TROISIÈME LEÇON
THERAPEUTIQUE GÉNÉRALE (suite).
Corrélation des forces organiques. — L’organisme n’utilise que les forces, naturelles ; application à l’action de l’électricité.
Toute action médicamenteuse se réduit à un échange de matière ou de force
Importance du substratum organique : ergotine et strychnine.
Causes de l’élection des organes par les médicaments.
Constitution physico-chimique : Phosphore. — Phosphates terreux. — Arséniate de chaux. — Fer. — Sels de potasse. — Introduction des médicaments : alcool.
Affinité des éléments histologiques : Alcool. — Éther. — Lécithine. — Protagon. — Myéline. — Acide cérébrique. — Alcaloïdes.
Raison physique de ces affinités : teinture par les matières colorantes.
Différences dans la sensibilité organique : Muscles extenseurs et fléchisseurs.
Voies d'élimination des médicaments.
substances minérales. — Composition chimique.
Parfaite : Sulfate de soude.
Imparfaite : Oxalates. — Cyanures. — Chlorates. — Chlorures. — lodures. — Bromures. — Arséniates. — Sels de fer. — Sels de cuivre.
Combinaisons mal définies.
Combinaisons instables : Hyposulfites. — Hypochlorites.
Messieurs,
La nouvelle manière d’interpréter les faits dont je vous ai parlé dans la dernière leçon suppose une étroite corrélation entre les forces physiques et les forces organiques, puisque une substance tirée de la nature morte peut donner la force nécessaire à l’entretien de la vie.
La force est attachée à une certaine constitution matérielle des organes. Dans les globules sanguins par exemple, dans les muscles, dans les filets nerveux, dans la substance médullaire, dans la substance cérébrale, il y a des jeux fonctionnels qui n’utilisent en somme que les forces de la nature en généraL
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
[Troisième
Je vous ai donné des exemples qui me paraissent de nature à apporter la conviction dans vos esprits. Je vous ai montré, par exemple, qu’un courant électrique peut ramener momentanément la contraction volontaire dans un organe qui l’avait perdue. Ce retour est absolument instantané, il dure aussi longtemps que dure le passage du courant et il disparait avec la cessation même de ce passage. Seulement, j’ai oublié de vous présenter tout de suite les différentes manières d’interpréter ce phénomène.
11 est clair qu’il serait possible d’émettre cette opinion : à l’aide d’un courant électrique vous avez tout simplement chargé de force les éléments musculaires, et par ces conditions exagérées vous avez donné lieu à des manifestations de fonctions organiques un peu plus actives. Mais il est bien difficile de comprendre par ce procédé l’instantanéité de ce phénomène. A peine les rhéophores sont-ils appliqués que, sous l’influence de la volonté, le muscle se contracte. Cette instantanéité n’est pas en rapport avec l’idée que ce sont des actions ou mécaniques ou chimiques qui sont mises en jeu par l’influence du courant.
Mais il y a deux autres hypothèses à faire, toutes deux en harmonie avec la doctrine de la corrélation des forces.
L’une de ces hypothèses m’a été présentée par mon savant ami M. Berthelot: c’est l’hypothèse des relais. Vous savez que quand, dans un fil électrique très long, la déperdition se fait facilement dans une atmosphère brumeuse et humide, on est obligé, au bout d’un certain nombre de kilomètres, de remettre une machine électrique, afin de favoriser le passage du courant: c’est là ce qu’on appelle des relais. Ainsi, dans les temps de pluie, on est obligé d’avoir des relais entre Paris et Rouen. On pourrait admettre que dans les
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conditions dont je parlais, c’est-à-dire lorsque le membre supérieur avait été paralysé, il y avait un certain degré d’inconductibilité des rameaux nerveux, et que, sous l’influence du courant, les mouvements pouvaient être communiqués depuis le centre jusqu’à l’extrémité des rameaux nerveux en contact par cette extrémité avec les fibres musculaires.
L’autre hypothèse, à laquelle je m’étais arrêté, repose sur la possibilité de restituer à un muscle qui n’en fait plus la force qu’il aurait dû faire.
Quelle que soit celle de ces deux hypothèses que l’on adopte, on doit toujours reconnaître la corrélation des forces physiques et organiques. Les substances médicamenteuses, et même très souvent les remèdes (car les impondérables ne sont pas des médicaments), agissent en cédant de la force à l’économie ou bien en lui cédant de la matière. Il résulte donc ceci : dans le conflit des médicaments et des remèdes avec l’économie, celle-ci reçoit ou perd, soit de la force, soit de la matière.
Au premier abord, il vous paraîtra étrange que l’on puisse expliquer cette diversité indéfinie des actions médicamenteuses avec cette uniformité de procédé que je suppose exister. Vous allez voir qu’il n’est pas difficile de faire concorder les faits avec cette vue doctrinale.
D’abord je vous ferai remarquer que, quant à' la diversité des phénomènes que nous observons, elle peut, s’expliquer par les effets positifs et négatifs des remèdes, c’est-à-dire des actions qu’ils produisent, et des réactions de l’organisme.
Mais vous allez comprendre qu’il est surtout simple de se rendre compte de leurs actions quand on songe à la multiplicité et à la diversité des organes.
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En effet, que les médicaments cèdent de la force et soient par conséquent des toniques , des stimulants, qu’ils soient en général des excitants , cela importe peu, si tantôt ils excitent le système nerveux sensitif, tantôt le système nerveux moteur. Si, lorsqu’il s’agit du système sensitif, ils s’adressent tantôt à celui qui est dévolu aux sens spéciaux, tantôt à la sensibilité générale, et ainsi de suite.
Pour le mouvement, voici par exemple l’ergotine et la strychnine, qui sont des agents de tonification pour le système moteur et qui probablement agissent en cédant de la force.
Mais l’ergotine s’adresse au système moteur de la vie organique, aux fibres lisses et probablement aux fibres nerveuses qui les animent.
Au contraire, la strychnine s’adresse à la moelle.
Par conséquent, tandis que l’ergotine produit un retrait des bronches et de l’utérus, la strychnine produit une exagération dans l’intensité de la force manifestée par les muscles.
Vous voyez que, quoique le mécanisme soit identique au fond, par cela seul que les médicaments s’adressent à des organes différents, les effets sont différents.
Je vous rendrai ces faits bien autrement intelligibles en faisant cette hypothèse : supposez qu’un médicament soit capable d’agir sur le système nerveux vaso-moteur constricteur, et un autre sur le vaso-moteur dilatateur (vous savez qu’aujourd’hui cette division fait autorité; elle était admise par Cl. Bernard, elle l’est par Vulpian); si nous supposons un& action de même sorte, une excitation, une cession de force s’exerçant sur chacun de ces deux systèmes, les effets seront diamétralement opposés.
Si vous excitez le dilatateur, il en résultera une hyperhémie;
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si au contraire vous excitez le vaso-constricteur, ce sera de l’ischémie, de l’anémie et tous les phénomènes que vous connaissez si bien.
Vous voyez donc qu’avec le même procédé, avec le même mode d’action, suivant que cette action est appliquée à des organes différents, vous aurez les effets les plus divers, et je crois qu’il n’est pas nécessaire d’invoquer d’autres raisons.
Ici se présente cette question: Pourquoi certains médicaments s’adressent-ils à une région, à un organe, à une portion d’un appareil, et pourquoi d’autres s’adressent-ils à d’autres organes, à d’autres appareils? Pourquoi par exemple l’opium fait-il élection dans l’encéphale ? Pourquoi la strychnine va-t-elle particulièrement s’adresser à la moelle? Pourquoi l’aconitine agit-elle sur les expansions du système nerveux? Pourquoi l’ergot agit-il sur l’utérus? Je n’ai pas la prétention de vous donner les raisons de ces élections, mais il y a cependant certaines lumières qui peuvent être projetées sur cette portion du terrain de la science.
Je vous ferai remarquer que ce qui gouverne la direction que prennent les remèdes, c’est d’abord une sorte de prédestination, prédestination qui est attachée à leur constitution pliysico- chimique, et qui fait que ces remèdes vont prendre place chacun dans uni issu particulier, et qu’ils sont destinés à s’éliminer par de certaines voies.
Je le répète, ces prédestinations sont en rapport avec leurs qualités physiques et chimiques.
Pourquoi le phosphore est-il un stimulant du système nerveux, ou, comme on dit, un nervin, car c’est là l’expression univoque dont on se sert pour désigner ces faits? Pourquoi, étant un nervin, produit-il des effets parfois utiles dans le cours d’affections telles que les paralysies, telles que le
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tabes et les différentes formes de tabes? La raison en est très simple :
Si le phosphore s’adresse au système nerveux, c’est qu’il en est un élément constitutif, et que par conséquent il est tout naturel que le système nerveux trouvant plus de phosphore qu’il n’y en a dans les aliments, se serve de ce phosphore, et que sa nutrition soit activée. S’il y en a trop, il y a excitation.
Voici maintenant les phosphates terreux : pourquoi modifient-ils le système osseux dans le rachitisme, dans l’ostéomalacie? pourquoi vont-ils relever la nutrition là ou elle est languissante, comme chez les anémiques, les cachectiques? La raison en est simple.
Les phosphates terreux vont consolider le système osseux qui est en train de se ramollir, parce qu’ils sont un élément indispensable à la constitution des corpuscules osseux.
Pourquoi réveillent-ils la nutrition? par la même raison. Il y a des expériences qui démontrent l’intervention efficace et nécessaire des phosphates terreux dans le développement de tous les tissus, et non seulement des tissus animaux, mais aussi végétaux. Ainsi mon savant collègue M. Gosselin a fait, il y a bien longtemps déjà, avec un naturaliste jeune alors, M. Alphonse Milne-Edwards, des expériences sur des animaux et sur des végétaux qui démontrent l’intervention des phosphates dans la nutrition.
Partout où il y a une cellule on peut dire qu’il y a une certaine proportion de phosphate terreux ; il est donc naturel que ce phosphate aille aux cellules en voie de développement, qu’il serve à activer le travail de la nutrition.
L’arséniate de chaux peut prendre dans les os la place du phosphate. Pourquoi cela? parce que l’arsenic et le phosphore sont des corps très rapprochés l’un de l’autre.
Leçon.]