VINGT-SIXIÈME LEÇON
Elimination des médicaments.
Variabilité de séjour des diverses substances dans l’organisme, causes de
cette variabilité, rapidité variable d’élimination, choix d’élimination fait
par les médicaments.
Messieurs,
Il n’est pas facile de comprendre pourquoi les différentes substances demeurent si longtemps dans l’économie. Il y a cependant un certain nombre de circonstances à invoquer pour expliquer ce séjour.
D’abord il est évident que plus la substance pénètre profondément dans F organisme, plus son séjour se prolongera. Si c’est une substance volatile, s’adressant aux globules, il est clair que l’échange incessant des gaz dans l'intérieur de l’organisme va faire que ces substances vont se séparer assez rapidement et par conséquent disparaître de l’économie.
C’est ce qui arrive en général, même pour l’oxyde de carbone, à moins qu’il ne tue. Quand sa proportion est assez faible, au bout d’un certain nombre d’heures, dans une atmosphère renouvelée, les phénomènes dus à son introduction se dissipent.
Si, au contraire, les substances s’introduisent dans les interstices organiques sans prendre part à la formation des tissus, elles sont encore très sujettes à être reprises par le travail d’absorption, et elles disparaissent assez vite.
Celles qui restent plus longtemps sont, celles qui pénètrent dans les éléments histologiques eux-mêmes, c’est-à-
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dire dans la substance fondamentale de ces élémenls. Dans ces conditions-là, la durée du séjour est beaucoup plus considérable.
A quoi tient cette durée de séjour dans ce dernier cas? Gela tient-il à la longévité des éléments histologiques? Il est difficile d'être fixé à cet égard. Nous savons que certains élé ments ne résistent pas longtemps. On voit chez le fœtus les globules, qui étaient en proportion considérable, disparaître très rapidement. C’est une affaire de 48 heures pour voir les chiffres s’abaisser de 900000 à 600000. Je sais bien que là ce sont des conditions différentes de l’état normal, mais enfin nous savons d’autre part que les globules ne vivent pas très longtemps.
Mais évidemment les éléments histologiques solides doivent vivre beaucoup plus longtemps, et il est infiniment probable que c’est là une des conditions qui font que les substances médicamenteuses ou toxiques font un séjour si long dans l’économie.
Il est très probable aussi que le degré de solubilité ou d’insolubilité d’une substance a une influence marquée sur la prolongation de son séjour.
Nous venons de voir que les substances métalliques ont un séjour presque infini. Ainsi les gens qui sont soumis au nitrate d’argent ne blanchissent jamais, et vivent souvent des lustres en conservant la même coloration. Vous n’avez qu’à prendre un intermédiaire entre cet état d’insolubilité absolue et l’état de solubilité très grande : si vous avez une demi-solubilité, il est clair que vous avez une difficulté assez grande au retour de la matière dans la circulation. C’est probablement ainsi qu’agit l’iodure de potassium, qui a été recommandé par Natalis Guillot
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et Melsens, pour ramener dans la circulation une proportion énorme d’arsenic alors que depuis plusieurs jours cette substance avait disparu des émonctoires. Probablement il favorise la solubilité du produit arsenical, qui peut alors être éliminé.
Cependant il y a une autre manière d’interpréter les phénomènes : l’iodure de potassium jouit de la propriété remarquable de favoriser le mouvement de dénutrition, de diminuer les engorgements, d’empêcher les hypertrophies, de réduire les hyperplasies. C’est ainsi que l’iodure de potassium rend de si grands services dans toutes les affections hyperplasiques et dans l’affection hyperplasique par excellence, c’est-àdire dans la syphilis à la troisième période. J’ai pensé que l’iodure de potassium, servant à désintégrer les substances médicamenteuses, devait être considéré comme activant la dénutrition, favorisant le tourbillon nutritif et rendant disponibles les déchets de la nutrition des éléments histologiques, c’est-à-dire les substances régressives que vous connaissez, aux dépens desquelles se produisent l’acide urique et l’urée, et, en même temps, les matières minérales qui en ont fait partie pendant un temps plus ou moins long.
Il y a donc une manière physiologique et une manière chimique d’interpréter cette action de l’iodure de potassium ; mais je vous les propose l’une et l’autre avec toutes sortes de réserves, attendu qu’il n’y a pas moyen de fonder l’une ou l’autre de ces manières de voir sur des bases expérimentales. Ce que N. Guillot et Melsens ont vu, c’est ce que tout le monde voit : la réintroduction dans les voies d’élimination des médicaments; mais il y a deux interprétations possibles : celle qu’ils ont donnée, et celle que je vous propose.
Maintenant, il y a un autre point de vue que nous devons examiner. Nous venons de parler de la durée du séjour; il
leçon. J
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y a aussi à se demander pourquoi les substances apparaissent les unes si rapidement dans les émonctoires, es autres si tardivement.
Comment arrive-t-il qu’une substance livrée à l’absorption dans la vessie ou l’estomac apparaisse quelquefois au bout de trois minutes dans la salive ou dans l’urine, tandis qu’une autre mettra un temps très long, comme un jour ou 48 heures avant de se montrer. Cette précocité ou celte lenteur d’apparition des substances médicamenteuses tient à plusieurs circonstances. D’abord le siège même du séjour n’est pas sans influence. Il est clair que si une substance doit accomplir sa destinée seulement dans l’intérieur des éléments histologiques et pénétrer dans ces éléments, elle ne pourra apparaître qu’au bout d’un temps assez long. Mais quand les substances s’arrêtent pour ainsi dire à l’entrée, quand elles ne font que circuler ou pénétrer dans les mailles du tissu cellulaire ou des interstices cellulaires des tissus, alors on comprend moins facilement pourquoi les unes apparaissent si vite et les autres d’une manière relativement si lente.
Il y a deux causes principales qui gouvernent ces phénomènes de précocité ou de lenteur d’apparition : la première de ces causes, c’est la tolérance que présente l’organisme pour la substance, et la seconde, c’est la quantité de cette substance présente à la fois dans l’organisme.
La tolérance est en rapport avec la nature de la substance, et nous allons nous expliquer là-dessus. Ce n’est pas de sa nature minérale ou végétale qu’il s’agit; c’est de sa nature homogène ou hétérogène par rapport à l’organisme. Ainsi Fourcroy, le premier, a dit (je pense que c’est le premier, car cela remonte assez loin pour qu’on le suppose)
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que les sels à base de soude doivent être mieux acceptés par l’organisme, parce qu’ils sont partout en grande abondance. J’ai moi-même écrit (je demande la permission de me citer, cela remonte assez loin pour que ce soit de l’histoire) : « On peut poser, en règle générale, que les médicamenls sont rejetés avec d’autant plus de rapidité, qu’ils s’éloignent davantage des principes constituants de l’organisme. Ainsi les sels de potasse, plus hétérogènes dans le sang, sont bien moins tolérés que ceux de soude, qui sont plus tôt rejetés au dehors l. » Cela est d’une netteté absolue. Ce que j écrivais à cette époque s’est trouvé vérifié d’une manière admirable et des expériences sur les animaux, comme des observations sur les hommes, sontvenues démontrer la vérité de cette proposition. Ainsi, notre grand physiologiste Cl. Bernard a fait voir que les sels de soude sont infiniment mieux tolérés que les sels de potasse. Et ces expériences, reprises par un grand nombre de physiologistes et de chimistes, ont fait voir que c’était là un fait général s’appliquant aux sels de soude, chez toutes les espèces animales sur lesquelles se pratiquent les expériences de laboratoire.
Ce même fait de toxicité des sels de potasse a été mis en évidence par différents chimistes, et Guldmann a de plus montré que les sels de potasse ralentissent et affaiblissent progressivement les contractions cardiaques. C’est pour cela que l'on a dit qu’ils étaient des poisons musculaires.
Mais c’est là une manière d’exprimer le fait sans l’interpréter. Il faut savoir pourquoi il en est ainsi. Eh bien, c’est parce qu’il y a de la potasse dans les muscles et qu’ils la font converger de leur côté. Elle finit par s’y trouver en quan-
1. Gubler, Commentaires thérapeutiques du Codex, 2e édition; Paris, 1874.
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tité si considérable, qu’il en résulte une véritable surcharge s’opposant à la nutrition et à la dénutrition régulières des muscles.
Les mêmes faits peuvent être vus pour d’autres substances ; c’est ainsi que les chlorures sont mieux tolérés que les bromures, et ceux-ci que les iodures. C’est toujours pour la même raison : il y a du chlorure de sodium en abondance dans l’organisme; au contraire, le brome n’y existe point, ou guères; il en est de même de l’iode. Je ne dis pas qu’il soit impossible de trouver ces corps élémentaires dans l’organisme animal, et certainement on en trouverait d’autan^ plus qu’on ferait usage de végétaux qui en contiendraient davantage, caries minéraux de l’organisme n’expriment pas autre chose que sa manière de se nourrir. Je suis convaincu que si, dans une planète, il y avait du manganèse et des habitants, ceux-ci renfermeraient plus de manganèse que de fer; or dans la nôtre on trouve du fer : les sels de fer sont donc mieux tolérés que les sels de cuivre. Maintenant il y a un fait bien autrement curieux et intéressant pour le physiologiste et le thérapeutiste, c’est que la glycose urinaire est bien mieux tolérée que le sucre de raisin. 11 y a làdessus des expériences très instructives et qui ouvrent la voie à beaucoup d’autres études, relativement à Faction des médicaments et des poisons, relativement aussi à la manière dont on doit en comprendre l’étude au point de vue chimique.
Ainsi ces deux sucres : sucre de raisin et sucre de diabète, sont identiques pour les chimistes; ils sont constitués par du carbone et de l’hydrogène dans les mêmes proportions. Eh bien, tandis que Cl. Bernard, injectant du sucre de diabète chez un chien de haute taille et observant ce qui se passait du
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côté des voies urinaires, ne vit rien apparaître dans l’urine, au contraire, lorsqu’il injecta 20 grammes de sucre de raisin à ce même chien, il le vit instantanément devenir diabétique, en ce sens qu’il y avait du sucre dans l’urine. Cette expérience a été répétée, variée, et a toujours donné le même résultat. Il est évident que le sucre de diabète est pour ainsi dire toléré comme un élément normal, tandis que le sucre de raisin est un corps étranger. Vous voyez que la tolérance ou l’intolérance pour une substance s’expliquent par l’homogénéité ou l’hétérogénéité vis-à-vis de l’organisme qui reçoit cette substance.
Comment s’explique cette élimination plus ou moins rapide, à part les influences qui sont analogues à celles qui régissent la durée du séjour? Voici les phénomènes élémentaires auxquels se réduisent les modifications offertes par les différentes substances. Les faits sont de trois ordres.
Il y a, comme vous venez de le voir, absence de la substance introduite dans l’organisme dans les sécrétions, ou, au contraire, il y a apparition. Ce sont là deux phénomènes absolument opposés qui se montrent souvent quand la tolérance est extrême, ou que l’intolérance est très forte.
Ou bien il y a simplement apparition plus ou moins rapide de la substance. Ainsi, tantôt la substance manque, elle est à l’état latent, larvé, dans l’économie : rien dans les sécrétions, aucune modification ne la révèle; ou bien elle apparaît, et alors plus ou moins rapidement. Et, outre qu’elle apparaît plus ou moins rapidement, elle exerce aussi sur les organes sécréteurs une excitation plus ou moins vive.
Voilà un autre phénomène qui se montre dans les conditions dont il s’agit : c’est une excitation plus ou moins vive d’un organe sécréteur, qui se traduit par hypérémie,
leçon.)
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par hypersécrétion. En d’autres termes, les substances introduites dans l’économie, éliminées, peuvent déterminer, ou une sécrétion très exagérée, ou, au contraire, ne produire presque aucun effet sur la sécrétion de l’organe.
Troisième phénomène : l’élimination se fait dans un temps plus ou moins court.
Je vais vous donner des exemples de ces différents cas.
Pour ce qui est de la non-apparition ou de l’apparitiôn rapide, je vous ai parlé du sucre de diabète ou de raisin, substances en apparence semblables et en réalité fort différentes pour un organisme vivant, c’est-à-dire que, malgré leur même composition, elles ont une dynamisation différente.
Yoici des exemples de rapidité plus ou moins grande d’apparition dans les sécrétions : il y a des corps qui apparaissent au bout de trois ou quatre minutes, tels que l’iodure de potassium. Ainsi, dans des expériences faites sur la vessie, non pas saine, parce qu’alors elle n’absorbe pas, mais en mauvais état, ayant des ulcérations, étant par conséquent dans d’excellentes conditions pour absorber, dans les expériences de Ségalas, de Demarquay, on a vu l’iodure de potassium, injecté dans la vessie, apparaître au bout de trois minutes dans la salive. Par conséquent, si vous tenez compte de cette nécessité qu’il faut une minute pour qu’une molécule parcoure le cercle circulatoire, vous voyez que l’absorption s’est effectuée avec une extrême rapidité. Quatre, cinq minutes, c’est un délai qu'il n’est pas très rare de rencontrer, même quand on introduit la substance dans l’estomac.
Le bromure de potassium s’élimine déjà un peu moins rapidement, 10, 12, 15 minutes. Et remarquez que ce sont
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deux sels bien semblables; mais ils diffèrent entre eux non pas par leurs facultés dialysables, non pas par leur constitution— c’est toujours du potassium et un métalloïde; il y en a un qui est plus hétérogène que l’autre.
Le chlorate de potasse s’élimine avec plus de lenteur que le bromure de potassium, cependant il faut dire que ce n’est pas constant ; souvent celui-ci est plus lent.
Maintenant, les sels correspondants, à base de soude, s’éliminent d’une manière notablement plus lente. Ainsi, si vous prenez l’iodure de sodium, le bromure de sodium, ils s’éliminent dans un délai double de celui de l’iodure de potassium. Il en est de même pour le carbonate de soude comparé au carbonate de potasse.
Il y a tout de suite des conséquences pratiques à déduire de ces faits. Si vous voulez exercer une action topique sur ies émonctoires,à quoi aurez-vous recours? A des sels de soude ou de potasse? à une substance voisine de celles qui sont normales dans l’économie, ou différente? Vous aurez évidemment recours à une substance hétérogène, et par conséquent aux sels de potasse, si vous avez à faire choix entre les sels de potasse ou de soude. En effet, voyez ce qui se passe pour les diurétiques : nitrate de potasse, silicate de potasse; le bromure de potassium lui-même est un diurétique que j’ai utilisé dans l’oxymel diurétique de Beaujon et qui est destiné à une certaine catégorie de sujets, chez qui les reins sont irritables. Ces sels de potasse sont plus diurétiques que les sels de soude correspondants.
On a employé le nitrate de soude, l’acétate de soude; ce seraient là des diurétiques à bon marché, mais ils ne valent pas le nitrate de potasse. Voici le bicarbonate de potasse comparé au bicarbonate de soude : le premier est bien
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diurétique. Si vous prenez même des eaux qui renferment une proportion considérable de carbonate de soude avec peu de potasse, elles seront plus diurétiques que d’autres qui renfermeront la somme des deux sels, mais surtout du bicarbonate de soude. Si, par exemple, vous prenez de l’eau de Vais, renfermant 5 ou 6 grammes de bicarbonate de soude, elle sera moins diurétique que l’eau de Vichy, qui renferme 5 ou 6 grammes de bicarbonate de soude et 0§r,50 de bicarbonate de potasse. Si vous voulez alcaliniser rapidement les urines, c’est à un sel de potasse que vous donnerez la préférence, parce que ce qui fait que le sel passe plus vite, excite davantage la sécrétion urinaire, fait aussi que ce sel se trouve à la fois en plus grande quantité dans l’organe qui élimine, et par conséquent dans les urines. C’est donc un moyen d’alcaliniser les urines.
Quelque chose d’analogue peut être dit du chlorate de potasse comparé au chlorate de soude ; il est fâcheux qu’il soit si peu soluble. Le chlorate de soude présente un degré de solubilité considérable eu égard à son congénère, mais il ne produit pas les mêmes effets, sur la stomatite mercurielle et surtout sur la stomatite ulcéro-membraneuse, qui est si rapidement modifiée par le chlorate de potasse. Il ne produit pas les mêmes effets, parce qu’il s’élimine avec une grande lenteur; pour qu’il produisit une action modificatrice aussi considérable que le chlorate de potasse, il faudrait que l’on en introduisît une dose considérable.
Si, au contraire, vous voulez exercer une action modificatrice profonde sur l’organisme, si vous voulez produire des effets dits altérants , que j’ai appelés métatrophiques, alors c’est l’inverse qu’il faudra faire : il ne faudra pas avoir recours à des substances hétérogènes, qui, pour ainsi dire,
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mettent en rébellion l’organisme, qui, à cause de leur nature doivent être immédiatement éliminées; il faut alors donner plutôt la préférence aux sels de soude sur les sels de potasse, toutes les fois que vous pouvez le faire. 11 faut, en tout cas, introduire dans l’organisme les composés qui s’éloignent le moins des éléments vivants. Alors vous aurez à établir l’échelle inverse relativement aux iodures, chlorures, bromures, et à donner de préférence des chlorures pour introduire une substance métallique, plutôt que de l’iodure. Si vous voulez obtenir des effets de dénutrition, activer le tourbillon nutritif, des effets de sortie, alors c’est aux iodures qu’il faut avoir recours.
Quelle est la durée de l’élimination de ces différentes substances, les unes homogènes, les autres hétérogènes? Do même que les substances hétérogènes apparaissent plus vite, de même elles sont plus rapidement éliminées. Ce sont là deux choses qui vont de pair. Par exemple,- si nous prenons l’iodure de potassium, qui est plus hétérogène que le bromure, c’est en quelques heures que tout est éliminé, et c’est dans un nombre d’heures plus considérable que le bromure se trouvera presque éliminé complètement, de manière à ce qu’il soit difficile d’en démontrer l’existence. Lorsqu’il s’agit de chlorate de potasse qui se transforme partiellement en chlorure de potassium, il ne faut pas moins de 36 à 48 heures pour l’élimination.
Mais il y a une chose bien singulière dans l’histoire des médicaments, c’est la direction à peu près constante que suit chacun d’eux. Pourquoi un médicament suit-il à peu près invariablement une voie d’élimination toujours la même? celui-ci l’appareil respiratoire , celui-là l’appareil biliaire? Pendant longtemps on s’est contenté de constater
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le fait d’une manière empirique. J’ai pensé qu’on pouvait introduire une notion physiologique, qui jette un jour vraiment très vif sur tous ces phénomènes, qui étaient très difficiles à interpréter, et j’ai remarqué ceci : C’est que les éléments qui sont introduits du dehors dans l’organisme suivent la voie de leurs semblables, ou du moins de leurs analogues, lorsqu’il n’y a que des analogues. Je vais vous montrer que cette vue se vérifie dans tous les cas particuliers et qu’elle vous permet de prévoir quelle est l’issue par laquelle s’échappera un élément médicamenteux quelconque que vous aurez introduit.
Si vous voulez bien, nous allons passer en revue les principales sécrétions.
Voici la salive et le suc pancréatique : ils renferment des sels neutres, un peu de chlorure de sodium et un peu de soude.
La bile.renferme de la soude, elle renferme des corps gras en assez grand nombre, la graisse habituelle de nos aliments, car on y trouve de l’acide margarique, oléique, sans compter les différentes substances propres à la bile, acides choléique, cholique et beaucoup d’autres. Il y a aussi la cholestérine ; il y a des matières résinoïdes, une substance pigmentaire douée de propriétés variées, tellement qu’on a pu la subdiviser en un certain nombre d’espèces chimiques. L’hématoïdine se retrouve souvent en quantité considérable dans les anciens kystes du foie.
La sueur renferme beaucoup d’eau, d’acide carbonique, des acides gras volatils, de l’acide acétique; de plus, des sels neutres, un peu d’urée, d’acide urique même, à l’occasion chez les gens qui en sont surchargés.
L’urine contient beaucoup d’eau, des sels neutres, des
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acides même libres, un peu de matière grasse dont j’ai démontré l’existence, et puis un pigment ferrugineux dans un certain nombre de cas.
Le lait renferme du sucre, des corps gras, des principes minéraux ; sels neutres en grande quantité, une substance albuminoïde.
Reprenons ces différentes sécrétions et prenons à part les substances que nous avons l’occasion d’introduire dans l’organisme. Nous introduisons souvent des alcaloïdes, nous introduisons des substances salifmbles ou des sels neutres : par où vont s’éliminer ces substances? Un peu partout, puisque vous voyez que la plupart des sécrétions renferment des sels neutres ; par conséquent, les alcaloïdes salifiés passent un peu partout. Cependant il y a des directions plus particulièrement suivies par différentes séries d’alcaloïdes.
Ceux qui sont fixes passent davantage par les reins, ceux qui sont volatils, par les voies respiratoires.
Ainsi la conine et les alcaloïdes des ombellifères passent par les voies respiratoires.
Si vous voulez avoir l’action de la substance au moment où elle sort de l’économie, il est mieux de jeter dans la circulation des substances volatiles, dont les voies respiratoires sont le chemin tout naturel.
Bien que les sels neutres s’éliminent partout, il y a cependant des voies qui leur sont plus largement ouvertes, par exemple, l’urine. Aussi les sels neutres passent-ils presque tous par là. Et j’assimilerai à ces sels neutres les substances salifiées, telles que les résines; le cantharidate de soude, qui se transforme en cantharidine, passe avec les sels neutres par les voies urinaires, et produit ainsi les désordres que vous connaissez.
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Prenons maintenant pour exemples les métaux et les métalloïdes. Par ou passeront-ils? Je vous ai montré qu’il n’y a que deux sécrétions qui renferment du fer à l’état normal, et le fer est le seul métal normal. 11 est probable cependant que si on employait des kilogrammes de manganèse ou de cuivre on en trouverait dans le sang, mais nous n’en savons rien. Les métaux suivront donc la voie des urines et de la bile, de la bile en particulier, parce que dans la bile il y a encore plus de pigment ferrugineux que dans l’urine.
Voyez comme cette règle générale est utile, comme elle allège votre mémoire, en même temps qu’elle frappe votre esprit.
Faisons une application à l’arsenic. 11 s’échappe surtout par la bile, tellement que, quand il n’y en a à peu près nulle part, c’est là qu’il faut le chercher, et non seulement dans le parenchyme hépatique, mais aussi dans le lïux bilieux. Et ce fait a été mis en évidence par les expériences faites dans le laboratoire de la faculté par MM. Laborde et Bonnefoy. Je le répète, lorsque l’on introduit de petites quantités d’arsenic chez un animal, il ne faut pas le chercher ailleurs que dans la bile. Vous voyez qu’il est très important de connaître cette règle, qui subit bien quelques exeptions; maisces exeptions elles-mêmes ont encore leur origine dans d’autres règles, ainsi que je m’efforcerai de vous le démontrer.
Les matières grasses sortent aussi par la bile, les mamelles, les glandes sébacées, elrmême un peu par l’urine.
Les résines s’éliminent parla bile, où nous en trouvons beaucoup. El remarquez ceci : c’est qu’un grand nombre de résines sont des cholagogues. Un grand nombre sont des substances drastiques, parce qu’elles agissent sur la mem-
gublf.r. Thérapeutiqua. 28
ÉLIMINATION DES MÉDICAMENTS
brane muqueuse du tube digestif et provoquent des phénomènes d’hypercrinie ; mais lorsque vous employez des doses peu considérables, lesquelles ne produisent des effets que longtemps après leur introduction dans les premières voies, elles le doivent à ce qu’elles ont été sécrétées par le foie, éliminées avec la bile, et sont venues ensuite produire leurs effets habituels.
Par où s’éliminent les acides? Nous avons vu qu’il y a deux humeurs qui sont acides : c’est la sueur la principale au point de vue des acides, et l’urine ensuite; donc, les acides s’éliminent par la sueur et par l’urine.
Ainsi, c’est une méthode vulgaire dans le nord et partout (le mode seul diffère) : tremper un fer rouge dans une chope de bière ; ce fer produit une ébullition qui laisse à la suite une bière aigre (j’en ai goûté : c’est désagréable, mais on considère cela comme délicieux), qui, bue chaude, détermine une sueur abondante. Là où il y a du vin on emploie du vin aigre.
N’est-il pas curieux de voir qu’à la faveur des règles de la physiologie appliquée, on arrive à comprendre des pratiques vulgaires et dont rient les médecins lorsqu’ils n’en comprennent pas la raison. Vous n’en rirez plus, maintenant que vous savez que l’acide acétique va s'éliminer par les glandes sudoripares, exciter la sécrétion de ces mêmes glandes et déterminer de la démangeaison et des rougeurs.
Les acides s’éliminent également par les glandes rénales, de telle sorte qu’en introduisant dtfns l’économie de l’acide phosphorique on peut augmenter l’acidité de l’urine et faire d’une urine neutre une urine acide.