ÉLASTICITÉ ORGANIQUE
qu'elle est différente chez les carnivores suivant le mode d'introduction. On est porté à penser, par conséquent, que c'est grâce à une destruction rapide dans les premières voies que les animaux herbivores échappent à Taction nocive des substances dont il s'agit. En effet, on comprend très bien qu'avec un travail digestif plus actif on peut voir se digérer pour ainsi dire d'une manière plus rapide les poisons. On peut admettre aussi que les sujets qui s'habituent éliminent de plus en plus vite les poisons.
Vous connaissez le rôle que joue l'élimination : c'est certainement par elle que nous échappons le plus ordinairement à l'action nocive des substances introduites dans l'économie. Je le répète : il est très probable que cette activité, de plus en plus considérable au fur et à mesure que 'organisme réagit, est la condition qui fait qu'il peut échapper aux conséquences plus ou moins graves de cette action.
Il y a aussi une autre hypothèse, c'est celle de la réaction de plus en plus énergique. C'est-à-dire que, par exemple, lorsque vous êtes exposé au froid, vous pouvez ou être déprimé, ou, au contraire, être excité; vous réagissez alors et vous effacez, par cette réaction, le phénomène positif pour ainsi dire de l'action du froid. Il avait déterminé à la périphérie une diminution de la température, une corrugation de la peau, une contraction plus ou moins énergique du dartos cutané ; et puis, à la suite de ces phénomènes qui sont les phénomènes positifs, vous voyez une rougeur plus ou moins vive apparaître pour ainsi dire instantanément, grâce à la dilatation des capillaires tout à l'heure rétractés : puis la calorification s'exalte, et il se fait un relâchement des tissus. Ce que vous voyez là se produire vis-à-vis d'un re-
50i HABITUDE, ACCOUTUMANCE. (Trente-et-unièmc
mode, se prodiiil également vis-à-vis de toules les substances introduites dans Tintérieur de réconomie. On peut donc admettre que ces phénomènes réactionnels peuvent s'accroître progressivement, ou bien on peut admettre également que dans certains cas Timpressionnabilité vis-à-vis les substances venues du dehors s'émousse peu à peu; que peu à peu, la sensibilité allant diminuant, la substance, qui d'abord était très nocive, en raison de sa très gt*ande impression, glisse, pour ainsi dire, et passe plus tard comme inaperçue. Je le répète, voilà les quatre hypothèses que Ton peut faire. Elles sont toutes plausibles, et je pense que c'est l'ensemble qu'il faut adopter pour comprendre Tha bitude.
Mais ceci suppose de la part de l'organisme vivant une faculté d'adaptation qui est très remarquable et peut s'expliquer par le mot élasticité organique. C'est un phénomène très général. Vous n'avez qu'à l'examiner dans les deux règnes, et vous verrez qu'il existe partout. C'est cette élasticité qui fait que des êtres peuvent avoir une aire très étendue de multiplication et qu'ils peuvent, par des modifications soit fonctionnelles, soit structurales, se mettre en haniionio avec les conditions du milieu dans lequel ils sont appelles à vivre.
L'homme, n'est-il pas vrai, vit à peu près partout. Quand nous allons dans les pays tropicaux, nous nous mettons à l'abri de la chaleur par les courants d'air; dans les pays froids par d'autres artifices, par des maisons closes à murailles épaisses, peu conductrices, avec des doubles fenêtres, avec du feu. Nous échappons ainsi aux grands extrêmes de température. Cela ne veut pas dire, dans le cas que je suppose, que nous nous adaptions ; mais vous observez aussi,
leçon.] FORMES D'ADAPTATION. 505
lorsque vous examinez les choses de plus près, le phénomène très curieux des modifications fonctionnelles d'un côté, et à la longue des modifications nutritives de l'autre. Et quand elles se sont accentuées davantage, qu'elles se sont pour ainsi dire burinées dans la race, alors vous avez créé une race proprement dite, une espèce.
Par exemple un homme du nord va dans les pays intertropicaux; voyez comme les modifications qu'il subit sont intéressantes. Cet homme, qui avait un teint fleuri, je suppose, pâlit : qu'est-ce que cela veut dire? Qu'il perd de ses globules : cela signifie que les besoins de l'hématose sont de moins en moins considérables. C'est une manière de s'adapter à ce climat dans lequel il n'y a plus de combustion nécessaire, dans lequel vous n'avez plus besoin de brûler que pour faire de la force, puisque la température est presque en rapport avec celle du corps.
Les races méridionales se pigmentent de plus en plus : ceci est une chose éminemment remarquable. Qui nous dit aujourd'hui pourquoi les races se pigmentent? Par la raison que voici : c'est que, de toutes les vibrations des fluides impondérables, la plus active, c'est la vibration lumineuse, et que pour diminuer cette vibration il faut l'éteindre. Alors un pigment de plus en plus épais se produit à la surface de la peau et empêche la radiation solaire de produire les effets nocifs qu'elle peut causer.
Il en est de même pour les modifications du système pileux. La villosité s'accroit au fur et à mesure des besoins.
Il y a d'autres formes d'adaptation. Il y a les modifications natritives et fonctionnelles qui se produisent : ce sont par exemple la diminution de l'activité de l'appareil respiratoire et Faugmentation de celle de l'appareil hépatique. Pourquoi?
parce (pi'n y a moins de choses à brûler et beanroap de substances incomborées à éliminer, soiis Tinfluence d'une alimentation qui ne se met pas toujours en équilibre avec les besoins.
Mais rapprochons-nous davantage des faits d^habitode pure et simple. En voici quelques-uns : Un sujet a élé condamné au décubitus horizontal pendant un nombre plus ou moins considérable de jours. Il se lève. Eh bien, au moment du lever, ses jaml)es deviennent violettes. Qu'est-ce que ceh signifie? Cela signifie qu'il n*y a plus d*équiiibre entre la tension musailaire des membres inférieurs et la pression que les vaisseaux ont à supporter. Mais quand le sujet passe quelques heures levé, Téquilibre s'établit : cela a été remarqué par tous les physiologistes.
Voici encore quelques phénomènes analogues : Au fur et à mesure que Ton a répété Taclion de la douche froide, vous voyez s'établir plus vite la réaction. D'abord il a fallu prendre des précautions, puis le sujel a réapî contre la douche, et d'une manière excessivement active, puis Taccoutumance s'est établie. Il semble donc que l'habitude soit une sorte d'équilibre qui s'établit entre les intensités des actions des médicaments et la réaction de l'organisme. C'est donc une sorte de tolérance qui s'établit à la longue.
Mais ce mot tolérance éveille d'autres idées dans l'esprit de bien dos médecins. C'est bien autre chose que ce que je viens de vous exposer; elle a élé en effet décrite d'après une école, celle de Rasori, qui a désigné sous le nom de tolérance quelque chose de tout à fait différent de ce que nous devons appeler de ce nom. Qu'arrive-t-il, en effet, dans les conditions ou les partisans de Rasori se sont placés? On donne le tartre stibié à dose moyenne ou faible , il détermine
leçon.] TOLÉRANCE. 507
de la nausée, des vomissements ; et quand il est à dose un peu considérable ou que le sujet est très impressionnable, il en résulte des effets éméto-cathartiques plus ou moins intenses. Voilà les effets qui, suivant eux, appartiennent au tartre stibié. Ils manquent dans un certain nombre de cas, et s'ils se produisaient d'une manière certaine avec des doses moyennes, on les voit manquer quand on emploie des doses élevées.
Rasori a désigné ce plicnomène sous le nom de tolérance. Mais remarquez que, même quand manquent les vomissements, il y a bien d'autres phénomènes qui se produisent : une extrême prostration des forces, un refroidissement plus ou moins général, une sueur froide et parfois visqueuse qui couvre tout le corps, le ralentissement du pouls et quelquefois sa précipitation. Cela dépend du degré et de la manière dont agit le médicament. Est-ce que c'est de la tolérance cela? Non : c'est de l'écrasement! Ce n'est pas plus de la tolérance que cette impuissance dans laquelle un lutteur qui a tombé l'autre a placé ce dernier. Et la preuve que c'est de l'écrasement, c'est que, si vous étudiez plus au fond, vous voyez, en même temps que ces phénomènes que je viens de décrire, de la stupeur du système nerveux et un épuisement général des forces, tellement que le sujet ne se relève qu'avec difficulté. C'est une véritable maladie que vous lui avez donnée.
Mais voici des preuves qui vous montreront qu'il ne s'agit pas d'une véritable tolérance, mais bien d'une sorte d'écrasement. Cela rappelle la fameuse dépèche du gouverneur de Marseille qui, après avoir mitraillé l'émeute, disait : Tout est rentré dans l'ordre. Oui, dans l'ordre, et même dans la mort ! Généralement vous n'arrivez à ce degré de stupeur, d'abattement qui simule la tolérance qu'à
508 11 ABITUDK, ACCOUTUMANCE. [Trcnlc-cl-unième
la faveur de spoliations de matières et de forces plus ou moins abondantes, c'est-à-dire que vous n'y annvcz que quand vous avez produit préalablement des vomissements, des évacuations par le haut et par le bas. Ces efforts dft vomissements exigent une énergie considérable de loules les puissances musculaires de la respiration et des puissances accessoires; par conséquent, je le répète, ily a perte de matières et de forces. Aussi ces phénomènes ne se monlrenl jamais d'emblée. Ce n'est pas d'emblée que dans le coui-s d'une pneumonie vous obtenez la tolérance, même chez les vieilles femmes. J'ai vu cela à la Salpètrière, où on donnait jusqu'à 80 centig. et un gramme de tartre stibié. Aussi ai-jc vu la pustulation de l'estomac, et des morts qui avaient lieu par le fait même du tartre stibié. Je dis que même chez les vieilles femmes, par conséquent dans des conditions de diminution de forces, on ne voyait jamais la tolérance s'établir d'emblée. Et quand s'établissait-elle? Lorsque l'on avait affaire à des sujets tout à fait épuisés ou à des formes tout à fait graves, à des pneumonies typhoïdes. Les choses se passaient alors comme dans la fièvre typhoïde. J'ai constamment remarqué et je fais remarquer tous les jours à Thôpitiil, et je vous ai déjà dit ici môme, qu'il est impossible d'obtenir le vomissement chez des sujets qui sont dans un état adyoamique. Pourquoi? Parce que pour vomir il faut de la forc^, il faut une synergie très active. On a remarqué aussi (Rasori) que la tolérance s'établissait plus vite pour l'estomac que pour l'intestin, en d'autres termes que ce qui disparaissait d'abord, c'étaitle vomissement, mais que la diarrhée continuait. C'est toujours par celle même raison que vous voyez s'érhelonner ainsi la prétendue tolérance du tube digestif. Il est clair que, puisque l'estomac ne peut manifester son intolérance que
leçon.f TOLÉRANCE. 509
par des efforts excessifs, ils vont disparaître les premiers. La diarrhée persiste, parce que, pour que des matières liquides arrivent à être rejetées au dehors, il suffit que le sujet se retourne un certain nombre de fois dans son lit. Beaucoup attachaient à cela une certaine importance. Il n'y a rien de plus simple : cela s'explique par des conditions toutes physiologiques et pour ainsi dire physiques. En résumé, ce n'est donc pas là une véritable tolérance, c'est un épuisement plus ou moins considérable survenu à la suite des premiers effets du tartre stibié.
Ce que je viens de vous dire du tartre stibié s'observe avec la digitale. Avec des doses faibles de 10 centigrammes matin et soir, elle détermine un accroissement de tension par augmentation de la contractilité du système circulatoire périphérique, et surtout par augmentation de la force contractile du cœur. On donne de hautes doses : elle détermine des effets complètement différents, l'irrégularité, la précipitation extrême, la difficulté de la circulation, l'accroissement de To^ème, même la cyanose, enfin les phénomènes les plus graves. C'est encore là, dira-t-on, un effet de tolérance. Non : c'est que la digitale a pour ainsi dire pressé le ressort et a déterminé des effets véritablement toxiques à la place de ses effets ordinaires.
Cependant il existe quelque chose de vrai à propos de cette tolérance : il y a une vraie tolérance qui peut s'établir d'emblée, et qui est pour ainsi dire l'habitude survenant immédiatement, sans l'intervention du temps. Cette tolérance vraie mérite d'être étudiée. Voici comment on peut la comprendre :
Cette tolérance vraie résulte de la résistance plus ou moins considérable qu'oppose notre organisme à i'actioa
510 HABITUDE, ACCOUTUMANCE. ïTrentc-cl-unièine
(les modificateurs extérieurs qui seront des raédicamenls. Elle est de deux ordres : elle est positive ou active. Et vous allez voir que ces distinctions sont utiles.
Voici dans un premier chapitre les diiïérents phénomènes qui peuvent se rapporter à la résistance active.
Il y a ces phénomènes de réaction dont je vous parlais tout à rheure, réaction plus ou moins intense, subite, qui efface tout à coup les effets immédiats de la substance médicamenteuse ou des remèdes. C'est ainsi, par exemple, qu*on réagit contre le froid ou les grandes dépressions, ou contre la chaleur ou les stimulants, par ce phénomène que vous connaissez : une sudation plus ou moins considérable qui est un moyen de rétablir l'équilibre entre la chaleur intérieure et la chaleur extérieure. Puis il y a ces phénomènes de destruction à la faveur de la combustion, ou bien de destruction de ces mêmes substances à la faveur des produits qui sont fournis par Téconomie et qui sont des moyens chimiques d'altérer les substances nocives. Enfin, c'est l'élimination plus ou moins rapide que nous retrouvons toujours.
Mais il y a aussi des résistances passives, c'est-à-dire d'une part la non-destruction, d'autre part le défaut d'absorption. Il semble qu'il y ait des cas dans lesquels, sans même que l'habitude ait eu le temps de s'établir, et d'emblée, il y a refus à l'absorption des substances actives; dans d'autres cas, c'est une diffusion de la substance active qui, se faisant dans une très grande masse, donne lieu à des phénomènes excessivement restreints ou même qui peuvent passer inaperçus. Si, par exemple, on introduit dans im organisme très développé une quantité de substance qui généralement est active chez la moyenne des siyets avec une
Uçoo.] TOLÉRANCE. 511
8lature moyenne, il est clair qu'il pourra se faire que, chez ce siyet, la quanlité de substance qui est active chez d'autres ne produise pas ses effets. Ce que je dis là d'une très grande stature, je le dirai aussi des statures diverses en rapport avec les âges. Nous y reviendrons quand il s'agira de déterminer les différentes doses qui conviennent aux différents âges et aux différents sexes. Pour le moment, je vous signale cette différence entre le petit être naissant et l'adulte. Il est clair que la même dose, toutes choses égales, introduite dans ce petit organisme, devra déterminer des effets plus considérables que dans un grand organisme dont la masse est vingt fois plus considérable, et chez qui la quantité de sang des* iinée i recevoir la substance est aussi vingt fois plus considérable que chez l'enfant.
Mais il y a aussi la tolérance qui s'établit d'emblée en vertu d'une diminution d'impressionnabilité, d'une sorte d^inertie que manifeste l'organisme en présence des substances, et elle varie comme varie le mode d'action de différentes substances. Voici, par exemple, les spiritueux : il est certain qu'il y a des nations qui sont sobres et d'autres qui sont destinées à faire des excès bachiques. Mais il faut convenir que les habitudes soit de sobriété, soit d'excès alcooliques, sont bien un peu et même beaucoup en rapport avec les exigences des climats et avec les impressions que ces substances font sur l'économie. Gela est si vrai que des gens du midi qoi s'en vont dans le nord arrivent à boire comme les gens du nord; que les Français, en Angleterre, se mettent i boire comme les gens du pays. Il y a une autre circonstance. Ge n'est pas le besoin que l'on a, mais aussi l'intensité de l'action des effets qui permet de boire beaucoup. Ainsi, il n'est point de voyageur ayant été dans le nord de la Russie,
512 HABITUDE, ACCOUTUMANCE. ITrenU-et-unième
qui ne vous dise que, lorsque le froid est d'une extrême intensité — lisez les expéditions au pôle nord — on boitd*? l'eau-de-vie comme de l'eau, et sans se douter que Ton boit une substance alcoolique. C'est la vraie tolérance. C'esià-dire que, sous l'influence de ces conditions d'anesthésiô dans lesquelles se trouvent les différentes surfaces en omitact avec les agents médicamenteux, il y a une diminution d'impressionnabilité par rapport à ces agents.
Il en est de même pour les températures. Suivant les conditions, le soleil peut déterminer, ou bien des accidents extrêmement pénibles, ou bien ne pas être senti du tout. Si un sujet est absolument bien portant, s'il a une grande tension, s'il n'a aucune propension à avoir des phénomènes ik dilatation vasculaire, s'il n'a aucun point dans son organisme qui soit atteint de travail inflammatoire, il peut impunément s'exposer au soleil, il ne ressentira rien. Si a. contraire il a déjà une céphalalgie congestive, il ne le pouri: pas sans inconvénients. Si un sujet affecté d'une inflammation du poumon, dans le cours d'une affection ihoracique de mauvais caractère, comme la tuberculose, est exposé r>j foyer un peu chaud de la cheminée en hiver, il sentira, jusie^ ac point où l'oreille du médecin découvre des phénomènes d^inflammation, une chaleur pénible. Vous voyez donc bien qu . y a des conditions qui créent la tolérance ou rintoléran<>:.
Mais voici des faits bien plus curieux. Il semble, au pi^ mier abord, que tout le monde soit également jusliciaLI d'un sinapisme ou d'un vésicatoire. Eh bien, il y a des geLf qui ne répondent pas à l'action de la cantharide, et cela d.« rera pendant une certaine période de temps, tout le tem;{ qu'ils seront dans de certaines conditions physiologique: particulières. J'ai vu de ces cas.
leçon.] OPIUM ET BELLADONE. 513
Je me rappelle une pauvre dame qui avait un rélrécissement du colon descendant. Je voulus un jour lui mettre un vésicatoire et je n'ai pas pu en trouver un qui prît. Elle y a été sensible à une ou deux années de distance.
Le sinapisme est dans le même cas. Il y a des cas dans lesquels des RigoUot de bonne qualité ne donnent lieu à aucune rougeur, à aucun picotement. Ceci arrive dans des conditions déterminées. Ce n'est pas une idiosyncrasie. On peut donner des règles qui permettront de dire que tel sujet sera très impressionné, tel autre indifférent. Ainsi les femmes nerveuses, hystériques, chez lesquelles il y a une véritable analgésie, ces femmes-là ne subiront pas l'impression du sinapisme, à beaucoup près, comme les autres sujets. Et quelquefois ils produiront un peu de rougeur et pas de phénomènes douloureux, qui sont une des conditions de leur action révulsive. Et ce que je dis là des femmes nerveuses, je le dirai des sujets analgésies. Amsi les irritants agissent moins chez les sujets empoisonnés par le plomb dans les régions analgésiées que dans d'autres qui ont conservé leur sensibilité pour la douleur.
Voici maintenant l'opium et la belladone. Il y a des malades qui sont impressionnés par l'un, d'autres par l'autre. On peut deviner queU sont les sujets qui seront tolérants pour l'opium ou la belladone. Plus le sujet aura la pupille large, plus il aura* de rétraction vasculaire avec une grande tension, plus la contracliiilé des vaisseaux sera active et plus il se montrera tolérant pour l'opium. De même et inversement, plus les pupilles sont étroites, plus le développement vasculaire est grand dans l'encéphale, et plus ils seront tolérants vis-à-vis la belladone. Cela est tellement vrai, que les adultes, en général, sont peu impression
GUBLEB. TbiTapeuUque. 33
5U HÀBITUBE» ACCOtTQMAlICE. ITrente-etr-wnikir
nables par Topiuin, qu'ils le sont beaucoup parla belkukme, et que chez les enbnts Timpressioiinabilité poiu* Topium est exlrèBie et très amoindrie pour la belladone. Quelle est la différence ? C'est celle-ci : e'est que diei les enfants la s uih stance cérébrale coiticale est tellement vasculaire, qu'elle eo est rouge et que les aoyices ne mampient jamais de croire à l'existence d'une inflammation quand ils constatent cet élaL Il faut peu de chose pour franchir la limite et pour que cette vascularitéy très considérable et physiologique, devienne exagérée, excessive, morbide. Aussi les eniants ne tolèrent pas la plus légère dose de laudanum ou d'opium. Au contraire, vous pouvez leur donner de kt belladone presque autant qu'à un adulte. Ce qui existe là, cette différence qui existe entre les âges, se montre également entre les individus de même âge, suivant les conditions dans lesquelles ils se trouirenl. Pour l'opium, par exemple, on peut établir cette règle générale, c'est que la toléi^nce est d'autant plus immédiate que le sujet est sous le coup de douleurs plus vives et accompagnées de ces phénomènes de rétraction vasculaire dont nous parlions tout à l'heure. Il faut au moins Tune de ces conditions pour que la tolérance se montre. Ainsi les tétaniques tolèrent des doses énormes d'opium. Il en est de mêmed'uD individu affecté de névralgies, surtout dans de certaines conditions. Il y a des névralgies de deux sortes : les unes sont de pures modifications des nerfs, et d'autres de véritables névralgies congeslivés, des névrites, comme dit Booillaud. Les unes sont justiciables du sulfate de quinine et des applications de sangsues, les autres de l'opiom.
Il y a des insomnies opiniâtres en rapport avec un état d'ischémie durable de la substance cérébrale. Vous pouvez, dans ces cas, donner des doses extrêmement élevées d'opium
iMMk) VOMiTirS. Slh
sans arriver à produire aacnn phénomène de morphinisme. Ceci, au contraire, est en opposition complète avec ce que- TOUS voyez dans un certain nombre de cas, où des sujets sont exposés à la congestion cérébrale, et chez lesquels vous Be pouvez pas administrer des doses tant soit peu notables d*opium sans augmenter les accidents ou sans les iiaira éclater, s*ils étaient sur le point de disparaître.
li y a aussi d'autres catégories de remèdes qui présentent^ ces mêmes conditions, ou de tolérance, ou d'intolérance, même d'emblée. Les diurétiques agissent à la condition qu'il y ait une grande tension, par conséquent une ischémiegénérale^ ^surtout du côté des reins. Eh bien, lorsque vous donnez desdiurétiqaes dans des conditions opposées à l'opportunité de leur action, ils passent comme s'ils n'étaient pas et ne produisait pas leurs effets. C'est ainsi que le vin diurétique de la Charité, celui de Trousseau, dans les conditions que je suppose, ne déterminent pas la diurèse; même ils font Finverse, ils peuvent tarir la sécrétion.
Les vomitiËi présentent ces conditions, ou de tolérance, ou d'intolérance : lorsque vous donnez même des doses faibles d'ipéca dans le but, par exemple, de déterminer toutsimplemrat ime hypercrinie des bronches; eh bien, vous provoquez très Êicilement le vomissement s'il y a préalablement une irritation de la muqueuse gastrique. Dans des conditions inverses, et dans des conditions particulières que nous ne pouvons pas encore bien expliquer, vous donnerez non seulement des doses élevées d'ipéca, mais aussi de tartre stibié qui sont en possession de produire presque constamment des effets émétiques : vous n'aurez rien. Par exemple, rien^ n'est difficile — je ne prendrai pas le fait de fièvre typhoïde advnamique, je prendrai des cas de névroses — comme
516 HABITUDE, ACCOUTLMANCE. |Trente-eUuniéfiie
de faire vomir au milieu d'un accès dedelirium tremens. Je ne vous dirai pas pourquoi, mais le fait existe. Cela rappelle même une habitude qu'ont certains praticiens et à laquelle j'ai moi-même recours dans des conditions délerminûes : celle de donner des préparations alcooliques à haute dose pour arrêter les vomissements opiniâtres.
Abordons maintenant un point qui a son intérêt et qui touche à la question de la tolérance. Je vous disais que, suivant une prédisposition organique qui est irréductible à des conditions physiologiques parfaitement démontrables, il y avait une exagération dans les effets des médicamenls ou au contraire une diminution; que cette diminution ponvail être telle que le médicament paraissait complètement toléré. Il y a d'autres circonstances dans lesquelles, sous l'influenco de celte même prédisposition, ilya des effets médicamenteux inverses de ceux qu'on a en vue et qui sont prévus pour le remède.
Voici par exemple l'opium: vous le savez, c'est en génénil un moyen de diminuer les sécrétions; eh bien, il y a tlc> circonstances dans lesquelles au contraire il les augmente. Dans quelles circonstances? Les voici. Vous avez par exemple un sujet empoisonné par le plomb, qui est atteint de douleurs, de coliques saturnines. Pendant ces douleurs il existe une ischémie profonde de tous les organes abdominaux, telle que le foie est réduit à sa plus simple expression. Eh bien, duos ces conditions-là, cette ischémie est telle que la sécrétion est impossible. Vous donnez de l'opium : non seulement il ciiUm la douleur, mais même il ramène une certaine vascularilé <lans cet appareil, et à la faveur de ce retour du sang ilya un accroissement de sécrétion du mucus intestinal. Voici un individu chez lequel la diurèse est diminuée ou
leçon.) VOMITIFS. 517
même presque supprimée par les elTets d'une diminution d afllux sanguin vers les reins. Vous lui donnez de l'opium: vous faites disparaître cette iscliémie, vous ramenez une irrigation compatible avec une sécrétion active, et ses reins se inettcnt à fonctionner. C'est ce que j'ai vu dernièrement dans une affection du cœur accompagnée d'oligurie. Ce fait est exceptionnel, mais il se montre de temps en temps.