arrière y arrivent comme renforts en marchant en avant. C’est ainsi que s’opère la concentration par les chemins les plus courts. Pour faciliter ces mouvements, et lorsque les cantonnements doivent être de quelque durée, on répare les routes; on en pratique même de nouvelles au travers des bois et des marais; on jette des ponts sur les rivières; on fait des chaussées à travers les ravins, etc. ; aucune peine ne doit coûter quand il s’agit de la sûreté de l’armée.

Les cantonnements que l'on prend pour passer la mauvaise saison se nomment des quartiers d’hiver. Iis ne diffèrent des précédents qu’en ce qu’on leur donne plus d’étendue. C’est une raison de profiter des obstacles que le pays offre pour les couvrir et les mettre à l’abri des incursions de l’ennemi. On les prend ordinairement en arrière de quelque rivière qui puisse servir de ligne de défense.

Nous bornerons ici ce que nous avons à dire sur la stratégie, en faisant remarquer, que si les principes de cette branche élevée de l’art de la guerre sont d'une si grande simplicité que chacun peut non-seulement les comprendre, mais en raisonner, leur application n’en est pas moins de la plus haute difficulté , en ce qu’elle exige beaucoup de pénétration et de tact. Le problème à résoudre est indéterminé; mille circonstances le compliquent; les données d’où l’on est obligé de partir sont toujours plus ou moins incertaines, et se bornent souvent ù de simples conjectures. Les règles qui pourraient guider ont de nombreuses exceptions. Des événements qui se

PRINCIPES DK STRATÉGIE.

succèdent avec rapidité, des accidents imprévus, des rapports trop tardifs, des motifs qui, pour être inaperçus du grand nombre, n’en sont pas moins impérieux pour un chef, forcent h modifier les plans les mieux conçus. Et si nous ajoutons que le temps, cet élément si essentiel, manque presque toujours, on comprendra qu’il n’y a que les hommes supérieurs qui soient capables de mettre en pratique cette science dont les préceptes se réduisent à si peu de chose. Gardons-nous donc de juger avec trop de sévérité les généraux malheureux. Pensons qu’après l’événement nous connaissons bien des choses qui étaient pour eux dans l’obscurité lorsqu'ils ont dû prendre un parti. Ayons la modestie de croire que s’ils les eussent connues, ils auraient vu aussi bien que nous ce qu’il y avait de mieux à faire; et que souvent, s’ils ont fait le contraire , c’est qu’ils ont été entraînés par la force des choses. Soyons justes envers ceux que nous devons regarder comme nos maîtres ; faisons la part des circonstances dans les fautes qui leur sont échappées , de même que nous reconnaissons quelquefois d’heureux hasards et les faveurs de la fortune dans leurs actions les plus glorieuses.

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