INFLUENCE DE L’AGE
Nous avons fini là l’indication des conditions — il y en a d’autres qui ont peu d’importance — qui augmentent ou diminuent l’action thérapeutique.
Nous allons maintenant aborder l’étude des influences complexes qui résultent de conditions également complexes, celles des âges, des sexes, des tempéraments, des races, du genre de vie, des climats. Yous verrez que l’étude préalable à laquelle nous nous sommes livrés n’était pas sans intérêt, et abrège l’étude des faits relatifs aux âges, sexes, etc.
Prenons un âge: il estclair que sa dominante est représentée par la stature, le volume, la masse. Yous voyez donc que tout ce que je vous ai dit tout à l’heure sur le volume ou la masse était une entrée en matière qui avait son utilité. Je reconnais pourtant que tout ne se résume pas dans les conditions de poids et de volume, et qu’il y a souvent un grand compte à tenir des influences en rapport avec d’autres conditions anatomiques et physiologiques.
Si nous prenons par exemple l’enfance, nous voyons qu’il y a là des conditions tout spéciales et qui font que véritablement il y a une thérapeutique qui se distingue de celle de l’adulte. Et ce sont les conditions physiologiques et anatomiques de l’enfant qui décident de ces différences et dans les doses, et même dans l’opportunité. Qu’est-ce qui distingue l’enfant? C’est l’impressionnabilité excessive qui, à propos de la moindre excitation — une dent qui pousse — l’agite de petits mouvements spasmodiques, lesquels vont jusqu’à des convulsions. Eh bien, voilà une première condition dont il y a lieu de tenir un grand compte. Les enfants en bas âge ont aussi une substance corticale tellement vasculaire, qu’elle en est rose et qu’on la croit enflammée quand on ignore son état normal. 11 y a encore là une condition qui
ANTAGONISME
[Trente-quatrième
fait que les enfants sont plus impressionnables à une certaine médication que les adultes. Il y a aussi chez les enfants ce besoin d’ingurgiter une grande quantité d’un aliment qui se présente sous un volume considérable, c’est le lait; l’enfant tire parti de cela, et ce n’est pas sans qu’il en résulte de temps à autre un trop plein, des vomissements, des régurgitations, et très souvent ils ont de la diarrhée. Ces trois circonstances vous rendent comptent d’un certain nombre de différences offertes par la thérapeutique infantile : Ainsi vous ne pouvez pas leur donner de substances stimulantes du système nerveux sans voir se développer de véritables accidents; ils ne peuvent pas respirer de substances éthérées; si vous les couchez sur une masse de houblon, ils dorment comme s’ils étaient anesthésiés; si vous laissez un bouquet de fleurs dans la chambre d’un enfant, il peut subir une influence véritablement toxique. De même, si vous donnez à un enfant très jeune une quantité même très minime de laudanum, il se produit des accidents: non seulement l’hypnotisme, mais une torpeur profonde, comateuse, avec deux gouttes de laudanum. Vous voyez qu’il y a là des choses qui s’expliquentpar des conditionsanatomiques et physiologiques.
Il y a aussi pour la vieillesse un certain nombre de conditions qui font varier l’action médicamenteuse. Ainsi, on dit généralement qu’il faut des doses plus faibles pour un vieillard. Cela est juste pour l’ensemble; mais dans les cas particuliers on trouve qu’ils exigent des doses plus fortes que l’adulte, par exemple pour suer, pour aller à la garderobe. Ainsi vous voyez qu’il y a là toutes sortes de conditions qui modifient les doses et l’administration des médicaments.
Pour les sexes, en grande partie la différence tient à la
leçon.] INFLUENCE DES TEMPÉRAMENTS. 557
différence de poids et de sang en circulation, à la richesse du sang. Mais il y a aussi d’autres circonstances dont je vous ai déjà parlé, telles qu’une grande impressionnabilité.
Les tempéraments ? Ici il y a des influences expliquées par des conditions que nous avons déjà déterminées : ainsi la masse sanguine plus grande chez les sanguins que chez les autres; il y a l’état de faiblesse ou de force. On doit compter aussi avec la prédominance présentée par les appareils. Parfois c’est l’appareil nerveux qui prédomine, et alors offre une sensibilité extraordinaire. Il faut chez ces malades donner avec précaution les nervins. De même, les gens à prédominance bilieuse supporteront à merveille les purgatifs, tandis que les autres ne pourront pas les tolérer. Vous voyez que ce sont là des circonstances qui se devinent, pour ainsi dire, et qui ont été évaluées déjà antérieurement.
Voici maintenant un chapitre qui comprend la manière de vivre, la diète, les habitudes, les occupations. Ici il y a encore des influences très notables. Sans parler des occupations qui peuvent avoir quelque action spéciale, il y a au moins deux grandes divisions à faire : les professions manuelles et les professions intellectuelles. Les modifications subies par ces individus finiront par amener des différences considérables au point de vue de la structure, de l’état pléthorique ou anémique, et il en résultera des modifications dans la manière de les traiter. C’est ainsi que les gens sédentaires deviennent intolérants pour la plupart des remèdes. Au contraire, les autres, qui ont une grande richesse de sang, chez qui les actions sont mieux pondérées, qui paraissent résister davantage, présentent une résistance qui s’exprime par la tolérance. Aussi faut-il souvent des doses plus considérables chez
ANTAGONISME
[Trente-quatrième
les gens de la campagne que chez les gens de la ville.
Les climats? Oh! ici les influences sont d’une extrême complexité: le chaud, le froid, les aliments, les productions du sol, tout cela fait varier les conditions de santé et meme de tempérament et de constitution. Puis il y a avec cela les poisons de toutes sortes qui peuvent exister dans des climats et manquer dans d’autres. Les climats eux-mêmes, comment agissent-ils d’une manière générale? en faisant des hommes vigoureux ou plus ou moins chétifs et blêmes. Il y a d’un côté, dans le nord, les pléthoriques, dans le sud les anémiques. Et notez bien que je ne fais pas tort à la nature en disant qu’elle fait des anémiques dans le midi : je considère au contraire cette faiblesse et cette anémie comme un moyen providentiel de nous acclimater. Il y a aussi la prédominance d’appareils. Nous savons que dans les climats tropicaux vous voyez prédominer l’appareil hépatique, parce que la combustion y est imparfaite et parce que le foie a naturellement à entraîner plus de substances incomburées. Toutes ces circonstances introduisent des différences correspondantes dans l’activité médicamenteuse et dans la direction, la prédilection que manifestent les substances thérapeutiques vis-à-vis de tel ou tel appareil. Ce que je vous dis là des climats naturels, je vous le dirai également des climats confinés, artificiels, qui sont pour ainsi dire créés par l’industrie, tels que la soute dans les bateaux à vapeur, les raffineries, les buanderies. Dans toutes ces conditions-là, où vous avez créé des climats artificiels, tout à fait analogues aux climats intertropicaux, vous voyez se produire les mêmes résultats, la même anémie, les mêmes altérations pathologiques. Et ces altérations, acquises plus ou moins lentement, à force de travailler dans ces climats, exercent la môme
leçon.]