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CHAPITRE II

Organisation. Armement.

g 1. — Composition db vAliii.

Il ne suffit pas, pour former une armée, de rassembler des hommes et de leur mettre des armes entre les mains; il faut encore que ces hommes se soumettent à un chef qui dirige leurs mouvements et fasse concourir leurs efforts à un même but. Sans cela une armée ne présenterait qu’une réunion tumultueuse, où rien ne se résoudrait, où régnerait une confusion extrême. Les nombreux individus qui la composent, n'obéissant point à une volonté unique , n’agissant point dans une seule intention, imprimeraient au corps militaire des impulsions diverses qui se neutraliseraient, se contrarieraient de mille manières , et contribueraient h sa ruine bien plus qu’à sa gloire ou à sa sûreté. La discipline est donc la première nécessité d’une armée; c’en est la condition essentielle, indispensable. Sans discipline il n’y a pas d’armée. Aussi voyonsnous les troupes qui l’ont le mieux observée , acquérir dans tous les temps et chez tous les peuples une supériorité incontestable. C’est par leur admirable discipline que les Romains ont triomphé de toutes les nations et soumis le monde connu à leurs lois. C’est par leur discipline , autant que par la grandeur de leur courage, que les premiers Suisses ont vaincu dans tant de batailles mémorables; c’est en la maintenant dans leurs rangs , c’est en se montrant fidèles aux devoirs qu’elle

Impose, que les Suisses d’aujourd'hui pourront aspirer à marcher sur les traces de leurs pères.

L’honneur est la base la plus solide de la discipline , surtout dans des milices nationales. Les punitions trop sévères irritent le soldat sans le corriger; il faut les réserver pour les cas rares où, pour arrêter un désordre, il devient nécessaire d’user des moyens répressifs les plus puissants. C’est en ramenant par la persuasion les soldats égarés, en les traitant avec douceur, même lorsqu’on les punit, en évitant avec soin de les humilier . par des paroles offensantes, en cherchant au contraire à ranimer en eux les sentiments de patriotisme et d’honneur, qu’on réussit à former des cohortes magnanimes dans la victoire, et que les revers n’ébranlent pas. Ce sont là les seuls leviers sur l’efficacité desquels on puisse compter dans les moments de crise ; et, s’ils ne suffisent pas pour former des héros, si l’enthousiasme seul a pu enfanter les prodiges de St.-Jaques et des Thermopyles, du moins est-on sûr d’obtenir, par leur moyen, tout ce qu’il est possible d’attendre d’une troupe aguerrie et bien organisée.

Un chef doit donc s’interdire les paroles dures et méprisantes; il doit surtout éviter soigneusement de rudoyer le subordonné qui lui manque; il n’est point excusable de se laisser emporter par sa vivacité ; il se félicitera toujours d’avoir su se contenir: les soldats, justes appréciateurs de l’offense, lui sauront gré de sa modération, condamneront eux-mémes le coupable, et se montreront plus disposés à l’obéissance.

Mais il est un autre extrême , dans lequel des officiers de milice tombent aisément, et qu’il faut également éviter: c’est cette familiarité outrée qui abaisse ou discrédite celui qui s’y laisse aller, qui le rend méprisable aux yeux mêmes de ceux dont il cherche à capter la bienveillance ; c’est celte coupable faiblesse qui fait accueillir trop facilement les réclamations des mauvais soldats , toujours prêts à faire des doléances , à porter des plaintes; faiblesse destructive de toute discipline, en ce qu’elle ferme les yeux sur les fautes et les désordres

qu’il est si nécessaire de punir ou de réprimer. Un chef trop familier n’a plus d’empire sur ses soldats; il est exposé aux grossièretés, aux manques de respect de ceux qu'il a accoutumés à le regarder comme un simple compagnon , et à lui parler comme tel.

L’homme auquel Ja conduite d'une troupe est confiée doit donc marcher entre deux écueils : la dureté qui révolte, et la douceur exagérée qui prive du respect. Il tiendra un juste milieu, s’il sait allier la justice à la sévérité, la bonté personnelle à la rigueur du devoir. Aucune faute ne restant impunie, la bonne conduite et les belles actions étant louées et dignement récompensées, le chef sera à la fois craint et aimé de tous ses subordonnés ; ses ordres seront ponctuellement exécutés; on fera tout pour mériter son approbation ; la discipline enfin sera dans toute sa vigueur.

Si l’on avait le choix des hommes pour la composition de l’armée, ce ne serait pas seulement h la taille qu’il faudrait les apprécier. Les Romains n’étaient pas hauts de stature , et cependant quelle nation les a ja'mais égalés? S’ils ont fait de si grandes choses, c’est qu’ils alliaient aux qualités militaires les vertus du citoyen. La force corporelle, une grande taille, du courage, sont beaucoup sans doute; mais pour constituer le véritable guerrier, ces avantages doivent être accompagnés de qualités non moins précieuses, telles que la sobriété , la patience à supporter les privations, l’honneur, et par dessus tout un amour ardent et pur de la patrie. Ces vertus peuvent seules annoblir l’état militaire qui, sans cela, est trop souvent entaché d’excès de tout genre, aussi funestes J» la nation qu’il devrait protéger, qu’à l’ennemi qui en est la cause ou le prétexte. Aussi voyons-nous les anciennes républiques mettre le plus grand soin dans le choix des soldats auxquels elles confiaient leurs destinées. Nul n’était admis à l’honneur de porter les armes pour la patrie qui n’eût un intérêt direct à la défendre. Nos institutions modernes ne nous permettent pas, sans doute, d’aspirer à une aussi bonne composition des armées;

mais on peut faire quelque chose d’analogue dans les milices, et, dans les armées permanentes, on peut proscrire le mode de recrutement qui n’amène dans les rangs que l’écume des villes, pour le remplacer par la conscription militaire contre laquelle on a beaucoup crié, et qui offre pourtant le seul moyen de composer une armée associée d’intéréts aux autres classes de citoyens.

Après ce préambule que je ne crois pas sans utilité pour nos jeunes officiers, j’entre en matière.

Une grande armée, sous les ordres d’un général en chef, se compose de plusieurs corps commandés par ses lieutenants, et renfermant chacun tous les éléments des batailles, c’est-àdire de l'infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie, dans des proportions que l’expérience a déterminées. On conçoit que le partage d’une grande armée en plusieurs corps est absolument nécessaire pour rendre cette immense machine susceptible d’obéir aux impulsions diverses qu’elle doit recevoir, et de prendre les formes variées que nécessitent les circonstances.

Un cor/>s d’armée est rarement de plus de 50, (XX) hommes, et bien souvent il est au-dessous , même chez les nations qui ont le plus de troupes sur pied. Un commandement pareil est déjà bien lourd ; peu d’hommes sont capables de s’en acquitter avec distinction.

Le corps d’armée se partage en un certain nombre de divisions d'infanterie et de cavalerie , commandées par des lieutenants généraux ( nous parlons de ce qui se pratique dans les armées de nos voisins). Le nombre de ces divisions, dans chaque corps d’armée , n’est point invariable ; i] dépend et de la force des divisions et de la grandeur des corps d’armée. Les autres armes, telles que l’artillerie, le génie et la gendarmerie , n’entrent que par fractions dans la composition des corps d'armée. Cependant, quand il y a plusieurs compagnies d’une même arme , et c’est ordinairement le cas pour l’artillerie, on les réunit sous un seul commandement.

Une division se compose de plusieurs brigade* , sous les ordres des maréchaux de camp, et en nombre indéterminé.

Les brigades se subdivisent en régiments , et les régiments en bataillons ou escadrons , suivant qu’ils sont d’infanterie ou de cavalerie. On voit donc que pour ces deux armes, les dénominations sont les mêmes jusqu’à cette dernière subdivision, qu’on peut regarder comme l’unité dans la composition des armées, et souvent on s’en sert pour exprimer la force d’un corps, en indiquant de combien de bataillons et de combien d'escadrons il est composé. Le nombre d'hommes qui entrent dans un bataillon ou dans un escadron est déterminé par les règlements , tandis qu’il n’y a rien de fixe dans la force des régiments et des brigades, non plus que dans celle des divisions et des corps d’armée.

Dans notre organisation fédérale , nous n’avons pas de régiments. Nos brigades se composent de bataillons, dont chacun a son administration particulière , comme les régiments dans les autres armées. Sans cela, et sans la circonstance que l’on réunit presque toujours des compagnies de carabiniers aux bataillons d’infanterie , nos brigades ne seraient réellement , sous le point de vue des manœuvres , que de grands régiments avec un autre nom.

Nous n’avons pas non plus de corps d’armée ; du moins nous n’avons jamais organisé que des divisions dont la force , il est vrai, s’est élevée jusqu’à 14,000 hommes, et qui comprenaient de l’artillerie et de la cavalerie. C’étaient donc de petits corps d’armée. On pourrait, au besoin , en former de véritables en réunissant deux divisions sous un même chef.

Un seul homme ne suffirait pas à tous les soins qu’entraîne le commandement d’un corps d'armée ou même d’une division; on lui adjoint un certain nombre d'officiers qui composent son état-major, lis transmettent ses ordres ; ils préparent les marches et les campements; ils font les reconnaissances, et prennent tous les renseignements sur la position et les mouvements de l’ennemi ; ils dressent les états de situa-

lion d’après les rapports qu'ils reçoivent des différents corps ; ils tiennent la correspondance et les archives; ils font l'hisiorique de la campagne, les levés des champs de bataille; ils régularisent les différents services et veillent h l’exécution des règlements, etc. L’immensité des détails qui incombent aux officiers d’état-major oblige de les partager en plusieurs bureaux, dont chacun s’occupe d’une branche spéciale. L’officier supérieur qui est placé à leur tète doit être l’homme de confiance du général; il faut qu’il connaisse ses projets pour concourir de tous ses moyens à leur exécution ; son devoir est d’émettre franchement ses opinions sur les plans proposés , d’en présenter même de nouveaux , s'il le juge convenable ; mais son devoir est aussi de faire abstraction de ses propres idées , lorsqu'elles n’ont pas prévalu , pour épouser celles du général , la moindre mésintelligence entre ces deux hommes pouvant amener de grands malheurs. L’unité de vues et d’action est la première condition du succès.

On donne le. nom de major-général au chef de l’état-major d’une armée entière. Celui de l’état-major d’un corps d’armée, ou d’une division, est appelé chef d’état-major. L’officier qui remplit celte fonction dans l’armée fédérale est désigné sous le nom d’adjudant de division. Les armes de l’artillerie et du génie , lorsqu’elles se trouvent en forces suffisantes dans une armée , sont assimilées aux divisions d’infanterie ou de cavalerie; elles ont leurs états-majors particuliers pour diriger leur personnel et tout ce qui tient aux travaux qui leur sont propres.

Indépendamment des troupes proprement dites qui entrent en ligne pour le combat, et des officiers qui composent les états-majors des généraux , il y a encore dans les armées une grande quantité d’employés dont les services sont indispensables. Ce sont les commissaires, qui pourvoient à la subsistance des troupes, au fourrage des chevaux et en général à tous les besoins de l’armée ; les intendants d’hôpitaux et les chirurgiens, qui sont chargés d’organiser les ambulances et de

transporter les malades et les blessés de ces ambulances, ou hôpitaux de première ligne, dans ceux qui sont situés plus en arrière; les juges et auditeurs auxquels est confiée l’administration de la justice militaire ; les aumôniers , les employés des postes, les guides, les boulangers, les bouchers, etc. Ces derniers sont organisés en compagnies qui sont aux ordres du commissariat. Les guides sont aussi quelquefois formés en compagnies et servent b la garde des quartiers-généraux.

Ainsi , en résumé , une grande armée se compose de plusieurs corps qui quelquefois sont désignés sous les noms d’ailes, de centre, d’ avant-garde ou d’ arrière-garde générale , corps de réserve , etc. Chaque corps d’armée se partage en plusieurs divisions , chaque division en plusieurs brigades, chaque brigade en plusieurs régiments., et chaque régiment en plusieurs bataillons ou escadrons. L’artillerie, attachée aux différents corps, est formée par compagnies qui servent les batteries. On les réunit autant que possible, pour simplifier les rouages et faciliter la transmission des ordres. Le génie n’est employé que par compagnies ; il en est de môme des pontonniers.

Une armée traîne b sa suite une grande quantité de voitures pour le transport des munitions et attirails de guerre , pour les vivres, la solde, pour les objets d’hôpitaux et ambulances, pour les outils de pionniers, les pontons, les effets des officiers, ceux des vivandiers, etc.; elle a des fourgons d’état-major, des pièces de réserve, des affûts de rechange ,-des forges, etc. Tous ces objets constituent les équipages , si bien nommés impedimenta par les Romains , car rien n’embarrasse la marche d’une armée comme ces longues files de voitures qu’elle est obligée de traîner avec elle pour subvenir b ses nombreux besoins. On comprend combien il est convenable de les réduire au strict nécessaire , et d’exercer la surveillance la plus rigoureuse pour empêcher les officiers de tout grade et les employés d’introduire dans les équipages des voitures que les règlements ne leur accorderaient pas.

Les trois armes, infanterie, Cavalerie et artillerie, entrent en proportions différentes dans la composition des armées , suivant la nature des pays où la guerre doit être portée. Dans un pays de montagnes il faut moins de cavalerie , puisqu’on y trouve peu de plaines où cette arme puisse agir ; il faut aussi moins d’artillerie, surtout de celle d’un gros calibre , à cause de la difficulté des transports. Dans les pays où se déploient de vastes plaines on doit, au contraire , augmenter notablement la cavalerie et l’artillerie. La proportion ordinaire, dans les grandes armées européennes, est de un cinquième de cavalerie et de trois pièces de canon par mille hommes. Ainsi, une armée de 100,000 hommes compterait 20,000 chevaux et 300 bouches à feu. L’armée active fédérale est forte de 67,500 hommes d’infanterie, dont 5,000 pour le service de l’artillerie; elle a 120 canons attelés ; c’est un peu moins de de deux pièces par mille hommes , mais la Suisse étant un pays fortement accidenté , cette proportion parait très-convenable. On ne peut pas en dire autant de la cavalerie , qui n’est que de un quatre-vingt-dixième environ , et quoique dans les montagnes le rôle de la cavalerie soit extrêmement secondaire , 736 chevaux ne suffisent pas à nos besoins. Il faut espérer que le nombre en sera augmenté lorsqu’on revisera le règlement militaire général de la Confédération. La cavalerie devrait être portée h environ le vingtième de l’infanterie, ce qui est la proportion ordinaire en pays de montagnes. (')

Les trois armes se distinguent encore en infanterie, cavalerie et artillerie de ligne ou de bataille, et en infanterie, cavalerie et artillerie légères : les premières sont particulièrement destinées à combattre en ordre et à rangs serrés , les autres ù éclairer le pays , harceler l’ennemi , le poursuivre après la victoire , faire des prisonniers, etc. Ce serait pourtant une erreur de croire que ces troupes légères ne

(*) Cette révision est actuellement soumise aux délibérations des Conseils cantonaux de la Suisse. • .

doivent être astreintes h aucune espèce d’ordre et ne jamais combattre qu'à la débandade. De pareilles troupes seraient fort embarrassantes. C’est même encore , à mes yeux , une question non résolue que de savoir s’il faut deux infanteries réellement distinctes et faisant des services différents : une infanterie de ligne pour combattre en rangs, et une infanterie légère pour agir individuellement. On se demande s'il ne serait pas préférable d’enseigner le double service h tous les soldats? Il en résulterait une grande simplification : tout corps de troupe serait en état de s’éclairer lui-même , de s’éparpiller dans les pays difficiles ou de se réunir en masse dans les plaines. On ne verrait pas la troupe de ligne se plaindre de l'absence des troupes légères, ni celles-ci manquer quelquefois d’appui par l’éloignement de l’infanterie de ligne. On ôterait ainsi tout prétexte aux différents corps de s'accuser réciproquement de la non réussite ou des revers dans les entreprises. L’infanterie, en toute circonstance , dans toute localité , se suffirait à elle-même ; composée d’éléments similaires, elle laisserait la faculté de former les rangs avec les premiers hommes venus, ou de disperser, au besoin , une troupe quelconque.

Dans la supposition contraire , lorsque les rôles sont partagés, une infanterie ne peut passe passer de l’autre, et si, par une circonstance fortuite , elles sont momentanément séparées, on court le risque de les voir perdre courage parce que l’une ne saura pas se disperser dans les bois et sur les rochers , ou que l’autre, se trouvant dans une plaine et n’ayant pas l’habitude de combattre en ligne, sentira sa faiblesse. On a d’ailleurs reconnu que les troupes de ligne se détériorent dans une longue campagne , tandis que le contraire a lieu pour les troupes légères , il faudrait donc faire faire h toute l'infanterie, et h tour de rôle, le service d’éclaireurs et de tirailleurs. Les troupes détachées font ce qu’on appelle la petite guerre , excellente école pour l’ofiicier qui , dans ces expéditions , doit faire usage de toutes ses facultés.

organisation, armement. 63

L’infanterie légère , y paraissant plus propre , on l’y emploie de préférence ; en sorte que les officiers de ligne , éternellement enchaînés h leurs bataillons, ne peuvent apprendre de la guerre que ce qu’elle a de moins relevé. C’est là un immense inconvénient qu’on éviterait en donnant à toute l’infanterie la même instruction. El certes, ce ne serait pas trop exiger du soldat, qui le plus souvent mène dans les garnisons une vie d’oisiveté, bien plus propre à ruiner sa santé qu’à exciter en lui les vertus guerrières.

Cependant des militaires d’un haut mérite persistent, malgré ces considérations , à vouloir deux infanteries pour que chacune soit mieux exercée au rôle qu’on lui destine. Au fait , cette question ne peut pas se traiter d’une manière absolue ; le problème ne peut se résoudre que par les qualités propres à chaque peuple et les circonstances particulières dans lesquelles il se trouve. Je crois pouvoir affirmer que les Français feraient une imitation maladroite de la tactique allemande , s’ils instituaient réellement deux infanteries bien distinctes l’une de l’autre , leurs soldats étant éminemment propres aux deux services. Pour nous , qui n’avons que trèspeu de temps à donner à l’instruction de nos milices, il y a de fortes raisons de faire le contraire. Nous devrions même aller plus loin, car nos circonstances ne ressemblent en rien à celles des autres peuples; nous devrions, outre les troupes légères qui sont attachées à nos bataillons, créer des compagnies de coureurs composées d’hommes habitués aux montagnes, faits aux fatigues et capables de franchir en tout temps , en toute saison, les passages les plus difficiles, et de faire ainsi douze à quinze lieues en un jour pour se porter sur les derrières de l’ennemi , le prévenir sur quelque point important, ou aller aux nouvelles. Les services que de pareilles compagnies rendraient, dans un pays tel que le nôtre, sont incalculables.

Les carabiniers , en tant qu'ils se dispersent pour occuper les bois et les rochers, ou se forment en chaînes dans les

combats, peuvent être assimilés à l'infanterie légère. Cependant l’arme dont ils se servent est très-lourde, elle exige pour être bien ajustée le calme et Je sang-froid; on ne doit donc pas les employer dans les mêmes circonstances et de la même manière que les simples chasseurs. Les carabiniers forment une infanterie h part, excellente dans les montagnes, mais plus propre à la défense qu’à l’attaque; aussi ne la trouve-t-on pas dans toutes les armées , tandis qu’elle constitue une partie essentielle de notre force nationale. Indépendamment des 4,000 carabiniers qui entrent dans la composition de notre armée active, nous pouvons compter sur un nombre bien plus considérable de tireurs exercés qui font partie de la réserve, ou qui, au moment du danger, se présenteront comme auxiliaires, et fourniront aux chefs des divisions ou brigades un secours d'autant plus précieux que l’ennemi sera dans l’impuissance d’en calculer la force matérielle, et bien moins encore la force morale.

Quant à la cavalerie , il est absolument nécessaire d’en avoir de plusieurs espèces, afin de tirer parti des chevaux de toutes les tailles et de mettre à profit leurs diverses qualités de force et de vitesse. La cavalerie de ligne ou grosse cavalerie est montée sur les chevaux les plus forts; la cavalerie légère, composée des hussards, chasseurs et lanciers, se sert des chevaux les plus petits et les plus lestes; les dragons forment une espèce de cavalerie intermédiaire manœuvrant en ligne avec la première, ou escarmouchant avec la seconde ; ils sont montés sur des chevaux de taille moyenne.

L’artillerie de ligne est servie par des canonniers à pied ; son allure est le pas ou le petit trot des chevaux , afin que les hommes puissent suivre. Le système anglais, qui peu à peu s’introduit dans toutes les armées, permettant aux canonniers de se placer momentanément sur les avant-trains et les caissons , donne aussi la faculté d’exécuter des mouvements plus prompts sur le champ de bataille. L'artillerie légère est servie par des canonniers à cheval , son allure ordinaire est le

galop ; elle manœuvre avec la cavalerie , dont elle égale la vitesse et qui lui sert de soutien. L’artillerie de ligne, au contraire , coordonne ses mouvements à ceux de l’infanterie et doit toujours être soutenue par elle. Outre cela , on distingue la grosse artillerie, ou artillerie de siège, nécessaire à l’attaque et à la défense des places de guerre ; elle ne suit les armées que de loin , ou reste dans les parcs; on ne la fait venir que lorsqu’on en a besoin.

Les principes d’organisation, appliqués à l'armée fédérale, présentent quelques circonstances particulières que nous ferons connaître, en indiquant la répartition qui fut adoptée"en 1851, lorsque la Suisse , dans l’attente des événements que semblait devoir amener la révolution de Juillet, mit sur pied les états-majors et tint l'armée en disponibilité. Cette armée, en n’y comprenant pas la réserve, était composée de 74 bataillons d’infanterie, 40 compagnies de carabiniers, 12 compagnies de cavalerie, 40 compagnies d’artillerie, dont trente pour le service de 120 bouches à feu attelées, et les dix autres pour les pièces de position. Il y avait en outre un nombre suffisant de soldats du train, deux compagnies de sapeurs et une compagnie de pontonniers.

On forma cinq divisions de force à peu près égale, composées chacune de quatre brigades, de huit ou dix compagnie» de carabiniers, de deux compagnies de cavalerie et de quatre batteries d’artillerie. La division n° o n’était pas sur le même pied que les autres, desiinée qu’elle était h jouer, au moins dans le premier moment, un rôle tout particulier sur un des points les plus importants de la frontière ; elle ne comptait que ' six bataillons, quatre compagnies de carabiniers, une batterie attelée, deux compagnies d’artillerie de position et une compagnie de cavalerie.

Les brigades qui entraient dans la composition des autres divisions étaient toutes égales et de la force de quatre bataillons ; les divisions nog 3 et 4 avaient dix compagnies de carabiniers; les deux autres n’en avaient que huit; enfin la division

n* 1 n’avait que deux batteries attelées au lieu de quatre. Avec cette répartition, il restait encore les troupes du génie, trois compagnies de cavalerie, soixante bouches à feu et quatre bataillons, pour être employés suivant le besoin. Le tableau cijoint donne le résumé de celte organisation.

IJ

^ *c flu-S

Division n° 1 .

JJ

<su

Infanterie partagée en 4 Brigades

Carabiniers formés en compagnies

Cavalerie formée en compagnies

Artillerie formée en batteries de

4 pièces

Division o" S.

Infanterie

Carabiniers *

Cavalerie

Artillerie

Division n° 3.

| Infanterie •

Carabiniers

Cavalerie .<••••*

Artillerie

Division n° 4.

Infanterie

Carabiniers

Cavalerie

Artillerie <

Division n" B.

Infanterie .......

Carabiniers

Cavalerie

Artillerie

Troupes disponibles.

Infanterie

Carabiniers

Cavalerie

Artillerie de réserve ....

Sapeurs et Ponloniers . . .

El

GRGANISATIOX. ARMEMENT. BT

Ces divisions étaient de la force de 13 ii 14,000 hommes, et elles pouvaient s'accroître, au besoin, de toutes les troupes de réserve ou landwelir que la Diète avait mises h la disposé lion du général en chef. Composées de toutes armes, elles étaient plutôt de petits corps d’armée que de véritables divisions, et pouvaient en toute circonstance se suffire à ellesmêmes, chose importante dans un pays aussi accidenté que la Suisse , où une division peut se trouver momentanément séparée des autres par des obstacles difficiles h franchir.

La composition du grand état-major général répondait par sa simplicité à celle de l'armée. Il y avait :

Le général en chef ,

Le major général ou chef de l’état-major ,

L’adjudant général ou sous-chef de l’état-major ,

Le commandant en chef de l’artillerie „

Le commandant en chef du génie ,

Le commissaire des guerres en chef.

Le médecin en chef,

Le payeur général ,

L’auditeur général.

Chacun de ces officiers supérieurs avait auprès de lui un nombre suffisant d’aides de camp et d’employés, mais réduit au strict nécessaire.

Les états-majors des divisions étaient composés seulement d’un adjudant de division faisant les fonctions de chef d’étatmajor, d’un commandant de l’artillerie, de deux officiers du génie, d’un médecin, d’un commissaire et de quelques aides de camp, le tout en conformité du règlement militaire qui régit la Confédération.

Dans chaque division, les compagnies d’artillerie, réunies sous un même commandement, formaient une brigade d’artillerie. Ce corps s’appelait ainsi , parce que les rapports de service qu’il devait avoir avec l’état-major de la division , étaient les mêmes que ceux des brigades d’infanterie.

L’état-major particulier de l’artillerie, pour toute l’armée, était composé du commandant en chef de cette arme, d’un commandant de la réserve, d’un commandant des parcs, d’on chef d’état-major et des aides de camp nécessaires.

§ 2. — Formation dus Troupes.

Depuis que le fusil de munition a remplacé les armes de longueur, dans toutes les armées de l'Europe , l'infanterie ne s’est plus formée que sur trois rangs et même snr deux. C’est qu’avec cette formation, il est encore possible de faire usage du fusil dans les trois rangs h la fois ; avec quatre rangs cela ne se peut plus, parce que l’arme est trop courte. Les hommes du quatrième rang tueraient ou blesseraient ceux du premier. Et même la formation sur trois rangs n’est pas absolument à l’abri de ce danger, surtout avec des recrues ou des soldats peu exercés. Les Fiançais, les Russes et tous les peuples de l’Allemagne ont l’ordonnance sur trois rangs; mais chez quelques-uns de ces peuples le troisième rang est plus particulièrement destiné à faire le service de tirailleurs, et il n’y en a réellement que deux qui soutiennent le feu en ligne. Les Anglais et les Suisses ont adopté la formation sur deux rangs pour donner à leurs faibles armées un plus grand développement, et les mettre à même de faire front à des armées de moitié plus fortes sans se voir débordées par leurs ailes.

Les avantages et les inconvénients de ces deux formations se balancent ; on peut citer bien des exemples de succès en faveur de l’une et de l’autre. On ne peut pas refuser aux Anglais d’étre solides au feu malgré leur ordre mince; les Français eux-mêmes ont jugé convenable de l’adopter à la bataille de Leipsig, lorsqu’ils durent occuper un immense circuit pour combattre des forces très-supérieures. Napoléon, dans ses Mémoires, parait pencher pour cette formation, mais en

multipliant les serre-files, ce qui équivaut presque à un troisième rang, qui, à la vérité, ne doit pas faire usage de ses armes, mais appuyer les deux autres et y maintenir l’ordre.

Pour tirer parti du troisième rang dans les feux, il faut que le premier mette le genou en terre, et ce mouvement ne peut s’exécuter qu’au commandement. Or, les feux au commandement ne sont guère praticables quand l'action est un peu vive ; les voix des chefs se croisent; le bruit du canon, les tambours, les cris des blessés, empêchent de les entendre ; l’émotion du combat rend presque impossible cette attention froide et soutenue, sans laquelle une troupe entière ne saurait décharger et recharger ses armes ensemble et comme par une seule volonté. Le feu dégénère donc par la force des choses en feu de file, lequel ne peut, comme on sait, être exécuté que par les deux premiers rangs. Dès lors le troisième rang est inutile pour le feu, tout en exposant un homme de plus à chaque boulet de l’ennemi. Il est vrai que, d’après l’ordonnance française, les hommes du troisième rang chargent et passent leurs armes à ceux du second, et que ceux-ci tirent deux coups de suite, en sorte que le feu doit, théoriquement parlant, être plus nourri que celui qui s’exécute d’après l’ordonnance anglaise. Cependant l’expérience a prouvé qu'il n’en est rien ; ce qui provient du désordre qu’amène le changement des armes dans les deux derniers rangs, de la perle de temps qui en résulte, et de l’espèce de répugnance qu’éprouvent les soldats h se dessaisir du fusil auquel ils sont accoutumés. Cette répugnance est louable, car le soldat doit tenir à son fusil comme le Lacédémonien tenait à son bouclier. II ne lui est pas permis de s'en jamais séparer, et s’il n» peut le rapporter entier du combat , il faut qu'il en montre les débris.

La troupe rangée sur deux rangs est exposée à moins do pertes devant l’artillerie ; elle occupe avec des forces égales une plus grande étendue de terrain, ce qui est avantageux pour déborder les ailes de l’ennemi, ou pour appuyer lessien-

ORGANISATION. ARMERENT.

nés propres h des obstacles, qu’il faudrait peut-être laisser en dehors si cette même troupe était formée sur trois rangs. La première, pouvant occuper avec moins de monde que la seconde le même terrain , disposera de réserves plus fortes pour parer aux cas imprévus ou décider la victoire. Enfin la troupe formée sur deux rangs marche plus facilement, et par là même est plus vite instruite et formée. Telles sont lesraisons que l’on donne en faveur de cette formation qui a été adoptée pour l’armée suisse.

Mais qu'il y ait un choc à soutenir, une charge de cavalerie à repousser, la formation sur trois rangs offre incontestablement de l’avantage, parce que le troisième rang appuie les deux autres et leur donne de la contiance; son feu peut être employé très-utilement contre les cavaliers au dernier période delà charge, lorsque les hommes des deux premiers rangs,, croisant la baïonnette, se fendent et portent le corps en avant; pour résister au choc. Dans ce mouvement, ils baissent naturellement la tète, ils se rappelissenl un peu, en sorte que ceux qui sont derrière trouvent la possibilité de décharger leurs armes sans les blesser, d’autant mieux qu’il faut viser un peu haut pour atteindre les hommes à cheval.

La cavalerie a , toutes choses égales d'ailleurs, bien plus de prise sur un bataillon irès-développé et très-mince , que sur celui qui ne lui présente qu’un front plus resserré. C’est pour cette raison qu’un petit carré se défend mieux qu’un grand ; qu’un simple hérisson de chasseurs brave souvent tous les efforts d’une nombreuse cavalerie , parce que les manœuvres d'ensemble sont impossibles contre un objet aussi restreint ; il ne peut être abordé que par quelques cavaliers isolés, qui , chaque fois qu'ils se présentent, sont repoussés, si les hommes qui composent le hérisson ont du sang-froid et savent ménager leur feu.

Quand l’action se prolonge et devient meurtrière , il se forme des vides dans la ligne de bataille , lesquels, venant à s'aggrandir parles pertes successives qu’on éprouve, peuvent

compromettre le sort de la troupq , si on ne les bouche pas à mesure : effet surtout h craindre dans les carrés, par la diminution de feu qu’il y amène et les brèches qu’il occasionne. C’est h boucher ces ouvertures que le troisième rang est utilement employé. Il est comme la première réserve des combattants, et, en ce sens, un chef serait sage qui , tant que l’on se bat à distance , placerait son troisième rang derrière quelque pli de terrain, soit debout, soit assis ou couché , pour ne pas l’exposer inutilement. Le troisième rang sert encore à enlever les blessés, dont les douleurs et les cris produisent un effet démoralisant qu'il faut éviter autant que possible. Enfin, si , pendant le combat, il est nécessaire de renforcer les tirailleurs, ou d’envoyer inopinément quelque détachement sur le flanc de l’ennemi ou sur quelque point important à occuper, on peut le faire sans rien déranger à la ligne de bataille, en y employant les hommes du troisième rang.

Si maintenant nous considérons le bataillon en lui-même1, nous verrons que lorsqu’il dépasse en étendue certaines proportions , il marche et manœuvre mal , soit par la difficulté de l’ensemble dans les mouvements , soit par l’impossibilité d’entendre la voix du chef d’un bout à l’autre. Une longue ligne est toujours flottante et plus ou moins désunie dans la marche en bataille , qui , de toutes les manières de gagner du terrain sur l’ennemi, est la plus naturelle et la plus simple. Un bataillon de médiocre étendue marche plus aisément ci plus longtemps sans se déranger. On estime que la bonne longueur d’un bataillon est de 100 à 120 mètres. Si donc on veut renfermer dans ces limites un bataillon formé sur deux rangs , il sera trop faible en hommes ; car il n’aura guère que deux cents files ; et si , pour éviter cet inconvénient , on le fait plus nombreux, il acquiert alors trop d’étendue. Or il faut le même nombre d’olliciers pour un bataillon faible en soldats que pour un fort ; donc le premier coûtera plus proportionnellement que le second. Deux armées , l’une de 90,000 hommes, formée sur trois rangs , et l'autre de 60,000. for-

niée sur deux , feraient la même dépense en officiers et sousofficiers. Les grades auraient plus de prix , les sous-officiers jouiraient d’une plus grande considération daus la première que dans la seconde , parce qu’ils y seraient proportionnellement moins nombreux. Rien ne déprécie tant une chose que de la rendre commune.

A ces motifs généraux de donner la préférence à l’ordre sur trois rangs, s’en joignent de particuliers pour les Suisses. Ils sont tirés de la nature môme du pays qu’ils ont à défendre. La Suisse , même dans ses parties les plus ouvertes , est entrecoupée de bois , de collines , de ruisseaux ; rarement y trouve-l-on un espace suffisant pour y déployer plusieurs bataillons ; il n'est pas de prairie qui ne soit flanquée de bois ou d'autres obstacles naturels. Dès lors, il vaut mieux que les bataillons aient moins de longueur et soient plus solides, pour n’en être pas embarrassé dans un pays si varié , et pour mieux fermer les ouvertures. Ce sont , en effet , les seuls points où l’ennemi puisse percer , les seuls où sa cavalerie soit à craindre. On admettra, j’espère, que les bois et les rochers seront assez bien défendus par nos carabiniers et nos chasseurs pour les rendre inabordables. Moyennant cela nos lignes seront toujours assez développées , et nous devons bien plus viser à les restreindre pour les renforcer, qu’à les étendre. Je ne pense pas que ce soient des feux prolongés qui fassent pencher la balance en notre faveur. Les tirailleurs seuls, bien embusqués, peuvent soutenir ce genre de défense. Mais les bataillons, une fois démasqués et en action, ne doivent pas rester exposés trop longtemps à des perles démoralisantes ; il faut qu’ils marchent eu avant et se précipitent sur l’ennemi. C’est ainsi que les Suisses ont toujours vaincu : à Rothenlhurm, à Ncueneck , comme dans les plus glorieuses journées de l’ancien temps , ils ont combattu corps à corps et avec succès. Le feu ne doit donc pas être l’unique moyen de nos bataillons ; nous ne devrions pas tout sacrifier à la facilité de ce feu ; il faudrait aussi son-

ger à la solidité des lignes et aux moyens de donner à nos soldats cette confiance en eux-mêmes, sans laquelle on ue peut pas espérer de les voir résister longtemps à des attaques sérieuses de la part de troupes plus exercées et plus nombreuses. La formation sur trois rangs nous fournirait ces moyens; mais le Règlement auquel, avant tout , il faut se conformer, prescrit , au contraire , la formation sur deux rangs. C’est donc à cette formation qu’il faut nous tenir.

On peut toutefois, sans rien changer à l’esprit du Règlement , y apporter une modification qui , tout en laissant au bataillon des avantages que l’ordre sur deux rangs lui donne pour exécuter les feux et faire commodément certains mou-vements, lui procurerait, au moins en partie et dans les circonstances les plus urgentes, les avantages de la formation sur trois rangs. Ce serait de ne conserver en ligne, dans chaque bataillon, que quatre compagnies au lieu de cinq , et d'en avoir deux en arrière pour le service de tirailleurs. Quand ces deux compagnies ne seraient pas en action , elles se tiendraient réunies derrière celles des ailes du bataillon , pour les appuyer dans la marche en ligne , les garantir d’une attaque par derrière , former au besoin le crochet , la potence, etc., suivant les circonstances. Le bataillon a-t-il momentanément une attaque violente à repousser, les deux compagnies de chasseurs peuvent se dédoubler et former un troisième rang sur toute l’étendue du front ; elles sont justement de la force qu’il faut pour cela. Dans le carré simple, elles fourniront également un troisième rang aux quatre divisions qui en formeront les quatre côtés , et l’on pourra alors substituer ce carré à celui du règlement dont l'exécution est difficile à cause du doublement des rangs. Le carré présentera alors quatre côtés égaux et un espace intérieur suffisamment grand. Il est vrai qu’en formant le bataillon de quatre compagnies , la colonne serrée aura moins de profondeur ; mais elle n’en sera que plus facile à manier. Et, quand il s’agit de marcher à l’ennemi , une colonne de quatre compagnies.

ou divisions, l’enfoncera aussi bien qu’une de cinq; et l’on aura de plus la faculté de former sur les flancs de celte colonne deux autres petites colonnes par sections ou par pelotons , qui , se tenant à la hauteur de la dernière division, ou un peu en arrière , élargiront la brèche que la colonne principale aura faite. Ces petites colonnes auxiliaires pourraient ensuite , tournant à droite et h gauche , prendre par le flanc la ligne ennemie si elle tenait encore dans les parties voisines de celle qui a été percée; puis enfin elles se lanceraient en tirailleurs h la poursuite des fuyards. Pour les autres manœuvres il est h peu près indifférent que le bataillon soit de cinq ou seulement de quatre compagnies , si ce n’est qu’avec la première formation scs mouvements seront plus lents. Il semble donc que la modification indiquée , qui n’en apporterait que de bien légères au Règlement d’exercice, est de nature à être adoptée , surtout quand on réfléchit à l’extrême convenance d’augmenter le nombre des tirailleurs , soit pour le service des avant-gardes et des éclaireurs, soit pour occuper les bois un jour de bataille, couvrir le front de l’armée , harceler et décimer l’ennemi , pendant que les lignes se forment en arrière et jusqu’à ce qu’elles entrent en action. Certes, ce n’est pas trop, dans un pays comme le nôtre , qu’un tiers de l’infanterie puisse être appelé à ce service ; d’autant plus que , dans les cas où cela serait nécessaire , les compagnies de chasseurs se rangeraient à la suite des autres et combattraient en ligne , comme elle et avec elle.

Il n’y a jamais eu de discussion sur la formation de la cavalerie. Dans tous les pays elle a lieu sur deux rangs; et cela suffit, car, même ainsi, les cavaliers du second rang ne peuvent pasjse servir de leurs armes. Sous ce rapport, on pourrait croire que la cavalerie devrait se former sur un seul rang; mais les cavaliers du second rang ne sont point inutiles ; ils appuient, pressent, excitent ceux du premier, qui sans cela ne feraient pas toujours leur charge a fond, comme cela est nécessaire pour qu’elle réussisse. Les vides sont peut-être cnco-

rc plus dangereux dans une ligue de cavalerie que dans une ligne d’infanterie ; les cavaliers du second rang sont là pour les boucher à mesure qu'ils se forment. Si on pouvait calculer le choc d’un escadron, comme en mécanique , en multipliant la masse par la vitesse, on en conclurait que la cavalerie devrait être formée habituellement sur une plus grande profondeur j multiplier les rangs en conservant le même front serait toujours un avantage, puisque par là on augmenterait la masse de l’escadron. Mais il n’en est rien : une troupe de cavalerie, si exercée qu’on la suppose, ne forme jamais un tout compacte, surtout lorsqu'elle arrive sur l'ennemi à la fin d’une charge. Les hommes les plus courageux, les chevaux les plus ardents poussent en avant; les blessés, les timides, les cavaliers mal montés restent plus ou moins en arrière; en sorte que le choc, lorsqu’il a lieu, est nécessairement successif, et en quelque sorte individuel. C’est donc uniquement la force morale du premier rang qu’il faut augmenter, autant que possible, et non la masse de l’escadron. Or, un second rang suffit pour cet objet, un troisième n’y ajouterait rien, et deviendrait nuisible sous d’autres rapports. Donc on doit se borner à deux rangs, et c’est ce qu’on a fait partout.

Nous avons dit que l’étendue convenable d’un bataillon a été fixée par l’expérience de 400 à 120 mètres. Il faut se tenir dans ces limites pour que le chef, placé à une des extrémités du bataillon , puisse encore se> faire entendre à l’autre. De cette condition et de l’ordonnance adoptée, résulte la force du bataillon. En effet , on estime que chaque homme occupe 0m,50 dans le rang, et dans ce calcul se trouvent compris les serre-files; car en réalité l’espace nécessaire à chaque soldat , pour qu’il puisse faire usage de ses armes , est un peu plus grand. Il s’établit ainsi une compensation qui permet de faire le compte à raison d’un demi-mètre par homme, en comptant la totalité, et non pas seulement les hommes qui forment les files. Cela rend le calcul extrêmement simple. On voitdonc que si le bataillon est formé sur deux rangs, sa force

doit être de quatre fois 120, ou 480, pour qu’il ne dépasse pas la limite assignée. Nos compagnies fédérales étant de 125 hommes , les quatre qui resteraient en ligne , si l’idée de former deux compagnies de chasseurs était adoptée , présenteraient un effectif de 500 hommes , un peu supérieur au nombre donné ci-dessus. Mais l’inconvénient n’est pas grand, parce qu’il y a toujours des absents pour divers motifs.

C’est une très-bonne idée d'avoir formé la division d’une seule compagnie, parce qu'à la guerre on manœuvre plus souvent par divisions que de toute autre manière, et qu’alors il est très-convenable que les soldats se trouvent soiis les ordres de leurs chefs immédiats. Dans l’ordonnance française, deux compagnies forment une division; en sorte que, tant qu'on manœuvre par divisions, un des deux capitaines se trouve sous les ordres de l’autre, et toute une compagnie doit obéir à la voix qui lui est le moins familière. Il est des cas où cela peut avoir de graves inconvénients , et notamment dans les moments de trouble , qui ne sont que trop fréquents dans les combats : autant que possible , chaque soldat ne doit avoir à écouter que son chef immédiat , si l’on veut éluder la confusion , prélude des défaites.

Chaque compagnie ou division fédérale est partagée en deux pelotons, chaque peloton en deux sections. Il y a autant d'officiers que de sections. Le capitaine et le premier souslieutenant sont les chefs du premier peloton; le lieutenant et le second sous-lieutenant sont ceux du second peloton. Lorsque les pelotons se rompent en sections, les sous-lieutenants prennent le commandement des secondes sections; le capitaine et le lieutenant conservent celui des premières. Si l’un des officiers vient à être tué ou blessé , on trouve , pour le remplacer, le sergent-major dans le premier peloton , le sergent-fourrier dans le second. Celte symétrie parfaite , cette sage répartition des officiers et des premiers sous-officiers ne peut qu’être avantageuse , tant sous le rapport de la discipline, que sous celui de la régularité des manœuvres.

Les officiers, sous-officiers et caporaux constituent ce qu’on appelle le cadre. Quand ce cadre est lion, la compagnie, fûtelle même composée de soldats très-novices, marche toujours bien, où qu’elle soit employée; s’il est mal composé, c’est le contraire qui arrive. On comprend donc toute l’importance qu’on doit mettre à la formation et à l’instruction des cadres, surtout dans les milices.

L’escadron ne peut pas avoir l’étendue qu'on donne au bataillon, parce qu’il ne serait pas assez maniable, et que la voix du chef serait couverte par le cliquetis des armes et le piétinement des chevaux. L’expérience a fixé sa longueur à environ la moitié de celle du bataillon , ou de 60 à 70 mètres. Or, on compte que chaque cavalier occupe un mètre dans le rang; la force de l’escadron sera donc de 120 à 140 chevaux; si on le fait plus fort, ce ne peut être qu'en vue de suppléer aux absents, qui sont quelquefois nombreux, soit à cause des blessures des chevaux à la suite des marches , soit par les services hors de rang auxquels les cavaliers sont appelés. L’escadron fédéral est de 128 chevaux, tout compris; il y aurait de la convenauce à en augmenter un peu la force.

L’escadron se partage en deux compagnies, et chaque compagnie en deux pelotons. La subdivision en sections n’est pas usitée , la cavalerie ayant des moyens de se rompre en fractions plus petites lorsque la largeur des chemins l’exige. Un des deux capitaines est chef de l’escadron ; il se place devant le front ; l’autre est derrière, pour surveiller le second rang et les serre-files. Les deux lieutenants commandent les pelotons des ailes; les deux sous-lieutenants ceux du centre ; les deux maréchaux des logis chefs encadrent l’escadron, et sont prêts ù prendre la place des officiers qui viendraient à manquer. On retrouve encore ici la même symétrie qui existe dans les compagnies d’infanterie ; mais c’est peut-être un mal que le commandant de l’escadron n’ait pas un grade supérieur, car l’ancienneté ne suffit pas toujours pour assurer la subordination.

organisation, armement.

L’unité de force pour l’artillerie est la compagnie. LaCon* fédération ne reconnaît ni régiments, ni bataillons d’artillerie, non plus que pour les carabiniers et les troupes du génie. Une compagnie d’artillerie sert un certain nombre de pièces, qui composent une batterie. En France, la batterie est de six bouches à feu ; en Suisse , elle n’est que de quatre ; trois pièces de canon et un obusier. Les petits obusiers vont avec les pièces de six , les gros avec celles de douze. Il résulte de ce mélange qu’il faut , dans chaque batterie, des projectiles de deux espèces, et des caissons pour chaque espèce. C’est une complication, qui, dans certains cas, peut avoir de fâcheuses conséquences. On préférera donc souvent réunir les bouches à feu de même espèce dans une même batterie, faire ainsi des batteries de canons et des batteries d’obusiers. En général , il faut aux armées composer les corps divers d'éléments similaires , tant sous le rapport du personnel que sous celui du matériel, pour faciliter les remplacements. Ainsi, on ne mettra pas des piquiers parmi les fusiliers, des hommes armés de carabines dans les chasseurs , des fantassins avec des cavaliers; on ne donnera pas des fusils de différents calibres à une même troupe , ni des sabres de différentes longueurs à un même escadron , etc. C’est depuis qu’on a assujetti le matériel d’artillerie h la plus rigoureuse uniformité qu’on en a extrêmement facilité l’usage. L’introduction du système anglais , qui n’admet qu’une seule espèce de roues, est , h cet égard , un dernier degré de perfectionnement qu’il sera difficile de dépasser.

Il faut compter en bataille 15 mètres par pièce ; cette distance est nécessaire pour faire passer les attelages , lorsqu’on tourne les pièces; cependant, quand la place manque, on peut serrer les pièces jusqu’au tiers de cette distance; mais alors il faut les manœuvrer à bras. Il n’y a pas de raison de mettre plus d’intervalle entre deux batteries que d’une pièce à l'autre; ainsi le front d’une batterie, intervalle compris, est de 60 mètres; c’est le front d'un escadron. On peut

donc établir en règle générale que l’escadron et la batterie fédérale occupent le même espace.

A chaque pièce est attaché un caisson. En bataille, la ligne des caissons est parallèle h celle des pièces , et h 50 mètres en arrière. Cependant on fait varier cette distance, quand on petit placer les caissons dans quelque pli de terrain qui les garantisse des boulets ennemis.

§3. — Abmsmbit DBS Thottfes.

Bien que les armes en usage soient assez connues pour qu’il soit superflu de s’arrêter longtemps sur ce qui les concerne, il n’est pas hors de propos, dans un cours comme celui-ci , d’en rappeler les principales propriétés et d’en montrer les effets, avant d’entrer dans les détails de la science qui enseigne à en faire usage.

Armes d'infanterie. — Ce qui fait la supériorité du fusil sur les armes dont on se servait autrefois dans l'infanterie , c’est qu’il est à la fois arme de jet et arme de main. Aussi, lorsque Vauban eut inventé la baïonnette à douille , les armées de toutes les nations quittèrent la pique et la hallebarde pour prendre le fusil. On reconnut qu'un feu bien ménagé suffisait pour arrêter la meilleure cavalerie ; et june longue expérience a prouvé dès lors que la baïonnette , malgré les défauts qu’on peut lui reprocher, est tout ce qu’il faut pour se défendre dans les cas rares où l’on arrive à se joindre corps à corps. Malgré cela quelques militaires ont proposé de revenir h la lance , les uns voulant en armer le troisième rang , les autres la donner à des réserves qui viendraient appuyer l’infanterie au moment d’une charge. Sans doute il serait commode de pouvoir fraiser une bataillon de longues piques dans un mo-

ment aussi solennel que celui où il reçoit le choc d’un corps de cavalerie. Ces piques, de douze h quinze pieds de longueur, dépasseraient de beaucoup les deux premiers rangs , et arrêteraient les chevaux qui pousseraient jusque-là. Mais la cavalerie ne hasarde guère une charge contre une troupe d’infanterie qui se maintient en ordre et lui présente des rangs serrés; elle attend que quelque trouble s’y manifeste, que le canon y ait fait des brèches; alors elle saisit le moment et se .précipite sur l’ennemi avec la rapidité de l’éclair. Ce ne sont pas les piques qui l’arrêteront , si le feu s’est ralenti et ne l’intimide plus. Et une fois qu'elle a fait une trouée , elle a bien meilleur marché de ces hommes avec leurs longues perches, que de ceux qui peuvent encore lui lâcher des coups de fusil ou se défendre avec leurs baïonnettes. Toutefois, admettons que les piquiers se trouvent toujours là, bien serrés , quand la cavalerie se présentera : que feront-ils , que deviendront-ils quand l'affaire se réduira , comme cela arrive le plus souvent , à des feux plus ou moins prolongés de part et d’autre? Ils seront passés par les armes, sans pouvoir répondre. En reconnaissance , dans les montagnes , dans les bois , iis ne seront d’aucun secours. Le service le plus pénible roulera donc exclusivement sur les fusiliers , qui , à juste titre , pourront se plaindre. De là des mécontentements qui peuvent être funestes un jour de combat. Plus on réfléchit aux inconvénients qui résulteraient de ce mélange , plus on est surpris de le voir proposer et défendre par des militaires qui ne sont pas sans mérite. C’est vouloir faire faire à l'art un pas rétrograde.

Le fusil est donc, à juste titre, l’arme de préférence pour l’infanterie. L’introduction récente des batteries à percussion laisse peu à désirer. La baïonnette à douille , la baguette de fer et l’amorce à capsule sont les trois iuvenlions qui, successivement, ont assuré au fusil sa supériorité.

La bonne portée du fusil de munition est de 100 à 150 mètres; mais à 200 mètres ou 300 pas on ajuste encore

bien (’). La balle pèse environ une once, et une livre de poudre suffit h cinquante cartouches.

La carabine peut être employée utilement jusqu'à une distance de 600 pas; mais sa bonne portée est de 200 à 400 pas. Dans ces limites, un tireur exercé et convenablement posté manquera rarement son homme. Aussi la carabine est-elle l'arme des positions , l’arme par excellence pour la défensive. Toutes les carabines, au moins en Suisse , ne sont pas au même calibre ; le poids de leurs balles varie ; on en compte de seize jusqu'à vingt-quatre à la livre. Ces différences sont fâcheuses; car la parfaite uniformité est une des conditions les plus essentielles dans les instruments de -, guerre , afin de pourvoir facilement aux rechanges.

Le sabre n’est pas absolument inutile au fantassin ; il est des cas où celui-ci peut s’en servir pour sa propre défense ; il lui est commode au bivouac pour établir son abri contre le vent , et dans les bois pour se frayer un passage. Les sabres il lame forte et courte , tranchante des deux côtés , sont les meilleurs pour l’infanterie. On a proposé de donner aux fantassins une petite hache au lieu de sabre ; c’est une idée qui peut être réalisée avec avantage dans les landwehrs.

Armes de la cavalerie. — Ce sont principalement les armes de main, le sabre, la lance , qui conviennent à la cavalerie ; elle ne peut que bien rarement faire usage du feu. On donne le sabre droit à la grosse cavalerie, parce que c’est celui qui convient le mieux pour pointer en avant dans les charges en ligne ; la cavalerie légère, au contraire, qui est souvent appelée à combattre en fourrageurs, est munie du sabre courbe, avec lequel on peut plus facilement frapper de droite et de gauche, ét dont le maniement pour la parade est le plus aisé et le plus sur. Il n’y a que des cavaliers extrêmement exercés

(y) A lOO™ de distance il faut viser à la poitrine;

A I50m au visage;

A 200m au sommet de la co "ffure.

0RSAHISAT10K. ARMEMENT.

qui puissent se servir de la lance ; le maniement de cette arme exige beaucoup d'adresse et de vigueur dans le cavalier, de souplesse dans le cheval. Dans nos régions occidentales, il n’y a guère que les chevaux polonais et cosaques qui aient les qualités requises ; aussi les bons régiments de lanciers sont-ils rares, môme dans les armées où la durée du service se prolonge le plus. Ils font essentiellement partie de la cavalerie légère.

Le feu de la cavalerie ne peut pas être bien redoutable ; ce n’est cependant pas une raison pour supprimer le mousqueton dans l’armement du cavalier : avec la carabine ou le mousqueton, nn soldat isolé peut tenir en respect plusieurs adversaires qui n’en seraient pas pourvus. C’est ce qu’on a vu en Egypte et en Russie : les mameluks et les cosaques, n’ayant que des pistolets , redoutaient beaucoup les feux de la cayalerie française. Dans les pays de montagnes, la cavalerie serait souvent exposée ù être passée par les armes, si elle n’avait pas la possibilité de jeter quelques tirailleurs dans les bois ou sur les rochers, pour protéger sa marche. Dans une reconnaissance près d’Hostalrish en Catalogne, le général Gouvion Saint-Cyr faillit être pris ou tué par les miquelets : une partie des dragons qui l’escortaient mirent pied à terre, gravirent les rochers malgré leurs grosses bottes, et délivrèrent leur général en chassant les ennemis ù coups de carabine. L’arme h feu est en outre un moyen dont le cavalier se sert pour annoncer l’approche de l’ennemi ; en vedette, le mousqueton lui inspirera plus de confiance qu’un simple pistolet. Le mieux est qu’il ait l’un et l’autre, afin do se servir du pistolet comme moyen d’avertissement, si son mousqueton vient à être dérangé, comme cela n’arrive que trop souvpnt en campagne. Ce n’est pas en faisant usage du pistolet que la cavalerie peut tirailler avec l’ennemi pour couvrir quelque déploiement, soutenir une retraite, etc.; dans le cas où cette tiraillerie devient nécessaire, ce n’est qu’avec le mousqueton qu’elle peut s'effectuer sans de trop grands dangers pour les cavaliers,^

Le calibre du mousqueton, ainsi que celui du pistolet, doit être le même que le calibre du fusil de munition, afin de pou* voir employer les mêmes balles. Mais la quantité de poudre doit être moindre : on la règle sur le taux de soixante-cinq cartouches à la livre.

Artillerie. — Les bouches à feu dont se sert l'artillerie sur les champs de bataille sont de différents «.libres, qui se désignent par le poids des projectiles. Ces calibres ne sont pas absolument les mêmes chez toutes les nations. En Suisse, nous avons les canons de 6 liv. et de 12 liv. , et les obusiers de 12 liv. et de 34 liv. (*). Les canons de 4 liv. sont tolérés, mais petit h petit ils disparaîtront des arsenaux cantonaux, le métal en étant employé à fondre des pièces selon l'ordonnance fédérale.

Les petits obusiers de montagne, qui vont être introduits dans notre artillerie, lancent des grenades de huit livres. On pourra , par cette raison , les appeler obusiers de 8 , aussi bien qu’obusiers de montagne.

La longueur d'àme des pièces de bataille a été Gxée à seize calibres et demi; c’est un milieu entre les pièces françaises; qui ontdix-sepl calibres, etles pièces autrichiennes, qui n’en ont que seize. Quant aux obusiers, leur longueur a été fixée par la condition de pouvoir placer l’obus avec le bras au fond de l’ûme, en sorte que les deux espèces d’obusiers sont sensiblement de même longueur d’àme, environ deux pieds. La chambre où se met la poudre, et qui a un diamètre plus petit que l’àme, est en sus de cette longueur.

Les pièces destinées aux sièges, ainsi qu’à l’attaque et à la défense des retranchements, sont d’un calibre plus fort, et sont

('1 En France le calibre des obusiers est, comme celui des mortiers, désigné par le diamètre du projectile exprimé en pouces : on dit l’obusier de six pouces, l’obusier de huit pouces. En Suisse les calibres se distinguent par le poids de l’obus. L’obusier fédéral de douze a une bouche de 4" 10"' i; celui de vingt-quatre en a une de 6" 1'" i.

proportionnellement plus longues que les pièces de campagne; elles ont jusqu’à vingt-quatre diamètres. Leur calibre est de 12 liv. , de 16 liv. et de 24 liv. : on y joint les gros obusiers de huit pouces.

Les mortiers les plus en usage sont ceux de huit pouces et de dix pouces, dont les bombes pèsent 50 et 100 livres. Ce sont les seuls admis dans la Confédération.

La charge pour les pièces de campagne a été généralement fixée au tiers du poids du boulet; cependant on l’a un peu réduite dans l’ordonnance fédérale; elle n'est, d’après cette ordonnance, que de 50 onces pour la pièce de six et de 60 onces pour la pièce de douze. La différence en moins est de deux onces pour le premier calibre et de quatre pour le second. lien résulte une économie notable, sans que l’effet du coup soit sensiblement diminué.

Pour les cartouches à balles, ou mitraille, la charge est éga- , le au cinquième du poids de la mitraille, ce qui fait qu’elle est à peu près la même que la charge du coup à boulet. Ainsi, pour la pièce de 6 , elle est de deux livres ou 52 onces.

La charge ordinaire de l’obusier est égale à environ le vingtième du poids du projectile; savoir, 10 onces pour l’obusier de 12, et le double pour celui de 24. Cependant on se sert aussi de charges plus faibles, quand on veut que l'obus décrive une courbe plus prononcée pour plonger derrière des épaulements, dans des ravins, des chemins creux, etc.

Les pièces de siège et de place n’ont pas une charge constante ; on la fait varier suivant le besoin ; elle est très-faible quand on tire à ricochet dans le prolongement de faces des ouvrages de fortification ; elle va jusqu’à la moitié du poids du boulet quand il s’agit de renverser un obstacle, de battre en brèche une muraille.

Il n’y a non plus rien de fixe pour la charge des mortiers ; elle varie suivant la distance où il faut porter la bombe.

Si l’on tirait les canons à toute volée, c’est-à-dire sous l’an-

gle de quarante-cinq degrés, ils lanceraient leurs boulets à des distances très-considérables. Mais, indépendamment de la fatigue qu’éprouveraient les affûts de ce genre de tir, on a dû y renoncer à cause de son peu de justesse. Comment en effet espérer d’atteindre le but à une distance de quatre h cinq mille mètres? On ne tire jamais que sous un angle d'un petit nombre de degrés et rarement h une distance plus grande que 12 k 1 ,500 mètres, environ 2,000 pas. Au delà, le pointé est trop incertain et les moindres inégalités du sol suffisent pour détourner le boulet ou en paralyser les effets. Avec la mitraille on ne peut tirer que de très-près; au delk de 600 k 800 pas elle est peu k craindre. C’est donc dans ces limites qu'il faut en faire usage .

La portée du but en blanc , c’est-k-dire celle qu’on obtient en pointant directement sur l’objet sans le secours de la hausse , est de

460 mèt. pour la pièce de 4.

480 » pour la pièce de 6.

500 » pour la pièce de 8.

530 » pour la pièce de 12.

C’est en moyenne 750 pas.

Les mortiers étant principalement destinés au bombardement des forteresses, une grande portée est une qualité primordiale pour ce genre de bouches k feu. Ils sont construits pour être tirés sous l’angle le plus avantageux. A charge pleine , le mortier de dix pouces lance sa bombe k 2,600 mètres et plus, environ 4,000 pas, ou deux tiers de lieue de. ’ poste. Pendant la guerre d’Espagne, les Français ont fait fondre k Séville des mortiers d’une forme particulière , qui lançaient des bombes de douze pouces , pesant deux cents livres , k la distance prodigieuse de 6,000 mètres , ou une lieue et demie ; leur charge était de trente livres de poudre ;

il fallait des plate-formes en maçonnerie , fondées très-profondément , pour résister au choc épouvantable de ces mortiers, qu’on a employés pour la première fois au siège de ' Cadix, dans l’année 1811.

* Le poids des canons de bataille est réglé sur le pied de 1 50 livres de bronze pour chaque livre du poids du boulet , ainsi :

La pièce de 12 doit peser 1,800 liv.

La pièce de 6 900

La pièce de 4 600

Pour les pièces de siège , on compte 250 livres de bronze pour chaque livre du poids du boulet , en sorte qu’une pièce de 24, par exemple, doit peser 6,000 livres. On voit ainsi pourquoi on ne traîne pas aux armées des pièces de siège.

Les obusiers ne pèsent de métal que 45 livres pour chaque livre du poids de l’obus , ce qui fait 1 ,080 pour l'obusier de 24 , et moitié pour celui de 12.

Une pièce de 12 , avec son affût , pèse environ 4,000 liv.

Une pièce de 6

id.

id.

Une pièce de 4

id.

id.

Un obusier de 24

id.

id.

Un obusier de 12

id.

id.

Les caissons chargés pèsent à peu près autant que les pièces.

Ces données sont nécessaires pour l’établissement des ponts militaires. Nous y joindrons quelques particularités sur l’artillerie de deux nations voisines.

L’artillerie de campagne française n’est que de deux calibres pour le canon , le 8 et le 12 ; le 4 et le 6 ont été supprimés. Les obusiers sont , le plus fort de 6 pouce

correspondant à noire 24, et le plus faible de 5 pouces 61/2 lignes. Ce dernier se désigne , pour plus de simplicité , par le nom d’obusier de vingt-quatre, non pas que , comme le nôtre , il lance un obus du poids de vingt-quatre livres , mais parce que son projectile peut être tiré avec la pièce de 24. On ne voit pas l’avantage d'avoir en campagne deux calibres aussi rapprochés, si ce n’est que les obusiers peuvent se placer sur les affûts des canons de 12 et de 8 , qu’ils accompagnent dans les batteries.

La longueur de l’âme des canons est fixée à dix-sept calibres, celle des obusiers à environ dix calibres, non compris la chambre. Il en résulte que les obusiers français sont presque doubles en longueur des obusiers fédéraux, et qu’on ne peut plus , comme ceux-ci , les charger avec le bras ; mais ils ont un tir plus juste, et cette arme est très- redoutable. Toutes choses égales d’ailleurs, l'artillerie française aurait la supériorité sur la nôtre par la force de son calibre (pour les petites pièces) et la longueur de ses obusiers.

La formation des batteries pour le combat est de six bouches à feu , dont quatre canons et deux obusiers. Les unes sont servies par des canonniers à cheval , les autres par des canonniers à pied montant sur les coffrets de l’avant-train et des caissons dans les manœuvres rapides.

J'ajouterai que tous les canonniers sont armés du mousqueton , mesure que je voudrais voir adopter par la Confédération ; car il est des cas où les artilleurs doivent eux-mêmes garder leurs pièces ; il en est où , forcés de les abandonner momentanément pour se retirer avec leure caissons , ils pourraient réunir utilement leur feu de mousqueton à celui de l’infanterie pour chasser l’ennemi. Que peuvent faire des canonniers , dans des cas semblables, s’ils n'ont que leur sabre ?

L’artillerie de campagne autrichienne est composée de pièces de 3 liv., de 6 liv., de 12 liv. et de 18 liv., et de deux espèces d’obusiers désignés par 7 et iO livre$ Stem, nombres qui

ORGANISATION. ARUEHENT.

expriment le poids de deux globes de pierre qui pourraient entrer dans les obusiers. Quant aux calibres des canons , ils sont désignés , comme en France et chez nous, par le poids de leurs boulets de fer.

Les pièces de canon ont seulement seize calibres de longueur d’âme.

Les Autrichiens affectent particulièrement les pièces de 6 et les obusiers de 7 liv. Stein à la cavalerie , et pour que les canonniers puissent en suivre les mouvements , on les lait monter sur un ivurst que porte l’affût. C’est une caisse allongée dont le couvercle est arrondi et doublé en cuir; des planches étroites et suspendues latéralement servent de marche-pied (Ravichio de Perelsdorf, Notice sur l'organisation de l'armée autrichienne). Une partie des munitions est renfermée dans ce wurst ; le reste est dans des sacs de cuir portés par des chevaux de bût. Il y en a deux par pièce , sous lu conduite d'un soldat du train monté. Chaque cheval porte vingt coups h boulet. Il y a en outre, à la suite de la batterie légère , un caisson pour chaque pièce. Ces caissons restent à une assez grande distance pendant le combat, parce que les pièces qui ont les chevaux de bât près d'elles, ne sont jamais au dépourvu.

Les munitions des pièces de bataille ordinaires sont renfermées dans des caissons qui suivent partout les pièces, et dans des coffrets adaptés aux affûts , comme dans l’ancienne artillerie française du système de Gribeauval.

Des fusées. — II est un genre nouveau (’) de projectiles, dont l’usage a été récemment introduit dans presque toutes les armées et qui, par leur nature, sont du ressort de l’artillerie; ce sont les fusées ou roquettes. Elles offrent l’avantage de porter en elles-mêmes leur force d’impulsion et d’augmen-

(') Nouveau en Europe, car il parait très-ancien en Orient : le fameux Tamerlan, dans ses guerres de l’Inde, eut à soutenir le feu des fuséenë, près de Delhi, en 1409.

ter de vitesse à mesure qu’elles s’éloignent de leur point de départ; bien différentes en ceci des autres projectiles, dont la vitesse, et par conséquent la force de choc, va en diminuant rapidement par le fait de la résistance de l’air. Mais le tir des fusées est très-incertain ; on n’est point encore parvenu h en régulariser complètement la direction. Cela n’empéche pas qu’on ne puisse les employer avec avantage partout où les localités permettent d’en tirer plusieurs h la fois et de manière ù raser le sol. Elles peuvent être très-efficaces pour la défense de défilés longs et étroits , et de certains pas de montagnes où l’on ne porterait que difficilement du canon. Le service en est facile , tout homme un peu intelligent peut en être chargé; elles ne sont point embarrassantes; elles appuient avantageusement les dispositions défensives contre la cavalerie ; leur choc ne le cède guère à celui d’un boulet de même poids ; et l’on peut , par leur moyen , lancer de la mitraille h de grandes distances , ce qui est absolument impossible avec le canon. On se sert encore des fusées pour donner des avisa des corps éloignés, lancer une balle lumineuse à parachute et éclairer une vaste étendue de terrain , porter une corde de l’autre côté d’une rivière , etc.

On fait des fusées de tout calibre , mais celles de 2 pouces ou de 2 1/2 pouces paraissent les plus propres au service de guerre; elles n’ont pas un pied de longueur; elles pèsent respectivement 5 livres et 4 1/2 livres , sans leurs baguettes , par conséquent un seul homme peut en porter une dixaine, même des plus grosses, et on en chargerait sur un mulet, 60 du premier calibre et 90 du second. Les baguettes seraient portées par un autre mulet.

Le lieutenant-colonel d’artillerie Pictet a perfectionné la composition et le tir des fusées de guerre. En diminuant leur longueur, il les a réduites à un volume moindre qu'on ne l’avait fait jusqu’à lui. La proportion qu’il a adoptée pour la longueur du cartouche est de quatre calibres et demi : ainsi les fusées de 2 pouces ont neuf pouces de long , et celles de

21/2 pouces ont onze pouces et trois lignes. Les baguettes ont trente-deux calibres de longueur et un demi-calibre de grosseur. Une commission d'experts a constaté l'excellence de ces nouvelles fusées et en a fait à la Haute Diète un rapport circonstancié , en proposant leur introduction dans l’armée fédérale et en indiquant les différents cas où elles peuvent être d'une véritable utilité.

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