ACCUMULATION D’ACTION
progressive, la dose restant la même, leurs effets? On peut supposer qu’il se passe pour l’organisme vivant, sous l’influence des modificateurs que nous introduisons à titre thérapeutique, ce qui se passe dans les orages : Vous avez vu de grands peupliers qui sous le vent étaient inclinés, se relevaient, mais finissaient en fin de compte par faire un angle de 45° et même moins par rapport à l’horizon. Chaque degré dans l’inclinaison dépassait le degré précédent. On peut supposer qu’il y a quelque chose d’analogue quand les médicaments commencent à produire leurs effets : une déviation de la fonction de la cellule dans un certain sens, soit exaltation, soit affaissement, débute; puis une nouvelle dose accroît la déviation. On peut admettre cette manière de voir, mais elle est un peu trop hypothétique, elle ne repose pas sur des données assez certaines.
En voici une autre qui semble plus facile à admettre, c’est la permanence d’une certaine fraction de la substance active dans le sein du tissu qu’elle modifie. Vous comprenez bien que si, pour reprendre l’exemple de tout à l’heure, sur 20 parties de la substance active — je suppose digitale ou digitaline — il n’y en a que 10 qui soient ou éliminées, ou détruites chaque jour; s’il en reste 10 dans les éléments histologiques du bulbe, à la naissance des nerfs suspensifs, lorsque le lendemain on ajoutera 20 nouvelles parties de digitaline, il y en aura alors 30 qui se seront situées dans le bulbe pour modifier le jeu fonctionnel du cœur. Il semble que réellement c’est ainsi que les choses se passent. De façon que dans cette manière de voir il n’y aurait pas une grande différence entre l’accumulation de dose et d’action, et on dirait : V accumulation de dose , c'est V accumulation des médicaments dans les premières voies; V accumulation
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d'action , c'est V accumulation des médicaments dans les lieux mêmes où ils accomplissent leur destinée. Et alors tout s’explique par ce séjour plus ou moins prolongé dans l’organe que choisit la substance active, dont elle fait élection.
Ceci convient à la généralité des cas; mais l’explication est insuffisante quand il s’agit de la digitale, car il y a là une particularité des plus curieuses, bien connue depuis longtemps, mais qui n’est pas encore suffisamment étudiée dans tous ses détails, et sur laquelle de récents travaux viennent encore d’appeler l’attention des praticiens. Je, veux parler de cette augmentation des phénomènes physiologiques du digitalisme, après qu’on a cessé l’administration de la digitale. Ainsi on en voit très fréquemment l’exemple, lorsqu’on a administré la teinture alcoolique à la dose de 20 ou 30 gouttes par jour, ou bien l’infusion à la dose de 50 centigrammes, ou enfin la poudre de feuilles de digitale, et qu’on a obtenu ces phénomènes si remarquables, si litigieux dans ces derniers temps et bien expliqués aujourd’hui, du ralentissement progressif des battements du cœur, de la régulation progressive de ces battements et de l’augmentation de la force de propulsion cardiaque. Au bout de cinq ou six jours le pouls est tombé à 80, de 130 ou 150 qu’il avait d’abord : le praticien prudent s’arrête et il laisse à la digitale le soin défaire le reste, c’est-à-dire d’abaisser le pouls jusqu’à 60. Eh bien, il arrive dans un grand nombre de cas que l’abaissement du pouls continue non seulement dans les 24 heures, mais même dans les quatre ou cinq jours qui suivent. De telle sorte que le pouls, qu’on avait laissé à 80 en cessant le remède, finit par arriver à 40. Et ce ralentissement peut durer même un temps plus long que celui que je viens d’indiquer. On a cité dans plusieurs observations un délai plus
leçon. J