STRYCHNINE
peutique, et il y a des structures dissemblables avec des ressemblances considérables au point de vue de ces mêmes actions. Par conséquent il est impossible d’accorder au point de vue de Black l’importance qu’il lui supposait.
Mais voici des expériences des plus intéressantes qui touchent à des points capitaux de la thérapeutique et qui vous montreront combien cette structure est d’ordre secondaire dans un certain nombre de cas.
Ces expériences sont celles faites presque en même temps par Crum-Brown et Thomas Fraser en Angleterre, et en France par Jolyet et André Gahours.
Elles établissent ceci : c’est que dans une molécule d’un alcaloïde (prenons la quinine, la strychnine ou la morphine) on peut remplacer un ou plusieurs atomes d’hydrogène par un ou plusieurs atomes d’éthyle ou de méthyle sans changer la structure de cette molécule.
Si l’opinion de Black était fondée, il ne devrait pas y avoir de changement notable dans l’action physiologique de cette molécule, qui reste ce qu’elle était quant à sa structure.
Eh bien, non seulement l’action n’est pas identique, mais elle est quelquefois inverse de ce qui existait primitivement.
Un des principaux alcaloïdes sur lesquels les expérimentateurs français et anglais, presque au même moment (cependant la première publication a été faite par Fraser), firent des recherches, fut la strychnine.
Ils ont substitué des molécules d’éthyle à l’hydrogène de cet alcaloïde et obtenu de la sorte de nouveaux alcaloïdes,, entre autres Téthylstrychnium.
Ils les ont expérimentés, et ils ont remarqué les différences les plus profondes avec les alcaloïdes primitifs, différences allant quelquefois jusqu’à l’antagonisme le plus absolu.
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
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Mais ce qui nous intéresse surtout, c’est ce qui se passe à propos de la strychnine.
En expérimentant rétliylstrychnium, on a vu qu’au lieu de posséder un oonvulsivant et un tétanisant, on avait au contraire une substance qui paralysait le système moteur, en agissant particulièrement sur les extrémités périphériques des nerfs moteurs.
Or rappelez-vous les belles expériences de Cl. Bernard sur le curare, vous verrez que c’est exactement la même manière d’agir.
Et ceci est d’autant plus remarquable que les voyageurs nous avaient appris que le curare était fourni essentiellement par des lianes appartenant au genre Strychnos , que le reste n’était que l’accessoire.
Les principales strychnées employées sont les Strychnos toxifera , colubrina , castellana .
Au dire des voyageurs, les indigènes font bouillirceslianes dans une marmite, d’où, après un temps plus ou moins long, ilsretirent le curare. Mais comment se fait-il que par cette opération, un Strychnos qui est tétanisant devienne paralysant?
Aujourd’hui, que nous savons qu’il suffit d’une si petite modification dans la composition de la strychnine pour faire que d’un tétanisant elle devienne un paralysant, nous comprenons comment il peut se faire que les alcaloïdes des Strychnos se modifient dans l’opération que leur font subir les indigènes et deviennent des éthylslrychnium.
Celte idée delasimilitude entre le curare et la strychnine, que j’ai émise il y a longtemps, a été adoptée par Fraser luimême.
Je dois toutefois ajouter que les analyses qui ont été faites
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SANGUINARINE.
du curare n’arrivent pas à démontrer l’identité entre l’éthylstrychnium et le principe actif du curare.
Mais les différences sont tellement fugaces que, si l’on n’agit pas avec beaucoup de délicatesse, on ne les voit pas.
Il y a des faits analogues aussi pour la morphine. La morphine est un hypnotique des plus puissants : il suffit de lui enlever une molécule d’eau pour en faire, sans changer sa structure, de l’apomorphine, qui est une substance vomitive. Ce changement est si peu de chose que, pour peu qu’on la place dans des conditions favorables, elle redevient morphine.
Vous voyez que là il y a encore un fait analogue à celui que je viens de vous citer : c’est-à-dire que si vous enlevez une molécule d’eau, comme tout à l’heure, ou une molécule d’hydrogène, à un alcaloïde sans altérer sa structure, vous n’en changez pas moins ses propriétés, et par conséquent on ne peut pas dire que les propriétés soient attachées à la structure moléculaire.
J’ajoute tout de suite, parce que c’est un point intéressant, que la sanguinarine, qui est l’alcaloïde d’une papavéracée, renferme une substance active, qui, justement, jouit des propriétés de l’apomorphinc, comme si, dans la famille des papavéracées, il y avait une structure particulière pour les principes actifs, et que cette structure donnât naissance dans les pavots à la morphine et dans les plantes voisines à une substance active qui rappelle la morphine débarrassée d’une molécule d’eau.
En somme, lorsque nous récapitulons les causes des modifications d’ordre chimique qui exercent sur les médicaments une influence plus ou moins considérable au point de vue de leur action, nous voyons qu’il faut tenir un grand compte de la constitution élémentaire, du groupement mo-
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léculaire, autrement dit, de conditions variables suivant que la substance est composée par un nombre plus ou moins considérable de molécules élémentaires; il faut tenir aussi un certain compte de la structure, qui se fait ordinairement autour de l’azote quand il s’agit de composés organiques, ainsi que de l’état de dynamisation des composés dont il s’agit.
Je vais passer à l’élude des moyens à l’aide desquels les médicaments peuvent répandre leur action dans l’économie tout entière, alors que leur application n’a eu lieu que sur un point circonscrit. Quels sont les moyens de diffusion pour l’action médicamenteuse? Ces moyens sont divers, et je vais les passer en revue successivement.
On trouve d’abord la translation du médicament, puis la propagation des effets que le médicament a produits sur le point avec lequel il a été en contact.
Translation des principes actifs : elle se fait par bien des mécanismes. Alors, par exemple, que vous introduisez dans l’angle de l’œil une goutte d’une solution concentrée d’atropine, vous ne tardez pas à voir que l’œil tout entier est mouillé et que par conséquent il s’en fait un étalement qui permet au médicament d’être absorbé par une surface plus étendue. De même, lorsque vous introduisez un médicament dans le tube alimentaire, il est d’abord reçu dans la bouche, vestibule des voies digestives, et pour peu qu’il ne soit pas très soluble, qu’il résiste à la destruction, vous le voyez parcourir toute l’étendue du tube digestif. Voilà par conséquent un autre mode de propagation, de cheminement de la substance active.
Mais je suppose cette substance active introduite dans le tissu cellulaire : ici nous rencontrons d’autres procédés, il y a une sorte d’imbibition par capillarité. Autour de la peau
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vous voyez se faire une diffusion du liquide. Si vous introduisez la substance sous la peau d’un animal que vous pouvez sacrifier, vous voyez qu’à un moment donné la substance s’est répandue dans un cercle plus ou moins étendu, suivant sa diffusibilité et suivant les conditions du tissu dans lequel elle se trouve.
Ces phénomènes se produisent par la voie de ce qu’on appelle la capillarité et aussi par celle d’osmose : endosmose et exosmose.
Vous voyez les éléments histologiques des différents tissus se charger de principes actifs. Quand ces principes actifs se disséminent, ainsi que dans le tissu cellulaire sous-cutané, ils rencontrent des vaisseaux capillaires de tout ordre : veines, lymphatiques, artères ; ils sont alors absorbés, et une fois absorbés ils circulent et vont se porter dans tout l’organisme, et s’arrêter dans différents appareils suivant leur affinité.
Voilà donc, de par l’imbibition d’abord, puis plus tard par la circulation, un mode de diffusion de la substance active.
Maintenant nous allons voir comment se propagent les actions qui ont été exercées dans un premier point, alors que la substance active ne devrait pas se disséminer dans l’économie.
Ces actions se propagent en vertu de ce que les anciens appelaient la sympathie. Mais, voulant nous rendre compte des phénomènes, nous sommes allés plus loin, et c’est ici que nous avons à faire intervenir la loi des actions réflexes.
Voici, par exemple, un sinapisme que vous appliquez à la surface du corps. Sa substance active n’est point absorbée ; mais il n’empêche que si le sinapisme a été appliqué sur un sujet en syncope, vous voyez ce sujet se ranimer et ses yeux
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s’ouvrir. Par quel procédé ce phénomène s’est-il produit? par l’intermédiaire d’un acte réflexe : douleur, puis impression sur un nerf de sentiment à la périphérie cutanée; translation de cette impression au centre nerveux et excitation de celui-ci, puis renvoi de l’excitation vers le cœur.
Eh bien, lorsque vous introduisez chez un sujet en état de syncope, dans l’estomac, une liqueur spiritueuse, elle n’est pas absorbée que déjà elle a ranimé le sujet.
C’est également par un effet d’ordre réflexe que la propagation et la généralisation de l’effet local produit sur la muqueuse gastrique se sont faites.
Mais il y a d’autres moyens de propagation de l’action physiologique et thérapeutique : c’est ce que Hunter appelait sympathie de continuité et de contiguïté, c’est-à-dire sympathie entre deux portions d’un même organe, ou bien entre deux organes qui sont en contact l’un avec l’autre.
Ces phénomènes de sympathie, de continuité et de contiguïté sont très manifestes lorsqu’il s’agit de phénomènes morbides.
Rien n’est plus facile à comprendre que cet ordre de phénomènes sympathiques, quand on étudie par exemple la marche de l’inflammation. Vous savez combien on a discuté sur l’inflammation, les uns faisant intervenir les lymphatiques, les autres s’appuyant sur la continuité veineuse, d’autres enfin sur les nerfs. Aucune de ces manières devoir ne répond à la réalité des choses. Comment comprendre ces inflammations circulaires provoquées par une cause quelconque? Comment comprendre celte régularité de développement circulaire quand il s’agit des parenchymes, d’une surface sphérique, avec l’aide de vaisseaux qui suivent une direction déterminée? J’en dirai autant pour le système ner-
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