SIXIÈME LEÇON
Voies d’introduction des médicaments (suite).
Estomac (suite) : intolérance, trismus, œsophagisme, cancer; avantage de l’introduction des médicaments par l’estomac : médicaments lnstogéniques; altérants; 1er; arsenic.
Intestin grêle : moyens propres à lui réserver le rôle d’absorption, même après l'introduction par l’estomac ; enrobement par la graisse et la gélatine.
Avantages de la voie intestinale.
Gros intestin : ses avantages; ses facilités; lavements médicamenteux. Quelques inconvénients; moyens propres à les combattre; action locale; échos de sensibilité.
Messieurs,
Outre les inconvénients attachés à l’estomac, inconvénients que je vous ai exposés dans la dernière leçon, et qui sont inhérents à la méthode d’ingestion stomacale, il y a des inconvénients aléatoires.
Par exemple, il n’est pas rare que la muqueuse gastrique, soit sous l’influence de la maladie première, soit sous celle de doses répétées d’une substance irritante, devienne très irritable. Cette susceptibilité s’oppose àl’introduction de médicaments tant soit peu irritants ; en particulier le sulfate de quinine ne peut plus être conservé, surtout quand on l’introduit à doses élevées, comme dans les climats torrides, où 2 grammes par jour sont une dose fréquente. En pareille circonstance, on se trouve entre deux écueils: d’une part la non-administration du remède, d’autre part les inconvénients graves qui peuvent en résulter pour la muqueuse stomacale.
Il y a bien aussi la difficulté qu’opposent un certain nombre de sujets indociles, à l’administration du médicament par la bouche : les enfants, les femmes.
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Il y a même quelquefois une impossibilité absolue, comme chez les gens qui ont du trismus, de l’œsophagisme, des cancers de la bouche, de la langue, du pharynx.
Eh bien, malgré tous ces inconvénients, la voie stomacale reste encore la meilleure, c’est celle qui doit être habituelle, parce qu’elle est facile, commode, naturelle. Ingérer des médicaments par la bouche, c’est faire quelque chose d’analogue à ce que nous faisons lorsque nous introduisons des aliments, et le malade, n’ayant pas besoin de leçons, laisse au médecin sa liberté et garde la sienne pour lui. Dans les conditions de la vie actuelle, ce sont là des avantages- qui font que la méthode stomacale restera toujours celle qui sera le plus habituellement pratiquée.
D’ailleurs la méthode stomacale est la seule qui soit bonne pour un certain nombre de médicaments, par exemple pour les médicaments aliments, pour ceux qu’on a appelés des analeptiques,et que j’ai appelés des histo géniques, c’est-à-dire des médicaments capables de favoriser la genèse des éléments histologiques; de plus, ils doivent être administrés à des doses tellement massives qu’il serait impossible de les introduire par la voie cutanée. Je n’ai qu’à vous citer l’huile de foie de morue, dont on prend 2, 3, 4 cuillerées par jour. Il est clair aussi que des médicaments tels que le fer, le manganèse ne peuvent guère être administrés que par la voie de l’estomac, d’autant qu’ils ont besoin soit des liquides de l’estomac, soit de ceux du tube digestifpour être absorbés, pour se dissoudre.
D’ailleurs j’ajouterai que, mêlés à la pâte chymeuse, prenant place déjà dans les peptones, ils sont à moitié assimilés quand ils arrivent dans la circulation.
Il y a aussi les médicaments altérants, qui sont éminem-
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ment propres à être introduits dans la cavité stomacale et à y être absorbés; médicaments que j’ai appelés mètatropliiques , je vais vous dire pourquoi.
Vous savez qu’autrefois, à part les remèdes qui produisaient des effets manifestes, que les simples garde-malades pouvaient constater, tous les autres étaient des altérants. Toutes les fois que la physiologie rudimentaire de l’époque ne permettait pas de comprendre le mode d’action des remèdes, on en faisait des altérants : aussi leur nombre étaitil immense. Peu à peu la physiologie s’éclairant par l’observation et l’expérience, on a fini par comprendre le mécanisme de l’action d^un certain nombre de remèdes et, au fur et à mesure, on prenait les altérants et on les plaçait les uns parmi les nervins, lès autres parmi les hypnotiques. On en faisait des classes en rapport avec leurs effets thérapeutiques. Il n’est resté en fin de compte, après avoir constamment enlevé, constamment écrémé les altérants, qu’un petit nombre de substances auxquelles on ne comprenait pas grand’chose jusqu’à ces derniers temps.
Ce sont, en somme, des médicaments agissant d’une manière lente sur les tissus. Je n’ai qu’à vous citer parmi ces corps : l’or, le mercure, l’iode. Toutes ces substances agissent sur la nutrition, c’est pour cela que je les ai appelées mélatrophiques. Ces médicaments sont aussi des substances qui ont besoin, dans un certain nombre de cas, d’être pour ainsi dire dissimulées dans une masse plus ou moins considérable de substances qui en neutralisent les effets topiques, qui ont besoin d’être aidées pour devenir absorbables.
Ces substances doivent aussi être introduites par la voie stomacale, et non seulement par l’estomac, mais aussi par l’estomac rempli de la masse alimentaire.
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Ainsi, par exemple, le fer qui est un modificateur dans le sens que je viens de dire, c’est au moment où l’on se met à table qu’il faut le prendre.
Il en est de même pour les préparations arsenicales, parce que vous diminuez les inconvénients topiques et vous favorisez la dissolution de la substance.
Il n’y a qu’une seule circonstance qui, en pareil cas, doive défendre d’ingérer le médicament modificateur avec l’alimentation, c’est lorsque cette substance exerce une influence fâcheuse sur le travail digestif.
Il y aurait un beau chapitre à faire sur l’action des médicaments dans l’intérieur de l’estomac et des premières voies, sur les modifications auxquelles ils sont exposés et sur leur influence sur la digestion.
J’ai autrefois commencé cette étude pour le phosphore, parce que j’avais remarqué qu’en le donnant au moment de prendre les aliments, il y avait souvent chez un certain nombre de malades des phénomènes gastriques fâcheux de dyspepsie, qui se traduisaient par la lenteur du tube digestif et souvent par des renvois. Alors je me suis avisé de chercher quelle pouvait être l’influence du phosphore sur la fermentation peptique. J’ai donc fait pratiquer une fistule à un chien, puis j’essayais le suc gastrique limpide et abondant. Je mettais ce suc de premier choix en contact avec des cubes de viande placés dans des tubes; j’en mettais aussi avec d’autres cubes de même poids et de même qualités, mais qui étaient saupoudrés de phosphure de zinc, qui était à ce moment recommandé comme un moyen énergique contre les paralysies. Tandis qu’au bout d’un certain nombre d’heures, les cubes qui n’avaient pas reçu de phosphure de zinc étaient ramollis dans toute leur masse, brunâtres, demi-
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transparents, les autres n’avaient subi aucune espèce d’altération visible. Par conséquent, vous le voyez, la poudre de phosphure de zinc empêchait la fermentation peptique. Vous comprenez bien aussi qu’elle doit agir de la même façon dans l’estomac.
Voilà donc une circonstance à laquelle il faut avoir égard, seulement nous ne sommes pas fixés sur le nombre des substances médicamenteuses qui peuvent faire avancer ou retarder le travail digestif.
J’arrive à l’intestin grêle, qui est la véritable voie d’absorption médicamenteuse. G’estlà que l’absorption s’effectue avec la plus grande activité et les formes les plus diverses sous lesquelles on puisse offrir à l’économie une substance que l’on a pu introduire. En effet, qu’il s’agisse de matières dissoutes dans un corps gras ou dans un liquide aqueux, il y a toujours là des organes actifs et qui se chargent de leur absorption. Il y a cependant, encore des principes jouant le rôle de ferments, la pancréatine, par exemple, qui peuvent, dans une certaine mesure, modifier la constitution des substances, et par conséquent en modifier l’activité dynamique. Mais, comme l’absorption s’effectue rapidement, il y a aussi des chances pour que ces altérations n’aient pas le temps de se produire.
Il y aurait donc un avantage énorme à jeter directement la substance médicamenteuse dans la première portion de l’intestin. Eh bien, il y a certains artifices à l’aide desquels on peut faire que les substances introduites par la bouche arrivent non pas intactes, mais moins altérées qu’elles le sont habituellement, dans l’intestin grêle. Ce sont les suivants :
On peut introduire le médicament dans des matières
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grasses, et si les matières grasses sont peu fluides ou si elles ne le deviennent qu’à une température élevée, elles passent dans l’estomac en gardant le principe avec lequel elles ont été combinées.
Il y a aussi l’enrobement de la substance dans une capsule d’abord gélatineuse, puis recouverte d’un enduit cireux. J’ai recommandé, en 1868, ce procédé pour introduire de la bile dans le tube digestif, chez les sujets qui n’en ont pas assez et chez qui elle semble être un élément indispensable à l’accomplissement du travail digestif, ou bien quand on a cru que la bile pouvait être aussi un agent utile dans un certain nombre d’affections du système nerveux. Si vous avez intérêt à faire arriver la bile dans l’intérieur de l’intestin, il faut qu’elle soit encapsulée et enduite de matière cireuse, de façon qu’elle ne se désagrège que quand elle est en contact avec le suc pancréatique.
Ce conseil a été suivi par M. Mourrut qui prépare une pancréatine très utile et beaucoup meilleure qu’un certain nombre d’autres, qui en partie nous viennent d’outre-Rhin et qui sont absolument inertes.
Il y a aussi un autre procédé qu’on a employé d’une manière tout à fait inconsciente, mais qui n’en donne pas moins de bons résultats :
Quand vous introduisez dans la cavité stomacale un produit organique, organisé, tel que la poudre de quinquina, de coloquinte, vous introduisez en réalité des cellules ou des fibres qui renferment le principe actif et qui ne le cèdent que peu à peu, au fur et à mesure qu’il chemine dans le tube digestif. Dans ces conditions-là, une grande partie de la substance active échappe par conséquent à la dissolution stomacale et n’est absorbée que par l’intestin lui-même.
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L’introduction, par ces procédés, de la poudre de coloquinte, des drastiques tels qu’aloès, ricin, jalap, gommegutte, a fait la réputation d’un certain nombre de pilules. Je ne veux pas vendre le secret, puisque certains industriels vivent de cela, mais je vous dirai que certaines pilules ne doivent leur supériorité qu’à un enrobement qui leur permet d’arriver sans altération jusque dans l’intestin.
On peut dire que les cellules du tissu cellulaire de la coloquinte s’en vont tout le long de l’intestin et ne se déchargent que successivement au contact de surfaces muqueuses étendues. Il en résulte ce double avantage qu’il n’y a pas d’action dans la partie supérieure du tube digestif, qu’elle ne détermine pas la révolte de l’estomac, et qu’elle se continue pendant beaucoup plus longtemps.
J’arrive à vous parler du rectum et du côlon. Eh bien, ici, la physiologie vous indiquait par avance que le rectum et l’S iliaque doivent être des voies d’absorption excellentes.
En effet, quelle est la modification des fèces dans ces dernières parties du tube digestif? Cette modification consiste dans l’assèchement des matières. Dans toute la longueur de l’intestin grêle, elles restent pour ainsi dire fluides, à peine grumeuses, pâteuses; elles ne deviennent solides que dans le gros intestin, et leur dessiccation s’achève dans l’S iliaque du côlon, qui allonge le chemin.
C’est donc une surface qui est ouverte constamment à l’absorption.
Ce que la physiologie vous indiquait a été vérifié et par l’expérience des siècles et par l’expérimentation plus récente.
L’expérience des siècles? mais est-ce que nous ne savons pas ce que valent les clystères destinés à faire absorber quelques médicaments? ce sont des moyens d’agir très effî-
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cacement. Nous savons ce que valent les suppositoires, et cependant les trocliisques sont faits habituellement avec de la matière grasse, mais néanmoins, lorsque l’on introduit un cône de beurre de cacao chargé d’extrait d’opium, on voit des effets physiologiques.
Plus récemment on a noté également que des substances alimentaires pouvaient être introduites par cette voie et pouvaient dans une certaine mesure, malheureusement trop restreinte, suppléera l’introduction par les voies supérieures. Bien entendu, il faut introduire des aliments qui n’exigent aucune élaboration. Que servirait de l’amidon par le rectum? Mais on peut introduire des substances renfermant de l’alcool, du vin. On peut introduire par là les substances azotées qui sont solubles, même de l’albumine, mais surtout des substances plus modifiées se rapprochant plus des substances du règne animal. Eh bien, il y a des expériences et des observations qui démontrent qu’à l’aide de bouillon, de vin, et souvent des deux ensemble, on est parvenu à soutenir les forces de sujets qui étaient en train de s’effondrer.
On a bien souvent l’occasion d’utiliser ces moyens dans l’œsophagisme, le trisrnus, le cancer de la langue, les vomissements incurables. 11 y a de nombreuses observations làdessus, de Bouisson, Aran, Béhier. Je vous cite ceux qui ont été les principaux promoteurs de cette manière d’agir, car il n’est pas un praticien qui ne fasse usage de ces lavements à l’occasion.
Ceci n’estpas tout. Si on a démontré que c’était là une voie d’absorption, on peut dire aussi que dans un certain nombre de cas, elle est supérieure aux autres. Dupuytren, Chomel, Orfila, Bouchardat ont établi que l’absorption par le rectum est préférable à l’absorption par l’estomac pour un certain
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nombre de remèdes. Bien entendu ici encore, à la condition que le remède n’exige pas d’acides pour se dissoudre.
Par exemple une solution d’opium, d’extrait de belladone, de strychnine est absorbée avec une plus grande facilité par le rectum et l’S iliaque que par l’estomac lui-même et par l’intestin grêle, parce que l’estomac retient si longtemps les matières, il empêche pendant un si long espace de temps leur absorption, que souvent elles sont altérées lorsqu’elles parviennent à l’intestin grêle.
Et non seulement ici l’absorption est plus rapide, mais elle est plus intégrale, précisément parce qu’il n’y a pas de causes de destruction.
Une seule cause de fermentation existe cependant, c’est la présence de l’épithélium, qui joue le rôle de ferment, comme je me suis appliqué à l’établir pour l’urine dans la vessie.
En effet, Burine normale dans la vessie n’y fermente que .. quand des éléments vivants au moment où ils viennent d’être détachés, tombent dans le réservoir urinaire, où ils continuent leur jeu fonctionnel et jouent le même rôle que les éléments histologiques que nous appelons les spores des mucédinées, c’est-à-dire de véritables ferments.
Il y a eu cependant une voix discordante dans le concert d’éloges donnés à la voie rectale : c’est celle de mon vénéré collègue Briquet, à qui nous devons une monographie importante du quinquina.
Il a dit que la quinine donnée par un lavement n’était pas absorbée aussi vite que par la voie stomacale ; cependant la différence n’est pas énorme, car au bout d’une demi-heure on en trouve déjà dans l’urine.
Ce fait s’explique par une circonstance d’ordre chimique. Le sulfate de quinine est très peu soluble parlui-mêmejpour
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le rendre soluble, il faut y ajouter des acides, tantôt de l’eau de Rabel, tantôt de l’acide nitrique.
Eh bien, lorsqu’une solution de bisulfate de quinine est introduite par la voie rectale, elle rencontre là une certaine quantité de mucus, quelquefois considérable (tous les mucus sont alcalins, quoi qu’on en ait pu dire, et cela sans exception; s’ils sont acides, c’est qu’il y a eu fermentation), mucus qui est alcalin et qui neutralise une partie de l’acide à la faveur duquel te sulfate de quinine était tenu en dissolution.
C’est là évidemment une cause de ralentissement dans l’absorption, mais il suffirait d’introduire une proportion plus considérable d’acide en protégeant la muqueuse par une substance mucilagineuse comme la décoction de racine de guimauve, pour assurer l’absorption.
En somme, vous le voyez, la voie rectale est une voie qui offre des avantages très réels. 11 y a cependant aussi des inconvénients. Ces inconvénients sont de plusieurs sortes. 11 y en a d’ordre purement moral : vous rencontrerez des Français qui ont des préjugés très sérieux contre ce mode d’introduction ; il faut tâcher de tes vaincre. Il y a aussi cet autre inconvénient, c’est qu’on ne commande pas tout à fait aux fibres lisses et que, quand on introduit dans 1e rectum une substance irritante, capable d’exciter la contraction de la membrane musculaire de l’intestin, la substance est évacuée presque aussitôt qu’introduite. C’est là un inconvénient sérieux, je vous dirai tout à l’heure comment vous pouvez l’empêcher de se produire.
Il y a de plus tes difficultés éventuelles à l’administration des remèdes, difficultés résultant de certaines lésions de l’orifice, de tumeurs hémorroïdales, de rétrécissements de
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natures diverses, d’inflammations, de fissures qui sont, comme vous le savez, éminemment douloureuses.
Voilà donc bien des circonstances dans lesquelles il sera bien difficile d’introduire des remèdes par cette voie. De plus, il y a à compter avec la pénurie des substances capables de dissoudre les médicaments introduits : il n’y a là ni acides, ni sels neutres, ni certains ferments, circonstances qui sont moins favorables que dans les premières parties du tube digestif à l’introduction de médicaments destinés à agir sur l’économie tout entière.
J’ajouterai à cela que des purgatifs actifs par les voies supérieures présentent des effets amoindris quand ils sont introduits par le rectum.
Il est vrai que les faits auxquels Aran a fait allusion en nous montrant que 12 grammes de résine de scammonée ou de jalap ne produisent presque rien, sont rares, mais c’est à la condition que ces substances soient à l’état de division extrême, de suspension ou de dissolution.
Lorsqu’on introduit en masse 12 grammes de scammonée, on ne donne rien; mais si vous la dissolvez dans une certaine quantité d’alcool et si vous la tenez en suspension à la faveur d’un jaune d’œuf, vous arriverez à produire des effets purgatifs. Par conséquent c’est là une petite infériorité à laquelle je ne donnerai aucune importance.
Mais, ainsi que je vous le faisais pressentir, il y a des moyens d’obvier à ces petits inconvénients. Par exemple, il y a souvent une grande quantité de mucus dans la fin de l’intestin; eh bien, lorsque vous voudrez introduire un médicament important, il faudra commencer par débarrasser toute cette portion qui va être accessible au médicament, à l’aide d’un grand lavement.
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Il y a cet autre écueil, c’est qu’une révolte est possible, que le rectum s’exonère après l’introduction du remède; alors vous faites en sorte de le rendre tolérant par 1 /4 de lavement laudanisé; vous introduisez le moins possible de véhicule avec la plus grande somme possible de principe énergique. A la rigueur vous pourriez introduire dans le rectum, à l’aide des doigts, de l’extrait de belladone, et au bout d’un certain temps, il serait en état de garder la solution de principe actif.
Maintenant, s’il y a des inconvénients auxquels on peut parer, il y a aussi des avantages dont quelques-uns vous ont été signalés : la rapidité de l’absorption démontrée par les expériences de Demarquay. Il a fait un grand nombre d’expériences pour montrer les différences d’absorption des muqueuses et il est arrivé à ces résultats à l’aide de l’iodure de potassium. C’est le moyen à employer par excellence, car il est éminemment dialysable et s’absorbe avec la plus grande facilité, même par la muqueuse stomacale. De plus c’est le médicament le plus facile à retrouver, plus facile que vous ne pourriez le croire.
Lorsqu’il s’agit de constater la présence de l’iode à l’état de combinaison dans un liquide tel que l’urine, on se donne généralement le soin de demander à son pharmacien de préparer un réactif, et on prend des précautions infinies. Tout cela est inutile; il est bien plus simple de plonger dans le verre cà expérience une feuille de papier en plusieurs doubles, puis de verser de l’acide nitrique le long de la paroi. Ce papier se colore en bleu tout comme de l’amidon. Par conséquent à ces deux titres : facilité énorme d’absorption, et facilité remarquable de recherche, l’iodure de potassium était signalé à l’attention des expérimentateurs. Aussi est-ce
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avec lui que Demarquay a démontré la rapidité plus grande d’absorption par le rectum que par l’estomac. Pirogoff et d’autres chirurgiens ont obtenu l’anesthésie en introduisant le chloroforme par le rectum.
Il y a encore d’autres circonstances qui sont en faveur de la voie rectale. Il est clair qu’il y a des substances désagréables à l’odorat et au goût, celles-là on peut les introduire par cette voie, et épargner au malade un certain nombre d’ennuis.
Mais voici quelque chose d’important : il y a des circonstances où l’estomac se refuse à recevoir des médicaments d’une grande énergie. Et tous les médecins des régions tropicales qui ont donné du sulfate de quinine à haute dose vous diront combien — la voie stomacale étant en révolte — ils ont été embarrassés pour continuer un traitement rendu cependant nécessaire parla maladie. Eh bien, lorsque la voie rectale est ouverte, il y a un grand avantage à la suivre. Dans tous les cas on peut toujours faire absorber dés substances par le rectum, il n’y a que quand on a affaire à des dysenteries que cette voie est interdite.
Enfin, je vous disais que dans tous les cas il y avait quelques avantages relatifs; je dois ajouter qu’il y a des circonstances dans lesquelles on doit donner la préférence à cette voie. Par exemple, lorsque vous avez affaire à des maladies douloureuses des organes renfermés dans le petit bassin, utérus, ovaires, prostate, vésicules séminales et vessie, c’est parle rectum qu’il faut que vous agissiez. La raison en est celle-ci : avec la même dose de substance médicamenteuse, vous produisez un effet plus considérable sur les organes intrapelviens lorsque la substance est introduite par le rectum que quand elle l’est par l’estomac.
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La raison de cette supériorité d’action est celle-ci : en général on fait abstraction de toutes les actions qui se produisent soit de proche en proche, soit par propagation sympathique, et on n’envisage que les effets diffusés. Eh bien, c’est un tort. Lorsque je vous parlerai de la méthode endermique, je vous montrerai qu’il faut donner la préférence à la région la plus voisine du mal. Il en est de même pour les organes intrapelviens; lorsque vous introduisez de l’opium ou de l'extrait de belladone dans le rectum, vous agissez après absorption, bien entendu, par la circulation tout entière, mais vous agissez également de proche en proche, en vertu de cette sympathie de continuité et de contiguïté sur laquelle j’ai déjà insisté. Vous agissez aussi par voie de sympathie nerveuse. Cette sympathie consiste en ceci : étant donnée l’existence de connexions nerveuses entre deux organes voisins, si vous mettez l’un dans un état particulier, vous y amenez l’autre insensiblement.
Cette sympathie agit par deux procédés : l’un qui vous est connu, c’estle retentissement qui se produit dans les organes profonds, à la suite d’une application médicamenteuse à la périphérie; l’autre est encore peu connu, mais je l’ai signalé à votre attention.
Ce sont là des voies encore inconnues de l’anatomie et de la physiologie, mais qui sont bien connues des cliniciens et sur lesquelles j’ai appelé l’attention l’année dernière à la Société de biologie, en présence de Cl. Bernard, qui a paru frappé des faits que je produisais.
Vous remarquerez que lorsque vous aurez une douleur et qu’il vous arrivera de vous gratter à ce niveau, vous aurez un retentissement douloureux toujours au même point; si le lieu de la douleur change, celui du retentissement chan-
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géra aussi. Vous verrez qu’il y a un ordre constant dans le- ?piel évoluent ces phénomènes que j’appelle échos de sensibilité, et qu’ils se manifestent toujours en remontant. Si l’excitation a lieu à la cuisse, le point douloureux est à l’abdomen, si à la base de la poitrine, l’écho se trouve dans une région qui est à peu près celle du musculo-cutané interne. Soyez sûrs que ce que nous voyons quand il s’agit des nerfs de sentiment, se produit aussi entre les divisions du système nerveux de la vie de relation.
Enfin, il y a des circonstances où l’introduction par la voie rectale est la seule possible dans des cas graves où il faut agir vite.
Elle est la seule voie possible; elle l’était surtout lorsque nous ne connaissions pas la méthode hypodermique. Aujourd’hui, grâce à cette méthode, on peut presque toujours suppléer à toutes les autres voies d’introduction. Cependant il y a des substances qui se prêtent pas à l’introduction par la méthode hypodermique, dans ces conditions, la voie rectale quelquefois été le dernier moyen à l’aide duquel on est parvenu à tirer d’une situation désespérée des sujets empoisonnés.
Je n’oublierai de ma vie le fait que voici : 11 y a quelques années était venu à Paris un professeur de Philadelphie qui consulta un certain nombre de médecins, et moi-même dans le nombre. Je lui prescrivis entre autres choses de l’extrait de quinquina à la dose d’un gramme par jour. Il fit ce que font les gens du monde et quelquefois aussi les médecins : il prit en une fois ce qu’il croyait être un gramme d’extrait de quinquina. Au bout de quelques minutes il sentit un malaise indicible, des vertiges et fut saisi de mouvements convulsifs. Sa femme, qui était intelligente, pensa
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qu’il était empoisonné par la strychnine. Elle descendit chez le pharmacien et demanda ce qu’on avait donné. On s’aperçut que c’était de l’extrait d’opium. De sorte que cethomme avait pris un gramme d’extrait gommeux d’opium avant son déjeuner. Il tomba dans un état de coma profond, fut pris de vomissements incoercibles. Quand j’arrivai, il avait été vu par un certain nombre de bons médecins, entre autres par MM. Blondeau et Guérin. Son état était désespéré, rien ne pouvait le tirer du coma, et sitôt qu’on lui donnait même un peu de glace, il la rendait. La pâleur était extrême; on croyait qu’il allait mourir. Je. lui fis donner un lavement d’un gramme de sulfate de quinine, et grâce à ce contre-poison il revint peu à peu à lui. Le lendemain presque toute trace de l’empoisonnement s’était effacée. Vous le voyez, dans ce cas la vie de ce malade a été due à la possibilité d’introduire un médicament énergique par la voie rectale.
CIBLE», Thérapeutique.