‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 3 sur 148 · REMÈDES MORAUX · texte numérisé non relu

REMÈDES MORAUX

parfois les plus variées : vous verrez qu’il en est dont nous utilisons les propriétés physiques les plus grossières, tandis qu’à d’autres nous demandons des actions plus intimes.

Un mot sur chacune de ces grandes divisions des remèdes.

Parlons d’abord du traitement moral , psychique : il faudrait avoir bien peu vécu pour ne pas savoir quelle est l’influence du moral sur le physique. Et si Cabanis a pu faire un livre sur l’influence du physique sur le moral, il y en aurait un non moins intéressant à faire sur l’influence du moral sur le physique. Érasistrate devinant l’amour de Stratonice pour Antiochus Soter et guérissant sa malade par un mariage est un exemple légendaire. Ces exemples-là ne sont pas rares ; vous en avez probablement rencontré. Ils ne sont pas toujours du domaine de la science.

Vous n’avez qu’à lire ce qu’ont écrit tous les médecins d’armée sur la part de l’influence morale sur l’issue des blessures. Toutes les fois qu’une armée est victorieuse, les blessures guérissent; quand elle est vaincue, elles s’aggravent. J’en ai dit assez pour vous faire comprendre cette influence.

Il est donc indispensable de faire usage des moyens capables de relever les forces morales, et vous emploierez ces moyens non seulement contre les maladies dites de l’esprit, mais aussi contre les autres. Nous employons les moyens moraux non seulement dans l’aliénation mentale, dans les maladies de langueur, mais aussi dans les affections de longue durée, chez les tuberculeux, les cancéreux, les cardiaques : tantôt nous nous adressons directement à l’esprit pour le relever: ce n’est pas le meilleur moyen, je le reconnais; il est même détestable, surtout quand il s’agit de troubles profonds de l’esprit. En présence de quelqu’un qui

THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE

[ Première

déraisonne, il semblerait naturel que l’on dût lui apporter un syllogisme bien construit; eh bien, ce moyen, en pareil cas, ne réussit presque jamais; on est plus heureux dans d’autres circonstances, quand il n’y a encore que certaines petites déviations de l’esprit.

On réussit mieux en agissant par voie indirecte sur l’imagination : lorsque par exemple on s’adresse à la passion par l’intermédiaire des sens. Vous connaissez tous l’influence de la musique et les résultats obtenus par elle.

Pour ma part, j’ai vu de ces fêtes qui ne se donnent plus à la Salpêtrière, et pendant lesquelles il semblait que l’intelligence des pauvres femmes qui y étaient enfermées se fût éclaircie.

La lecture, les distractions et surtout les changements d’air et de lieu, ce panorama toujours mobile qu’on présente à ceux dont l’esprit est un peu affecté, fournissent d’excellents moyens d’action.

Enfin il y a une foule de circonstances dans lesquelles vous aurez à soutenir le courage de sujets frappés de maladies longues et à peu près toujours funestes, oû vous serez obligés de leur faire illusion. C’est dans ces conditions-là que certains moyens qui ne sont plus usités — que je ne vous recommande pas — , certaines pratiques superstitieuses des médecines archaïques, ont été utiles : les amulettes, les incantations.

Aujourd’hui nous avons les doses infinitésimales : l’homéopathie n’est pas autre chose que cela. Vous riez? je pourrais vous citer un exemple récent. Il y a peu de temps, nous étions appelés, M. Potain et moi, auprès d’un malade qui ne faisait dater sa maladie que de quelques jours. Il était aux mains d’un homéopathe célèbre, qui lui donnait du courage

Leçon.] IMPONDÉRABLES ET PONDÉRABLES. 5

et de l’eau claire. Jusque-là le malade n’avait qu’un peu de fatigue; grand chasseur, il ne pouvait plus chasser autant; mais tout à coup des accidents formidables éclatent ; il est pris de vomissements de sang. Alors l’homéopathe s’effraie, il ne croyait pas la maladie si grave, et se décide à faire appeler des médecins. Ce pauvre malade avait une maladie organique du cœur qui n’avait pas été reconnue.

Je termine en ajoutant que notre pseudo-confrère demanda à revenir pour soutenir le courage du malade. Vous voyez que c’est là le but qu’il se proposait : il n’est pas inavouable, mais on peut obtenir le même résultat à l’aide d’autres moyens. Je le répète, il est bon de soutenir son malade, de faire des mensonges pieux, car il n’y a pas de cas dans lequel vous ne puissiez soulager, et c’est ce que l’on vous demande : il faut faire illusion au malade, lui donner des paroles consolantes, selon le précepte de Pindare, qui, dans ses Pythiques, recommande de « charmer la douleur par des paroles douces et consolantes ».

Les moyens thérapeutiques fournis par les impondérables ne sont pas moins intéressants. Il n’est pas d’usage de consacrer un chapitre à la thermothérapie; il y aurait cependant des considérations utiles à faire valoir. Qui de vous ne connaît l’influence de la chaleur sur le relèvement des forces? Qui de vous ne connaît l’influence de la lumière? Sans doute, elle est peut-être plus nécessaire aux végétaux qu’aux animaux, mais elle est également utile à ces derniers. Il y aurait donc lieu de prendre, dans toutes les observations, ce qui ressort de mieux fondé sur l’action de la lumière et de la chaleur, et d’étudier ces actions.

Ce sont surtout les substances pondérables qui nous rendent le plus de services. Ce sont elles qui composent Par-

THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE

[ Première

senal de la thérapeutique, mais elles sont employées dans des buts différents.

Tantôt nous leur demandons les propriétés physiques les plus grossières; c’est ce qui se fait dans la thérapeutique externe, lorsque par exemple nous voulons faire cesser la déviation due à un torticolis et que nous employons les carcans, les bandages de toutes sortes.

C’est aussi dans ces moyens que l’on pourrait placer l’hydrothérapie froide ou chaude, attendu que les douches n’agissent pas seulement par la chaleur ou le froid et les réactions qui leur succèdent, mais aussi par une action mécanique, la percussion.

Mais plus souvent on demande aux substances pondérables des actions moléculaires intimes qui se passent dans la structure même de nos tissus, actions sur lesquelles nous reviendrons plus tard. Ce sont là les véritables moyens pharmaceutiques, les véritables médicaments, par conséquent les moyens de l’art de guérir sur lesquels j’insisterai.

Enfin, on a quelquefois recours à des substances pondérables qui sont douées non seulement des propriétés de la matière, tuais aussi de celles des êtres organisés, à de véritables organismes , c’est-à-dire à des corpuscules plus ou moins petits, formés d’une substance propre et doués de qualités particulières.

En disant qu’on utilise les propriétés vitales d’un certain nombre de corps, je veux nommer les globules sanguins. On ne peut pas dire que lorsque l’on introduit du sang chez un anémique on lui donne un médicament.

11 en est de même lorsque nous introduisons un virus, lequel n’a pas une forme figurable, mais qui cependant possède un certain nombre de propriétés appartenant aux corps

Leçon.]

Page 1