‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 38 sur 148 · OZONE · texte numérisé non relu

OZONE

ce que j’avais écrit sur ce sujet. Vous voyez qu’il y a là une concordance en faveur des interprétations que je viens de vous donner.

J’aurais un mot à dire sur Y ozone. On attribue généralement à l’ozone ou des qualités utiles, ou des qualités nuisibles. Je dois dire que rien ne démontre ou l’utilité ou l’inutilité de cet oxygène. Pour ma part, je suis convaincu, d’après ce que j’ai vu dans le laboratoire de Thénard, que 1’employer est dangereux. On a toujours pour idéal de respirer de l’ozone. Et tout le monde croit que si l’air des forêts est si salutaire, c’est à l’ozone qu’il le doit. Je ne me mets pas en travers des fortes croyances, je les partage; mais je pense que l’ozone ne peut rendre de services vraiment utiles qu’à la condition de se trouver en proportion très faible dans l’air. Pour peu qu’il s’y trouve en proportion notable, il détermine des accidents, de véritables intoxications d’une intensité et d’une rapidité extraordinaires.

Je me rappelle un jour, à l’instigation de P. Thénard, avoir flairé, à plusieurs reprises, un flacon qui renfermait de l’ozone pur. Je ne m’aperçus d’abord de rien, mais au bout de quelques instants je fus pris d’étourdissements. Luimême et son père, après avoir fait la même expérience, avaient éprouvé des accidents analogues, mais des plus intenses. Représentez-vous les phénomènes produits par des bouquets de fleurs enfermés dans une chambre et poussés à leur plus haut degré, vous aurez l’idée des effets que produit l’ozone. Vous voyez que si on arrive à l’introduire dans la thérapeutique, il faudra prendre beaucoup de précautions.

J’en ai fini avec les inhalations de vapeurs ou de gaz. Mais il y aurait évidemment une grande utilité à introduire par les voies respiratoires des substances non volatiles — je ne

PULVÉRISATION DES LIQUIDES

[Neuvième

parle pas des substances pulvérulentes, on n’a pas de données sur leurs applications, — mais qui peuvent être tenues en suspension dans l’eau. Souvenez-vous de l’importance de cette voie d’absorption, et vous comprendrez quels avantages il y a à introduire par là des substances non volatiles. C’est à cela que répond la méthode de la pulvérisation.

Mais ici une question préjudicielle se pose : Est-il nécessaire de poudroyer un liquide pour introduire dans les voies respiratoires les principes fixes qu’il peut tenir en dissolution aqueuse? Ne savons-nous pas combien il est difficile d’avoir de l’eau distillée? qu’il faut souvent trois distillations pour obtenir de l’eau complètement pure? Il n’y a rien de plus difficile que de la débarrasser du chlorure de sodium. On a fait des expériences confirmatives et on a montré que si on projette de l’eau de Yichy à la surface d’une pelle rougie et qu’on condense la vapeur, celleci renferme du sesquicarbonate de soude et tous les autres sels de l’eau de Yichy. On a observé aussi que, sur la surface des salles d’inhalations, dans toutes les villes d’eaux, on retrouvait aussi les substances minérales solubles, mais non volatiles, qui sont renfermées dans les eaux dont il s’agit.

Il semblerait donc au premier abord qu’il dût suffire de volatiliser une eau quelconque pour qu’elle entraînât les principes qu’elle tenait en dissolution. Oui, cela est vrai, au point de vue de la science pure, et Thénard a montré que c’est quand l’opération de la distillation est mal conduite, quand les bulles éclatent à la surface du liquide et qu’il y a une certaine quantité d’eau entraînée, qu’on voit alors l’eau du condensateur renfermer les substances minérales fixes; mais qu’au contraire, quand l’opération est bien conduite, les ma-

Leçon.] PULVÉRISATION DES LIQUIDES. 137

tières fixes ne passent pas à la distillation. Gela vous montre qu’il ne faudrait pas vous fier à la simple volatilisation pour faire pénétrer dans les voies respiratoires des proportions considérables de principes solides et fixes.

C’est à ce desideratum de la thérapeutique que répond la pulvérisation qui a été imaginée par Sales Girons1 et pour la réalisation de laquelle le directeur des eaux minérales de Pierrefonds a fait tout de suite fabriquer un instrument. C’est en somme un corps de pompe donnant un jet qui détermine une poussière plus ou moins fine. Ces appareils ont été très modifiés quant à l’agent moteur et quant aux différentes parties du mécanisme, et ces différents perfectionnements ont fini par donner naissance à des modifications très remarquables quant aux qualités du liquide obtenu primitivement. Dans les premiers temps on a obtenu surtout des gouttelettes visibles et tangibles; lorsqu’on mettait la main devant les appareils, on sentait une percussion manifeste et on voyait des gouttes brillantes qui, frappées par les rayons du soleil, donnaient les couleurs du spectre. Au fur et à mesure que les appareils se sont perfectionnés, on a fini par avoir une espèce de brume, de buée, une sorte de nuage rappelant ce que vous voyez avant le lever du soleil au-dessus des régions marécageuses. C’est tout à fait cela que vous observez avec les bons appareils d’aujourd’hui. On peut dire qu’on obtient une véritable nébulisation, une brumification, une sorte de vapeur vésiculaire pour ainsi dire, .l'insiste sur la comparaison, non pas que je croie que les va-

1. Sales Girons, Théorie physiologique de la pénétration des poussières dans les voies respiratoires [Bull, de V Acad, de méd., 10 déc. 1861). — Nouveau Pulvérisateur des liquides (Bull, de T Acad, de médecine , 7 fév. 1805, tome XXX, p. 367).

138 PULVÉRISATION DES LIQUIDES. [Neuvième

peurs dont je parlais tout à l’heure, et qui constituent les nuages, soient vésiculaires ; on les nomme vapeurs vésiculaires ; mais je m’en réfère à M. Jamin, qui, lui, sans les croire vésiculaires, assimile néanmoins l’aspect des brumes aux vapeurs dites vésiculaires. Pour moi, je me les représente comme constituées par des molécules ténues, dont chacune est le centre d’un petit système particulier.

C’est ce que vous voyez dans les poussières solides qui, malgré leur densité, lorsqu’elles sont d’une ténuité extrême, peuvent être emportées au loin ; c’est là ce qui se passe quand les poussières des volcans sont entraînées. Vous savez que la poussière du Sahara traverse si bien la Méditerranée, que lorsque le simoun souffle, on voit Marseille se couvrir d’une poussière particulière qui certes ne vient pas de ses environs. Par conséquent ces poussières, même constituées par des corps très denses, sont d’une légèreté excessive et probablement par la raison que je viens de dire.

Quand vous avez obtenu cette brumifi cation, cette division excessive de l’eau, alors cette brume d’une nature particulière présente des qualités différentes de celles que présentaient les pulvérisations grossières qu’on obtenait par les premiers instruments : petites gouttelettes visibles, formant des spectres et que vous ne pouvez faire pénétrer qu’à une petite profondeur dans l’intérieur d’un tube de verre, parce que vous voyez les gouttelettes s’attacher à la première portion du tube. Au contraire, avec une brume, vous pouvez voir le nuage s’engageant dans un tube très long, parcourir ce tube et sortir par un petit pertuis comme le ferait la fumée ou les gaz de la combustion.

Cette expérience, qui a été faite dans ces dernières années par Sales Girons, est très démonstrative. 11 a simulé la tra-

Leçon.]

Page 1