‹ Cours de therapeutiqueChapitre 27 sur 58 · U0HI4 SYMPATHIE DE CONTINUITÉ · texte numérisé non relu

U0HI4 SYMPATHIE DE CONTINUITÉ

qu'elle se répand non seDlement dans le tissu cellulaire souscutanéy mais aussi au travers des orifices vasculaires et le long des trajets nerveux.

Il y a ancore un autre mode de propagation de ces actions, c'est ce qu'on désigne^ depuis John Hunter, sous le nom de sympathie de continuité et de contiguUé; ce que j'explique, moi, par la polarisation des éléments histologiques. Le fait est facilement mis en évidence pour ce qui concerne le système musculaire. Je fais voir dans certains cas morbides qu*en frappant avec Textrémité du doigt sur un muscle, on produit un nœud, puis des ondes qui veut jusqu'à l'extrémité de la fibre musculaire : ces ondes qui se propagent ainsi ne peuvent être produites que par la propagation de l'excitation déterminée par la percussion dans un seul point, li n'y a pas de filets nerveux qui puissent rendre compte de ce phénomène. C'est l'analogue d'une pierre qui tombe dans l'eau et qui produit des ondes concentriques jusqu'à l'extrémité d'un étang.

Il y a enfin transmission par les actions réflexes ou par d'autres qui leur ressemblent beaucoup. Vous savez que si on exâte une région déterminée, on fait naître des excitations dans une région en connexion nerveuse avec celle-ci, et je ne vous citerai qu'un exemple, c'est celui du grand sympathiquequitransmetles excitations périphériques jusque dans l'intérieur des organes parenchymateux ; de même des phénomènes de sédation se transmettent de cette façon depuis la partie calmée jusqu'aux parties en connexion nerveuse avec elle.

J'ai signalé, il y a quelque temps, des phénomènes dont je vous ai déjà entretenus ici et que j'appelle des éclios. C'est là quelque chose d'analogue à des actions réflexes.

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Voici ea quoi consistent ces échos : étant donnée, par exemple, une douleur à la cuisse, il y a un retentissement i la partie supérieure du tronc ; si la douleur siège à la base du thorax, il peut y avoir retentissement jusque dans le petit doigt, sans que la douleur suive le trajet connu du brachial cutané.

Nous ne savons pas aujourd'hui pourquoi ces retentissements existent; mais vous comprenez que puisqu'ils ont lieu pour la douleur, ils peuvent exister au point de vue de la sédation, qui ainsi se propagerait par le mécanisme des échos. En somme, la modification considérable au point de vue physiologique et thérapeutique, déterminée soit dans le lieu même de l'introduction du médicament, soit dans une région plus ou moins étendue, et cela d'une manière plus profonde que partout ailleurs, s'explique par les trois conditions que je viens de vous dire : d'abord Vimbibitionf ensuite la synt' palhie de conlinuilé et de contiguïté; enfin par ces phénomènes d'écho analogues aux phénomènes réflexes et sur lesquels je viens d'appeler votre attention.

Parmi ces conditions, il y en a une, l'imbibition, qui va nous rendre compte de ce phénomène si étrange d'analgésie, qui existe à la suite de toutes les injections sous-cutanées, quelle que soit d'ailleurs la substance introduite sous la peau. C'est une chose vraiment remarquable de voir que vous pouvez introduire sous la peau une substance qui excite conune la strychnine, qui brûle comme l'aconitine, qui narcotise comme la morphine, ou bien de l'eau pure, ou de Teau distillée, et que vous obtenez toujours le même résultat, au bout d'un certain temps, toujours de l'analgésie.

Quelle est donc la condition commune à tous ces cas? Cette condition me parait facile à saisir. Lorsque vous introduisez

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des médicaments sous la peau, vous introduisez de l'eau. Quelle que soit d'ailleurs la nature de la substance, ce qui domine d^abord c'est la présence de l'eau en quantité plus ou moins considérable. Eh bien, cette eau qui pénétre dans les interstices du tissu connectif, pénètre également dans les éléments histologiques. Car il faut que vous sachiez que les éléments histologiques sont plus ou moins chargés d'eau ou, en d'autres termes, hydratés. Ils le sont beaucoup chez les gens pléthoriques et chez les gens anémiés qui ont des hydropisies. Ils sont dans d'autres cas très asséchés et amincis.

Comparez ce qui se passe dans les éléments histologiques d'une région restée saine, avec ce qui se passe dans la région analogue mais enflammée, vous verrez que ces derniers sont plus volnmineux que les autres. Tout le monde a décrit cela; les éléments du tissu cutané embryonnaire sont très gonflés quand le travail inflammatoire est considérable et ils deviennent alors troubles et granuleux. I ly a donc des degrés d'hydratation et c'est cette hydratation qui est la cause delà diminution des différents modes de la sensibilité et en particulier de la diminution de sensibilité pour la piqûre ou douleur.

Si vous voulez que nous empruntions à la pathologie un terme de comparaison, je vous renverrai à ce qui se passe chez les sujets qui ont de l'anasarque. Là où il y a de l'anasarque la peau est presque insensible, et vous trouvez que la sensibilité à la douleur y est aOaiblie. Explorez précisément au-dessus de l'endroit où cesse l'anasarque, et vous trouverez que la sensibilité y est intacte. La cause de ce phénomène n'est donc pas dans Tétalgénéral, mais dans une coadkkm locale, résultat de Tinfiltration non seulement du tissu cellulaire, mais des éléments histologiques eux-mrmes. Voilà pourquoi on obtient des eflets si notables au point de

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vue de la sédation douloureuse, en injectant sous la peau une seringuée d*eau pure.

Ce fait a été observé pour la première fois dans le service de mon excellent ami le D* Polaîn, par M. Dieulafoy. Ce fut par erreur que l'on injecta deTeau pure, et cependant le malade affirmait que sa douleur avait été soulagée à partir de ce moment. On aurait pu croire que c'était là une de ces illusions de malade, comme on en voit tant, mais il n'en est rien. J'ai vu des cas évidents dans lesquels Ton obtenait une sédation qui, il est vrai, ne durait pas aussi longtemps qu'après rinlroduotion d'une substance calmante. J'ai vu ceci : un de mes malades qui avait une de ces névralgies que j'appelle congestives — et c'est un des cas dans lequels les Injections aqueuses réussissent le mieux — avait Thabilude de reccvoirdcsinjeclîonsdemorphine.Je ne voulais pas qu'il s'y habituAt et, sansleluidire, jelui fis une injection d'eau, le laissant convaincu que c'était de la morphine. Le lendemain il me disait : J'ai été très bien pendant quelque temps, mais la douleur a reparu, il est probable que la solution est éventée. Je lui faisais ce jour-là une véritable injection de morphine et il étiiit complètement soulap:é pour longtemps. Je répétai dix fois les injections d'eau, et toujours il me disait la même chose : Je n'ai eu qu'une sédation d'un moment. Ces faits se sont présentés souvent à mon observation, et ont été vus d'ailleurs par un grand nombre d'observateurs après MM. Potain et Dieulafoy. Dernièrement, il y a eu un travail publié sur ce sujet par le D' Montecorvo (de Rîo-de- Janeiro).

La sédation dure aussi longtemps que dure l'hydratation, et quand l'eau est disparue, la douleur revient comme auparavant. Les effets ne sont donc que des effets instantanés.

1«9M.| RAPIIIITÊ D'ACTION. t»

J'arrife mainteiiant à vous parler des effets diffusés ou généralisés. Ces effets, naturellement» sont les mêmes que ceux que vous observez à la suite de Tintroduction des mêmes médicaments par d'autres voies ; ils ne s'en dislingaent qae parla rapidité de leur apparition, par leur constance et par la grande intensité qu'ils présentent. Je vais passer en revue ces différentes particularités qu'il est important de bien fixer dans votre esprit, car c'est là ce qui fait en grande partie la supériorité de la méthode hypodermique.

La rapidité est extraordinaire en certains cas. Il y a longtemps que les expériences d'Eulenburg l'ont démontré. Elle n'est inférieure qu'à celle des médicaments introduits directement dans le système veineux.

Voici une de ces expériences ; elle a été faite sur un lapin à qui on a ouvert la jugulaire pour pouvoir recueillir facilement une certaine quantité de sang. On lui injecte de Tamygdaline sous la peau de la cuisse, et au bout de trois minutes on recueille des gouttes de sang : on y ajoute de l'émulsine et on sent une petite odeur d'amandes améres. Au bout de cinq minutes cette odeur est devenue très forte. Par conséquent, vous voyez que là il ne faut que de trois à cinq minutes pour qu'il y aitune proportion considérable de principe actif dans le sang.

L'expérience a été faite également avec le prussiate jaune de potasse et on a noté que tandis qu'il faut \A minutes pour qu'introduite dans l'estomac cette substance fasse sa première apparition dans l'urine, il n'en faut que cinq ou sa quand elle a été introduite sous la peau.

Voilà des observations qui démontrent que dans un délai de trois, quatre, cinq minutes il y a eu absorption, circula-

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lion, élimination, puisque les urines présenlent alors une quantité notable du principe actif.

Ehbien, ily a quelque chose qui marche encore plus vite que ces substances, c'est la pilocarpine, principe actif retiré du Pilocatyus pennaiifoUus (rulacées) ou jaborandi du D' Coutinho. .remploie 1res souvent cet alcaloïde à la dose de deux centigrammes pour déterminer la salivation, la sudation, au début d'une grippe ou dans le cours des affections cardiaques. Cette pilocarpine détermine ses effets dans un délai quelquefois incroyablement court. Il m'est arrive une ou deux fois qu'une minute et demie après l'injection on voyait déjà le visage rougir, comme si on avait coupé les deux nerfs sympathiques. Une demi-minute après, tous les phénomènes, rougeur, chaleur, sueur sont en plein développement. C'est-à-dire qu'en somme, deux minutes après l'injection, la sueur ruisselle et la salivation est abondante. Je ne dis pas qu'il en soit toujours ainsi, car il faut ordinairement cinq minutes; mais j'ai vu les faits que je viens de citer. Vous voyez que ce médicament agit avec une rapidité presque incroyable et qui ne le cède, pour ainsi dire, pas à celle des substances médicamenteuses introduites dans les voies respiratoires.

Vous serez encore bien plus étonnés de cette rapidité si vous réfléchissez au temps nécessaire pour une circulation véritable, c'est-à-dire pour qu'un globule parcoure tout le cercle circulatoire. Au premier abord, vous pourriez croire que, puisqu'il y a environ soixante propulsions cardiaques à la minute, l'ondée arrive dans une fraction de minute du cœur à la radiale. Mais réfléchissez que ce ne sont pas le^ globules de sang qui étaient dans le cœur au moment de la systole, que vous sentez à la radiale. La pulsation du cœur

leçon.) CONSTANCE DE L'ACTION. Ui

met en mouvement la colonne sanguine qui est au-devant d'elle ; c'est une propagation de proche en proche et non pas une translation du sang, du cœur jusqu'à la périphérie. Les expériences de Hering ont démontré qu'il ne fallait pas moins d'une minute pour qu'un globule sanguin Ht le tour de la circulation. Par conséquent vous voyez que, pour que la pilocarpine agisse en deux minutes, il faut que l'absorption s'effectue avec la plus grande rapidité, puisque ce temps lui suffit à circuler et à être éliminée par les glandes salivaireset sudorales.

Telle est, dans un grand nombre de cas, la supériorité énorme de la méthode hypodermique ; car souvent il n'est pas seulement nécessaire d'agir vite, mais il faut encore introduire dans la circulation une quantité considérable de substance active'; or, cette rapidité d'introduction vous permet d'agir vite et d'introduire une grande quantité de principe actif.

Une autre particularité tout à fait digne d'intérêt est la constance des effets. Cette constance des effets est telle que Cl. Bernard*, introduisant 3 millig. de curare tous lesjoui-s chez le même lapin, et répétant cette expérience pendant des semaines, a vu constamment se reproduire [les mêmes phénomènes, dans le même délai et avec la même intensité. Il obtenait au bout de 20 minutes un commencement de curarisme modéré, qui durait invariablement -45 minutes ou peu s'en fallait. Eh bien, il est d'observation que quand vous mtix)duisez, par toute autre voie, une substance active pourtant toujours la même, vous n'obtenez jamais cette constance de résultats. Et pourquoi? Par des raisons que vous devinez

1. Cl. Bernard, Uçons sur les effets des substances toxiques et méf/icanienieu9t$. Paris, 1857.

GUBLER. Thérapeutique. *

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