INHALATIONS ÉMOLLIENTES
mais ce ne sont pas là des choses essentielles et qui nous intéressent d’une manière générale.
J’arrive aux inhalations de vapeurs d’eau chargée de différents principes. Souvent on ajoute à l’eau des herbes qui ont des qualités diverses; tantôt ce sont des herbes émollientes, tantôt des herbes plus ou moins parfumées, comme le tilleul; tantôt elles sont chargées de substances narcotiques, comme la belladone, la morelle, le datura. Ces inhalations de vapeurs d’eau chargée de principes divers empruntent leurs qualités à l’eau d’abord, car je vous ai dit que c’était là leur principale source, mais aussi aux substances ajoutées à l’eau.
Quand on se sert d’herbes émollientes, c’est surtout l’eau qui agit; il n’en est pas de même lorsqu’il s’agit du tilleul, de la feuille d’oranger, des herbes aromatiques de la famille des ombellifères et des labiées; elles sont antispasmodiques. A plus forte raison quand il s’agit de la belladone, du datura, du pavot, puisqu’ils contiennent des principes qui peuvent être entraînés.
On a souvent besoin, dans la médecine populaire, de faire inhaler de ces vapeurs fournies par des liquides plus ou moins calmants, et on aurait tort de négliger ce moyen. Par exemple, lorsque l’on a affaire à de la trachéo-bronchite dans la période initiale, surtout alors que les surfaces muqueuses sont extrêmement arides, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a pas encore ce phénomène critique de la sécrétion exagérée, c’est un bon moyen de faire respirer des vapeurs d’eau chargées de principes plus ou moins narcotiques, comme la belladone.
Il y a beaucoup d’autres circonstances dans lesquelles ce moyen peut être utile aussi : au début de la bronchite intense, rien ne calme tant que ces inhalations faites d’une manière
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bien simple : dans un vase plus ou moins large on verse de l’eau chaude sur une quantité plus ou moins considérable d’herbes aromatiques, et avec une serviette jetée sur la tête on fait une atmosphère confinée dans laquelle on respire.
Les inhalations de vapeurs d’eau chargée de principes minéraux ont une importance qui s’accroît de jour en jour, au fur et à mesure que l’on comprend mieux les inhalations d’eaux minérales. Ce sont surtout les eaux sulfureuses, qui laissent dégager de l’hydrogène sulfuré, qui ont été employées pour les inhalations.
Mais à la rigueur, on pourrait aussi inhaler les vapeurs d’eau hydro-arséniée, parce que les eaux arsenicales peuvent dégager de l’hydrogène arsénié. Lorsque l’eau séjourne longtemps au contact des substances organiques, on voit se dégager une odeur qui rappelle les odeurs alliacées ; je n’ignore pas que l’odeur d’ail existe quand l’arsenic brûle, et par conséquent j’admets d’avance qu’il brûle au contact de Fatmosphère. Beaucoup de femmes, qui ont l’odorat plus fin que nous, m’ont dit qu’elles avaient plusieurs fois constaté cette odeur alliacée dans les lieux oû les eaux arsenicales avaient été conservées.
Mais en général ce sont les eaux sulfureuses qui servent aux inhalations. Ces inhalations ont été faites de tout temps, mais c’est dès 1800, et dans une petite localité d’Allemagne, qu’elles ont été établies d’une manière régulière. Depuis lors on a établi partout des salles d’inhalation.
Il y a ici un certain intérêt historique et pratique à vous faire remarquer que, autrefois, il y avait un grand nombre d’eaux minérales qui dégagaient de l’hydrogène sulfuré et qui sont données dans les vieux livres comme des eaux sulfureuses et hépatiques (on appelait foie de soufre le polvsul-
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fure de potassium). Elles ne sont plus hépatiques aujourd’hui. Est-ce que par hasard la géologie aurait changé? Pas le moins du monde, cela tient à une particularité intéressante. Lorsque les eaux n’étaient pas captées, lorsqu’elles étaient retenues dans des réservoirs naturels, dans lesquels existaient des quantités plus ou moins considérables de matières organiques, ces eaux devenaient sulfureuses. C’est ainsi que Louesch, qui, peut-être, a dû sa première réputation à ce que les eaux étaient sulfureuses, en possède maintenant qui n’exhalent plus la moindre odeur de soufre, précisément parce qu’elles sont captées, nettoyées, et qu’il en résulte qu’elles ne s’altèrent plus.
Quelle est donc l’altération qui donne lieu à l’hydrogène sulfuré? Il y a longtemps que l’on a établi le fait, et Fontan, qui classe les eaux sulfureuses en deux catégories : les eaux sulfureuses naturelles et les eaux sulfureuses accidentelles, a donné le mécanisme par lequel se produit cette sulfuration. Les matières organiques au contact des sulfates et du sulfate de chaux en particulier, déterminent la réduction de ce sulfate, qui passe à l’état de sulfure de calcium, lequel émet constamment de l’hydrogène sulfuré.
Voilà quelle était la théorie qui présentait cependant quelques petites difficultés : on se demandait comment des matières composées d’eau et de charbon, qui laissent du charbon pour résidu, pouvaient être aussi réductrices.
Eh bien, il a été introduit, l’an dernier, dans la science un fait nouveau des plus curieux et qui change complètement la physionomie de cette métamorphose.
M. Plauchud, étudiant les eaux sulfureuses du midi de la France, eut l’idée d’examiner au microscope les productions organisées vivant dans ces eaux; il s’aperçut qu’il avait beau
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laver ces substances, qu’il voulait étudier du jour au lendemain, elles exhalaient la même odeur sulfurée. Il lava ces substances avec de l’eau distillée, et il s’aperçut que cette fois-ci l’odeur avait disparu. Il se demanda si ce n’était pas quelque chose qui accompagnait les eaux ordinaires qui déterminait cette décomposition. Enfin, il finit par arriver à ce résultat que ces substances organisées vivantes, mises dans une dissolution de sulfate de chaux, déterminaient instantanément le développement de l’hydrogène sulfuré. En d’autres termes, c’est une fermentation dont le ferment est une sorte d’algue qui se trouve dans toutes les eaux qui subissent la modification sulfurée et qui se trouve dans les bouteilles d’eaux minérales non sulfureuses, quand elles sentent les œufs pourris. Ainsi, dans tous les cas où de l’eau de Spa sent le soufre, il y a dans son sein des spores de ces plantes qui ont décomposé les sulfates et donnent naissance à de l’hydrogène sulfuré.
M. Plauchud a établi une théorie nouvelle des eaux minérales sur ce fait, et suivant lui, c’est toujours cette algue qui donnerait lieu à l’hydrogène sulfuré. Comme le fait est très curieux et très intéressant, je tiens à vous mettre au courant de la question.
Il y a à faire à la théorie Plauchud une objection, c’est que les eaux sulfureuses des Pyrénées sourdent à une •température tellement élevée, que cette température est incompatible avec le développement de ce qu’on appelle la sulfuraire; elle n’existe jamais dans des eaux extrêmement chaudes, et cependant celles-ci, quand elles sourdent, ont l’odeur sulfureuse. Il est donc impossible de mettre ici sur le compte de la sulfuraire le développement de cette odeur.
J’ai eu l’occasion de faire autrefois, en 1863, des expé-
Leçon.]
LES SULFURAI R ES.
rienees que je considère comme très intéressantes. C’était à Cauterets, à une époque où la source des eaux n’était pas captée. Je fis des expériences thermométriques et microscopiques pour établir la relation qui existait entre les espèces végétales et la température. Voici ce qui se passait alors. Au moment de l’émergence, au sortir d’un canal de deux kilomètres, elle avait perdu deux ou trois degrés de sa température; elle n’avait plus que 4- 50°, il n’y avait eu aucune sulfuraire; un peu plus bas vivaient des productions diverses; plus bas, lorsque la température était tombée à -|- 40° ou + 42 centigr. apparaissait la sulfuraire. C’était si bien cette température qui était indispensable à la naissance de cette espèce botanique le Leptomitus sulfuraria , que sur un des côtés, où venait se réunir un ruisseau qui abaissait la température de ce point, la sulfuraire s’y montrait, alors qu’un ou deux mètres plus haut, la sulfuraire n’existait pas ; il suffirait que la température descendît à + 40°. Aussi vous le voyez à la source même (+ 50°) rien; là où il n'y avait plus que + 47° déjà des êtres vivants qui révélaient des formes variées, suivant que la température allait s’abaissant.
11 est donc évident, que ce n’est pas au Leptomitus sulfuraria, qui ne se montre qu’à un certain nombre de mètres de distance de l’origine de l’eau minérale, qu’on doit rapporter la formation de l’hydrogène sulfuré.
La sulfuraire se trouve dans toutes les eaux sulfureuses. Elle prend l’aspect blanc lorsqu’elle est incrustée de cristaux de soufre. La sulfuraria ne peut donc rendre compte du développement de l’hydrogène sulfuré, puisqu’elle n’est pas née alors que l’eau sulfureuse existe déjà.
Mais si toutes les eaux sulfureuses ne doivent pas leurs
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qualités à la fermentation particulière des sulfates sous l’influence d’une espèce botanique, le fait n’en est pas moins intéressant, et il semble démontré pour les eaux sulfureuses accidentelles. Par conséquent il faut attacher à cette découverte une importance réelle.
Quoi qu’il en soit, les eaux sulfurées sodiques étant plus stables que les autres, sont préférables pour l’estomac; ce sont les eaux sulfurées froides, calciques qui sont surtout bonnes pour les inhalations, car elles laissent dégager plus d’hydrogène sulfuré.
Par ce procédé ces eaux ont des qualités très réelles, elles servent à calmer : lorsque vous avez affaire à de l’éréthisme des voies respiratoires, dans le cours des affections chroniques de ces mêmes organes, elles sont excellentes. Il y a aussi dans ces mêmes eaux des substances en suspension qui sont entraînées, bien qu’elles ne soient pas volatiles, en même temps que la vaporisation se produit, et surtout s’il y a dégagement de gaz; car il se produit alors une sorte d’ébullition qui divise la matière solide et en projette les particules qui viennent dans l’atmosphère. Aussi on a constaté, par des observations chimiques, dans les salles d’inhalation des eaux minérales, qui ne renferment, en fait de substances volatiles, que de l’acide carbonique, comme à Royat, qu’il y a répandus dans l’atmosphère des sels fixes de l’eau employée. Ajoutons cependant que ces sels se trouvent entrés minime proportion, et que toutes les fois que de l’eau se divise d’une manière plus ou moins fine, comme sous l’influence de ces projections, il y a toujours une grande quantité de vapeur formée, laquelle ne renferme presque plus de principes fixes.
Quoique ce ne soient pas là des faits d’une grande impor-
Leçon.] INHALATION DE VAPEURS SÈCHES. 123
tance au point de vue pratique, je devais vous les signaler, parce que lorsqu’il s’agit d’eaux minérales renfermant de l’arséniate de soude, on peut en rencontrer dans l’atmosphère une proportion suffisante, pour qu’elle exerce une action sensible sur l’économie.
J’arrive aux inhalations de vapeurs sèches. Elles sont très nombreuses. Par exemple, vous connaissez tous l’usage que Raspail a fait faire du camphre sous forme d’inhalations dans des tubes représentés par une plume d’oie. 11 fut un temps ou tout le monde en avait. Ce n’est pas un moyen universel de guérison, mais il peut avoir quelque utilité, non pas qu’il mette à l’abri du choléra, mais il calme les voies respiratoires.
Le goudron est d’un usage bien plus habituel et il y a une foule de sujets chez lesquels ses vapeurs produisent des effets très utiles : soit qu’on mette un vase rempli de goudron sous les pieds du lit, soit qu’on se serve de ces appareils appelés goudronnières, soit encore qu’on utilise des tubes très commodes et que je vous recommande par-dessus tout. Ils ont été inventés par un pharmacien du Gers, qui a passé sa vie à chercher les meilleures préparations de goudron, et qui est arrivé à des résultats remarquables. Il fait des sortes de cigares renfermant les principes aromatiques du goudron en telle proportion, qu’il suffit de les humer pour se sentir imprégné de goudron. C’est donc là un moyen très commode de dissimuler les besoins que l’on en peut avoir, et de plus ils permettent la promenade.
Nous avons aussi les inhalations de principes plus ou moins analogues : d 'essence de térébenthine ou bien des principes aromatiques dégagés par des rameaux de pin ou d 'eucalyptus. Ce sont là des moyens utiles dont beaucoup de
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malades bénéficient. Naturellement, il ne faut pas que ces rameaux soient trop abondants : vous en comprenez les inconvénients ; car, je vous l’ai déjà dit, toutes les vapeurs aromatiques sont anesthésiques, tous les hydrogènes carbonés produisent des effets non pas identiques, mais analogues, tellement que l’inhalation prolongée de l’odeur d’essence de térébenthine peut donner lieu à des accidents comparables à ceux d’un empoisonnement. Par conséquent, il est clair qu’il ne faut pas, sous le prétexte de diminuer un catarrhe bronchique, donner lieu à des faits d’empoisonnement; mais quelques branches de pin, d’eucalyptus dans une chambre, cela peut être utile.
Il y a des climats où ces odeurs rendent des services. Ainsi Arcachon doit beaucoup aux forêts de pins, qui sont à la portée de tous les habitants temporaires de cette localité, où l’on va inhaler ces vapeurs d’essence de térébenthine.
On emploie aussi la fumée fournie par la combustion de plantes plus ou moins narcotiques. C’est ici qu’il faut vous parler de ce que vous connaissez tous sous le nom de cigarettes de datura , de belladone. Il y a aussi des cigarettes d’ordre composé. Mais il faut d’abord savoir si ces cigarettes peuvent exhaler des substances actives ou si ces substances ne seraient pas par hasard brûlées instantanément. Eh bien, quand il s’agit de cigarettes de datura ou de belladone, il était évident par avance qu’il devait se trouver dans la fumée de ces substances des alcaloïdes capables d’agir, attendu que ces alcaloïdes sont volatiles. Qu’une partie soit détruite, je l’accorde, mais une autre partie devait échapper et se volatiliser. En effet, la volatilisation porte sur une assez forte proportion des principes actifs pour qu’il en résulte des phé-
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