TRENTE-DEUXIÈME LEÇON
intolérance, substances adjuvantes, synergiques, antagonistes, cootrepoisoes. antidotes.
En faisant l'étude des conditions de la tolérance, je m5 faisais implicitement l'histoire deTintoléranco organique. I! suffit en effet de changer le tableau de côté, de prendre la contre-partie des différentes particularités que je vous ai indiquées comme donnant lieu à la tolérance, pourvoir surgir les conditions de l'intolérance.
Lorsque nous étudions les phénomènes d'intolérance, nous voyons que dans certaines conditions du système vasculaire ou neigeux, toute espèce de stimulant devieai alors un irritant véritable ou même un phlogislique il un fébrigène. Ainsi vous verrez des malades qui sont alectés de maladie gastrique, ayant une sorte d'inQaramation, «ne dyspepsie accompagnée dephlogose des premières voie>, qui ne pourront pas introduire, pour ainsi dire, une cuillerée à café d'un vin dépouillé, sans en ressentir une véritable irritation douloureuse, qui les empêche absoluroeni d'user de celte boisson qui pôuiTait les remonter. Eh bien, il y a des conditions analogues pour le système nerveux central ; il y a des sujets chez lesquels il existe une lellf facilité à l'hypérémie de l'encéphale, que la moindre dosede vin suffit à déterminer une céphalée plus ou moins consUfrable avec toutes les conséquences de cet état. Vous voyei
également des sujets chez lesquels la prédisposition à vomir est tellement imminente, qu'elle constitue une imminence
DIGITâLIHE. 519
morbide teile^ qoe vous ne pouvez pas introduire le plus petit stimulant sans que ce soit une cause de vomissements , et même des aliments sans qu'ils soient rejetés à la manière des pois(H)s. Vous voyez enoore ceci : c'est qu'avec certaines conditions d'irritabilité de la peau, tout topique, si doux qu'il soit, détermine de la rougeur, une certaine irritation et un peu d'eczéma. Si le topique est un tant soit peu irritant, non seulement il détermine la rougeur, mais il donnera lieu même à des phlyctènes, à de véritables ampoules, à une inflammation plus ou moins analogue à de la lymphangite.
Chez d'autres sujets, chez qui il existe un accroissement de la force excito-motrice de la moelle, on ne peut rien donner sans déterminer des phénomènes d'excitation du côté de cet organe : certains sujets sont tellement impressionnables à la belladone, qu'avec un milligramme de sulfate neutre d'atropine vous leur donnez de la mydrlase, du délire. l'ai vu des doses pareilles déterminer ces accidents chez la mère d'un de mes anciens camarades , aujourd'hui médecin des hôpitaux. Je vous citais tout à l'heure des faits analogues relativement à la morphine. Il y a des circonstances dans lesquelles on peut se rendre compte des conditions qui favorisent ces effets excessifs. C'est assez facile pour la morphine, mais beaucoup plusdiffîcile pour l'atropine.
Pour la morphine on peut déjà prévoir que les sujets chez qui il existe une tendance hypérémique du côté des centres nerveux, seront exposés aux effets excessifs du côté du système nerveux; et c'est pour cela que chez les enfants les effets sont si considérables, et qu'il faut employer le laudanum avec tant de précautions : c'est parce qu'ils ont déjà une irrigation exagérée de la substance corticale.
620 INTOLÉRANCE. (Trente-deuxième
Je VOUS parlais en dernier lieu de l'influence que la prédisposition organique exerce non seulement sur Tinlensilé ou la Taiblesse des manifestations auxquelles les agents thérapeutiques peuvent donner lieu, et je vous disais que dans certaines circonstances il se produit, soit autre chose que les effets voulus, soit des eflets complètement inattendus.
Ainsi, quand on administre certains agents, tels que la digitaline, à la place de ce ralentissement du pouls, de cette augmentation de tension, de la force de propulsion cardiaque et par conséquent aussi de tous ces phénomènes de retour que présentent les sujets chez qui on amène une modification favorable dans la circulation, on observe parfois rinverse. C'est-à-dire que plus vous insistez sur l'usage de doses même modérées de digitale, plus vous voyez se produire des phénomènes d'asystolie considérables. Qu'est-ce que cela prouve? Cela prouve, ainsi que j'ai essayé de l'établir dans un travail récent, qu'à un certain moment l'asystolie ne consiste pas seulement dans les phénomènes d'ataxie, mais qu'il y a réellement alors une paralysie des différents nerfs — nombreux, vous le savez — qui animent le centre circulatoire. Et à ce moment, si vous intervenez avec la digitale, vous ne faites qu'augmenter l'asystolie, qui est devenue de la cardiaplégie. Je vous parlais des exemples paradoxaux dans lequels ce n'est pas seulement un des phénomènes profondément connus qu'on voit ne pas se produire, mais où ce sont des phénomènes tout à fait inattendus, inverses, en dehors de tout ce qu'on connaît, qui se produisent. Et je vous citais l'opium, qui est évidemment un hypocrinique et qui, dans certains cas, est un moyen d'augmenter la sécrétion intestinale, par exemple dans la colique sèche, où c'est un moven de calmer la douleur et
leçon.) SUBSTANCES SYNERGIQUES. 521
aussi de favoriser le retour des sécrétions intestinales, et même des sécrétions des glandes annexées au tube digestif, c'est-à-dire du foie. Je vous ai expliqué ce mécanisme.
Il y a quelque chose de tout aussi paradoxal qu'on peut observer avec les purgatifs. Lorsque vous avez jugé chez un malade qu'il y a nécessité de purger énergiquement, vous vous adressez d'emblée aux purgatifs drastiques. Eh bien, il y a des cas dans lesquels, si l'irritabilité est grande, vous arrivez non seulement à ne pas produire les effets purgatifs désirés, mais où vous faites l'inverse : vous augmentez la constipation. Si au contraire vous venez à prescrire des purgatifs excessivement doux, de l'huile de ricin, des pui^atifs salins sous forme d'eaux minérales amères ou de solutions de sulfate de soude, vous obtenez des résultats considérables. Que s'est-il passé? C'est que dans ces cas il y avait une telle irritabilité que, sous Tinflucnce du drastique, c'est la phlogose que vous avez provoquée et non pas seulement une petite irritation. Et vous le savez, toutes les fois qu'une inflammation est intense, non seulement il n'y a pas accroissement de sécrétion, mais il y a sécheresse. Vous n'avez qu'à voir un œil extrêmement enflammé: il est sec. Vous n'avez qu'avoir les sujets qui après un refroidissement ont une grippe: ils commencent par avoir une grande ardeur de poitrine et une sécheresse absolue. Le jour où il commence à se produire une sécrétion, un catharre bronchique, ce jour-là l'inflammation est déjà diminuée. Ces phénomènes vous rendent comptent de ce que font les drastiques eux-mêmes.
De l'ensemble des faits que j'ai passés en revue devant vous dans ces deux leçons, on peut dégager la règle suivante : c'est que les effets des substances médicamentetises sont
aSS IIITOLÊRAHCK. fTrente-deuièK
d'atUant plus intenses que V économie était déjà démeim le sens vers lequel la substance médicamenieuse pousse torganisme, et que les effets sont d'auiant moindreSjetpwreMséquent, ce qui revient au même^ la tolérance est i'aulanl plus grande que Véconomie s'est plus déviée dans un m^ opposé à celui vers lequel la pousserait la substance médir camenteuse. En d'autres termes, si vous avez un sujet eo voie d'ischémie et si vous introduisez des substaooes capables de déterminer des hypérémies, de la phlofçose, il résistera à l'action des médiacments. Si au contraire il était dans des <K)nditions déjà semblables à celles où le placerait la substance médicamenteuse alors l'action du médieamentest énorme, e! les phénomènes toxiques se produisent avec u extrême fKilité.
Mais ces déviations, ces prédispositions organiques oiide^ origines très diverses. On peut être dans des conditions d*iv chémie ou d'anémie, on peut être dans des conditions favorables à la phlogose, à l'hypérémie, ou par saite de dispo^itions naturelles, comme chez les sujets qui ont une tendance ^congestive — et il y a un jour où elle se manifeste d'une manière bruyante — ou bien on peut être arrivé à ces déviations en veilu de conditions tout à fait artificielies, etct* sont des médicaments, des substances toxiques, des conditions de milieu qui out produit ces déviations.
Et alors ici nous nous trouvons en présence de ce qu'on appelle la synergie des substances on biea leur antagonisme. C'est-à-dire que nous avons ^S^^^ à des circonstances dans lesquelles il y a, pour ainsi dire. une maladie artificielle déterminée par une substance 0)e« dicamenteuse antérieure, et qui vient ou aider, ou cod tcecarrer la maladie principale, déterminée par oo^ autre substance médicamenteuse. Ici nous n'avons phs
Uçêm4 COEEKCTIFS. 523
une distinction si formelle enlre Tinfluence des médicaments ou du sujet, parce que, vous le verrez, elles se mêlent constamment. Néanmoins je dois vous résumer Thisloire de Tantagonisme d'une manière assez complète, parce qu'elle est indispensable d'une part à Tait de formuler et d'autre part à rintelligence des phénomènes qui ont lien lorsque vous administrez des antidotes ou bien lorsque vous faites entrer dans une même formule des substances antagonistes. J'arrive donc à vous parler d'abord du mode d'action des substances adjuvantes, ou des substances synergiques par rapport aux substances principales que vous décidez d'employer. Il y a ici des modes d'action très divers et que vous connaissez déjà par avance, parce qu'ils se retrouvent constamment lorsque Ton étudie l'histoire des médicaments. D est des substances accessoires, secondaires, qui jouent le rôle d'adjuvants chimiques. Ces substances servent par exemple à aider la dissolution, la transformation, la métamorphose chimique de la substance destinée à l'absorption, et par conséquent à favoriser l'absorption. Je n'ai qu'un mot à dire, puisque vous connaissez ces faits. Les acides servent à favoriser la dissolution des bases, et réciproquement les bases, celle des acides. Les chlorures des premières sections sont des dissolvants, pour ceux des dernières je n'ai pas besoin de m'étendre. En second lieu il y a^ de la part des substances accessoires et qui jouent le rôle d'adjuvants, cet effet d'empêcher l'action topique de dépasser une certaine mesure, et par conséquent d'empêcher par là une diffusion de la substance. Vous le savez, je vous l'ai expliqué déjà : quand l'action topique est très irritante, quand 41 en résulte une hypercrinie, une phiogose, l'absorption se :fait mal. Par conséquent, nousavonsdans un certain nombre
524 INTOLÉRANCE. [Trente-deuxièaie
de cas intérêt à réduire ces effels topiques pour favoriser l'absorption.
Pour empêcher cette action topique, il y a un certain nombre de moyens qui sont mis en usage. Ainsi des moyens mécaniques : la substance est enrobée dans une poudre inerte, elle est recouverte d'une matière raucilagineuse, elle est enrobée dans la gomme, qui empêche que la substance active ne se mette enconlact, en trop grande quantité à la fois, avec la muqueuse stomacale et produire des effels topiques exagérés. Dans d'autres cas la substance adjuvante ouïe correctif constitue une combinaisonqui rend la substance principale moins irritante. C'est ainsi, par exemple, que l'aloès et la scammonée, se combinant avec le savon médicinal, partagent la base avec celte sorte d'acide, el qu'il en résulte une substance dont les affinités sont partiellement satisfaites et qui est moins irritante pour lamuqueu'^e sur laquelle elle est appliquée. 11 y a d'autres substances qui sont destinéesà diminuer la douleur, par conséquent Tirrilalion topique, et à diminuer certains phénomènes, coranie par exemple Taclion de vomir, qui survient très souvent i l'occasion de l'introduction des médicaments. Ce sont là les correctifs par excellence. Ces substances sont très nombreuses. Vous employez quelquefois des perles d'éthcr que vous administrez avant le médicament capable de produire des douleurs d'estomac, plus souvent quelques gouttes de laudanum ; d'autres fois une pilule composée, dans laquelle vous ferez entrer des substances narcotiques, dont les effets se combineront avec ceux du médicament lui-même. Dans un certain nombre de cas vous donnez aussi des boissons gazeuses ou bien des eaux minérales naturelles qui renferment des gaz, et elles sont de nature à empêcher le
Icçon.l CORPS VECTEURS. 525
vomissement chez les sujets prédisposés. Il y a des correctifs qui sont très fréquemment employés, qui se trouvent dans toutes les vieilles formules et qui sont un peu trop négligés aujourd'hui. L'empirisme a montré que les substances aromatiques sont éminemment bonnes pour faire passer un grand nombre de substances actives; que la saveur de la teinture de canelle, du gingembre, de la teinture de cardamome sont excellentes. Lorsque vous donnerez, je suppose, des préparations de colchique, si vous avez intérêt à faire que ces préparations soient absorbées, ne manquez jamais de les associer à des préparations du genre de celles dont je vous parle, qui empêchent ces substances de produire un effet topique sur Testomac, c'est-à-dire la nausée, le vomissement, et quelquefois aussi sur le tube digestif, c'est-à-dire la diarrhée. Ces correctifs, je le répète, sont véritablement très utiles dans un grand noml)re de cas. Il y a aussi des substances qui doublent l'action de la substance principale en ouvrant pour ainsi dire les voies. Ainsi, si vous voulez faire suer à l'aide des substances aromatiques combinées par exemple à de l'acétate d'ammoniaque, il est bon d'associer l'opium à ces substances ; il est même bon dans certains cas d'y associer l'ipéca. Pourquoi? Vous direz que l'opium est déjà diaphorétique et passe en parlieparlapeau,etqu'ildéterminemêmedes éruptions; mais ce n'est pas un diaphorétique très puissant: les préparations ammoniacales certainement sont plusénergiques que l'opium. Eh bien, quand vous voulez faire suer autant que possible avec les anciens moyens de la matière médicale, il sera bon de combiner l'action de ces diaphorétiques à celle de l'opium et de l'ipéca, car l'opium tend à relâcher les vaisseaux de la peau, enlumine le visage, donne un aspect ébrieux aux
SM IRTOLÉRARCE. ITreote-detuoèii»
personnes qui en prenoeal de petites quantités, et par conséquent il tend à pousser à la peau.
L'ipéca fail quelque chose d'analogue par un mécanisme très différent. Employé à petite dose, comme dans la poudre de Dower, pai' cet état de nausée dans lequel il met les sujets, il donne lieu à une tendance sudorale que tout le monde a remarquée: tous ceux qui sont dans un état de nausée ont la sueur qui leur perle sur le tronc, en même temps il se fait une hypercrinie de toutes les substances confiées à la circulation ; aussi Tassociation de ces substances est-elle utile pour favoriser la sudation.
La digitale produira des effets tout contraires : avec la tension qu'elle détermine» avec la propulsion cardiaque plus énergique, elle tendra à déterminer la diurèse aqueuse et elle la détermine par elle-même sans aucune autre substance. Mais si vous voulez faire passer par les reins uoe grande quantité de substance chargée de modifier la muqueuse vésicale, vous pourrez ajouter la digitale et vous obtiendrez une diurèse plus considérable, tandis que si vous associez de Topium il en passera davantage par la voie cutanée.
Voici encore une autre modification de cette action dirigeante que présentent un certain nombre de substances vis-à-vis des substances principales. Je vous ai parlé déji de ce que j'appelle les corps vecteurs^ qui semblent dans certains cas mettre leur veto pour empêcher le passage et qui dans d'autres semblent entraîner les substances vers une voie qu'elles ne suivent jamais. Je vous ai indiqué le camphre, qui semble empêcher le passage de la cantharidine par les reins ; je vous ai cité aussi l'iode, qui, combinéaufer, force le fer à passer par les glandes salivaires, quand jamais
Itçom] MÊDICAHIRTS ASSOCIÉS. 521
il ne suit celte yole en dehors de ces conditions particnUères dont il s'agit. Yons ne Toyez pas cela avec le sulEatte, le lac* tate ou le carbonate de fer. Voici une autre circonstance encore où des substances secondaires, accessoires, peuveni Tenir ajouter quelque chose aux effets de la substance principale : c'est lorsque ces substances, tout en ayant une activité moindre que la substance priBcipale, agissent exactement dans le même sens, sont de Téritables syner^ giques et peuvent être considérées comme des succédantes d e fat substance principale.
Les amers nous en offrent un exemple. C'est une chose remarquable de voir que les amers, quelle qu'en soit l'origine, exercent une action toujours la même, à l'intensité près. On peut dire que raction est identique, et tellement identique que, lorsque vous laites agir une solution un peu concentrée de principes amers, par exemple du quassia amara, et lorsque vous introdaissex cette solution cencentrée sous la peau d'une grenouille, vous déterminez du tétanos, exactement comme avec la strychnine. Des faits analogues sont observés avec les autres amers, en sorte qu'il semble qu'il y ait là tout simplement une courbe décroissante depuis l'amer principal, c'est-à-dire la strychnine, jusqu'aux amers fournis par les plantes indigènes, et qui ne diffèrent que par l'intensité de leurs effets. Il est dair que si vous associez ces différentes substances les effets s'ajoutent et qu'on obtient une préparation complexe qui est très active.
Les émétiqnes sont eux-mêmes dans le même cas. Ils se partagent, comme vous le savez, en deux catégories. Ceux qui font vomir en agissant sur la périphérie, et ceux qui au contraire agissent sur le bulbe ; ceux qui agissent à la
5S8 INTOLÉRANCE. ITrcnle-^euxicise
manière de rembarras gastrique cl ceux qui agissent à la manière de la méningite. Ces émétiques peuvent s'associer par catégories. Uien n'est plus commun que de voir donner I^^SO d'ipéca et 50 centigrammes de ttirtre stibié. Celle association est très heureuse, et fait plus sûrement vomir qu'avec chacun d'eux séparément. Seulement, on pourrait de même associer les dillérents émétiques qui agissent sur le bulbe. Les purgatifs exosmotiques, qui sonl plutôt des purgatifs diacriniques, se prêtent, vous le savez, un mutuel secours; ils sonl presque toujours associés dans les formules que nous prescrivons ou bien dans la nature, comme dans les eaux niinérales amères, qui toutes ont à peu près la môme composition, venant d'ailleurs des mêmes terrains.
Il y a aussi une autre circonstance dans laquelle on voit s'ajouter un effet auxiliaire aux effets principaux, c'est lorsque nous associons par exemple des stupétiants qui n'ont pas une manière d'agir semblable, mais qui n'en ont pas moins au fond des manières analogues d'action. Les uns se portant sur une division, les autres sur une autre du système nerveux. Voici par exemple des formules dans lesquelles on met de la belladone, de l'opium, de l'éther et de l'eau de laurier-cerise : eh bien, ces substances, qui portent leurs elTels sur des divisions distinctes du système nerveux, associées, produisent des effets qui vont dans le môme sens, se prêtent mutuellement secours. L'opium agit de préférence sur les hémisphères cérébraux, la belladone produit des effets plus notables du côté de l'appareil visuel et prédispose aussi an sommeil, l'éther est un moyen de diminuer la sensibilité générale, l'eau de laurier-cerise exerce son influence sur l'hématose. Eh bien, par celte combinaison de moyens on arrive
leçon.] MÉDICAMENTS ASSOCIÉS. 529
à calmer plus facilement un sujet que si Ton employait un seul de ces agents. Voilà donc un cas dans lequel des substances qui agissent d'une manière diflérenle sont complémentaires.
Vous trouvez encore la même chose dans ce qu'on appelle les purgatifs complets. 11 y a des purgatifs qui agissent sur la contractilité intestinale, il y en a d'autres qui agissent en irritant la muqueuse et qui augmentent sa sécrétion, il y en a d'autres qui agissent comme irritants du foie et qui par conséquent produisent des effets d'hypercrinie hépatique. Vous pouvez réunir tout cela à des substances qui agissent surtout comme exosmotiques, avec la réserve — que je fais toujours — que ce n'est pas un phénomène purement physique, mais qu'il y a là l'intervention active d'un organe sécréteur. Si vous associez cela, vous faites un purgatif complet, comme la médecine fioire du Codex, qui agit souvent beaucoup mieux qu'un purgatif simple qui demanderait des doses beaucoup plus considérables. Et cette association des trois espèces de purgatifs donne des résultats plus certains et obtenus plus facilement, à moins de frais, que ne le ferait un drastique très énergique, mais qui n'agirait que d'une seule façon.
Il en est de même pour les diurétiques. Dans le diurétique amer de la Charité il y a une association de substances qui donne des résultats excellents. De même, dans le vin diurétique de Trousseau il y a une grande quantité de substances qui se prêtent mutuellement secours et qui donnent des résultats plus considérables qu'une seule substance diurétique.
Il y a enfin des cas dans lesquels les substances qu'on associe portent leurs effets chacune sur un appareil, sur un
GUBLER, Thérapeulique.
530 INTOLÉRANCH:. (TrenUnleaxidtt
émonctoire particulier, où chacune agit à sa manière. Mai> de l'ensemble de ces actions il résulte des effets thérapeutiques considérables.
Voici par exemple un cas de cachexie avec hydropide: nous donnons des toniques pour relever les forces el rendre le malade plus impressionnable à l'action des remèdes; alors on peut donner des purgatifs, des diurétique» qui produisent l'exonération de cette substance en réserve dan? le tissu cellulaire et dans les cavités séreuses.
Voici encore des cas de diathèse darlreuse : nous doj)oon5. je suppose, l'arsenic, si c'est le médicament ce qui paraii préférable; mais en même temps nous donnons aussi d( s moyens très variés d'agir, et sur la peau, et sur le tube digestif, pour produire de ce côté une révulsion plus ou nioiib intense.
Voici encore un syphilitique : en même temps que doq? donnons une substance propre à faire disparaître les manifestations, nous donnons aussi des toniques pour empècliet le malade de fléchir sous le coup des effets du virus.
Dans la méningite nous donnons du bromure de poUr sium, du calomel qui est un moyen d'agir comme aniiplastique; mais en même temps nous produisons uo appt:! irritatif du côté des extrémités, nous mettons soit des sioapismes, soit des vésicatoires. Eh bien, tous ces moyens concourent à un même but. Ces substances ne sont i^^ véritablement des synergiques : elles ne le deviennent ?« «^
la condition que nous comprenions que l'organisme repa" sente une véritable unité; en raison de la solidarité o*'organes nous obtenons des effets révulsifs, parce que 1^' liens sympathiques qui existent entre les différents app:^' reils font que l'action que l'on exerce sur l'un, relent''
leçon.) ANTAGONISTES. 531
sur Tautre, et comme il semble que nous n'ayoos à un moment donné qu'une certaine quantité de force, quand on vient à produire une révulsion, une dérivation , une irritation secrétoire très forte, dans ces conditions-là on dépouille l'économie et on empêche que le travail qui se passait d'un autre côté n'ait à sa disposition le^ matériaux nécessaires pour qu'il se développe : c'est une manière de comprendre la révulsion.
De même qu'il y a des circonstances dans lesquelles les substances médicamenteuses accessoires viennent prêter sefM)urs aux principales par les différents procédés que je viens d^indiquer, de même, dans d'autres cas, il y a des substances médicamenteuses qui viennent mettre obstacle à la réalisation des effets des substances principales. Ce sont ce qu'on appelle les anLigonisles ; ils se distinguent en antagonistes chimiques et antagonistes pharmacodynamiques. Les antagonistes cliimiques sont les seuls qui aient été connus de nos devanciers. Autrefois on ne connaissait que ce qu'on appelle aujourd'hui des contrepoisons. Aujourd'hui, les acquisitions récentes de la science nous ont montré au contraire l'importance considérable de l'action antagoniste des substances dans l'action pharmacodynamique. Et de là est né ce qu'on appelle l'antagonisme thérapeutique, que j'ai pvoposé d'appeler l'antidotisme parce que l'autre mot existe déjà en pathologie.
Il y a donc des antagonistes chimiques et des antagonistes pharmacodynamiques.
Le nombre des cas dans lesquels les antagonistes chimiques se montrent est très considérable. Par exemple, nous jetons dans l'estomac quelque chose qui est dcsitné à agir par ses qualités d'alcali : il rencontre de l'acide
532 INTOLËRANCE. ITrente-deuxième
chlorhydrique : il devient un sel. Dans d*autres cas nous donnons de Tacide phosphorique, il rencontre dans restomac des substances alcalines, il s'y combine, et alors les urines ne révèlent presque rien. Dans d'autres cas ce sont des substances qui, sous la forme do sels solubles, sont introduites dans les premières voies et qui rencontrent du chlorure de sodium, de façon à former un sel insoluble. De même le larlre stibié peut être détruit, ainsi que les alcaloïdes. Par conséquent, voilà une foule de circonstances dans lesquelles Faction des médicaments est empêchée.
Mais l'antagonisme dynamique, Tantidotisme réel est bien autrement intéressant. Sans doute on a bien exagéré la valeur antagonistique d'un certain nombre de substances, et il règne à cet égard beaucoup d'erreurs. Néanmoins, l'antagonisme thérapeutique est très fréquent, mais pas avec la valeur qu'on lui accorde en général. On peut dire qu'il n'y a presque pas un cas dans lequel deux substances jouant des rôles différents peuvent s'opposer immédiatement, de manière à neutraliser leurs effets d'une façon régulière.
Il y a peut-être une exception : le cas de l'ésérine el de l'atropine. On savait, dès le début de l'apparition de la fève de Calabar, que c'était un myosique par excellence. on a dû comprendre tout de suite qu'elle était l'opposé de la belladone. Mais on a recherché plus lard les conditions dans lesquelles se produisait cet antagonisme, ^t des expériences presque simultanées ont été faites en Fvtinci par Bourneville et en Angleterre par Fraser. Il en est résulté ce fait, que pour ces deux substances l'antagonisme esi presque parfait. Voyez en effet ce qui se passe.
Voici l'atropine : comme vous le savez, elle diminue le? forces de la paire vague; au contraire l'ésérine augmente sa
leçon.] ANTAGONISTES. 535
puissance. En d'autres termes, Tésériae diminue le nombre des battements du cœur, et au contraire Tatropine les augmente singulièrement. L'ésérine augmente la tension, l'atropine la diminue.
Ce sont là des choses corrélatives d'ailleurs. Vous savez que, d'après Marey, la tension est diminuée quand le nombre des pulsations est augmenté.
L'ésérine augmente la sécrétion des glandes salivaires, lacrymales, intestinales et rénales. Eh bien, l'atropine diminue toutes ces sécrétions. L'atropine diminue la contractilité des artères, et l'ésérine celle des veines. L'alropine produit la mydriase, et Tésérine le myosisme. Par conséquent on peut dire que l'opposition existe sur tous les points.
Malgré cela, il y a des circonstances qui vous montrent que cet antagonisme n'est pas aussi absolu qu'on pourrait le croire et qu'il ne s'établit pas dans des proportions équivalentes sur tous les points. Il n'est pas aussi absolu, attendu que si l'ésérine diminue la contractilité des veines souvent, dans un certain nombre de cas elle l'augmente, lorsqu'elle est donnée à petites doses. D'un autre côté, si vous considérez le myosisme déterminé par l'ésérine comparé à la mydriase de l'atropine, les deux substances ne se font pas équilibre. Le myosisme est plus faible que la mydriase, si bien que cette dernière lui survit. Par conséquent, vous pouvez en conclure que les deux substances ne pourraient pas se servir réciproquement d'antidote. Ce qui n'est pas obtenu dans ce cas parfait, à plus forte raison vous ne l'aurez pas dans d'autres, comme par exemple lorsqu'il s'agit de la belladone comparée à l'opium.