‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 115 sur 148 · VINGT-HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-HUITIÈME LEÇON

Elimination des médicaments.

Oxydations dans l’organisme, des variations d’action des substances médicamenteuses, rôle des médicaments, rôle de l’organisme.

Messieurs,

J’arrive à vous parler aujourd’hui des substances qui sont en majeure partie brûlées, et qui par conséquent sont en majeure partie détruites dans le sens où nous l’entendons, puisque nous savons que rien ne se perd ou ne se crée, sinon la forme.

il y a un certain nombre de substances qui passent absolument brûlées, qu’on ne retrouve plus en aucune proportion, pour ainsi dire, car cela n’est jamais vrai d’une manière absolue ; mais qui ne se trouvent qu’en très minime proportion inaltérées. Je vous ai dit dans la dernière séance que l’hydrogène sulfuré passait partiellement inaltéré, on peut le recueillir dans les voies respiratoires; il y en a cependant une certaine proportion qui passe à l’état d’acide sulfureux. Eh bien, les sulfures de potassium et de sodium brûlent bien davantage. C’est encore ici une règle générale qui a été découverte par Chevreui, appliquée par Wœlher, et dont nous connaissons des exemples dans la thérapeutique et même dans l’hygiène : c’est que la présence d’un alcali favorise les combustions. Par conséquent, un acide qui n’est point brûlé seul brûlera davantage s’il est en combinaison avec une base alcaline; donc, le sulfure de potassium brûle plus que de l’hydrogène sulfuré et passe à l’état de sulfate de potasse. Les acides organiques, lorsqu’ils sont à l’état de liberté, brûlent

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un peu, mais imparfaitement et très lentement. Au contraire, ainsi que Wœlher l’a montré, que Mialhe l’a établi sur des faits nouveaux, lorsque ces mêmes acides végétaux sont combinés avec des bases alcalines, même avec la chaux, mais surtout avec la soude et la potasse, ils brûlent avec une extrême facilité, se transforment en acide carbonique et en eau, et alors, au lieu de citrate, de tartrate de potasse ou de soude, on recueille dans les urines du carbonate de potasse ou de soude. Gela nous explique l’action des cures de raisin, de cerises, de fraises, qui est tout à fait identique, au point de vue de l’alcalinisation des humeurs, à l’action du bicarbonate de soude ou d’une cure de Vichy et de Vais. Ces substances brûlent presque complètement, et même, on peut le dire, complètement, caron ne les retrouve jamais à l’état d’acide citrique ou malique; mais elles brûlent avec une certaine lenteur, qui est croissante dans l’ordre oû je vous ai énoncé ces acides. Ce qui brûle le plus vite, c’est l’acide le plus normal, l’acide acétique ; ensuite les acide citrique, malique ; mais l’acide oxalique brûle avec beaucoup plus de lenteur, d’autant plus qu’il forme dans les émonctoires des combinaisons presque insolubles avec la chaux, et qu’alors

en résulte une inaltérabilité que n’acquièrent pas les autres acides. Voilà donc l’ordre dans lequel ces substances brûlent.

Je dois vous signaler maintenant un lait de même ordre que celui de ces corps vecteurs, dirigeants, qui impriment une modification en rapport avec leur propre nature ; tandis que le tartrate de potasse brûle si facilement qu’on le récolte en totalité à l’état de carbonate, au contraire, lorsque l’on a affaire à un tartrate double de potasse et de nickel, la combustion n’a pas lieu. Le nickel empêche l’acide tartrique de

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brûler, bien qu’il soit partiellement combiné avec la potasse. 11 est bon de connaître ces faits, parce qu’ils aideront certainement, lorsqu’on aura induit de leur considération les faits généraux, à comprendre un certain nombre de faits encore obscurs aujourd’hui.

Mais ces deux catégories de corps, les uns brûlant partiellement, les autres brûlant presque en totalité, n’en font véritablement qu’une seule; ce n’est qu’une affaire de facilité avec laquelle la combustion s’établit; il n’y a pas de différence fondamentale, tellement que vous pourrez placer tour à tour et réciproquement un corps de la seconde catégorie dans la première, où nous supposons que la combustion est imparfaite, en faisant varier tout simplement les doses que vous introduisez à la fois dans la circulation.

Voici par exemple l’alcool, dont je vous ai parlé, mais sur lequel je veux insister. Ceci est une question des plus intéressantes : on disserte beaucoup, et les dissentiments les pluspro* fonds existent entre les observateurs sur la question de savoir ce que devient l’alcool dans l’économie. Les uns, vous le savez, disent que l’alcool est un aliment combustible, respiratoire, qu’il vient s’ajouter à toutes les autres substances ternaires que nous introduisons à titre d’aliments, c’est-à-dire aux matières sucrées et aux matières grasses, qui sont assurément le meilleur moyen de combustion. Les autres, au contraire, disent que l’alcool passe complètement inaltéré : Nous avons pu, disent-ils, le recueillir. Eh bien, les uns et les autres sont, je vous l’ai dit, dans le vrai. Seulement les premiers sont dans le vrai pour l’état pour ainsi dire physiologique, hygiénique et thérapeutique; les autres sont dans le vrai pour les conditions véritablement toxiques. Ainsi, je vous l’ai dit, quand on introduit beaucoup d’alcool,

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il passe en grande partie inaltéré dans les sécrétions . on le retrouve immédiatement sous forme d’aldéhyde. Mais au contraire, quand on introduit très peu d’alcool, à dose physiologique, hygiénique, il est brûlé, probablement iusqu’â devenir de l’eau et de l’acide carbonique. Par conséquent, vous le voyez, on peut voir figurer tour à tour la mémo substance dans les deux catégories.

La quantité de principe actif retrouvée dans les sécrétions n’exprime donc, en somme, qu’une différence entre ce qui a été introduit et ce qui a été détruit. Et cette différence varie nécessairement suivant les conditions que nous avons indiquées : la combustibilité plus ou moins grande de la substance, son altérabilité, attendu qu’il y a un certain nombre de substances dont on retrouve une très petite quantité et qu’il y en a d’autres dont on retrouve 90 p. 100 : tels le chlorate de potasse, le sulfate de quinine, mais celui-ci avec les réserves faites. Il y a tous les intermédiaires entre ces extrêmes, des substances dont on ne retrouve presque plus rien, et d’autres dont on retrouve la presque totalité.

Quand on examine ces différentes substances à leur sortie, on s’aperçoit que les unes ont surtout subi un changement par l’oxygène, elles se sont oxydées; les autres se sont mises dans des combinaisons nouvelles organo-métalliques. Je vous ai cité des cas qui deviennent de plus en plus nombreux : ce sont ces substances qui, introduites à l’état d’hydrogènes carbonés ou de quelque chose d’analogue, substances ternaires tout au plus, contractent des combinaisons avec des substances azotées animales, qui sont des déchets organi ques provenant des tissus, avec le glycocolle en particulier, et qui, constituant des combinaisons nouvelles beaucoup

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plus solides qu’un grand nombre de ces mêmes déchets, les entraînent plus facilement au dehors et deviennent des moyens d’émonction capables d’enlever la matière peccante à l’économie, quand elle est saturée de principes qui ne sont pas complètement brûlés et qui ne peuvent pas en sortir. Ainsi, de premier exemple en ce genre a été l’acide benzoïque. On a vu qu’il se transformait en acide hippurique. Nous savons que cela résulte de la copulation de l’acide benzoïque avec le glycocolle. Les faits se multiplient, et l’on peut dire que toutes les substances qui sont des hydrogènes carbonés et qu’on appelle des essences, celles de térébenthine, d’eucalyptus, sont transformées partiellement en acides copulés semblables à l’acide hippurique. On les voit sortir à l’état de combinaisons azotées, et alors rendues presque méconnaissables au point de vue de leurs propriétés chimiques et organoleptiques. Il est évident pour moi que ce sont ces combinaisons qui donnent ces odeurs si particulières aux sécrétions, lorsque l’on a ingéré soit de l’essence de térébenthine, soit du baume du Canada, soit de l’essence de cajeput, ou le baume de copahu, odeur analogue à celle de la violette. Mais on n’obtient pas toujours l’odeur de violette. On a quelquefois celle de mélilot ou bien encore de vanille. Ce sont évidemment des acides copulés. Outre cela, vous voyez des substances qui sortent dédoublées : on a alors une réduction. Enfin, il y a des substances qui semblent passer inaltérées, qu’un retrouve presque en totalité dans les sécrétions, telles que la quinine, et qui ont subi une altération qu’il est difficile de constater, mais qu’il est facile de démontrer lorsque l’on vient à introduire cette même subslance dans un organisme vivant, chez lequel elle ne produit plus aucun des phénomènes de

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la quinine; c’est-à-dire que celte substance est rendue inerte.

Jusqu’ici nous ne nous sommes occupés que de la nature même des effets que produisent les différentes substances médicamenteuses ou toxiques. Mais il est important de chercher à nous rendre compte des circonstances qui font varier les effets physiologiques ou thérapeutiques.

11 y a deux grandes causes de variations de ces effets : la première, c’est la puissance de l’agent, qui est variable suivant les cas et les circonstances; la seconde est l’ensemble des particularités relatives à l’organisme, et qui peuvent se traduire parle mot : résistance de l’organisme.

La « puissance de l’agent médicamenteux » n’est pas une expression univoque; cela ne signifie pas qu’il soit toujours doué d’une vertu plus ou moins considérable et qu’il puisse toujours exercer une action calmante ou stimulante. Ce n’est pas ainsi que cela se passe : la puissance de l’agent est en rapport avec des conditions particulières d’énergie pharmacodynamique qui lui est inhérente.

Si nous étudions l’action des principes similaires qu existent groupés dans une même substance ou dans un groupe de végétaux qui agissent sensiblement de la même façon, voici ce que nous voyons. Si nous prenons de l’alcool, nous constaterons, après les expériences faites par Dujardin-Beaumetz en particulier, qu’il y a des alcools qui sont très énergiques, d’autres qui sont faciles à tolérer et avec lesquels tous les phénomènes d’intoxication sont moindres qu’avec les autres. L’alcool éthylique est extrêmement bon, humain, pour ainsi dire; l’alcool amylique, de pommes de terre, est excessivement toxique. Si nous prenons les solanées vireuses, nous trouvons encore là une

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échelle graduée d’action physiologique en partant des alcaloïdes les plus puissants, tels que l’atropine et la duboisine, jusqu’à la daturine, la nicotine, la solanine, qui est le plus faible. Mais des faits analogues, des différences très notables, et même considérables d’intensité d’action pharmaco- dynamique se montrent également pour des substances qui sont constituées de la même façon ou qui sont essentiellement identiques, pour ce qu’on appelle des isomères.

Ce sont des substances métalliques ou métalloïdiques qui doivent à leur nature propre, indépendante de leur combinaison, leurs qualités organoleptiques, et par conséquent leur action physiologique; et ici nous trouvons, comme cause des modifications d’intensité d’action physiologique, la structure et la dynamisation. Je vais vous donner un exemple :

L’oxygène est un moyen de brûler; l’oxygène atmosphérique a des qualités comburantes que vous connaissez tous ; il nous donne le moyen de brûler notre propre substance. Mais il y a un oxygène, allotropique comme on dit, qui est formé de trois molécules d’oxygène condensées et qui présente une dynamisation énorme, tellement qu’il devient un poison des plus énergiques, et je vous ai raconté quelques-uns des symptômes produits par lui sur moimême. Eh bien, pour les substances isomères il y a aussi des différences considérables, telles, je le répète toujours, qu’il ne suffit pas d’avoir constaté l’isomérie pour admettre l’identité au point de vue physiologique. On ne pourra parler de cette identité qu’ après l’avoir constatée; je vous ai parlé déjà de la glycose du diabète et de celle du raisin. Prenez les isomères du quinquina, c’est la même chose : nous avons d’un côté la quinine, qui est d’une puissance extrême, de l’autre la quinidine et la quinicine, qui ne

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sont rien; nous avons d’un autre côté lacinchonidine, qui est presque l’égale, peut-être l’égale, je n’ai pas encore assez d’expériences, de la quinine, de l’autre la cinchonine et la cinchonidine, qui ne sont rien. Ces substances sont isomères, mais l’arrangement moléculaire est différent. Dans la série des caféines : caféine du café, du thé, du maté, de la Paullinia, il y a des différences considérables. Ainsi mes expériences dernières montrent que ces substances, qui sont constituées exactement de la même façon, qui sont, pour les chimistes, identiques, sont des substances qui ont des manières différentes de se comporter. C’est ainsi que la guaranine est beaucoup plus active au point de vue de ses effets diurétiques que la théine et la matéine. Par conséquent, vous le voyez, ici encore, dans ce groupe, il importe de tenir compte de la structure et de la dynamisation pour expliquer les effets des substances.

11 y a aussi des conditions d’un autre ordre, qui expliquent l’activité des substances médicamenteuses, l’état de division mécanique, l’état naissant que j’en rapproche; il y a enfin la condition d’être libre ou combiné. Il est clair que ce n’est pas la même chose pour une substance d’être engagée dans une combinaison ou d’être libre de pénétrer dans les combinaisons qui s’offrent à elle, lorsqu’elle arrive dans l’intérieur de l’organisme. Par exemple je vous citerai ces faits :

Le soufre se présente à nous dans les pharmacies sous deux formes principales : tantôt c’est du soufre sublimé, qu’on a pu laver ou non; tantôt c’est du soufre précipité, ce qu’on appelle du magister de soufre. Le soufre sublimé se dissout moins facilement, l’autre se présente sous forme d’une poudre impalpable de couleur pâle, à peine jaune; elle est presque blanche. Eh bien, cette dernière variété se dissout mieux et, par conséquent, pénètre mieux par voie d’absorption dans

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l’organisme. Voyez maintenant l’arsenic combiné avec l’oxygène ou l’acide arsénieux, ou bien combinéavec une base, telle que l’arséniate de potasse ou de soude : ces substances ont une activité très grande qui n’est pas peut-être en rapport avec leur solubilité. Au contraire je vous ai montré par un exemple étrange, presque impossible à comprendre, que l’acide cacodylique, qui est formé par du méthyle dans lequel unecer taine proportion d’hydrogène était remplacée par de l’arsenic, qui renferme plus de 54 p. J 00 d’arsenic, ne produit aucun effet sur le tube digestif et presque aucun effet toxique. Il est probable que cela tient à la résistance très grande qu’il offre à l’absorption, car je vous montrerai tout à l’heure qu’il y a d’autres faits analogues obtenus par une voie un peu différente, par l’incorporation pure et simple dans une matière inerte.

Outre cela, outre la constitution de la substance active, il y a aussi la question de quantité. Sans doute, il est facile de le comprendre, tout le monde croit pouvoir le deviner, l’intensité d’action d’une substance médicamenteuse doit être en rapport avec la masse. Eh bien, il y a de grandes réserves à faire à cet égard, et je vous montrerai tout à l’heure que dans de certains cas il semble que Faction soit en raison inverse de la masse. En tout cas, soyez prévenus qu’il ne s’agit pas de la masse qu’on a introduite dans les premières voies pour la soumettre à l’absorption ; qu’il ne s’agit pas de la masse qui a pu traverser l’organisme, et qui peut être énorme si l’introduction a duré très longtemps : il s’agit de la masse qui est présente à un moment donné dans la circulation, dans les parenchymes, et qui par conséquent est en mesure d’agir. Je puis dire avec tout le monde, et comme quiconque aurait pu le deviner, que sans doute il y a

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une proportion directe entre la quantité de la substance active introduite dans les premières voies et les effets de cette substance, «à la condition qu’elle soit dans un état favorable à l’action ; mais vous allez voir que cet état ne se réalise pas toujours, et qu’il y a un grand compte à en tenir pour expliquer la plus ou moins grande activité des substances sous une certaine masse.

Voici, par exemple, la solubilité : elle joue un très grand rôle; la même substance pourra, suivant qu’elle est présentée dans des conditions de solubilité ou d’insolubilité, produire des effets nuis ou considérables. Le kermès, la magnésie sont dans ce cas.

Pour la magnésie, cela est facile à comprendre, elle n’agit pas par elle-même ; il faut qu’elle se dissolve, qu’elle devienne du carbonate de magnésie avec excès d’acide pour qu’elle soit un peu active. Mais habituellement elle se transforme en acétate et en d’autres sels, par suite de la présence d’acides plus ou moins énergiques.

Le kermès, c’est un peu moins connu. Chacun s’étonne, ayant un excellent kermès, d’obtenir des effets tellement aléatoires, que beaucoup y renoncent. Le kermès agira beaucoup si vous l’introduisez concurremment avec un acide. Si vous administrez à un sujet qui a une pneumonie ou un catarrhe capillaire, une affection thoracique plus ou moins grave, du kermès accompagné simplement d’un peu d’eau gommée ou d’une tisane plus ou moins mucilagineuse, s’il n’y a pas d’acide dans les premières voies il pourra passer presque inaperçu. Si au contraire vous donnez un peu de limonade vineuse, du vin un peu jeune, oh alors, le kermès fera merveille ; avec des quantités qui ne sont pas très considérables vous obtenez des effets qui se rapprochent de ceux du

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tartre stibié. Le calomel présente des particularités analogues.

D’une manière générale, on peut dire que quand les conditions sont favorables à l’absorption les effets sont considérables; dans le cas contraire ils sont nuis ou au moins très atténués.

Cherchons dans d’autres circonstances les conditions de l’activité plus ou moins grande des substances médicamenteuses. C’est une question que vous aurez à vous poser, de savoir si vous devez diluer beaucoup une solution pour la rendre active, ou la concentrer. Il y a là quelques règles générales à vous tracer. On peut dire qu’une solution passablement concentrée s’absorbe plus vite, pénètre plus rapidement, produit des effets plus considérables; qu’une solution trop étendue, trop diluée produit des effets médiocres. Cependant il y a des remarques à faire à cette règle.

Si la solution est trop concentrée et si elle contient une substance capable d’exercer une action topique considérable, il est clair que dans ce cas l’absorption ne sera pas accrue, mais même ralentie. Vous employez du tanin pour arrêter une hémorragie : c’est sous la forme solide qu’il faut le prescrire, là nous sommes obligés d’y recourir; mais après l’avoir introduit sous la forme solide, il faut se hâter de donner de l’eau, de manière à délayer cette poudre, parce que si à l’état solide le tanin rencontre la muqueuse, il produira une corrugation telle, qu’il en résultera une grande impossibilité à l’absorption. Il en est de même pour les sels de fer.

Il y a aussi d’autres circonstances dans lesquelles l’action générale se trouvera empêchée par une action locale trop énergique. Par exemple, il est utile, dans un certain nombre de cas, d’introduire dans l’économie des sels neutres.

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Entre autres chez les albuminuriques dyscrasiques, vous donnerez avec utilité non seulement le sel marin, mais vous donnerez aussi (en cela vous ferez tout à la fois le traitement corporel et moral) des eaux minérales renfermant beaucoup de sels neutres. Par exemple, vous pourrez donner de l’eau de Fredericshall. Il y a longtemps que je la donnais, sachant qu’elle renfermait beaucoup de chlorure de sodium et de sulfate de soude, aux sujets qui étaient sous le coup d’une albuminurie de cause générale, et j’obtenais de bons résultats. On peut aujourd’hui administrer les eaux que j’ai appelées des lymphes minérales , parce qu’elles renferment tous les sels du sang, Saint-Nectaire, Royat, etc., que vous donnerez au point de vue de cet enrichissement du sérum sanguin. Si vous donnez une trop grande quantité de ces eaux, vous obtiendrez des effets purgatifs ; par conséquent il en entrera très peu, quoiqu’il en entre un peu, car nous savons bien aujourd’hui que même en donnant le purgatif le plus énergique il se fait toujours un peu d’absorption. Mais il en entre d’autant moins qu’il y a plus d’bypersécrétion. Il y a des circonstances dans lesquelles il ne faut pas pousser trop loin l’administration. Il y a aussi des cas dans lesquels une dilution trop grande nuit aux effets diffusés. Si vous voulez un exemple, je vais vous citer d’un côté les boissons spiritueuses, et d’un autre le vin étendu d’eau. Si vous dites à quelqu’un auquel vous recommandez la sobriété : « Vous êtes goutteux, ne prenez donc pas de vin pur, il vous est mauvais. » Il vous répondra : « Docteur, je ne bois en somme pas plus d’alcool que vous; vous mettez beaucoup d’eau, je bois le vin pur : cela revient au même. » Non ; parce que, quand on 1 prend du vin pur ou des liqueurs, l’absorption s’effectue avec une grande rapidité sur ces petites masses, puisque tout

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passe, et alors il arrive à la fois clans le sang une proportion excessive d’alcool. Au contraire vous mettez dans un verre d’eau le quart d’un vin plus ou moins bon : il se peut que, si vous buvez plusieurs verres, cela représente un verre entier de vin; mais cela ne pénètre que lentement, et alors # vous n’avez jamais ces effets violents que détermine une petite quantité d’alcool presque pur, ces phénomènes de stimulation plus ou moins durables qui sont si funestes à ceux qui souffrent du cœur ou qui ont la goutte. Vous voyez par conséquent qu’il y a de grandes différences suivant la dilution. De même aussi, lorsque vous voudrez obtenir des phénomènes énergiques à l’aide d’une substance active, telle que la quinine, vous ne la donnerez pas à intervalles éloignés, car il n’y aurait jamais à un moment donné qu’une petit quantité de quinine dans le sang, et une dose aurait toujours j le temps d’être éliminée lorsque arriverait la suivante : de sorte que vous n’auriez jamais d’accumulation de doses, et par conséquent aussi d’accumulation d’action, puisque l’on peut dire que c’est tout un, avec des conditions un peu particulières.

Voilà donc des conditions qu’il est important de connaître. En voici d’autres : je vous ai parlé du degré de division, de l’état plus ou moins soluble; voici encore une autre circonstance qui est souvent artificielle : c’est celle de l’enrobement des médicaments. Dans les pharmacies on incorpore

les substances actives à d’autres plus ou moins inertes qui jouent le rôle d’adjuvants ou de correctifs. Cet enrobement, qui ne porte pas toujours ce nom, parce que l’on s’imagine souvent faire des combinaisons, met un obstacle plus ou moins considérable à l’activité de la substance, parce qu’il met obstacle à son absorption. Et dans un certain nombre de cas il

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y a des différences immenses entre l’activité du remède, qui peut être introduit, ou pur, ou sous la forme d’un solution, et celle d’une substance qui se présente au contraire divisée , au milieu d’une masse de substance inerte.

Voici, par exemple, l’iode métalloïdique; c’est un caustique : il suffirait d’en laisser tomber dans l’estomac 5 centigrammes pour qu’il fût très éprouvé, enflammé, ulcéré. Eh bien, on peut introduire 40 centigrammes d’iodure d’amidon, c’est-à-dire 4 centigrammes d’iode, tandis que 5 centigrammes suffiraient à produire les désordres que je viens de rappeler, sans qu’il résulte rien, ni comme action topique, ni comme effets généralisés. Comment cela s’explique-t-il ? Sachez d’abord que ce qu’on nomme de l’iodure d’amidon n’est pas de l’iodure d’amidon : que c’est l’incorporation de l’iode dans les interstices offerts par les couches des grains d’amidon, entre lesquelles l’iode est à l’état de division extrême; cette division est la même, qu’il soit introduit dans ces espaces ou bien qu’il se trouve à la surface intérieure d’une bouteille dans laquelle on agite plus ou moins vivement quelques gouttes de teinture. Sous cet état l’iode est bleu, et c’est pour cela que l’iodure d’amidon est bleu.

La réunion de ces deux circonstances, l’enrobement d’un côté, le degré de division extrême de l’autre, donnent donc lieu à des différences extrêmement considérables entre le mode d’action des diverses formes médicamenteuses. Tellement qu’il y a des préparations qui, réunissant cet ensemble de mauvaises conditions : d’une part une substance très cohérente, très difficile à entourer, soit par les liquides de l’économie, soit par les substances qui sont capables d’agipar leurs affinités, telles que les alcalis, les acides; d’autre part l’enrobement dans une substance étrangère et la dis-

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simulation sous une couche d’argent, ne peuvent plus agir. Il vous arrivera de temps en temps, par exemple, d’administrer à des gens affectés de catarrhe des voies urinaires de la térébenthine cuite en vous disant : De celte façon j’aurai tous les avantages du médicament et pas d’inconvénients. Eh bien, quand ces pilules sont un peu trop cuites, bien enveloppées d’une jolie feuille d’argent, elles passent complètement inaltérées : cela devient des pilules perpétuelles. J’ai vu ce même phénomène se passer avec des pilules de résine de copahu. J’achetais chez les parfumeurs la résine de copahu dont ils avaient extrait l’essence pour augmenter leurs différents parfums et je m’en servais. Je m’aperçus dans les premiers temps que je n’obtenais pas de résultat, parce qu’elles passaient à peu près inaltérées. J’associai alors la résine de copahu à une substance capable de la diviser et j’obtins les meilleurs résultats. Vous voyez que la connaissance de ce fait a un intérêt véritable.

Je viens de vous montrer que la quantité d’effets n’est pas toujours proportionnelle à la quantité de substance employée; qu’il faut que cette substance que vous confiez aux voies digestives soit de telle nature, dans des conditions telles, qu’elle soit facilement absorbable dans un délai assez bref pour se trouver en quantité un peu considérable à la fois dans l’organisme et dans la proportion où elle est efficace. Il y a même, je vous le disais, des circonstances tout à fait paradoxales dans lesquelles les médicaments agissent d’autant moins qu’ils sont introduits en quantité d’autant plus considérable. Ceci semblerait favorable aux doses infinitésimales. Mais non; vous allez voir que cela s’explique à merveille.

leçon. 1 ÉLIMINATION DES MÉDICAMENTS. 467

Voici un premier fait : vous connaissez tous les effet du calomel, effets antiplastiques; vous savez que, plus que beaucoup d’autres mercuriaux, il produit des effets sur les glandes salivaires, et que la stomatite est la conséquence hélas! trop fréquente de l’emploi de doses faibles. Aussi, quand on veut obtenir cet effet, on le fractionne, on le donne à doses filées , comme on dit, petites, mais fréquentes. Dans ces conditions-là, si vous donnez 10, 20 centigrammes dans la journée, vous pouvez obtenir en vingt-quatre heures de la stomatite. Il semblerait, d’après cela, qu’il dût être très dangereux d’introduire de plus fortes doses de calomel. Non : avec des doses élevées, il ne se passe rien de semblable : il se pourra qu’on ait tout simplement des effets cholagogues, et pas du tout d’effet du côté de l’entrée des premières voies, que tous les effets se fassent, en un mot, sentir sur le foie. Il y a mieux : quand vous employez des doses énormes il ne se fait plus rien du tout. Ainsi, dans les Indes, — où les médecins ont l’habitude d’employer le calomel pour combattre un grand nombre d’affections (autrefois surtout; aujourd’hui ils ont modifié un peu leur thérapeutique), des diarrhées rebelles, des dysenteries, — on a souvent administré des doses de 4, 5, 6 gr. de calomel, qui, loin d’accroître la diarrhée, la faisaient cesser. Est-ce là de l’homéopathie? Non, cela signifie tout simplement que, lorsque ces médecins de l’Inde donnaient des quantités considérables de calomel, il n’y avait pas possibilité pour ce calomel d’ètre, même partiellement, transformé : la masse énorme englobait les substances qui étaient capables de rendre le calomel soluble, et celui-ci traversait l’intestin en jouant le rôle d’absorbant.

Ce fait se montre plus visible avec l’oxyde de zinc. Petites

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doses : effets nauséants et vomitifs; fortes doses : effets absorbants, moyen excellent d’arrêter la diarrhée. Pourquoi? Lorsque vous en donnez peu, il se trouve toujours assez d’acide pour former du lactate de zinc ou du chlorure de zinc; lorsque vous en donnez beaucoup, il se fait un sel tellement basique, qu’en somme ce n’est plus un produit soluble, et le zinc passe, produisant tout simplement les effets d’un absorbant chimique. Vous voyez que ces faits méritaient de vous être signalés.

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