MÉDICAMENTS ASSOCIÉS
à calmer plus facilement un sujet que si l’on employait un seul de ces agents. Voilà donc un cas dans lequel des substances qui agissent d’une manière différente sont complémentaires.
Vous trouvez encore la même chose dans ce qu’on appelle les purgatifs complets. Il y a des purgatifs qui agissent sur la contractilité intestinale, il y en a d’autres qui agissent en irritant la muqueuse et qui augmentent sa sécrétion, il y en a d’autres qui agissent comme irritants du foie et qui par conséquent produisent des effets d’hypercrinie hépatique. Vous pouvez réunir tout cela à des substances qui agissent surtout comme exosmotiques, avec la réserve — que je fais toujours — que ce n’est pas un phénomène purement physique, mais qu’il y a là l’intervention active d’un organe sécréteur. Si vous associez cela, vous faites un purgatif complet, comme la médecine noire du Codex, qui agit souvent beaucoup mieux qu’un purgatif simple qui demanderait des doses beaucoup plus considérables. Et cette association des trois espèces de purgatifs donne des résultats plus certains et obtenus plus facilement, à moins de frais, que ne le ferait un drastique très énergique, mais qui n’agirait que d’une seule façon.
11 en est de même pour les diurétiques. Dans le diurétique amer de la Charité il y a une association de substances qui donne des résultats excellents. De même, dans le vin diurétique de Trousseau il y a une grande quantité de substances qui se prêtent mutuellement secours et qui donnent des résultats plus considérables qu’une seule substance diurétique.
Il y a enfin des cas dans lesquels les substances qu’on associe portent leurs effets chacune sur un appareil, sur un
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INTOLÉRANCE
(Trente-deuxième
émonctoire particulier, où chacune agit à sa manière. Mais de l’ensemble de ces actions il résulte des effets thérapeutiques considérables.
Yoici par exemple un cas de cachexie avec hydropisie : nous donnons des toniques pour relever les forces et rendre le malade plus impressionnable à l’action des remèdes; alors on peut donner des purgatifs, des diurétiques qui produisent l’exonération de cette substance en réserve dans le tissu cellulaire et dans les cavités séreuses.
Voici encore des cas de diathèse dartreuse : nous donnons, je suppose, l’arsenic, si c’est le médicament ce qui paraît préférable; mais en même temps nous donnons aussi des moyens très variés d’agir, et sur la peau, et sur le tube digestif, pour produire de ce côté une révulsion plus ou moins intense.
Voici encore un syphilitique : en même temps que nous donnons une substance propre à faire disparaître les manifestations, nous donnons aussi des toniques pour empêcher le malade de fléchir sous le coup des effets du virus.
Dans la méningite nous donnons du bromure de potassium, du calomel qui est un moyen d’agir comme antiplastique; mais en même temps nous produisons un appel irritatif du côté des extrémités, nous mettons soit des sinapismes, soit des vésicatoires. Eh bien, tous ces moyens concourent à un même but. Ces substances ne sont pas véritablement des synergiques : elles ne le deviennent qu’à la condition que nous comprenions que l’organisme représente une véritable unité; en raison de la solidarité des organes nous obtenons des effets révulsifs, parce que les liens sympathiques qui existent entre les différents appareils font que l’action que l’on exerce sur l’un, retentit
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ANTAGONISTES
sur l’autre, et comme il semble que nous n’ayons à un moment donné qu’une certaine quantité de force, quand on vient à produire une révulsion, une dérivation, une irritation sécrétoire très forte, dans ces conditions-là on dépouille réconomie et on empêche que le travail qui se passait d’un autre côté n’ait à sa disposition les matériaux nécessaires pour qu’il se développe : c’est une manière de comprendre la révulsion .
De même qu’il y a des circonstances dans lesquelles les substances médicamenteuses accessoires viennent prêter secours aux principales par les différents procédés que je viens d’indiquer, de même, dans d’autres cas, il y a des substances médicamenteuses qui viennent mettre obstacle à la réalisation des effets des substances principales. Ce sont ce qu’on appelle les antagonistes; ils se distinguent en antagonistes chimiques et antagonistes pharmacodynamiques. Les antagonistes chimiques sont les seuls qui aient été connus de nos devanciers. Autrefois on ne connaissait que ce qu’on appelle aujourd’hui des contrepoisons. Aujourd’hui, les acquisitions récentes de la science nous ont montré au contraire l’importance considérable de l’action antagoniste des substances dans l’action pharmacodynamique. Et de là est né ce qu’on appelle l’antagonisme thérapeutique, que j’ai proposé d’appeler l’antidotisme parce que l’autre mot existe déjà en pathologie.
11 y a donc des antagonistes chimiques et des antagonistes pharmacodynamiques.
Le nombre des cas dans lesquels les antagonistes chimiques se montrent est très considérable. Par exemple, nous jetons dans l’estomac quelque chose qui est desitné à agir par ses qualités d’alcali : il rencontre de l’acide
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ITrente-deuxième
chlorhydrique : il devient un sel. Dans d’autres cas nous donnons de l’acide phosphorique, il rencontre dans l’estomac des substances alcalines, il s’y combine, et alors les urines ne révèlent presque rien. Dans d’autres cas ce sont des substances qui, sous la forme de sels solubles, sont introduites dans les premières voies et qui rencontrent du chlorure de sodium, de façon à former un sel insoluble. De même le tartre stibié peut être détruit, ainsi que les alcaloïdes. Par conséquent, voilà une foule de circonstances dans lesquelles l’action des médicaments est empêchée.
Mais l’antagonisme dynamique, l’antidotisme réel est bien autrement intéressant. Sans doute on a bien exagéré la valeur antagonistique d’un certain nombre de substances, et il règne à cet égard beaucoup d’erreurs. Néanmoins, l’antagonisme thérapeutique est très fréquent, mais pas avec la valeur qu’on lui accorde en général. On peut dire qu’il n’y a presque pas un cas dans lequel deux substances jouant des rôles différents peuvent s’opposer immédiatement, de manière à neutraliser leurs effets d’une façon régulière.
Il y a peut-être une exception : le cas de l’ésérine et de l’atropine. On savait, dès le début de l’apparition de la fève de Calabar, que c’était un myosique par excellence; on a du comprendre tout de suite qu’elle était l’opposé de la belladone. Mais on a recherché plus tard les conditions dans lesquelles se produisait cet antagonisme, et des expériences presque simultanées ont été faites en France par Bourneville et en Angleterre par Fraser. Il en est résulté ce fait, que pour ces deux substances l’antagonisme est presque parfait. Voyez en effet ce qui se passe.
Voici l’atropine : comme vous le savez, elle diminue les forces de la paire vague; au contraire l’ésérine augmente sa
leçon.]
ANTAGONISTES
puissance. En d’autres termes, résérine diminue le nombre des battements du cœur, et au contraire l’atropine les augmente singulièrement. L’ésérine augmente la tension, l’atropine la diminue.
Ce sont là des choses corrélatives d’ailleurs. Vous savez que, d’après Marey, la tension est diminuée quand le nombre des pulsations est augmenté.
L’ésérine augmente la sécrétion des glandes salivaires, lacrymales, intestinales et rénales. Eh bien, l’atropine diminue toutes ces sécrétions. L’atropine diminue la contractilité des artères, et l’ésérine celle des veines. L’atropine produit la mydriase, et résérine le myosisme. Par conséquent on peut dire que l’opposition existe sur tous les points.
Malgré cela, il y a des circonstances qui vous montrent que cet antagonisme n’est pas aussi absolu qu’on pourrait le croire et qu’il ne s’établit pas dans des proportions équivalentes sur tous les points. Il n’est pas aussi absolu, attendu que si l’ésérine diminue la contractilité des veines souvent, dans un certain nombre de cas elle l’augmente, lorsqu’elle est donnée à petites doses. D’un autre côté, si vous considérez le myosisme déterminé par l’ésérine comparé à la mydriase de l’atropine, les deux substances ne se font pas équilibre. Le myosisme est plus faible que la mydriase, si bien que cette dernière lui survit. Par conséquent, vous pouvez en conclure que les deux substances ne pourraient pas se servir réciproquement d’antidote. Ce qui n’est pas obtenu dans ce cas parfait, à plus forte raison vous ne l’aurez pas dans d’autres, comme par exemple lorsqu’il s’agit de la belladone comparée à l’opium.