‹ Cours de therapeutiqueChapitre 14 sur 58 · NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

NEUVIÈME LEÇON

Aérothérapie. — PulvériBatioii des

Air coiniirimé. —Son action, asllimr.

Air raréfii*, anéinio de» alliludr».

Inhalations il*oxygènc. — Accumulation de Toxy^^ne dans lo sang.

Ozone.

De la pulvérisation des liquides. — Kxii(Ticncc5.

Messieurs,

J'arrive aujourd'hui à vous parler de l'air et des différentes modifiralions qu'on pout lui faire subir. Il semble au premier abord que Tair ne puisse pas entrer en ligne de compte parmi les substances que nous inhalons. Mais ea modifiant \a pression y en la faisant plus forte ou plus faible, on peut modilier l'action de Tair tel que nous le connaissons.

Des pressions exagérées, par exemple, ont souvent produit d'excellents résultats dans un certain nombre d^affectioib telles que l'asthme. Aussi, quand on respire de l'air condensé sous l'influence d'une ou deux atmosphères, comiDe celui que donnent les appareils ordinaires (cette pression est quelquefois plus forte dans les cloches à plongeur, comme par exemple celle qui existait pour les ouvriers qai ont travaillé au pont de Kehl),on obtient des résultats remarquables contre les accès d'asthme.

La question est de savoir à quoi sont dus ces résultats favorables. Est-ce à la condensation de l'oxygène, ou est-ce à la pression, action médhnique forçant pour ainsi direk passage, l'endosmose au travers des membranes de Ta^

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reil respiratoire, les vésicules pulmonaires et les vaisseaux capillaires*^

Il est probable que ces deux circonstances ont une influence, mais une influence qui parait être inégale. On tend de plus en plus à accorder la prépondérance à Tinduence de la pression; et les belles expériences de M. Paul Bert démontrent, d'une manière éclatante, l'influence des fortes pressions, soit pour modifier la respiration et le système nerveux, soit même pour produire des elTets plus ou moins nocifs et comparables à la sidération par la foudre.

Dans ces cas-là, ce n'est pas la composition de Tair, mais la pression qu'il exerce qui produit les effets que Ton est à même de constater. Il est infiniment probable que même dans l'air comprimé à une ou deux atmosplières, c'est encore la pression qui est la cause des modifications respiratoires.

Et, en l'absence d'une démonstration rigoureuse, je vous demande d'invoquer les lois de l'analogie. Dans les établissemenls des rues de Halesherbes et de Châteaudun, où l'on donne des bains d'air comprimé^ vous pouvez assister à de véritables guérisons des accès d'asthme. Et cette maladie n'obéit pas à l'oxygène; ce n'est pas sa proportion plus ou moins considérable qui peut faire se dissiper un accès d'asthme, car les asthmatiques ne veulent pas d'oxygène, et comme je le répète toujours, ils ne sont bien que dans un air d*occasion. Aussi n'y a-t-il pas d'asthmatiques à Paris ; ceux de province sont dans la béatitude quand ils y viennent et sont malheureux quand ils respirent l'air des champs, et surtout l'air du bord de la mer, celui des plateaux, celui du voisinage des grandes forêts. Et cela est tellement vrai, qu'il suffit de faire revenir ces gens-là dans rinlérieur de Furis pour prévenir le retour des accès. S'il en esi ainsi;

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dans les bains d'air comprimé^ ce n'est pas la dose plus grande d'oxygène qui doit être la cause du soulagement; il est plus vraisemblable que les accès obéissent à la pression et non pas à la densité plus grande du gaz vivifiant.

Je ne vous dirai qu'un mot de l'air raréfié. M. Jourdanet, savant très distingué à tous égards, qui a' longtemps habité le Mexique et les hauts plateaux, a attaché à Tair raréfié une très grande importance '. Il l'a vu produisant Tané* mie, et il l'a conseillé comme étant un moyen de diminuer la tendance à la production des tubercules. Ayant reaiarqaé qu'en même temps que les Mexicains étaient anémiques ils étaient moins tuberculeux , il a rapproché ces deux faits, et établi une sorte d'antagonisme entre l'anémie et la tuberculose. La conséquence pour lui est qu'il serait bon aux tuberculeux de respirer Tair des hauts plateaux.

Il se pourrait très bien que dans les conditions où se trouvent les hauts plateaux du Mexique il n'y eût pas là de tuberculeux. Cependant, pour ce qui est de l'anémie, voici ce que je puis vous afiirmer d'après une conversation que j'ai eue avec un personnage distingué, qui a habité le haut plateau au-dessus de Quito, à 4 200 mètres d'altitude. Naturellement il était là soumis à beaucoup de privations, ce qui ne Ta pas empêché de prendre des observations quotidiennes dont il a envoyé les résultats à l'Académie des sciences de Paris. Je l'interrogeais sur la question de savoir si à Antizana et à Quito (â 200 mètres) il y avait des anémies habituelles. Il me répondit qu'au contraire la population était admirable, que les habitants étaient très vigoureux. Vous voyez qu'il y

1. Joardanct, le Mexique et l'Amérique tropicale, climats, hygiène, ma!<t' aies. Paris, 1804, 1 vol. in-18. —V Air raréfié dans ses rapports avec Vhomm€ S(un ci V homme malade, Paris, 1862,

Leçon.) INHALATION D*01YG£N£. 131

à des résenesà faire sur l'influence de l'altitude sur le développement de l'anémie. Par conséquent, si le fait de l'anémie n'est pas un fait général, on ne peut pas s'appuyer sur lui pour en inférer une sorte d'antagonisme entre l'anémie et la tuberculose.

Les inhalations d'oxygène ont été employées depuis très longtemps déjà. A la un du dernier siècle, on avait, à l'exemple de Foorcroy, utilisé les inhalations d'oxygène contre Tasthme. L'asthme représenté par la difflculté de respirer semblait appeler soit de l'air condensé, soit de l'oxygène pur, puisqu'il s'agissait d'apporter de l'air au malade.

Du temps de Laênnec on a essayé sans succès l'oxygène contre l'asthme. Dans d'autres cas plus heureux, il est évident qu'on n'avait pas eu afiEaire à de l'asthme, mais à de véritables dyspnées, ou si vous le voulez à des asthmes symplomatiques d'une lésion du cœur ou d'autres afiections des organes thoraciqnes. L'oxygène ne convient pas aux asthmatiques, et pour ma part je ne l'ai jamais vu réussir contre l'asthme proprement dit.

Après les résultats négatifs de Laënnec, de nouveau les inhalations d'oxygène sont tombées dans l'oubli. Puis les expériences de RegnauU et Reiset ont ramené l'attention sur l'oxygène, et on s'y est remis. D'ailleurs, les industriels et les chimistes ont fourni des appareils propres à faire des inhalations chez soi. On construit aujourd'hui, vous le savez, de grands ballons de 10, 20, 30, 100 litres constitués par du caoutchouc vulcanisé et clos. Dans ces ballons on emprisonne de Foxygène aussi pur que possible, non pas absolument, puisqu'il renferme toujours une petite proportion d^Mïide carbonique. Puis M. Limousin adapte au ballon muni de soft tube un flacon de lavage à deux tubulures, à

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travers duquel l'oxygène passe quand on l'aspire, et où il se dépouille de son acide carbonique.

Maintenant que nous avons un appareil portatif qui retient parfaitement le gaz oxygène et qui le donne pur, nous pouvons utiliser ce moyen dans un grand nombre de circonstances et nous pouvons en obtenir de très bons résultats. C'est dans les cas de dyspnée symptomatique d'une lésion du cœur et quand vous voyez les gens cyanoses, presque sans pouls, que vous emploierez l'oxygène.

Souvent, après que les malades en ont respiré quelques litres (et à la rigueur ils pourraient épuiser un de ces flacons), vous les voyez soulagés pour un temps plus ou moins long; vous les voyez vraiment émerger pour ainsi dire. Mais ce que vous obtenez là d'une manière très restreinte avec de l'oxygène inhalé d'une façon difficile (il faut que le malade tienne le tube dans sa bouche), vous l'obtiendriez bien plus facilement s'il était possible de respirer de l'oxygène libre, à l'état de courant véritable.

Il m'a été donné une fois dans ma vie de pouvoir faire respirer ainsi de l'oxygène libre arrivant en quantité considérable, tellement qu'un jour le contre-maître étant venu à ouvrir le robinet trop vivement, Axenfeld faillit en être renversé. J'avais à ma disposition, grâce à la libéralité de la Compagnie du gaz oxyhydrique, des gazomètres tels que ceux qui portent le gaz portatif. J'avais ainsi à la pression d'une atmosphère et demie une quantité considérable d'oxygène pur ou contenant fort peu d'acide carbonique. Dans ces conditions-là, le gazomètre étant placé dans la cour de Beaujon, un long tube faisant arriver le gaz dans mes salles» je fais asseoir sur une chaise le malade affecté de maladie du cœur et je faisais arriver l'oxygène devant lui. Eh bien,

LeïoD.t [MlALiTIOS D'UXVCË^E. ISS

des gens qui élnient élouffants loiite In journée, qui étaicDt cj-anosés, i-erroidis, avec un pouls Taible, s'en allaient seuls, lorsqu'ils i'iaitint restés un ceiiain temps dans cette atmosphère d'oxygène pur, et restaient quelquefois cinq ou sit heures sans étoiifTer. Puis, peu à peu, l'étouflement recommenrait et ils retombaient dans leur état antérieur.

Il est entenda que ce n'est pas la provision d' oxygène qu'il:? emportaient qui était la cause de cette si longue amélioi'ation, il y avait une modification de leur système nerveux. Mais ici nous sommes dans l'hypothèse. Je n'insiste pas. Je disais qu'ils emportaient une provision d'osygène, en voici la preuve : c'est que sous l'influence de cette respiration d'oxygène, il n'y avait ni élévation de la température Di stimulation de l'appareil respiratoire, ni non plus de développement du pouls comme nombre, car non seulement le nombre de pulsations n'augmentait pas, mais il diminuait, en même temps que le pouls prenait du développement, comme cela arrive toujours dans ce cas. Et chose remarquable, pendant que se produisait cette sorte de sédation circulatoire, un de mes élèves suspendit sa respiration, et il s'aperçut qu'il la tenait suspendue pendant un temps assez long. Alors chacun de nous en fit autant, et on f e mit à mesurer la différence qu'il j avait, selon qu'on avait respiré de l'oxygène on non. Voici quelques chiffres : un de mes élèves d'alors, M. D' Ayello, qui ne lenait sa respiration en temps ordinaire que 30 ou 35 secondes, l'a maintenue pendant 90 api-ès avoir respiré de l'oxygène. Un totro, le docteur Powell, qui ne pouvait suspendre sa re»piratioa OM j^Unl 45 «coDdes,ra maintenae pendant 1 10; il s'a ce ne fi!kt deux minutes. Je vousj que les choses ont toujours i

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tous tant que nous étions, nous avons toujours vu le phénomène se produire. Je dois dire que ceux qui tenaient leur respiration le plus longtemps suspendue, étaient ceux qui avaient le sang le moins riche, qui avaient de Thypoglobulie. Qu'est-ce que cela prouve? Il est clair d'abord que ces faits sont d'accord avec ce que je vous disais du ralentissemeol du pouls, et cela prouve que l'oxygène inhalé, cet oxygène pur, libre, circulant à la manière de Tair, autour des sujets, ne produisait pas plus de combustion que Pair lui-méoie. Et cela prouve d'un autre côté, puisque après Favoir respiré on pouvait consener sa respiration suspendue pendant ni temps plus que double, que si cet oxygène ne brûlait pas plus que l'air dans le même temps, il était cependant lii l'état de provision et qu'il permettait à la respiration de rester suspendue.

Voici une autre conséquence de ces expériences : c'est que, quelle que soit la quantité de gaz comburant introduili dans la respiration, ce gaz ne brûle qu'en proportion di nombre des globules. S'il y en a beaucoup, la proportid d'oxygène inhalé s'épuise plus vile; s'il y en a pea, les choses marchent plus lentement et l'on peut retenir sar»* pirntion pendant un temps plus long que dans le prenuer cas, et sans souffrir.

J'ajoute ce mot, parce que les sujets mis en expérieta ont toujours manifesté une extrême facilité à maintenir Iw respiration suspendue, c'est-à-dire qu'il semblait qalisa» sent pu continuer encore, tout en ayant moiaadTaSMlUi faire qu'après avoir respiré l'air. Ce sont là da» ftiM intéressants qui ont été revus parM. Paul ment indiqué des faits tout à fait semblables *,ii

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