DIX-SEPTIÈME LEÇON
Injections hypodermiques.
Action proportionnelle des diverses substances par l’estomac et par la voie hypodermique. Causes de cette différence.
Accidents locaux des injections hypodermiques; accidents généraux.
Messieurs,
On a évalué la quantité de sulfate de quinine nécessaire en injection au 1/6 de celle qui serait nécessaire par la voie stomacale. Toutes les expériences que j’ai faites avec le bromhydrate de quinine, toutes celles qui ont été répétées après moi par M. le docteur Normand déposent en faveur de cette supériorité. C’est-à-dire que je ne crains pas d’affirmer que, sous la peau, 40 centigr. de quinine — aujourd’hui je dirais également de cinchonidine — donnent autant que lsr,50 de sulfate de quinine par la voie stomacale. C’est-àdire qu’en faisant matin et soir une injection de 20 centigr. de bromhydrate de quinine on arrive à conjurer les accès de fièvre, exactement comme si on avait fait prendre l*r, 50 ou 2 grammes de sulfate de quinine.
C’est là un grand résultat, et comme il peut être obtenu ! sans aucune espèce d’inconvénients pour le tissu cellulaire, vous voyez qu’il y a tout lieu d’y recourir et de faire de cela une méthode de traitement.
L’atropine, je vous l’ai dit, présente des écarts de doses plus considérables entre les deux méthodes. On peut dire que généralement 3 ou 4 milligr. par la voie stomacale donnent les mêmes effets que 1 par la voie hypodermique. Vous voyez
INJECTIONS HYPODERMIQUES
[Dix-septième
que c’est le même rapport à peu près que pour le sulfate de quinine.
Pour la morphine la différence est moindre, et l’injection de 1 centigr. par voie hypodermique ne vous donne pas des phénomènes de narcose plus prononcés que la quantité équivalente de sirop de morphine ou de laudanum donnée par l’estomac.
Mais il y a des cas dans lesquels cette différence est plus grande, c’est-à-dire qu’il y a des sujets chez lesquels la morphine, par voie stomacale, ne donne presque rien, tandis qu’elle agit bien en injection. Par conséquent, la constance est un des caractères fondamentaux de la méthode hypodermique.
Il est encore d’autres substances qu’il importe de comparer, suivant qu’on les emploie par l’une ou l’autre voie d’introduction.
L’aconitine ne présente pas non plus des effets très différents, au point de vue de l’intensité, suivant qu’on l’emploie sous la peau ou par les voies digestives. Mais c’est à la condition, qui à la vérité ne se réalise pas fréquemment, que l’estomac soit absolument sain, libre et apte à une absorption rapide. En effet, si l’estomac est dans un état saburral, s’il renferme encore des débris alimentaires avec tous les ferments qui les accompagnent , alors l’aconitine introduite dans l’estomac ne produira rien du tout. J’ai vu des gens qui ont pris des milligrammes de la meilleure aconitine et qui n’en ont, pour ainsi dire, pas ressenti les effets, parce que, je le répète, c’est une substance instable qui se détruit avec facilité en présence de tous les corps chimiques et surtout des ferments. Mais quand l’estomac est sain, la différence n’est pas très grande. Elle est ce-
leçon.]