CONDITIONS INDIVIDUELLES
quent ils peuvent pénétrer avec plus de facilité quand la dose d’alcali qu’ils rencontrent dans l’intestin est plus considérable.
Nous en dirons autant des différentes proportions de chlorures alcalins, de matières albuminoïdes, de matières grasses qui servent à favoriser l’introduction de certaines substances métalliques, solubles dans les matières albuminoïdes, ou bien l’introduction du phosphore, du soufre solubles dans les matières grasses.
Quand on donne un bouillon trop salé en même temps qu’une dose élevée de calomel, il peut en résulter un véritable empoisonnement, par la formation d’un chlorure double très vénéneux. Le chlorure de sodium peut même avoir été accumulé par une alimentation très salée avant l’introduction du médicament. Il est clair que vous n’obtiendrez pas le même effet chez des sujets soumis à la privation de sel, comme dans certains sièges. De même pour les subtances albuminoïdes : elles sont favorables à la dissolution d’abord, à l’absorption ensuite, des substances solubles à leur faveur.
Parmi les autres conditions individuelles, nous en trouvons quelques-unes qui sont sans grande importance : la vitesse de la circulation, la rapidité avec laquelle se fait la pénétration dans les tissus. Mais il y en a d’autres qui ont une importance réelle et même majeure.
Telle est, par exemple, la rapidité du tourbillon moléculaire. Cette rapidité a une grande importance sur les actions physiologiques des substances qui doivent prendre part à la formation des tissus, puisque la rénovation s’en fait plus ou moins rapidement. Il y a aussi la rapidité de la destruction des substances : car il ne s’agit pas de la quantité introduite
478 ÉTAT DES SÉCRÉTIONS. | Vingt-neuvième
ou qui a circulé; il s’agit de celle qui se trouve, à un moment donné, plus ou moins massive. On comprend que si une substance, même introduite en grande quantité, se détruit avec une extrême facilité, il n’y en a jamais assez pour produire, ou des effets thérapeutiques, ou des effets toxiques.
Mais une condition qui est vraiment prépondérante pour modifier l’intensité des actions physiologiques, c’est l’état des sécrétions. Si les sécrétions salivaire, biliaire et surtout urinaire se font avec une grande activité, et si par conséquent l’émonction est excessivement rapide, il y aura les plus grandes difficultés à produire des effets médicamenteux un peu considérables, et pour les obtenir il iaudra introduire des doses qu’on appelles massives. Si cette condition est excellente dans un certain nombre de cas, alors qu’il s’agit de poison à éliminer, elle est au contraire détestable quand il s’agit d’effets médicamenteux.
Supposez maintenant des sécrétions languissantes, sinon tout à fait taries, une bouche sèche, de l’anurie ou de l’oligurie; dans ces conditions-là des doses même très minimes de substances actives produiront des effets considérables ; il faudra vous tenir en défiance. Lors donc que vous aurez à introduire des médicaments d’une grande énergie, surtout chez des sujets qui demandent à être respectés plus que les autres, chez les goutteux, il faudra vous informer avec le plus grand soin s’ils urinent beaucoup ou peu. Si leurs reins sécrètent abondamment, vous pourrez leur donner du colchique et toutes sortes de substances actives, sans avoir trop peur de dépasser les limites des effets thérapeutiques voulus; si au contraire les urines sont rares, s’ils ne rendent que 500 ou 600 grammes dans les 24 heures, défiez-
leçon.]