INFLUENCE DE LA RACE
leur en donner un gramme dans les 24 heures sans que cela leur fasse plus d’effet que 5 centigrammes chez nous.
Je disais encore, à la même époque, que la grande prédisposition des nègres à ces convulsions qu’on appelle le tétanos, qui se développe à tout propos pour la moindre blessure, faisait qu’ils ne pourraient pas tolérer de petites doses de strychnine ou de tout autre poison convulsivant. J’aurais déjà pu en trouver la preuve dans la nature même des substances qui leur servent de poisons juridiques : ce sont des poisons qui exercent une action convulsivante sur tel ou tel département du système nerveux. Mais si la vérification directe n’est pas faite, je l’attends. Je vous rappelle seulement ma prévision de 1869, qui s’est déjà réalisée pour le tartre stibié.
Il y a aussi des différences considérables, aujourd’hui bien constatées, entre les différentes races au point de vue de l’action des substances enivrantes. Ainsi chez nous, chez les Gaucasiques et chez les Européens en particulier, l’ivresse alcoolique est douce, gaie, aimable — il y a des exceptions, je le reconnais — * mais il y a des races, telles que les Javanais, les Malais, les habitants de Bornéo, de Sumatra, chez lesquels l’ivresse par l’opium est sombre, furieuse, meurtrière. Jamais un Malais ne peut être gris sans courir sus aux gens qui ne lui font rien. Chez nous, au contraire, un grand nombre d’ivrognes sont peu redoutables.
Vous voyez quelle énorme différence! Vous remarquerez que ce ne sont pas ici directement des influences de climat. Je déclare cependant que, moi, je suis monogéniste; je crois que toutes les races se sont formées peu à peu, à travers des myriades de générations et dans des conditions climatériques déterminées; mais il est clair que ce n’est que très lentement que ces races se sont créées, que le Mongol a pu dériver
gubler, Thérapeutique. 36
ANTAGONISME
de l’Hindou, de façon que le climat n’exerce qu’une influence très lente. Je dis que ce n’est pas le climat qui influe sur le sang dans l’exemple que j’ai choisi : non, la preuve, c’est que les Européens dans les mêmes pays, c’est que les différentes races qui habitent l’Inde ne subissent pas la même influence de la part des alcooliques. In vino veritas : de façon que, si on a mauvais caractère, on le montre, comme à la suite de toute espèce d’empoisonnement. Et ceci me fait vous dire que, même pour l’ivresse produite par autre chose que par les alcooliques, vous trouvez la différence fondamentale que je viens d’indiquer. Quel que soit le poison, les gens de race mongole ou malaise deviennent violents, querelleurs et manifestent le désir dé se livrer au meurtre.
Maintenant, après vous avoir exposé ces différentes modifications introduites par les conditions complexes dont je vous ai entretenus : âge, sexe, manière de vivre, climat, constitution nosogène, race, reste-t-il quelque chose pour ce qu’on a désigné sous le nom d'idiosyncrasie? c’est-à-dire, faut-il garder à certains sujets le privilège exclusif de manifester une action spéciale vis-à-vis d’un agent thérapeutique, tellement qu’il n’y a pas moyen d’établir de règle? C’est ce que veulent les médecins empiriques. Non : on ne peut pas admettre l’idiosyncrasie. Toutes les modifications que pourront vous présenter les sujets sont réductibles, soyez -en sûrs, à l’aide des conditions que j’ai énumérées. Cependant, nous sommes encore empêchés quand il s’agit d’expliquer les manifestations que présentent certains sujets; mais la science d’aujourd’hui n’est pas celle de demain. Ma science n’est pas la vôtre, et vous arriverez à comprendre ces phénomènes dans un avenir plus ou moins rapproché !