‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 121 sur 148 · DIGITALE · texte numérisé non relu

DIGITALE

long encore, et mon regretté ami M. Quévenne a montré dans ses expériences que ce ralentissement qui succède à l’administration de la digitale pouvait durer dix, quinze jours. Eh bien, cela peut aller encore au delà! J’avais dernièrement dans mon service à Beaujon un homme affecté d’une maladie organique du cœur et chez lequel la digitale avait été donnée à dose convenable pour ralentir les battements du cœur. Sous nos yeux, ce ralentissement se prolongea douze et quinze jours à 54,45 pulsations. Il est sorti disant qu’il voulait voir la fête du 30 juin, disant que probablement il n’en verrait pas d’autre. Durozier cite un cas où le ralentissement s’est prolongé pendant vingt-cinq jours.

Je dis que pour ces faits l’explication de tout à l’heure est insuffisante. Nous nous sommes contentés de dire qu’il restait un peu de la substance dans l’organe dont le médicament a fait élection, le bulbe, le cerveau si vous voulez, et que cette portion de substance qui reste là vient recevoir tous les jours le complément des doses apportées. Mais ici on a supprimé le médicament, il faut donc faire intervenir une autre circonstance. C’est évidemment la suivante : c’est que la substance ne pénètre pas immédiatement dans les organes qu’elle modifie; que pendant un temps plus ou moins long elle circule, ou bien qu’elle est en réserve dans les interstices du tissu cellulaire, dans les lacunes initiales du réseau lymphatique, dans les organes qui sont en train de l’éliminer, mais qui l’éliminent avec une certaine lenteur. Évidemment il faut admettre aussi qu’il y a une accumulation de doses dans le système circulatoire et dans tous les organes qui peuvent servir de réserve pour la substance active. Vous voyez que plus nous étudions le phénomène, plus nous voyons que l’accumulation d’action et l’accumulation de dose sont deux

m ACCUMULATION DES MÉDICAMENTS. [Trentième

choses très voisines. Et encore u ne fois : accumulation de doses , c'est V emmagasinement dans les premières voies; accumulation d'action , c'est l' emmagasinement dans l'organe où se déploie l'activité de la substance médicamenteuse.

Maintenant, quelles sont les circonstances qui modifient cette accumulation d’action? L’une des principales, et que j’ai déjà mise en relief, c’est la rapidité avec laquelle se fait l’élimination. Quand je vous ai parlé de l’arsenic je vous ai dit : Il se peut que des doses même assez fortes soient éliminées; mais avant de l’être elles ont produit déjà des effets qui en se répétant déterminent une modalité fâcheuse de la part des organes digestifs et peuvent finir par user les ressorts de la vie. Cette même élimination, plus ou moins lente ou rapide, intervient encore ici, puisque la digitale ne doit de maintenir ses effets qu’à ce qu’elle est tenue en réserve dans les tissus. C’est donc qu’elle n’est pas éliminée au fur et à mesure de sa pénétration. En effet, c’est une des substances dont l’élimination est la plus difficile. Il semble qu’elle s’élimine par un petit nombre de voies, et j’ai lieu de penser qu’elle le fait surtout par le foie.

Ce qu’on sait bien, c’est qu’elle semble ne pas s’éliminer par la voie rénale — qui est cependant la plus ordinaire pour la plupart des substances — tellement qu’on n’a jamais pu retrouver la saveur de la digitale dans l’urine. Ainsi M. Quévenne, qui poussait le dévouement à la science à ses dernières limites, a dit qu’il avait beau faire, donner dans ses expériences des doses extrêmement élevées de digitale, jamais il n’avait pu trouver à l’urine une amertume rappelant celle de la digitaline. Et cette substance est d’une amertume telle, qu’il suffit qu’il y en ait la moindre quantité

leçon]

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