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DIX-SEPTIÈME LEÇON

Ii^ectionB hypodermiques^

Action proportionnelle des diverses substances par l'cstoinac et par la voie

hyp.Mlcrmique. Causes de cette différence. Accident!» locMix te if^ctions hypodermiques; accidents généraux.

Messieurs,

On a évalué la quantité de sulfate de quinine nécessaire eu injection au i/6 de celle qui serait nécessaire par la voie stomacale. Toutes les expériences que j'ai faites avec le bromhydi-ate de quinine, toutes celles qui ont été répétées après moi par M. le docteur Normand déposent en faveur de cette supériorité. C'est-à-dire que je ne crains pas d'affirmer que, sous la peau, 40 centigr. de quinine — aujourd'hui je dirais également de cinchonidine — donnent autant que 1<^^,50de sulfate de quinine par la voie stomacale. C'est-àdire qu'en faisant matin et soir une injection de 20 centigr. de bromhydrate de quinine on arrive à conjurer les accès de fièvre, exactement comme si on avait fait prendre 1^,50 ou 2 grammes de sulfate de quinine.

C'est là un grand résultat, et comme il peut être obtenu sans aucune espèce d'inconvénients pour le tissu cellulaire, vous Toyez qu'il y a tout lieu d'y recourir et de faire de cela une méthode de traitement.

L'atropine, je vous l'ai dit, présente des écarts de doses plus considérables entre les deux méthodes. On peut dire que généralement 3 ou 4 milligr. par la voie stomacale donnent les mêmes effets que 1 par la voie hypodermique. Vous voyez

Ui INJECTIONS HYPODERMIQUES. (Dix^ptième

que c'est le même rapport à peu près que pour le sulfate de quinine.

Pour la morphine la difTérence est moindre, et l'injeclion de 1 centigr. par voie hypodermique ne vous donne pas des phénomènes de narcose plus prononcés que la quantité équivalente de sirop de morphine ou de laudanum donnée par rcstomac.

Mais il y a des cas dans lesquels cette différence est plus grande, c'ost-à-dire qu'il y a des sujets chez lesquels la morphine, par voie stomacale, ne donne presque rien, tandis qu'elle agit bien en injection. Par conséquent, la constaDce est un des caractères fondamentaux de la méthode hypodermique.

Il est encore d'autres substances qu'il importe de comparer, suivant qu'on les emploie par l'une ou rautrcvoie d'introduction.

L'aconiline ne présente pas non plus des effets très différents, au point de vue de l'intensité, suivant qu'on l'emploie sous la peau ou par les voies digestives. Mais c'est à la condition, qui à la vérité ne se réalise pas fréquemment, que l'estomac soit absolument sain, libre et apte â une absorption rapide. En effet, si l'estomac est dans on état saburral, s'il renferme encore des débris alimentaires avec tous les ferments qui les accompagnent, alors l'aconitine introduite dans l'estomac ne produira rien du tout. J'ai vu des gens qui ont pris des milligrammes de la meilleure aconitine et qui n'en ont, pour ainsi dire, pas ressenti les effets, parce que, je le répète, c'est une substance instable qui se détruit avec facilité en présence de tous les corps chimiques et surtout des ferments. Mais quand l'estomac est sain, la différence n'est pas très grande. Elle est ce-

leçon.l ERGOTINE. 245

peudant encore du simple au double. C'est-à-dire que s'il faut 1 miiligr. pour produire des elTets physiologiques notables et répondant aux besoins thérapeutiques, quand on donne Taconitine par Testomac, il n'en faut plus qu'un demi quand on introduit eetle même substance sous la peau. C'est encore une différence qui a sa valeur, mais qui n'est pas aussi considérable que pour la quinine.

En revanche, il y aurait une substance, récemment introduite dans la méthode hypodermique, qui présenterait la particularité inverse, c'est Tergotine. Il ne s'agit pas ici de Talcaloïde de l'ergot, car on n'est pas sûr de le posséder, mais des extraits plus ou moins concentrés qui représentent les principes et l'action de l'ergot, non pas accrus, mais plutôt amoindris. Nous possédons d'un côté l'ergoline de Bonjean qui est un extrait alcoolique d'ergot, puis Fexlrai plus concentré fait dans ces derniers temps par M. Yvon. L'extrait d'Yvon, qui est une liqueur légèrement teintée de topaze, est assez concentré pour que 1 gramme de cette liqueur équivaille à 1 gramme d'ergot, tandis que l'extrait plus ou moins dense de M. Bonjean est beaucoup inférieur à Tergol lui-même. J'ai établi par mes propres expériences, qu'il n'en fallait pas moins -de cinq fois autant que d'ergot pour produire les mêmes efTets thérapeutiques. Mais cette solution d'ergotine a l'avantage de pouvoir être mise en potion el injectée sous la peau.

Les injections faites dans ces derniers temps sembleraient indiquer un écart énorme entre les effets hypodermiques et stomacaux. D'après ces injections, il semblerait qu'en introduisant 10 ou 15 centigr. d'ergotine de Bonjean on arrive à arrêter une hémorragie comme avec lff%50 de poudre d'ergot récente et par conséquent dans les meilleures conditions.

Si« INJECTIONS HYPODERMIQUES. pix-fepti^mc

J'ai lieu de penser qu'il y a là des exagérations. Pour ma part, je n*ai pas tu d'effets qui me permelteni d'attacher une si glande intensité d'action aux injections d'ergotine. J'ai vu des effets, mais je n'injectais pas moins de â5 cenlig. à la fois. J'ai vu, dans certains cas, l'hémorragie s'arrêter; mais, s'il faut ea croire les observations récentes communiquées à la Société de thérapeutique, il y a quelques mois, ce serait une différence de 40 fois qui séparerait l'action de ces injections de Tergot lui-même. En effet, on prétend que l'injection de 10 à 15 cenUgr. d'ergotine produit autant d'effet que 4 grammes d'ergot. Je ne l'admets pas. J'ai bien peur qu'on ait cru à tort saisir un rapport causal entre l'introduction de la substance et la cessation de l'hémorragie, et qu'on ait, en réalité, assisté à des arrftts spontanés et à des coïncidences.

Quoi qu'il en soit, il est indispensable de cliercher à vous faire comprendre comment ces différents écaits peuvent exister et pourquoi il y a de si grandes distances entre l'intensité d'action de certaines substances introduites sous la peau ou données par l'estomac.

Il importe avant tout de savoir si la substance est desirac* tible ou non dans les premières voies» Vous comprend bien que, si vous introduisez une substance résistante dans l'estomac, elle finira par être absorbée. L'absorption se fera plus lentement que par la peau, mais enfin elle se fera, et il y aura un moment où elle arrivera en asses grande quantité dans les parenchymes, pour qu'elle détermine tous les effets^ dont elle est capable.

Dans ce cas, pas de différence entre les deux méthodes.

Il y a une autre circonstance, c'est l'adhésion plus on moins forte de la substance introduite, dans les mailles da

leçon.] DIFTËRE^CES D*ÂCTION. SH

tissu cellulaire et dans les organes au milieu desquels elle se répand. Cette adhésion est réelle.

Je vous ai montré pour Taconitine l'exlréme intensité des effets locaux el Textrème durée de ces effets. Non seulement vous déterminez une sensation de brûlure cuisante et des élancements qui sont des sortes de fulgurations, mais encore vous voyez durer ces effets quasi indéHnimcnt, deux heures, par exemple. J'ai vu des sujets chez lesquels un après-midi tout entier avait été rempli par les souffrances déterminées par Taconitine introduite sous la peau. Par conséquent vous voyez qu'elle reste là, qu'elle adhère. Celte adhésion a évidemment son importance, attendu que si la substance reste là, elle ne sera pas comme une autre emportée par la drculation qui va répandre au loin tous ses effets.

11 y a une troisième condition à la différence entre l'intensité des effets des substances introduites sous la peau et celle de leurs effets par les voies digestives. Ces effets peuvent dépendre du système sur lequel s'exerce leur action. Si les médicaments ou les poisons exeix^ent leur action directement dans le sang, sur le sang lui-même, il est clair que lorsqu'ils pénétreront en grande quantité à la fois, cette action sera pour ainsi dire violente, foudroyante, i>stantaaée. ^ au contraire les substances exercent leur influence sur les centres nen^eux, et si cette influence n'est exercée qu'i la faveur de la pénétration de ces substances dans les éléments du système nerveux,d'une sorte de combinaison temporaire avec ces éléments, il faut un temps durable pour qu'elle s'effectue,et vous aurez beau introduire dans la circulation une grande quantité de substance active capable de produire des effets sur le système nerveux, ces effets demandant toujours un certain temps pour se produire, il n'y

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aura pas beaucoup d'avanlagc à introduire les substances par la voie hypodermique ou stomacale, parce que si elles ne se détruisent pas, elles seront absorbées d'une façon assez rapide pour pénétrer dans la circulation et de là dans les parenchymes.

Or ces combinaisons des substances avec les élénienls existent. On a déjà reconnu un certain nombre de modifications sensibles des éléments histologiques du système nerveux, lorsqu'ils ont été imprégnés d'une énorme proportion de principes toxiques. Ces expériences sont à peine entreprises bien que les premières datent déjà de 10 ou 13 ans.

Elles montrent une voie nouvelle à parcourir et nous font comprendre ce qui avait été déjà indiqué par les considérations inductives, à savoir qu'il doit y avoir une pénétration des substances dans les éléments histologiques.

Je vais vous donner quelques exemples. Je suppose que vous introduisiez rapidement dans le sang du phosphore, de l'oxyde de carbone, du nitrite d'amyle, des aneslhésiques, en un mot, de ces substances qui agissent directement sur le sang. Elles vont agir en produisant des sortes de coups de foudre. Si vous arrivez à les introduire par la voie sous-cutanée, qu'elles arrivent en grande masse dans la circulation, elles détermineront des effets qui, sans être aussi violents que par l'inhalation, s'en rapprocheront pourtant. Et il y aura là une distance énorme entre les effets produits par la voie sous-cutanée ou stomacale.

Si au contraire vous introduisez des substances qui agissent sur les centres nerveux, telle que la morphine, il y aura aussi des différences, parce qu'il faut que ces substances pénètrent dans les éléments histologiques, et pour cela il leur faut un certain temps; quand bien même vous les injectez par

lecoa-l DIFFÉRENCES D'ACTION. U9

voie hypodermique,il n'y aura toujours qu'une certaine proportion de ces substances qui pourra pénétrer à la fois dans les éléments. En d'autres termes, il se passe là quelque chose de comparable à ce que je vous ai décrit lorsque je vous ai parlé de l'oxygène. Je vous ai dit qu'on pouvait introduire dans les voies respiratoires de l'oxygène pur, à larges doses et que cet oxygène ne donnait pas lieu à des phénomènes d'excitation, à une combustion plus active, que rhématose n*en était pas considérablement excitée; mais que cet oxygène pur qu'on avait inhalé restait en provision, et qu*alors on pouvait suspendre la respiration pendant un temps beaucoup plus long, après cette inhalation, qu'après celle de l'air ordinaire. Cela tient, vous disais-je, à ce qu'il n'y a qu'une certaine proportion de l'oxygène ingéré qui soit employée à la fois, proportion elle-même en rapport avec le nombre des globules sanguins. Ils n'en peuvent prendre qu'une certaine quantité, le reste sert à des respirations ultérieures.

Eh bien, je le répète, il y a dans les effets des substances dont il s'agit ici quelque chose d'analogue à cela; vous avez beau en introduire une très grande quantité à la fois, il n'y en a qu'une portion qui agisse, c'est celle qui est prise par les éléments histologiques.

II reste maintenant à vous montrer quelques applications de ces principes. Je vous disais qu'on pouvait comprendre de la sorte comment certaines substances agissaient presque aussi bien par les voies digestives que par injection, et comment, pour d'autres, c'est le contraire qui a lieu.

Voici la morphine; d'une part elle est très stable, d'autre part elle a besoin de pénétrer dans les éléments histologiques du système nerveux; deux conditions qui font qu elle

260 INJEGTIOHS HTPODSRMIQHS. IDix-septièae

peutôtre introduite par l'estomac, puisqu'elle se déirait pen el qu'elle demande un certain temps pour s'introduire.

La quinine n'est pas dans les mêmes conditions; ellese détruit dans le sens réel du mot, — destrueref perdre sa structure. — Elle devient facilement de la quinidine el de la quinicine, quinidine qui est presque sans action, et quinicine qui n'en a plus du tout. Vous comprenez donc que la quinine, sans disparaître (car vous prendriez les matière contenues dans la cornue stomacale, vous y retrouveriez votre alcaloïde), peut devenir dans l'estomac ce reste qu'on retrouve dans les urines. Car lorsque vous avez introduit dans la circulation un gramme de sul&te de quinine, vous retrouvez dans les urines 85 centigrammes d'un alcaloïde isomère avec la quinine ; c'est de la qunudine ou de la quinicine. C'est ce genre de destruction qui empêche la quinine d'agir à peu près aussi bien par la voie stomacale que quand elle est introduite par la peau.

Elle a besoin de pénétrer dans les éléments du tissu nerveux; mais elle résiste moins que les alcaloïdes de l'opiiim introduits dans l'estomac : aussi y a-il un écart du simple au quintuple quand on compare l'action des deux modes d'introduction.

Un mot maintenant sur les accidents locaux des injections, avant de vous donner un jugement sur la valeur de la méthode hypodermique.

Les accidents locaux peuvent être divisés en accidents actuels traumatiques et en accidents ultérieurs dus à l'activité propre des substances employées.

Le premier de tous les accidents, celui qui se présente encore assez fréquemment, c'est une douleur vive, aigué, déchirante, produite dans une région plus ou moins drooD-

levon.l ACCIDENTS LOCAUX.

scrite et qui esl due à ce que raigoiile a rencontré nn filet neirenx. Gela n*est rien du tout, cette danleur ne persiste pas.

Un second accident, qui peut avoir, dans certains cas, un peu plus de gravité, c'est la pénétration de Taiguille dans rîntèrieor d*un vaisseau passablement volumineux. Il en peut résulter deux accidents secondaires : ou bien une petite hémorragie qui effraye beaucoup les sujets pusillanimes, hémorragie intérieure, espèce de petit trombus qui laisse une ecchymose; ou bien, dans un certain nombre de cas, l'accident grave dont je vous ai parlé dans la dernière leçon et qui frappe d'une sorte de sidération le sujet chez lequel Tintroduction delà substance s'est faite d'une manière directe dans le système veineux. Alors on peut assister à une scène émouvante : perte de connaissance qui s'accompagne d'une pâleur mortelle, de coma, de stertor. Quelque chose d'épouvantable! Mais rassurez-vous. Je ne vous dis pas de ne point y regarder; mais il est excessivement rare que ces accidents soient mortels, à moins que vous ne tomlnex sur quelqu'un affecté de maladie organique du eoeur.

n y a maintenant un autre petit accident bien léger, mais qui pourrait vous préoccuper, si vous l'ignoriez; c'est un emphysème localisé autour de la piqûre, emphysème quelquefois assez notable. 11 a deux origines et peut exister avec toutes sortes de substances; il peut être dû à ce que vous vous y êtes mal pris, à ce que vous n'avez pas fait sortir toute la quantité d'air contenue dans votre seringue, et que vous l'avez introduit en certaine proportion dans le tissu cellulaire. Gela n'est rien. Mais depuis qu'on a fait des injections hypodermiques de chloroforme, on a noté ud

2o2 INJECTIONS HYPODERMIQUES. ]Dix-Mplièmo

cmpliysëme plus considérable et plus persislant autour de la piqûre. On observo presque immédiatement une crépitalion semblable à celle de Temphyscme dû au charbon ou à une rupture pulmonaire. Cet empbysème-là, nous ne savons pas à quoi Tattribuer; mais si vous voulez que je vous dise ce qui me parait probable, c'est qu'il est dû à la volatilisalion du chloroforme, qui est cependant moins volatil que l'éther, mais qui possède encore une tension de vapeur considérable à 37*. Je crois que c'est là la cause de ces emphysèmes qui, en tous cas, ne paraissent pas avoir d'importance.

Je passe aux accidents ultérieurs. Il y a d'abord l'exagéra lion de tous les eflets physiologiques des substances introduites sous la peau, puisque je vous ai dit tout à l'heure qu'il y avait des eiïets considérables produits par les substances dans le lieu de leur injection. Si vous ne proportionnez pas les doses, vous pouvez déterminer des effets toxiques au lieu d'eiïets thérapeutiques. Par conséquent le remède est à côté du mal.

Viennent enfin les effets qui résultent de l'introduction de ces mômes substances dans une veine. Ces phénomènes-ci sont inopinés; les autres, vous pouvez les prévoir et par conséquent y parer en employant des doses modérées. Lorsque rinlroduction dans la veine a lieu, c'est une autre affaire ; vous assistez à ces phénomènes graves dont je viens de vous parler, et vous êtes, un moment, fort embarrassés. Je vous dirai quels sont les moyens de prévenir ces accidents.

Mais j'ai d'abord à vous parler de certains troubles de sensibilité, troubles irritatifs, qui sont déterminés par les substances actives introduites sous la peau. Les troubles de sensibilité sont une exagération des troubles normaux. Je

leçon.] NODUS INFLAMMATOIRE. t58

TOUS ai dit que toujours le malade percevait une petite bouffée de chaleur, une cuisson et présentait habituellement une sorte d'érythëme. Lorsque les phénomènes se réduisent i cela, et même à une petite plaqué d*urticaire , ils n*ont pas grande signification. 11 n'est en plus de même à un second degré : ces phénomènes irritatifs peuvent alors prendre une certaine valeur. Lorsque Tinflammation donne lieu & un nodus inflammatoire, il y a déjù là un petit inconvénient qu'il faut éviter. Ce nodus est en rapport avec deux circonstances ; la nature de la substance d'abord : il semble, par exemple, que la picrotoxine ait le don de produire des exsudais plus considérables que les autres substances.

Chez une femme que je traitais pour une paralysie labioglosso-pharyngée et chez laquelle j'avais obtenu un succès assez considérable, puisqu'elle baissait chaque fois que je cessais les injections, au bout d'une quinzaine d'injections, je m'aperçus que ses bras avaient l'air de sacs de noisettes. J'ai eu l'occasion d'observer cela dans un autre cas, mais je ne répondrais pas que ce soit là un fait général.

La seconde circonstance, c'est que ces nodus sont produits par la présence dans la substance qu'on insère sous la peau de corpuscules plus ou moins irritants. Il faut que vous ayez le plus grand soin, quand vous faites une injection, de bien regarder votre solution, attendu que la moindre pracelle de substance minérale, d'une substance organique, d'une algue qui se développe si facilement, suffit ordinairement à provoquer un travail subinflammatoire qui persiste. Et quelquefois au bout de quinze jours, trois semaines, vous retrouvez encore des nodus sous la peau. Voilà les deux circonstances principales dans lesquelles se produisent ces

25i INJECTIONS HYPODERMIQUES. IDiz-ftepUèiiie

nodus. Mais ce ii*e$t là encoro que quelque chose de peu d'importance.

Dans certains cas les choses vont plus loin et Ton obsene autour de la piqûre non seulement un nodus inflammatoire, mais un empâtement plus ou 'moins large, oddémato-phlegmoneux, qui inquiète le malade et qui doit vous inquiéter aussi, car il pourrait passer à la suppuration. C'est un véritable accident, qui lui-môme a quelque valeur, et qui, en outre, en a une autre en ce sens que, si vous êtes obligé de répéter les injections sur le sujet, la multiplicité de ces abcès fmirait, vous en conviendrez, par avoir une certaine importance, car la fièvre traumatique vous empêcherait de continuer le traitement. Ce sont là des accidents fréquents avec certaines substances comme les sels de mercure ou le sulfate de quinine. Mais ne parlons plus de ce dernier, puisque le bromhydrate vous met aujourd'hui complètement à Tabri des accidents qu'il provoque.

Ce n'est pas tout ; il y a un cinquième degré dans lequel il se fait une plaque gangreneuse. Je ne parle pas de ces plaques déterminées par l'introduction de la substance dam le derme, mais du spbacèle venant à la suite du travail inflammatoire et venant le compliquer par suite de la suppression de toutes les voies d'irrigation de la peau et du tissu cellu* laire sous-cutané. Ce spbacèle a un double inconvénient : dans le moment même il est fort désagréable, puis plus tard il laisse de véritables cicatrices, des macules indélébiles.

Il n*y a pas un rapport nécessaire entre les difiérentas af^ fections et les difl'érents accidents qui peuvent être déterminés par les substances introduites sous la peau. On voit des substances qui déterminent une violante douleur et jamais d'inflraunatioa ; on voit des substances qui n'éveillant aa-

lfl(«o.) HtMOERAGIES.

cnne espèce de sensibilité et qui produisent des nodus ; on en Toit d'aotres qui ne produisent pas de douleur et qui donnent lieu à la suppuration. Voici par exemple la picrotoxine : on ne la sent pas et elle produit toujours un nodus. Voilà au contraire l'aconitine, c*est une douleur effroyable, telle que les malades soulagés de leur né\Talgie renoncent à remploi du remède; mais.d'inflammation jamais, à moins que vous n*ayez introduit des algues sous la peau. Vous voyez que la douleur et l'inflammation ne marchent pas toujours de pair.

Je viens de vous faire voir quelles sont les différences dans les résultats suivant la nature de la substance employée; il y a des différences non moins grandes, suivant le sujet qui reçoit Finjeclion.

Il y a des sujets chez lesquels vous verrez se pi*oduire très facilement des hémorragies ; ce sont ceux chez lesquels existe la diathèse hémorragique. Mais il n'est pas nécessaire qu'il y ait diathèse; il suffit qu'il y ait dans de certaines régions des conditions analogues à celles du scorbut, pour que les mêmes phénomènes d'hémori^ie se produisent. Par exemple, si vous faites des injections dans des membres immobilisés depuis longtemps et affectés de ce que H. Cloqoei a désigné sous le nom de scorbut local y vous ▼erres les pipûres y donner lieu à de petites hémorragies. Ce qui existe là sous Tinfluence d'un traumatisme qui a foreé à l'immobilisation^ existe également dans les maladies apontanées.

J'observe dans ce moment à Beaujon un maladequi présente une trophonévrose de la moitié supérieure droite du corps. En Même temps qu'il a des douleurs, il présente des phénomènes d'atrophie muBcnlaire. Mais tandis que les organes

2S6 INJECTIONS HYPODERMIQUES. (Dix-MpUème

nobles, ceux qui ont une structure particulière comme les muscles, s'atrophient, le tissu cellulaire, organe banal, organe de remplissage, augmente d'épaisseur. Aussi trouverez-vous chez cet homme, partout où les muscles ont disparu, un tissu adipeux sous-cutané très épais. Eh bien, je ne puis pas faire traverser cette région par l'aiguille, sans qu'il y ait hémorragie.

Il y a des sujets qui sont exposés aussi à tous les accidents inflammatoires que je vous ai décrits, et aux accidents les plus graves, aux phlegmons gangreneux. Ce sont ceux qui sont dans des conditions générales de santé plus ou moins mauvaises, ceux qui sont sous le coup d'une de ces diathèses qui modifient profondément la nutrition ou bien qui sont arrivés à la période ultime d'une maladie chronique, avec fièvre hectique: ainsi chez les tuberculeux arrivés à la dernière période, ainsi chez ceux qui sont sous le coup d'une fièvre typhoïde, ainsi dans les affections puerpérales où la suppuration s'empare si facilement de tous les petits traumatismes, même de celui que détermine par une injection, ainsi chez les diabétiques albumineux et sucrés; chez tous CCS malades, vous avez très facilement la suppuration. La conséquence pratique à tirer de ces considérations est celleci : il ne faut pas introduire de médicaments par la voie hypodermique chez les sujets qui sont dans ces mauvaises conditions, pour deux raisons : la première , c'est qu'ils n'agiront pas très bien, et la seconde, c'est que vous aurez facilement l'air de leur avoir nui alors que vous vouliez les soulager.

Je reviens aux accidents généraux, qui se réduisent, je vous l'ai dit, à la pénétration des substances actives dans le système circulatoire. Voici ce qu'il faut faire pour empêcher

leçoa.|. PROCÉDÉ OPÉRATOIRE. 267

autanl que possible ces accidents. II faut, bien entendu, explorer du regard la région sur laquelle vous voulez faire une injection, et éviter toutes les lignes bleuâtres. Vous éviterez aussi, bien entendu, les gros troncs veineux que l'anatomie vous a appris à connaître. II faut aussi que Taigullle soit dirigée parallèlement à la direction générale des veines de la région; en général cette direction est aussi celle de Taxe du membre. Il faut aussi que vous dirigiez Faiguille du centre vers la périphérie, c'est-à-dire du point d'attache du membre vers son extrémité libre. Lorsque en dirigeant ainsi Taiguille vous avez le malheur d'entrer dans une veine, l'absorption est toujours moins rapide que si vous poussez l'injection dans le sens du courant sanguin. On pourrait ajouter à cela la précaution recommandée par Béhier : c'est d'introduire d'abord l'aiguille seule, pour voir s'il ne sort pas une goutte de sang; puis, s'il ne sort rien, de faire l'injection. Mais ce procédé ne donne pas toute espèce de garantie, et voici pourquoi : il y a d'abord à craindre une inquiétude vaine, qui peut résulter de la sortie de quelques gouttes de sang, sortie en rapport avec les conditions du tissu cellulaire. II peut y avoir aussi une fausse sècurilé, parce que si vous avez introduit votre aiguille le long de la paroi d'une veine, il se peut que quand la pression ne s'exerce pas en sens rétrograde, il n'y ait pas de relïux dans l'intérieur de la canule, et même quand cela serait, il se peut que la canule soit tellement petite que cela ne suffise à empêcher la sortie du sang. Vous pourrez donc avoir une sécurité trompeuse, et par conséquent ce procédé ne vous met pas complètement à l'abri des accidents.

GOBLER. Thorapcutique. *7

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