‹ Cours de thérapeutique, professé à la Faculté de MédecineChapitre 39 sur 148 · EXPÉRIENCES · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES

chée et les bronches par un long tube de verre se bifurquant à une certaine hauteur, et dont les branches de bifurcation se terminaient par des extrémités effilées à la lampe. Il a introduit de la poussière d’eau brumifiée; cette poussière d’eau, tout à fait semblable à une brume, s’engageait dans le tube, elle y remontait et sortait par les petits pertuis, à la manière d’une fumée, d’un gaz visible. Vous comprenez que, dans ces conditions-là, il n’y a pas de raison pour que l’air chargé de cette brume ne pénètre pas avec elle jusque dans la profondeur des voies respiratoires.

La démonstration expérimentale est faite; je viens de vous démontrer qu’il était très probable qu’en se plaçant dans des conditions analogues, on pouvait démontrer que la brume se comportait à la manière d’un gaz.

Eh bien, des expériences ont été faites avant qu’on eût réalisé les appareils si perfectionnés dont je vous parlais tout à l’heure. Les premières l’ont été par Ossian Henry. Ossian Henry expérimentait sur des lapins et leur faisait respirer une solution pulvérisée de sulfate ferrique. Puis venant ensuite à sacrifier l’animal, il ouvrait les voies respiratoires et mettait en contact avec les différentes régions une baguette chargée d’une solution de tanin. Tanin, sulfate de peroxyde de fer, cela donnait de l’encre, et cette encre, on l’a produite jusque dans les parties les plus avancées de l’arbre respiratoire. Ces expériences ont été reproduites par Gratiolet qui a vu les mêmes faits.

Elles ont été faites à nouveau par Demarquay1, qui avait un grand entrain pour l’étude de la science expéri-

1 . Demarquay, de la Pénétration des liquides pulvérisés dans les voies res~ piratoires (Bull, de l'Académie de médecine , 24 sept. 1861).

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mentale. Il a employé également le perchlorure de fer et le tanin. 11 s’y prenait de la manière suivante : il faisait respirer une solution pulvérisée de perchlorure de fer à un lapin, le mettant à 0^,20 ou 0§r,30 de l’appareil; il l’y tenait une minute, puis il le faisait reposer. Il le replaçait ainsi à plusieurs reprises, puis enfin le sacrifiait. Alors, avec une baguette trempée dans le cyanure de potassium, il constatait que, dans tout le poumon, il y avait du sel de fer. Il en a trouvé jusque dans le parenchyme pulmonaire.

Mais ici il faut prendre une petite précaution semblable à celle que recommandait Claude Bernard quand il s’agissait de rechercher le cyanure jaune de potassium dans l’estomac : il faut ajouter une certaine proportion d’acide au parenchyme pulmonaire. Car, quoique le perchlorure de fer soit coloré, il n’y était pas en quantité assez considérable pour être facilement décelé. Et je vous dirai plus tard que, le poumon est si bien touché par la pulvérisation, que, dans un certain nombre de cas, il s’y développe des inflammations plus ou moins graves.

Par conséquent, vous le voyez, ces expériences sur les animaux sont tout à fait démonstratives. Il y en a une qui va vous le paraître plus encore. Elle a été exécutée en présence d’une commission dont faisaient partie Poggiale 1 et Gobley. Elle eut lieu à l’hôpital Beaujon, sur une infirmière qui, à la suite de la trachéotomie, avait conservé une dyspnée considérable. Elle avait une paralysie des cordes vocales et surtout de la gauche, ce qui fit qu’on lui avait laissé sa canule. On lui mit un appareil pour clore l’orifice de la tra-

1. Poggiale, de la Pulvérisation des eaux minérales et médicamenteuses (Bull, de l'Acad. de méd., janvier 1862, tome XXVII, p. 267, 799, 815).

Leçon.]

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chée, et on lui fit inhaler les vapeurs pulvérisées d’une solution de tanin. Quand l’inhalation parut avoir duré assez longtemps, on la débarrassa de l’appareil qu’elle avait autour du cou, et alors on reconnut que si on venait à toucher l’intérieur de la trachée avec du perchlorure de fer, on obtenait de l’encre. Par conséquent voilà une expérience contre laquelle il n’y a rien à objecter. Il est donc évident que les solutions pulvérisées, et j’ajoute, surtout si elles sont brumifiées, pénètrent non seulement dans la partie supérieure des voies respiratoires, mais aussi jusqu’aux alvéoles pulmonaires. Ce fait étant démontré, il s’agit de savoir s’il y a des conséquences à en tirer. D’abord pénètret-il beaucoup de substance? Oui, et assez pour que dans un certain nombre de circonstances on ait obtenu des résultats des plus remarquables.

Mais avant d’arriver aux applications, il faut que je vous dise un mot des modifications subies, soit dans leur composition chimique, soit dans leur température, parles liquides employés, parce que de ces connaissances résulteront des indications pour la thérapeutique.

Lorsque la proportion des principes solides d’abord en dissolution, soit dans la solution artificielle, soit dans l’eau minérale, est faible, ce sont à peu près les mêmes proportions de ces mêmes substances qu’on retrouve dans l’eau pulvérisée. S’agit-il de l’eau d’Enghien ou de Pierrefonds, on y retrouve le sulfure de calcium en totalité, le carbonate de chaux, le chlorure de calcium, le sulfate de chaux, de magnésie; enfin tous les sels fixes se retrouvent dans l’eau brumifiée, et dans les mêmes proportions. Voilà le résultat des expériences d’Ossian Henry confirmé par Poggiale. On a aussi essayé de se rendre compte de la proportion de prin-

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cipes volatils que pouvaient perdre ces mêmes eaux. Et l’on a constaté que dans les eaux sulfureuses calciques, il y avait environ un peu plus de la moitié du gaz qui se dégageait. Mais ce fait n’a aucune importance au point de vue thérapeutique, parce que l’hydrogène sulfuré est toujours abondant.

Xe LEÇON.

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