LIQUÉFACTION
veux. Lorsque vous avez appliqué un corps irritant sur une région périphérique, l’irritation se prolonge de proche en proche, d’élément en élément; comme si vous aviez là une sorte d’équilibre de tension, de force entre les différentes parties élémentaires des tissus, qui fait que, lorsque vous portez l’irritation sur une, l’autre y prend part. Et c’est même comme cela que vous pouvez comprendre comment l’irritation peut s’étendre circulairement; comment, perdant en intensité comme le carré du rayon, il arrive un moment où elle n’est plus manifeste. Yoilà donc un mécanisme à l’aide duquel vous pouvez vous rendre compte de certaines actions physiologiques.
Ce mécanisme n’est pas très rare; il est assez difficile à démontrer, mais on sent qu’il existe. Voici par exemple un cas. Vous employez des cataplasmes pour une douleur située profondément dans le ventre; il faut que vous ayez une raison à donner pour expliquer leur action. Les cataplasmes, comme beaucoup d’autres topiques, sont des moyens d’occlusion, capables de soustraire une portion de la périphérie à l’influence des agents extérieurs, et ils agissent non seulement sur le lieu même de leur application, mais aussi dans une étendue plus ou moins éloignée. Il suffit en effet d’avoir placé la périphérie dans des conditions particulières au point de vue de l’état de tension, pour que de proche en proche le même état gagne les parties qui sont en connexion plus ou moins immédiates avec la périphérie sur laquelle vous agissez.
Sans parler encore de phénomènes de sympathie par action réflexe, ici ce sont des substances capables seulement de modifier la sensibilité périphérique. Ce fait est tellement
vrai que Trousseau disait bien souvent qu’on pouvait guérir cibler, Thérapeutique. 5
THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
[Quatrième
les affections étendues et inaccessibles à nos agents locaux, topiques, en modifiant seulement une portion de la partie malade. Il n’hésitait pas à dire que quand on a affaire à des inflammations de l’arrière-gorge qui s’étendent jusque vers l’œsophage, à des granulations, à des ulcérations tuberculeuses, il suffisait de modifier une portion de la surface, celle accessible à nos regards, pour modifier aussi le reste. Ce qui pourrait s’exprimer de cette façon : de même qu’il y a une contagion du mal, de même il y a une contagion du bien. Si vous calmez une partie d’une région, par cela même vous calmez la région tout .entière.
Puisque les corps chimiques jouant le rôle de médicaments ne peuvent exercer leur action qu’au contact, puisque beaucoup d’actions ne peuvent s’exercer que par l’intermédiaire delà diffusion, dans l’économie, des principes actifs, et non pas par l’intermédiaire de ces phénomènes de sympathie que j’ai énoncés tout à l’heure; puisque l’action des médicaments ne s’exerce pas par influence, il faut bien que le contact soit immédiat entre la substance agissante et l’organe qui doit recevoir son impression. L’absorption est donc la condition à peu près générale de la modification de tous les systèmes par les agents que nous mettons en contact, tantôt avec la peau, tantôt avec les muqueuses.
Eh bien, quelles sont les conditions de l’absorption médicamenteuse? c’est-à-dire quelles sont les conditions qui favorisent faction des médicaments? L’état liquide ou la liquéfaction possible est une condition à peu près sine quâ non de l’absorption des substances médicamenteuses. Vous remarquerez que je ne dis pas la solubilité dans l’eau, je dis l’état liquide, parce qu il y a en effet des liquides gras qui sont immédiatement absorbés.
Leçon.)