‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 136 sur 148 · MORPHINE ET ATROPINE · texte numérisé non relu

MORPHINE ET ATROPINE

toine nous amène une femme qui venait de lui acheter du laudanum et qui l’avait avalé devant lui. Il y en avait une telle quantité qu’il y avait de quoi empoisonner beaucoup de gens. Le pharmacien effrayé emporte la femme à l’hôpital; on s’apprête à administrer la belladone à haute dose. Cette femme fut pendant un certain temps soumise à des phénomènes d’intoxication vague, elle tomba dans un état de stupeur profonde et elle revint à elle longtemps après. L’interne qui avait administré la belladone était enchanté : il avait rappelé à la vie une pauvre femme. Par malheur, celte femme avoua qu’elle avait l’habitude de boire du laudanum et que la dose dépassait de bien peu ce qu’elle prenait d’ordinaire. Pour en avoir, elle faisait faire des prescriptions et elle ramassait des quantités considérables de laudanum, dont elle s’abreuvait et qui lui causaient une sorte d’ivresse qu’elle recherchait, et à un degré ultérieur un sommeil qui aurait été chanté par les poètes espagnols. Cette femme est allée plus tard à Necker et elle a répété là tout ce qu’elle avait dit ailleurs, c’est-à-dire qu’elle buvait du laudanum comme certainespersonnes du vin.

Voici un fait relatif à l’empoisonnement par l’atropine où personne n’est intervenu et qui vous montrera que l’empoisonnement le plus violent est cependant souvent suivi de recouvrance : Un de mes clients d’autrefois, un avocat, était sujet à des migraines horribles. Or, ce qui n’est qu’une petite maladie pour des gens de loisir est quelque chose de grave pour des gens qui ont à travailler à jour fixe. 11 me demandait toujours de le débarrasser de sa migraine : Si je connaissais un moyen, lui disais-je, je l’emploierais pour moi-même. Genre de vie réglée, un peu de bromure de potassium. Un jour il rencontra chez un ami un médecin qui lui dit :

ANTAGONISME

[Trente-troisième

Gomment î M. Gubler ne vous débarrasse pas de votre migraine ! mais c’est facile. Celui-ci ne voulut pas accepter de consultation dans un salon. Mais un jour que j’étais en province, comme il eut un accès de migraine et que je ne pus pas venir, il alla voir ce médecin. Celui-ci lit son ordonnance et lui donna 10 centigrammes de sulfate d’atropine dans 30 grammes d’eau. Il lui recommanda de prendre la potion par cuillerée à café jusqu’à disparition de sa migraine. Mon client pensa qu’une cuillerée à café c’était bien peu : il prit une cuillerée à dessert, c’est-à dire quelque chose comme6 ou 8 centigrammes d’une solution à 10 centigrammes pour 30. A peine avait-il avalé ce breuvage qu’il éprouve une sensation étrange de malaise, et il est saisi d’un délire subit. Dans son délire — comme c’était unjeune avocat qui avait son cabinet dans sa chambre — il se lève, met le pied dans sa corbeille aux papiers, croyant être sur son lit, et tombe. Il reste là jusqu’au lendemain matin, personne n’ayant rien entendu ; puis au jour, saisi parle froid, il revient à lui, toujours ne voyant pas clair. 11 rassemble ses souvenirs et il se rappelle ce qu’il a fait. Il en revint très bien : je l’ai vu le lendemain soir, il avait des pupilles très larges, mais il n’y avait plus de signes d’intoxication. Notez qu’on ne lui avait rien fait! Connaissez-vous pourtant beaucoup d’histoires d’empoisonnement par l’atropine avec des doses aussi fortes : trois centigrammes avalés d’un coup, en solution?

Eh bien, quand on a été témoin de faits de ce genre, on ne croit pas aussi facilement à l’histoire de l’antidotisme de l’atropine avec la morphine. Et je vous engage à ne pas vous y fier, à ne pas croire qu’il suffira de donner des doses d’autant plus grandes d’atropine qu’il aura été pris des doses plus grandes de laudanum.

leçon.]

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