VINGT-SEPTIÈME LEÇON
Elimination des médicaments (suite).
Influence des masses, applications pratiques, de la forme sous laquelle se fait l’élimination, état intact, état plus ou moins transformé.
Messieurs,
Il faut que je vous parle maintenant de l’influence des masses sur la rapidité de l'élimination. Lorsqu’il s’agit de substances hétérogènes, c’est-à-dire qui ne sont pas analogues à celles de l’économie, une très petite dose peut, à la rigueur, être tolérée ; elle passe pour ainsi dire inaperçue. Supposez 10 centigrammes d’iodure de potassium, il n’y aura ni accroissement de la sécrétion rénale, ni apparition d’iodure dans cette sécrétion ; mais au fur et à mesure que la quantité de la substance augmente, vous voyez s’accroître la rébellion des organes, qui s’en emparent pour la rejeter avec une grande énergie. Et alors vous voyez l’apparition presque instarn tanée des substances actives dans les produits de sécrétion. C’est ainsi que, lorsque vous introduisez un gramme d’iodure de potassium, c’est presque instantanément, au bout de trois, quatre minutes, qu’on le trouve dans la sécrétion urinaire. Par conséquent, vous voyez là une influence considérable de la part de la dose, relativement à la tolérance de l’économie. Eh bien, c’est ce qui vous explique pourquoi, étant donnée une dose considérable d’une substance introduite à la fois dans l’organisme, vous voyez dans les premiers moments, disons dans les premières heures, des quantités considérables de cette substance être éliminées, tandis qu’au contraire ce qui restera sera éliminé dans un nombre d’heures bien plus
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considérable. Vous aurez vu s’éliminer la moitié de l’iodure dans les trois ou quatre premières heures; la seconde moitié ne le sera que dans les 24 heures suivantes.
Donnez du sulfate de quinine; beaucoup de médecins donnent 0sr,50 à la fois. Lorsque ces doses élevées ont été introduites, l’apparition dans les urines se fait au bout de 20 minutes, et il en passe beaucoup dans les quatre ou cinq premières heures; puis l’élimination se ralentit, et enfin, le troisième jour, on rencontre une certaine quantité d’alcaloïde dans les urines; mais on constate qu’elle est très minime, et que l’élimination se prolonge d’une manière qui n’aurait pas été prévue, si on n’avait pas su la loi qui veut que l’élimination soit d’autant plus rapide que la masse qui sature l’économie est plus considérable.
Les substances homogènes, de leur côté, peuvent être tolérées en assez grande quantité ; ce n’est que lorsqu’elles arrivent à être en quantités énormes, qu’elles commencent à être éliminées. On peut injecter beaucoup de chlorure de sodium sans qu’il manifeste sa présence par un excès de chlorure dans les urines, mais il arrive un moment où cet excès se traduira par le passage d’une plus grande quantité dans les urines.
11 en est de même pour le sucre. Vous savez ce qui se passe pour les gens prédisposés au diabète : s’ils mangent une quantité modérée de sucre, il n’y aura pas de retentissement notable sur la sécrétion urinaire; si au contraire ils mangent beaucoup de matières sucrées, ce sera le con- ' traire. De même pour les albuminuriques : si, par exemple, ils mangent, comme l’a fait Cl. Bernard, douze œufs durs, ils pisseront de l’albumine. De même, ceux qui mangent des bonbons en grande quantité peuvent devenir diabétiques momen-
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tanés. Mais, je le répète, ce n’est que dans les conditions où la dose de substances homogènes est énorme, qu’on la voit passer dans les sécrétions avec plus ou moins de rapidité.
Les conséquences pratiques de tout ce que je vous ai dit relativement à la quantité de principes actifs ingérés à titre médicamenteux, peuvent en somme se résumer de la manière suivante :
Si vousvoulez déterminer des effets topiques sur les émonctoires, il faut employer des substances qui soient très différentes de celles de l’économie et les employer à hautes doses à*la fois.
Si vous voulez, au contraire, produire des effets diffusés, et surtout des effets altérants, c’est-à-dire si vous voulez modifier d’une manière lente, soutenue, l’économie vivante, il faut employer des substances aussi voisines que possible des substances normales, en quantités très faibles, répétées et soutenues.
A la rigueur, avec des substances hétérogènes employées à doses très minimes, vous pouvez obtenir la tolérance et produire des effets métatrophiques, de même qu’avec des doses très massives d’une substance homogène vous pouvez déterminer des effets topiques sur les émonctoires. Mais la réunion de ces deux conditions : substance hétérogène et dose massive pour produire des effets topiques, substance homogène et dose très petite pour produire des effets diffusés et altérants, voilà les conditions qu’il faut tâcher de réaliser. Et on pourrait vous en donner des exemples démonstratifs.
Voici, je suppose, le mercure. Si vous l’employez sous forme d’iodure de mercure, vous produirez nécessairement des effets de sortie considérables; il donne lieu très habituel-
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%nent du côté des glandes salivaires, de la bouche et des gencives, à des phénomènes de stomatite. Au contraire, le chlorure de mercure est une substance inoffensive pour la bouche, et qui ne donne pas lieu à ces phénomènes de sortie que produit le mercure métallique. Vous voyez qu’il y a là des applications intéressantes à faire.
De même, vous savez tous quel est l’avantage des eaux minérales pour produire ces effets lents, mais profonds, ces modifications du genre de celles que produisent les altérants. Ce sont les eaux minérales qui vous donnent le plus facilement tous ces phénomènes de changement? trophiques. A la suite de la cachexie palustre vous avez recours aux eaux minérales, c’est-à-dire à des solutions qui ne renferment pas de grandes proportions de principes actifs, pour qu’à la longue elles déterminent des phénomènes généraux très considérables et très profonds. Je me borne à ces considérations, qui me paraissent suffisantes pour faire bien comprendre l’importance des distinctions que nous avons établies.
A propos des voies d’élimination, j’avais passé en revue les sels neutres, les métaux, les matières grasses, les résines, les acides, et je vous avais montré que, selon les indications de la physiologie, on pouvait deviner leur voie de sortie. Je n’avais plus, pour terminer cette énumération, à vous parler que des substances gazeuses ou au moins volatiles, des gaz et des vapeurs.
Quelles sont les voies d’élimination que vous pouvez assigner d’avance aux substances volatiles, gazeuses? Ces voies d’élimination sont tout indiquées : ce sont celles par lesquelles s’échappent les substances de même sorte, c’est-àdire les voies respiratoires d’un côté, les glandes sudoripares
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de l’autre; ces annexes de l’appareil respiratoire donnant issue non seulement à des substances volatiles, comme les acides gras, mais même à de l’hydrogène sulfuré, à de l’acide carbonique.
En même temps ces glandes prennent à l’atmosphère les gaz qui le composent, et en particulier l’oxygène, qui sert ensuite à alimenter la combustion respiratoire. Je ne dis pas que ce phénomène soit immense, mais il est notable. C’est par ces deux issues que vont sortir les substances volatiles et gazeuses.
Ainsi l’acide carbonique, l’hydrogène sulfuré etphosphoré et ses dérivés, les essences fluides, de même que les camphres proprement dits, celles des labiées et des composées, l’alcool et une foule d’autres substances qui sont également volatiles, l’éther et beaucoup d’anesthésiques, les alcaloïdes volatils : voilà des substances qui s’éliminent particulièrement par la voie respiratoire et par la voie cutanée, ou du moins par une partie des glandes de la peau. Je le répète, l’expérience vous montre cela; mais la règle que nous avons formulée vous aurait permis d’annoncer que c’était là la double voie que suivaient les matières gazeuses ou volatiles.
Faisons quelques applications thérapeutiques. Si vous voulez exciter la sécrétion urinaire, à quoi aurez -vous recours? à des substances volatiles, gazeuses? Non ; mais vous savez par où passent l’urée et tous les sels neutres, et même les substance's salifiables, les acides capables de prendre au passage de la soude pour devenir des sels: telle l’urée elle-même et la cantharidine. Ces substances-là passeront par les voies urinaires, et par conséquent ce sont elles qui vous serviront à exciter la sécrétion des glandes rénales.
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Pour exciter la sécrétion biliaire vous aurez recours à des résines. Ainsi la plupart des résines sont des substances drastiques et passent par le foie; une fois là, elles provoquent la sécrétion biliaire. De même les métalloïdes, les métaux. Je vous ai cité encore tout récemment des expériences nouvelles qui mettent en relief ce caractère des métalloïdes et de l’arsenic en particulier, qui est très voisin des métaux et qui se distingue à peine de l’antimoine. Voilà les substances qui, en effet, provoquent le plus énergiquement la sécrétion biliaire.
La sécrétion salivaire sera provoquée par les sel s neutres : le chlorate de potasse.
La sécrétion sudorale? D’avance vous recommandez les substances volatiles. Par conséquent, lorsque dans les substances alimentaires il se rencontrera des acides gras, comme dans le fromage, il y aura une excitation de la peau. C’est assez vous dire que ce genre d’aliments devra être évité toute les fois que vous aurez affaire à des affections cutanées irritatives. De même aussi vous pouvez employer des substances gazeuses proprement dites.
Vous exciterez la sécrétion lactée par les féculents, le sucre, les corps gras, les aromates même; c’est par là que s’éliminent les substances de cet ordre, et le lait lui-même doit souvent une partie de ses qualités à l’arome qu’il présente ; cela est tellement vrai, que des laits excellents au point de vue de leur composition chimique microscopique sont souvent mal tolérés par les enfants dans un certain nombre de cas, et des laits en apparence moins bons, moins riches, mais beaux au point de vue de la forme et de la petitesse des globules, pourront être bien tolérés s’ils présentent un arôme particulier.
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Vous voyez qu’il y a des règles qui deviennent de plus en plus évidentes et plus importantes.
Je suppose que vous ayez le dessein de modifier un catarrhe des voies respiratoires et l’état d’irritation qui peut exister de ce côté dans un certain nombre d’affections. Eh bien, à quoi aurez-vous recours? A des substances aromatiques, mais volatiles. Ainsi vous emploierez des essences, et parmi les essences vous ferez choix de celles qui ne sont pas résinifiables. Ici, il y a quelque chose d’intéressant à vous dire : c’est que les essences qui ne sont pas résinifiables, ce sont des essences qui probablement sont oxygénées. Ainsi prenez les camphres : ils ne s’oxydent pas, ils sont oxygénés, Il y a des camphres fluides, tels que l’huile essentielle de cajeput, tels que l’essence d’eucalyptus. Ces essences, qui sont oxygénées, ne s’oxydent pas ou presque pas, et alors elles passent presque tout entières par les voies respiratoires. Et si vous avez à agir sur ces voies, c’est à elles que vous aurez recours.
Les autres essences ne se brûlent pas complètement, mais elles se brûlent en grande partie, et surtout l’essence de térébenthine et le baume du Canada. Ces essences-là se résinifient avec une extrême rapidité, de même que celle de copahu. Aussi ne sont-elles bonnes que pour les voies urinaires.
Si vous avez affaire à des troubles de la sensibilité des voies respiratoires, si vous voulez modifier une toux, à quelle espèce de stupéfiants aurez-vous recours? Vous devrez donner la préférence aux stupéfiants volatils, qui I auront une aclion sur le système nerveux et une action au moment de leur élimination. Aussi les alcaloïdes fournis par les ombellifères sont-ils préférables aux autres, parce
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qu’ils jouissent d’une faculté de volatilisation plus grande. Aussi vous voyez quels bienfaits on a retirés du sirop de belladone dans la coqueluche : il agit beaucoup plus que le sirop de morphine. Voyez aussi.quels bons résultats donnent les plantes de la famille des ombellifères, telles que la Phellandrie aquatique, qui a pu être considérée par Sandras comme une sorte de panacée des affections de poitrine : c’est un modificateur de la sensibilité morbide dans ces cas.
Je vous en dirai autant de la conine et de la conicine, le jour où nous aurons de bons produits analogues à ceux de Christ i son.
Voulez-vous agir sur un catarrhe des voies urinaires? vous avez recours à des substances analogues, mais ayant des qualités différentes. Ainsi vous emploierez précisément toutes les essences qui se résinifient très vite et qui, passant à l’état d’oxyde et se combinant avec les acides, deviennent de véritables sels ; vous les administrerez de préférence, parce qu’elles passeront en grande quantité par les voies urinaires. C’est pour cela que le copahu jouit d’une si grande efficacité contre le catarrhe de la vessie ou de l’urètre. C’est pour cela que le baume du Canada est aussi un si bon moyen ; tandis que vous n’avez presque rien, dans ces cas, avec l’eucalyptus, l’essence de myrthe, non plus qu’avec les autres essences qu’on peut appeler des camphres fluides.
Si vous voulez agir par des moyens de stupéfaction, vous aurez recours plutôt à des alcaloïdes fixes qu’à des alcaloïdes volatils, à la morphine plutôt qu’à l’atropine ou aux alcaloïdes des ombellifères.
Un mot sur les changements que subissent les substances médicamenteuses à la traversée des émonctoires. Ces changements sont peu connus. 11 est très probable qu’une partie
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de ceux qu’on supposait autrefois avoir lieu dans le sang se produisent, ou dans la trame organique, ou à la traversée des émonctoires. Mais nous ne pouvons que le supposer; cela n’est pas démontré.
Au moment où une substance s’échappe du sang pour pénétrer dans les organes d’élimination, alors elle se sépare de l’albumine. Voilà une première modification. Il arrive aussi que dans ces sécrétions, où elles sont mêlées à d’autres substances normales, elles rencontrent des acides qui les mettent en liberté — exactement comme l’acide phosphorique met en liberté l’acide urique; c’est ce qui arrive pour un certain nombre de substances éliminées par les voies rénales. Lorsque des substances sont constituées par des métalloïdes n’ayant pas une grande affinité pour les bases, il peut en résulter la mise en liberté de ces métalloïdes, et c’est ce qui fait que lorsque des malades prennent de l’iodure ou du. bromure de potassium, le médecin qui a l’odorat très fin peut le reconnaître. Le même fait se passe dans les pommades faites d’axonge et d’iode; elles deviennent brunes et exhalent l’odeur d’iode. Dans la respiration, c’est l’acide carbonique qui met l’iode en liberté, de manière à déterminer une odeur d’iode très évidente pour les odorats délicats.
Mais je vous ai dit que les substances suivaient une voie qui était déterminée d’avance, et que cette voie était en rapport avec celles que suivaient les substances analogues ou semblables. Il y a des circonstances dans lesquelles cette règle subit des exeptions très notables : des substances qui avaient l’habitude de suivre une certaine direction ne la suivent plus, et d’autres sont forcées de se rendre dans certains émonctoires où on ne s’attend plus à les trouver.
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Ce sont là des faits très intéressants, dont je connais un certain nombre d’exemples. Très probablement ces laits sont plus nombreux qu’on ne le suppose aujourd’hui, puisqu’il y en a que je découvre encore de temps en temps.
J’ai montré que le bromhydrate de quinine ne donne pas lieu aux mêmes phénomènes d’intoxication, d’ivresse quinique que le sulfate de quinine, et il est infiniment probable qu’il ne suit pas la voie du nerf acoustique. Partant de cette observation, des médecins étrangers, en Angleterre et à Vienne, ont eu l’idée de donner concurremment avec le sulfate de quinine de l’acide bromhydrique en dissolution; et ils ont remarqué que sous l’influence de cette présence de l’acide bromhydrique dans l’économie, bien qu’il n’ait pas été combiné avec la quinine, les phénomènes d’ivresse quinique qu’on observe habituellement ne se présentent pas : comme si l’acide avait mis son veto et empêché le sulfate de produire tous les phénomènes de la maladie de Ménière. Voilà un fait qui serait très curieux, s’il se vérifiait; mais je mets un grand point d’interrogation, parce que je ne suis pas encore parvenu à établir la réalité de ce phénomène. Il paraît évident à quelques praticiens étrangers, mais en général nous nous fions plus à nous-mêmes; c’est ce qui fait que je mets ici une certaine réserve.
Mais voici d’autres exemples : il est certain que la présence du camphre dans la circulation empêche la cantharidme de produire ses effets ordinaires sur l’appareil urinaire. C’est-à-dire que si on administre du camphre à l’intérieur, il y aura moins de ces phénomènes de cantharidisme rénovésical qu’il n’y en a dans des conditions différentes. Voilà ce que l’expérience a démontré. Mais je ne veux pas dire que le camphre appliqué sur un vésicatoire soit un bon moyen.
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C’est bien, si vous voulez, un moyen d’empêcher le cantharidisme, mais c’est parce que le camphre ainsi employé s’oppose à l’action de la canlharidine, et que, plus on met de camphre, moins le vésicatoire prend. Je vous détourne donc tout à fait de l’idée d’employer le camphre en application sur la surface de l’emplâtre vésicant. Mais c’est tout autre chose lorsqu’on introduit le camphre par la voie stomacale ou pulmonaire : là, alors, c’est un moyen excellent.
On se demande comment il se fait que le camphre s’oppose au passage de la canlharidine dans les urines; c’est que probablement il se fait une sorte de combinaison entre le camphre et le principe actif de la cantharide; or, le camphre ne passe pas par les reins. Ainsi on en introduit des quantités considérables et on n’en retrouve pas du tout dans les voies urinaires. Au contraire, il s’exhale par les voies respiratoires, par les glandes sudorifères. Mais comme il ne traverse pas les reins, il s’oppose à ce que d’autres substances avec lesquelles il s’est associé les traversent. Ici vous pourrez encore, je dois vous le dire, mettre un point d’interrogation sur l’interprétation du phénomène.
Mais voici un autre fait d’un ordre différent et qui est très intéressant. Vous donnez à un sujet du fer, sous une forme quelconque : vous lui donnez un sel de fer soluble avec des acides végétaux, des acides minéraux, du perchlorure de fer, du tartrateferrico-potassique ; vous ne trouvez trace de fer ni dans les glandes salivaires, ni dans les produits de leur sécrétion. Au contraire: vous savez que la voie première dans laquelle s’engage l’iodure de potassium, c’est la voie des glandes salivaires; il passe aussi par les urines. Eh bien, chose curieuse, quand vous associez le fer à l’iode, que vous donnez de l’iodure de fer, ou quand vous donnez une solu-
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tion ferrugineuse associée à de l’iodure de potassium, vous trouvez du fer dans la salive. L’iode a forcé le fer à passer par là. Ces faits sont très intéressants, ils sont peu connus : c’est à l’avenir et à vous qu’il appartient de chercher dans cette direction. Je vous ai donné quelques exemples, ils sont suffisants pour vous montrer la réalité des faits; il semble que s’ils étaient mieux connus, plus nombreux, s’ils pouvaient être catégorisés, si l’interprétation que j’essaye était juste, on pourrait savoir d’avance comment il faudrait associer les substances pour les forcer à passer par telle voie qu’on voudrait et pour leur interdire à l’occasion leurs voies normales. Vous voyez qu’il y aurait intérêt réel à la connaissance de ces faits nouveaux.
Les substances sont éliminées en quantité plus ou moins considérable, mais jamais on ne les retrouve intégralement dans les émonctoires ou dans les produits de sécrétion. Ordinairement il en manque une certaine quantité. Cela tientil à l’imperfection de nos moyens pour retrouver les substances actives, ou bien à ce qu’une portion de la substance est détruite dans l’intérieur de l’organisme? Les deux choses existent.
Il est très difficile de retrouver des substances même minérales dans les produits de sécrétion. Nous savons qu’il passe un peu de mercure et un peu de plomb dans les urines; cependant il y a un certain nombre de chimistes qui, s’étant. livrés à l’analyse de ces sécrétions pour y retrouver une quantité plus ou moins notable des métaux qu’ils savaient avoir été introduits, ne sont pas parvenus à en démontrer l’existence. Par conséquent on ne peut pas étudier la forme sous laquelle s’éliminent ces substances. Mais il y a quelque chose qui s’impose, ce sont les lois de la phy-
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siogie; or elles exigent qu’une certaine partie des principes introduits soit altérée, modifiée et même plus ou moins complètement détruite.
Voici quelles sont les trois divisions principales que nous offrent les faits à cet égard.
Lorsque nous avons affaire à des combinaisons très stables, à des substances minérales particulièrement, quelquefois même à des substances organiques, ou bien lorsque les affinités sont extrêmement faibles, la substance peut passer absolument inaltérée. Elle est retrouvée telle.
Un autre cas : si les combinaisons sont très instables, si nous avons affaire à des substances organiques plutôt qu’à des substances minérales, si les affinités sont très puissantes, il arrivera au contraire que la plus grande partie de cette substance pourra être altérée, modifiée de différentes façons ou même plus ou moins complètement détruite.
Enfin, il y a le cas intermédiaire, où, avec un certain degré d’affinité, la substance pourra être* en partie altérée et se retrouver en partie inaltérée et telle qu’elle avait été introduite.
Je m’en vais passer en revue les différentes catégories qui se rapportent à*ces trois groupes.
D’abord, je vais vous parler des substances qui passent en entier et presque intactes. Ce sont les carbonates, les nitrates, les sulfates, les silicates de potasse ou de soude, c’est-à-dire les sels alcalins. Ces sels passent absolument inaltérés. Le sulfate de protoxyde de fer passe complètement inaltéré, contrairement à ce que vous pourriez croire, tandis que le sulfate de peroxyde de fer se réduit. Le ferrocyanure jaune de potassium passe inaltéré, le cyanure rouge passe à l’état de cyanure jaune. Le sulfocyanure passe inaltéré,
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l’alun, les chlorures, les bromures, les iodures aussi. 11 y a même des substances organiques qui passent inaltérées : ainsi les principes colorants de l’indigo, de. la rhubarbe, de la gomme-gutte, les résines des conifères, des térébenthacées, des légumineuses, ainsi la résine de copahu. Les acides sulfurique, nitrique, chlorhydrique, phosphorique passent également inaltérés.
Il y a même des substances organiques, des alcaloïdes, qui jouissent de la singulière propriété de pouvoir passer sans s’altérer dans l’économie, de pouvoir se retrouver à peu près en totalité. L’expérience n’a pas été faite d’une manière scientifique, mais vous allez voir que cependant ce que nous apprenons par les récits des voyageurs et des médecins est suffisamment caractéristique. Il y a des substances qui s’altèrent si peu, que les produits de sécrétion des sujets qui ont été soumis à l’action de ces alcaloïdes reproduisent les effets de ces mêmes alcaloïdes. Ainsi vous connaissez tous probablement la fausse oronge, qui est couverte de mouchetures blanches à sa surface.
Cette fausse oronge, sur laquelle on a fait de très nombreuses expériences, renferme un alcaloïde qui est un poison énergique. J’en ai cependant mangé, parce que je voulais savoir ce que tout cela faisait; mais je dois dire que, dans certains cas, j’ai constaté des effets gastro-intestinaux désagréables.)C’est en même temps une substance inébriante par excellence, qui donne une ivresse comparable à celle de l’alcool ou à celle du tabac. Dans les pays déshérités, tels que les contrées les plus septentrionales de l’ancien continent, c’està-dire en Sibérie et jusque du côté des Kouriles, il y a là de vastes étendues de pays dans lesquelles manquent les substances qui peuvent enivrer et dans lesquelles la fausse oronge
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considérée comme quelque chose de délicieux. Dans ces pays on emploie la fausse oronge pour se griser. Toutes ces peuplades de l’ancien continent mangent et préparent une liqueur dans laquelle se trouve cette substance en quantité considérable. Mais voici où commence le caractère étrange du fait qui a été raconté par des observateurs dignes de foi. C’est que, quand un de ces hommes s’est grisé avec la fausse oronge et qu’il vient à rendre un liquide qui en est imprégné, il ne manque pas de se trouver à coté de lui un autre amateur qui ramasse ce fluide tout chaud et qui se grise avec. Il paraîtrait même qu’il y aurait plusieurs générations passant ainsi l’une après l’autre, partageant le plaisir sans avoir partagé la peine, c’est-à-dire sans avoir pris soin de fabriquer la fameuse liqueur enivrante. Ces faits, constatés par des voyageurs, sont très intéressants à notre point de vue, c’est-à-dire au point de vue de la fixité inébranlable de certaines substances, même de nature organique, qui non seulement traversent l’économie sans y avoir à peu près rien laissé de leur matière, puisque ce qui a enivré l’un peut enivrer l’autre, mais encore sans y avoir subi d’altération.
Il y a d’autres substances qui, à la traversée de l’organisme, subissent une modification partielle, et en partie aussi, sortent inaltérées. Puis enfin, il y a une troisième catégorie de substances qui sont en grande partie décomposées et détruites. Seulement, il importe de distinguer ici, parmi le& modifications que subissent les substances, deux groupes ;
Tantôt elles subissent simplement des modifications isomériques, comme je vous l’ai dit relativement à la quinine, qui sort à l’état de quinidine ou quinicine; tantôt il y a ces différentes modifications que j’ai décrites à l’occasion : ces combinaisons avec des corps nouveaux, ces copulations, lorsque
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des acides sont formés aux dépens d’une essence, par exemple du glycol. Il y a ensuite les dédoublements, les réductions proprement dites, qui ne sont que des dédoublements effectués aux dépens de l’oxygène. La quinine, par exemple, pendant combien de temps n’a-t-on pas cru qu’elle ne subissait aucune altération, et qu’on pouvait la retrouver en totalité ! Je laisse de coté ces faits pour m’arrêter aux oxydations. Ces oxydations amènent, par une progression plus ou moins rapide, la substance de l’état le plus inférieur d’oxydation jusqu’à l’état le plus avancé, c’est-à-dire jusqu’à la transformation d’une substance organique en eau et en acide carbonique. De même, je vous dirai que quand il s’agit, par exemple, de l’hydrogène, cela le conduit jusqu’à devenir de l’acide sulfureux et de l’eau. Ce sont ces dernières altérations-là qui nous intéressent dans ce moment-ci, puisqu’elles amènent la destruction de la substance.
Je vous disais qu’il y avait des substances qui subissaient partiellement cette altération, et d’autres en totalité. Yoici, par exemple, des substances qui sortent en partie brûlées et en partie intactes : ce sont les essences, qui sont des hydrogènes carbonés. Celles qui sont à la fois constituées par des carbures d’hydrogène et de l’oxygène appartiennent plutôt à la précédente catégorie ; elles résistent tellement, qu’on pourrait les retrouver presque en tolalilé. Les essences sulfurées s’altèrent assez facilement : le soufre s’oxyde, les essences s’oxydent de leur côté, et elles sortent en grande partie altérées et détruites. Les essences fournies par les asperges sont des essences qui partiellement brûlent, partiellement résistent; on peut en dire autant même de l’huile d’amandes douces. Le tanin est encore dans ce cas : c’est un glycoside ; il produit d’abord de l’acide gallique, là il devient
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de l’acide pyrogallique; l’eau de Javelle s’oxyde partiellement. Je vous citerai dans cette classe l’alcool.
Vous savez qu’on a beaucoup différé sur la destinée qu’il subissait. D’abord, jadis, on admettait qu’il brûlait et devenait finalement de l’eau et de l’acide carbonique. Mais sont venus Maurice Perrin, Lallemand, etc., qui ont déclaré que l’alcool traversait l’économie sans s’altérer, qu’on le retrouvait , et que par conséquent tout ce qu’on avait cru était une pure illusion. Il faut distinguer deux cas. Il mérite d’être placé dans la série intermédiaire. Les conditions de son altération et de sa persistance sont faciles à comprendre. Si vous introduisez très peu d’alcool, il ne passe pas inaltéré. Jamais vous ne verrez Phaleine de quelqu’un qui a bu très peu de vin embaumer l’acétone ou l’aldéhvde. Par conséquent , de petites quantités d’alcool introduites dans un organisme normal brûlent, disparaissent; au contraire, si vous introduisez des proportions considérables, il sort en grande partie inaltéré : c’est alors qu’on pourrait faire brûler une lampe avec l’alcool de l’haleine ; mais ce sont là des conditions qui sont loin de Padministration hygiénique ou thérapeutique.